Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 23:55

Dans mon précédent article, au gré de balades dans Berlin, j’ai eu l’occasion de parler de deux périodes extrêmement douloureuses qu’a vécues l’Allemagne au cours du vingtième siècle, et Berlin en particulier en tant que capitale. Capitale détrônée au profit de Bonn sur le plan politique en Allemagne fédérale pendant les années de partition du pays. Ce sont l’époque nazie et son cortège d’atrocités, antisémites entre autres, puis l’époque communiste avec sa privation de liberté et sa pauvreté économique. Courageusement, le Berlin d’aujourd’hui refuse de fermer les yeux sur ce passé, eh bien oui, cela a été l’Allemagne, eh bien oui, une partie du peuple allemand y a pris une part active, mais non, l’âme allemande n’est pas là, on doit avoir l’honneur de battre sa coulpe, on doit être capable de se souvenir, de ne rien oublier, tout en sachant tourner la page.

 

J’ai dit “courageusement”. Car il en faut, du courage, pour regarder tout cela en face. Berlin le fait. Nous avons vu deux expositions de rue qui ont longuement retenu notre attention.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Cette exposition-ci montre, avec des photos commentées, des étapes du développement de la terreur nazie. Le 30 janvier 1933, Hitler est nommé chancelier. Un mois après, le 27 février, c’est l’incendie du Reichstag, le parlement allemand (la photo ci-dessus). Certains historiens pensent que des agents du nazisme ont pu allumer le feu, mais on trouve sur place un jeune Néerlandais communiste, Marinus van der Lubbe, qui semble déséquilibré et joue avec le feu, et c’est lui qui est inculpé, sans véritable preuve, à moins qu’il ait été poussé précisément par les agents de Hitler. Dès le 28 février, Hitler fait arrêter 4000 communistes allemands accusés de complot, mais aussi socio-démocrates, syndicalistes, etc., et Hindenburg signe le décret qui suspend les libertés fondamentales. Beaucoup d’autres opposants, partisans de la démocratie et de la liberté, s’exilent pour échapper aux purges. Et le jeune pyromane présumé sera exécuté.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Nouvelles élections au Reichstag le 5 mars 1933. Pressions, manipulations, fraudes en grand nombre. Et malgré tout cet appareil, la coalition nationaliste ne gagne la majorité que de très peu. Mais gagne la majorité. Le 21 mars, sur les habiles conseils de Goebbels, ministre de la propagande, Hitler célèbre dans l’église de Potsdam où est enterré Frédéric II l’intronisation du nouveau Reichstag. Ému, le maréchal Hindenburg serre la main de Hitler (photo ci-dessus). Le 23 mars le Reichstag vote lui-même sa propre incapacité à travers le “décret d’habilitation” décerné au chancelier. Désormais, tous les pouvoirs sont “officiellement” entre les mains du chancelier.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Le national-socialisme (nazisme) se fonde sur une idéologie raciste et antisémite. Le premier avril 1933 à partir de 10h, des SS et des SA en uniforme sont venus monter la garde devant les magasins tenus par des Juifs, devant les cabinets médicaux, les cabinets d’avocats juifs, brandissant des pancartes rédigées en allemand et en anglais qui appelaient au boycott de ces établissements. C’était la première des mesures prises à l’encontre des Juifs pour les pousser hors du pays. Évidemment, avec la guerre et l’occupation des pays où ils s’étaient réfugiés et où d’autres étaient installés depuis longtemps, ce n’était plus suffisant pour les Nazis et, en 1941, a commencé la déportation systématique suivie de l’extermination.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Cette photo est intitulée 5 avril 1933, Raid sur le Scheunenviertel. Tel est le nom du quartier proche de l’Alexanderplatz. Et ce jour-là, des SS, des SA, des membres de la police spécialisée “Wecke z. b. V.”, lancent une opération contre les Juifs d’Europe de l’Est, avec contrôles d’identité, fouilles au corps, perquisitions en règle. Et cela volontairement au grand jour, sous les yeux du public. Les photographes, les journalistes de la presse écrite, de la radio, étaient convoqués pour en assurer la publicité.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Dès janvier 1933, les SA (Troupes de Choc) comptent quatre cent vingt mille membres, qui se considèrent un peu comme une armée révolutionnaire. Déjà avant la prise du pouvoir par les Nazis, les SA assassinaient les opposants, mais désormais ils investissent dans les quartiers des maisons où ils torturent les détenus politiques. Le 21 mars, “jour de Potsdam”, ouvre à Oranienburg, en Prusse près de Berlin, le premier camp de concentration puis, très vite au cours du printemps d’autres camps ont également ouvert –dont Dachau, près de Munich–, pour y recevoir les communistes, les socio-démocrates, ainsi que les syndicalistes et, bien sûr, les Juifs.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Au cours du printemps et de l’été 1933, des milliers d’opposants politiques sont poursuivis, arrêtés, torturés, assassinés ou expulsés. Rien qu’en Prusse, pendant les mois de mars et d’avril, 450 personnes sont assassinées et vingt-cinq mille personnes sont arrêtées à titre conservatoire. Un exemple de la terreur qui s’instaure: en juin 1933, à Köpenick, lors du “week-end sanglant”, quatre-vingt-dix socio-démocrates et communistes sont passés par les armes. Le 14 juillet 1933 est promulguée la “Loi pour la protection de la santé héréditaire”, dont la conséquence est que depuis ce moment et jusqu’en 1945 les médecins ont rendu stériles au moins quatre cent mille personnes, évidemment contre leur gré.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013
Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013
Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Ailleurs, c’est une autre exposition de rue. Le thème est le même, mais pris sous un autre angle: “Diversité détruite, 1933-1938-1945”. On nous explique qu’à la fin des années 1920 Berlin était une gigantesque métropole de culture et de science, peuplée aussi bien de migrants que de Berlinois d’origine. Mais la terreur imposée lors de l’arrivée des Nazis au pouvoir en 1933, puis les pogroms de 1938 ont fait disparaître un nombre incalculable d’intellectuels, les uns fuyant cette ville et ce pays, les autres victimes des assassinats politiques ou racistes. Cette exposition est dédiée à leur mémoire.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Auprès des textes explicatifs, il y a quelques photos. Je n’en montrerai qu’une seule, significative de la mutilation de la diversité culturelle. Magnus Hirschfeld est un socialiste juif homosexuel, ce qui fait pour les Nazis trois motifs de haine à l’encontre d'un seul homme. Il anime en outre son Institut pour la recherche sexuelle. Le 6 mai 1933, des étudiants pillent la bibliothèque de cet institut: tel est le sujet de cette photo.

 

Le 7 avril 1933, un mois auparavant, la “Loi pour la restauration du service civil professionnel” ouvrait la porte à la révocation de bibliothécaires pour motif politique ou pour motif racial. Puis les bibliothèques étaient expurgées de tout ce qui n’était pas conforme à l’idéologie officielle du parti au pouvoir. Une liste noire de livres à proscrire a été établie, puis imposée à toutes les bibliothèques. C’est ainsi que s’est trouvé prohibé le livre des Aventures de Maya l’abeille, parce que dû à Waldemar Bonsels, qui était proscrit. Rien qu’à Berlin, ce sont environ dix mille livres de bibliothèque qui ont été confisqués et brûlés publiquement le 10 mai 1933, tandis que sur place Goebbels, le ministre de la propagande, prononçait un violent discours relayé en direct par la radio. Le même jour, d’autres autodafés de livres avaient lieu de la même manière dans d’autres villes universitaires d’Allemagne.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Outre ces informations générales sur le climat de l’époque à Berlin, l’exposition présente un très grand nombre de portraits de personnages qui ont dû s’exiler ou qui ont été tués. Comme le montre ma photo plus haut, sur deux très longues rangées des colonnes cylindriques portent chacune sur deux niveaux la représentation de plusieurs personnages. Dans le cadre de cet article je n’en retiendrai que cinq. Ci-dessus, c’est Simon Dubnow (1860-1941). Il est l’un des plus importants chercheurs sur l’histoire juive. Il vivait à Saint-Pétersbourg quand est advenue la Révolution d’Octobre avec les Bolchéviques. Cela l’a amené, dans les années 1920, à émigrer à Berlin. Avec l’arrivée des Nazis au pouvoir, il doit repartir, il retourne dans sa famille à Riga (Lettonie). Mais quand les troupes allemandes ont occupé la Lettonie, il a été victime de la liquidation du ghetto de Riga.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Arno Nadel (1878-1943) est un musicologue, un écrivain, un peintre. Depuis 1916, il était maître de la chorale de la synagogue orthodoxe de Kottbusser Ufer. Les pogroms de 1938 lui ont valu d’être emprisonné plusieurs semaines au camp de concentration de Sachsenhausen, ce qui l’a profondément traumatisé. Sa femme et lui ont ensuite été déportés à Auschwitz en mars 1943 et mis à mort dès leur arrivée.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

À présent, nous trouvons une danseuse en solo de l’opéra municipal de Berlin, Ruth Sorel-Abramowitsch (1907-1974), qui dansait ses propres compositions. Dès 1930, elle a été cataloguée comme une artiste subversive. On ne peut alors s’étonner que lors de l’arrivée des Nazis au pouvoir en 1933 elle soit renvoyée, son identité juive étant mise en avant pour justifier cette décision à son encontre. Elle fuit alors et se réfugie à Varsovie, où en interprétant sa création Salomé elle gagne un concours international de danse solo. En 1940, elle est contrainte de s’enfuir de Pologne, elle s’établit alors au Canada où elle crée son propre groupe de danse. On imagine la souffrance endurée lors de ces fuites successives, mais au moins a-t-elle eu la vie sauve. Et la diversité culturelle et artistique de Berlin a encore été perdante.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Tout le monde connaît À l’ouest rien de nouveau, d’Erich Maria Remarque (1898-1970), avec les idées pacifiques que véhicule ce roman publié en 1929, ainsi que son adaptation cinématographique de 1930. Mais ce pacifisme n’est pas du goût des Nazis, et le livre fait partie des œuvres sacrifiées dans le grand autodafé du 10 mai 1933. Sans attendre ce jour, Remarque a fui l’Allemagne et s’est réfugié en Suisse. Le pouvoir allemand l’a démis de sa citoyenneté.

Berlin, expos de rue contre le nazisme. 31 juillet 2013

Une figure remarquable, Regina Jonas (1902-1944). Orpheline de père à onze ans, elle est élevée par sa mère dans une grande pauvreté. Le rabbin d’une petite synagogue orthodoxe ayant décidé de la protéger, il finance ses études de sorte qu’elle obtient son Abitur et devient institutrice. Poursuivant ses études à l’Académie des sciences du judaïsme, elle écrit une thèse sur “Une femme peut-elle être rabbin selon les sources halakhiques?” à la suite de quoi elle souhaite être ordonnée Rabbin mais se heurte au refus de deux rabbins. Elle en trouve enfin un qui est convaincu par les conclusions de sa thèse. En 1935, à l’âge de 33 ans, elle est la toute première femme à être ordonnée rabbin. Plus tard, sa mère et elle seront envoyées au ghetto juif, puis déportées en 1942 à Theresienstadt, où elle continuera de pratiquer. Deux ans plus tard, en 1944, elle sera exécutée. Cette forte personnalité qui avait été en butte à l’antiféminisme de ses pairs et à la vindicte raciste de ses persécuteurs a été volontairement “oubliée” pendant de longues années. Sa personnalité et son parcours –que j’ignorais totalement– m’ont tellement impressionné que j’ai tenu à terminer par elle le présent article.

Published by Thierry Jamard
commenter cet article
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 23:55
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Et nous voici à Berlin. Pour très peu de temps, hélas. Nous ne faisons que passer, nous ne disposons que de deux jours. Un petit tour en ville, deux musées (il y en a d’innombrables, tous plus passionnants les uns que les autres, mais il n’est pas question de les parcourir au pas de course, nous avons dû faire un choix –pour cette fois-ci), et des expositions de rue sur un passé douloureux. Pour le présent article, je me contenterai de la balade en ville. Et bien sûr, on ne peut manquer une photo de la porte de Brandebourg, cette construction qui voulait s’inspirer des Propylées de l’Acropole d’Athènes et a été inaugurée en 1791. Quand le pouvoir communiste de la DDR (en français la RDA) soumis à l’Union Soviétique a décidé, en 1961, de construire le mur séparant la ville en deux, la porte de Brandebourg était prise dans ce mur. Au sommet, nous voyons une Victoire ailée sur un quadrige; c’est en 1793 que Johan Schadow la réalise. Mais en 1806 Napoléon passe par là et l’emporte en France. Elle retrouvera sa place en 1815.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Comme l’île de la Cité ou l’île Saint-Louis sur la Seine, il y a à Berlin une île sur la Spree, et là sont concentrés la majorité des grands musées de la ville. Aussi l’appelle-t-on l’Île des Musées. Logique, non? La magnifique et imposante cathédrale de Berlin se situe justement sur l’Île des Musées. C’est la principale paroisse et collégiale évangélique de Berlin.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Puisque je parle de la Spree, c’est le moment de montrer le fleuve. Il s’y réalise actuellement des travaux hydrauliques que je ne comprends pas bien. Une partie de la largeur du fleuve est isolée (ma seconde photo), le niveau de l’eau, jaune et boueuse, y est plus élevé, et des pompes puissantes y fonctionnent (ma troisième photo).

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Il arrive de temps à autre que les villes placent des statues, généralement de bronze, dans des situations “vivantes” au lieu de les poser tout bêtement sur un socle dans un jardin public. Déjà, tout récemment (voir mon article précédent), nous en avons vu à Volendam, aux Pays-Bas. Ici, Wilfried Fitzenreiter, l’artiste, a intitulé son œuvre Trois filles et un garçon. À l’origine, ces quatre amis fort dévêtus décoraient une fontaine, et en 2007 ils sont venus ici sur le parapet du fleuve.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Cette autre sculpture est située sur un trottoir. Mais là il n’y a rien d’amusant, car elle évoque l’époque dramatique où l’antisémitisme était doctrine d’État. Je ne veux pas dire que l’antisémitisme individuel est anodin, mais au moins lorsqu’il s’exprime par des actes il est réprimé, tandis que lorsqu’il est promu par l’État, il ne connaît plus de limites, et ce sont ceux qui voudraient s’opposer à des exactions qui sont hors-la-loi. Le titre de ce monument est 1938-1945, trains pour la vie, trains pour la mort. Les trains pour la mort, les êtres humains entassés dans des wagons à bestiaux pour aller vers les camps d’extermination, hélas! On connaît cela. Mais on parle moins des trains pour la vie. L’année 1938 a été marquée par une série de mesures antisémites, au plan législatif, mais aussi physiquement. La nuit du 9 au 10 novembre 1938 a été marquée par un terrible pogrom. À cette nouvelle, et prévoyant le pire (déjà, les premiers camps de concentration avaient commencé à fonctionner, même s’ils n’étaient pas encore dédiés à la “solution finale”), le Parlement britannique a voté une résolution d’accueil d’enfants juifs originaires d’Allemagne, d’Autriche, de Tchécoslovaquie, de Danzig (actuelle Gdansk) et de la ville polonaise de Zbaszyn. C’est ainsi que le 30 novembre 1938 un premier convoi est parti de la gare de Friedrichstrasse, devant laquelle a été érigé ce monument commémoratif, emportant 190 enfants vers l’Angleterre, leurs familles restant sur place. La plupart de ces familles connaîtront la mort dans les camps nazis.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Au total, ce seront plus de dix mille enfants qui seront ainsi sauvés. La Gestapo surveillait l’acheminement jusqu’à la frontière néerlandaise. Arrivés au port de Hoek van Holland (près de Rotterdam), les enfants étaient embarqués sur des ferries vers Harwich en Grande-Bretagne. Pour beaucoup d’entre eux, c’est à Londres, gare de Liverpool, qu’ils rencontraient leur famille d’accueil. La photo ci-dessus, figurant sur l’affiche où tout cela est expliqué, représente l’arrivée en Angleterre d’un convoi en 1939. On voit comme ces enfants sont jeunes. À l’arrivée, les choses se sont passées parfois très bien, parfois très mal. Certaines familles ont accueilli le petit Juif comme l’un de leurs enfants et lui ont donné toute l’affection et l’éducation dont elles étaient capables. D’autres ont utilisé l’enfant comme un larbin, le faisant travailler dur aux tâches familiales. D’autres encore n’ont pas maltraité l’enfant, mais ne se sont guère occupées de lui, et ont totalement négligé son éducation. L’auteur de cette sculpture, Frank Meisler, natif de Gdansk, aujourd’hui citoyen israélien, a lui-même été sauvé grâce à ces transports d’enfants.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Évidemment, on ne peut qu’être révolté à l’idée que certains de ces enfants, qui déjà perdaient leur famille, aient pu être traités d’une façon indigne. Mais cette photo d’enfants qui n’avaient pas été évacués et qui sont rescapés des camps de la mort est ce qu’il y a de plus affreux. Kurt Gerstein témoigne: il a vu arriver 45 convois avec 6700 enfants, dont 1450 étaient morts pendant leur transfert.

 

En septembre 1941, le port de l’étoile jaune est imposé à tous les Juifs, la fréquentation des écoles, des cinémas, des théâtres, des restaurants, des salles et terrains de sports leur est interdite, et les déportations vers l’est commencent. Un comble, il faut payer pour le transport. Les associations juives doivent payer 4 pfennigs par kilomètre pour les adultes, et 2 pfennigs pour les enfants. À l’arrivée, ceux qui ont survécu au transport sont séparés, hommes, femmes, enfants, puis triés. Les personnes trop âgées, les malades, les infirmes et les bébés sont directement envoyés aux chambres à gaz. Les autres, mal nourris, sans soins, sans hygiène, sont employés à des travaux pénibles ou utilisés par les médecins du camp pour des expériences pseudo-scientifiques. Pour ne parler que des enfants, plus d’un million et demi d’enfants juifs européens ont ainsi été assassinés. Quant aux quelques rescapés, en voyant la photo ci-dessus on imagine le traumatisme physique et psychologique de leur vie par la suite.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Mais la fin du régime nazi n’a pas signifié la fin des souffrances de Berlin. Tandis que Berlin-ouest tentait difficilement de relever les ruines causées par les bombardements, Berlin-Est était soumis contre le gré d’une majorité de la population au régime imposé par Moscou, et le KGB russe avait un œil sur les citoyens soupçonnés d’être dissidents. C’est dans ces services secrets qu’officiait à l’époque le colonel Vladimir Poutine dont par la suite on a amplement entendu parler: fini l’incognito, fini l’espionnage, entrée dans la politique au grand jour… en sachant comment faire espionner et comment manœuvrer. En 1961, afin de renforcer le contrôle des passages entre l’est et l’ouest, la RDA construit un mur, le “mur de Berlin”, le “mur de la honte”. Munis d’un plan de la ville et de précieuses informations, nous sommes partis à la recherche des quelques fragments de mur qui ont été conservés au titre du souvenir.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

La tour depuis laquelle le contrôle était effectué a été conservée. En outre, un panneau explicatif (traduit en anglais, en français et en russe) avec photos informe sur les modalités du passage. Avec un laissez-passer ou avec un visa sur le passeport, les Berlinois de l’ouest peuvent se rendre à l’est. Plus tard, à partir de 1964, les Berlinois de l’est peuvent obtenir l’autorisation d’aller rendre visite à leur famille à l’ouest, à la condition qu’ils soient retraités. Pas question, en effet, que les actifs cherchent du travail à l’ouest et ne reviennent pas. Si l’on n’est pas retraité, on ne peut accéder à l’ouest que pour nécessité professionnelle avérée ou en cas de motif familial exceptionnel. C’est lors d’une conférence de presse que, le 9 novembre 1989 au soir, la levée des mesures de restriction de passage a été annoncée. Immédiatement, c’est la ruée vers le passage de Chausseestrasse. Mais à la frontière, les gardes n’ont pas été préparés, aucune consigne ne leur a été donnée, ils sont dépassés. La foule est pacifique mais veut passer puisque le droit lui en a été donné, aussi ils préfèrent ouvrir en grand la frontière.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Laissons là tous ces malheurs. Il est nécessaire d’en parler, de s’en souvenir, pour pouvoir dire “plus jamais ça”, mais il n’est pas nécessaire non plus de s’en repaître avec un plaisir sadique.

 

On sait que l’ours est le symbole de Berlin. Chacun sait aujourd’hui que l’étymologie qui ferait reposer le nom de la ville sur le mot qui désigne l’ours (Bär, prononcé Bèr) avec le suffixe diminutif –lein, est tout à fait fantaisiste, mais on ne va pas pour autant changer de symbole. Et aux cinéastes on continuera à y décerner l’Ours d’or. Les artistes ont été invités à peindre des ours grandeur nature à attribuer à chaque pays, voire à chaque région. Des reproductions en modèle réduit (22 centimètres) de ces ours peints sont en vente ici à 59,90€ chacun. Sur ma photo, on voit en haut, d’avant en arrière, un Catalan, puis la Barbade, puis Cuba (La Havane), et derrière arrive la France II. Ce chiffre II signifie donc qu’il y a plusieurs modèles français. Le dernier de la série n’a pas d’étiquette. Sur l’étagère du bas, ils sont tous berlinois.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Au hasard de nos promenades, nous avons vu la représentation de quelques Berlinois célèbres. J’en ai photographié plusieurs mais je ne vais pas en accumuler ici les photos. J’ai sélectionné Max Planck (1858-1947), prix Nobel de physique en 1918 pour ses travaux sur la théorie des quanta. Je l’ai choisi en raison des énormes efforts que j’ai faits autrefois pour essayer de comprendre de quoi il s’agissait.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Celui-là, c’est Mommsen (1817-1903). Ce grand historien, Nobel de littérature en 1902, a beaucoup travaillé et écrit sur Rome et l’histoire romaine. J’ai fréquenté ses œuvres (en traduction) pendant mes études, et cela justifie mon choix de sa statue.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Et puis je choisis Alexander Von Humboldt (1769-1859). Cet explorateur, grand géographe, naturaliste qui rapporte d’innombrables échantillons de ses expéditions, j’ai aussi une raison de l’avoir choisi. On a donné son nom à un courant marin que je connais bien. Le courant de Humboldt a son origine dans les glaces de l’Antarctique, il vient lécher les côtes du Chili et continue vers le Pérou. Ma famille et mes amis savent que j’ai vécu quelques années au Chili, à Concepción. La ville est à 36°46’ de latitude sud soit, reporté à l’hémisphère nord, tout au sud de l’Espagne, quelque part entre Séville et Cadix. Si l’on imagine que les bains de mer dans le Pacifique sud doivent être chauds, on se trompe, la mer sur les plages proches de Concepción est à 13° en été… Que l’on ne me dise pas que la Manche est froide dans les Côtes d’Armor! Ces souvenirs personnels justifient bien que Humboldt ait sa place dans ma sélection de statues.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Un musée pendant des heures, la cathédrale, les berges de la Spree, les restes du mur, la collection de statues au fil de la balade… Si vous êtes fatigués de me suivre, faites comme cette jeune fille que j’ai surprise sur un banc. Les jambes surélevées, c’est excellent pour la circulation du sang. Prêts? Alors nous repartons. Il ne reste plus que quelques statues à voir. Dans cette dernière série, ce ne sont plus de grands hommes.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

J’ai été frappé par cette entrée baroque surmontée d’un caducée, et avec un autre caducée sur le balcon, mais surtout encadrée de ces deux grandes sculptures. Bêtement, je n’ai pas regardé à quoi était dédié ce bâtiment, et ma photo est cadrée trop haut pour que je voie une plaque.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Dans le jardin des musées se trouve le reste de ma collection de sculptures. À commencer par celle-ci, un peu bizarre avouons-le!

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Celle-ci est de facture plus traditionnelle. Il s’agit d’une œuvre signée M. Klein et qui représente Hercule et le lion de Némée. Le héros est en train d’étouffer le fauve, puisque rien ne peut entamer sa peau. On voit le lion, la gueule ouverte, en train de suffoquer. Toute la musculature d’Hercule est bandée dans l’effort.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Cette Diane sculptée par R. Felderhoff est à l’opposé du corps de culturiste d’Hercule. Elle est toute en grâce et en élégance. Ses formes, comme sa gestuelle, sont pleines de charme.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

En essayant d’effectuer un choix le plus varié possible, j’ai sélectionné, pour finir, cette œuvre de A. Brütt intitulée Sauvée (Gerettet, en allemand. Je ne parle pas cette langue, merci Google traduction). Certes ce n’est pas à proprement parler “joli”, mais j’aime bien l’opposition entre le secouriste peu élégant dans sa présentation, dans son physique, et la fine silhouette de la jeune femme. Et pourtant, c’est lui qui l’a sauvée, c’est elle qui est en mauvaise posture.

Published by Thierry Jamard
commenter cet article
25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 23:55

Hier au soir, nous avons quitté le Cateau-Cambrésis et sommes allés poser notre maison sur roulettes pour la nuit sur un parking d’autoroute belge, et nous avons traversé toute la Belgique sans nous arrêter, pas plus qu’aux Pays-Bas jusqu’à Volendam.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Volendam, c’est une petite ville sur l’IJsselmeer, au nord-est d’Amsterdam, dont autrefois, il y a bien longtemps, j’avais appris l’existence en lisant La Chute, d’Albert Camus. Dans mon édition, une note disait, en substance (car je ne me rappelle pas les termes exacts) que cette ville était le prototype du pittoresque frelaté. La première fois que j’y suis allé voir, il y a quarante-huit ans de cela (hé oui, déjà…), il y avait encore quelques-uns de ces bateaux traditionnels aux voiles brunes. Aujourd’hui, plus un seul. Mais nous sommes bien en Hollande, il y a des canaux!

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Certes, la ville est mangée par le tourisme, les bars, les restaurants, les fast-food, les boutiques de souvenirs, et les rues sont encombrées non pas de pêcheurs locaux mais de passants en tenues de vacanciers, mais qu’importe, elle ne manque pas de charme. Et pour la photo, j’ai essayé de ne pas y mettre trop de touristes…

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Sympathique, avec un brin d’humour: des sculptures en bronze ici ou là remplacent les Hollandais authentiques s’ils viennent à faire défaut. En particulier, ce pêcheur assis sur un banc, d’autant plus amusant qu’une dame était assise auprès de lui. Mais son droit à l’image m’empêche de publier cette personne.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Les Pays-Bas, qu’est-ce que cela évoque spontanément? Des tas de choses: par exemple Guillaume d’Orange, ou Louis XIV et le traité de Breda, ou encore la patrie de Spinoza et de Rembrandt. Ou peut-être les tulipes; ou plus prosaïquement les fromages, le Gouda, l’Edam… Les commerçants locaux savent bien l’image que les touristes ont de ce pays, on ne parle pas de Spinoza mais de fromages. Les fromageries offrent la visite de leurs petits musées. Dans celle-ci, les murs sont décorés de ces carrelages en faïence de Delft représentant leur activité dans les siècles passés.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

On commence (et finit), bien sûr, par la boutique, où l’on peut acheter la production locale plus ou moins artisanale. Mais on peut aussi passer à la partie explicative de la fabrication.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

À l’aide de dessins clairs et de textes en diverses langues, dont le français (aux Pays-Bas, et depuis longtemps, l’anglais est obligatoire pour tous dès l’école primaire, puis à l’âge du collège secondaire on étudie obligatoirement, en outre, soit l’allemand, soit le français), les étapes de la fabrication du fromage sont expliquées. Ici, je ne donne que le titre de chaque opération: n°1 présure et ferments lactiques, n°2 le caillé est brisé en petits grains, n°3 caillé trempé dans le petit-lait puis mis en moule, n°4 le bain de saumure, n°5 la maturation et l’affinage, n°6 le “coating”.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Les accessoires et le matériel sont également montrés au public pour compléter les explications détaillées. En fait, c’est une petite visite intéressante et instructive. Notamment en ce qui concerne le “coating” en plastique, certains de nos fromages français sont enveloppés dans une feuille d’aluminium durant l’affinage, les pâtes molles se contentent de papier étanche et d’une boîte en bois.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Et l’humour n’est pas absent, les onomatopées des cris d’animaux étant utilisées pour identifier leurs auteurs plutôt qu’une traduction multi-langue. Le seul problème (tant pis si je suis un radoteur briseur d’humour et figeur de sourires), c’est que les animaux ne parlent pas la même langue dans tous les pays:

– Une vache française fait MEUH, mais elle fait MOU en anglais (écrit MOO) et en espagnol (écrit MU)

– La chèvre fait BÊÊÊ en français et en espagnol (écrit BEEE), mais NAAA en anglais

– Le moineau français fait CUI-CUI, l’anglais fait CHEEP-CHEEP, l’espagnol fait PIO-PIO

– Le coq français chante COCORICO, l’anglais COCKADOODLEDOO et l’espagnol QUIQUIRIQUI

– En français un canard fait COIN-COIN, mais QUACK-QUACK en anglais, CUA-CUA en espagnol

– Le chien français aboie OUAH-OUAH, en anglais c’est BOW-WOW, en espagnol GUA-GUA, en russe ГАВ-ГАВ (prononcer GAF-GAF)

– la langue des ânes est plus internationale, HI-HAN en français, HEE-HAW en anglais, IHA en espagnol, И-А, И-А en russe (prononcer I-A, I-A). Là, il n’y a qu’une nuance dans l’accent, ils se comprennent. Le bonnet d’âne pour ceux qui n’apprennent pas à l’école, alors que l’âne a inventé un langage international? À moins que ce ne soit au contraire pour son incapacité à étudier les langues étrangères?

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

La côte néerlandaise était creusée d’un très vaste golfe, le Zuiderzee (ce qui signifie “la Mer du Sud”). Aujourd’hui, et depuis près d’un siècle, une immense digue de trente kilomètres de long ferme ce golfe. Ce n’est plus une mer, c’est un lac d’eau douce, l’Ijsselmeer (ce qui signifie “le Lac de l’Ijssel”). En outre, une fois cet espace isolé de la mer, une bonne partie en a été asséchée, puis le sol en a été désalinisé afin de dégager de nouvelles terres, les polders. Cette création de polders ne date pas du vingtième siècle, les Pays-Bas ont commencé à gagner des terres sur la mer il y a bien longtemps, à tel point qu’aujourd’hui près de quinze pour cent de la superficie du pays est constituée de polders (six mille cinq cents kilomètres carrés). La digue, on l’appelle en français la Grande Digue du Nord, mais pour les Néerlandais c’est l’Afsluitdijk, c’est-à-dire “la Digue de Fermeture”. J’avais aussi traversé cette digue lors de ma première visite à Volendam, et dans mon souvenir des myriades de mouettes la survolaient. Aujourd’hui, pas un seul oiseau. Est-ce alors ma mémoire qui me trompe, après presque un demi-siècle, ou le hasard fait-il que ce jour-là précisément des bancs de poissons avaient attiré les oiseaux, je ne saurais le dire.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Ce monsieur en manteau (il ne fait pas toujours beau et chaud dans ce pays) est Cornelis Lely. C’est lui l’auteur d’un projet de digue ici. En 1916, de dramatiques inondations font s’intéresser de très près à ce projet, qui est approuvé et voté par le Parlement en 1918. Les travaux commencent en 1927 et durent jusqu’à 1933. Aujourd’hui, sur cette digue de 90 mètres de large, court une autoroute, mais un parking permet de s’arrêter pour prendre quelques photos.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

De l’autre côté de l’Afsluitdijk, c’est la Frise (Friesland). Nous avions plusieurs raisons de choisir cet itinéraire qui n’est pas le plus court vers la Biélorussie, Volendam, la Grande Digue, les paysages frisons, mais l’une des moindres n’était pas de voir, dans les prés de leur paysage naturel, des chevaux frisons, avec leur forte ossature, leur robe bai brun, leur longue queue, leur crinière fournie. Déception! Je ne suis pas un spécialiste, loin de là, mais nous avons eu beau parcourir nombre de petites routes de Frise, nous n’en avons pas vu un seul. Les chevaux de ma photo sont de magnifiques animaux, aux douaniers ils tendent peut-être au bout de leurs sabots un passeport de Frise, mais ils ne sont pas de race frisonne. Du moins je ne le crois pas. Autant que je sache, le cheval frison n’a jamais été croisé de pur-sang anglais, il est le produit de sélection et d’amélioration de sa propre race, ce qui lui donne des caractéristiques très marquées.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

L’architecture des villes est souvent influencée par des modes, soit nationales (dans tous les Pays-Bas on voit des immeubles qui se ressemblent), soit internationales (le baroque, par exemple), mais les fermes sont généralement typiques, non pas d’un pays, mais de chaque région du pays, même si, comme ici, la superficie du pays n’est pas immense (33751 kilomètres carrés pour la métropole, à comparer avec la France métropolitaine, 551500 kilomètres carrés, soit une différence de 1 à plus de seize) pour une population de seize millions trois cent soixante mille habitants, soit même pas quatre fois moins qu’en France, d’où une densité d’occupation des sols d’autant plus élevée. Nous aimons tout particulièrement l’aspect du pays, ordonné, propre, “léché”.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013
En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

Les villages sont ravissants, avec leurs maisons de poupées rangées le long des canaux. Aux Pays-Bas, on ne se cache pas, les jardins sont rarement clos, les grandes baies dépourvues de volets et même souvent de rideaux laissent voir, le soir avec la lumière, des intérieurs chaleureux, avec cuivres et plantes sur les appuis de fenêtres. Ci-dessus, ma deuxième et ma troisième photos représentent la même rue, d’abord pour en montrer les maisons, ensuite depuis le pont, avec les fleurs en premier plan, parce que c’est ainsi que l’on perçoit ce sympathique village quand on l’aborde.

En traversant les Pays-Bas. 29 juillet 2013

La Frise, sa riante campagne, ses jolis villages ne sont pas peuplés que de chevaux. Je pourrais bien frapper à une porte et demander à la personne qui m’ouvre l’autorisation de la photographier, afin de ne pas violer son droit à l’image en publiant la photo, mais d’une part comment être sûr qu’il s’agit de Frisons “de souche” ou, comme les chevaux de tout à l’heure, de personnes d’une autre région, voire d’un autre pays? D’autre part… je n’ose pas trop! Alors je représente ici les Frisons sur un tableau de Herman Mijnerts Doncker (1620-1656), un peintre de l’école hollandaise. Il a intitulé sa toile Une famille frisonne dans un paysage. Ce tableau, je l’avais photographié en novembre 2012 au musée de Pera à Istanbul.

 

Et voilà, nous ne visiterons pas davantage les Pays-Bas pour cette fois-ci. Nous reprendrons l’autoroute et franchirons sans les voir Leeuwarden, Groningen, puis la frontière allemande. Nous continuerons sans regarder Oldenburg ni Brême, et passerons la nuit sur un parking d’autoroute allemande. Et demain nous nous installerons sur le camping de Berlin. Berlin, qui fera l’objet de six articles de mon blog.

Published by Thierry Jamard
commenter cet article
24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 23:55

Nous voilà partis de Paris, direction Grodno, en Biélorussie, pour aller voir le père de Natacha. Cette année, nous y allons en camping-car et, à la différence de ce que nous faisions quand nous allions le voir en voiture, nous prenons le chemin des écoliers. Nous passerons par la Belgique et les Pays-Bas, tout là-haut au-delà de la Grande Digue du Nord.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Nous passons par la petite ville de Caudry qui possède un musée des dentelles et broderies. Il serait certes intéressant de le visiter, mais nous ne pouvons quand même pas nous arrêter à chaque musée sur notre route. Au rond-point, une excellente idée: le panneau nous informe que cette machine est un “métier à fabriquer de la dentelle Leavers, fabriqué en France en 1891 par les frères Quillet”. À défaut de visiter le musée, il n’est pas possible de faire moins que de contourner le rond-point, de s’arrêter un peu plus loin et de revenir à pied faire quelques photos.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

En fait, si nous avons quitté la grand-route et sommes passés par Caudry, c’est parce que nous comptions nous rendre au Cateau-Cambrésis, la ville de Matisse, un peintre dont je raffole. “Révéler un peu de la fraîche beauté du monde”, est-il dit sur cette affiche, citant un extrait d’un message adressé par Matisse en novembre 1952 à sa ville natale. Nous arrivons devant le musée à 18h, et nous savons fort bien qu’il est trop tard pour le visiter, mais nous prenons nos repères pour ne pas le manquer lors de notre voyage de retour.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Une remarque qui n’a rien à voir avec Matisse, mais que je tiens à faire ici. La ville du Cateau-Cambrésis est accueillante aux camping-caristes, et c’est à noter parce que trop de Municipalités leur affichent des interdictions. Ici, juste à la sortie de la ville, c’est-à-dire tout près du centre parce que la ville n’est pas énorme, il y a un parking réservé, gratuit, avec possibilité de prendre de l’eau et de se connecter à l’électricité. Ce soir, nous allons parcourir quelques kilomètres vers la Belgique après avoir toutefois fait un petit tour dans cette ville sympathique, nous être arrêtés dans un bar, mais puisque le Cateau-Cambrésis est accueillant, à notre retour nous y passerons la nuit pour être à pied d’œuvre le lendemain. Merci au Cateau-Cambrésis.

 

Après les batailles de Mons et de Charleroi, les troupes franco-britanniques font retraite en août 1914. Le 26 août a lieu la bataille du Cateau où les Britanniques parviennent pendant douze heures à retarder l’avancée de l’armée allemande, au prix de 7812 tués, blessés ou prisonniers, sur les quarante mille hommes ayant pris part aux combats.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Notre balade en ville nous a permis, sur la grand-place près de l’hôtel de ville, de voir cette statue du maréchal Mortier. En ce qui me concerne, je découvre aujourd’hui qu’il était natif du Cateau. Le texte gravé sur le socle dit “Au maréchal Mortier, duc de Trévise, né au Cateau-Cambrésis en 1768, mort assassiné à Paris à côté du roi le 28 juillet 1835. Le roi, les princes, les ministres, les maréchaux, ses concitoyens lui ont élevé ce monument”.

 

Adolphe Édouard Mortier commence sa carrière militaire en 1791 comme sous-lieutenant. Sa valeur militaire et son courage lui valent de gravir rapidement les échelons de la carrière, si bien que dès 1799 il est général de brigade, dix jours après son trente-et-unième anniversaire. En 1804 il reçoit la dignité de Maréchal d’Empire, en 1805 il est décoré du Grand aigle de la Légion d’Honneur, en 1808 il est fait duc de Trévise. Lors de la Retraite de Russie et de la catastrophe de la Bérézina, c’est lui qui, avec le maréchal Ney, parvient à sauver ce qui reste de la Grande Armée. Après avoir servi l’empereur avec la plus grande loyauté et la plus grande vaillance, il entre au service de Louis XVIII et réussit à le sauver d’une insurrection de l’armée. Cela ne l’empêche pas de revenir à Napoléon durant les Cent Jours. Du coup, à la seconde restauration, il n’est plus en odeur de sainteté, il est éliminé de la Chambre des Pairs. Alors il se fait élire député dans le Nord en 1816. Mais en 1819 on le réintroduit dans la Chambre des Pairs. Après la révolution de 1830, il est fait Grand Chancelier de la Légion d’Honneur, puis nommé ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg. Et, en 1834, le voilà bien malgré lui ministre de la guerre et président du conseil, mais il présente sa démission dès le début de 1835. Enfin c’est l’événement du 28 juillet 1835, et l’attentat perpétré par Fieschi contre le roi Louis-Philippe. Le roi allait passer en revue la garde nationale, et en tant que Grand Officier de la Légion d’Honneur il était à ses côtés. Il faisait chaud, il se sentait mal, mais il refusa d’aller se reposer, et c’est alors que la machine infernale de Fieschi, placée face au 50 boulevard du Temple, explose. Le roi n’a qu’une petite estafilade, mais au total dix-huit personnes en mourront, sur le coup ou peu après. Mortier est l’une des victimes.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

À l’origine, au onzième siècle, il y a là une abbaye. Les travaux ont débuté en 1021, l’abbaye Saint-André est consacrée le 22 septembre 1025, et cet événement est célébré chaque année jusqu’à nos jours avec la ducasse et la foire Saint-Matthieu. Plusieurs fois, l’abbaye a été détruite et reconstruite, mais à la Révolution, de tous les bâtiments, cloître, jardins, etc., il ne reste que l’église et la brasserie. Après la Révolution, l’abbatiale devient église paroissiale sous le patronage de saint Martin.

 

La façade, ainsi que la nef de cette église Saint-Martin, édifiées en 1634-1635, ont pour architecte un jésuite, Jean du Blocq. Le baroque est né en Italie, et ce sont les Jésuites qui l’ont importé dans la région, notamment avec cette église. La base est en grès, tout le reste est en pierre calcaire. Sur ma photo originale grossie au maximum à l’écran, mais évidemment invisible sur cette photo réduite puis sauvegardée en basse résolution, on peut lire “1635” sous l’ovale du fronton qui porte le monogramme du Christ. Mais surviennent les guerres avec l’Espagne, et les travaux sont interrompus, on en reste à la façade et à la nef, ils ne reprendront qu’en 1680. La tour carrée du clocher, quant à elle, qui s’appuie sur le bras gauche du transept, est bâtie à partir de 1682. Le bulbe de sa flèche est typique, paraît-il, de l’art du Hainaut franco-belge. Plus haut, j’ai montré une photo de la grand-rue, avec l’hôtel de ville à gauche et le clocher de l’église au fond de la photo, et sur cette image on peut distinguer à mi-hauteur une petite fenêtre (il y en a une sur chaque côté) qui, en temps de guerre, permettait à un guetteur de surveiller les environs. Lors de la Première Guerre Mondiale, les quatre cloches ont été détruites. Le 26 août 1934, jour du vingtième anniversaire de la bataille du Cateau, l’archevêque de Cambrai bénit les quatre nouvelles cloches.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Les sculptures de la façade elle-même datent de sa construction, mais les statues qui l’ornent sont postérieures. Au-dessus du portail, c’est cette Vierge à l’Enfant.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Les travaux, donc, ont repris à la fin du dix-septième siècle, en 1680. On va achever les voûtes de la nef en plein cintre, en style roman, puis on monte les bas-côtés avec une voûte sur croisée d’ogives, en style gothique. Quant au transept et au chœur, ce n’est qu’au début du dix-huitième siècle qu’on va les achever, à l’époque où l’évêque de Cambrai n’est autre que le grand Fénelon (qui a occupé ce siège épiscopal de 1695 à sa mort en 1715). Mais quoique les travaux se soient étalés sur soixante-dix ou quatre-vingts ans, l’unité de l’ensemble n’en a nullement souffert, car les architectes successifs ont scrupuleusement suivi les plans initiaux de Jean du Blocq. Au total, la nef mesure 30 mètres de long, suit le transept de 8 mètres de large, et le chœur de 30 mètres lui aussi, ce qui donne à l’église une longueur totale de 68 mètres. Les voûtes, elles, montent à seize mètres.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Au début du dix-huitième siècle, c’était encore ici l’abbatiale de l’abbaye Saint-André. C’est donc pour l’abbaye bénédictine que les orgues ont été installées à cette époque (1719-1721). Il y a deux buffets d’orgues, totalisant 1344 tuyaux d’étain. Il y a vingt-et-un jeux, deux claviers de cinquante-six notes chacun, un pédalier de trente notes. Tout cela a été restauré après la Première Guerre Mondiale, mais en 1954 la dégradation est telle que les orgues sont devenues muettes. En 1974 a lieu une grande remise en état, et actuellement il peut y avoir des concerts d’orgue dans l’église, et une classe d’orgue a été créée.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Sur ma photo de la nef, on peut remarquer, sur le dernier pilier avant le chœur, une petite tache dorée. Il s’agit de cette belle statue de Vierge à l’Enfant.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Nous sommes dans la sacristie. Elle a été modifiée lors de la construction de l’église au dix-septième siècle, mais elle appartenait à une église antérieure et avait été construite en gothique rayonnant. Le plafond comporte toujours ses nervures décorées de guirlandes de fleurs, mais les pendeloques d’origine ont été brisées et ont disparu.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

La sacristie a conservé ses deux vitraux en grisaille. Celui que je montre ici porte les deux lettres grecques α (alpha) et ω (oméga), la première et la dernière lettres de l’alphabet, qui veulent dire que Dieu est le début et la fin de tout, de part et d’autre du chrisme, à savoir les lettres grecques entrelacées X (=ch, appelé chi) et P (=r, appelé rho), soit CHR, le début du nom du Christ.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

À la sortie de la sacristie, on remarque ce petit vitrail ovale avec les armes de la ville, qui surmonte une amusante sculpture de monstre. Il est dit que cette fenêtre faisait autrefois communiquer l’église avec l’abbaye. Je ne sais pas ce que cela veut dire, “communiquer”: seulement qu’il était tourné vers les bâtiments de l’abbaye? Ou qu’il remplace une porte qui a été murée? Quoi qu’il en soit, vitrail et sculpture valent le coup d’œil.

 

Et voilà. Si tout se passe bien et si nous pouvons respecter nos plans, dans moins d’un mois nous serons de retour ici pour visiter le musée Matisse. Pour l’instant, nous allons mettre le cap sur la Belgique pour la nuit et demain sur les Pays-Bas: Volendam, la Grande Digue du Nord, la Frise. Ce sera l’objet de mon prochain article.

Published by Thierry Jamard
commenter cet article
22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 23:55

Ma visite au Louvre aujourd’hui était axée sur les antiquités. Mais il y a dans ce musée tant de merveilleux tableaux, et pas seulement la Joconde, qu’il est difficile de ne pas aller y voir ou revoir des toiles de maîtres. J’ai commencé dans une salle de la fin du dix-huitième siècle et les œuvres que j’ai vues s’étalent sur à peine plus d’un demi-siècle. Quand je suis allé voir une autre salle, la gardienne m’a très courtoisement signalé que dans cette section la photo était malheureusement interdite. Alors tant pis, je suis retourné vers mes chères antiquités. Le présent article sera donc limité à un tout petit nombre de peintres, exclusivement français, sur une période de temps très restreinte.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le 14 novembre 1793, le peintre David remet à la Convention son tableau représentant Marat dans sa baignoire, assassiné par Charlotte Corday. Ce tableau se trouve au musée des Beaux-Arts de Bruxelles, mais le Louvre possède cette réplique réalisée par l’atelier du maître, sobrement intitulée Marat assassiné.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Un tableau de Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) réalisé pour le salon de 1765. Il représente Claude-Henri Watelet. Cet homme, un amateur éclairé, a publié en 1760 L’Art de peindre. Greuze le représente devant une statuette, réplique de la Vénus Médicis. Il a dans la main droite un compas et devant lui un cahier ouvert à une page blanche. Il va donc mesurer les proportions de la statuette pour la reproduite sur le papier.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et l’on peut supposer que le tableau de Greuze a été peint au moment où Watelet prépare une gravure pour illustrer son livre car, effectivement, cette statue y est représentée. Il suffit de se connecter sur Gallica, le site de la BNF, de télécharger L’Art de Peindre de Watelet, et en page 98 du document PDF on trouve en effet cette figure “représentant la statue antique de Vénus de Médicis, avec l’échelle des proportions”.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Deux tableaux d’Élisabeth Vigée-Le Brun (1765-1842). Celui-ci date de 1786 et représente Madame Molé-Reymond, une actrice de la Comédie Italienne. Élisabeth Vigée-Le Brun était réputée pour son habileté à représenter les matières, comme la fourrure de ce manchon ou les tissus de cette robe et de ce chapeau. En 1779, elle est devenue le peintre de la reine Marie-Antoinette.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Peintre de la reine… une situation inconfortable quand éclate la Révolution dix ans plus tard. Elle s’exile alors en divers endroits d’Europe avant de se fixer en Russie, à Saint-Pétersbourg, de 1795 à 1801. C’est là qu’elle va peindre, en 1796, ce portrait de La Comtesse Skavronskaia, une dame d’honneur de la tsarine Catherine II. Skavronskaia, ce nom me dit quelque chose: c’était, au tout début de ce dix-huitième siècle, le nom de cette modeste servante devenue la maîtresse puis la femme du tsar Pierre le Grand, l’impératrice Catherine I. Mais j’ignore quel peut être le lien de parenté entre cette jolie comtesse du tableau et l’ancienne impératrice. J’ignore d’ailleurs de quelle façon elle est la nièce de Potemkine, grand homme d’État russe, homme de confiance et amant de Catherine II qui, lorsque la tsarine se limitera avec lui à des relations amicales et professionnelles en prenant d’autres amants, fera de sa nièce Skavronskaia sa maîtresse. Alors cessons de regarder dans les alcôves et sur les arbres généalogiques, et contentons-nous de contempler cette toile.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Dans un livre de Charles Paul Landon, Annales du musée et de l’école moderne des beaux-arts, tome VI, Paris, an XII-1804, je lis (page 15): “ Vers la fin du dix-septième siècle, un lion, échappé de la ménagerie du grand-duc, parcourait les rues de Florence, et portait partout la terreur. Une femme, qui fuyait en tenant son enfant dans ses bras, le laissa tomber, et le lion s'en saisit. Éperdue, elle se jette à genoux devant le terrible animal, et lui demande, avec toute l'expression d'une mère au désespoir, la vie de son enfant. Le lion s'arrête, la regarde fixement, remet l'enfant à terre, sans lui avoir fait aucun mal, et s'éloigne. Tel est le trait pathétique dont M. Monsiau a enrichi le répertoire des artistes. Son tableau, exposé au salon de l'an 9, attira particulièrement l'attention du public, tant par le choix du sujet que par le talent et le soin avec lesquels il était exécuté”. Nicolas-André Monsiau (1754-1837) a peint Le Lion de Florence pour le salon de 1801 où il était exposé avec le titre –ou plutôt le commentaire– suivant: “Trait sublime de la maternité au siècle dernier”.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Jean-Auguste Ingres (1780-1867) a peint La Baigneuse en 1808, alors qu’il était pensionnaire de l’Académie de France à la Villa Médicis à Rome. Cette toile, envoyée à Paris pour justifier de ses travaux à l’Académie de France, est la première de la longue série de celles qui représentent des nus féminins, l’une des spécialités de l’artiste. Pour distinguer cette œuvre d’autres du même artiste sur le même sujet, on la nomme d’après l’un de ses anciens propriétaires La Baigneuse Valpinçon.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cinquante-quatre ans plus tard, en 1862, on retrouve cette même baigneuse de dos, dans la même position, dans ce tableau d’Ingres intitulé Le Bain turc. Un autre thème de recherches d’Ingres, bien en accord avec les tendances de l’époque, a été l’exotisme ottoman. Ce tableau marque l’aboutissement de ses recherches sur ces deux thèmes.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le Château saint-Ange et le Tibre, Rome. C’est ainsi que Camille Corot (1796-1875) intitule cette toile de 1826-1828. Outre la beauté formelle, la composition, les couleurs, je trouve remarquable la façon dont Corot a rendu l’atmosphère de la ville.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Venons-en à Eugène Delacroix (1798-1863), un grand orientaliste. La Grèce, le Maghreb l’ont particulièrement inspiré. Les tableaux ci-dessus, Deux études de costumes souliotes et Deux guerriers grecs dansant, peints vers 1824-1825, n’ont semble-t-il pas été réalisés en présence de vrais Grecs de Souli dans les vêtements de leur quotidien. Toutefois il s’agit d’authentiques vêtements grecs tirés de la collection parisienne d’un peintre ami de Géricault, voyageur (Grèce, Égypte, Maroc) et collectionneur d’objets orientaux, nommé Jules-Robert Auguste (1789-1850).

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

C’est le même Eugène Delacroix qui a peint cette Noce juive dans le Maroc, probablement en 1839. Car Delacroix ne s’est pas contenté de travailler à Paris sur les collections orientales de son confrère Auguste, il a voyagé lui aussi. En 1832 il est au Maroc et, dans son Journal, il décrit en détails une noce juive à laquelle il assiste à Tanger le 21 février. Décor, objets, personnages, postures, tout. Ce n’est pas un simple récit pour garder un souvenir de l’événement, c’est une description minutieuse de peintre qui a l’intention de reproduire chaque détail. Ci-dessus un extrait de son Journal, tome I (années 1823-1850), qui se trouve aussi sur Gallica. En outre, Paul Flat, qui publie ce Journal en 1893, ajoute en note l’explicatif fourni par Delacroix au livret du Salon de 1841: “Les Maures et les Juifs sont confondus. La mariée est enfermée dans les appartements intérieurs, tandis qu'on se réjouit dans le reste de la maison. Des Maures de distinction donnent de l'argent pour des musiciens qui jouent de leurs instruments et chantent sans discontinuer le jour et la nuit; les femmes sont les seules qui prennent part à la danse, ce qu'elles font tour à tour, et aux applaudissements de l'assemblée”.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore un Delacroix, ce Turc fumant, assis sur un divan, qui doit dater de 1825. À l’époque, le peintre n’a pas encore effectué son voyage en Orient, mais il se passionne déjà pour les Orientaux, leurs costumes et leurs mœurs.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Laissons là Delacroix, pour en venir à Théodore Chassériau (1819-1856). Son Andromède attachée au rocher par les Néréides est de 1840. Céphée et Cassiopée sont le roi et la reine d’Éthiopie, et Andromède est leur fille. Vaniteuse, Cassiopée prétend être plus belle que toutes les Néréides, cela rend furieuses ces déesses marines qui demandent vengeance au dieu qui règne sur les mers, Poséidon. Comprenant la blessure de leur amour-propre, Poséidon accède à leur souhait en envoyant un terrible monstre marin ravager l’Éthiopie. Céphée, roi d’un pays d’Afrique, ne s’est pas rendu à Delphes pour consulter Apollon, mais il a interrogé Ammon, qui lui a fait savoir que pour libérer son pays du monstre il lui fallait sacrifier sa fille. Il hésitait, mais les Éthiopiens l’ont forcé à offrir Andromède en victime expiatoire, et il s’est résolu à la livrer aux Néréides. Sur le tableau de Chassériau, on voit les Néréides, très placides et indifférentes au mal qu’elles font à une innocente (c’est sa mère Cassiopée qui est coupable), attacher Andromède au rocher. Déjà le monstre guette sa proie, on l’aperçoit sur la gauche du tableau. Andromède, elle, est effrayée à l’idée de l’atroce mort qui l’attend, déchirée, dévorée par le monstre.

 

À ces terribles événements s’arrête ce qui est raconté par la peinture, mais que les âmes sensibles et compatissantes se rassurent. Zorro est arrivé. Non, pas Zorro, mais Persée, celui qui a réussi à tuer la Gorgone. C’est justement au retour de cette expédition et de cet exploit qu’il est passé par l’Éthiopie, qu’il a vu Andromède et qu’il en est tombé éperdument amoureux. Aussi, apprenant qu’elle va être sacrifiée, il propose un marché à Céphée: s’il le débarrasse du monstre et sauve Andromède, Céphée lui accorde la main de sa fille. Que les féministes ne protestent pas en disant qu’il faudrait aussi demander à Andromède si elle est d’accord, car entre le beau Persée et l’affreux monstre son choix ne fait aucun doute. Céphée a déjà fiancé Phinée, son frère, à Andromède, mais qu’importe, l’oncle n’épousera pas sa nièce si Persée parvient à la sauver. Et Persée tue le monstre, détache Andromède du rocher et l’épouse. Phinée, frustré, jaloux, complote contre Persée, mais Persée est le plus malin (bien sûr, c’est un héros), découvre le complot, tourne vers ses ennemis la tête tranchée de la Gorgone, et cela ne manque pas, le regard de la Gorgone les transforme en pierre. Il part alors avec la belle Andromède et ils s’établissent à Tirynthe. Comme tout conte de fées, cela s’achève par “ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants”. En fait sept enfants dont le second sera le père d’Amphitryon, lequel Amphitryon est le père putatif d’Héraklès; en fait, Zeus a par ruse remplacé Amphitryon dans son lit, en prenant son apparence. Mais quand même, pour Andromède, être la grand-mère putative du grand Héraklès, ce n’est pas rien.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cet autre tableau de Chassériau, l’un de ses chefs d’œuvre, s’intitule officiellement Esther se parant pour être présentée au roi Assuérus, mais on l’appelle couramment La Toilette d’Esther. Il date de 1841.

 

À Suse, capitale de la Perse, vit Mardochée. Il y vit incognito parce qu’il est juif. Il a une cousine orpheline, Esther, qu’il a adoptée et qu’il héberge chez lui. Or il arrive qu’en la troisième année de son règne, donc en 482 avant Jésus-Christ, le roi Xerxès, appelé Assuérus dans la Bible, le fils de Darius, dont j’ai eu l’occasion de parler au sujet de la Seconde Guerre Médique, notamment quand nous sommes passés par les Thermopyles (480 avant Jésus-Christ), ou à propos du Parthénon d’Athènes qui remplace un temple précédent qu’il a détruit, –il arrive, donc, que Xerxès veuille faire admirer sa femme Vashti par tous ses convives lors d’un banquet, pour montrer que, puissant roi, il a la plus belle femme du monde. Horrifiée à l’idée de se présenter nue devant tous ces gens, elle refuse. Les sages consultés par le roi considèrent que c’est un affront pour tous les maris de Perse, et conseillent au roi de la répudier. Ce qu’il fait, Vashti n’est plus reine, et sept eunuques sont chargés d’aller chercher partout dans le royaume les plus belles jeunes vierges pour qu’il puisse choisir celle qu’il prendra pour femme et qui sera la nouvelle reine. Mardochée pense que ce serait une aubaine pour sa cousine d’être choisie, aussi envoie-t-il Esther au palais. Elle est si belle, si séduisante, qu’on met à son service, pendant un an, sept femmes pour prendre soin d’elle et l’aider à être de plus en plus rayonnante. Et la septième année du règne, donc après sa défaite à Salamine, Esther est présentée à Xerxès-Assuérus, qui la choisit pour reine. C’est cet épisode qu’a représenté Chassériau sur cette toile, Esther est à la toilette pour être présentée à Assuérus.

 

La suite des événements? Cinq ans plus tard, soit dans la douzième année du règne, Mardochée refuse de se prosterner devant le grand vizir Haman l’Agaggite. C’est intolérable et Haman, qui a compris que Mardochée est juif, décrète que tous les Juifs du royaume seront exterminés et il fait préparer la potence pour pendre Mardochée. Esther alors intercède auprès d’Assuérus-Xerxès, obtient l’annulation du décret, et le roi fait pendre Haman et tous ses fils à la place de Mardochée. Depuis, chaque année, les Juifs célèbrent la fête de Pourim pour rappeler l’événement.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Chassériau a daté cette toile, Apollon et Daphné, de 1846. Mais comme l’œuvre a, cela est prouvé, été exposée au théâtre de l’Odéon en 1845, il est évident qu’elle est post datée, et l’on doit considérer qu’elle a dû être réalisée vers 1844. Daphné, en grec (δάφνη), c’est le laurier, et l’on voit que les pieds de la jeune fille, sous le pinceau de Chassériau, se transforment en tronc. Curieux, non?

 

Daphné est une nymphe, fille du fleuve Pénée qui coule en Thessalie. Apollon, qui est un dieu archer, s’est un jour moqué d’Éros qui s’entraînait maladroitement à tirer à l’arc. Pour se venger, Éros, dieu de l’amour, fait en sorte qu’Apollon voie Daphné et en tombe amoureux. Il veut la posséder, elle ne veut pas. Elle s’enfuit, il la poursuit. Elle court vite, mais il court plus vite et il va la rattraper, alors elle prie son père de la métamorphoser pour qu’elle soit protégée du dieu. Et Pénée la transforme en laurier, qui est la plante consacrée à Apollon. À vrai dire, quand je vois dans le tableau une transformation aussi partielle, je pense que ce n’est pas de nature à empêcher Apollon de parvenir à ses fins… Et pourtant il est de notoriété publique qu’il n’a pu s’unir à Daphné.

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le coucher de Desdémone. Cette toile de Chassériau est de 1849, et bien sûr on y reconnaît la tragédie Othello de Shakespeare. Ici, Desdémone comprend qu’elle va mourir, le piège ourdi contre elle s’est refermé.

 

Ah, les enfants qui ne suivent pas les recommandations de leurs parents! Desdémone est la fille d’un sénateur de Venise qui lui a déconseillé d’épouser Othello le Maure. Mais Desdémone épouse Othello et le suit à Chypre. Or Iago, un officier au service d’Othello, pense que sa femme le trompe avec Othello, d’où sa haine pour ce dernier, d’autant plus qu’il a accordé à Cassio une promotion qu’il escomptait pour lui-même. Il imagine alors un stratagème pour se venger, il laisse un mouchoir de Desdémone dans la chambre de Cassio. Et cela marche, Othello croit que Desdémone le trompe. Grande tragédie, tout le monde va mourir, mais pour ce qui nous intéresse ici Desdémone dément évidemment les accusations mensongères contre elle, mais Othello ne la croit pas et, quoiqu’il l’aime encore, il la tue en l’étouffant puis se suicide auprès d’elle. L’habileté avec laquelle la tragédie est montée, la psychologie des personnages, tout cela fait de cette pièce de Shakespeare un chef d’œuvre, l’une de ses pièces que je préfère, que j’ai lue et relue, mais que je n’ai jamais eu l’occasion de voir représentée au théâtre…

Quelques tableaux du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le tableau sur lequel je vais terminer mon article n’est pas celui que je préfère, mais puisque j’ai pris le parti de suivre grosso modo la chronologie de réalisation des tableaux et que celui-ci, peint en 1852, est postérieur à ceux de Chassériau (1840, 1841, 1844, 1849), il me faut bien le placer là. Il est d’Ernest Meissonier (1815-1891) et s’intitule Jeune homme écrivant. Nous sommes dans la dernière année de la Seconde République, juste avant que, le 2 décembre 1852, le prince président Louis-Napoléon Bonaparte se proclame empereur, mais ce jeune homme est représenté habillé d’un costume à la mode de l’époque de Louis XVI, et il est assis sur un fauteuil Louis XIII.

 

Une autre fois, puisqu’à chacun de nos passages à Paris nous ne savons pas résister à la tentation d’aller au Louvre, il faudra absolument que nous délaissions un peu nos chères antiquités pour aller voir plus longuement le département des peintures.

Published by Thierry Jamard
commenter cet article
19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 23:55

Dans ce Louvre tellement riche en antiquités, nous avons vu l’Égypte, l’Orient, les Étrusques. Voyons maintenant l’Occident, à savoir la Grèce, Rome, la Gaule. Certes, les Étrusques vivaient sur cette même terre d’Italie que les Romains, mais leur civilisation avait tant de traits particuliers, et le Louvre présente tant de leurs vestiges, qu’il valait bien la peine de les désolidariser des autres Occidentaux.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

On ne peut pas évoquer les antiquités grecques du Louvre sans parler de la Victoire de Samothrace. Elle constitue l’un des joyaux du musée. L’escalier qui mène à elle est une tour de Babel. J’y ai vu se côtoyer à quelques marches de distance, en montant moi-même, des Américains, des Japonais, des Italiens, des Espagnols, une jeune fille qui m’a dit être Équatorienne, un groupe de Chinois, etc. Du monde entier, on vient au Louvre pour voir trois choses, la Victoire de Samothrace, la Vénus de Milo et la Joconde de Léonard de Vinci. Ensuite on descend les Champs-Élysées, on monte à la Tour Eiffel, on se rend aux Galeries Lafayette, et on peut rentrer chez soi: on a vu Paris, on connaît la France. Bien sûr je caricature un peu, mais si peu… si peu… Cela dit, il est vrai qu’elle est magnifique. Et pour nous qui avons vu, sur l’île de Samothrace, l’emplacement où elle a été découverte (voir mon article Samothrace daté du vendredi 21 au lundi 24 septembre 2012), c’est encore plus émouvant. Mais elle va bientôt partir pour un grand décrassage, une analyse et une modification de sa présentation. Quand nous reviendrons à Paris après cette opération, nous ne manquerons pas de retourner la voir, et j’espère pouvoir la montrer toute blanche, toute propre. Car le marbre de Paros dans lequel elle a été sculptée est d’un blanc éclatant.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et la Vénus de Milo. Vénus? C’est une statue romaine? Non, une vieille habitude qui s’est longtemps maintenue, parfois jusqu’à nos jours. Jéhovah pour les Juifs, le Dieu des Chrétiens, Allah de l’Islam sont bien le même Dieu de la Bible. De même, comme attesté par l’étymologie de leurs noms, le Jupiter romain et le Zeus grec sont le même dieu. En revanche lorsque les conquistadors sont arrivés en Amérique Centrale et ont converti des autochtones au christianisme, il est arrivé que des Mayas reconnaissent l’un de leurs dieux dans Jésus-Christ. C’est ce qu’ont fait les Romains dans l’Antiquité entre Mars et Arès, entre Minerve et Athéna, entre Vénus et Aphrodite, etc. Selon leur foi, c’était bien naturel, mais pour nous aujourd’hui, que nous soyons athées, chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes ou autre, cela n’a pas sa raison d’être. Quand Leconte de Lisle traduit Homère et que Zeus devient Jupiter en français et qu’Héra devient Junon, je ne suis plus d’accord. Voilà pour l’Aphrodite de Milo.

 

De Milo? En grec ancien, il existe un epsilon (ε), É bref fermé, et un êta (η), Ê long ouvert. C’est ce êta qui se trouve dans le nom des îles de Lemnos (Λήμνος) et de Mêlos (Μήλος). Or le grec moderne, comme le français, ne joue plus sur les voyelles longues ou brèves, et par ailleurs il a conservé le son É pour l’epsilon, mais il prononce comme un I l’ancien êta. Limnos et Milos. Et là, autre illogisme. L’usage français, en transcrivant les lettres grecques dans notre alphabet, est de parler de Lemnos à la façon antique, et de Milos comme en grec moderne. De plus, considérant que le S final est la marque du nominatif (le grec conserve aujourd’hui les déclinaisons, c’est-à-dire la variation de la fin du mot selon sa fonction grammaticale dans la phrase, même si elle est très simplifiée comme en allemand), l’usage est de ne garder en français que le radical Milo. Admirons donc cette Aphrodite de Mêlos. Bon, va pour la Vénus de Milo!

 

J’étais là devant elle, bouche ouverte d’admiration, tétanisé dans ma contemplation, quand je vois une famille, les parents et deux adolescents, un garçon et une fille, déployant un grand, grand drapeau grec. J’ai laissé le papa prendre la photo de sa famille avec le drapeau déployé devant la statue, puis en tant que résident grec amoureux de son pays je lui ai dit quelques mots. Des gens ouverts, sympathiques, comme le sont d’ailleurs la plupart des Grecs. Nous avons échangé nos adresses.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le musée évoque les propositions de reconstitution de ce qu’a dû être la statue complète. Sur le panneau, il montre en très petit sept reconstitutions, tirées d’un livre de 1930 de Salomon Reinach, Mélanges d’archéologie et d’histoire. Avec gourmandise, je me suis jeté sur le site www.gallica.fr de la Bibliothèque Nationale de France, où j’ai pu télécharger gratuitement les deux tomes (pour qui serait intéressé, la Vénus de Milo fait l’objet d’un article dans le tome I, de la page 251 –en PDF, page 261– à la page 366). Ci-dessus, par copie d’écran, je reproduis quatre de ces dessins. Sur la première image, à gauche, “Vénus à sa toilette”, par Hasse, et à droite “la baigneuse surprise”, par Veit Valentin. Sur la seconde image, à gauche, Aphrodite porte un bouclier ou un grand miroir, par Millingen, et à droite Zur Strassen propose “Vénus et Mars”, je dirais plutôt Aphrodite et Arès.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Parmi les nombreux fragments de marbre provenant de plusieurs statues, il y avait, lors de la découverte, une main tenant une pomme. On s’est donc dit qu’il s’agissait de la pomme de discorde que Pâris venait de donner à Aphrodite plutôt qu’à Athéna ou à Héra, et que par conséquent c’était une Aphrodite. Toutefois la qualité du travail de cette main étant d’une qualité très inférieure, il est quasiment certain qu’elle n’appartenait pas à cette statue. Par ailleurs Reinach note que nombre d’archéologues se sont étonnés que la statue regarde au loin, ce qui n’est pas usuel dans la statuaire grecque, où les dieux regardent quelque chose de précis, exception faite des divinités marines qui ont le regard fixé sur l’horizon. Or dans un lieu assez proche de la grotte où a été trouvée notre statue, qui mesure 2,038 mètres, a aussi été découvert un Poséidon de 2,45 mètres (image ci-dessus) qui regarde au loin et porte le même type de draperie qu’il retient de la main gauche, tandis que son bras droit levé devait brandir un trident (il est conservé au musée archéologique d’Athènes). Reinach, alors, propose “une hypothèse nouvelle; je la donne comme une hypothèse, car je ne suis pas du tout convaincu qu'elle soit justifiée; mais j'aime autant, après l'avoir ruminée pendant plus d'un an, m'en délivrer en la soumettant à nos lecteurs”. Parce que, dans l’île de Tinos, une autre Cyclade, a été trouvé un groupe de Poséidon et d’Amphitrite, il se demande si l’on ne devrait pas voir dans notre statue une Amphitrite retenant sa draperie de la main droite et brandissant un trident de la main gauche. Il ne fait pas référence au dessin de Hasse, ci-dessus, mais si je comprends bien les bras de son Amphitrite sont à peu près dans la même position que ceux de la Vénus à la toilette de Hasse. Depuis 1930, cette hypothèse n’a été ni confirmée, ni infirmée. Cela ferait tout drôle de devoir se mettre à parler de l’Amphitrite de Milo!

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Voilà réglé le sort des grands classiques de la sculpture grecque au Louvre. Lors de notre visite, il y avait aussi, disséminées ici ou là, des œuvres contemporaines de Michelangelo Pistoletto, un artiste italien né à Biella (Italie) en 1933 qui a rejoint le mouvement de l’Arte Povera en 1967. Ci-dessus, ma première photo représente la Venere degli Stracci (la Vénus aux chiffons), de 1967. “Les chiffons employés ici par Michelangelo Pistoletto sont ceux qu'il utilisait pour nettoyer les miroirs. Ce sont de vieux vêtements qui suggèrent le temps qui passe, les méfaits de la société de consommation et de ses déchets. Ils contrastent donc avec la sculpture antique de Vénus, un symbole de beauté permanente”, nous dit-on.

 

Et la seconde photo représente l’Arringatore, de 1976: “Michelangelo Pistoletto reprend la célèbre sculpture antique en bronze l'Arringatore (L'Orateur) conservée au Musée archéologique national de Florence, dont le doigt pointé de l'homme traduisait originellement la demande de silence. En le plaçant devant un miroir Michelangelo Pistoletto articule les trois temporalités, le passé avec la sculpture, le présent des visiteurs qui rentrent dans le miroir et le futur qui est la voie ouverte pour sortir du reflet”.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Mais revenons à l’authentique antiquité avec cette plaque italienne d’argile moulée datant du premier siècle de notre ère. Comme chacun sait, les Romains raffolaient des jeux du cirque, à savoir combats de gladiateurs ou encore combats contre des bêtes sauvages, différence culturelle fondamentale avec la civilisation grecque où les loisirs préférés étaient le théâtre, les concerts et les jeux sportifs. Il y avait cependant des compétitions sportives que les Romains aimaient autant que les Grecs, c’étaient les courses de chars. La piste tout en longueur était séparée en deux couloirs par un muret (la spina) aux deux bouts duquel il y avait une borne (meta) autour de laquelle les candidats devaient tourner à cent quatre-vingts degrés, passage particulièrement dangereux où les chars risquaient de s’accrocher entre eux, ou de heurter la borne, ou de verser. Il y avait des courses de biges (chars attelés de deux chevaux), de triges (trois chevaux), ou la plupart du temps de quadriges (quatre chevaux), comme ici. La scène représentée montre en premier plan un quadrige qui n’est pas en tête, parce que, derrière la meta en forme d’obélisque, on aperçoit vaguement l’arrière-train du cheval d’un autre char, qui a donc un peu d’avance, et l’aurige (conducteur de char) le fouet à la main. Un autre char encore, qui ne figure pas dans la représentation, est hors course car son aurige a été éjecté, on le voit ramper sur le sol, essayant d’éviter d’être piétiné par les chevaux du concurrent ou écrasé par le char. Car la compétition est intense et le respect de la vie humaine quasiment inexistant (il suffit de penser aux jeux du cirque!), aussi l’aurige ne ralentira-t-il pas pour épargner son concurrent; la seule raison pour laquelle il tentera peut-être de l’éviter serait la crainte que le choc du passage sur un corps ne déséquilibre son propre char et le fasse chavirer.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce relief de marbre daté premier ou deuxième siècle après Jésus-Christ provient de la Villa Albani, à Rome, où il a été acheté par le Louvre en 1815 et où on l’appelait le Satyre chasseur. Je ne sais pas quel indice fait dire que c’est un satyre, je ne lui en vois aucun attribut. Il s’amuse à tenter, avec un lapin, un petit chien qui ne peut l’attraper. À l’origine, c’était une petite panthère, et non un chien, mais une intervention de restauration en 1760 a opéré cette substitution.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce collier, avec pendentif en forme de serpent démoniaque, provient d’Utique, dans l’actuelle Tunisie, et on le date entre le milieu du sixième siècle avant Jésus-Christ et le cinquième siècle. Il a été réalisé en verre moulé sur noyau, le verre étant une technique venue de Mésopotamie. C’est précisément au sixième siècle qu’il est arrivé dans le monde grec. La technique du moulage sur noyau ne pouvait concerner que de petites pièces, mais elle a été pratiquée jusqu’au premier siècle avant Jésus-Christ, alors qu’à l’époque hellénistique se développait concurremment la technique du verre moulé permettant de réaliser des objets plus grands et de formes très variées.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et puis vers 50 avant Jésus-Christ est née la technique du verre soufflé. Désormais, artisans et artistes ne vont plus connaître de limites dans la variété des formes et, en conséquence, des usages de leurs créations. Ce sont toutes sortes d’ustensiles en même temps que des vases à parfums, des bijoux, bagues, colliers en perles de pâte de verre, bracelets, camées de verre, etc. Ici, nous avons un bol à décors peints du second ou du troisième siècle après Jésus-Christ, provenant de Panticapée, c’est-à-dire aujourd’hui Kertch, en Crimée (Ukraine).

 

À noter que lors de notre visite du Louvre, en 2013, j’ai écrit “en Crimée (Ukraine)”; mais hélas à l’heure où je publie, un référendum auquel ont été appelés à voter eux aussi les 60 pour 100 de Russes que l’Union Soviétique avait déplacés dans la péninsule a fait rattacher la Crimée à la Russie. On sait que l’impératrice Catherine II avait annexé la Crimée à son empire, sans définir si elle était “russe” ou “ukrainienne”, puis que l’Union Soviétique en créant ses RSS (républiques socialistes soviétiques) l’avait attachée à la RSS de Russie jusqu’à ce que Khrouchtchev la fasse passer en RSS d’Ukraine pour des raisons administratives. Mais la côte vers la mer du Japon est inhospitalière, la mer Blanche est gelée l’hiver, le vrai débouché naval de la Russie (empire des tsars, URSS) est sur la mer Noire qui, via le Bosphore vers la mer de Marmara puis les Dardanelles vers la Méditerranée (mer Égée) ouvre les portes du monde. Les grands ports d’URSS étaient donc en Ukraine, Odessa et Sébastopol. Après la fin de l’URSS, la Russie a passé un contrat avec l’Ukraine pour maintenir sa flotte militaire à Sébastopol, en Crimée. Voilà pourquoi le rattachement de la Crimée à la Russie donne à ce pays un débouché en toute propriété, tout en affaiblissant considérablement l’Ukraine qui n’a plus qu’Odessa. Notons aussi que la Crimée tient à l’Ukraine par la terre, alors qu’elle est séparée de la Russie par le détroit de Kertch.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

L’éruption du Vésuve, en 79 après Jésus-Christ, a enseveli Herculanum et Pompéi. Tout le monde sait cela, et il n’y a pas de tourisme à Naples qui ne comporte un passage à Pompéi. Mais en dehors des villes il y avait aussi des résidences isolées, comme la Villa de Boscoreale. Dans un premier temps, en 1876 un habitant du coin procède au bornage de sa propriété. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir, à cette occasion, des traces de bâtiments antiques et un grand nombre d’amphores. Deuxième étape, en 1894 on entreprend des fouilles méthodiques et la surprise est encore plus grande quand, en avril 1895, on trouve au fond d’une citerne vide une collection d’une centaine d’objets en métal précieux, environ trente kilos. Les locaux d’habitation dont les restes avaient été mis au jour étant bien modestes, personne ne s’attendait à découvrir un tel trésor. Le musée du Louvre a acquis ou a reçu en don la presque totalité des pièces d’argenterie, tandis que le mobilier de bronze est en partie à Berlin, en partie à Chicago. Puisque la vie a cessé là en 79, ces objets sont datés entre la fin du premier siècle avant Jésus-Christ et les trois quarts du premier siècle après. Je présente ici trois pièces “à boire” du trésor de Boscoreale.

 

La première est un skyphos, c’est-à-dire une coupe à boire en argent et or représentant Dionysos et des Amours. La seconde est un gobelet tout autour duquel sont représentés des squelettes; mais pour chacun d’eux un nom est gravé: ce sont des philosophes et autres auteurs grecs, dont la représentation sous forme de squelettes est une invitation au carpe diem, “cueille le jour”, autrement dit jouis du moment présent… car demain tu ne seras plus que ces ossements, et de petites sentences sont également gravées, qui incitent à profiter de la vie. Quant à la troisième, c’est une œnochoé, ou vase à verser le vin, en argent partiellement doré, qui représente deux Victoires ailées sacrifiant un taureau.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Lors de la production de ces vases à parfum, entre le second et le troisième siècle de notre ère pour le premier, troisième siècle pour le second, Boscoreale est depuis longtemps enseveli sous les cendres du Vésuve. Et d’ailleurs, leur provenance est inconnue. Le premier est, suppose-t-on, en forme de buste de Syrien. La poignée articulée est encore présente entre les anneaux fixés sur le crâne, mais le fond du vase est perdu. À noter que les types étrangers, comme ce supposé Syrien, étaient fréquents. Mais encore plus fréquents étaient, comme pour le second vase, les représentations de Noirs. Ici, c’est un adolescent dont le port de tête, le visage, la coiffure sont distingués. Le musée suggère que ces Africains étaient peut-être les esclaves chargés du transport et de la manipulation des parfums. Oui, peut-être, pourquoi pas, mais il faut toutefois préciser que le racisme tel qu’il existe dans nos sociétés, portant un regard critique sur l’autre, considéré comme inférieur avec sa peau de couleur, avec sa civilisation tellement différente de la nôtre, est un sentiment qui n’existe pas dans le monde grec antique. On peut ne pas aimer l’étranger, on peut même le rejeter, mais seulement parce qu’il n’est pas de la cité, sans le considérer comme inférieur. Quand on fait la guerre, le vainqueur revendique son butin. On s’empare des armes de l’ennemi, des objets précieux, des œuvres d’art, des humains en âge et en état d’être utiles, et on en fait des esclaves. Les jeunes et jolies femmes dans le lit de leur propriétaire, les autres à la cuisine, au tissage et autres travaux ménagers, les hommes pour tous les autres travaux. Et l’esclavage, c’est l’esclavage, ce n’est pas drôle, mais là encore il y a des nuances. Certes, chez les Romains, il y avait des esclaves relativement bien traités, mais ce n’était pas la règle, loin de là; le maître avait le droit de vie et de mort sur ses esclaves, les tortures n’étaient pas rares en cas de faute; sans doute la situation des esclaves noirs des Antilles rappelait-elle plus ou moins celle des esclaves des Romains. Au contraire, tout en étant soumis à l’obéissance et contraint au travail, l’esclave d’un Grec était membre de la famille, il était relativement bien traité. C’est sans doute pourquoi l’adolescent de ce vase à parfum, s’il est vraiment un esclave, peut avoir été fait prisonnier lors d’une guerre et, chargé d’une tâche de massage et de parfumerie, il a gardé toute la fierté de son allure de jeune homme libre.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce Minotaure est très ancien, il remonte au huitième siècle avant Jésus-Christ. On ne sait trop d’où il vient, sans doute d’Olympie. Sur le rebord d’un chaudron, il tenait l’anse.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ces chasseurs crétois (sanctuaire en plein air de Symè Viannou, sur le mont Dictè), qui datent des environs de 670-650 avant Jésus-Christ, ont été découpés dans une très fine tôle de bronze. On y voit à gauche un jeune chasseur qui porte un chamois, et à droite le chasseur barbu avec son arc accueille son jeune collègue. On remarque des trous à la base de la plaque, ce qui indique qu’elle était clouée sur un support de bois. Ce genre d’ex-voto, dont on a trouvé de nombreux exemplaires dans ce sanctuaire, était probablement suspendu à la branche d’un cèdre, en l’honneur d’Hermès Kédritès (Hermès le Cédrite). Et c’est donc à Hermès qu’est destiné le chamois.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce cavalier est une applique de cratère qui remonte au troisième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ. Dans son style, on note des influences corinthiennes, ce qui peut être une indication sur son origine. Je l’ai sélectionné ici en raison du mouvement donné au cheval.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ici nous voyons un pectoral funéraire en argent doré qui vient de Béotie et date du cinquième ou du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Au centre, cette femme aux grandes ailes et aux pieds d’oiseau est, à n’en pas douter, une sirène, mais je ne comprends pas exactement ce que représente cette scène.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

De Panticapée, la Kertch moderne dont nous avons parlé tout à l’heure, proviennent ces deux archers scythes dos à dos. Il s’agit d’une applique d’ornement de vêtement du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce jeune homme mort est porté par deux génies ailés. Ce triste sujet constitue la poignée de bronze d’une ciste du quatrième siècle avant Jésus-Christ, vers 375-350, provenant de Préneste, c’est-à-dire aujourd’hui Palestrina, près de Rome (voir mes articles sur Palestrina datés l’un du 28 février 2010 et l’autre des 25 et 26 mars 2010).

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Un amusant petit bronze. On ne sait d’où il vient. Peu importe, d’ailleurs. Il s’agit d’Éros et Psychè, représentés enfants et sans ailes, alors que la légende veut qu’Éros (bien sûr, Ovide l’appelle Amour) vienne chaque nuit retrouver Psychè dans son lit, anonymement et avec interdiction formelle de chercher à l’identifier. Psychè, trop curieuse de voir son amant merveilleux, attend une nuit qu’il s’endorme, allume une lampe à huile, et malencontreusement laisse tomber une goutte d’huile brûlante sur l’épaule du dieu qui se réveille et s’enfuit définitivement. Il ne pouvait s’agir de pédophilie mutuelle! Or ce bronze, dont on nous dit qu’il est d’époque romaine, sans autre précision, adopte une représentation que l’on trouve à l’époque hellénistique, c’est-à-dire avant que la Grèce soit romaine…

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Tant pis, j’oublie un instant que cet article est consacré aux objets d’Europe Occidentale parce que j’ai trop envie de montrer cette petite Athéna venue de Beyrouth. Louis de Clercq a 22 ans quand, en 1859, il participe à une mission scientifique en Syrie (oui, je sais, Beyrouth est au Liban, mais à l’époque c’était une partie de la Syrie). De là naît son désir de se constituer une collection d’antiquités, et il retournera en Syrie pour y mener des fouilles à titre personnel, en 1862, 1863, 1893. Il avait exprimé le vœu que sa collection revienne à la France après sa mort, mais il a fallu attendre très longtemps, jusqu’en 1967 (il était mort en 1901), pour que son petit-neveu le comte Henri de Boisgelin, qui était son héritier, fasse don au musée du Louvre de six cent cinquante-trois œuvres, dont deux cent quarante-sept objets ont intégré le département des antiquités grecques, étrusques et romaines. Cette statuette d’Athéna en bronze (premier ou deuxième siècle après Jésus-Christ) fait partie de cette collection. C’est une sorte d’adaptation de la grande Athéna parthénos de Phidias, mais dans sa main droite la chouette, son emblème, remplace la Victoire qu’y avait placée Phidias. La main gauche brandissait une lance.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

L’origine de cette déesse Fortuna du troisième siècle après Jésus-Christ n’a rien à voir avec la collection de Louis de Clercq et le Liban. En effet, elle a été trouvée à Sainpuits, en France, dans le département de l’Yonne qui dépendait à l’époque de la province lyonnaise de l’Empire Romain. Elle est en bronze plaqué d’argent doré. Ce que l’on voit dans sa main gauche, c’est une corne d’abondance. Le musée suggère que, sous cette apparence de Fortuna, il s’agit “vraisemblablement” d’une divinité locale.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Maintenant, un médaillon du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ. Lui aussi provient de notre territoire, puisqu’il a été trouvé en Savoie, à Saint-Jean-de-Couz. Il est en argent fondu, gravé et partiellement doré. Il était à l’origine soudé comme décoration sur un plat, qui est perdu. On y voit une Nikè (une Victoire) ailée, assise sur un trône, avec deux putti à ses pieds.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Je ne sais pas à quoi il servait, ce relief circulaire, mais on ne nous dit pas qu’il ornait le rebord d’un plat comme le précédent. Il est lui aussi en argent partiellement doré et il est légèrement plus récent, puisqu’on le date entre le milieu du deuxième siècle après Jésus-Christ et la première moitié du troisième. Après la Bourgogne et la Savoie, nous voilà en Anjou, dans le Maine-et-Loire, à Notre-Dame d’Allençon. On reconnaît, devant son char et s’appuyant sur un trépied, le dieu Apollon.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ma sélection comporte maintenant, pour terminer, vingt sculptures. Nous commençons avec une belle tête de cavalier en marbre polychrome qui remonte aux alentours de 550 avant Jésus-Christ. Elle a été trouvée sur l’Acropole d’Athènes, puis on a découvert, près de l’Érechthéion, le torse de son cheval. Avec ses cheveux bien tressés, avec sa barbe rase, avec son sourire typique des sculptures archaïques, je l’aime bien, cette tête de cavalier!

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ici aussi, cette protomé féminine de l’île de Rhodes à peine postérieure au cavalier (vers 530 avant Jésus-Christ) a ce demi-sourire archaïque. Elle est de style ionien. En regardant de près, on voit à son bandeau qu’elle était polychrome, et de plus près encore on distingue deux trous au sommet du crâne qui laissent penser qu’il s’agit d’une offrande qui était suspendue.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Elle fait partie de mon “top 10” personnel, cette tête de sphinx en terre cuite polychrome contemporaine des deux sculptures précédentes (540-520 avant Jésus-Christ). On suppose, sans certitude, qu’elle doit avoir été trouvée à Thèbes, quoiqu’elle provienne d’un atelier corinthien. C’était un acrotère, la décoration d’un pignon de toit.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les trois sculptures qui suivent concernaient des monuments funéraires. Le Louvre présente une collection de monuments funéraires athéniens situés dans la fourchette 378-317 avant Jésus-Christ: nous faisons donc un saut de plus de deux siècles après les sculptures précédentes. Si l’on considère traditionnellement que l’époque hellénistique commence en 323 avec la mort d’Alexandre le Grand, nous sommes donc dans la période qui la précède juste (puisque l’art ne marque pas instantanément, à l’année près, un tournant). Ci-dessus, un torse de sirène funéraire en marbre pentélique (la montagne au nord-est d’Athènes), de 350 avant Jésus-Christ et trouvée au Pirée, le port d’Athènes. Elle aussi, fait partie de mes sculptures grecques favorites.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette autre sirène funéraire est légèrement plus récente, 340-320 avant Jésus-Christ, elle aussi est en marbre pentélique, elle aussi vient du Pirée. Elle n’est certes pas laide, mais elle ne me touche pas comme la précédente.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Il est également traditionnel dans les monuments funéraires de placer des représentations de pleureuses comme celle-ci, qui est modelée dans l’argile. Nous ne sommes plus dans la même collection que pour les deux sirènes funéraires ci-dessus, puisque nous sommes entre 320 et 250 avant Jésus-Christ, et non plus dans les environs d’Athènes, mais à Canosa, une ville grecque d’Italie, dans les Pouilles (le talon de la “botte”) .

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore plus tardif est ce guerrier combattant, dont je fais un gros plan sur le visage: environ 100 avant Jésus-Christ. Et lui il vient de l’Italie romaine, pas grecque du tout puisqu’il vient d’Anzio dans le Latium. Dire qu’il en vient, d’ailleurs, ne signifie pas qu’il y puise ses origines, puisqu’il est signé: on lit “Agasias, fils de Dosithéos, éphésien, [l’]a fait”. Éphèse est une ville grecque de l’Asie Mineure aujourd’hui turque. Et il est en marbre pentélique. Mais comme Anzio est l’antique Antium où Néron, empereur du premier siècle de notre ère, avait une résidence, on ne peut s’étonner de trouver là une statue grecque que s’est octroyée l’occupant. Trouvé en 1609, il est entré dans la collection Borghèse où il a tout de suite été appelé “le gladiateur Borghèse”. Or il y avait à cette époque nombre de spécialistes de sculpture antique, et leur analyse ne pouvait que concorder avec la signature, c’était bien une sculpture grecque. Seul hic, les Grecs n’ont jamais apprécié ni organisé de combats de gladiateurs, les jeux du cirque n’ont jamais appartenu à leur culture. Il a fallu attendre 1830 pour qu’on le rebaptise “héros combattant”.

 

Lors de sa découverte, il n’était pas dans l’état où on le voit aujourd’hui. Dès 1611, le sculpteur Nicolas Cordier (1567-1612) se charge de sa restauration. Le bras droit, l’oreille droite, le sexe, le deuxième orteil du pied droit manquaient et ont été remplacés. Et d’ailleurs le bras droit, restitué parallèle au corps, devait –si l’on en croit les spécialistes– s’en écarter à l’origine. Les accessoires sont perdus, mais visiblement il tenait un bouclier au-dessus de lui pour se protéger des coups d’un cavalier, tandis que de l’autre main il maniait une épée.

 

Concernant ses qualités plastiques, je préfère citer la notice du musée: “En proie à un effort intense, le corps qui se fend est comme sanglé par des muscles dont la tension exacerbée confine à la démonstration d'un ‘écorché’. Aussi, des générations d'artistes, en le dessinant, y ont-elles appris à maîtriser le traitement de l’anatomie: c'est l’une des statues antiques dont la silhouette est la plus sollicitée dans l'art des temps modernes”.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette belle tête trouvée à Bénévent (d’ailleurs, on a coutume de l’appeler “Tête de Bénévent”) est des alentours de 50 avant Jésus-Christ. Pour lui donner plus de vie et de réalisme, l’artiste qui l’a réalisée en bronze y a inséré des lèvres en cuivre rouge.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce marbre du premier siècle après Jésus-Christ représente Socrate. Les traits de ce visage sont si caractéristiques que les statues qui représentent le philosophe se reconnaissent au premier coup d’œil. Il s’agit d’une réplique d’une œuvre de Lysippe. Ce célèbre bronzier originaire de Sicyone, dans le nord du Péloponnèse, qui a vécu au quatrième siècle avant Jésus-Christ (on date ses bronzes entre 370 et 300), est célèbre pour ses portraits, comme ici, mais également pour son interprétation du nu masculin. Il a travaillé à Athènes, à Delphes, à Olympie, en Grande Grèce à Tarente, etc. Son art l’a fait choisir par Alexandre le Grand pour être le sculpteur officiel de la cour de Macédoine, et c’est donc lui qui a réalisé le célèbre portrait de ce souverain. Comme aucun autre, il sait à la fois idéaliser le portrait tout en restant fidèle à son modèle. En ce qui concerne plus précisément notre Socrate, ici, les Athéniens, comme on le sait, l’ont condamné à la peine capitale en buvant la ciguë en 399. Mais par la suite, conscients de l’injustice de cette condamnation et de la perte de leur grand philosophe, ils ont commandé à Lysippe un buste posthume qu’ils ont placé dans le Pompéion, un beau bâtiment du Céramique d’Athènes (cf. mon article sur le Céramique, daté 4 et 28 octobre 2011).

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Autre marbre, pentélique celui-là, et plus tardif, aux alentours du premier ou du deuxième siècle. Et c’est aussi une réplique d’un bronze de Lysippe. Ce philosophe-là, c’est Aristote. Et lui aussi est reconnaissable sur diverses sculptures. Comme il était contemporain de Lysippe, il est probable qu’à la différence de Socrate il a été représenté d’après nature.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les deux précédentes sculptures proviennent probablement d’Italie, le musée fait suivre cette indication d’un point d’interrogation; ce marbre-ci, en revanche, a été trouvé en 1846 à Auch, dans le Gers, et l’on suppose pouvoir le dater du deuxième siècle après Jésus-Christ. Reste à savoir qui il représente. Comme les autres, cette sculpture romaine est une copie d’une œuvre grecque antérieure perdue, mais ici on ne sait pas qui est l’auteur du modèle original. Et pourtant, cette œuvre originale a été copiée de nombreuses fois. L’une des copies (à Rome) porte une couronne de lierre, ce qui semble vouloir dire que c’est un poète. Et l’hypothèse a été émise que ce pourrait être Hésiode.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et voilà une Vénus nue. Elle est du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ, sculptée dans le marbre de Thasos mais trouvée à Rome, et c’est une réplique d’une Aphrodite de Praxitèle qui, elle, est de 360 avant Jésus-Christ. Un mot de Praxitèle (vers 400-326 avant Jésus-Christ): Avant lui, la statuaire grecque ne comptait pas de nu féminin complet. Un jour, alors que sa maîtresse Phrynè s’était baignée dans la mer, il la voit sortir nue sur la plage et, devant sculpter une Aphrodite, il décide de la prendre pour modèle dans le plus simple appareil. Toutefois, il réalise aussi, en parallèle, une statue d’Aphrodite plus pudiquement habillée. Choqués de cette nudité complète, les habitants de l’île de Cos décident d’acquérir la statue habillée, tandis que ceux de Cnide, une ville située au bout d’une longue péninsule tout au sud-ouest de l’Asie Mineure (actuelle Turquie) achètent l’autre et la placent dans le temple de la déesse de façon que l’on puisse tourner autour et donc la voir de face, de profil et de dos. Et cette Aphrodite de Cnide est devenue extrêmement célèbre, pour sa remarquable beauté d’abord, mais aussi parce que c’était le premier grand nu féminin grec. Cette célébrité exceptionnelle lui a valu d’être maintes fois copiée en étant réinterprétée selon divers types, comme ici cette “Vénus Cesi” qui est du type de la “Vénus d’Arles”, mais hélas l’original est perdu. Toutefois, nous avons pu voir une sculpture en marbre originale, de la main même de Praxitèle, c’est l’Hermès du musée archéologique d’Olympie (voir mon article Le Musée d’Olympie, daté du 20 au 22 avril 2011).

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Réplique en marbre d’un bronze perdu, cette sculpture représente le supplice de Marsyas. Je cadre ici sur son visage que je trouve remarquablement expressif. On connaît l’histoire: Marsyas est un silène qui a défié Apollon, le gagnant étant libre de choisir ensuite le gage qu’il voudrait. Apollon jouant de la lyre, était capable d’en jouer des deux côtés mais Marsyas ne pouvant souffler à l’envers dans sa flûte. Avoir défié un dieu, cela valait un gage retentissant, et Apollon a décidé d’écorcher vif son rival. Dans le groupe original perdu, Apollon observe l’événement, tandis qu’un esclave aiguise le couteau qui va être utilisé pour le supplice, pas encore commencé. Marsyas est suspendu par les poignets à un arbre, et il regarde avec l’angoisse que l’on imagine la préparation de l’opération. C’est cette angoisse terrible que je trouve admirablement rendue dans ce visage. Ce marbre provient de Rome et il date du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce silène-ci n’est pas dans une situation aussi dramatique que le précédent, il est ivre. Les silènes sont des satyres du cortège de Dionysos, et à ce titre ce sont de bons buveurs. Celui-ci, sculpté dans le marbre de Paros, marbre le plus beau et le plus fin, date du deuxième siècle après Jésus-Christ.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les Trois Grâces, trouvées sur le mont Cælius, à Rome, sont également du deuxième siècle de notre ère, du moins en ce qui concerne leurs corps, car les têtes étaient manquantes et elles ont été restaurées en 1609 par ce Nicolas Cordier qui, deux ans plus tard, restaurera aussi le Guerrier combattant que nous avons vu tout à l’heure. Les Trois Grâces symbolisent la beauté, les arts et la fertilité.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quoique trouvée à Rome près des thermes de Dioclétien, cette sculpture du deuxième siècle après Jésus-Christ est grecque, car réalisée dans un marbre grec, mais ce n’est pas un original, c’est une copie d’une œuvre de Polyclès (dont on ne sait rien, sauf qu’il était fils du sculpteur Timarchidès et qu’il a vécu dans la cent cinquante-cinquième olympiade, c’est-à-dire en 180 avant Jésus-Christ). Cet original serait des alentours de 150 avant Jésus-Christ. Le matelas sur lequel repose le corps n’est pas authentique du deuxième siècle, c’est le Bernin, le très célèbre architecte et sculpteur romain (cf. la colonnade de la place Saint-Pierre au Vatican), qui l’a sculpté en 1619.

 

Et le corps sculpté est bien étrange. Son visage est asexué, mais quand on va de l’autre côté de la statue on constate qu’elle est dotée d’un sexe d’homme et des seins d’une femme. Ces êtres mixtes, on les appelle des hermaphrodites, contraction des noms du dieu Hermès et de la déesse Aphrodite, et cette sculpture est en conséquence l’Hermaphrodite endormi. Selon la légende, s’il porte ce nom c’est parce qu’il est le fruit des amours d’Hermès et d’Aphrodite. Comme on n’imagine pas la belle déesse pouponnant, l’enfant a été confié aux Nymphes des forêts de Phrygie (Asie Mineure aujourd’hui turque). Devenu grand, à l’âge de quinze ans il part en voyage pour découvrir le monde. Quand, en Carie, autre région de cette même Anatolie, il passe devant un magnifique lac, la belle Salmacis, qui est la nymphe du lac, tombe follement amoureuse de lui, mais il repousse ses avances. Elle fait mine de partir dépitée, mais reste à le guetter discrètement. Lui, désirant jouir d’un bain dans ce lac merveilleux, se déshabille et s’y plonge. Or dans les eaux du lac, il est dans le domaine de la nymphe. Elle se précipite sur lui et se colle à son corps, puis supplie les dieux que rien ne puisse jamais disjoindre leurs deux corps. Les dieux ont exaucé le vœu de Salmacis en fondant les attributs de l’un et de l’autre dans un seul corps. Hermaphrodite alors a demandé aux dieux que tout homme qui se baignerait dans le lac Salmacis perde sa virilité, et les dieux l’ont accordé. Le géographe grec Strabon (64 avant Jésus-Christ- vers 21 après) témoigne que de son temps encore on ajoute foi à cette particularité du lac, et les hommes évitent de s’y plonger. Amis lecteurs de mon blog, si vous passez par la Carie (par exemple pour aller à Cnide, dont je parlais tout à l’heure à propos d’Aphrodite), oserez-vous tenter l’expérience de vous baigner dans le lac Salmacis?

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce vieux pêcheur du deuxième siècle de notre ère, en marbre noir et albâtre dans sa vasque de brèche violette, nous vient de Rome, mais on ne sait ni quand elle a été trouvée, ni par qui, ni exactement où; elle apparaît pour la première fois comme faisant partie de la collection du duc Altemps en 1599. Le cardinal Borghèse, qui se constitue une merveilleuse collection d’antiques, l’acquiert au début du dix-septième siècle. À l’époque, on croit y voir le philosophe Sénèque, ex-précepteur de Néron, qui s’est jeté sur son épée, contraint au suicide par l’empereur. Aussi, longtemps cette sculpture a été appelée Sénèque mourant. Le prince Camille Borghèse (1775-1832) ayant épousé Pauline Bonaparte, la sœur chérie de Napoléon, était devenu le beau-frère de l’empereur. Ce lien facilite les négociations quand Napoléon décide de lui acheter pour le Louvre la collection amassée par le cardinal, dont ce vieux pêcheur. Cette sculpture était si fameuse qu’elle a inspiré à Rubens son tableau La Mort de Sénèque, qui se trouve à la Alte Pinakothek de Munich.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette orante, c’est-à-dire une femme en prière, est une œuvre romaine de porphyre qui semble dater du deuxième siècle après Jésus-Christ. On ne sait pas quand elle est apparue, tout ce que l’on sait c’est qu’elle appartenait à la famille Della Porta quand, en 1609, le cardinal Borghèse la leur a achetée. Elle avait, à l’époque, déjà été restaurée. Puis d’autres restaurations sont intervenues en 1627 et 1680.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Pour finir, ce sera avec le charme d’une Vénus. Et puisque, comme à l’époque de Praxitèle dans le temple d’Aphrodite à Cnide, on peut ici au Louvre tourner autour de la vitrine où est présentée la statue, voilà, je la montre de dos. Elle a été trouvée en compagnie d’autres statuettes, au dix-neuvième siècle, dans une niche d’une belle résidence aristocratique à Montagne, un gros bourg mitoyen de Saint-Émilion à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux à vol d’oiseau. Or l’évangélisation de l’Aquitaine est bien avancée en cette fin de quatrième siècle ou début de cinquième siècle quand cette statue est créée, sculptée dans un marbre d’Orient. D’ailleurs, bien des indices repérés par les spécialistes laissent penser qu’elle a été fabriquée en série à Aphrodisias, en Anatolie, pour exportation vers la Gaule, l’Espagne, l’Égypte, d’autres régions d’Afrique, etc. Il s’agit d’un mélange de deux types de représentations de Vénus. D’une part, Vénus Anadyomène (ce mot grec est le participe du verbe anaduomai qui signifie “sortir de”, “s’élever hors de”, sous-entendu “de la mer”), pour évoquer sa naissance, puisqu’elle est née de l’écume de la mer. À mon âge, on commence à radoter, alors mes années me servent d’excuse pour revenir sur une de mes marottes, la fusion syncrétique entre les dieux grecs et les dieux romains. En effet, si certains, à l’image de Zeus et de Jupiter, ont la même origine indo-européenne et sont donc bien un seul et même dieu (oui, oui, les deux noms semblent différents à première vue, mais dès qu’on gratte un peu on voit que c’est exactement le même nom. J’épargnerai à mes lecteurs la démonstration –pour aujourd’hui! Je ne suis pas sûr de résister à la tentation une autre fois), mais le nom de Vénus, en morphologie, est un mot neutre, et cette déesse n’est devenue ce qu’elle est que tardivement, empruntant à l’Aphrodite des Grecs ses traits et ses mythes. Ici en Gaule, c’est sous le nom de Vénus qu’elle est honorée, mais c’est l’Aphrodite grecque qui est née de l’écume (en grec, l’écume se dit aphros). D’autre part, il y a dans notre statuette le type de Vénus à sa toilette; on voit qu’elle est entourée d’Amours, et l’un d’entre eux lui tendait un miroir, aujourd’hui cassé et disparu, dans lequel elle se mirait pour nouer sa chevelure.

Published by Thierry Jamard
commenter cet article
17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 23:55

Pour ce troisième article sur notre visite au Louvre, allons voir du côté des Étrusques. Apparaissent vers 750 avant Jésus-Christ les premières cités étrusques dans le centre de l’Italie. L’art des premiers temps est nettement orientalisant. Dès le début du septième siècle avant Jésus-Christ, alors que Rome est encore dans les langes (sa fondation légendaire par Romulus se situe en 753 avant Jésus-Christ), apparaît l’écriture dans cette civilisation. Bien plus tard, les Romains adopteront cet alphabet en l’adaptant à leur prononciation et aujourd’hui, de façon injuste à l’égard des Étrusques, en face de l’alphabet grec et de l’alphabet cyrillique nous parlons –pour le nôtre– de l’alphabet latin, même pour les langues qui ont des ø, des ß, des ñ, des ł ou des š. D’ailleurs, le génie des Romains est de savoir conquérir, puis de piller les savoir-faire: ce sont les Étrusques qui ont inventé le béton, sans lequel jamais les Romains n’auraient été capables de construire le dôme du Panthéon, à Rome.

 

Du septième au cinquième siècles, les échanges commerciaux et culturels avec les Grecs d’Asie Mineure, les Ioniens, sont intenses. On le ressent dans l’art, par exemple. Les Étrusques s’étendent vers le sud en Campanie (région où se trouve Naples) et vers le nord (Milan, Mantoue). Alors que le Romain Romulus a fondé Rome, que lui a succédé le Sabin Numa Pompilius, le Romain Tullius Hostilius et le Sabin Ancus Martius (cela, c’est peut-être plus ou moins légendaire), règnent à Rome des rois étrusques (cela, c’est avéré historiquement). Tarquin l’Ancien, Servius Tullius et Tarquin le Superbe se succèdent sur une durée de cent dix-sept ans environ, jusqu’à ce qu’en 509 avant Jésus-Christ Tarquin le Superbe soit renversé et que la république soit instaurée à Rome. Jacques Heurgon, que j’ai eu comme professeur à la Sorbonne dans les années 1960, pensait même que les rois étrusques ont été plus nombreux.

 

Par la suite, à l’époque classique, de défaite en défaite les territoires occupés par les Étrusques vont se réduire peu à peu. La fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, c’est l’avènement de l’ère hellénistique. En 308, la victoire des Romains sur les Étrusques inaugure une trêve de quarante ans, violée par les Romains en 280 quand ils prennent Volci (à quatre-vingts kilomètres au nord de Rome, sur la mer Tyrrhénienne). En 265, quand les Romains s’emparent de Volsinies (du côté d’Orvieto) et la pillent, c’est définitivement la fin de l’indépendance étrusque. Près de deux siècles s’écouleront, jusqu’en 89 avant Jésus-Christ, avant que Rome accorde la citoyenneté aux Étrusques. Mesure favorable, en principe, mais qui a signé la complète assimilation, donc disparition, de ce grand peuple. “Grand” car, nous allons le voir, bien avant Rome, et en parallèle avec la civilisation grecque, il a développé un art remarquable et une industrie de qualité.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce qui est sans doute le plus célèbre, le plus connu dans l’art étrusque, ce sont ces sarcophages ou urnes funéraires de terre cuite polychrome sur lesquels sont figurés des personnages, souvent seuls, parfois en couple et, selon une représentation qui a son origine en Asie Mineure, ils sont comme attablés pour le banquet funèbre, à la façon antique c’est-à-dire allongés et appuyés sur un coude. Il y avait deux rituels funéraires essentiels chez les Étrusques, le partage du vin (c’est le symposium, mot composé du préfixe “ensemble” et de la racine du verbe “boire”), et l’offrande des parfums. Le sarcophage de mes photos ci-dessus, qui vient de la grande nécropole de Cerveteri à une quarantaine de kilomètres au nord de Rome, et qui date des environs de 520-510 avant Jésus-Christ, montre ces deux rituels: le couple est appuyé sur une outre de vin, et son geste est celui de l’offrande de parfums.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cet autre couple d’un dessus d’urne funéraire est également allongé sur une klinè, le lit de table antique, appuyé sur une outre, en position d’offrande. Il est très légèrement postérieur à l’autre, vers 510-500 avant Jésus-Christ, et provient du même Cerveteri. Certes, il est moins beau que le précédent, plus fruste, mais je le trouve cependant très expressif.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce couvercle d’urne funéraire en albâtre vient de Chiusi, une ville située dans l’actuelle province de Sienne, non loin de Montepulciano (cf. mon article daté 28 octobre 2009), ville étrusque (nommée Clusium) qui a fait parler d’elle. Car son roi Porsenna, en 508 avant Jésus-Christ, y reçoit son compatriote étrusque Tarquin le Superbe qui vient d’être détrôné par les Romains, comme je le disais tout à l’heure. Tarquin lui demande son aide pour reprendre Rome, et Porsenna accepte, pensant que ce pourrait être à son profit personnel. Il marche sur Rome, il l’assiège, Rome capitule (certains historiens ne sont pas sûrs de cette capitulation, mais c’est du moins la version de Tacite). Les Étrusques pillent la ville. Là se situe l’épisode fameux de Mucius Scaevola, ce jeune Romain courageux qui, pour montrer la détermination de ses compatriotes, pose sa main dans le feu. Impressionné, Porsenna entreprend des négociations, il obtient quelques territoires et prend des otages. Parmi eux, Clélia est une jeune fille qui demande à se baigner dans le Tibre, mais sans la présence de soldats pour ne pas dévoiler devant eux sa nudité. C’est une ruse, car elle se lance à la nage, avec quelques compagnes, traverse le fleuve et rentre chez elle. Porsenna menace de reprendre les hostilités, puisqu’il ne détient plus tous ses otages. Les Romains lui renvoient donc Clélia et ses compagnes. Trouvant lâches les Romains et courageuses ces jeunes filles, non seulement il leur rend la liberté mais leur offre d’emmener avec elles les otages qu’elles choisiront. Elles choisissent les enfants et les femmes, et Porsenna rentre à Clusium/Chiusi. Voilà donc pour cette ville étrusque, mais cela nous a emmenés loin de notre urne funéraire.

 

L’urne est datée de la seconde moitié du troisième siècle avant Jésus-Christ, ou du début du deuxième. Ce que tient cet homme allongé sur le couvercle, c’est une phiale à omphalos. Deux mots qui nécessitent peut-être une explication0. La phiale est une coupe circulaire plate utilisée pour faire des libations, c’est-à-dire pour verser au sol ou sur une pierre d’autel du vin, du lait ou un autre liquide offert à un dieu. La libation n’est pas seulement une offrande (modeste, rien à voir avec le sacrifice d’un animal), c’est aussi un rite de purification avant le passage. Elle a donc tout à fait sa place dans les mains de l’homme que l’on enterre là. Quant à l’omphalos, ce mot grec signifie “nombril”, et désigne aussi le centre du monde, à Delphes. Dans ce sanctuaire, l’omphalos est une pierre ovoïde, celle-là même que Gaia a donnée emmaillotée comme un nouveau-né à avaler à son mari Cronos à la place du petit Zeus. Et l’omphalos est aussi une protubérance ovoïde, comme celle que l’on voit ici au centre de la phiale, avec valeur sacrée. Sur le socle, on discerne une inscription à lire de droite à gauche (non, ma photo n’est pas inversée!) qui dit en Étrusque LARΘ:TREPVM:LARΘAL, soit “ Larth Trepus, fils de Larth”.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore un couvercle d’urne funéraire en albâtre, provenant également de Chiusi et datant de la première moitié du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Je lis qu’il s’agit d’une figure féminine portant un éventail. Figure féminine, bien sûr, mais l’éventail… Parce que l’éventail de l’époque ne se replie pas en multiples plis comme celui des Espagnoles, mais est en forme de palette, peut-être la notice veut-elle dire que cette jeune femme tient le manche d’un éventail brisé. Ou alors j’ai mal regardé.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ceci est un fragment de cippe funéraire en “pierre fétide”. En effet, cette pierre a la particularité de dégager une forte odeur de soufre lorsqu’elle est travaillée. Par ailleurs, c’est une pierre fragile, en conséquence de quoi il ne reste aujourd’hui que des fragments des objets qui en sont faits. Elle date de 490-480 avant Jésus-Christ et provient de Chiusi. Elle représente une scène de “prothésis”, c’est-à-dire une scène d’exposition de la morte avant les cérémonies de son incinération et de son enterrement.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore de la pierre fétide pour ce fragment d’urne ou de cippe cinéraire, encore Chiusi, mais légèrement plus tard (vers 470-450 avant Jésus-Christ). C’est la préparation d’un sacrifice qui y est représentée. On voit l’autel, le feu, le taureau que l’on amène.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette urne cinéraire en albâtre a été réalisée dans le nommé “atelier des petites patères” (une patère est le nom latin des phiales) de Volterra (cf. mon article Volterra daté des 22 et 23 octobre 2009) dans le dernier quart du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Elle représente l’enlèvement d’Hélène par Pâris. Je la trouve particulièrement intéressante, parce qu’elle nous montre un équipage de voyage, non pas comme à l’époque mycénienne où se situe la Guerre de Troie, mais comme chez les Étrusques de l’époque hellénistique.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Laissons là les morts, leurs urnes et leurs cippes. Elle est de la fin du huitième siècle avant Jésus-Christ, cette belle pièce en terre cuite, un cratère à couvercle décoré de dessins géométriques et d’oiseaux d’inspiration grecque. Tout à l’heure, à propos de la trêve violée par les Romains en 280, j’ai évoqué la ville étrusque de Volci. C’est de là que viendrait ce cratère (“viendrait” au conditionnel, car le musée fait suivre le nom de la ville d’un point d’interrogation).

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Même Volci, avec le même point d’interrogation, pour ce trône en bronze à décor repoussé, du deuxième quart ou du milieu du septième siècle avant Jésus-Christ. Sur ma photo on voit les dessins qui ornent le dossier, mais il est difficile de distinguer sur la base le décor de figures masculines et d’animaux. Au moment où je transfère mes photos sur l’ordinateur et où je constate que l’on ne voit pas ce que je voudrais, il est trop tard pour retourner au musée! Mais je publie quand même l’image, parce qu’il est malgré tout intéressant de voir ce siège.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

On appelle bucchero un type de poterie étrusque cuit avec injection de fumée afin d’obtenir dans la masse une couleur noire uniforme destinée à imiter le métal, technique utilisée du septième au cinquième siècles avant Jésus-Christ. Mais peu à peu, on s’éloigne de l’imitation du métal, les formes s’alourdissent, le décor initialement gravé est de plus en plus souvent moulé en relief. L’objet ci-dessus est un brasero à décor en relief, en bucchero lourd, de la première moitié du sixième siècle. On ne dispose pas d’indication précise sur sa provenance, mais il semble qu’il ait été produit en Étrurie intérieure, du côté d’Orvieto ou de Chiusi.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quelques sculptures. Il y en a beaucoup, je choisis selon mon goût personnel, celles que je préfère. Cette statuette de bronze de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ me paraît particulièrement gracieuse. J’aime le geste délicat pour retenir la robe.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce couple de bronze est contemporain de la statue féminine précédente. La société étrusque était de type patriarcal, comme la plupart des sociétés antiques occidentales, et la femme n’y était pas réellement l’égale de l’homme, et cela me fait aimer deux fois plus cette représentation d’un couple se tenant par les épaules et la taille, dans une attitude d’égalité et de partage. Il faut en effet se méfier des conclusions hâtives à partir des statuts sociaux officiels, car l’amour, la tendresse, le vécu quotidien partagé induisent entre les êtres des relations particulières. Et il ne s’agit pas d’une exception cachée au creux du foyer familial, puisque c’est une représentation sculptée sur ce qui était un chandelier.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Décor de candélabre également, en bronze, pour cette femme et son enfant, légèrement postérieure aux deux statuettes précédentes (première moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ). Là non plus l’attitude n’est pas conventionnelle et figée, mais elle est en mouvement, il y a complicité entre les deux personnages. Voilà pourquoi j’ai choisi ces trois petits bronzes.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quoiqu’étrusque et remontant au troisième siècle avant Jésus-Christ, ce buste féminin de terre cuite évoquerait presque, par son style, par le vêtement, un marbre romain d’époque classique. Il représente Ariane. Et lorsque, dans un musée, je vois le nom d’Ariane, je ne peux me retenir de déclamer ces merveilleux vers de Racine:

“Ariane, ma sœur, de quel amour blessée

Vous mourûtes au bord où vous fûtes laissée”.

 

Quant à la provenance elle mérite quelques mots. Nous sommes en Étrurie, dans l’actuelle province de Viterbe, à Civita Castellana, autrefois Faléries (Falerii). Non loin de là, en 398-397 avant Jésus-Christ, les Romains assiègent la ville étrusque de Veies. Une fois Veies prise, les Romains se tournent vers Falerii qu’ils assiègent, qu’ils prennent. Un siècle et demi plus tard, en 241, les habitants de Faleries se révoltent et dans ce genre de circonstances les Romains sont sans pitié, la ville est complètement rasée, et la,population est déportée dans la plaine à quelque distance. Une nouvelle Faléries se construit alors. Pour distinguer l’ancienne de la nouvelle, on parle alors de Falerii Veteres (Faléries-la-Vieille) et de Falerii Novi (Faléries-la-Neuve). C’est sur le site de Falerii Novi qu’a été trouvé ce buste d’Ariane.

“Ariane, ma sœur, de quel…”

Ah non! Stop! Cela suffit comme ça!

–Bon, bon, d’accord, je continue mentalement.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et à présent, trois miroirs du quatrième ou du troisième siècle avant Jésus-Christ. Aujourd’hui, et depuis l’introduction de l’usage du verre à l’époque romaine impériale, on applique du mercure, du tain ou autre métal blanc derrière le verre pour rendre la surface réfléchissante. Avant cela, le verre existait déjà, c’est vers 1500 avant Jésus-Christ qu’en Mésopotamie on fond le premier verre, mais on n’avait pas encore imaginé de l’utiliser pour fabriquer des miroirs. Le miroir antique est donc une pièce de métal bien poli. Les Étrusques en ont fabriqué un très grand nombre, aux sixième et cinquième siècles ornant le dos de motifs en relief, par la suite en gravant des motifs reproduisant des scènes mythologiques, souvent accompagnées de quelques mots en langue étrusque. Lorsqu’il s’agit de la mythologie grecque, il n’y a aucun problème d’interprétation, mais souvent aussi il s’agit de la mythologie locale, et alors malgré les inscriptions les scènes représentées restent souvent inexpliquées. La surface est légèrement bombée, et tantôt le manche est fondu avec le miroir, tantôt la base du miroir s’achève par une soie introduite dans un manche rapporté en ivoire, en os ou en bois.

 

Ce premier miroir, nous dit-on, représente Oeneus, Atalante, Méléagre et le fils de Thestios. Commençons par Atalante, qui a été élevée par une ourse dans la forêt et est devenue une redoutable chasseresse. Dans la région de Calydon, un terrible sanglier ravage les terres; Oeneus, le roi, charge son fils Méléagre de s’entourer de chasseurs et de débarrasser Calydon de ce monstre. Parmi les chasseurs, une seule femme, Atalante, et c’est elle qui parvient à frapper la première le sanglier, que Méléagre va achever. Et Atalante épouse Méléagre. Quant à Thestios, son nom ne me rappelle rien, je dois consulter Internet, où je trouve que le dieu Arès l’a engendré d’une mortelle, Démonicè, et qu’à son tour Thestios, ayant épousé Eurythémis, est le père de trois filles, dont Léda, et de quatre garçons, Iphiclos, Évippos, Plexippos et Eurypylos. L’un de ses fils étant représenté en compagnie de Méléagre et d’Atalante, cela m’amène à vérifier la liste des Argonautes dans Apollodore, et bingo! j'y trouve Iphiclos, fils de Thestios. Mais il se pose à moi un double problème car d’une part cette liste des personnages sur le miroir comporte quatre noms alors que j’en vois cinq, d’autre part la liste donne trois hommes et une femme, or je ne vois que deux hommes et trois femmes. Et j’ai beau agrandir ma photo en qualité originale (elle fait un peu plus de 8Mo, alors que pour publication ici je l’ai réduite à 56Ko) je ne vois aucun nom gravé.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Finalement, on n’est guère plus avancé avec ce genre d’explication que pour le miroir ci-dessus, où le musée avoue que la scène représentée est inexpliquée. Au centre, un homme nu converse avec une femme nue, tandis qu’à gauche une femme vêtue s’entretient avec un personnage nu qui semble être un homme –on voit mal– malgré des traits féminins. Autour du jeune homme nu, le musée propose de voir, avec de gros points d’interrogation, l’un des Dioscures, Athéna et Aphrodite.

Les Étrusques au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Un dernier miroir. On nous dit qu’il s’agit du jugement de Pâris, lorsqu’il offre la pomme de discorde à Aphrodite, au détriment d’Athéna et de Héra. Soit. Pourtant, il n’y a aucun doute, si le jeune homme au centre peut fort bien être Pâris, il n’est entouré que de deux déesses, car le quatrième personnage, assis à gauche et habillé, est un homme d’âge mûr, avec une barbe qui ne peut appartenir à aucune des trois déesses. Là encore, j’ai beau agrandir ma photo originale (7,88Mo contre 54,3Ko), je ne trouve aucune inscription susceptible de m’éclairer. Mais qu’importe, après tout: les scènes gravées sur ces trois miroirs sont un enchantement à contempler, alors contemplons-les sans chercher à en savoir plus!

Published by Thierry Jamard
commenter cet article
14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 23:55

Quittons le département des antiquités égyptiennes, objet de mon précédent article sur le musée du Louvre; nous voici au Moyen-Orient, dans les pays qui sont aujourd’hui le Liban, la Syrie, Israël, la Turquie. Bien entendu, dès l’époque archaïque les Grecs ont occupé les côtes de l’Asie Mineure et étaient en contacts étroits, de guerre ou de commerce, avec les Perses et autres peuples de ces régions, comme nous pouvons nous en rendre compte en comparant les productions artistiques ou utilitaires.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les murs d’une grande salle portent la frise ionique provenant du temple d’Artémis Leucophryène à Magnésie du Méandre. Quelques précisions : d’abord, Magnésie du Méandre est une colonie grecque de l’ouest de l’Anatolie (aujourd’hui turque) au sud-est d’Éphèse, où est mort Thémistocle. On n’est donc pas étonné d’y trouver Artémis, une divinité grecque. Ici, elle est qualifiée de Leucophryène, ce qui signifie “aux sourcils blancs”, et qu’il convient sans doute d’interpréter comme “aux sourcils d’un blond très clair”. Lorsque les Grecs sont arrivés dans la région, au septième siècle avant Jésus-Christ, ils ont trouvé une antique déesse locale de fécondité protectrice des lieux qu’ils ont honorée en l’assimilant à leur Artémis, afin de garder des liens culturels et religieux étroits avec les autres Grecs: dès le sixième siècle, le poète Anacréon l’appelle “la blonde fille de Zeus”. Vitruve, cet architecte romain du premier siècle avant Jésus-Christ dont tout un chacun connaît au moins le nom grâce à “l’homme de Vitruve” de Léonard de Vinci, nous dit que l’architecte de ce temple est Hermogène. Or Hermogène est un architecte grec qui a vécu à la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ et au début du second, et parce que ce bâtiment intègre des innovations techniques de la fin de sa carrière (j’ai lu cela, mais il n’était pas dit quelles innovations, et je serais bien incapable de dire de quoi il s’agit), on peut dater cette construction des années 200-190 avant Jésus-Christ.

 

C’est une mission de l’archéologue Charles Texier (1802-1871) réalisée de 1833 à 1837 en Asie Mineure qui a permis de rapporter quarante-trois fragments de la frise du temple, qui ont intégré le musée du Louvre en 1843. Les autres fragments récupérés sont au musée archéologique d’Istanbul et au Pergamon Museum de Berlin. Le sujet, qui se reproduit tout autour du temple est celui d’une amazonomachie, ou combat contre les Amazones (cf. tauromachie = combat contre des taureaux). Héraklès était allé, au titre de l’un des douze travaux qui lui avaient été imposés, prendre la ceinture de la reine des Amazones, et Thésée, le roi d’Athènes qui l’avait accompagné, s’est rendu coupable du rapt d’une Amazone. Ses congénères se sont alors ruées sur Athènes pour la récupérer et la venger, d’où cette guerre représentée ici, selon un thème fréquent dans la sculpture grecque. Les Grecs ont gagné, mais le combat a été rude.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Lod, en Israël, c’est l’ancienne Lydda. Là a été découverte une extraordinaire mosaïque de sol d’époque romaine impériale, vers 300 après Jésus-Christ. Elle est faite de tesselles de marbre, de calcaire et de pâte de verre, nous dit-on au musée. Soit, mais sauf erreur le marbre est lui-même une pierre calcaire. Elle représente un fabuleux bestiaire, toutes sortes d’animaux dans toutes sortes de situations.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette plaque de terre cuite représentant un cavalier et un griffon appartenait à un revêtement de mur de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ. Nous sommes dans l’actuelle Turquie, au cœur de l’Anatolie, à Düver, loin des côtes. Et pourtant, l’influence de la Grèce orientale se fait sentir, les cheveux longs, la silhouette des chevaux. Mais le costume du cavalier est typiquement perse, et le griffon appartient aussi à cette autre civilisation. Nous sommes donc bien en territoire perse, où les contacts avec le monde grec ont des résonances.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quelques sculptures, à présent. Ce bronze avec incrustations de cuivre rouge et d’argent provenant d’un atelier d’Asie Mineure, est du troisième quart du deuxième siècle avant Jésus-Christ et représente un combattant. Combattant de qui, de quoi? Le musée propose de voir un géant, cette génération qui s’est battue contre les dieux de l’Olympe (la gigantomachie), et suppose que de sa main droite levée il brandissait une épée, tandis que sa main gauche en tenait le fourreau.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette femme ailée est, bien sûr, une Victoire (en grec, on dit une Nikè). Souvent nous avons vu des sculptures archaïques, du sixième siècle avant Jésus-Christ, représentées avec un genou à terre pour simuler la course rapide, par exemple au musée archéologique national d’Athènes, et si l’on datait ainsi ce petit bronze on se tromperait lourdement: il est d’époque romaine, et il était fréquent que les clients romains ou romanisés commandent des objets de style archaïsant. Après tout, aujourd’hui, les fausses antiquités existent bien, je ne parle pas seulement des copies en réduction de statues à l’intention des touristes dans la boutique du musée ou dans les magasins de souvenirs aux alentours, mais des tables de salle à manger en acajou de “style Louis-Philippe”, ou des fauteuils rocaille de “style Louis XV” par exemple. Concernant la provenance, cette statuette a été trouvée à Magnésie du Sipyle, ville d’Asie Mineure, actuellement Manisa en Turquie, à une quarantaine de kilomètres au nord-est d’Izmir (ancienne Smyrne).

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Il n’y a pas de doute non plus sur l’identification de cette déesse brandissant deux torches et accompagnée d’un chien: c’est Hécate. Quelques mots de généalogie. À l’origine du monde, il y a le Ciel (Ouranos) et la Terre (Gaia, ou Gê, cf. la géographie, la géologie, un hypogée, etc.). Une évidence, le ciel est en permanence étendu sur la terre; cela signifie qu’Ouranos reste sur Gaia, et en conséquence elle enfante sans cesse, ses enfants sont les Titans. La pauvre, elle en a ras le bol de cet obsédé. Le plus jeune des Titans, Cronos, prend la faucille que lui tend sa mère et il émascule Ouranos, prend sa place de maître du monde et, pour éviter qu’un de ses frères ou de ses enfants (il a épousé Rhéa) lui joue le même tour il enferme les uns dans le Tartare, et avale les autres, dont Déméter, Hadès et Poséidon et pas Zeus, que Rhéa a remplacé par une pierre emmaillotée comme un bébé. Cela c’est une autre histoire, venons-en à Zeus devenu adulte qui délivre ses frères et sœurs et entame la guerre contre Cronos et ses frères les Titans. Il faut noter que cette Titanomachie est différente de la Gigantomachie dont j’ai parlé il y a un instant au sujet d’une statuette, et qu’elle lui est antérieure. Après la victoire Zeus est le nouveau maître du monde et il envoie les Titans dans le Tartare. Il n’a aucune sympathie pour eux, on s’en doute, mais Hécate, petite-fille de deux Titans et de deux Titanides (les femmes-titans) a droit à un traitement de faveur et elle est admise sur l’Olympe. Zeus l’honore et lui accorde des privilèges. C’est elle que l’on invoque dans les sacrifices expiatoires, elle peut accorder la richesse, la gloire, la victoire, elle préside à l’éducation des enfants. Mais avec ses chiens elle a le pouvoir de déchirer ceux qui l’ont offensée. Déesse des enchantements (elle a enseigné la magie à Médée), on la trouve aux carrefours de routes, lieux magiques, où elle est représentée avec trois faces pour regarder dans plusieurs directions. Lorsque Déméter est partie à la recherche de sa fille Perséphone enlevée par Hadès, Hécate a accompagné sa tante dans sa quête, l’éclairant de ses torches. Cette déesse dangereuse quoique souvent bienveillante, objet de culte à mystères, n’est que rarement représentée, comme les Titans, comme les Grands Dieux ou Cabires (voir Samothrace ou Lemnos).

 

C’est Hécate, cette déesse aux torches, au chien, qui est représentée ici sur un marbre que le musée ne date pas. Toutefois, il le classe au chapitre des reliefs votifs d’Asie Mineure de 306 à 64 avant Jésus-Christ et précise que ce vêtement –qu’il décrit avec précision– est utilisé pour de nombreux portraits funéraires romains des deuxième et troisième siècles après Jésus-Christ. Il constate, en outre, que c’est exactement le même vêtement que porte Perséphone, épouse d’Hadès aux Enfers, sur des reliefs du quatrième siècle avant Jésus-Christ, où la déesse porte aussi des torches. Je me demande, dans ces conditions, s’il n’y a pas assimilation d’Hécate et de Perséphone. Quant à l’origine de ce bas-relief, on se borne à savoir qu’il a été acheté –c’est-à-dire pas forcément trouvé– en Turquie, à Irmeni-Keui, dans la région de Cyzique.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette jolie statuette d’argent date de l’Antiquité tardive, cinquième siècle après Jésus-Christ, et reprend des canons de représentation vieux d’un millénaire, créés au cinquième siècle avant Jésus-Christ. Elle provient d’Antarados, c’est-à-dire la Tortose des Croisés et la Tartous moderne, grand port syrien proche de la frontière libanaise. Ses attributs ont été perdus, mais on peut supposer qu’il s’agit de Déméter. Considérant sa date, on comprend qu’il s’agit de la fin du paganisme.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce taureau aux yeux incrustés d’argent est plus ancien, on le situe entre le premier et le deuxième siècles de notre ère, mais lui aussi provient de cette Antarados. Sans doute convient-il de voir en lui le dieu égyptien Apis, avatar d’Osiris dans le monde des vivants.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Restons avec les animaux, voici un dromadaire datant probablement du quatrième siècle de notre ère et provenant de Hélalieh (près de Saïda, au Liban). Il s’agit d’une lampe plastique sur laquelle on remarque une selle surélevée permettant de suspendre la lampe, un trou sur la croupe pour le remplissage d’huile et en avant de la selle deux autres trous par où passaient deux mèches pour un double éclairage.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Voici un diptyque en ivoire d’éléphant qui date du cinquième siècle après Jésus-Christ mais qui est de provenance inconnue. On y voit six couples, trois sur chaque plaque. Chacun de ces couples représente un savant, un artiste ou un lettré, sur qui il est difficile de mettre un nom, mais qui est placé sous la protection d’une muse. Ajoutons que certaines de ces muses sont représentées sans leurs attributs et comme, en outre, les neuf muses ne sont pas représentées on ne sait pas qui manque, donc on ne connaît pas la liste des présentes. Je joins un plan plus rapproché de deux de ces couples, à gauche la muse ouvre un rouleau de livre, ce peut être Thalie pour un écrivain auteur de comédies, ou Clio pour l’auteur de livres d’histoire; à droite la muse a une lyre, elle pourrait être Terpsichore, protectrice de la danse et du chant choral, et son protégé a beau ne pas sembler appartenir à ces catégories artistiques, il relève le pan de son vêtement et la position de ses pieds n’exclut pas la danse, mais Érato, qui protège la poésie lyrique, est aussi parfois représentée avec un instrument à cordes. Interprétations sous toutes réserves.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce vase funéraire monumental en marbre, dit “vase de Pergame” –parce que c’est dans cette ville de l’Asie Mineure turque qu’on l’a trouvé à l’époque du sultan ottoman Mourad Ier (1359-1389)– date du deuxième siècle avant Jésus-Christ. À l’intérieur se trouvaient deux urnes d’albâtre remplies d’or, et il avait dû aussi y avoir les restes du défunt. Il est dit ici que ces urnes se trouvent à Sainte-Sophie d’Istanbul. Je n’ai pas le souvenir de les y avoir vues, malgré une visite approfondie. Il y avait, et d’ailleurs j’ai publié dans ce blog la photo de l’une d’elles, deux jarres provenant de Pergame, mais il était dit qu’elles étaient creusées dans un seul bloc de marbre, pas d’albâtre, et rien ne disait qu’elles étaient funéraires, qu’elles avaient contenu de l’or, etc., et d’ailleurs il me semble que malgré les dimensions impressionnantes de ce vase funéraire du Louvre on aurait eu du mal à les y placer toutes les deux. Ce vase était lui aussi à Istanbul, je devrais plutôt dire à Constantinople pour ne pas commettre d’anachronisme, jusqu’au dix-neuvième siècle, lorsqu’en 1837 le sultan Mahmoud II l’a offert à Louis-Philippe.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quelques bijoux. Ce médaillon en or qui représente le dieu Éros est un élément de coiffure qui date de la deuxième moitié du troisième siècle avant Jésus-Christ. Pas de précision sur l’origine.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Pour ce cheval marin, au contraire, il est dit qu’il vient de Tyr, aujourd’hui Sour, au Liban, mais il n’est pas daté. On le voit, c’est une fibule. Un travail d’une grande finesse.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ah, enfin à la fois une date et un lieu. Ce lourd bracelet en or avec ses extrémités en forme de tête de taureau est du quatrième siècle avant Jésus-Christ, et il provient d’Amrit, en Syrie.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Un grand saut dans le temps, et nous voilà à la fin du sixième siècle après Jésus-Christ, en Syrie encore, à Ma’aret en Noman. Cette plaque en argent partiellement doré est dédiée à saint Siméon le Stylite, cet ascète syrien qui, au cinquième siècle, décida de se retirer du monde en vivant sur une plateforme d’un mètre carré au sommet d’une colonne de quinze mètres, nourri avec le contenu du panier que les habitants du coin lui faisaient parvenir au bout d’une corde et où il est resté pendant trente-neuf ans jusqu’à sa mort. Je parle de lui plus en détails dans mon article Osios Loukas, daté du 21 juin 2011. Nous le voyons ici sur sa colonne. Je suppose que le serpent qui s’enroule sur le fût représente le Tentateur.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et pour terminer, de la verrerie. C’est dans ce chapitre oriental qu’il convient d’en montrer, car le verre a été inventé en Mésopotamie. Au début, le verre était moulé, ce qui en limitait la taille, mais la découverte du verre soufflé, vers 50 avant Jésus-Christ, a permis de créer des objets de grande taille aux formes plus variées, telle cette cruche décorée du troisième ou quatrième siècle après Jésus-Christ, qui vient du Proche Orient.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

De cette Antarados, Tortose, Tartous en Syrie, dont j’ai eu l’occasion de parler tout à l’heure, vient ce curieux petit flacon en forme de poisson. Il est probablement du troisième siècle après Jésus-Christ mais sa particularité est qu’il sert de compte-gouttes.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quant à ce vase en forme de souris, n’est-il pas remarquablement amusant? Il provient de Cyzique, et il est daté du troisième siècle après Jésus-Christ ou du début du quatrième.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et je terminerai avec ces deux petits flacons à deux compartiments qui datent du quatrième siècle de notre ère et proviennent, pour celui de gauche, de Bassah, près de Sour (ancienne Tyr, au Liban) et pour celui de droite, de Syrie. Parfois, dans ce genre de flacons, on a retrouvé des bâtonnets de bronze, d’ivoire ou de verre. En effet, il s’agissait de flacons de khôl pour le maquillage des yeux.

Published by Thierry Jamard
commenter cet article
12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 23:55

C’est plus fort que nous, nous ne pouvons pas être à Paris sans faire un petit tour (un grand tour!) au Louvre. Et il y a tant de choses merveilleuses qu’au moment de choisir “quelques” images pour publication, je me trouve face à une telle quantité de photos sélectionnées, même après des coupes drastiques, que je scinde en cinq parties ma dernière sélection la plus réduite, et que je vais en faire cinq articles:

– L’Égypte

– Le Moyen-Orient

– Les Étrusques

– L’Occident

– Département des peintures

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Commençons, ce n’est pas gai, par les morts. Chez les Mycéniens, plus d’un millénaire avant Jésus-Christ, nous avons vu au musée archéologique d’Athènes ces superbes masques d’or, parmi lesquels celui que l’on appelle improprement “masque d’Agamemnon”, et qui est si célèbre qu’il orne la couverture de la plupart des livres ou des revues qui traitent des Mycéniens. Nous sommes ici loin dans le temps, puisque l’on tourne autour du premier siècle avant / premier siècle après Jésus-Christ, et dans l’espace puisque nous franchissons la mer vers cette Égypte africaine, et l’on retrouve ces masques et ces diverses représentations qui rappellent le défunt. La statuaire, les fresques, depuis nombre de siècles, ont cessé de représenter les traits particuliers, et les artistes peignent, sculptent la beauté canonique, ou le caractère conventionnel, et cela encore à l’époque hellénistique et pendant un siècle de plus. Après, on reviendra aux traits propres qui individualisent la personne. Ce n’est donc pas encore le cas pour ce masque-plastron en carton peint et doré et fibre de lin, provenant d’Hermopolis-ouest, aujourd’hui Touna-el-Gebel, qui représente la défunte nue, en Hathor, cette déesse de la beauté et de l’amour grâce à laquelle la plénitude des sens se perpétue au-delà de la mort. À noter que Hathor est la parèdre du dieu-faucon Horus, le fils posthume d’Osiris qui règne sur le monde des morts.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce n’est qu’au second siècle après Jésus-Christ que les masques des momies, soudainement, se mettent à ressembler aux personnages qu’ils recouvrent, avec leurs traits, avec les parures, les coiffures, les barbes qu’ils avaient de leur vivant. Ci-dessus, deux femmes du deuxième siècle, la seconde datée un peu plus précisément dans la deuxième moitié du siècle. En fait, il faut tenir compte, pour avancer une date, de tous les indices dont on dispose. Ainsi, le masque en stuc peint de cette première femme, avec sa coiffure sophistiquée et ses bouclettes haut au-dessus du front, avec sa tresse roulée derrière la tête, évoquerait la mode de l’époque de Trajan (début du siècle), mais les provinces ne disposaient pas encore de la chaîne FashionTV sur leurs paraboles et les modes impériales de Rome mettaient des années, voire des dizaines d’années avant d’arriver dans les provinces, alors qu’à Rome on en était déjà une ou deux modes plus loin. Cette dame peut donc avoir rapporté sa mode de Rome dans les vingt premières années du second siècle, ou n’avoir pas quitté une petite ville reculée d’Égypte , avoir adopté cette mode lorsqu’elle était arrivée là, et avoir continué sa vie durant à se coiffer ainsi. Quant à la seconde, une jeune femme de Panopolis (ce qui veut dire “la Ville de Pan”), l’actuelle Akhmîm, sur le Nil en Haute-Égypte, dont le masque est en stuc avec des yeux en verre, ses cheveux ondulés sont tirés en arrière à partir de la raie, et noués en un chignon derrière la tête.

 

Où ces morts étaient-ils? C’est Diodore de Sicile qui répond à la question: “Pour ceux qui ont des sépultures privées, le corps est déposé dans un endroit réservé. Ceux qui n’en ont pas construisent dans leur maison une cellule neuve, et y placent le cercueil debout et fixé contre le mur”.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce masque-plastron en stuc peint et yeux de verre est un peu plus tardif, il est du troisième siècle après Jésus-Christ. Le fort réalisme est clairement influencé par la tendance stylistique romaine. Le musée dit que la tradition ferait provenir ce masque de l’oasis d’Al-Kharga, située à environ deux cents kilomètres à l’ouest du Nil au niveau de Louqsor et d’Edfou, mais estime que son style le ferait plutôt venir d’Hermopolis Magna, en Moyenne-Égypte.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Sur le corps de la momie, les masques ou, descendant plus bas, les masques-plastrons sont destinés à couvrir le visage en décomposition, à le remplacer en quelque sorte. Mais parmi les objets funéraires, la personne peut aussi être représentée en peinture. Ici, nous voyons l’émouvant portrait d’une jeune femme peint à l’encaustique sur une tablette en bois de tilleul dans la seconde moitié du deuxième siècle après Jésus-Christ. L’origine supposée est Thèbes (en Égypte, pas la Thèbes de Grèce continentale, patrie d’Œdipe et d’Antigone!). Le musée ajoute l’explication très intéressante de la technique à l’encaustique. Plutôt que de mettre ma patte en rédigeant moi-même quelque chose que j’ai découvert en lisant cette fiche, je préfère citer le texte affiché par le Louvre: “L’une des spécificités est que le peintre pose d’abord les couleurs foncées, ici de l’ocre sombre sur les carnations et la chevelure, puis modèle progressivement le volume du visage, en appliquant des couches de plus en plus claires”. La technique est une chose, elle ne permettra jamais de rattraper l’absence de talent; mais justement, dans ce tableau, je trouve merveilleux le talent du peintre. Que de mélancolique gravité dans ce regard et cette expression! C’est poignant.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

L’art funéraire s’exprime aussi en sculptant en bas-relief ou, comme ici, en gravant des stèles. Celle-ci, du premier siècle après Jésus-Christ, provient d’Abydos, la ville consacrée à Osiris, actuellement El-Madfouna, à quelque soixante-dix kilomètres au nord-ouest de Thèbes. Le texte, rédigé en grec, dit: “Apollônios, fils d’Érôs, petit-fils d’Érôs, et d’Aristion sa mère, surnommé le fils d’Érôspsa, de Lykopolis, est mort prématurément, la septième année, le 21 du mois de Pachôn, âgé de 34 ans, 5 mois et 256 jours. Seigneur Sérapis, accorde-lui de triompher de ses ennemis”. J’ai, en d’autres occasions, commenté ce nom de Sérapis, peut-être un petit rappel est-il nécessaire. Osiris, dieu des morts, prend lorsqu’il revient sur terre la forme d’un taureau sous le nom d’Apis. Pour les Égyptiens, en joignant les deux noms, il devient Oser-Apis. Or il faut savoir qu’en grec, on utilise obligatoirement l’article devant les noms propres, comme les Italiens disent “la Callas”, les Grecs disaient “le Socrate”, “le Périclès”, et l’article, au masculin singulier sujet est “ho”, prononcé avec une aspiration, mais cette aspiration au début de certains mots était mal prononcée, ou ne l’était pas du tout, par les étrangers qui n’avaient pas un accent parfait. Aussi, les prêtres grecs –qui ne parlaient pas l’Égyptien– entendant ce nom, Oser-Apis, ont cru qu’il s’agissait d’un certain ho Sérapis (le Sérapis). C’est ainsi que dans la communauté grecque on croyait que le dieu s’appelait Sérapis… Voilà ce que c’est, de ne pas parler les langues étrangères.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette autre stèle, du même premier siècle après Jésus-Christ, provient de cette Lykopolis d’où était originaire notre Apollônios de la stèle précédente, c’est-à-dire la moderne Assiout, sur le Nil, en Haute-Égypte. À gauche, on voit Osiris. Et le défunt est conduit vers lui, précédé par Hathor et suivi par Anubis, le dieu à tête de chacal. Au-dessus, comme en haut de la stèle précédente, le disque solaire, avec deux grandes ailes et deux uræus (l’uræus, c’est le cobra femelle qui protège le pharaon, et qui est donc toujours représenté sur sa coiffure). Et le texte en grec dit: “Ma patrie est Lykopolis. Je suis Élémôn qui a vu s’éteindre son destin dans sa vingt-et-unième année. Serviteur de Phébus et des Muses, j’étais célèbre en tous lieux”. Serviteur de Phébus et des Muses, cet Élémôn était donc un prêtre.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore une stèle. Nous sommes dans le troisième quart de ce premier siècle après Jésus-Christ, et nous sommes à Abydos, comme avec la stèle d’Apollônios. Encore le disque solaire, les deux grandes ailes, le double uræus. Le défunt, à droite, la main levée, est dans un vêtement et une attitude typiques de la civilisation gréco-romaine, il ressemble comme un frère à une multitude de défunts sur des stèles de Grèce. Mais nous sommes en Égypte, et c’est à Osiris assis sur son trône, qu’il se présente. Derrière lui, il y a des divinités à têtes d’animaux, et derrière Osiris se tient une déesse aisément reconnaissable au disque solaire posé entre deux cornes, et à l’ânkh qu’elle porte dans sa main droite: c’est Isis, la mère et l’épouse d’Osiris, à qui elle a su donner une seconde vie après la mort.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

À la mort d’Alexandre le Grand, en 323 avant Jésus-Christ, l’immense empire qu’il a conquis en quelques années va être divisé entre ses généraux. Il avait conquis l’Égypte en 331, elle échoit en partage à son général Ptolémée, fils de Lagos (ainsi naît la dynastie des souverains dits Lagides, c’est-à-dire descendants de Lagos) qui, en 305, va se proclamer roi d’Égypte et régner jusqu’à sa mort en 283. C’est ce Ptolémée Ier Sôter (=Sauveur) qui est représenté par le marbre ci-dessus, du troisième siècle. Lui-même et ses descendants se comportent comme les pharaons vraiment égyptiens qui les ont précédés. Le fils du Sôter, Ptolémée II, reçoit des prêtres le titre de pharaon, en lieu et place du titre de roi qu’avait pris son père, et il épouse sa propre sœur, inceste abhorré par les Grecs, pour se comporter comme les pharaons, d’où son surnom de Philadelphe qui signifie “qui aime sa sœur (ou son frère)”. Alexandre avait fondé Alexandrie comme marque de sa victoire et de sa puissance, Alexandrie devient la nouvelle capitale. Elle devient vite une ville brillante, un modèle international de culture et de raffinement. Le phare d’Alexandrie est l’une des sept merveilles du monde. Il y a un centre de recherche fréquenté par les plus grands savants du monde. Un artisanat d’art se développe. La fameuse bibliothèque d’Alexandrie n’a pas d’équivalent au monde avec environ quatre cent mille livres après sa création en 288, et près de sept cent mille à la fin de l’Empire Lagide à la mort de la célèbre Cléopâtre VII. Ce que l’on appelle l’époque hellénistique, c’est précisément cela, qui va de la mort d’Alexandre le Grand au suicide de Cléopâtre VII qui s’est fait mordre par un serpent venimeux en 30 avant Jésus-Christ, consacrant l’avènement des Romains en Égypte. On aurait aussi bien pu l’appeler l’époque alexandrine. C’est cette époque que les souverains lagides ont voulu immortaliser en multipliant leurs portraits, comme ci-dessus Ptolémée I Sôter et comme les images suivantes.

 

J’ai parlé de l’illustre bibliothèque d’Alexandrie, la plus grande et la plus riche du monde de l’époque. J’ajoute une anecdote. C’est le poète Callimaque qui a entrepris le classement de cette foule d’ouvrages et, ne sachant pas comment cataloguer les rouleaux de papyrus traitant de sujets qui sortaient du monde concret et physique, il les a placés dans les meubles situés “après les sujets physiques”, en grec meta ta physica, “métaphysiques”. Ainsi est né ce mot, la métaphysique qui étudie les causes premières, la nature de la connaissance, le problème de Dieu et de l’existence.

 

Et puisque je parle du rayonnement d’Alexandrie, j’ajoute un paragraphe sans rapport avec la photo mais en pleine conformité avec ma marotte de linguistique. La langue grecque la plus ancienne est appelée le grec commun, parce que commun à tous les Grecs. Puis, avec les siècles, des tribus grecques sont arrivées les unes après les autres sur le territoire de la Grèce, de l’Asie Mineure, de l’Italie du sud, de la Sicile, et se sont installées dans ces pays montagneux, dans les innombrables îles, et y ont développé leurs civilisations, isolés d’une vallée à l’autre par les chaînes de montagnes, d’une île à l’autre par la mer. Et dans chaque cité la langue a évolué, les dialectes se sont multipliés. Les grands dialectes sont l’ionien-attique, l’éolien, le dorien, l’arcado-chypriote, puis chacun a continué d’évoluer, l’ionien des îles différent de l’ionien du continent asiatique, l’attique parlé dans la région d’Athènes. Le laconien, l’éléen, le corinthien sont quelques-unes des variantes du dialecte dorien. La poétesse Sapho écrivait en éolien, l’historien Hérodote en ionien, le philosophe Platon en attique, le mathématicien et physicien Archimède en dorien. Et puis c’est un dialecte ionien qui a été importé à Alexandrie, et qui de là s’est imposé à tout le domaine de langue grecque. On est revenu à une langue commune. Impossible de l’appeler grec commun, pour ne pas le confondre avec celui des origines, alors on a pris le mot grec, “langue commune” se dit “glôssa koinè”, et on appelle cette langue la koïnè. C’est la koïnè qui, se déformant, évoluant, mais conservant toujours la même structure de base, a donné le grec moderne encore parlé aujourd’hui. Le français, l’espagnol, le catalan, l’occitan, l’italien, le roumain ne sont plus du latin, parce que la structure du latin a été brisée, mais le grec moderne est bien du grec dérivé de la koïnè d’Alexandrie.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Plus tard, Ptolémée IV a régné de 221 à 205 avant Jésus-Christ. Cette statuette de bronze représente très certainement sa femme Arsinoé III sous l’apparence de la déesse Déméter, et les années du règne de son mari nous donnent une idée de la date de la statuette. Déméter est une déesse de la fertilité qui, avec la végétation, passe la moitié de l’année sous terre avant de faire germer les graines au printemps. Le flambeau, dont la flamme représente la vie –et donc en relation avec la fertilité–, est parfois représenté tête en bas, symbole de la mort. Parfois aussi, il convient d’interpréter cet objet comme la torche que la déesse portait en parcourant la terre à la recherche de Perséphone, sa fille bien-aimée qui avait soudain disparu, enlevée par Hadès qui voulait en faire sa femme puisqu’aucune déesse n’acceptait d’épouser un dieu avec lequel elle serait contrainte de vivre sous terre.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Grand flou pour cette statuette de plâtre. Le musée met un point d’interrogation entre parenthèses après avoir proposé “Reine lagide (?)” et comme date indique seulement “époque hellénistique”, ce qui est évident puisque l’époque hellénistique correspond très exactement avec l’époque lagide. Enfin, pour la localisation, “Égypte”…

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Nous ne sommes pas plus avancés pour la représentation de ce “souverain lagide” en bronze, de provenance égyptienne. Mais au moins sait-on qu’il est du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Cela nous limite à la liste suivante, qui constitue quand même une belle collection:

– Ptolémée V Épiphane (204-181)

– Ptolémée VI Philométor (181-145)

– Ptolémée VII Eupator (145-144)

– Ptolémée VIII Évergète (144-116)

– Ptolémée IX Sôter (116-107)

– Ptolémée X Philométor (107-88)

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Pourquoi j’aime tant ce buste féminin en marbre blanc, je ne saurais le dire exactement, peut-être parce qu’il exprime avec tant de force une personnalité, mais à chaque visite au Louvre je ne peux manquer d’aller le contempler. Cette coiffure avec les boucles sur le visage est caractéristique de la déesse Isis, mais la tête est ceinte du bandeau royal. Il s’agit donc d’une reine d’Égypte représentée en Isis, plutôt que de la déesse elle-même. Le musée propose de voir ici Cléopâtre II (181-116) ou Cléopâtre III (161-101). Tout à l’heure, à propos de Ptolémée II Philadelphe, j’ai parlé de cette coutume des pharaons égyptiens d’épouser leur sœur, le sang divin du pharaon ne pouvant se mêler au sang d’une simple mortelle, coutume adoptée par les souverains lagides pour être considérés par le peuple comme des pharaons authentiques. Le pharaon Ptolémée V a eu trois enfants, Ptolémée VI, Cléopâtre II et Ptolémée VIII. C’est ainsi que Ptolémée VI va épouser sa sœur Cléopâtre II, de qui il aura quatre enfants, Ptolémée Eupator, Cléopâtre Théa, Ptolémée VII, Cléopâtre III. Ptolémée VI meurt en 145. Son fils Ptolémée VII, sous la régence de sa mère Cléopâtre II, lui succède, mais son oncle Ptolémée VIII (le frère de Ptolémée VI, comme nous venons de le voir) le fait assassiner pour prendre sa place sur le trône et en tant que pharaon il épouse sa sœur, la régente Cléopâtre II devenue veuve. D’elle, il a un fils, Ptolémée Memphitès, qui ne règnera pas. En 142 il devient polygame en épousant sa nièce Cléopâtre III qui va mettre au monde cinq enfants, deux garçons d’abord, Ptolémée IX et Ptolémée X, puis trois filles, Cléopâtre Tryphaena, Cléopâtre IV et Cléopâtre V. J’ai essayé d’être aussi clair que possible, mais c’est difficile dans cette famille où tous les hommes s’appellent Ptolémée et toutes les femmes Cléopâtre, et où tout le monde se marie avec tout le monde! Qu’il s’agisse ici de Cléopâtre II ou de Cléopâtre III, nous sommes donc, de toutes façons, au deuxième siècle avant Jésus-Christ. Sur le visage de cette sculpture, j’aurais envie de mettre la vie de Cléopâtre II, mais je n’ai évidemment aucune raison scientifiquement valable de le faire.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Laissons là nos souverains lagides. Ce bronze de Basse-Égypte d’époque hellénistique semble reproduire en petit, paraît-il, des sculptures ornant un monument de la seconde moitié du troisième siècle célébrant la victoire de Ptolémée III sur les Barbares d’Asie (mais la notice ne dit pas où serait ce monument). Ici, nous aurions Héraklès terrassant le géant Antée. Antée, qui vivait en Libye, était fils de Gaia (la Terre). Il était invincible à la lutte, parce que le contact avec sa mère la Terre lui redonnait toutes ses forces. Héraklès en quête des pommes d’or du jardin des Hespérides traversa la Libye et rencontra Antée, lequel le défia à la lutte, comme il faisait pour tous les étrangers, qu’il vainquait à chaque fois. Apollodore, dans le livre II, nous raconte qu’Héraklès “ne lâcha pas [Nérée] tant qu'il ne lui eut pas révélé où trouver les pommes des Hespérides. Ainsi le héros s'achemina-t-il vers la Libye. En ce temps-là, sur ce pays régnait Antée, le fils de Poséidon, qui avait l'habitude de contraindre à la lutte tous les étrangers, pour les tuer. Aussi obligea-t-il Héraclès: mais le héros l'empoigna, le souleva de terre, lui cassa les os et le tua. Chaque fois en effet qu'il touchait terre, Antée devenait toujours plus fort parce que –si l'on en croit certains– il était le fils de la Terre elle-même”. Le bronze ci-dessus les représente comme un couple de lutteurs de la palestre.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore un couple de lutteurs, mais ceux-ci sont de simples humains pratiquant leur sport. C’est un bronze du troisième siècle avant Jésus-Christ avec des yeux incrustés en argent, qui vient d’Égypte puisque telle est l’origine des objets présentés dans cette section du Louvre, mais aucune indication précise n’est donnée à ce sujet.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quant à ces deux autres lutteurs, c’est pire car il n’y a que deux indications, l’une concerne le lieu et ne donne que l’Égypte, l’autre est vague, deuxième ou premier siècle avant Jésus-Christ, mais en outre ces deux indications sont suivies de points d’interrogation.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cet adolescent de type négroïde a les mains liées dans le dos. L’Égypte avait avec la Nubie des relations d’égal à égal, parfois d’ennemi à ennemi, mais il n’y avait pas, entre les deux peuples de regards racistes. Le fait que cet adolescent soit noir ne signifie pas, pour l’égyptologue, qu’il soit esclave. Il peut l’être s’il constitue une prise de guerre, mais il peut aussi avoir commis un forfait. C’est un bronze des environs de Memphis, en Égypte, qui date du second ou du premier siècle avant Jésus-Christ.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce bronze, ici, n’est qu’une partie d’un candélabre de la fin du premier siècle avant Jésus-Christ ou du premier siècle après et provient de Basse-Égypte. Il représente un Silène soulevant un jeune Pan.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ces deux statuettes, je ne suis pas responsable si elles sont de taille si différente. Je n’ai pas assemblé deux photos prises de plus ou moins loin. Ce sont deux prêtres d’Isis que j’ai pris ensemble, sur un même cliché. Celui de gauche vient d’Erment, l’ancienne Hermonthis, et le musée le date du second ou premier siècle avant Jésus-Christ. Au sujet de celui de droite, le musée ne donne qu’une seule indication: premier siècle avant notre ère.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

J’achève mon article d’aujourd’hui avec un objet que je trouve particulièrement émouvant, parce qu’il témoigne de façon très directe de la vie. Il s’agit d’une tablette de bois, évidée en rectangle au centre et l’évidement est recouvert de cire. On écrit dessus en gravant la cire avec un stylet en os du type montré sur cette photo. Mais ce stylet est d’époque impériale romaine tandis que la tablette, trouvée à Antinoé, est du quatrième siècle. Ce que je trouve émouvant, c’est que cette tablette porte un nom, Papnoution, et que ce Papnoution est un jeune écolier qui, sur cette page, a fait une dictée (ou une copie) en langue grecque. L’enseignement était donné dans une école chrétienne ou juive, ou par un précepteur chrétien ou juif, parce qu’il s’agit d’un psaume. Un authentique devoir d’écolier vieux de dix-sept siècles…

Published by Thierry Jamard
commenter cet article
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 23:55

Nous sommes sur Paris en ce quatorze juillet. Nous ne devons pas manquer la Fête Nationale. Où nous placer? Sur les Champs-Élysées la foule est si dense que nous serons en dixième ligne et ne verrons rien, parce que nous ne sommes pas allés faire le pied de grue en première ligne depuis l’aurore. Nous optons pour la rue de Rivoli, sachant qu’arrivés à la Concorde la moitié de ceux qui ont participé au défilé partent vers le boulevard Saint-Germain, et l’autre moitié vers la rue de Rivoli.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013
Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Je fais l’impasse sur toutes les troupes à pied. Voici les gendarmes motocyclistes. Ils font beaucoup pour notre sécurité et je les respecte, mais c’est le comportement de la foule qui m’étonne. En effet, toutes les personnes que je connais pestent contre leur présence derrière les radars, et le quatorze juillet leur passage soulève de grandes vagues d’applaudissements enthousiastes!

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Je ne sais pas qui je vois ici. En effet ces hommes en uniforme ne marchent pas au pas et traversent la rue vers la place de la Concorde, à l’inverse du défilé. Étonnant.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Je ne commenterai pas les images que je montre. En effet, quand on est chez soi devant l’écran de télévision, on bénéficie du commentaire et des explications du journaliste qui tient le micro. Même s’il n’y connaît rien et confond un pompier avec un légionnaire, il a entre les mains un document où il trouve tout ce qu’il y a à savoir et à dire. Mais quand on est sur place, et à moins de se visser dans l’oreille l’écouteur du smartphone connecté, il faut se débrouiller pour comprendre ce que l’on voit. Et comme je ne connais pas la marque de ce VAB ni ses caractéristiques, je ne m’avancerai pas.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Ici, je peux lire sur ce gros blindé motorisé la marque Renault. Voilà donc une information. Mais pour en dire plus… J’ai fait mon service militaire sur AMX13 VTT. Il y avait aussi des AMX13 canon et des AMX30. C’était l’époque où apparaissaient, pour remplacer les “13”, les nouveaux AMX10, tout le matériel étant mécanisé (sur chenilles). Les motorisés (sur roues), connais pas.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Et cela, qu’est-ce que c’est? J’ai bien l’impression que ce n’est pas un char, je dirais plutôt un canon autoporté, mais sous toutes réserves, car en fait je n’en sais rien.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Celui-là, en revanche (il est estampillé Renault, et d’ailleurs je reconnais le modèle de l’autre), je vois bien son usage: il est équipé de paniers pour rapporter ses emplettes du supermarché, non?

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Ce lourd semi-remorque, encore une énigme. Peut-être un engin du génie? Si c’est le cas, ce qu’il transporte est peut-être un pont mobile? Je montre toutes ces photos pour l’image, puisque je ne peux rien en dire.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Et là? Mystère (pour moi). Je vois une antenne parabolique, peut-être pour des ondes de guidage, et des tubes qui peuvent contenir des missiles. À moins que l’antenne ne soit pour regarder la télé au bivouac!

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013
Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Ah, enfin des véhicules qui permettent un commentaire un peu plus intelligent que ceux que je débite depuis le début. Les pompiers, et le médecin des pompiers. Bof, quand je dis “plus intelligent”, alors que je ne fais que répéter ce que tout le monde peut voir et comprendre, je me vante pour rien.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Mieux vaut que je m’amuse avec la technique photographique en essayant de cadrer au téléobjectif sur des avions et de faire la mise au point alors qu’ils passent en un éclair. À tout seigneur, tout honneur, je commence par la Patrouille de France.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013
Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Si je prends des escadrilles, comme ces bimoteurs d’abord, ces petits monomoteurs ensuite, mon zoom n’est pas au téléobjectif maximum, c’est un peu plus facile, les avions ne sortent pas trop vite du champ.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013
Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013
Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Quant aux hélicoptères, ils se déplacent moins vite. Le premier, je ne l’identifie pas, mais les deux autres, je peux lire sur leur fuselage qu’ils appartiennent à l’armée de l’air.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013
Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Puisque ma science militaire est limitée à ce que je peux lire sur mes photos (du moins dans leur état originel, avant que je les réduise pour publication), je peux dire que cet avion et cet hélicoptère appartiennent à la Marine Nationale. Mais j’aurais bien aimé savoir l’usage de l’hélicoptère, car sa peinture rouge, dans les combats, n’est guère discrète. Pompiers de marine?

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013
Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Ici, je peux lire sur leur fuselage que ces deux hélicoptères, un léger et un plus lourd, appartiennent tous les deux à l’Armée de Terre.

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013
Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Pas la peine de lire l’inscription, les couleurs de l’hélicoptère de ma première photo signalent qu’il appartient à la Gendarmerie nationale. Quant au second, avec ses couleurs jaune et rouge, c’est un hélicoptère de la Sécurité Civile. Il y a quelques jours, nous étions au musée du Luxembourg pour une exposition Chagall. Volaient dans les airs des chèvres vertes, des chevaux bleus. Aujourd’hui, quoique je ne sois pas capable de les identifier, je sais que parmi ces hélicoptères il y a des pumas, des gazelles et qu’ils arborent également des couleurs non conventionnelles pour ces animaux volants. Et cela pour la Fête Nationale française. Oui, vraiment, Chagall méritait bien qu’on lui accorde cette nationalité…

Fête Nationale. Dimanche 14 juillet 2013

Et voilà, c’est fini. Nous repartons. Et puis, alors que nous marchons rue Saint-Honoré, nous voyons dans le ciel des parachutistes. Ils sont encore haut dans le ciel, et cette rue assez étroite va vite les dissimuler derrière ses hauts immeubles, sans que j’aie pu imaginer l’endroit où ils vont atterrir. Place de la Concorde, au pied de l’obélisque de Louqsor? Au pied de l’Arc de Triomphe de l’Étoile? Quelque part sur les Champs-Élysées? Ou bien puisque le défilé, tant terrestre qu’aérien, est terminé, sur la terrasse du Palais de l’Élysée? J’aimerais voir cela, mais puisque je ne le peux, alors je mets le point final à cet article particulièrement creux.

Published by Thierry Jamard
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche