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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 23:55

Quand on a la joie de recevoir pour quelques jours une sœur et un beau-frère dans l’appartement que nous avons loué à Néa Smyrni, Athènes, il convient de leur montrer quelques-unes des merveilles de cette ville. Cela m’a déjà donné l’occasion de visiter pour la quatrième fois le musée archéologique national, sujet de mon dernier article. Dans un article Athènes, musée Benaki, je rends compte de deux visites de ce musée les 31 mars et 2 avril 2011; mon article Le calendrier des ciments Héraklès rend compte d’une troisième visite le 10 novembre 2011; avec une visite qui n’a pas fait l’objet d’un article le 29 novembre 2013, c’est la cinquième fois que je visite ce musée Benaki. Je vais donc regrouper aujourd’hui ces deux dernières visites en essayant d’être aussi bref que possible.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Ce musée privé, nous l’avons vu dans nos visites antérieures, est le fruit de la collecte de tous les objets qui intéressaient les propriétaires, dont le goût était très éclectique: antiquités grecques et romaines, art byzantin, gravures, collection de costumes traditionnels régionaux, etc. Nous commençons ici avec une statue du dieu Pan, avec ses pieds de bouc et sa face affreuse qui a fait éclater de rire les dieux de l’Olympe. Il est posé près d’un mur, sans que j’aie trouvé de commentaires sur lui, indiquant sa provenance ou sa datation.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Au contraire, cet homme en “himation”, on nous dit que c’est une sculpture grecque provenant de Tarente, en Italie, qui –on le sait– était une ville de ce que l’on appelle la Grande Grèce. Elle date des environs de 500 avant Jésus-Christ, ce qui est facilement identifiable à ce sourire propre à l’art grec archaïque.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Les figurines représentant cet homme et cette femme coiffés d’un chapeau ô combien élégant et seyant (surtout pour le monsieur, à gauche, dont c’est le seul vêtement) sont, eux, très typiques de l’art béotien, entre le milieu du cinquième siècle et le milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Les siècles passent, nous voilà dans l’ère après Jésus-Christ. Ces plaques représentant des Néréides sont datées entre la fin du troisième siècle et le quatrième siècle de notre ère.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Nous avons déjà vu dans divers musées, dont le musée byzantin d’Athènes (voir mon article 11, 13 et 27 octobre 2013), de ces fiasques dans lesquelles les pèlerins byzantins rapportaient des huiles ou des eaux bénites. Celle de ma photo avait contenu de l’eau du sanctuaire de saint Menas, en Égypte. On y voit saint Menas en supplication, entre des chameaux. Elle date du cinquième ou du sixième siècle. Les pèlerins étant fort nombreux, ces flacons étaient produits en grande série.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Ce tissu liturgique, que l’on l’appelle un Aer, servait à recouvrir le ciboire contenant l’Eucharistie. Celui-ci, de la fin du treizième siècle, symbolise le repas des apôtres. Il est l’un des exemplaires les plus anciens et les mieux conservés des broderies byzantines en fil d’or.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Bien sûr, on reconnaît tout de suite saint Georges sur son cheval, même si l’on ne voit pas le dragon qu’il terrasse. C’est une belle icône en relief qui date du quinzième siècle.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Cette icône de la seconde moitié du quinzième siècle et qui représente saint Jean a été attribuée à Andreas Ritzos (1421-1492), un peintre crétois très influent. Après la conquête turque de Constantinople en 1453, la Crète est restée aux mains des Vénitiens jusqu’en 1669 et a vu fleurir l’école crétoise d’icônes qui a poursuivi la tradition byzantine éteinte à Constantinople, mais mêlée ici d’influences italiennes. L’aspect purement religieux de l’icône s’est alors un peu affaibli au profit d’une valeur artistique. Les peintres, groupés en corporations, exécutaient des commandes.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Cette icône est à considérer en deux parties. Au centre, elle représente saint Nicolas. En bas à droite du saint, on peut lire la signature de l’artiste: Χείρ Ἀγγέλου, c’est-à-dire Main d’Aggelos (c’est la même photo dont j’ai beaucoup agrandi l’emplacement de la signature, d’où la qualité déplorable de l’image. Désolé…). C’est un autre Crétois bien connu, Angelos Akotantos, actif au quinzième siècle (mort avant 1457), un célèbre peintre d’icônes établi à Candia, aujourd’hui Héraklion, capitale de l’île. Longtemps, on a cru qu’Angelos était un peintre du seizième siècle au style conservateur, et maintenant que l’on a découvert qu’il avait essentiellement travaillé dans la première moitié du quinzième siècle il fait figure de peintre innovant, initiateur d’un style nouveau qui introduit le mariage des styles oriental et occidental.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Autour du portrait du saint, ces huit vignettes qui représentent des scènes de la vie de saint Nicolas ne sont pas de la main d’Angelos. Et elles le seraient difficilement, car elles ont été ajoutées dans la seconde moitié du seizième siècle, plus d’un siècle après la mort de l’artiste. J’en montre une ici, c’est l’épisode où saint Nicolas dépose une bourse de pièces d’or dans la chambre où un pauvre homme, démuni de tout, a décidé pour se sortir de la misère de prostituer ses trois filles le lendemain. Le don des pièces d’or par le saint évêque de Myra va ainsi sauver de cette horrible déchéance ces trois pures jeunes filles.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Ce meuble en bois sculpté et doré est destiné à la liturgie du Vendredi Saint. C’est une sorte de baldaquin (le musée dit “un ciborium”) qui surmonte une représentation du cercueil du Christ. Les scènes peintes sur le devant se réfèrent à la Passion. Ici, je montre le jugement de Jésus. Le musée donne une date approximative, dix-huitième ou dix-neuvième siècle, et localise l’atelier qui a produit cette œuvre dans les îles Ioniennes. En fait, comme je l’ai dit la Crète a été prise par les Turcs en 1669 et jusqu’au premier tiers du dix-neuvième siècle la Grèce continentale ainsi que les îles de la mer Égée sont toujours sous domination ottomane. Seules les sept îles Ioniennes, de Corfou à Cythère, sont toujours restées hors de l’emprise d’un pouvoir musulman. Les Vénitiens n’admettaient certes pas aisément la religion orthodoxe et ont toujours catholicisé les Grecs, mais enfin il y avait dans ces îles plus de liberté pour l’expression artistique religieuse chrétienne.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Richard B. Harraden (1778-1862) est l’auteur de cette peinture à l’huile, Vue d’Athènes depuis la colline de Philopappos. Cette vue date des environs de 1820, c’est-à-dire juste avant que n’éclate la guerre d’indépendance grecque. La grande cité antique n’est plus qu’une petite bourgade.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

En 1852 en revanche, quand Eduard Hildebrandt (1818-1868) peint cette aquarelle, Vue d’Athènes, la révolution est passée, la Grèce est libérée, ou du moins le Péloponnèse et une partie de la Grèce continentale, mais l’urbanisation est encore très partielle.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Cette salle du musée protégée derrière une grande vitre est la pièce de réception du manoir de Georgios Voulgaris (1759-1812) située à Hydra, une île du golfe Saronique (entre Attique et Péloponnèse. Voir mon article Hydra, jeudi 5 avril 2012). Ce Georgios Voulgaris a été le gouverneur de l’île de 1802 à 1812. Il était lié d’amitié avec Gazi-Hassan, le kapudan-pacha (grand amiral de la flotte ottomane), lequel pour manifester son estime a fait confectionner par un atelier de Constantinople, en 1800, ces boiseries sculptées et peintes, et les a offertes à son ami. Après avoir fait, par mer, le voyage de Constantinople à Hydra, ces boiseries ont été posées dans cette salle et dans les autres pièces de l’étage noble et, heureusement, elles ont été conservées intactes jusqu’en 1912, témoignant du style rococo ottoman.

 

Dans la pièce, à gauche cette femme porte le costume traditionnel de Salamine (costume dix-neuvième siècle, mais Salamine est l’île de la victoire, en 480 avant Jésus-Christ, des Grecs sur les Perses de Xerxès, lors de la Seconde Guerre Médique). En face d’elle on voit une fillette en costume de Mégare, tandis que le panneau explicatif cache malencontreusement une autre petite fille en costume d’Attique. Et de même la femme de Salamine cache une autre femme, en costume de ville d’Athènes, mais sur ma photo on n’en voit que… la main derrière le dos de la femme en premier plan. Au milieu de la salle, trois femmes papotent. Celle du milieu, à vrai dire peu visible, comme celle qui est plus à gauche, porte le costume d’Hydra, et celle qui est plus à droite, elle, porte le costume de l’île voisine de Spetses. L’homme, lui, a emprunté les vêtements du capitaine Dimitrios Sorras, d’Hydra. Au mur est fixée l’épée de Georgios Voulgaris, au pommeau d’ivoire et au fourreau de cuir décoré de bronze.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Deux sculptures qui évoquent des maquettes, je terminerai mon article par quatre autres. Le musée Benaki présente ces jours-ci une exposition temporaire intitulée Pink Wave Hunter (Chasseur de la Vague Rose) et consacrée à Andro Wekua. Cet artiste est né en 1977 et vit à Berlin. Il est originaire de Soukhoumi, la capitale de l’Abkhazie, une région de Géorgie qui était à l’époque une république de l’URSS. Il était encore enfant lorsqu’il a dû fuir sa ville natale, et aujourd’hui, à travers sa mémoire mais aussi ses rêves, il en reconstitue des monuments. C’est au moyen d’un assemblage de ses souvenirs d’enfance, d’images glanées sur le web, de photos fournies par ses amis ou par des visiteurs de la ville dernièrement, que Wekua crée des sculptures d’architecture qui lui sont personnelles, représentant des hôtels, des maisons, des cafés, des bâtiments administratifs.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

En 2012, Andro Wekua écrit: “Les bâtiments viennent d’images de Soukhoumi prises quand la ville était, comme elle est maintenant, quasiment vide. C’est comme une scène où quelque chose a pris place un jour et peut-être reprendra place, comme des décors de film où l’on construit des cités entières qui ne sont faites que de façades et, une fois que l’on a fini de filmer, la ville de façades reste en attendant d’être utilisée pour un film différent”.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Published by Thierry Jamard
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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 23:55

Le musée archéologique national, à Athènes, malgré son immensité, regorge d’objets qu’il ne sait plus où stocker, à défaut de pouvoir les exposer. C’est dire à quel point sa visite est passionnante. Ceci est le quatrième article que je lui consacre: on ne se lasse pas de le visiter, et on n’a jamais tout vu. Le premier était en date du 8 mars 2011; le second, intitulé “Sounion, musée archéo, Mycènes, Épidaure” est daté 24 et 25 juin 2011 (à l’occasion de la visite que nous a rendue notre ami palermitain Angelo); le troisième était plus particulièrement consacré à la présentation du naufrage d’Anticythère (23 avril 2012). Aujourd’hui, c’est avec joie que je profite de la visite de ma sœur et de mon beau-frère pour les emmener voir ces merveilles… et nourrir une quatrième visite.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Cette terre cuite est très, très ancienne. Elle remonte à 4500-3300 avant Jésus-Christ. Étant donné la position de cet homme, les archéologues l’ont surnommé “le Penseur”. Il provient des environs de Karditsa, en Thessalie. C’est la plus grande statuette connue de cette époque. Quoique son sexe soit brisé, on se rend compte qu’il était fortement ithyphallique, ce qui suggère qu’il s’agit de la statue de culte d’une divinité de la végétation et de la fertilité.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Quoique beaucoup plus récente, cette statue en bois d’une femme égyptienne occupée à moudre des céréales n’en est pas moins très ancienne puisqu’elle remonte à l’Ancien Empire, cinquième dynastie, règne de Niuserre, c’est-à-dire entre 2416 et 2392 avant Jésus-Christ. Elle a été trouvée dans la tombe d’un courtisan nommé Ti, à Saqqarah (près de Memphis). Ces figurines d’hommes et de femmes placées dans les tombes de notables sont appelées ouchebti, elles représentent des serviteurs qui, après la mort de leur maître, effectueront pour lui tous les travaux domestiques dans l’au-delà.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Ce gros plan sur la lame d’un poignard du seizième siècle avant Jésus-Christ permet de voir la remarquable scène de chasse au lion qui y est représentée.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Cette bague en or du seizième siècle avant Jésus-Christ est mycénienne. Elle servait de sceau à son propriétaire. On y voit là aussi une scène de chasse: un archer, sur un char attelé de deux chevaux lancés au grand galop, bande son arc pour tirer une flèche sur un cerf qui s’enfuit.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014
Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Encore un bijou mycénien en or, datant du seizième siècle avant Jésus-Christ. Ce superbe collier est constitué de dix plaquettes représentant chacune deux aigles affrontés face à face, symboles de pouvoir. J’ai dû ajouter un gros plan sur deux de ces plaques pour montrer la qualité des détails réalisés par le joaillier.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

C’est dans la Crète minoenne qu’est apparu l’art de le fresque murale, pour ce qui concerne le monde égéen. Il s’est répandu, à partir de là, dans les régions en contact, c’est ainsi qu’à Santorin ont été trouvées les incroyables fresques d’Akrotiri (le site était fermé lorsque nous nous sommes rendus dans cette île, du 19 au 21 septembre 2011, il est rouvert, nous comptons retourner à Santorin le visiter dans les mois qui viennent). Puis les Mycéniens ont débarqué en Crète à la fin du quinzième siècle et au début du quatorzième, ils ont anéanti le pouvoir minoen, mais ils se sont largement inspirés de leur art et de leur civilisation. La fresque ci-dessus provient de l’acropole de Mycènes et date du treizième siècle avant Jésus-Christ. Les couleurs, constituées de minéraux naturels broyés, ont été appliquées sur un plâtre humide.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Cette grande statuette en ivoire provient d’une tombe du Dipylon, au Céramique d’Athènes. C’est une déesse, représentée comme une femme nue qui porte sur la tête une couronne (πόλος, polos) décorée. Elle est l’œuvre d’un artiste grec, mais qui s’est inspiré de l’art du Proche-Orient (Syrie) pour cette sculpture datée 730-720 avant Jésus-Christ.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014
Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Cette jeune femme est une princesse, la fille d’Akanoch II, grand chef de la tribu Ma, de Libye. Nous apprenons aussi qu’elle est contemporaine de la vingt-cinquième dynastie d’Égypte, soit vers 670 avant Jésus-Christ, et qu’elle est appelée Takuchit, ce qui signifie l’Éthiopienne, mais cela ne veut pas dire qu’elle est éthiopienne, puisqu’elle est libyenne: cela veut dire qu’elle est mariée à un Éthiopien, ou qu’elle est en relation avec un Éthiopien. Et elle a été trouvée au sud d’Alexandrie, à Kom Tourougka, près du lac Maréotis. La belle statue est faite d’un alliage de cuivre, et sa robe moulante est décorée d’inscriptions en hiéroglyphes et de divinités de sa région, le nord-est du delta du Nil. Ces décorations sont faites par incrustation d’un fil de métal précieux dans le corps de la statue qui, visiblement, joue un rôle rituel, votif et funéraire.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Revenons au monde grec avec quelques statuettes intéressantes. Ici, Zeus lance la foudre, c’est Zeus Kéraunios. Étant donné qu’en grec ancien ἀλέκω (alékô) signifie j’écarte, je repousse, et que sous forme de première partie de mot cela devient ἀλεξι-, on comprend qu’en grec moderne αλεξικέραυνο (aléxikérauno) signifie un paratonnerre. Cette statuette provient du sanctuaire du dieu à Dodone (voir mon article Île de Ioannina et Dodone, du 28 décembre 2010) et date du sixième siècle avant Jésus-Christ.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

C’est sans doute sur un cratère ou sur un chaudron que figurait en décoration cette athlète en pleine course, probablement une Spartiate prenant part aux jeux féminins d’Olympie en l’honneur d’Héra. C’est un atelier de Laconie qui l’a exécutée vers 550-530 avant Jésus-Christ.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Cette figurine de cerf provient sans doute elle aussi de la décoration d’un cratère, sans doute aussi elle a été produite par un atelier laconien. Par son style, il est visible qu’elle est plus récente que les deux figurines précédentes: elle est datée du cinquième siècle avant Jésus-Christ.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

On connaît l’expression “tomber de Charybde en Scylla”, pour dire que l’on passe d’une situation catastrophique à une autre encore plus catastrophique. Cela fait référence aux aventures d’Ulysse, dans l’Odyssée d’Homère. Ces deux divinités, à l’entrée du détroit de Messine, entre la Sicile et le continent, s’attaquaient aux navires qui passaient entre elles. Charybde avalait l’eau de la mer avec les navires qui s’y trouvaient, puis la vomissait. Scylla était un monstre au corps terminé par des gueules de chiens, qui dévoraient tout ce qui passait à leur portée; lorsque les navires d’Ulysse sont passés à proximité, six de ses marins ont été dévorés. En voyant cette statuette de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, on reconnaît en elle la terrible Scylla.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Avec son masque de comédie, ce personnage est un acteur comique. Cette figurine est l’œuvre d’un atelier attique et date de 350-325 avant Jésus-Christ. Oh, ce n’est pas très correct, on voit son sexe dépasser de son vêtement, c’est probablement la caricature d’un héros de tragédie.

Musée archéologique national d’Athènes. 27 janvier 2014

Pour terminer, ces outils que le musée ne date pas, mais qui m’émerveillent quand je pense qu’ils remontent sans doute au début de notre ère. À gauche, ce sont des forceps, à droite un speculum vaginal muni d’un pas de vis pour en écarter les branches. À l’origine, on considérait la maladie comme une conséquence du geste de la trop curieuse Pandore qui avait ouvert la boîte contenant tous les maux de l’humanité. Mais la blessure, fait des humains, conséquence de la guerre ou d’un accident, a commencé à être soignée. Dès le sixième siècle, Asclépios et sa fille Hygieia (la Santé) ont commencé à être considérés comme des divinités pouvant soigner les maladies. J’ai dit (presque) tout ce qu’il convient de savoir sur le sujet dans deux articles de mon blog, d’abord Épidaure, daté 10 mars 2011, ensuite Sounion, musée archéo, Mycènes, Épidaure, daté 24 et 25 juin 2011.

 

Toutes les sciences, on le sait, sont nées de la philosophie. C’est le philosophe Hippocrate (460-370 avant Jésus-Christ), de Cos, qui a théorisé les causes des maladies, et de là les moyens de les soigner. Aussi est-il connu comme le père de la médecine, et non comme philosophe. Je donne un exemple de son admirable suivi médical d’une patiente dans mon article Musée archéologique de Thasos, daté 1er septembre 2012. La médecine va progresser jusqu’à Galien (129-216 après Jésus-Christ) avant de plonger dans l’obscurantisme pendant de longs siècles.

Published by Thierry Jamard
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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 23:55
Mélitè, Pnyx, Acropole. Lundi 16 décembre 2013

Nous avons fait aujourd’hui une très agréable promenade. En cette mi-décembre, la température est extrêmement douce. Il faut dire qu’Athènes, à 37°58’ de latitude, se trouve juste entre Palerme située un tout petit peu plus au nord à 38°07’ et Séville située un tout petit peu plus au sud à 37°23’. Ces conditions météorologiques permettent de profiter pleinement du paysage. Nous allons donc flâner sur la colline de la Pnyx et dans le dème de Mélitè. Mais qu’est-ce qu’un dème?

 

À l’extrême fin du sixième siècle avant Jésus-Christ, Clisthène structure la cité (à savoir la ville, la côte, les villages et la campagne qui la constituent) en circonscriptions administratives, sortes d’arrondissements nommés dèmes, avec à la tête de chacun un démarque (mot qui signifie “chef de dème”), citoyen élu, sorte de maire. Puis, tirés au sort, des citoyens forment le conseil qui prend les décisions de justice, de police, d’administration, de gestion des finances. Mélitè, c’est l’un des dèmes les plus peuplés de l’ancienne Athènes. Thémistocle, Miltiade, Cimon, Alcibiade y ont leur demeure.

Mélitè, Pnyx, Acropole. Lundi 16 décembre 2013
Mélitè, Pnyx, Acropole. Lundi 16 décembre 2013
Mélitè, Pnyx, Acropole. Lundi 16 décembre 2013

La colline de la Pnyx, elle, était le lieu de réunion de l’assemblée des citoyens, l’ecclésia (l’évolution phonétique de ce mot a donné église en français, iglesia en espagnol, chiesa en italien. L’Église, avec une majuscule, c’est l’ensemble des fidèles d’une même religion, et par dérivation lorsqu’on l’écrit avec une minuscule c’est le bâtiment où a lieu l’assemblée). L’ecclésia, qui se réunit dix fois l’an, vote les lois, le budget, et prend les autres décisions dévolues au dème, comme je le disais il y a un instant. Le président de la séance parle devant l’autel où a eu lieu un sacrifice propitiatoire, pour que tout se passe bien, et les membres de l’assemblée l’écoutent assis sur le sol, et plus tard sur des bancs de bois qui rendent les séances un peu plus confortables.

 

Au début, l’aire de tenue de l’ecclésia pouvait accueillir 5000 citoyens. C’est dans ces conditions que Miltiade, Thémistocle, Aristide ou Périclès se sont exprimés, c’est aussi l’ecclésia des comédies d’Aristophane. Vers 404-403, les Trente Tyrans agrandissent cette aire, jusqu’à environ 6000 places. C’est là qu’ont parlé Démosthène, Eschine, Isocrate. Et puis au quatrième siècle, des travaux gigantesques ont créé un hémicycle de 120 mètres de diamètre, de 70 mètres de profondeur, pouvant accueillir jusqu’à 13500 personnes. Mais cette assemblée, qui a commencé à fonctionner ici dès la création du dème vers 500 avant Jésus-Christ, s’est vu retirer ce rôle quand, à la fin du quatrième siècle, il a paru plus commode de se réunir dans le théâtre de Dionysos, au pied de l’Acropole.

 

De là, on a une vue intéressante sur l’Acropole et sur le cône qui constitue la colline du Lycabette. On peut constater que jusqu’à notre époque, et malgré l’urbanisation galopante qui a commencé après l’indépendance à la fin du premier tiers du dix-neuvième siècle et qui s’est terriblement accélérée après la Seconde Guerre Mondiale, les oliviers et autres espèces végétales continuent de prospérer dans la capitale de la Grèce.

Mélitè, Pnyx, Acropole. Lundi 16 décembre 2013
Mélitè, Pnyx, Acropole. Lundi 16 décembre 2013

La Pnyx au troisième siècle, donc, n’est plus le lieu de réunion de l’ecclésia. Les siècles passent. C’est probablement à la fin du premier siècle après Jésus-Christ que l’on crée ici un sanctuaire ouvert de Zeus Hypsistos. C’est surtout sur ma seconde photo ci-dessus que l’on voit une grande niche et de très nombreuses petites niches creusées dans la paroi rocheuse. Dans la grande niche il y avait la statue de Zeus Hypsistos. Les petites niches alentour, de formes et de dimensions diverses, étaient destinées à recevoir des plaques votives inscrites, destinées au dieu. Dans le même dème, la colline des Nymphes, voisine, portait elle aussi un sanctuaire, naturellement dédié aux Nymphes.

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 23:55
Le “musée” du métro Syntagma, à Athènes. Le 14 novembre 2013

Il y a deux façons d’envisager le centre d’Athènes. Ou bien c’est l’Acropole, avec le Parthénon, qui est sans aucun doute le point culminant de la visite archéologique de la ville, ou bien c’est la place Syntagma (place de la Constitution), avec l’ancien palais royal devenu parlement, et où l’on peut, à chaque heure, assister à la traditionnelle relève de la garde, avec les evzones qui lèvent la jambe, battent le sol de leurs semelles ferrées, se livrent à un remarquable ballet. Syntagma, c’est aussi le nom de la station de métro qui dessert la place. Dans le hall de la station, on peut voir cette horloge, œuvre que le sculpteur Théodoros a intitulée… “L’Horloge du métro”. On s’en serait douté! Elle est de 2000-2001.

 

Le sol grec, mais plus que tout autre le sol d’Athènes, fait le désespoir des entrepreneurs, et la félicité des archéologues. En effet, que l’on fasse n’importe où le moindre petit trou dans le sol, et on tombe immanquablement sur des vestiges du passé. Les archéologues se précipitent, sourire aux lèvres et plumeau à la main, les entrepreneurs patientent, les bras croisés, le sourcil froncé. Quant aux conservateurs des musées, ils lèvent les bras au ciel en voyant arriver des charrois de nouvelles pièces. Ils ne peuvent plus rien exposer, les caves sont remplies. Alors les entrepreneurs sont priés, s’ils souhaitent poursuivre leurs travaux, de prévoir l’hébergement et l’exposition des trouvailles.

Le “musée” du métro Syntagma, à Athènes. Le 14 novembre 2013

C’est ainsi que le passant, avant de prendre son métro à la station Syntagma, a le temps de se promener en regardant ce que les fouilles ont mis au jour. Sur ma photo ci-dessus, ce n’était pas transportable dans un musée, même s’il avait eu de la place. C’est le lit de la rivière Éridanos (ou Éridan), ancien affluent asséché de l’Ilisos, le fleuve d’Athènes.

Le “musée” du métro Syntagma, à Athènes. Le 14 novembre 2013

Un peu plus loin, c’est une tombe du quatrième siècle avant Jésus-Christ qui a été découverte. Elle a donc été laissée en place, on a juste gratté la terre autour, et l’on a fixé dessus une plaque de verre pour la protéger.

Le “musée” du métro Syntagma, à Athènes. Le 14 novembre 2013
Le “musée” du métro Syntagma, à Athènes. Le 14 novembre 2013

En 527 avant Jésus-Christ, les fils du tyran Pisistrate lui succèdent à Athènes. Avec le suffixe –ide qui désigne les descendants de, les fils de, on les appelle les Pisistratides. Et c’est à eux, à la fin du sixième siècle, que l’on attribue cette adduction d’eau en tuyaux de terre cuite. Dans une tranchée creusée dans le roc sur quinze mètres de long, sept canalisations constituaient l’amenée d’eau. La deuxième photo montre un “puits” comme il y en avait de place en place le long de la tuyauterie, pour permettre de décanter l’eau.

Le “musée” du métro Syntagma, à Athènes. Le 14 novembre 2013

Cette colonnette de marbre marquait une sépulture. La tombe était de l’époque hellénistique, ce qui est un peu vague, puisque cela va arbitrairement de la mort d’Alexandre le Grand en 323 avant Jésus-Christ au suicide de Cléopâtre d’Égypte en 30 avant Jésus-Christ.

Le “musée” du métro Syntagma, à Athènes. Le 14 novembre 2013

Bien entendu, tout n’a pas été trouvé là où est la station de métro. Ce qui est dans les murs, lit de rivière, tombe, oui c’était là, évidemment, mais le tunnel des voies entre stations a également révélé des tas de choses, et dans mon article Athènes: Temple de Zeus et Porte d’Hadrien daté du 29 octobre 2011, je montrais les thermes romains découverts lorsque l’on creusait un puits de ventilation pour le métro, peu après qu’il avait quitté la station Syntagma. Les thermes ont été dégagés, la ventilation a été construite un peu plus au sud. Mais à proximité de ces thermes, au-dessus du cimetière lorsqu’il a été abandonné, il y a eu un grand complexe de bâtiments dont quinze pièces ont été dégagées, dont la construction remonte à deux phases, la première de la fin du troisième siècle de notre ère ou du tout début du quatrième siècle, et la seconde située dans les cinquième et sixième siècles. C’est dans ce bâtiment qu’a été trouvée cette mosaïque de sol.

Le “musée” du métro Syntagma, à Athènes. Le 14 novembre 2013
Le “musée” du métro Syntagma, à Athènes. Le 14 novembre 2013

Dans l’une des pièces de ce bâtiment, on a retrouvé une centaine de lampes, datant du quatrième au sixième siècle. J’en montre deux ici, la première du quatrième siècle, et l’autre du sixième siècle. Le grand panneau explicatif, qui donne tout plein d’indications très intéressantes, ne dit pas s’il y a une explication à une telle accumulation de lampes dans un même endroit, par exemple si c’était la réserve où on les rangeait le jour, pour changer leurs mèches, y refaire le plein d’huile, puis le soir les répartir dans les diverses pièces au gré des besoins. Quant à la présence de lampes dont certaines ont deux cents ans de plus que d’autres, cela prouve simplement que leur durée de vie est illimitée, tant qu’on ne les a pas brisées en les faisant tomber.

 

Une suggestion: Si vous avez un rendez-vous à donner dans le centre d’Athènes, proposez donc la station Syntagma, devant le “musée”. Ainsi celui des deux qui arrivera le premier aura de quoi s’occuper en attendant!

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 23:55

En 1857, c’est un Français, François Théophile Feraldi, qui entreprend la construction du chemin de fer d’Athènes au Pirée, en même temps qu’il crée un réseau de gaz à Athènes. Un peu plus tard, en 1860, il crée avec quelques autres hommes d’affaires français la Compagnie d’éclairage au gaz de la Ville d’Athènes. En 1873 la compagnie fait faillite, mais en 1875 naît la Compagnie du Gaz d’Athènes.

La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Ci-dessus, une vue urbaine, avec un bec de gaz. Reproduite sur une image appartenant au British Museum, c’est probablement une ville britannique. La Municipalité d’Athènes avait concédé, pour cinquante ans, l’exploitation du gaz à cette compagnie privée, mais avait toujours tenu à garder un contrôle sur le fonctionnement de l’usine. En 1887, à la suite de grosses difficultés dues à une mauvaise gestion, Henri Foulon de Vaulx, représentant de la Société parisienne Gaz et Eaux, et l'Italien Serpieris, des mines de Lavrio, obtiennent pour trente ans la concession de l'entreprise de gaz qu’avait créée Feraldi. À partir de 1888, les maires seront membres du directoire de la société.

La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Suit une période de grande prospérité. La première photo ci-dessus compare (en français) les moyens d’éclairage. Elle n’est pas très lisible, je transcris: “Concours de lumière”. Et en bas: “Le gaz est l’éclairage le moins cher, le plus puissant et propre. Faites-le poser chez vous, sans retard”. Puis les divers moyens d’éclairage ont la parole : la chandelle “je m’éteins facilement, je coule et j’éclaire peu”; l’huile “je fais des taches partout et il faut me remonter”; le pétrole “je sens mauvais, je suinte et fume”; et enfin le gaz “1er prix, le gaz”.

 

La deuxième image est une affiche publicitaire, en français elle aussi. Sur fond d’usine à gaz, un employé dit à son patron: “Oui, M’sieu le Directeur, vous aviez raison, foi de Lecoq!... Le chauffage au coke est le plus propre et économique. Aussi, en allant à la foire, je viens vous commander 20 sacs pour mon hiver…”

 

Et une affiche parisienne, “Rayon d’Or”, boulevard des Italiens. Avec une femme nue dans un voile transparent, pour attirer le regard du chaland!

 

La jeune Grèce regardait autour d’elle ce qui se faisait pour se moderniser après avoir acquis son indépendance. Déjà dans les années 1920, toutes les grandes villes de France s’éclairent au gaz de houille. À l’aube du vingtième siècle, la Grèce comptait six usines à gaz, Athènes donc en 1857, puis de 1863 à 1890 Corfou, le Pirée, Patras, Thessalonique, Volos, offrant ainsi l’éclairage au gaz de ces villes. À titre de comparaison, au début du vingtième siècle, mais dans un pays bien plus peuplé (d’autant plus que la Grèce n’a pas encore récupéré tous ses territoires), la Pologne compte deux cent trente usines de production de gaz. Ici ou là même, à travers l’Europe, quelques richissimes propriétaires terriens entretiennent leur propre petite usine à gaz pour leurs propriétés éloignées des réseaux de distribution.

 

Mais en 1926 la compagnie britannique Power and Traction entreprend l’électrification d’Athènes, d’où une dure rivalité entre gaz de houille et électricité. Au fil des années, le conflit entre l’entreprise et la Municipalité est de plus en plus violent, et des sommets sont atteints en 1937-1938, aboutissant à la prise en main de la société par la Ville d’Athènes, et signant la fin de quatre-vingts ans de capitaux européens dans ce qui a été la première compagnie de production d’énergie du pays. À partir de 1952, la distribution du gaz est à la charge de la Municipalité, et le ministère de l’industrie supervise l’usine.

La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Et puis dans les années 1960-1978, le développement de l’électricité provoque le déclin du gaz, et les pertes de la compagnie du gaz s’accroissent, tandis que la population réclame avec de plus en plus d’insistance la suppression de l’usine à cause de la pollution qu’elle provoque. Désormais, l’usine va se reconvertir en produisant du gaz à partir de naphta, qui est un dérivé des vapeurs condensées du pétrole brut. Cela ne parviendra pas à la sauver, elle ferme définitivement en 1984. Aujourd’hui, la plupart des usines ont fermé et ont été détruites, parfois leurs structures ont été conservées pour d’autres usages, mais ici à Gazi nous avons un exemplaire parmi les mieux conservés, qui est utilisé pour la présentation d’événements, comme le “Mois de la Photo” qui est l’objet de mon précédent article.

La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

L’usine était répartie sur différents bâtiments qui avaient chacun une fonction bien précise: production, purification, contrôle chimique, stockage, distribution, administration. L’entreprise fournissait aussi diverses prestations aux employés: réfectoires, bains, coiffeur-barbier, infirmerie. Cela n’empêchait pas les conflits, par exemple à l’encontre des décisions des médecins. Les amendes infligées portaient principalement sur des altercations entre collègues ou avec le chef, sur des employés traitant leurs affaires personnelles sur le temps de travail, insuffisance d’alimentation en charbon, autoclaves laissés sans couvercle, etc. Jusqu’en 1950, l’entreprise employait environ 800 ouvriers, mais avec la chute de consommation due à la progression de l’électricité, l’effectif est tombé entre 400 et 500.

 

Mais il faut ajouter aux ouvriers bien d’autres employés: les directeurs, les comptables, les caissiers, les standardistes, les conducteurs de véhicules, les concierges, les gardes, les femmes de ménage (à noter que dans ce texte bilingue le grec dit καθαρίστριες, “des nettoyeurs” qui peuvent être des deux sexes, tandis que la traduction anglaise dit “cleaning ladies”, comme si ce métier était réservé aux ladies. Ah, le sexisme!). Dans les années 1949-1952, le staff comprenait 72 employés.

La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Un peu de technique, à présent. Car la visite ne se limite pas aux grands panneaux retraçant l’historique de la compagnie, dont j’ai tiré la majorité des informations ci-dessus. On nous dit que ce sont les ingénieurs écossais George Babcock et Stephen Wilcox qui ont inventé ce modèle de chaudière pour fournir la vapeur qui fait marcher les machines de production du gaz. Trois de ces chaudières, inventées à la fin du dix-neuvième siècle, ont été installées ici aux alentours de 1900. Sur la troisième photo ci-dessus, on voit comme les explications sont bien faites, avec photo de ce dont on parle. Ici, il est dit que l’on est au-dessus des chaudières Babcock et Wilcox.

La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Le gaz produit est tout chargé d’impuretés, il convient de le traiter. Nous pouvons encore aujourd’hui voir toutes les installations, qui ont été sauvegardées. En outre, ici encore, à chaque étape toutes les explications et précisions sont données.

La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Le schéma est explicite. Dans un premier temps, comme représenté ci-dessus, on débarrasse le gaz de son goudron, qui cause des dommages aux installations, obstruction, odeurs, suie. En effet, il peut y en avoir jusqu’à 150 grammes dans un mètre cube de gaz. Le gaz est soufflé à grande vitesse dans des filtres où le goudron tombe au fond de cuves (système Pelouze-Audouin). L’eau, à travers laquelle le gaz est soufflé, en empêche le retour.

 

Puis il y a le naphtalène, qui bouche les tuyauteries. De quoi s’agit-il? Wikipédia répond: “Le naphtalène ou naphtaline ou camphre de goudron est un hydrocarbure aromatique polycyclique, plus précisément un acène à deux cycles, de formule C10H8. Son odeur caractéristique est perçue par l'odorat humain à partir de 0,04 ppm. Il a été couramment utilisé comme antimites”. Dans cette explication, je comprends la formule chimique et la dernière phrase (les boules de naphtaline achetées autrefois chez le droguiste, je connais). Quant au reste, il me confirme dans l’idée que je n’ai strictement rien d’un chimiste. Le gaz pénètre dans un tonneau où un tambour tourne lentement, laissant tomber les boules de naphtalène antimites.

 

Enfin, l’ammoniac, qui est abrasif et qui détruit les canalisations et la machinerie. C’est dans l’eau qu’a lieu la purification, dans un système qui ressemble à celui qui nettoie du naphtalène, tambour rotatif et tonneau.

La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Au début, la production de gaz était réduite, et les opérations de traitement suffisaient. Mais au fur et à mesure de la production, le chemin parcouru par le gaz s’est allongé, jusqu’à atteindre plusieurs centaines de mètres de canalisations et de cuves de traitement. Il est alors apparu nécessaire de contrer la résistance au flux, et donc d’appliquer une pression plus forte au gaz, en adaptant des accélérateurs, qui aspirent le gaz dans la conduite principale et le soufflent vers les diverses conduites et les équipements de traitement. Ce sont deux machines à vapeur, utilisant la vapeur des chaudières Babcock et Wilcox, qui actionnaient ces accélérateurs. L’installation de ce triple système, chaudière, machine à vapeur, accélérateur, date de la fin du dix-neuvième siècle, quand l’usine a réellement pris son essor. Un panneau signale l’intéressant mélange de technologies européennes, représentées dans ces trois équipements par la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France.

La technopole Gazi, à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Je ne peux pas tout montrer, ni donner toutes les explications techniques, d’autant plus que certains termes très spécifiques n’appartiennent ni à mon vocabulaire grec, ni à mon vocabulaire anglais. Alors en l’absence d’un texte trilingue intégrant le français… Et puis, même ce qui est clair serait trop long à reproduire. Et celui qui est intéressé aura tout intérêt, lors d’un petit séjour à Athènes, à se rendre sur place. L’entrée est gratuite et la visite est passionnante.

 

Encore deux choses, cependant. Les hauts fourneaux sont insérés dans des murs de brique. Mais les températures passant de 20° à 1000°, il faut des briques de consistance très spéciale (elles ont été importées de Belgique et de Grande-Bretagne), et pour résister aux effets de dilatation et rétractation dus à ces différences de température, l’architecture doit inclure des ceintures métalliques.

 

L’autre précision concerne les déchets de l’épuration. Selon le cas, ils ont pu être utilisés en médecine, comme engrais, comme carburants, dans la composition de peintures, etc. À Athènes, on utilisait le coke comme combustible; les résidus étaient vendus pour le chauffage, principalement hors de l’usine. Le graphite qui se formait à l’intérieur des machines était utilisé pour faire la mine de plomb de crayons. Les cendres et la rouille résultant de la combustion fournissaient le soubassement de terrains de sport, facilitant l’écoulement des eaux de pluie. Quant au goudron, il était utilisé comme isolant ainsi que pour les travaux d’étanchéité.

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 23:55
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Athènes célèbre le mois de la photo. Nous nous sommes rendus à la cérémonie d’ouverture, mais il y avait tant de monde qu’il était difficile parfois de bien voir les œuvres exposées; et puis en attendant les discours nous ne pouvions trop nous éloigner de la salle principale, l’inauguration a eu lieu à 20h30, et après nous n’avions plus tellement de temps pour voir l’abondante production présentée dans plusieurs bâtiments. Nous sommes donc revenus le lendemain.

 

Par ailleurs, cette exposition du Mois de la Photo se tient à Gazi, l’ancienne usine à gaz d’Athènes. Un immense complexe industriel intelligemment récupéré qu’il est intéressant de visiter. Mais entre l’industrie des dix-neuvième et vingtième siècles et la photo contemporaine, il y a un fossé qui justifie que je consacre, ensuite, un article à part à Gazi.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Je le disais, l’exposition se trouve disséminée dans bon nombre de salles. Des salles conventionnelles comme sur ma première photo, la salle circulaire de ma seconde photo, qui est l’intérieur d’une ancienne tour à gaz, ou d’autres bâtiments du complexe, comme celui de ma troisième photo qui était la pharmacie.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Puisque, il y a un instant, je voyais une jeune femme prenant une photo par la fenêtre, je vais l’imiter. Trop de monde à l’intérieur pour pouvoir apprécier les œuvres du Danois Jacob Aue Sobol, qu’il intitule “Près de vous”. Subventionné par l’ambassade du Danemark à Athènes.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Certains artistes veulent attirer le public vers leurs œuvres par des originalités… à moins que la présentation elle-même soit considérée comme une œuvre d’art. Mais, bonnes âmes, n’appelez pas les secours d’une voix affolée, ce jeune homme se porte très bien. Konstantinos Doumpenidis déclare que c’est l’impression de son besoin de parler quand il ne sait pas ce qu’il va dire.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Le salon est également l’occasion pour les élèves photographes de célébrer leur professeur, qui est couvert de petits mots affectueux ou reconnaissants.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Une place est réservée aux Jeunes Photographes Grecs. Cette exposition annuelle créée en 1987 a permis ainsi de révéler plusieurs artistes grecs aujourd’hui reconnus et célèbres. Les quelques jeunes photographes sélectionnés pour l’exposition de cette année l’ont été parmi pas moins de sept cent soixante candidats, ce qui prouve le dynamisme de cet art en Grèce aujourd’hui. Je vais ici en montrer quelques exemples. L’auteur des deux photos ci-dessus, Anastasia Vasilakopoulou, intitule sa série “State of Mind”, en anglais (oui, toutes les présentations sont bilingues grec-anglais, mais ce titre, lui, est en anglais des deux côtés. “État d’esprit”. La photographe explique qu’elle montre l’inactivité, la maladresse, le détachement mental et environnemental. Elle juxtapose le chaud espace intime et les expressions et attitudes glacées des personnages. À nous d’imaginer l’histoire cachée derrière chaque photo.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

“Traces à l’intérieur”, c’est ainsi qu’Evangelia Voutsaki nomme la série dont j’ai extrait la photo ci-dessus. Elle déclare marcher à travers ce temps limité qui lui est donné et qui s’appelle la vie. Sa seule intention est de visualiser le temps qui passe. Elle voudrait que ses photos qu’elle dit spontanées rendent l’observateur capable de voyager dans ses propres souvenirs.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

En titre du texte grec comme en titre du texte anglais, Marili Konstantinopoulou écrit en français “Au bout du monde”. Car il s’agit d’un projet réalisé en France, à Salin-de-Giraud, en Camargue, village qui s’est créé au dix-neuvième siècle autour de l’industrialisation du sel, et où beaucoup de réfugiés grecs d’Asie Mineure ont trouvé à s’employer comme ouvriers. Aujourd’hui, l’activité industrielle va décroissant, et l’auteur a rencontré des membres de la communauté à l’heure où le site se tourne vers le tourisme.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

“Mythes”, tel est le titre donné à sa série par Dafni Melidou. En écrivant cela, je me rends compte que les noms des quatre jeunes photographes que je publie sont quatre noms féminins. Ce n’est pas fait exprès. Est-ce significatif de mon propre choix, qui m’a fait tomber sur ces photos? Ou bien est-ce dû au fait que les femmes photographes sont, dans la Grèce d’aujourd’hui, beaucoup plus nombreuses que les hommes, rendant statistiquement plus probable que je tombe sur des artistes de sexe féminin? Au moment où je rédige mon article, il est trop tard pour que je retourne sur place compter les photographes en les classant par sexe.

 

Ici, l’artiste dit qu’elle a souhaité reproduire sa vie quotidienne et ses expériences à Québec, au Canada. “En mêlant les photos posées et les instantanés, écrit-elle, et en ciblant toujours sur un personnage particulier, j’ai commencé à construire un mythe dans lequel je me sentais à l’aise”.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

En dehors des jeunes photographes grecs sélectionnés par le jury qui a décidé de les promouvoir, il y a des photographes étrangers soutenus par les représentants à Athènes de leur pays d’origine, ambassade ou centre culturel. Nous avons entr’aperçu un Danois tout à l’heure, par la fenêtre d’un bâtiment.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Ce n’est pas seulement parce qu’il est français, je devrais même dire que ce n’est pas du tout parce qu’il est français et subventionné par l’Institut Français de Grèce, que j’ai envie de publier ici quatre des œuvres présentées par Cédric Delsaux. C’est bien plutôt parce que je trouve que sont merveilleusement mis en scène ces décors de l’ère moderne, où l’on voit se juxtaposer les squelettes d’animaux préhistoriques du muséum d’histoire naturelle et les déchets des industries d’aujourd’hui, le tout vu d’une façon très parlante.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Preuve que je n’étais pas chauvin en présentant quatre photos d’un Français, j’en montre maintenant quatre d’un Autrichien, Reiner Riedler, subventionné par l’ambassade d’Autriche à Athènes. Le titre de son exposition, Fake Holidays. Ni en allemand, ni en grec, rien qu’en anglais. Comment traduire? Je dirais “Vacances bidon”, ou “Loisirs artificiels”. Ce photographe documentaire dit vouloir mettre en relief notre système de valeurs, cherchant à sonder la fragile beauté de l’existence humaine avec ses désirs et ses abîmes, et quand les souhaits sont hors de portée ils aboutissent à des mondes artificiels, que l’on trouve dans ces parcs de l’ère industrielle.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Les photographes grecs exposés, cela ne se limite pas aux jeunes photographes sélectionnés. Dans d’autres salles, des professionnels établis et reconnus peuvent aussi être présentés, comme Nikolas Ventourakis pour En quittant l’utopie. Le texte grec me laissant un peu perplexe, j’ai cherché à l’éclairer en lisant ensuite le côté anglais, sans en être davantage éclairé. À vrai dire (le confesserai-je?) ce langage purement intellectuel m’est incompréhensible. Il s’agit d’un narratif visuel en réaction à la crise sociale en Grèce, qui n’est pas documentaire, mais qui est un document sur un environnement fluctuant où les règles du passé sont inversées. Le projet montre l’Europe du vingt-et-unième siècle qui est un continent nouvellement découvert. Ce que je viens d’écrire, c’est ce que j’ai cru comprendre dans le texte de présentation en glanant dans les deux versions, grecque et anglaise, et je ne trouve pas là ce que je ressens face à ces photos.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Un autre Français, soutenu par l’Institut français de Grèce. Il s’appelle Charles Freger. Pourquoi, à Athènes, ce Français donne à son exposition un titre en allemand, et uniquement en allemand, je ne me l’explique pas. Ce titre, c’est Wilder Mann (c’est-à-dire Homme sauvage). Il s’agit, dit-il, de la transformation de l’homme en animal dans des rituels païens vieux de nombreux siècles et qui symbolisent le cycle des saisons, la fertilité, la vie et la mort. Cela de l’Écosse à la Bulgarie, de la Finlande à l’Italie, du Portugal à la Grèce, pour célébrer les saisons en se déguisant en ours, en chèvre, en cerf, en sanglier, en homme de paille.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

L’ambassade d’Espagne à Athènes a subventionné l’exposition de Salvi Danes intitulée Grace noire, Moscou. Cette mince couche de glace invisible, explique l’artiste, affecte notre confiance dans le choix de notre direction. La ville est pleine de compagnons mais vide de partenaires. La gigantesque ville de Moscou est le paradigme soviétique.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Tamas Dezso est un Hongrois, et c’est son ambassade à Athènes qui subventionne son exposition, Notes pour un épilogue. Sur près de quatre cent cinquante kilomètres sur sa frontière est, le pays est limitrophe de la Roumanie, et c’est en Roumanie que ces photos ont été prises, où la tradition spirituelle et l’héritage physique, préservés dans des hameaux minuscules, sont en train de se désintégrer simultanément, conséquence de l’époque du communisme qui a intensivement industrialisé.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

C’est ici l’ambassade des États-Unis à Athènes qui soutient l’exposition Un ordre naturel, de Lucas Foglia. L’auteur raconte qu’il a grandi dans une petite ferme près de New-York et, alors que se développaient alentour les supermarchés et les galeries marchandes, sa famille se chauffait au bois et mettait en conserve ce qu’elle produisait, troquant les produits de la terre contre des chaussures ou du dentifrice. Et puis, alors que nombre de ses proches pratiquaient le retour à la terre quand il avait dix-huit ans, ses parents s’équipaient de trois tracteurs, quatre voitures et cinq ordinateurs. Intéressante comparaison avec le précédent mode de vie en autarcie.

 

De 2006 à 2010, il a parcouru le sud-est du pays, observant, interrogeant, photographiant ceux qui, par idéal écologiste, pour raisons religieuses ou victimes de la récession avaient adopté un mode de vie de chasseurs, cueilleurs et cultivateurs, construisant leurs cabanes avec des éléments naturels et recueillant l’eau de sources. Cependant, la plupart d’entre eux gardent le contact avec le reste du monde, tenant à jour leur site Internet avec un ordinateur portable, et possèdent un téléphone cellulaire, une batterie de voiture ou un panneau solaire leur fournissant l’énergie électrique nécessaire.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Le Britannique Jason Florio nous présente . Silafando. Un cadeau pour vous de la part de mon voyage. En Gambie, nous dit-il, le plus petit pays d’Afrique, chaque village a un chef, homme ou femme, appelé alkalo, qui officie comme juge de paix dans son village, donne la terre, accueille les voyageurs de passage. Jason et sa femme ont effectué à pied un voyage de 930 kilomètres en 42 jours autour de la Gambie, passant chaque nuit dans un village différent, dont il a photographié l’alkalo. L’usage veut qu’en échange de l’hospitalité l’étranger offre au chef cinq noix de kola. Ce geste s’appelle “silafando”, et ce mot se traduit par “un cadeau pour vous de la part de mon voyage”, d’où le titre de l’exposition. Mais le couple se déplaçait avec une imprimante sur batterie, et offrait systématiquement, outre les cinq noix de kola traditionnelles, une photo de lui à l’alkalo, qui bien souvent se voyait pour la première fois en photo.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

L’exposition Échos, soutenue à la fois par l’ambassade de Norvège et l’institut norvégien à Athènes, est originale. L’artiste, Hebe Robinson, a eu l’idée de superposer deux photos prises dans le même cadre. Aux alentours de 1950, en échange de la promesse de ne jamais revenir, des familles vivant dans des villages perdus des îles Lofoten se sont vu offrir par le gouvernement une coquette somme pour aller se reloger dans des centres urbains. C’était un plan de modernisation du pays au lendemain de la guerre. Des familles qui, depuis des siècles, vivaient en communautés autarciques, se sont séparées à jamais, emportant tous leurs biens, jusqu’à leurs maisons même, dont ils n’ont laissé que les fondations. Ce sont les vieilles photos de l’époque que Robinson a superposées au paysage actuel pour une sorte de recomposition du passé.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Cinq photos d’une exposition marquante d’Andrea Star Reese, intitulée Caverne urbaine et sponsorisée par l’ambassade des États-Unis à Athènes. Pendant trois ans, il a fréquenté des sans-abri de Harlem, à New-York, revers de l’image que l’on a de cette société américaine, des gens pas toujours très bien vus des autres habitants. Avec cette série de photos, il a voulu communiquer son respect, il a voulu montrer la beauté, la dignité, la détermination et la persévérance de ces gens. Des programmes de relogement ont rendu un habitat correct à la plupart d’entre eux et place nette a été faite là où ils s’étaient installés, mais dans le même temps les aleas de la vie d’autres personnes les a jetées dans cette situation.

 

Première photo: avec son caddie, Lisa fait les poubelles, et garde ou revend ce qu’elle trouve. L’endroit est dangereux, elle peut se faire arrêter.

 

Seconde photo: douche improvisée sous une canalisation brisée.

 

Troisième photo: Jamaica et Zoe ont trouvé refuge dans le métro. Ils ont dormi là pendant plus de deux ans.

 

Quatrième photo: six août 2012, les résidents du tunnel sont évacués de force. En disant au revoir à un voisin, Chuck déclare que, cette fois-ci, il est vraiment à la rue.

 

Cinquième photo: douche de SDF pour celui qui se fait appeler Geo, dans le Batcave (la Grotte aux chauves-souris), un lieu de regroupement pour hommes et femmes sans toit.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

L’Albanais Enri Canaj nous présente ici Ombres en Grèce, un superbe mais sordide reportage sur les bas-fonds. J’ai essayé de limiter le nombre de photos que j’en montre, je n’ai pas été capable d’en sélectionner moins de sept… Le photographe dit se rappeler le centre d’Athènes plein de vie, mais tout a été nettoyé et ordonné pour les Jeux Olympiques de 2004. À la suite de quoi, la ville a commencé à se dégrader et à retrouver sa vie d’autrefois. Avec la crise, une foule d’hôtels et de boutiques ont dû fermer, le centre est un quasi-désert, dit-il (je n’y souscris pas: crise, oui; mais désert non, même là où il n’y a pas de touristes). Il ajoute que l’on se voit glisser dans le dénuement, que l’on a peur de se faire tirer dessus, que les femmes se prostituent. Il dit aussi, et cela je l’ai vu partout, que les migrants logent à plusieurs dans de petites chambres insalubres. Ce sont des gens pleins de sensibilité et de problèmes, qui ont laissé derrière eux des familles en ruines.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013
Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Utøya est une petite île sur un lac, au sud de la Norvège. Depuis 1950, elle a été donnée au Parti travailliste norvégien. 22 juillet 2011, vers 17h30: Un terroriste politique, déguisé en policier, tire sur les jeunes qui se trouvent là. C’est un camp de jeunes organisé par la Ligue des Jeunes Travaillistes. Un carnage: il tue soixante-neuf jeunes, il en blesse trente-trois autres. Rien à voir avec un fondamentalisme religieux, le tireur, Anders Behring Breivik, âgé de trente-deux ans, est membre d’un parti nationaliste d’extrême droite. Jugé, il a écopé de vingt-et-un ans de prison. Ce n’est pas cher payé, selon mon calcul cela représente trois mois et vingt jours de prison par mort.

 

Andrea Gjestvang, subventionné par l’ambassade de Norvège et par l’institut norvégien d’Athènes, a réalisé en 2012 un reportage sur les conséquences de ces événements tragiques, rencontrant à travers le pays les rescapés revenus dans leur milieu habituel. Il l’a intitulé Un jour dans l’histoire. Ils ont été environ cinq cents à échapper au massacre, soit qu’ils aient pu se cacher dans les bois, ou sous des lits, d’autres ont nagé et ont été recueillis dans des bateaux du lac. Plus de la moitié des survivants étaient des enfants, des adolescents, des jeunes de moins de dix-neuf ans. Certains avaient été sérieusement blessés, mais même ceux qui étaient physiquement indemnes ont été profondément blessés psychologiquement. L’adolescence, écrit le photographe, est le temps des rêves, des aspirations, de l’imagination, aussi voulait-il savoir ce qui se passe dans la vie d’un teenager quand il est touché par ce genre de drame.

 

Première photo ci-dessus: Anzor, 17 ans, s’était caché sous une bâche goudronnée. Quand il en est sorti, il a été appréhendé par la police, qui le croyait coupable des meurtres. Il n’a pas été autorisé à téléphoner, ni à sa famille, ni à ses amis, pour leur dire qu’il était en vie.

 

Seconde photo: c’est derrière un rocher qu’Iselin Rose, quinze ans, a pu se cacher. Plus tard, c’est un bateau qui l’a recueillie. Dans les temps qui ont suivi le drame, elle avait peur du noir, elle ne pouvait pas dormir, ou alors dans son sommeil elle était assaillie par d’horribles cauchemars. Sa mère a eu l’idée de lui offrir le petit chien Athene, qui maintenant dort chaque nuit sur le ventre de sa petite maîtresse.

 

Troisième photo: “J’aime m’asseoir ici, parce que je sens que mes amis morts sont dans la nature qui nous environne”, déclare Aina, dix-neuf ans.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Jonathan Torgovnik a bénéficié du mécénat de l’ambassade des États-Unis à Athènes pour son reportage sur les enfants rwandais nés du viol. Au long de trois années, il a effectué plusieurs voyages à travers le Rwanda pour photographier et interviewer ces jeunes femmes qui n’avaient jamais voulu parler de ce qui leur est arrivé, le cachant comme une honte. Beaucoup ont été contaminées du SIDA, et puis elles ont mis au monde leur bébé conçu par un milicien criminel, qui bien souvent avait froidement assassiné tous les membres de leur famille. Toutes les rencontres menées par l’auteur ont eu lieu au domicile de ces femmes, et dans la plus stricte intimité. Il les montre en photo, mais a changé leurs noms pour les préserver. J’ai relevé trois exemples de ces rencontres pour clore notre tour de ce “Mois de la photo”.

 

Stella avec son fils Claude: Elle dit oublier parfois qui elle est. Elle est en train de causer, et soudain elle se voit poursuivie dans la forêt par des hommes qui la brutalisent, la violent, et soudain elle sort de cette hallucination, de ce cauchemar, et se retrouve dans la réalité avec son interlocuteur. Les miliciens avaient pris les femmes, les avaient emmenées dans la forêt, et s’étaient mis à les violer méthodiquement, l’une après l’autre, et puis ils les laissaient pour mortes. Le fils de Stella est né le 7 juillet 1995, elle espérait qu’il mourrait immédiatement après l’accouchement. Elle le voit comme un tronc sans branches. La seule survivante de sa famille est sa vieille mère, à présent son fils est la seule vie qu’elle ait, elle l’aime, il est sa raison d’être. On ne peut vivre avec l’héritage de cette guerre, il est trop lourd.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Josette avec son fils Thomas: Les miliciens, raconte-t-elle, sont venus un soir et nous ont enfermés dans une maison. Ils ont annoncé qu’ils allaient nous violer, mais avec l’expression nous épouser, ils nous épouseraient jusqu’à ce que nous en perdions le souffle. La nuit ils nous violaient, le jour ils allaient tuer. Le matin ils nous battaient dix fois, puis on changeait d’homme. Ma sœur m’a dit que c’était trop, qu’il nous fallait nous suicider. Mon oncle ne m’a pas accueillie chez lui. Il a demandé de qui j’étais enceinte, j’ai dit que j’avais été violée par beaucoup de miliciens. Pour lui, je ne pouvais entrer sous son toit avec un enfant d’un Hutu, il m’a chassée. Je dois être honnête avec vous, jamais je n’ai aimé cet enfant. Quand je me rappelle ce que m’a fait subir son père, je pense que l’unique revanche possible serait de lui tuer son fils. Je ne l’ai jamais fait. Je me suis forcée à l’aimer, mais il n’est pas aimable. C’est un garçon trop têtu et mauvais, il se comporte comme un gamin de la rue. Ce n’est pas parce que je ne l’aime pas, c’est ce sang qu’il a en lui.

Le “Mois de la photo” à Athènes. Les 2 et 3 novembre 2013

Joséphine avec ses filles Amélie et Inez: le destin a frappé le 9 avril, se souvient-elle, quand ils ont attaqué la maison de mon mari et qu’ils l’ont tué. Nous venions d’achever notre lune de miel. Nous étions mariés depuis trois mois et j’étais enceinte de deux mois, d’une petite fille. Le chef des miliciens m’a écarté les jambes avec une lance. J’ai été violée chaque nuit, et le jour ils m’enfermaient à l’intérieur. Quand j’ai été dans un camp de réfugiés au Congo, j’ai mis ma fille au monde. Par chance elle était vivante. Je suis restée là et j’ai été violée par des hommes autant qu’ils le voulaient. Peu après je me suis de nouveau trouvée enceinte. Un jour, je suis montée dans un camion qui ramenait des gens au Rwanda. En arrivant, j’ai appris que toute ma famille avait été tuée. Je suis la seule survivante de ma famille. Il m’a fallu du temps avant que je sois capable de m’asseoir et de discuter comme nous le faisons en ce moment. J’aime mieux ma première fille parce que je l’ai mise au monde comme produit de l’amour. Son père était mon mari. Ma seconde fille est le produit d’une circonstance non voulue. Je n’ai jamais aimé son père. Mon amour est partagé, mais lentement je commence à me rendre compte que ma seconde fille est innocente. Ce n’est que maintenant que je l’aime, parce que je commence à me rendre compte qu’elle est aussi ma fille.

 

Voilà donc quelques-unes des horreurs commises dans cette guerre. Dans l’antiquité, au moyen-âge, dans les temps modernes; en Afrique, en Amérique, en Europe, en Asie; toujours et partout la bestialité des hommes les jette sur des femmes alors que la moralité de leur société réprouve hautement ces viols, mais ils se les autorisent parce qu’ils sont en guerre. C’est écœurant. C’est révoltant.

Published by Thierry Jamard
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 23:55

Le 28 octobre 2011, nous avons déjà visité le musée numismatique d’Athènes (voir mon article, dans le présent blog, à cette date). Un musée si merveilleux que nous avons décidé d’y retourner aujourd’hui en y consacrant plus de temps. Et, chacun de notre côté, nous avons passé en revue, avec passion, les milliers de pièces de ce musée exceptionnel. Mais soudain, au bout de plusieurs heures, un gardien me dit de ne pas prendre de photos. Je proteste, car j’avais posé la question à l’entrée, et d’ailleurs des panneaux, partout, précisent que le flash et le trépied sont interdits, ce qui signifie que la photo à main levée et sans éclairage est autorisée. Oui, mais je fais trop de photos. Ah bon? Mais nulle part il n’est précisé de quota, et de toute façon à part quelques publications dans mon blog, qui ne peuvent qu’être de la publicité (gratuite) pour le musée, je n’ai nulle intention de commercialiser mes photos. Le résultat de mes protestations aboutit à une grosse main qui se colle à mon objectif. Je pars, furieux. Indépendamment de mes publications ici, j’ai besoin de revoir mes photos pour me remémorer la multitude de choses que nous voyons au cours de notre long voyage.

 

De retour au camping-car, je me jette sur mon clavier pour adresser au conservateur-directeur du musée, non pas une lettre de récriminations, mais une demande d’autorisation, expliquant qui nous sommes, quelles ont été mes études et celles de Natacha, ce que nous faisons en Grèce, etc., et promettant de ne vendre mes photos sous aucun prétexte. Longtemps après, je reçois enfin une lettre aimable, m’autorisant à prendre toutes le photos que je souhaite. Nous retournons donc au musée, munis de cette lettre. J’étais partisan de commencer immédiatement la visite, et de ne montrer ma lettre que si un gardien me faisait une réflexion. D’ailleurs, il ne nous restait que peu de salles à visiter en détails, mais pour moi Français c’étaient justement des salles de monnaies gauloises, mérovingiennes, carolingiennes. Natacha me dit qu’elle pense préférable au contraire de montrer immédiatement la lettre d’autorisation pour être tranquilles. Je me rends à ses raisons, et nous allons vers une responsable, qui prend ce document et nous plante là. Une autre personne vient peu après, ma lettre en main, disant qu’elle doit en parler, et elle nous laisse là, debout dans une salle d’archives. Nous patientons, patientons, patientons. Quarante minutes plus tard (oui, quarante minutes à poireauter debout), elle revient en nous disant que l’on ne peut nous autoriser à faire des photos. Pas une seule, puisque nous en avons déjà trop fait la dernière fois. Je demande à voir le directeur, signataire de la lettre. Impossible, il n’est pas là. Nous repartons bredouilles.

 

Sympathique, tout cela, non? Cependant, je dois être honnête: ce n’est pas parce que je trouve détestable, inqualifiable, le comportement du personnel du musée numismatique (qui, je le reconnais, est resté poli), que je vais critiquer les collections. Je ne peux que recommander la visite à qui ressent un intérêt pour l’histoire de la numismatique, même sans y rien connaître puisque les panneaux explicatifs (en grec et en anglais) sont nombreux, clairs et détaillés. Après mon long préambule, je vais (enfin) commencer.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Ce n’est pas par une monnaie que nous entamons la visite, mais par une tablette en linéaire B, l’écriture des Mycéniens. Elle provient du complexe central du palais de Thèbes. L’argile molle et humide dans laquelle ont été tracés ces caractères a cuit dans l’incendie qui a détruit le palais vers 1200 avant notre ère, ce qui, en fait, a sauvé son texte. Les traces du feu sont bien visibles. Les fouilles ont mis au jour de nombreuses jarres qui avaient contenu de l’huile d’olive, combustible qui a certainement contribué à rendre plus intense l’incendie. Cette tablette a été trouvée dans le secteur où la laine était traitée et entreposée en attendant d’être transportée vers les ateliers de filage et de tissage. La tablette qui est présentée ici répertorie le transport de dix unités de laine vers l’atelier ici désigné par le nom de qa-ra2-to, que l’on n’a pas su situer. On sait que l’écriture linéaire B n’est pas composée de lettres mais de syllabes associant un son de consonne avec un son de voyelle, d’où cette transcription séparant les syllabes par un trait d’union. Par exemple, le nom d’Étéocle, qui encore à l’époque d’Homère comportait des digammas (sons prononcés comme des W), c’est-à-dire Etéwokléwès, est orthographié a-ta-va-ka-la-vas en linéaire B.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Ces pipes à tabac, du dix-septième au dix-neuvième siècle, sont en terre cuite moulée avec des décors en relief. Le tuyau est trop court et trop volumineux pour être placé dans la bouche du fumeur. On y adaptait un tube de bois perforé d’un à quatre mètres de long à l’autre extrémité duquel était fixée la partie que le fumeur introduisait dans sa bouche. C’est à la fin du seizième siècle que des marchands français ont introduit le tabac à Thessalonique. On s’est alors mis à en cultiver la plante dans la vallée de l’Axios, un fleuve qui prend sa source en A.R.Y.M. (Ancienne République Yougoslave de Macédoine), puis entre en Macédoine grecque et se jette dans la mer Égée à l’ouest de Thessalonique. Les Grecs, comme les Turcs, étaient grands amateurs de tabac, mais au début ce produit était cher, aussi les fourneaux des pipes étaient-ils petits et peu ornés, mais au dix-neuvième siècle quand le prix a baissé ils sont devenus plus grands et plus décorés. Les marins, notamment, étaient de grands fumeurs, ce que l’on déduit du nombre très important de pipes remontées des épaves de bateaux fouillées par les plongeurs.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Avant d’aborder les pièces de monnaie, voyons encore ces gemmes. Ce que nous voyons plus fréquemment de nos jours, ce sont des pierres gravées en relief, ou camées. Ici, ce sont des pierres gravées en creux, ou intailles. La première de ces intailles, en haut à gauche, est un jaspe rouge représentant Zeus et la Fortune (Tychè). À côté, c’est Éros, gravé sur onyx. En-dessous à gauche, sur cette cornaline on distingue le profil de Socrate. Enfin, en bas à droite, cette divinité gravée sur sardonyx (une variété d’onyx brun rouge) est un Silène.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Des pièces de monnaie, les archéologues en trouvent un peu partout lors de leurs fouilles, mais il arrive qu’ils aient la chance de tomber sur un “trésor”, une accumulation de pièces que leur propriétaire avait stockées dans une jarre ou dans une cassette. En mettant en relation l’origine des pièces avec l’endroit où elles se trouvaient, on peut aussi avoir une idée des voies du commerce et de la circulation de la monnaie.

 

Celui de ma photo a été trouvé à Olynthe (sur cette ville, voir mon article sur notre visite du 16 août 2012) et date des environs de 348 avant Jésus-Christ. Dans mon article évoqué ci-dessus, je raconte quelles sont les trahisons successives d’Olynthe à l’égard d’Athènes puis de Philippe II de Macédoine, et pourquoi ce dernier a rasé la ville cette année 348. On peut supposer que le propriétaire de ces pièces les a cachées afin qu’elles ne tombent pas entre les mains des assiégeants au moment où il était à prévoir qu’ils parviendraient à prendre la ville, et qu’il est mort dans la bataille, ou massacré par les vainqueurs, ou qu’il a fui et n’a pu revenir. Ce sont soixante-trois pièces, à savoir cinquante du “koïnon” de Chalcidique (c’est-à-dire des pièces communes aux villes de Chalcidique), dix du roi Perdiccas II de Macédoine, mais il y a aussi trois pièces frappées par des cités de Chalcidique (une de chacune des villes d’Olynthe, Aenea et Scione). Des monnaies locales, donc. Pas de grand commerce international.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Ce trésor de Mikro Eleutherochori, Elassona (Thessalie) est beaucoup plus tardif, puisqu’il date de 1219, vers la fin de l’Empire Byzantin (définitivement éteint, rappelons-le, en 1453 avec la chute de Constantinople).

 

L’aspron trachy est une monnaie dévaluée en alliage moins riche, électrum –alliage d’or et d’argent– ou, par la suite, en billion –alliage à base de cuivre–, de plus en plus pauvre en argent. Au départ, il valait la quarante-huitième partie d’un hyperpyron (je parlerai de cette monnaie à la fin de mon article), mais à force de se dévaluer et de perdre en titre d’argent, il n’en a plus valu que la cent quatre-vingt-quatrième partie. Ces pièces ont la particularité de ne pas être plates, mais en forme de petite cuvette. Pourquoi cette forme, on ne sait pas trop, certains pensent que c’est pour distinguer plus facilement ces pièces des pièces en alliage plus riche, avec de l’or. Ici, dans ce pot de terre cuite destiné à contenir du vin ou de l’eau, ou à cuire des aliments, on a trouvé quatre cent quarante-et-une de ces pièces, essentiellement faites de bronze avec un tout petit peu d’argent. En ce début de treizième siècle, la Thessalie est déchirée par les guerres. À la suite de la quatrième croisade dévoyée, un Empire Latin s’est installé à la place de l’Empire Byzantin. Mais Théodore Comnène Doukas, de la lignée des empereurs de Byzance, entreprend sous le nom de Théodore Premier de reconquérir le royaume de Thessalonique, d’où cette guerre entre Latins et Grecs en Thessalie. Et en effet, en 1221 Théodore Ier se rend maître de l’ensemble du royaume de Thessalonique, d’est en ouest d’Andrinople (Edirne aujourd’hui) à Dyrrachium, et du nord au sud d’Ohrid au golfe de Corinthe.

 

On suppose donc que le propriétaire de ces pièces les a cachées avant d’aller se réfugier, comme toute la population d’Elassona, dans le château de Losson. Et le fait qu’on les ait trouvées en 1971 signifie qu’il n’a jamais pu retourner chez lui.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Nous avons beau être en Grèce, ce pays à la longue histoire, le musée ne s’arrête pas à la conquête ottomane. Le trésor ci-dessus, trouvé en 1978, date de 1817. Il a donc moins de deux cents ans. Il provient de Kontariotissa, en Piérie, cette région du nord de la Grèce, du côté de Katerini et de Dion. Dans un vase de terre cuite ont été trouvées deux cent cinquante pièces, dont trente-sept en or et deux cent treize en argent. Et leur provenance est très diverse. Il y en a de l'Empire Ottoman, des sultans Mustapha III (1757-1774) et Mahmoud II (1808-1839), mais aussi de la République de Venise, de Raguse, d’Autriche, de Bavière, de Saxe, de l’Empire Espagnol, des Pays-Bas, du royaume des Deux-Siciles. S’il n’y a pas de pièces grecques, dans cette ville de Grèce, c’est parce que le pays n’était pas encore indépendant et appartenait toujours à l’Empire Ottoman. Ici, il ne s’agit pas de quelqu’un qui a thésaurisé, mais d’un collectionneur, car les pièces de l’Empire où il vivait ne lui sont pas contemporaines.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Délos, qui est aujourd’hui une île musée où l’on ne peut passer la nuit et qui est ouverte aux mêmes heures que n’importe quel musée de Grèce, est accessible à partir de l’île de Mykonos: voir mon blog daté du dix-sept août 2011. Deux trésors datant tous deux de la même année 88 avant Jésus-Christ, quand le roi du Pont Mithridate VI a assiégé et incendié l’île, y ont été découverts. Le premier, mis au jour en 1908 et constitué de six tétradrachmes d’Athènes et sept tétradrachmes de Mithridate VI, avait été dissimulé à l’intérieur du mur d’une résidence privée. Le second, celui de ma photo, a été trouvé en 1910 dans un magasin et était constitué de quatre-vingt-onze pièces d’argent, des tétradrachmes d’Athènes. Le feu ayant ravagé les deux bâtiments, les pièces en ont évidemment souffert.

 

L’île sacrée de Délos jouissait d’un avantage de taille, son port avait été déclaré par le sénat romain zone franche pour les marchandises, autrement dit exonéré de taxes. “Duty free”. Cela avait favorisé le développement du commerce, et l’arrivée de nombreux entrepreneurs. L’année 146 avant Jésus-Christ ayant vu le sac de Carthage et celui de Corinthe, l’importance de Délos comme centre commercial pour la Méditerranée s’en était trouvée encore accrue.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013
Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Le trésor de Polygyros, en Chalcidique, date de la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ et a été découvert en 1995. Il a subi un feu violent à proximité d’une tombe, ce qui laisse supposer qu’il était destiné à accompagner le défunt dans l’au-delà. La chaleur a rendu parfois difficile l’identification des pièces, quand elle ne l’a pas rendue complètement impossible: il y avait dix-neuf agrégats complètement fondus comme celui de ma seconde photo ci-dessus. Néanmoins, pour les autres mille trois cent quarante-et-une (oui, 1341) pièces de bronze, les techniques de conservation et d’étude ont permis de les étudier et d’en tirer des conclusions intéressantes sur les échanges et la vie de ce défunt. En effet, ces pièces se répartissent ainsi:

1 de Maroneia

1 de Thasos

1 de Dion

186 d’Amphipolis

412 de Thessalonique

2 d’Amphipolis ou de Thessalonique (?)

286 de Pella

8 de Philippe II de Macédoine (359-336, père d’Alexandre le Grand)

5 d’Alexandre III (336-323, Alexandre le Grand)

5 de Cassandre (roi de Macédoine, 305-297)

2 de Démétrios Poliorcète (roi de Macédoine, 294-288)

6 d’Antigone II Gonatas (roi de Macédoine, 277-239)

4 de Philippe V (roi de Macédoine, 221-179)

1 de Persée (roi de Macédoine, 179-168)

38 de Macédoine sous Philippe V et Persée

3 de la ligue de Thessalie

1 de Dyrrachium

28 de la République Romaine

10 de Macédoine sous domination romaine

et 341 non identifiées (en plus des dix-neuf agrégats).

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Cette carte montre l’emplacement des mines d’or et d’argent exploitées en Europe vers le douzième et le quatorzième siècles. La possession de ces mines, ou la possibilité d’en acquérir la production conditionne la capacité de frappe de monnaie. Et la monnaie n’étant pas fiduciaire, mais fonction du poids de métal précieux dans chaque pièce, ces mines sont la condition première de la richesse d’un pays. Ce qui est représenté en Espagne n’est pas la présence de mines: c’est la légende de la carte, indiquant qu’un carré noir situe une mine d’or, un triangle blanc une mine d’argent. Il ne faut pas bien longtemps pour se rendre compte que la seule mine d’or se situe près de la ville de Kremnica, dans ce qui est aujourd’hui la Slovaquie. De l’argent, en revanche, il y en a un peu partout, sauf en France, en Espagne, en Grèce et dans les Balkans. Les points noirs représentent des villes, non des gisements, et je ne comprends pas le choix de représenter telle ville plutôt que telle autre, pourquoi Troyes et pas Paris, pourquoi l’une à côté de l’autre Fribourg, Todtnau et Bâle, mais ni Constantinople ni aucune ville de Pologne et de Lituanie, qui en 1386 formeront une puissante union…

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Pour frapper une pièce de monnaie, on place une rondelle de métal, le flan, entre deux moules, les coins. Ci-dessus, le musée nous montre des coins de terre cuite qui ont servi à frapper des monnaies forgées de Syracuse au début du vingtième siècle.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

La valeur d’une monnaie non fiduciaire dépendait de plusieurs conditions. La première est sa valeur intrinsèque, et donc la capacité –et la volonté– de l’État qui l’émet d’en contrôler rigoureusement le titre et le poids. Mais entre également en ligne de compte la puissance économique de la cité, de l’État, de l’Empire qui l’émet. La malhonnêteté ayant toujours existé, on ne peut s’étonner que des contrefaçons de monnaies aient depuis toujours été fabriquées, punies avec une extrême sévérité lorsque les coupables étaient démasqués. En 375-374 avant Jésus-Christ, la loi de Nikophon définissait avec rigueur le poids d’argent dans les tétradrachmes de la Seconde Ligue Athénienne, afin d’ouvrir le commerce aux étrangers, ce qui n’a pas empêché les faussaires de mettre des contrefaçons sur le marché. Toutefois, ces fausses pièces étaient souvent acceptées si leur titre semblait correct et si leur poids était exact. Un phénomène particulier a fait son apparition au dix-neuvième siècle avec l’engouement du public pour l’archéologie, c’est la contrefaçon de monnaies antiques.

 

Le dix-neuvième siècle a connu la guerre d’indépendance de la Grèce et sa constitution en état indépendant au détriment de l’Empire Ottoman, une grande part du pays, dont la Crète, étant encore occupées jusqu’aux Guerres Balkaniques au début du vingtième siècle, et la situation restant tendue et la guerre se prolongeant entre les deux pays jusqu’au-delà de la Première Guerre Mondiale, avec le traité de Lausanne en 1923. Or la guerre se fait avec des armes physiques, mais aussi avec des armes économiques. Pour affaiblir l’économie turque, des Grecs ont lancé sur le marché ottoman beaucoup de fausse monnaie à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième. Les motifs politiques n’empêchaient pas non plus les faussaires d’avoir pour objectif de s’enrichir personnellement. C’est ainsi, par exemple, qu’en 1920 les autorités ont mis la main à Athènes sur un atelier de faussaires, pris sur le fait en pleine action. Ont été saisies et confisquées trois mille soixante-deux pièces d’or, d’argent, de cuivre destinées au marché turc. Environ deux mille cinq cents d’entre elles imitaient des pièces de l’Empire Ottoman. Le musée présente vingt de ces fausses pièces, dont celle de ma photo ci-dessus.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

De “vraies” pièces, maintenant. Le feu et la lumière, symboles de la vie, se retrouvent partout dans la vie grecque antique. Ce sont par exemple l’éclair de la foudre que brandit Zeus, la torche qui, si elle est tournée vers le bas, devient symbole de la mort. Bien sûr ce feu et cette lumière se retrouvent sur nombre de pièces de monnaie. Ci-dessus, le n°1 est une pièce d’Amphipolis qui représente la torche des compétitions menées dans cette ville en l’honneur d’Artémis Tauropole. Les statères et les tétradrachmes d’Alexandre le Grand (pièce n°2) représentent le roi comme un dieu, mais on voit à ses pieds la torche d’Amphipolis. Quoi de plus lumineux que le soleil d’Apollon? Le n°3 montre le quadrige que le dieu-soleil mène à travers le ciel de l’aurore au couchant, surtout sur ces pièces du troisième siècle après Jésus-Christ.

 

Quant au n°4, émis à Tarse –la ville natale de saint Paul–, tétradrachme en argent du roi Antiochus VIII (126-96 avant Jésus-Christ), il requiert quelques explications pour être interprété. À l’époque de l’Empire Assyrien, dont la chute inéluctable a eu lieu à la fin du septième siècle avant Jésus-Christ, dans cette région de Cilicie on célébrait un dieu nommé Sandan, personnification du soleil, comme Phébus Apollon dans le domaine hellénique. Cette monnaie, qui est beaucoup plus tardive puisqu’elle date de l’époque des souverains séleucides, descendants de Séleucos, diadoque d’Alexandre le Grand qui avait fondé après la mort du grand conquérant un royaume allant de la Syrie à l’Indus, est la preuve que Sandan n’avait pas été oublié parce qu’elle représente son autel. En effet, ni les Mèdes qui avaient mis fin au royaume assyrien, ni les Gréco-Macédoniens d’Alexandre qui avaient pris possession de ces territoires, n’avaient exterminé les populations, qui par conséquent n’avaient pas oublié leur culture et leur mythologie. Lors d’une grande cérémonie religieuse annuelle, on brûlait l’effigie de Sandan sur un bûcher, le dieu devant renaître de ses cendres. Ce que l’on voit sur cette monnaie, comme je le disais, c’est l’autel de feu du dieu Sandan, même si les populations vivant à Tarse ont aussi adopté comme dieux fondateurs de leur cité Apollon et Héraklès.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

La lumière… Évidemment, il est lumineux, le phare d’Alexandrie, l’une des sept merveilles du monde édifiée par le génial architecte Sostrate de Cnide pendant le règne de Ptolémée II Philadelphe (286-246 avant Jésus-Christ). Il est représenté ici sur une pièce émise par la ville d’Alexandrie, pièce qui, elle, date de l’époque romaine, quand régnait l’empereur Antonin le pieux (138-161 après Jésus-Christ). Le phare d’Alexandrie, comme le colosse de Rhodes, a complètement disparu, et ce n’est que grâce à des pièces comme celle-ci que l’on peut avoir une idée de ce à quoi il ressemblait.

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Symbole de l’immortalité de l’âme qui renaît après la mort, le Phénix est cet oiseau fabuleux qui renaît de ses cendres, tout comme le dieu Sandan que nous avons vu tout à l’heure. Dans l’art chrétien, il représente- la mort du Christ sur la croix le Vendredi Saint et sa résurrection le jour de Pâques. Plus tard, les révolutionnaires grecs de la Filiki Etaireia (le Cercle des Amis), qui luttaient pour l’indépendance de leur pays, ont adopté le Phénix comme symbole de la Grèce renaissant après s’être libérée du joug turc. Puis le premier président de la Grèce libérée, Kapodistrias, a fait frapper en 1828, à Égine, les premières monnaies de l’État grec moderne, c’étaient des pièces en argent représentant le Phénix. Ici, nous avons non une pièce, mais une médaille complètement moderne, puisqu’elle a été émise à l’occasion des premiers Jeux Olympiques restaurés à Athènes par le baron Pierre de Coubertin en 1896. Sur cette médaille en plaqué or, réalisée par W. Pittner sur un dessin de Nikolaos Lytras, le Phénix dans les flammes se tourne vers une Victoire brandissant une couronne de laurier, ce sont le célèbres jeux de l’antiquité qui renaissent de leurs cendres.

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Souvent, les pièces de monnaie antiques représentent des dieux ou des héros. En voilà trois exemples. À gauche (117-138 après Jésus-Christ), cette Amalthée berçant Zeus bébé a été frappée par le koïnon de Crète. Le koïnon, c’est la communauté, autrement dit une pièce commune aux cités de Crète. On sait que pour éviter que Cronos ne dévore Zeus comme il l’avait fait pour ses aînés, à sa naissance sa mère Rhéa a enveloppé dans des langes une pierre que Cronos a avalée à la place du nourrisson, qu’elle a dissimulé dans une caverne de l’Ida, en Crète. Là, Amalthée, une chèvre, l’a nourri de son lait. Pour l’en remercier, après avoir pris la place de son père comme roi des dieux, à la mort d’Amalthée Zeus a pris sa peau dont il a revêtu son bouclier, ce que l’on appelle l’égide (αἰγίς, αἰγίδος) dont le nom est de toute évidence en relation avec le mot chèvre (en grec αἴξ, αἰγός). Mais ici sur cette pièce, Amalthée est représentée sous les traits d’une femme couronnée.

 

La deuxième pièce, émise en 209-212 après Jésus-Christ par Héraclée du Pont (le Pont Euxin, c’est-à-dire la Mer Noire), aujourd’hui près d’Ereğli, une ville située en Turquie d’Asie sur la côte au nord, nord-ouest d’Ankara, représente Héraklès et la biche de Cérynie. Le quatrième des douze travaux imposés par Eurysthée consistait en la capture de l’une des biches de la déesse Artémis, une biche plus grosse qu’un taureau, dont les cornes étaient en or et qui avait autour du cou un collier gravé de l’inscription “Taygète m’a dédiée à Artémis”. Ainsi consacrée, elle ne pouvait être attaquée sous peine d’offenser gravement Artémis. Un an durant, Héraklès a poursuivi cet animal extrêmement rapide et infatigable. Un jour qu’en Arcadie elle s’apprêtait à franchir un fleuve, Héraklès lui a décoché une flèche qui l’a blessée. Il se précipite alors et la prend sur son dos. Mais voilà qu’en chemin il croise Artémis et son frère Apollon, qui l’accusent de sacrilège. Il se défend que ce n’est pas lui le coupable, mais Eurysthée qui a exigé de lui ce travail. Les dieux se laissent convaincre et Héraklès repart vers Eurysthée avec la biche. Sur cette pièce de monnaie, nous le voyons au moment où il se saisit de l’animal. Et si la biche est plus grosse qu’un taureau, Héraklès, lui, est vraiment gigantesque comparé à elle.

 

La pièce de droite, émise par Corinthe (138-161 après Jésus-Christ), évoque Mélicerte. Un peu de généalogie, d’abord. On connaît Sisyphe, condamné par Zeus à pousser, pour l’éternité, vers le haut d’une pente un énorme rocher qui toujours retombe. Ce Sisyphe est le fondateur de Corinthe. Il a un frère, Athamas, qui épouse d’abord Néphélé, dont il a deux enfants, Phrixos et Hellè. Il divorce et épouse Ino, fille de Cadmos fondateur et roi de Thèbes, dont il a Mélicerte. Ce Mélicerte est donc le neveu de Sisyphe, le roi de Corinthe. Voilà pour la généalogie. Les faits, maintenant. Ino, la seconde épouse, était jalouse de la première, et de ses enfants. Elle a alors imaginé une ruse immonde: dans un premier temps, elle dit aux femmes du coin de faire griller en secret les semences de blé. Ignorants du fait, les hommes les sèment mais rien ne pousse puisque les graines avaient été grillées. On croit à un prodige, à une malédiction, on se demande ce qui se passe. Athamas envoie des messagers consulter Apollon à Delphes. Peu importe la réponse réelle du dieu, parce qu’Ino fait intercepter en chemin les messagers et les soudoie pour qu’ils disent que le dieu a prescrit, pour conjurer cette malédiction, de sacrifier Phrixos et Hellè. Et voilà que l’on mène Phrixos à l’autel… Zorro n’est pas arrivé pour le sauver, mais Néphélé, la maman, qui fait grimper son fils sur un bélier à la toison d’or qui lui avait été donné par Hermès. Phrixos prend Hellè en croupe, et voilà partis le frère et la sœur vers la Colchide. Hellè, hélas, tombe du bélier alors qu’il survolait la mer, qui désormais prendra le nom d’Hellespont (“Pont” signifiant “Mer”, comme on l’a vu pour le Pont Euxin). Ensuite, pour Phrixos et le bélier, ce sera l’histoire des Argonautes allés chercher la toison d’or, une autre légende. Revenons à Athamas. Les enfants de son premier lit enlevés par un mystérieux bélier, cela lui a mis la puce à l’oreille: il y a quelque chose de pas normal là-dedans. Il découvre le pot aux roses. Ah, ma femme est une jalouse, une meurtrière, une manipulatrice? Elle m’a trompé et a failli me faire sacrifier mon fils pour rien? Eh bien c’est elle que l’on va sacrifier sur l’autel, et puis avec elle son fils Mélicerte (qui est aussi le mien, mais qui va payer pour elle). Mais autrefois, Ino avait élevé le petit Dionysos quand Héra le poursuivait de sa haine parce qu’il était fils de Zeus, son infidèle mari, avec une autre qu’elle. Pris de pitié, Dionysos envoie sur Ino et Mélicerte, au moment où on allait les sacrifier sur l’autel, une nuée qui les dissimule et leur permet de s’échapper. Mais Ino, prise de remords pour son impardonnable conduite, va alors se suicider en se jetant dans la mer, tenant son fils Mélicerte dans ses bras. En les accueillant, les divinités marines transforment Ino, désormais nommée Leucothée (“la Déesse Blanche”) en une Néréide, et Mélicerte, désormais nommé Palaemon, en un dieu marin. Et c’est en l’honneur de son neveu Mélicerte que Sisyphe a institué à Corinthe les Jeux Isthmiques qui, avec les Jeux Olympiques, Pythiques et Néméens, sont l’une des quatre grandes rencontres sportives grecques. Désormais, quand ils sont pris dans une tempête, les marins implorent Leucothée et Palaemon de les secourir, lesquels souvent accueillent favorablement leurs prières. Voilà le pourquoi d’un dauphin auprès de Mélicerte sur cette pièce de monnaie.

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Zeus, Héraklès, Mélicerte… Il y a bien d’autres thèmes mythologiques sur les monnaies. Par exemple ici, en haut à gauche (82 avant Jésus-Christ), c’est Ulysse et son chien Argos. Dix ans de guerre de Troie, suivis de dix ans d’errances et d’aventures, Ulysse revient enfin à Ithaque. Il se déguise en mendiant, et se fait conduire par le porcher Eumée vers le palais envahi par les prétendants qui y mènent grand train, et veulent forcer Pénélope, sa femme, à choisir l’un d’eux et à l’épouser, considérant qu’Ulysse ne reviendra plus et qu’il convient de le remplacer comme roi d’Ithaque. Alors qu’Ulysse et Eumée parlent en s’approchant du palais, un très vieux chien qui est couché là, envahi de vermine, délaissé parce que désormais incapable de participer aux parties de chasse, lève la tête et remue la queue. C’est Argos, le chien qu’Ulysse a nourri autrefois avant de partir pour la guerre, et qui est le premier à reconnaître son maître. Il le regarde, et retombe mort. Ulysse, qui lui aussi l’a reconnu, essuie une larme et entre dans le palais.

 

La pièce au milieu en haut (47-46 avant Jésus-Christ) représente Énée et Anchise. Anchise est un Troyen, cousin issu-de-germain du roi Priam. Séduite par sa beauté, Aphrodite l’amène à lui faire l’amour, et de lui elle enfante Énée, mais elle lui interdit de révéler qu’elle est la mère d’Énée. Un jour qu’il avait trop bu, Anchise s’en est vanté, et Zeus l’a puni en le frappant de la foudre, le rendant boiteux. Avec son fameux cheval de bois, Ulysse est en train de faire tomber Troie; Énée alors s’enfuit, emportant son père que son infirmité empêche de courir. C’est la scène représentée sur cette monnaie. Ils se rendent ensuite en Italie où ils s’établissent. Le poète romain Virgile, dans son Énéide, donne ainsi des origines divines à sa ville.

 

En haut à droite (138-140 après Jésus-Christ), nous avons Vesta, déesse du foyer, déesse vierge servie par les Vestales, prêtresses vouées à la virginité elles aussi. À son sujet, le poète latin Ovide, dans le livre VI des Fastes, écrit: “Dois-je taire ou raconter ta honte, Priape au visage rubicond? […] Cybèle, qui porte au front une couronne de tours, convie à ses fêtes les dieux éternels; elle invite aussi les satyres et les nymphes. […] Vesta, couchée, se livre en sécurité aux douceurs du sommeil, appuyant négligemment sa tête sur un banc de gazon. Le rubicond gardien des jardins, qui convoite nymphes et déesses, va rôdant de toutes parts. Il aperçoit Vesta; la prit-il pour une nymphe, ou reconnut-il Vesta? on ne sait. Priape affirme ne pas l'avoir reconnue. Un désir lubrique s'éveille en lui; le voilà qui s'approche furtivement, son pied touche à peine la terre, son cœur bat avec violence. Le hasard voulut que l'âne qu'avait amené le vieux Silène eût été laissé sur les bords d'un ruisseau murmurant. Déjà le dieu du long Hellespont allait en venir à ses fins, quand, bien mal à propos, l'animal se mit à braire. À cette voix retentissante, la déesse se réveille en sursaut, une foule nombreuse accourt, Priape ne se dérobe que par la fuite à des mains vengeresses. […] Toi, déesse reconnaissante, tu suspends au cou [de l’âne] des guirlandes de pains; il cesse de travailler, et les meules oisives ne se font plus entendre”. Cette anecdote nous apprend aussi que l’âne est l’animal sacré de Vesta, un animal qui appartient aux peuples méditerranéens qui occupaient l’Italie avant que n’y arrivent les Italo-Celtes, d’où sont sortie les Latins, ces Italo-Celtes étant, eux, des peuples indo-européens, dont l’animal est le cheval. Cela confirme le caractère très archaïque du culte de Vesta, même si (ce qui semble en contradiction avec ce que je viens de dire) son nom est bien indo-européen, en relation étymologique très évidente avec son homologue grecque Hestia: tout à l’heure, à propos de la tablette en linéaire B, je faisais allusion au digamma, lettre prononcée comme un W; l’aspiration (H) au début du nom d’Hestia est due à l’évolution d’un ancien digamma, ce qui permet de voir la parenté avec la déesse romaine Vesta (en latin, le V se prononçait comme… un W!).

 

En bas à gauche, cette pièce de Corinthe du deuxième siècle de notre ère représente Isis Pélagia. Cette déesse Isis, figure centrale de la mythologie égyptienne, a très tôt été intégrée dans le panthéon grec, tantôt assimilée à la mère des dieux Rhéa, tantôt à Déméter (Hérodote, II, 59: “À Busiris, cette ville bâtie au milieu du delta égyptien, se trouve un très grand temple d’Isis, qui est Déméter en langue grecque”). Comme Déméter, elle préside aux moissons et autres récoltes; magicienne, elle a reconstitué le corps de son frère et mari Osiris découpé et dispersé par Seth; parfois vue comme Perséphone (Proserpine chez les Romains), elle est en lien avec le monde d’en-bas (Apulée, Métamorphoses, XI: “Dans les trois langues de Sicile, j'ai nom Proserpine du Styx”); elle règne aussi sur la mer. Or en grec, la mer se dit thalassa, ou pontos, ou pélagos. Je ne vais pas ici me lancer dans un prétentieux cours de linguistique, mais disons que pélagos est plus spécifiquement employé pour désigner la haute mer, particulièrement clair quand il arrive que l’auteur parle du “pélagos de la thalassa” (πέλαγος θαλάσσης, Apollonios de Rhodes, II, 608). Notre monnaie représente donc une Isis déesse marine.

 

En bas au milieu (161-169 de notre ère), nous voyons Asclépios, le dieu médecin, et sa fille Hygieia, qui souvent l’accompagne dans ses actes de guérison. On y voit aussi le serpent, animal chtonien, généralement associé à Asclépios. Cette pièce a été émise par Corinthe. Depuis un peu plus de trois siècles, la ville a été conquise, détruite par les Romains, reconstruite et romanisée, mais les habitants n’ont jamais cessé de parler grec (puisque la langue s’y est maintenue jusqu’à nos jours), et sont restés fidèles au culte d’Asclépios, et non du dieu romain Esculape.

 

Et enfin en bas à droite (244-249 de notre ère), on reconnaît la louve romaine allaitant Romulus et Rémus. Pièce romaine ne veut pas dire pièce émise à Rome, mais le musée ne dit pas par qui a été émise celle de ma photo, ni où elle a été trouvée, ce qui pourrait déjà être un indice.

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Sans vraiment s’éloigner de la mythologie, d’autres pièces représentent des allégories. Nous avons d’abord le Génie du Peuple Romain (55 avant Jésus-Christ), au milieu c’est une Tychè (193-211 après Jésus-Christ), c’est-à-dire comme la Fortuna des Romains, le sort, l’avenir incertain qu’elle peut rendre favorable ou malheureux. À droite, c’est la Vertu (238-244 de notre ère), l’Excellence dans tous les domaines, mais surtout en ce qui concerne les qualités viriles, le courage, la vaillance, et c’est pourquoi son allégorie est un soldat en armes.

 

Sur la rangée du bas, à gauche cette pièce représente l’Abondance (222-235 de notre ère). Celle du centre représente la Paix (69-79 de notre ère). Quant à la monnaie de droite, elle représente le Bonheur (244-249 après Jésus-Christ). Tout à l’heure, je disais que la Tychè était le sort, bon ou mauvais, livré au hasard; ici, ce que je traduis par le Bonheur, c’est en grec le mot Eutychia (Ευτυχία), c’est-à-dire la Tychè favorable (le préfixe eu- en grec, qui veut dire “bon”).

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Venons-en aux hommes. Les six ci-dessus sont des empereurs, qui ont fait frapper des monnaies à leur effigie, et que nous allons suivre chronologiquement. Le premier en haut à gauche est Jules César, de 44 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire précisément l’année de son assassinat par les conjurés dont Brutus, puisqu’il est mort aux Ides de mars (le 15 mars) 44. En haut au milieu, c’est celui qui lui a succédé, Auguste, qui a pris le titre d’empereur (Princeps) après la guerre civile, en 27 avant Jésus-Christ et dont le long règne a duré jusqu’à sa mort quarante ans plus tard, en 14 après Jésus-Christ. Oublions Tibère, Caligula, Claude, et la monnaie en haut à droite représente l’empereur Néron (54-68 après Jésus-Christ).

 

Nous avançons à grands pas puisque celui qui est représenté en bas à gauche est Hadrien (117-138 après Jésus-Christ). En bas au milieu, sur cette pièce en or nous voyons l’empereur philosophe Marc-Aurèle (161-180), pétri de stoïcisme et auteur de Pensées. Le dernier empereur en bas à droite est Dioclétien (284-305 après Jésus-Christ), réputé comme persécuteur des chrétiens, mais Marc-Aurèle les considérait comme dangereux pour l’unité de l’Empire puisqu’ils refusaient de sacrifier à l’empereur, et malgré toute sa philosophie il ne s’est pas privé de les persécuter. Dioclétien n’est mort qu’en 311, mais s’il a abdiqué en 305 c’est par conviction politique. En effet, c’est lui qui a conçu la tétrarchie, ou gouvernement de quatre chefs, deux “augustes”, l’un empereur de l’Occident et l’autre empereur de l’Orient, et deux empereurs-adjoints, les “césars”, chacun d’eux étant l’assistant de l’un des augustes. Et pour éviter l’usure du pouvoir, on ne pouvait être auguste plus de vingt ans, on abdiquait alors, et c’est le césar qui, automatiquement, devenait auguste, à charge pour lui de se désigner un césar pour l’assister. Ses successeurs n’ont pas joué le jeu, mais lui s’en est tenu à ce qu’il avait décidé au départ.

 

Le musée fait remarquer que, pour les premiers empereurs, le portrait devait être ressemblant (oui, je suppose que Néron n’a pas été embelli!) tandis que peu à peu, signe de l’évolution de la société et du regard porté sur l’empereur, son portrait est devenu de plus en plus stéréotypé.

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Après Dioclétien, il y a eu des contestations, et Constantin, fils d’un césar devenu auguste, se fait acclamer auguste, il n’est qu’à moitié reconnu, mais il va se maintenir et finalement il se débrouillera pour être seul maître à bord, mettant fin au système de la tétrarchie. Il crée la Ville de Constantin, Κωνσταντινούπολης (Constantinou-Polis, Constantinople) là où existait Byzance, et l’on peut désormais parler d’Empire Byzantin.

 

En haut à gauche, une pièce de l’Empire Romain tardif (vers 402-423), avec Honorius, quand l’Empire est de nouveau divisé entre Empire Romain d’Orient et Empire Romain d’Occident. J’avais déjà présenté cette monnaie et le personnage d’Honorius à propos de Ravenne (mon article “Ravenne 03: le mausolée de Galla Placidia. Mardi 7 mai 2013”), je n’y reviens donc pas. En haut au milieu, l’empereur byzantin Justinien Premier (527-565). En haut à droite, Théodora Porphyrogénète (1055-1056); après avoir été co-impératrice avec sa sœur Zoé en 1042, elle revendique le trône impérial à la mort de Constantin IX. En effet, à quelques exceptions près, depuis 867 et Basile premier le Macédonien, les empereurs étaient tous de la lignée macédonienne, et Théodora en est l’unique descendante encore en vie. Mais ayant assumé le 11 janvier 1055, elle meurt le 31 août 1056, soit moins de vingt mois plus tard et avec elle s’éteint cette dynastie.

 

En bas à gauche, nous trouvons Nicéphore III Botaniatès (1078-1081), qui a été général sous Constantin IX. Ici je n’ai pas suivi l’ordre chronologique, parce qu’avec la pièce en bas au milieu nous trouvons Constantin X Doukas (1059-1067), famille dont vont sortir plusieurs empereurs. Et en bas à droite, cette pièce de monnaie représente Andronic II Paléologue (1282-1328). La catastrophe de 1204, qui a vu un Empire Latin se substituer à l’Empire Byzantin a été partiellement effacée en 1261 par son père Michel VIII, Andronic règne à Constantinople. Mais, puisqu’ici nous parlons monnaie, elle est gravement dévaluée sous Andronic (elle est tombée de 90 à 50 pour cent de sa valeur nominale depuis le début du siècle), et l’empereur est contraint de mener une politique d’austérité qui déplaît mais qui, surtout, affaiblit terriblement l’armée dont les effectifs sont réduits au-delà du raisonnable pour la sécurité de l’Empire, surtout face aux Turcs.

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Il convient de respecter l’empereur qui, au moins jusqu’à Constantin, était l’objet d’un culte rendu comme à un dieu. D’ailleurs, il devenait dieu après sa mort. Même ensuite, quand le culte n’a plus été de nature religieuse, la distance de l’empereur avec le commun des mortels est restée très grande. Aussi l’empereur est-il honoré dans de nombreuses circonstances, qui se retrouvent sur les monnaies.

 

Sur la ligne du haut, nous commençons avec une représentation d’un empereur du troisième siècle de notre ère sur une monnaie émise par Odessos, qui est aujourd’hui Varna, en Bulgarie, et à côté, en ce même troisième siècle, un empereur en face de Sérapis, ce dieu qui résulte d’une mauvaise interprétation du nom d’Osiris par les prêtres grecs: j’en ai donné l’explication détaillée, à propos d’une stèle, dans mon article “L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013”. La pièce a été émise par Marcianopolis, aujourd’hui Devnya, en Bulgarie.

 

Sur la deuxième ligne, à gauche, c’est Antinoüs, ce jeune homme très beau dont l’empereur Hadrien (117-138) était très amoureux, et qui est mort noyé dans le Nil. La pièce a été émise par Tion, une ville aujourd’hui en Turquie d’Asie, sur la côte de la Mer Noire, et qui s’appelle Filyas. La pièce au centre représente un groupe de personnages, ce sont l’empereur Septime Sévère (193-211 après Jésus-Christ), entre ses soldats et des prisonniers. La pièce de droite sur cette deuxième ligne montre l’empereur Constance II (337-361) en train de soumettre l’ennemi. À la mort de Constantin, en 337, ses trois fils, dont Constance, commencent par faire assassiner leurs cousins pour ne pas trop perdre de pouvoir, et se partagent l’empire de leur père en trois parties, les provinces d’Orient, d’Asie, de Pont et de Thrace à Constance, l’Italie, l’Illyrie, la Macédoine l’Achaïe et l’Afrique à Constant, le reste de l’Occident à Constantin II, à savoir la Bretagne (c’est-à-dire l’Angleterre), la Gaule et l’Hispanie. Mais voilà que Constantin II envoie des troupes à lui en Italie; Constant, malgré son jeune âge, réussit à le faire tomber et mourir dans une embuscade. Il n’y a plus que deux augustes. Mais en 350, une conspiration renverse Constant, et on le tue. Passons sur les usurpations successives, à la fin Constance II se retrouve seul à la tête d’un empire réunifié. L’ennemi qu’il est censé soumettre sur cette pièce est sans doute le Perse Shapur II, plutôt que l’un de ses frères, ou de ses cousins (il avait fait césar son cousin Gallus).

 

Restent les deux pièces de la ligne du bas. À gauche, nous avons l’empereur Théodose Premier (379-395) lors d’une expédition navale. Il est représenté plus grand que son bateau, dont d’ailleurs on ne compte que peu de rames… La monnaie de droite représente l’empereur Hadrien (117-138) accueilli à son arrivée dans une province. On le voit, la gloire de l’empereur, à travers ces sept pièces, est exprimée de manières diverses, mais les représentations ne se limitent pas au simple portrait, même stéréotypé et idéalisé.

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Les empereurs ont une vie privée, une famille, mais du fait de leur position l’adjectif “privé” est mal adapté. Nous avons vu comment hommage est rendu à Antinoüs, l’amour d’Hadrien qui par ailleurs était marié à Sabina, une femme. De nos jours, si l’on a peu médiatisé Yvonne De Gaulle, en revanche les media se sont intéressés à Claude Pompidou, à Anne-Aymone Giscard d’Estaing, à Danielle Mitterrand, à Bernadette Chirac, à Carla Bruni-Sarkozy, à Valérie Trierweiler et à Julie Gayet… La différence, c’est que de nos jours ce sont les tabloïds qui traquent les petits potins pour faire jaser, alors que dans l’antiquité c’étaient les empereurs eux-mêmes qui faisaient frapper monnaie à l’effigie de leurs épouses ou, pour Hadrien, de leur concubin.

 

Ici, en haut à gauche, nous voyons le couple de Néron et Octavie (54-68 de notre ère), frappé à Cnossos. Octavie a épousé Néron en 53, elle est morte en 62. En haut à droite c’est cette Sabina, femme d’Hadrien, dont je parlais à l’instant. Elle avait épousé Hadrien vers l’an 100, bien avant qu’il accède au trône impérial en 117, et est morte un an avant lui, fin 136 ou début 137. La monnaie, elle, se situe entre 128 et 136.

 

En bas à gauche: Faustine la Jeune est la petite-nièce d’Hadrien. En 145, elle épouse son cousin germain Marc-Aurèle qui devient empereur en 161. Elle meurt accidentellement en 175, lui mourra en 180. La pièce de monnaie est située vaguement, dans la fourchette 147-175. La dernière pièce, en bas à droite, est datée entre 421 et 450, et elle représente Galla Placidia. En 413, elle a été l’épouse d’Athaulf, roi des Wisigoths, dont elle était prisonnière. Constance, à cette époque, est général, et l’empereur Honorius l’envoie reconquérir Narbonne prise par les Wisigoths, il libère Galla, veuve depuis qu’Athaulf a été assassiné. Honorius l’oblige à épouser Galla vers 415 ou 417. Alors qu’Honorius est encore vivant, Constance se fait proclamer empereur en 421, et meurt la même année. Après la mort d’Honorius, Galla exerce la régence de son fils Valentinien, et gardera la main sur le pouvoir même quand Valentinien assumera la couronne impériale, jusqu’à ce qu’elle meure en 450. Voilà pourquoi la monnaie est datée entre le moment où elle a revêtu le titre d’impératrice et la date de sa mort.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013
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La famille de l’empereur, c’est sa femme, mais ce sont aussi ses héritiers, par le sang ou par adoption. Ci-dessus à gauche, ce sont les petits-fils d’Auguste (27 avant Jésus-Christ-14 après), fils de sa fille Julia, Caius et Lucius (j’ai vingt fois déjà expliqué pourquoi le C de Caius se prononce G, par exemple dans mon article “Rimini, Museo della Città. Mardi 30 avril 2013”, je ne vais pas recommencer ici). Ces deux enfants, en-dessous des pièces, sont deux détails de la procession sur l’Autel de la Paix d’Auguste à Rome (photos déjà présentées dans mon article “Rome: 3 églises et Ara Pacis Augustæ. Mardi 2 mars 2010”), qui représentent Caius à gauche et Lucius à droite.

 

La pièce de droite, où l’on voit deux hommes se tenir par la main, évoque l’adoption d’Hadrien par Trajan, afin qu’il hérite du trône. La date donnée pour cette pièce correspond aux dates du règne d’Hadrien, 117-138 après Jésus-Christ. Elle a en effet pu être éditée pour justifier la prise de pouvoir par Hadrien, mais je trouve curieux qu’elle ait été frappée identique à elle-même jusqu’à la mort de l’empereur. Je ne suis ni numismate, ni historien, mais j’aurais plutôt pensé qu’elle avait pu être frappée au moment de la mort de Trajan ou peu de temps après, car Plotine, la femme de Trajan, soutient depuis longtemps Hadrien, mais Trajan n’a jamais officiellement désigné son successeur, et c’est elle qui a affirmé que l’adoption avait eu lieu, sans pouvoir en apporter de preuve matérielle. La monnaie aurait alors été destinée à confirmer cette adoption aux yeux du peuple. Les années passant, sa justification s’affaiblit. Mais, je le répète, ce n’est qu’une supposition de ma part.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Après la famille, les titres honorifiques. La pièce de gauche est en l’honneur de Théodore Monomaque (onzième siècle), juge doté du titre de magistre (magistros), qui est le cinquième dans la hiérarchie. Il y a deux personnages sur cette pièce, j’ignore qui est l’autre.

 

À droite, Georges Comnène Paléologue (douzième siècle) . Lui, il est sébaste, titre des plus proches de l’empereur, en particulier de ceux qui ont épousé une jeune fille de la famille proche de l’empereur. L’adjectif grec sébastos veut dire “honorable”, “vénérable” (cf., avec le substantif polis qui signifie ville, le nom de Sébastopol, en Crimée qui était la Tauride antique).

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Et puis en dehors des hommes et des femmes, il y a les événements historiques. En haut à gauche, cette pièce de 71 avant Jésus-Christ célèbre les avantages accordés à la Sicile en 100 avant Jésus-Christ, tandis qu’en haut à droite, c’est la soumission de Jugurtha à Sylla, qui a eu lieu en 105 avant Jésus-Christ, sur cette pièce frappée en 56. Le Numide Jugurtha, qui s’était d’abord battu du côté des Romains, comme son grand-père Massinissa, se rend plus tard coupable d’exactions, entre en guerre contre Rome, obtient quelques victoires mais ensuite essuie nombre de défaites, et va se réfugier en Maurétanie, mais le roi de ce pays le capture et le livre à Rome. Il doit alors se soumettre au questeur romain Sylla, ce qu’évoque cette monnaie. Il mourra en prison à Rome un ou deux ans plus tard.

 

Sur la seconde ligne à gauche, cette femme assise représente le royaume des Parthes, qui est soumis. L’émission de la pièce a lieu entre 161 et 169 de notre ère. En bas au milieu, ce sont les tétrarques (294-305), dont j’ai amplement parlé tout à l’heure. En bas à droite, cette pièce commémore la première grande révolte des Juifs, 66-70 après Jésus-Christ.

Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013
Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013

Avant de détailler les pièces ci-dessus, un coup d’œil sur la carte est nécessaire pour savoir de quoi l’on parle. D’abord, en vert est représenté le pays des Parthes sous la dynastie des Arsacides, qui a régné de 247 avant Jésus-Christ à 224 de notre ère. Elle a été remplacée de 224 à 651 par la dynastie des Sassanides, sur un pays ici représenté par les hachures jaunes. En noir, submergé dans sa partie ouest par les Sassanides au troisième siècle, c’est le peuple des Kouchans, bouddhiste, originaire de Chine et repoussé sur ces terres au premier siècle avant Jésus-Christ, qui va finalement disparaître en tant que tel, avec les invasions de Huns Blancs au cinquième siècle de notre ère, puis avec l’expansion de l’Islam au septième siècle. À présent, les huit pièces que je présente ci-dessus:

 

En haut à gauche, une drachme de 51 après Jésus-Christ, pour un Arsacide, le roi des Parthes Vonones II qui est mort la même année où il a été intronisé, en 51. Et en dehors de cette monnaie, je n’ai rien à dire de lui car, comme le dit Tacite, “il ne connut ni succès ni échec qui lui aient mérité que l'on se souvienne de lui. Il eut un règne court et sans gloire”. En haut, au milieu, une tétradrachme d’un Arsacide plus ancien et plus illustre puisqu’on le surnomme “le Grand”, c’est Mithridate II (123-88 avant Jésus-Christ), fils d’Artaban II. En haut à droite, c’est une tétradrachme de l’Arsacide Vardanes II, ce fils de Vologèse I qui s’est révolté contre son père, s’est déclaré roi d’une partie de l’empire en 55 après Jésus-Christ, puis s’est soumis en 58.

 

Sur la ligne centrale, à gauche nous avons une tétradrachme de Vologèse IV (147-191 après Jésus-Christ), encore un Arsacide. Et à droite, c’est une drachme d’Hormizd II (302-309 après Jésus-Christ); cette fois-ci, nous avons un Sassanide.

 

En bas à gauche, nous voyons une drachme de Shapur II (309-379 après Jésus-Christ). Il a été couronné d’une façon suffisamment originale pour mériter d’être signalée: après la mort de son père Hormizd II dont nous venons de voir une monnaie, ses trois aînés sont empêchés de régner, les chefs perses ayant tué l’aîné, aveuglé le second, emprisonné le troisième. Et lui, Shapur, le quatrième fils, n’est pas encore né. Aussi, le couronne-t-on in utero, c’est-à-dire dans l’utérus, en posant la couronne sur le ventre de sa mère. Au milieu de la dernière ligne, cette pièce en bronze a été frappée par Vima Kadphises, qui a régné sur l’empire Kouchan. Là, j’ai un problème, car je sais que j’ai autrefois étudié les Kouchans, mais il ne m’en reste que bien peu de souvenirs et je suis contraint de m’en remettre aux informations que je trouve. Or la notice du musée donne ce roi pour le début du troisième siècle de notre ère, tandis que Wikipédia (qui est rédigé bien souvent, je le sais, par des amateurs) mais aussi un site de l’université de Columbia (en qui il semble que l’on puisse faire confiance) donnent les années 105-130 pour les monnaies de bronze qu’il a introduites à la place de monnaies au taux d’argent dévalué. Quant à la dernière pièce, en bas à droite, c’est un dinar. On situe aux alentours de 380 à 420 de notre ère le moment où un certain Kidara, vassal des Kouchans du Pakistan, destitue la dynastie et prend sa place, mais en maintenant les traditions des Kouchans comme l’atteste le style de cette pièce. Ce dinar de Kidara est donc à situer vers 400 après Jésus-Christ.

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Poursuivons avec les étrangers. Ci-dessus, deux rois de Maurétanie. À gauche, un dénier du roi Juba II (25 avant Jésus-Christ-23 après), un contemporain de l’empereur Auguste. À droite, un denier de son fils Ptolémée (23-40 après Jésus-Christ). Même si, en grec, le pays s’appelle Mauritania, il ne faut pas le confondre avec l’actuelle Mauritanie, coincée entre le Sahara occidental et le Mali. La Maurétanie, pays des Maures, c’est le nord du Maroc, au moment de la guerre de Jugurtha à laquelle j’ai fait allusion plus haut. Et comme il donne aux Romains la possibilité de s’emparer de Jugurtha, qui est son gendre, il est remercié de son geste par l’agrandissement de son pays vers l’est, incluant une bonne part du nord de l’Algérie actuelle. C’est sur ce pays agrandi que règnent Juba et Ptolémée.

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Puis vient le temps des barbares, parfois alliés, souvent ennemis de l’Empire Romain. Ci-dessus, le temps des Vandales. À gauche, une pièce en argent de Gunthamund (484-496), roi des Vandales et des Alains d’Afrique, qui en 491 s’est opposé et a été vaincu en Sicile par le roi ostrogoth Théodoric dont j’ai amplement parlé dans mes articles sur Ravenne. Au milieu une pièce en or byzantine d’Anastase Premier (491-518), un empereur byzantin qui n’a rien à voir avec les Vandales (il n’a pas eu à les combattre), mais que le musée présente avec eux parce qu’il en est contemporain. Et à droite une demi-silique (monnaie qui vaut la quarante-huitième partie d’un solidus: je parlerai de cette monnaie plus bas) du roi Thrasamund (496-523), frère et successeur de Gunthamund. Celui-là, qui comme son frère est un chrétien arien, va réparer les pots cassés en liant des relations avec l’empereur Anastase I, et avec Théodoric, tous ariens. Il va même, devenu veuf, épouser Amalafrède, l’une des deux sœurs de Théodoric, recevant en dot une terre en Sicile, Lilybée, actuellement Marsala, qui est une base navale de grande importance. Dans mon article “Mozia. Samedi 21 août 2010”, j’avais longuement parlé de l’installation solide des Carthaginois dans cette île et à Marsala, en face, près d’un millier d’années plus tôt. Le rois vandales régnant à Carthage n’ont ethniquement rien de commun avec les Carthaginois de ce temps-là, mais c’est un intéressant retournement de l’histoire.

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Les Goths, maintenant, puisque je parlais du mariage d’un roi Vandale avec la sœur d’un roi Goth. Mais d’abord, en haut à gauche, le solidus de Wisigoths soumis à l’Empire, frappé au nom de l’empereur Honorius (vers 420-440, fourchette donnée pour la monnaie, car Honorius est mort en 423). En haut à droite, nous avons une demi-silique (comme je l’ai dit il y a un instant, cela vaut un quarante-huitième de solidus) qui représente le roi ostrogoth Athalaric (526-534), successeur de son grand-père Théodoric. C’est un ivrogne et un débauché, qui devient roi à l’âge de dix ans et meurt victime de son vice à dix-huit ans, ce qui fait que le pouvoir a été exercé par Amalasonte, sa mère fille de Théodoric, chargée de la régence.

 

En bas à gauche, cette pièce de cuivre a été frappée par Théodat (534-536). Cet Ostrogoth est le fils du Vandale Thrasamund et d’Amalafrède, la sœur de Théodoric: je viens de parler de ces deux personnages. Ne nous perdons pas dans les liens de parenté: Amalasonte est fille de Théodoric et donc nièce d’Amalafrède, sœur de Théodoric; Théodat, fils d’Amalafrède, est donc neveu de Théodoric; ce qui fait que Théodat et Amalasonte sont cousins germains. Bon. Notre Amalasonte gouverne, comme régente de son fils Athalaric. Entre autres, elle convoque à Ravenne son cousin Théodat, qui ne cesse d’agrandir illégalement ses possessions. Lui, peu soucieux des bonnes relations nouées par Amalasonte avec l’Empire Byzantin, propose de vendre la Toscane à l’empereur de Constantinople. Et voilà que meurt Athalaric, ce qui fait que, n’ayant plus de régence, Amalasonte va devoir renoncer au pouvoir, qu’assume désormais l’unique descendant mâle de la dynastie, Théodat. Seule solution, elle épouse son cousin et ennemi. Mais ce charmant garçon, un an plus tard, l’accusant mensongèrement de la mort de sa mère, la fait emprisonner. L’empereur Justinien, furieux, écrit à Théodat, lui intimant l’ordre de la libérer. Trop tard, quand arrive la lettre, Amalasonte a déjà été étranglée dans son bain: tel fut l’homme représenté sur cette pièce. Mais Justinien envoie alors son général Bélisaire, celui-là qui en 532 a fait massacrer des dizaines de milliers de manifestants dans l’hippodrome de Constantinople (voir mon article “Istanbul 08: Sainte-Sophie. Mardi 13 novembre 2012”). Ce n’est pas un tendre. Le général ostrogoth Vitigès part pour s’opposer à lui, Théodat est inquiet, les soldats le jugent couard et proclament Vitigès roi. Pour Théodat, cela sent le roussi, il fuit de Rome, direction Ravenne. Mais on se lance à sa poursuite, on se saisit de lui, on lui tranche la gorge, et sa tête est rapportée à Vitigès. Cela, c’est en 536. Notre pauvre Amalasonte est vengée. C’est donc Vitigès (536-540) qui succède à Théodat. Et c’est lui que nous voyons sur ce solidus, en bas à droite. Mais il s’est passé des choses depuis son avènement. Tout de suite, il s’est rendu à Ravenne, qui était sa capitale. Marié, il répudie sa femme, et sollicite la main de Mathesuentha, fille d’Amalasonte, et donc petite-fille du roi Théodoric, voyant là une façon de légitimer son pouvoir. Mais Mathesuentha n’a pas envie, elle princesse royale, d’épouser ce plébéien, ce général parvenu, cet usurpateur. Elle ne veut pas? Eh bien on l’y contraint, ce n’est pas plus difficile que cela. Euh, si quand même, parce que Bélisaire se rend à Ravenne, se saisit de Vitigès et de Mathesuentha et les emmène à Constantinople. Vitigès va y mourir en 540. Je ne sais quand elle était née, j’ignore donc l’âge de Mathesuentha en 550, mais cette année-là, veuve depuis dix ans, elle va épouser le général Germanus, cousin de l’empereur Justinien. Le solidus de ma photo, en fait, porte le nom de Justinien, auquel a dû se soumettre l’Ostrogoth.

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Je voudrais en venir aux Lombards, mais ici encore le musée présente une pièce byzantine. C’est, à gauche, le même Anastase Premier (491-518) que précédemment avec les Vandales, mais sur une autre pièce, un peu différente. Au milieu, nous avons un trémissis, monnaie valant le tiers d’un aureus, émise par les Lombards de Toscane (vers 620-650). Quant à l’aureus (pièce en or), à droite, de ces mêmes Lombards de Toscane, elle est datée dans une fourchette beaucoup plus imprécise, entre 620 et 700).

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Encore différents, ces deux personnages. À gauche, c’est un follaro (monnaie de bronze frappée par les Ostrogoths et par les rois de Sicile) qui représente le roi de Sicile d’origine normande Roger II (1105-1154), dont j’ai eu très largement l’occasion de parler dans mes articles sur la Sicile, notamment dans l’article “Sur les rois enterrés dans la cathédrale de Palerme”, ou dans l’article “La cathédrale de Palerme. Samedi 3 et lundi 5 juillet 2010”.

 

Loin de la Sicile, la pièce de droite est un dinar du roi de Serbie Étienne IV Douchan, en serbe Stefan Uroš IV Dušan (1345-1355). Après avoir conquis toute la Chalcidique et le Mont Athos, qui le déclare défenseur de l’Orthodoxie, il est à Serres quand il se proclame empereur à Noël 1345. Évidemment, quand en 1347 Jean VI Cantacuzène devient empereur Byzantin, il ne reconnaît pas ce titre à Étienne qui n’en poursuit pas moins ses conquêtes, étendant son empire du Danube au golfe de Corinthe.

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Et nous voici chez nous, chez les Francs. Ces deux pièces sont mérovingiennes. À gauche, c’est un trémissis frappé au nom de l’empereur byzantin Justin II (565-578). L’autre, également un trémissis, est daté par le musée 622-639, sans préciser au nom de qui cette monnaie a été frappée. Les rois mérovingiens de cette période ont été Clotaire II et Sigisbert III; je ne lis rien de semblable sur la pièce. Dans le même temps, l’empereur byzantin était Héraclius Premier. Ce n’est pas non plus ce que je lis…

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Revenons à l’Empire Romain, qui a frappé des pièces dans ses provinces conquises. C’est Rome qui frappe sa monnaie, du troisième siècle avant Jésus-Christ jusqu’au cinquième siècle après. Au début, ce n’était qu’au gré des nécessités pour payer l’armée que, parfois, on était amené à frapper monnaie hors de Rome, mais avec le temps on en est arrivé, au quatrième siècle, à maintenir quinze villes autorisées à frapper des monnaies impériales.

 

Ci-dessus à gauche, nous avons un follis (pièce de bronze) d’Antioche, du quatrième siècle après Jésus-Christ. Au centre, cette pièce est un aureus (pièce en or) du premier siècle de notre ère, que le musée situe en le posant sur une carte d’Europe, en Gaule, au nord de Lyon, entre la Seine et la Saône. Et puis à droite nous voyons un follis, du quatrième siècle de notre ère, situé sur la carte près d’Alexandrie, en Égypte.

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La pièce ci-dessus à gauche est un denier d’Ikalesken, de la première moitié du second siècle avant Jésus-Christ. Le suffixe -sken est ibérique, nous sommes donc en Espagne, mais l’emplacement de cette agglomération reste discuté. Du fait que cette monnaie a surtout été trouvée dans les provinces actuelles de Murcie, d’Alicante et de Valence, disons que la localisation doit être sur la côte est de la péninsule.

 

La pièce du milieu est aussi un denier, de la fin du second siècle avant Jésus-Christ, ou du début du premier. Elle provient de Turiasu. Ici, on est mieux informé, parce que cette ville celtibère a subsisté aux alentours de la commune de Tarazona, dans la province de Saragosse (Espagne).

 

La tétradrachme de la pièce de droite est de l’île de Thasos, au nord de la mer Égée, face à Kavala (voir mon article “Île de Thasos. 31 août et 1er septembre 2012”).

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Encore des provinces d’Empire. En haut à gauche, Hadrianopolis (le nom a évolué en Andrinople, et aujourd’hui Edirne), province de Thrace, en Turquie tout près des frontières grecque et bulgare, cette pièce est du troisième siècle de notre ère. Près d’elle, à droite, datant du même troisième siècle, une pièce de Dion, la ville sacrée au pied de l’Olympe.

 

Sur la deuxième ligne, à gauche, toujours du troisième siècle, une pièce de Nicopolis, tout au sud de l’Épire. Sur la deuxième ligne, au milieu, cette pièce est de Chypre, deuxième siècle de notre ère. Et à droite de la deuxième ligne, nous trouvons une monnaie d’Alexandrie en Égypte, deuxième siècle également.

 

Et puis sur la troisième ligne, à gauche, nous repartons pour le troisième siècle après Jésus-Christ, avec une pièce de Sidon, ville de la côte du Liban. La dernière pièce, en bas à droite, a été frappée au deuxième siècle après Jésus-Christ pour le koïnon de Bithynie. J’ai déjà dit qu’un koïnon était une association de villes; quant à la Bithynie, c’est une province du nord de l’Asie Mineure, juste en face de Constantinople (Istanbul).

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À tout seigneur, tout honneur, cette fois-ci nous commençons, à gauche, par une monnaie qui représente l’Italie et Rome (70 avant Jésus-Christ). De là, nous passons (pièce du centre) à la grande province d’Afrique. La date qui est donnée, 117-138, correspond au règne d’Hadrien. Et enfin, à droite, cette pièce en or a été frappée pour Constantinople, 337-361, dates qui correspondent au règne de Constance II, le fils de Constantin dont j’ai eu l’occasion de parler plus haut.

 

J’ai montré et commenté 102 pièces de monnaie ou trésors, sans compter le linéaire B, les pipes, les gemmes, deux cartes. Il est donc raisonnable que je m’en tienne là. Mais le musée donne aussi quelques informations importantes que je ne peux passer sous silence. C’est la valeur de la monnaie.

 

1/ Le Solidus. Créé par Dioclétien en 301, il sera utilisé jusqu’au dixième siècle. Il pèse 4,5 grammes d’or presque pur. Je me suis donc reporté à la valeur actuelle du gramme d’or pour le chiffrer à environ 160 €uros. C’est donc une pièce qui a grande valeur. Le musée donne quelques exemples:

– Fin du 6e siècle, rachat d’un moine prisonnier en Égypte, 25 solidi (4000 €uros)

– En 598-600, douze mille soldats ont été faits prisonniers par les Avars. Rachat, 1/6 solidus (27,67 €) par soldat

– Au 7e siècle, un esclave eunuque adulte 30 ou 50 solidi (4800 ou 8000 €)

– Au 7e siècle, un cheval 3 solidi (480 €)

– Au 7e siècle, honoraires d’un médecin pour un soin, 8 ou 12 solidi (1280 ou 1920 €)

– Fin du 7e siècle, un vêtement de soie, 72 solidi (11520 €)

– Au 9e siècle, un voyage d’Amorion (Hisarköy, centre de l’Anatolie) à Pyles (en Bithynie), 2 solidi (320 €)

– Sous Constantin VII (945-959), une paire de bœufs, 6 solidi (960 €)

 

2/ L’histamenon. Au dixième siècle, cette monnaie remplace le solidus. Sous Nicéphore II Phocas (963-969), il a la même valeur que le solidus. Mais le pourcentage d’or va baisser dans ces pièces, ce qui va fortement les dévaluer.

– Nous partons donc d’une valeur de 4,5 grammes d’or et 160 Euros pour une pièce avec Nicéphore II.

– Avec Constantin IX (1042-1055), 21 carats (87.5%), 32,00 €

– Avec Constantin X (1059–1067), 18 carats (75%), 27,45 €

– Avec Romain IV (1068–1071), 16 carats (66.7%), 24,40 €

– Avec Michel VII (1071–1078), 14 carats (58%), 21,20 €

– Avec Nicéphore III (1078–1081), 8 carats (33%), 12,00 €

– Avec Alexis I (1081–1118), les 11 premières années, de 8 à… zéro carat. Plus d’or.

 

De l’histamenon, nous pouvons voir aussi le pouvoir d’achat:

– 1ère moitié du 11e siècle, une jument 4 histamena (128 €)

– Entre 1034-1080, pour 120kg de blé, 1 histamenon (24,40 €)

– En 1077, pour seulement 6,65kg de blé, 3 histamena (63,60 €). Ces deux chiffres et ces deux dates, je les ai vérifiés plusieurs fois, parce qu’ils semblent totalement illogiques… mais c’est ainsi.

 

3/ L’aspron trachy. Isaac II Ange (1185-1195, puis 1203-1204) crée cette monnaie, qui est faite de 6 grammes d’électrum, qui est un alliage d’or et d’argent. Sans en connaître les proportions, je ne peux en donner d’équivalent en Euros.

– Vers 1150, pour 6,65kg de blé, 1 aspron trachy.

 

4/ L’hyperpyron. Au moyen-âge tardif, Byzance revient à une monnaie riche en or, l’hyperpyron, qui titre à 20,5 carats et pèse 4,45 grammes. Au cours de l’or aujourd’hui, il vaudrait 135 Euros.

– En 1259, la solde d’un soldat en Anatolie est de 40 hyperpyra par mois (5400 €)

– En 1281, un médecin du quartier de Pera à Constantinople gagne annuellement 40 hyperpyra (5400 €)

– En 1281, une maison dans le quartier de Pera à Constantinople se loue 6 hyperpyra par an (810 €)

– En 1281, une maison à Pera, mais avec jardin et (important) un puits, 32 hyperpyra par an (4320 €)

– En 1301, une maison à Serres, en Macédoine centrale, 14 hyperpyra par an (1890 €).

 

Telles sont les informations sur le coût de la vie dans l’Empire Byzantin de la fin du sixième siècle à l’aube du quatorzième siècle. J’ai suffisamment abusé du courage et de la patience du lecteur qui m’aura suivi au long de cet article, le moment est venu de mettre le point final.

Published by Thierry Jamard
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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 23:55

J’ai eu l’occasion de parler dans mon blog de Στρατής Ελευθεριάδης (Stratis Eleftheriadis) alias Tériade (cf. mon article Tériade au Cateau-Cambrésis, daté du 23 août 2013). Or à présent, quelques mois plus tard, c’est à Athènes, au musée byzantin, qu’est présentée une exposition temporaire qui lui est consacrée. Bref rappel: ce Grec originaire de l’île de Lesbos s’est fait connaître à Paris, d’abord comme critique d’art, puis comme éditeur de livres d’art de très grande qualité, de l’entre-deux-guerres aux années 1970. Les peintres et graveurs les plus célèbres ont, pour ses publications, illustré leurs propres textes ou les textes d’auteurs non moins célèbres, soit contemporains tels que Reverdy, Lorca, Joyce, Camus, soit devenus classiques comme Shakespeare ou La Fontaine, antiques comme Théocrite (troisième siècle avant Jésus-Christ) ou Lucien (deuxième siècle de notre ère), ou plus anciens encore comme la Bible. Ce critique et éditeur d’art s’est aussi doublé d’un collectionneur.

 

Dans l’île natale de Tériade, dans sa banlieue natale, existe un grand et beau musée, fermé depuis 2010 pour restauration et rénovation de la présentation. Sa réouverture était prévue courant 2013, mais renseignements pris le musée n’est toujours pas ouvert en cette fin d’octobre, c’est reporté à la fin de l’année, et c’est pourquoi une partie des collections permanentes de là-bas peut sans difficulté constituer ici une exposition temporaire. Nous avons le projet de nous rendre à Lesbos en mai ou juin de l’année prochaine, espérons que la réouverture n’aura pas pris un nouveau retard, je publierai alors un nouvel article [Vu mon long retard à moi pour la publication du présent article, je suis bien triste de dire que, le 19 juin 2014, nous étions à Vareia devant le musée Tériade, toujours fermé pour travaux. Le panneau informant du cofinancement européen dit bien qu’il s’agit du programme 2007-2013…].

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Curieuse façon pour moi de commencer: par une photo que je ne sais pas commenter! Le musée se contente de dire que c’est la brochure guide du musée Tériade, une archive du musée-bibliothèque de Stratis Elefthériadis Tériade. Fort bien. Mais de quel musée? Probablement celui de l’île de Lesbos, car sous la photo le texte qui dit “Tériade dans son jardin” est d’abord en grec, puis en anglais, et enfin en français.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Pour commencer la série des “Grands Livres”, en 1941 Tériade s’adresse au peintre Georges Rouault, parce qu’il souhaite un livre sur le cirque, et que c’est un sujet familier pour Rouault depuis les années 1920. L’œuvre, publiée en 1943, s’intitule Divertissement. L’artiste va traiter le sujet comme, dit-il, “un manuscrit de peinture moderne”, avec un texte accompagné de peintures à la gouache, comme les manuscrits illustrés d’enluminures. Mais en même temps, les touches de couleur sont séparées par d’épais traits noirs qui rappellent les vitraux.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Tériade va ensuite traiter d’autres sujets (nous allons y revenir), mais il a poursuivi avec le thème du cirque en publiant Cirque, de Fernand Léger, en 1950. Ici encore, texte et images. La consigne pour le peintre était de représenter sa propre interprétation du monde du cirque. Ce sera un monde plein de vitalité et de joie.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Chagall et Matisse sont deux des collaborateurs favoris de Tériade. Aussi ne pouvons-nous être étonnés de trouver dans la série sur le cirque un ouvrage confié à Chagall. Ce livre sera publié en 1967. On y retrouve les thèmes habituels à cet artiste.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Tériade est grec, et il ne l’a jamais oublié. Il vit et travaille en France, un pays où les Lettres classiques sont à l’honneur (il ne s’agit pas d’aujourd’hui, hélas! Cela a bien changé), et qui a une tradition d’excellentes éditions d’œuvres antiques. Outre une édition de Daphnis et Chloé, de Longus (un auteur du troisième siècle de notre ère, ou peut-être de la fin du second siècle), qui a pour cadre l’île natale de Tériade, Lesbos, et Les Travaux et les jours, d’Hésiode, il demande à Henri Laurens d’illustrer les Idylles de Théocrite (vers 315-vers 250 avant Jésus-Christ), un recueil de poèmes qui se veulent de petits tableaux, comme le dit l’étymologie du mot. Laurens a voulu, pour ce livre, évoquer la céramique ancienne en adoptant la couleur de la terre cuite.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

C’est encore à Henri Laurens que Tériade fait appel pour la publication, en 1947, de Lucius ou l’âne, de Lucien de Samosate (vers 120-après 180), traduit par le célèbre helléniste Émile Chambry. C’est un bref roman, ou plutôt une nouvelle. Lucius (Loukios) est un homme curieux de sorcellerie; hébergé chez une sorcière qu’il voit se transformer en oiseau, il veut en faire autant, mais la petite servante de la sorcière se trompe d’onguent et le transforme en âne. Dans son corps d’âne, il conserve un esprit humain et des goûts humains, ne serait-ce que pour la nourriture. Il est volé, roué de coups, endure toutes sortes de mésaventures jusqu’à Veroia et Thessalonique en Macédoine avant d’avoir une aventure sexuelle avec une femme ce qui lui vaut d’être exhibé dans le cirque, puis de retrouver enfin sa forme humaine et de pouvoir rentrer chez lui à Patras. Quant à l’auteur, Lucien, il est né à Samosate, en Syrie, et mort à Alexandrie, en Égypte. C’était un écrivain satirique très prolifique. Je me rappelle avoir lu autrefois de ce roman quelques pages en grec… et d’avoir lu le reste en traduction française!

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Tériade croyait en “ses” artistes, il ne voulait pas interférer avec leur génie. En 1946 paraît un livre illustré par Matisse, qui avait eu le libre choix du texte à illustrer, et de la façon de l’illustrer. Et Matisse a choisi un texte fort peu connu, les lettres envoyées en 1669 à un aristocrate français par une religieuse d’un couvent portugais. Lui, c’était Noël Bouton, marquis de Chamilly (1636-1715), soldat du roi Louis XIV envoyé en 1663 défendre le Portugal contre les visées expansionnistes espagnoles. En février 1668, un traité reconnaît enfin l’indépendance du Portugal. Il va donc rentrer en France et, en 1677, se marier. Il sera fait maréchal de France en 1703.

 

Elle, c’est Marianna Alcaforado (1640-1723), une très belle jeune fille de l’aristocratie portugaise, cultivée, lisant et parlant le français, placée au couvent dans l’Alentejo (grande région dans le sud du Portugal) non par vocation, mais sur décision de ses parents parce qu’il est de bon ton dans les familles nobles de ce temps que l’une des filles soit religieuse. Un jour de 1667, alors qu’elle regardait par la fenêtre du monastère les manœuvres militaires, elle a été frappée d’une flèche de Cupidon en voyant notre Chamilly qui pourtant, à en croire Saint-Simon, cet expert en ragots et médisances, n’avait rien pour inspirer l’amour. La guerre finie, Chamilly lui dit devoir rentrer en France auprès de son frère malade, et comme il y avait un navire en partance il s’y est jeté, jurant qu’il la ferait venir auprès de lui. Alors elle a attendu, et dans l’attente elle a écrit à l’élu de son cœur cinq lettres brûlant d’amour, espoir d’abord, puis doute, enfin tristesse et amertume. Car on n’est jamais venu la chercher, et elle est restée toute sa vie dans son couvent. Elle est devenue l’écrivain du monastère, elle en est devenue l’abbesse, et c’est en gardant la blessure de l’abandon qu’elle est morte âgée de quatre-vingt-trois ans.

 

Au tout début de 1669, est publié le recueil de Lettres portugaises traduites en français, sans indication de nom d’auteur, mais bien vite la rumeur a couru que ces lettres avaient été reçues par le marquis de Chamilly et traduites par Guilleragues, un lettré réputé ami de Boileau, et la religieuse ignorait tout de cette publication, qui a connu immédiatement un immense succès. Tout cela était un peu oublié quand le choix de Matisse, ses quinze portraits de Marianna Alcaforado, ses belles illustrations des lettres et la superbe édition de Tériade ont remis ces Lettres sur le devant de la scène.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Ambroise Vollard (1866-1939) était un marchand d’art célèbre, mais aussi un éditeur d’art. De 1923 à 1937, Chagall avait travaillé pour lui sur des illustrations des Âmes mortes, de Gogol. L’ouvrage n’avait pas été publié quand, en 1939, meurt Vollard dans un accident de voiture. Tériade, alors, rachète les droits d’édition des livres inachevés de son confrère, dont ce Gogol par Chagall. Il en achève la préparation et le publie en 1948.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Nous ne sommes pas encore à la fin des publications de “Grands Livres”, mais nous en approchons quand Tériade initie sa collaboration avec Miró (1893-1983). Ce sera pour la publication d’Ubu roi, d’Alfred Jarry (1873-1907), en 1966. Toutefois, c’est dès 1948 que l’idée de cette publication avait été envisagée.

 

À l’origine, le peintre catalan Joan Miró découvre Ubu, ce roi tyrannique et grotesque créé par un Jarry anarchiste et subversif, qui excite dès les années 1920 son inspiration surréaliste. Jarry est un précurseur du Théâtre de l’Absurde. Puis voilà la Guerre Civile espagnole, et le général Franco prend le pouvoir. Raison de plus pour Miró de réagir. 1966, donc, pour Ubu roi. Mais Miró ne s’en tient pas là et il imagine une suite, ce seront Ubu aux Baléares en 1971 et l’Enfance d’Ubu en 1975.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Georges Duthuit (1891-1973) est le gendre de Matisse: il a épousé sa fille Marguerite. Et comme cette qualité ne constitue pas une profession, il a été (aussi) un grand critique d’art, un écrivain, et pour le musée du Louvre spécialiste d'art ancien et d'archéologie, de Byzance et d'art copte. Ses écrits portent, tout naturellement, sur l’art contemporain comme sur l’art des siècles passés. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il vit à New-York. Là, il écrit un beau livre poétique sur les Inuit, les hommes du Grand Nord. Quand, en 1945, il revient en France, Marguerite, qui voit des liens entre l’art des Inuit et celui de son père, lui demande d’illustrer l’ouvrage de son mari. Matisse s’emplit les yeux de la collection de masques de Duthuit, mais aussi de Levi-Strauss et quelques autres, et aussi de photos prises par des explorateurs, et se lance alors dans des portraits de “types d’Esquimaux”. Il va ainsi réaliser une splendide série de trente-et-une gravures. Comme pour les Lettres portugaises de Marianna Alcaforado, ce sont des dessins au trait, qui n’en sont que plus expressifs dans leur apparente simplicité. Tel est le livre Une fête en Cimmérie que publie Tériade en 1963.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Et revoilà Chagall. En 1952, Tériade publie les Fables de La Fontaine. En fait, c’est entre 1927 et 1930 que Chagall a gravé ses plaques de cuivre pour Ambroise Vollard et, comme on l’a vu précédemment, Tériade a récupéré les droits d’édition de ce que Vollard n’avait pas eu le temps de publier. Pour ses gravures en clair-obscur, l’artiste s’est efforcé de coller au texte.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Le poète Pierre Reverdy (1889-1960) écrit Le Chant des morts en une belle calligraphie, tandis que pour Tériade Picasso accepte de peindre, en un rouge vibrant, des formes abstraites pour accompagner le texte. Ce sera la seule illustration de livre qu’acceptera de faire Picasso de toute sa carrière. Publication en 1948.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

En 1955, Tériade édite encore un ouvrage de Reverdy manuscrit. Dans les années 1920, le peintre espagnol Juan Gris (1887-1927) avait entrepris d’accompagner ces textes de compositions cubistes, mais il n’avait réalisé que onze lithographies lorsqu’en 1927 une crise d’urémie l’emporte brusquement à l’âge de quarante ans. Lorsqu’après la Seconde Guerre Mondiale Tériade s’intéresse à cette œuvre, il ne peut envisager de remplacer Juan Gris pour achever le travail pour les neuf derniers poèmes. Le livre paraîtra donc ainsi, les onze premiers poèmes accompagnés des illustrations cubistes de Juan Gris et les neuf autres en texte nu.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Concernant Paris sans fin d’Alberto Giacometti, je me contenterai de montrer cette unique image. C’est trois ans après la mort de l’artiste que Tériade publie les cent cinquante lithographies entre lesquelles s’intercale le texte rédigé par Giacometti lui-même. Seize pages de texte étaient prévues, mais les textes remis à Tériade, d’abord lorsque Giacometti sort de clinique après une intervention chirurgicale, puis quelque temps avant sa mort, ne concernent que dix pages. Religieusement, Tériade respectera ce vide, et la composition comporte six pages blanches aux endroits où le texte prévu n’a pu être rédigé.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Avec Le Poème de l’angle droit, le grand architecte Le Corbusier décrit, dessins et textes, l’histoire de l’humanité par son habitat, de la caverne aux blocs de l’époque contemporaine, ses “unités d’habitation”. Cet unique livre d’artiste de Le Corbusier est une sorte de testament philosophique où est résumée toute sa pensée d’architecte. Il disait: “Il n'y a pas de sculpteurs seuls, de peintres seuls, d'architectes seuls. L'événement plastique s'accomplit dans une ‘Forme Une’ au service de la poésie”. C’est Tériade qui le publie en 1955.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

1930. Ambroise Vollard commande à Chagall un grand nombre de gravures, une centaine, pour illustrer la Bible de Genève de 1638. Voilà Chagall, ce Juif élevé dans la culture yiddish, parti pour la Palestine en 1931 (l’État d’Israël, on le sait, ne sera créé qu’à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale), et face à l’antisémitisme qui sévit en Europe il écrit: “Ici, on ressent que le judaïsme et le christianisme ne forment qu'une seule et même famille. C'était un tout et des démons sont venus qui ont tout détruit et divisé”. Les gravures vont donc être un message de paix et d’œcuménisme. D’ailleurs, comme on peut le constater sur les deux photos que je publie ci-dessus, il n’hésite pas à représenter des figures humaines, ce qu’interdit la loi mosaïque dans la tradition juive. Il va travailler à ces eaux-fortes jusqu’à la mort de Vollard, en 1939. Ce n’est qu’après son retour des États-Unis où il s’était exilé (conséquence des lois raciales, on lui avait ôté en 1941 la nationalité française qui lui avait été accordée en 1937) qu’en 1952 il se remet à ce travail, à la demande de Tériade qui a repris l’édition Vollard. En tout, ce seront cent cinq gravures placées en face des textes correspondants dans cette publication de 1956.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Depuis 1937, Tériade dirige une prestigieuse revue poétique et artistique, Verve, à laquelle vont participer les plus grands noms du monde de l’art. Pour le numéro 8 de Verve, en 1940, Matisse compose La Symphonie chromatique, pour la couverture. C’est un assemblage de collages de papiers de vingt-six couleurs différentes. En 1940 on diagnostique chez Matisse un cancer de l’intestin, il sera opéré, à la suite de quoi pendant longtemps il ne pourra que passer de son lit à son fauteuil et de son fauteuil à son lit; impossible de peindre, de se tenir devant un chevalet; Tériade, en cette année 1941, lui avait suggéré de poursuivre dans cette veine, et c’est alors qu’il va se remettre au découpage et au collage. D’autres peintres ont déjà pratiqué la technique du collage, en utilisant des coupures de journaux, ou de petits objets, mais ce n’est pas ce que fait Matisse. Lui utilise des papiers qu’il colore à la gouache, mais vierges de toute inscription. Il se limite à un jeu de couleurs. Ainsi est né le recueil Jazz, constitué de vingt planches. “J'ai rempli les pages séparant mes planches de couleurs par des choses sans importance –qu'on lira ou qu'on ne lira pas– mais qu'on verra et c'est tout ce que je désire”, dit-il. Ces “choses sans importance”, c’est le texte écrit de sa main, au pinceau et à l’encre de Chine. Choses très importantes, au contraire. Tériade publie Jazz en 1947.

 

Voilà donc un petit tour d’horizon de cette très belle exposition temporaire concernant Tériade.

Published by Thierry Jamard
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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 23:55

Dans mon précédent article, nous avons vu des icônes du musée byzantin d’Athènes, et j’ai réservé pour le présent article les “objets” de ce musée. Toutefois, j’y inclus deux peintures, parce qu’elles sont spéciales et me donnent l’impression d’être mieux à leur place ici. Tant et tant de choses… Comment faire un choix? Et quel ordre suivre? J’ai classé mes choix en trois grandes périodes: d’abord, l’antiquité tardive, le paléo-christianisme, puis le moyen-âge jusqu’à la fin de l’Empire byzantin et l’arrivée des Turcs (pour Constantinople, c’était 1453, mais les conquêtes ottomanes avaient commencé avant), et enfin l’époque moderne du quinzième siècle au vingtième. Dans chacune de ces périodes j’ai vaguement suivi un ordre chronologique, bouleversé par un classement par thèmes. Mais assez de préambule, visitons le musée.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Le musée byzantin d’Athènes est hébergé dans un beau bâtiment, la villa Ilissia, construite par l’architecte Stamatis Kléanthis pour la duchesse de Plaisance, Sophie de Marbois-Lebrun, qui voulait en faire sa résidence d’hiver. Les travaux se sont achevés en 1848, mais la duchesse est morte en 1854 et pour des raisons que je ne connais pas, sa villa est alors tombée entre les mains de l’État qui en a fait l’école des cadets. Cela n’a duré que trois ans, mais par la suite elle a été utilisée de diverses façons par l’armée. Ce n’est qu’en 1926 que la villa Ilissia a été consacrée au musée byzantin, et c’est l’architecte Aristote Zachos qui a été chargé de transformer et d’adapter les bâtiments à cet usage.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

C’est en accord avec le conservateur de l’époque, Georgios Sotiriou, que Zachos a aménagé au rez-de-chaussée trois reconstitutions d’églises, une paléochrétienne, une byzantine, une post-byzantine. Une longue rénovation entreprise en 2003 a modifié également la structure, et une seule de ces trois églises a été conservée, la basilique paléochrétienne, que montrent les photos ci-dessus.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

L’une des salles du rez-de-chaussée (précédemment l’une des reconstitutions d’églises) est consacrée aux expositions temporaires. En cette année 2013, on célèbre le deux centième anniversaire de la naissance du philosophe danois Søren Kierkegaard (1813-1855), ce théologien protestant précurseur de l’existentialisme. L’artiste Kalliopi Lemos, qui a étudié et qui vit à Londres, a réalisé ce bateau en bois de châtaignier poli de 3,47 mètres de long, avec douze figures de sel et résine, qui s’intitule, nous dit-on, Passages de substance. Kierkegaard, qui s’est violemment attaqué au protestantisme d’État en réclamant l’accomplissement religieux personnel, est à l’opposé de la religion orthodoxe qui s’est maintenue malgré la chute de Byzance pour qui la religion passe par l’intermédiaire de l’Église. Ces figures grimaçantes souffrent de la dure traversée de la vie.

 

Il me semblait bien avoir déjà vu cette sculpture. C’était dans la mosquée de la citadelle de Réthymnon, en Crète. Dans mon article consacré à cette ville daté du 14 au 16 juillet 2011, je ne parle que du Grand Œuf et des Déesses poilues, de cette même Kalliopi Lemos, parmi les sculptures d’elle qui étaient exposées là, mais en consultant mon dossier de photos du 16 juillet j’ai constaté que j’avais en effet vu ce bateau de châtaignier. Il était dit qu’il avait été réalisé de 2008 à 2011 et qu’il s’appelait Bateau d’Ulysse… Je suis allé sur le site de Kalliopi Lemos, et j’y ai reconnu cette sculpture; j’ai vu confirmation de la date de 2011, soit deux ans avant cet anniversaire de Kierkegaard, et qu’elle s’y intitule, encore aujourd’hui, Bateau d’Ulysse. Cette réutilisation et ce changement de nom sont très intéressants et instructifs, car on peut y voir une interprétation kierkegaardienne du voyage d’Ulysse, qui dure dix ans et le tient seul face à lui-même et face aux dieux.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Deux stèles funéraires taillées dans le calcaire, toutes deux datées troisième ou quatrième siècle. Dans ce musée byzantin nous envisageons l’aspect religieux, bien sûr, or le troisième siècle s’achève avec des persécutions contre les chrétiens, et le quatrième commence avec les terribles persécutions de Dioclétien. Puis vient la conversion de l’empereur Constantin et l’édit de Milan en 313 qui établit la liberté de culte; c’est aussi la création de Constantinople, Constantinou-Polis, “Ville de Constantin”, sur la vieille Byzance des Grecs. En 361-363 règne l’empereur Julien, dit l’Apostat parce qu’élevé dans le christianisme il rétablira le paganisme polythéiste dans l’Empire. C’est dans cette période de va-et-vient que se situent ces stèles.

 

La première représente une femme en position d’orante. On remarque qu’elle se trouve entre deux chacals assis à ses pieds. Or le chacal est la personnification du dieu égyptien Anubis, dieu des morts, dont on trouve la représentation sur maints sarcophages, sur maintes peintures murales funéraires, sur maints papyrus. Cette stèle, la suivante et quelques autres objets ci-dessous appartiennent à l’art copte. Les Coptes –ce nom, c’est le mot “Aigyptos”, “Égyptien” déformé par la langue arabe– ce sont ces populations chrétiennes d’Égypte dès avant la conquête arabe musulmane de 642 (vingt ans après l’Hégire du prophète Mahomet). Et même si cette stèle est païenne, elle est marquée par l’art copte. Je disais bien que le nom de Copte s’appliquait en Égypte longtemps avant la conquête de 642.

 

La seconde stèle représente deux personnages, peut-être un homme et une femme, un bras levé. Le musée dit qu’ils se donnent la main, mais il semble que le sculpteur qui a gravé la pierre ait volontairement fait se croiser leurs poignets. Par ailleurs, je note que si leurs visages sont bien de face dans le prolongement de leurs corps, leurs pieds sont tournés sur le côté selon le style égyptien traditionnel, ils sont donc censés se regarder ou aller l’un vers l’autre. À l’époque les chrétiens n’utilisent pas encore couramment la croix comme symbole de leur croyance, mais plutôt le chrisme; or ici ni croix, ni chrisme. C’est donc également une stèle païenne, très probablement.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette bague à l’anneau de fer et à la pierre de cornaline est du quatrième siècle. C’est encore un objet païen car la représentation en est le dieu Dionysos. Aujourd’hui une femme peut bien porter une bague représentant Dionysos ou Aphrodite, et être chrétienne ou athée, cela ne veut rien dire, c’est un bijou et rien d’autre, mais en cette époque où le christianisme veut étouffer l’ancienne religion polythéiste et où le paganisme revendique ses droits avec énergie, il n’est pas question de porter sur soi les signes apparents de la religion “d’en face”.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette petite plaque d’ivoire sculptée en très bas-relief témoigne, au cinquième ou même au sixième siècle, de la survivance des anciens cultes puisqu’elle représente la déesse Vénus. Il est dommage que le musée n’en dise pas plus à son sujet, notamment dans quel pays elle a été trouvée (mais elle est dans la salle des objets coptes), et dans quel contexte: tombe, temple, villa privée…

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Ici en revanche, cette statuette funéraire sculptée dans le calcaire dans un style un peu fruste, et que le musée ne date pas, porte au cou une petite croix. Il s’agit donc clairement d’une sépulture chrétienne, mais qui a conservé les usages antiques d’ensevelissement du défunt avec des objets qui lui sont offerts pour l’au-delà. Le mélange, dans l’art copte, des éléments hérités de l’art grec et de l’art égyptien sont intimement mêlés dans une même œuvre, comme la présence des chacals auprès d’une orante typiquement grecque, ou les pieds de profil pour des têtes de face sur des corps dessinés à la grecque, ou encore une Vénus, en Aphrodite grecque, dans un décor égyptien, mais dans cette figurine je ne reconnais ni le style grec, ni le style égyptien.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Curieuse, cette tête de Méduse sculptée sur une plaque de marbre, parce que la plaque est à double face et, de l’autre côté, elle représente une croix chrétienne. Trouvée à Léchaio, près de Corinthe, elle date du cinquième ou du sixième siècle. En l’absence de toute interprétation donnée par le musée, je me demande s’il s’agit d’une ancienne sculpture païenne dont on aurait retourné la plaque pour y sculpter le signe de la nouvelle religion.

 

Mais il y a des liens entre le mythe de Méduse et les christianisme. Prenons deux textes. Dans la Théogonie d’Hésiode, je lis: “Méduse était mortelle […]. Lorsque Persée lui eut tranché la tête, […] quittant une terre fertile en beaux fruits, [il] s'envola vers le séjour des Immortels, et il habite le palais de Zeus, de ce dieu prudent dont il porte le tonnerre et la foudre”. Difficile de ne pas faire le parallèle avec le diable et le Royaume de Dieu. Et l’Enfer de Dante: “Regarde, me dit-il, les féroces Érinyes! [...] Chacune d’elles se déchirait la poitrine avec les ongles, elles se frappaient des mains, et jetaient de si hauts cris, que de crainte je me serrai contre le Poète. Viens, Méduse! nous le ferons de pierre, criaient-elles toutes, regardant en bas”. Et de même, l’enfer est peuplé de ces démons, et du diable d’auprès de qui on ne revient pas si l’on est pris dans son regard. Il n’est donc pas impossible que, plutôt qu’une réutilisation d’une antique sculpture, il s’agisse de deux faces volontairement opposées, la face de Méduse qui représente le mal, le diable, le paganisme, et la face de la croix du Christ, qui représente le bien et l’espérance du paradis. N’ayant pas sous la main assez de documents pour mieux justifier cette thèse ou pour l’infirmer et me rendre compte que je divague, je préfère arrêter là.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

La peinture, la sculpture, représentent parfois Jésus comme un bébé joufflu dans les bras de Marie, mais il est fort rare de trouver le Christ adulte sous les traits d’un homme bien gras –gros et gras, le teint frais et la bouche vermeille, comme le Tartufe de Molière– que ce soit en sculpture ou en peinture. Or c’est le cas ici, sur ce médaillon d‘ivoire du sixième siècle. Certes, Jésus pouvait participer à des repas de noces, comme à Cana, mais nulle part dans les évangiles, et même bien sûr en dehors de sa retraite dans le désert, il n’est présenté comme un épicurien adepte de bonne chère. Ici, avec ses joues rondes, ses lèvres charnues, ses épaules dodues, ouvrant des yeux ronds sous sa toison bouclée, il n’a rien d’un ascète, ni du modeste pêcheur qu’il était sur le lac de Tibériade, ou de l’artisan travaillant dans l’atelier de son père charpentier.

 

Le musée dit qu’il s’agit d’une imitation de l’ivoire Barberini du musée du Louvre. Cet ivoire est de la première moitié du sixième siècle, et donc la date correspond. N’ayant pas vu, ou pas photographié cet objet, je ne l’ai pas dans ma collection de photos. En me reportant à une image trouvée sur Internet, je comprends qu’il est fait allusion à cette figure du Christ qui se trouve en haut du panneau central, entouré de deux anges eux-mêmes bien en chair. Jésus y est en effet un peu bouffi, les yeux réduits par la graisse des joues. Il y a certes beaucoup de points communs entre les deux représentations, mais je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’une imitation.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Laissons ces représentations humaines ou divines. Voyons la vie quotidienne. Ma photo montre un fragment de sol en mosaïque datant du cinquième siècle. Il provient de la basilique de l’Ilissos, à Athènes.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Après avoir baissé les yeux vers le sol, levons nos regards vers le plafond, avec ce support de plusieurs chandelles (polycandelon) du sixième siècle, qui porte une inscription votive. Il a été trouvé dans l’île d’Eubée, à Limni.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Clairement chrétienne est cette lampe en cuivre, avec son manche en forme de croix. Elle est datée entre le cinquième et le septième siècle.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

La vie quotidienne concerne aussi l’habillement. Les objets ci-dessus sont des boucles de ceinture en cuivre qui datent du sixième siècle.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Le musée donne une fourchette du quatrième au huitième siècle pour ce fragment de vêtement en laine et lin brodé de figures sacrées, de faune, de flore. Il est merveilleux que des matières tellement périssables se soient conservées en état suffisamment bon pour que l’on y voie encore ce qui y est représenté.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Des fragments de vêtements se sont conservés, mais les vêtements eux-mêmes ne sont plus reconnaissables. Le cuir de ces chaussures, en revanche, permet parfaitement de les imaginer aux pieds de personnes vivantes. À gauche, des chaussures d’enfant, à droite des chaussures d’adulte, décorées de dorures à la feuille d’or. La fourchette de dates est légèrement plus resserrée, du cinquième au huitième siècle.

 

La presse, de temps à autre, informe que des tombes ont été profanées dans l’un de nos cimetières. Tombes chrétiennes par des musulmans, tombes juives par des antisémites, quelle que soit la confession ou la philosophie des auteurs de ces actes, il y a un large consensus pour condamner de telles exactions. D’autres profanations sont commises par des pilleurs de tombes. Aujourd’hui on n’enterre plus comme dans l’antiquité avec toutes sortes d’objets de valeur, mais souvent on laisse une alliance en or ou un bijou, et des voleurs sans scrupules se servent sans respect aucun du défunt. L’indignation n’est pas seulement justifiée par l’indifférence des pilleurs à l’égard des proches et de leur chagrin, elle porte sur le manque de respect pour le défunt lui-même. J’ai alors du mal à comprendre pourquoi on trouve normal, quand la tombe n’est plus entretenue depuis longtemps, de l’ouvrir et de mettre les restes d’ossements dans un ossuaire commun. Et, quand on trouve dans un cercueil, eût-il plus de mille ans, un corps encore vêtu d’une chemise brodée et de souliers en cuir, on le dépouille sans vergogne pour exhiber ces vêtements dans un musée. J’avoue, pour être franc, que je prends un grand intérêt à voir cela ici, que je trouve émouvant d’imaginer ces parures sur des personnes qui ont vécu il y a tant de siècles, mais en même temps je m’interroge sur le droit que nous avons d’agir ainsi. Quel est le délai de prescription pour le respect de la mort?

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Les objets en terre étaient en général marqués d’un sceau pour en authentifier le contenu ou l’origine. Le sceau pouvait être en terre cuite, comme ci-dessus, et son empreinte était marquée dans la terre encore humide, avant cuisson. Ci-dessus, le sceau porte la marque d’une croix.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Aujourd’hui, des milliers, voire des millions de fidèles se rendent en pèlerinage aux Lieux Saints, ou à Lourdes, ou ailleurs, mais ces pèlerinages modernes n’ont rien de commun avec les foules jetées sur les routes de Compostelle, par exemple. Ils se font en avion ou en train, et un bon pourcentage de ceux qui se rendent à pied à Saint-Jacques de Compostelle le font en touristes plus qu’en croyants. Dans l’antiquité tardive, non seulement le paganisme avait encore beaucoup d’adeptes, mais en outre les chrétiens n’avaient pas, pour la plupart, les moyens de voyager ainsi, les chemins des pèlerinages n’étaient pas aménagés, il n’y avait pas les relais qui ont été créés un peu partout au moyen-âge. Néanmoins certains lieux étaient l’objet de pèlerinages et de dévotions. L’habitude était d’en rapporter un souvenir, comme encore aujourd’hui, mais un souvenir en relation avec le sanctuaire: à Lourdes, de bons commerçants vendent des fioles d’eau miraculeuse certifiées par l’Immaculée Conception. Au sanctuaire de saint-Menas, en Égypte, on vendait des ampoules en terre cuite, comme celle de ma photo (qui est du septième siècle), contenant de l’huile bénite. Ces objets étaient considérés comme des phylactères, c’est-à-dire qu’ils étaient censés tenir à distance les démons, ou les maladies, ou la malchance, le malheur. D’autres phylactères pouvaient être des amulettes, des croix pectorales, etc.

 

Ici, donc, il s’agit du pèlerinage de saint Menas. Ce soldat romain né en 285 du côté de Memphis s’est ensuite retiré du monde pour vivre en ermite. Très mauvaise période pour les chrétiens, ces années qui ont précédé l’édit de Milan: vers 309 il a été martyrisé. Thaumaturge, il avait beaucoup de fidèles parmi ses miraculés et leurs proches, aussi emporta-t-on son corps à dos de chameau en direction d’Alexandrie. Mais arrivés à une petite cinquantaine de kilomètres de leur but, les chameaux de la caravane ont refusé d’avancer. Ce ne pouvait qu’être un signe du Ciel, on a déchargé le corps et on l’a enterré sur place. L’endroit s’appelle aujourd’hui Abou Mena. Au quatrième siècle, mais surtout à partir du cinquième, un pèlerinage s’est développé vers la tombe de saint Menas. L’ampoule de ma photo le représente, debout entre deux chameaux (allusion à la caravane qui s'est arrêtée là), les bras écartés en position d’orant.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
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Il y a de la vaisselle en terre ou en céramique, il y a également, comme le montrent les photos ci-dessus, de la vaisselle en argent, ces cuillers, cette assiette du septième siècle. Ainsi marquée d’une croix, cette assiette pouvait certes appartenir à une pieuse personne, mais ce pouvait plutôt être une patène pour la célébration de la messe.

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Passons à l’époque suivante, moyen-âge et empire byzantin. Avec cette pierre, nous sommes au douzième siècle. C’est un fragment d’iconostase en marbre, où est représenté un arbre de vie. Devant, deux sphinx piétinent un cerf sans le regarder.

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Il n’est besoin d’aucune explication pour ce bas-relief d’une Nativité du treizième siècle sur une plaque de marbre provenant d’Athènes. Ce n’est toutefois pas encore la représentation traditionnelle de Marie, de la voir couchée, reposant juste après l’accouchement, avec près d’elle le petit Jésus tout enveloppé de bandelettes comme c’était l’usage à l’époque pour les nourrissons. À l’époque, mais pas seulement, car encore au dix-huitième siècle l’usage n’avait pas changé, puisque Jean-Jacques Rousseau s’insurge contre cet emprisonnement de l’enfant.

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Cette représentation de la Vierge étendue après l'accouchement, au treizième siècle, n'est pas la représentation courante, disais-je. Et cela m'a rappelé une photo (ci-dessus) que j'avais prise sur la façade de Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, en avril 2009. Cette façade est du milieu du douzième siècle. Mais revenons au musée byzantin d'Athènes.

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Indiquant le treizième siècle pour ce chapiteau de marbre blanc, le musée fait suivre cette date d’un point d’interrogation. Mais il note que le style de cet homme cornu et de la décoration est occidental. Ce chapiteau vient de l’île de Zante (Zakynthos).

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J’aime beaucoup ce pectoral en os, daté treizième-quinzième siècle, représentant à gauche le Christ trônant, à droite la Vierge orante. C’est son anneau qui permet de comprendre qu’il s’agit d'un pectoral: on le portait pendu au cou, et il était sans doute considéré comme phylactère.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
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Le livre de ma première photo est un manuscrit enluminé des évangiles sur parchemin et il date du douzième siècle. Avec ma deuxième photo, je fais un gros plan sur une enluminure d’un autre livre manuscrit, également des évangiles mais plus tardif, quatorzième ou quinzième siècle. L’enluminure, qui représente l’évangéliste saint Marc, est peinte sur papier, et le papier est collé sur parchemin. Habituellement, pour reconnaître que c’est saint Marc, les artistes l’accompagnent du lion qui est son symbole, mais c’est ici inutile, parce que l’image est en face de son évangile.

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Avant de passer à l’époque qui suit la conquête ottomane, encore une image concernant la vie matérielle. Cette paire de pinces en bronze est du treizième siècle et provient de la ville béotienne de Thèbes.

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…Et voilà des objets du quotidien que l’on date du quinzième ou du seizième siècle. Les Turcs sont arrivés en Europe dans la deuxième moitié du quatorzième siècle, et ils ont achevé l’anéantissement de l’Empire Byzantin avec la prise de Constantinople au milieu du quinzième siècle, en 1453. Ils vont encore, pendant plusieurs siècles, guerroyer dans les Balkans, et jusqu’en Hongrie actuelle, jusqu’aux portes de Vienne en Autriche, mais dans le domaine géographique couvert par le musée byzantin d’Athènes nous voilà bel et bien au sein de l’Empire Ottoman. Sauf pour la Crète et les îles Ioniennes.

 

D’abord un pichet en terre, peint et vernissé. Il a été trouvé en Crète, mais d’où provient-il? Difficile à dire, car la Crète reste encore hors du domaine ottoman. Elle appartient à Venise, et du fait de la situation de l’île sur le route des échanges commerciaux à travers la Méditerranée elle est à la croisée des transactions. Candia (future Héraklion) exporte essentiellement vers Venise et l’Occident en général non seulement les productions locales, mais aussi les productions qui transitent par son port en provenance d’Orient, et elle importe de Venise du mobilier, des bijoux, des céramiques de prix achetés par les riches bourgeois qui y habitent. De sorte que ce pichet, qui est de qualité, peut aussi bien être une production locale d’un talentueux artisan, qu’une production italienne importée par un Vénitien de Crète.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
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Là au contraire, toujours quinzième ou seizième siècle, nous sommes en domaine ottoman, dans l’île de Chypre, à Lapithos sur la côte nord, face à la Turquie, où il se trouve des ateliers de poterie. La vaisselle en terre est très répandue, notamment parce que beaucoup moins coûteuse que le métal parmi ces populations souvent pauvres. Néanmoins, pour les plus pauvres les objets ne portaient aucune décoration, à la différence de ce pot peint, incisé et vernissé, ou de cette assiette joliment décorée, puis vernissée. Les nouveaux usages vont arriver lentement, on se met à fumer au dix-septième siècle, et alors que jusqu’alors les intérieurs sont dépouillés on va importer du mobilier à partir du dix-huitième siècle.

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Nous revenons aux Coptes, mais cette fois-ci au dix-septième siècle, avec cette belle icône sur bois représentant un archange.

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Cette sorte de coffret est une production du dix-huitième siècle pour servir de couvre-évangile. Puis, en 1819, il a été converti en couvre-reliquaire. Il appartenait au monastère de la Dormition de la Vierge, à Kaminos, près de Delvino en Albanie. La Dormition, on l’a vu maintes fois, est le moment où la Vierge s’est endormie. En effet, considérant que celle qui a donné naissance à un Dieu est incorruptible et immortelle, le catholicisme a imaginé son Assomption au ciel, portée par les anges, l’orthodoxie la fait s’endormir et non pas mourir. Il arrive parfois cependant que l’on trouve des Dormitions dans la peinture catholique.

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Ce ne sont que deux fragments du même type d’objet. Vu ce qu’il en reste, il est difficile de savoir ce qu’il recouvrait, mais on voit bien que ces bandes en argent représentent des épisodes de la vie et de la décollation de saint Jean Baptiste. Elles sont du dix-huitième siècle.

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Repartons un peu en arrière dans le temps avec cette croix de procession seizième ou dix-septième siècle. Elle provient du monastère du Timios Prodromos de Serres, en Macédoine grecque. Timios, en grec, veut dire “honorable, respectable”, cet adjectif est utilisé ici pour exprimer la sainteté du Prodromos. Ce dernier mot désigne “Celui qui vient avant, Celui qui précède”. C’est la façon habituelle, chez les Orthodoxes, d’appeler saint Jean Baptiste. En effet, on lit dans l’évangile de saint Luc: “Ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. […] Il marchera devant Dieu […] afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé”. Selon ce texte, saint Jean Baptiste est venu préparer le terrain pour l’enseignement de Jésus.

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En dehors de sa datation au dix-huitième siècle, le musée ne nous dit strictement rien de cet objet, sinon “croix”… ce dont je me serais douté!

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Cet objet de bois sculpté en creux est à l’évidence un sceau. Mais son usage est spécifique, parce qu’il servait à marquer le pain de la communion. Il est du dix-huitième ou du dix-neuvième siècle. Les Orthodoxes ne communient pas, comme les catholiques, en recevant une hostie de pain non levé et toute blanche, mais avec du pain au levain qui, avant cuisson, est marqué d’un signe religieux, une croix par exemple, ou comme ici l’aigle bicéphale qui est l’emblème de l’Église orthodoxe grecque. Cet oiseau, noir sur fond jaune, orne le drapeau qui flotte devant les églises de Grèce.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
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Quelques vêtements liturgiques, maintenant. Ici nous voyons un sticharion dix-huitième, dix-neuvième siècle, en coton brodé de soie représentant au centre une sainte, peut-être sainte Damienne, entourée de quarante saintes. Cette jeune fille aurait été la fille d’un gouverneur en Égypte au temps de Dioclétien. Torturée, emprisonnée, elle n’aurait jamais renié sa foi chrétienne, toujours refusant de sacrifier aux dieux païens et serait morte décapitée, tandis que ses compagnes suivaient son exemple. Quant au sticharion, il est le successeur byzantin du chiton que portaient usuellement les Grecs dans l’antiquité, et remplit dans les Églises d’Orient le même rôle que l’aube dans l’Église catholique, premier vêtement porté par le prêtre ou le diacre.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
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Autre vêtement liturgique, ce sakkos de soie rouge est du dix-septième siècle. Ce que l’on voit ici, avec la broderie d’une Vierge à l’Enfant entourée des prophètes, est le dos du vêtement. Sur le devant, il représente le Christ Vigne. Ici encore, le sakkos succède à un vêtement en usage dans l’antiquité, la chlamyde. La magnificence de sa matière, de ses broderies, parfois même de ses incrustations de pierres précieuses le réserve au patriarche et aux métropolites qui le revêtent pour les célébrations.

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Ce sakkos est en velours noir brodé d’or. Beaucoup plus récent, il est du dix-neuvième siècle et provient de Bursa, au nord-ouest de la Turquie d’Asie. Cette ville est la Pruse de l’antiquité, que l’on appelait autrefois Brousse en français.

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Cette représentation du Christ mort, une fois descendu de la croix et préparé pour l’ensevelissement, est conforme au chapitre 19 de l’évangile selon saint Jean: “Joseph d’Arimathie […] demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. […] Nicodème […] vint lui aussi, il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts”. Les personnages que l’on voit ici sont, outre le Christ bien sûr, Marie qui lui soutient la tête. Cette identification est sûre, parce que près d’elle sont inscrites la première et la dernière lettres des deux mots “Mêtêr Théou”, soit “Mère de Dieu”. Auprès d’elle, une autre femme est très certainement Marie-Madeleine. Quant aux deux hommes, ils peuvent être Joseph d’Arimathie et Nicodème, mais vu la jeunesse de celui qui est près de Marie-Madeleine je pencherais plutôt pour saint Jean.

 

Ce superbe tissu richement brodé est un épitaphios, voile liturgique utilisé dans les cérémonies orthodoxes du Vendredi Saint commémorant la mort du Christ. Du grec “épi”, qui veut dire “sur” et “taphos”, “tombe”, de même qu’une épitaphe est une [inscription] sur la tombe. Celui de ma photo date de 1751, et la brodeuse y a brodé son nom, Mariora.

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Ce tissu brodé a un tout autre usage, il sert à fermer la Porte Royale qui est l’ouverture centrale dans l’iconostase. Il date du dix-neuvième siècle et a été brodé par Kokona de Rologas. Il nous est dit qu’il représente l’hypapante. Ce mot requiert peut-être une explication, il désigne la “rencontre”, c’est-à-dire l’Enfant Jésus et le vieillard Siméon lors de la présentation au temple. Et c’est en effet ce que l’on voit sur ma photo, Siméon et Jésus. Dans le chapitre 2 de son évangile, saint Luc raconte que “quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi: Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petites colombes. Or il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. […] Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Siméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Siméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant: Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole”. Ce temps de la purification, quarante jours après la naissance, correspond au 2 février, la fête de la Chandeleur.

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Les croyants, dans la religion chrétienne, n’ont pas modifié les usages du paganisme, en offrant aux saints des présents pour obtenir leur intercession, ces présents pouvant aussi être offerts après coup, en remerciement d’une intercession. Cette pratique n’a pas disparu. La nature du don est bien entendu en relation avec l’objet du vœu, et sa valeur dépend des moyens du fidèle, mais aussi de la valeur accordée à la réalisation du vœu. Ce petit cheval en argent a pu être donné pour obtenir la guérison d’un cheval.

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Dans l’église, le croyant vient prier à titre privé, embrasser les icônes, ou prendre part à une célébration. Mais d’autres pratiques avaient lieu aussi, que l’Église a théoriquement tenté de décourager, les gestes pour se débarrasser des démons ou pour obtenir la santé physique ou psychologique, et puis qu’elle a parfois intégrés, comme l’exorcisme. Ces pratiques peuvent se prolonger hors du bâtiment de l’église, comme le port de talismans, ou l’usage de “charmes” pour tenir le mal à distance, pour obtenir une promotion ou une réussite, pour protéger sa santé, pour trouver l’amour et le mariage, etc. Le livre manuscrit de ma photo, qui date du dix-huitième siècle, comporte des exorcismes et autres pratiques magiques.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette représentation d’Éros, le dieu de l’amour, est une œuvre signée Defterevon Sifnios, 1825. Pour cet artiste, il s’agissait de montrer les effets destructeurs de la passion amoureuse, telle qu’elle sévit dans la société qui l’environne. Les yeux bandés, il joue de la trompette de tous côtés, au hasard, et les êtres qu’il attire sont dévorés par des monstres.

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Le musée montre aussi quelques bagues sceaux du dix-huitième ou du dix-neuvième siècle. Celle de gauche représente l’aigle bicéphale de l’Église grecque, et en-dessous on peut lire à l’envers (puisque c’est un sceau, dans la cire ce sera à l’endroit) la date de 1862. L’autre représente un lion, mais comme rien n’en dit l’origine il est difficile de justifier ce lion. Une supposition cependant: les îles Ioniennes sont restées vénitiennes jusqu’au dix-neuvième siècle, par conséquent si cette bague provient de l’une de ces îles avant leur indépendance, ou même si elle a appartenu à un Vénitien resté sur place après la naissance de la République des Sept Îles, ce lion est celui de saint Marc, protecteur de la Sérénissime et symbole de la ville.

Published by Thierry Jamard
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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 23:55

Le musée byzantin d’Athènes est si merveilleux, si rempli d’œuvres exceptionnelles, que nous avons dû nous y reprendre à trois fois pour parcourir les salles qui étaient fermées, faute de moyens, lors de notre visite du 3 avril 2011 (voir mon article à cette date). Et encore, nous projetions une quatrième visite que nous n’avons pas effectuée, faute de créneaux dans notre programmation. Ce que je présente ici n’est donc qu’un choix très restreint de ce qu’un amateur d’art byzantin appréciera dans ce musée. Je scinde toutefois mon compte-rendu en deux parties, aujourd’hui la peinture, à savoir icônes et fresques, et dans mon prochain article les objets, sculptures, tissus, etc.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Commençons par une icône très ancienne, qui remonte au début du treizième siècle. Elle provient de Chypre mais a probablement été peinte par un peintre occidental. C’est une Vierge Hodegetria, c’est-à-dire “qui montre la route”. En effet, de la main, elle montre Jésus qu’elle porte sur le bras, et cela se comprend à la lecture de l’évangile de saint Jean, chapitre 14: “Jésus lui dit: Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi”. Ainsi, la route, c’est Jésus. Le thème est très fréquent dans l’iconographie byzantine.

 

Une précision au sujet du mot Hodegetria: En grec moderne, toute aspiration a disparu du début des mots, mais on a continué à l’écrire jusqu’en 1982. Les anciens hyper-, hypo-, hydro-, etc. sont maintenant prononcés iper-, ipo-, idro-. On peut donc trouver parfois (mais en fait rarement) le mot écrit Odegetria, sans H initial, puisque le H n’est plus indiqué en grec par ce que l’on appelle un “esprit rude” (petit signe sur la voyelle initiale). Par ailleurs, il existait en grec deux E, l’epsilon, qui est un E bref fermé (é) et l’êta, qui est un E long et ouvert (ê). En grec moderne, l’epsilon est resté un É, mais l’êta se prononce I (le grec moderne utilise énormément ce son, et prononce I le êta, le Y, ainsi que EI et OI, et bien sûr aussi le I). En conséquence, il arrive assez souvent que ce mot, qui contient à l’intérieur deux êta, soit transcrit en français de façon phonétique, Hodigitria. Cette précision afin que mon lecteur, s’il n’est pas accoutumé au grec, et surtout au grec moderne, ne croie pas que l’Hodegetria et l’Odigitria sont deux représentations différentes de la Vierge.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Ce fragment d’icône en provenance de Véroia (en Macédoine, nord de la Grèce) représente sainte Catherine, et date de la seconde moitié du quatorzième siècle. C’est une icône à double face, l’autre côté représentant Zosime et sainte Marie l’Égyptienne.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013
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Cette icône-ci est du début du quinzième siècle et représente l’Hospitalité d’Abraham, quand trois anges se présentent chez lui comme des voyageurs et qu’il leur fait servir un repas. Notons au passage qu’il est un peu naïf de les prendre pour de simples étrangers, avec leurs auréoles dorées sur le crâne et leurs grandes ailes dans le dos. Genèse, chapitre 18: “Abraham alla promptement dans sa tente vers Sara, et il dit: Vite, trois mesures de fleur de farine, pétris, et fais des gâteaux. Et Abraham courut à son troupeau, prit un veau tendre et bon, et le donna à un serviteur, qui se hâta de l'apprêter. Il prit encore de la crème et du lait, avec le veau qu'on avait apprêté, et il les mit devant eux. Il se tint lui-même à leurs côtés, sous l'arbre. Et ils mangèrent”. Hé oui, c’est un peu machiste, c’est Abraham que l’on admire pour son hospitalité (et il est vrai qu’il a choisi un veau de qualité et donc cher), mais il fait bosser sa femme à la cuisine! Ma deuxième photo, qui montre en gros plan un détail de la table, indique que l’on a servi aux anges la tête de veau non désossée, et d’après le texte Sara ne s’est pas donné la peine de préparer une sauce gribiche, la feignante, puisqu’Abraham a accompagné le veau de crème et de lait. Bon, je redeviens sérieux et je passe à la suite.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

L’église byzantine Saint-Spyridon, de Kastoria (belle ville du nord de la Grèce sur un grand lac, voir mon article daté des 6 et 7 juillet 2012), a été détruite, mais ses fresques ont pu très partiellement être sauvées. Le fragment ci-dessus, qui avait été peint à la fin du quinzième siècle, représente un ange, partie d’un Mélismos. Ce mot désigne le partage du pain, rompu et distribué, mais parce que dans la liturgie chrétienne le pain représente le corps du Christ, donné à la communion à chacun des fidèles, la peinture byzantine a souvent représenté Jésus enfant dans le plat sur la table. Et j’ai bien l’impression que l’ange de cette fresque ne se penche pas vers une miche de pain qui va être rompue et partagée, mais vers un berceau. Quoi qu’il en soit, cet ange est superbe.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Nous abordons le seizième siècle avec cette Annonciation peinte sur les Portes Royales d’une iconostase. On sait, bien sûr, que l’iconostase est la cloison qui, dans le rite orthodoxe comme dans le rite catholique oriental, cache à la vue des fidèles le sanctuaire, là où sur l’autel le prêtre célèbre la partie de la messe qui évoque le sacrifice du Christ. L’accès de cette partie de l’église est interdit aux femmes. Il y a généralement une entrée sur le côté, mais pendant les célébrations le prêtre passe par la porte centrale, à un ou deux battants. C’est la Porte Royale.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

“La vraie vigne, c’est moi, et mon Père est le vigneron. Il enlève toutes mes branches qui ne donnent pas de fruits et il taille toutes les branches qui donnent des fruits. Ainsi elles en donneront encore. […] Je suis la vigne, vous êtes les branches. Si quelqu'un reste attaché à moi comme je suis attaché à lui, il donne beaucoup de fruit”. Telles sont, selon le chapitre 15 de l’évangile de saint Jean, les paroles de Jésus. Cette icône est du seizième siècle, mais c’est à partir du quinzième siècle que les peintres ont commencé à représenter Jésus comme poussant sur un cep de vigne. Sur ses branches poussent les douze apôtres, dont les quatre du haut portent en main un livre: ce sont les quatre évangélistes. Pour cette icône qui provient de Crète, le nom du peintre est connu, il s’appelle Angelos Akotantos.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Catholiques ou orthodoxes, fréquentes sont les représentations de la Vierge donnant le sein à l’Enfant Jésus. Je ne sais si c’est par une pudeur extrême que la poitrine de la Vierge est habituellement toute menue et très peu réaliste, située très haut presque sur la clavicule, mais quoique je ne voie pas d’autre explication celle-là ne me convainc guère, même si au seizième siècle sur les tableaux le costume des femmes leur monte jusqu’au cou et si, au quinzième siècle, quand Agnès Sorel portait des robes qui lui dégageaient les épaules elle était considérée par l’Église et par les dévots comme une gourgandine. Cette icône, où l’on voit saint Jean Baptiste derrière la Vierge, est du seizième siècle. Et la Vierge est dite Galactotrophousa: en grec, gala, galactos signifie le lait; et de tréphô, nourrir, dérive trophos, la nourriture; trophousa est le participe présent du verbe, le mot Galactotrophousa signifie donc “nourrissant de lait”, c'est-à-dire “donnant le sein”, “allaitant".

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Il est curieux que sainte Catherine (à droite) tende vers l’Enfant Jésus son index plutôt que son annulaire, parce que c’est un anneau que Jésus veut lui passer au doigt. En effet la scène représentée par cette icône du seizième siècle est le mariage mystique de sainte Catherine avec Jésus, thème récurrent de la peinture chrétienne.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013
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Nous voilà dans la seconde moitié du seizième siècle pour cette icône peinte par Georgios Klontzas (1540-1608) et représentant saint Georges terrassant le dragon. Hé oui, l’artiste a peint son saint patron. C’est un peintre de l’école crétoise, en pleine période de l’occupation vénitienne. En effet, en 1212 les Vénitiens obtiennent que les Génois leur laissent l’île, et c’est en 1645 que les Ottomans mettent le pied en Crète pour en achever la conquête en 1669.

 

Habituellement, la princesse apparaît toute petite, dans un coin, mais ici elle est sur le même plan que saint Georges, et donc de la même taille. Puisque le dragon était sur le point de la dévorer, elle est logiquement hors de la ville. J’ai ajouté un autre gros plan sur les soldats massés sur les remparts, car ils étaient effrayés, et seul le preux Georges ose s’attaquer au monstre. Je ne connais pas la biographie de Klontzas, mais quand je vois les palais de son arrière-plan, je me demande où il a bien pu prendre son modèle. Je ne reconnais pas les décors des gravures de la Canée (Chania), de Rethymno, de Candie (Héraklion). S’est-il rendu à Venise? Mais de toute façon je ne reconnais pas Venise non plus…

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette iconostase en maçonnerie et cette fresque proviennent de l’église byzantine de la Dormition de la Vierge, connue surtout sous le nom d’Épiskopi, dans la région d’Eurytanie (Evrytania, Grèce continentale, région montagneuse dans le sud-ouest). L’église a été construite à la fin du neuvième siècle.

 

Il me faut parler du fleuve Achéloos, sur lequel a été construit un barrage. Dans un article de mon blog daté du 16 janvier 2011 et intitulé Autour d’Agrinio, j’avais montré une photo de ce grand fleuve et du lac de retenue du barrage, le lac Kremaston. J’écrivais: “Achéloos est, dans la mythologie grecque, le dieu de ce fleuve, fils d’Océan et de Thétis, l’aîné de tous ses frères les trois mille fleuves du monde. Océan et Thétis sont l’un des plus anciens couples connus des théogonies, donnant à Achéloos une origine remontant très loin dans les origines indo-européennes. De ses amours avec la muse Melpomène ([…] Melpomène étant attachée au théâtre tragique) vont naître les Sirènes. On lui prête aussi des liaisons avec d’autres muses mais de façon indéfinie, donnant naissance à des sources, dont Castalie à Delphes”. Je viens de jeter un coup d’œil sur Internet, l’article de Wikipédia où l’on parle de “Téthys”, précisant que l’on trouve parfois la graphie Thétis, qui est incorrecte. Il faut alors croire que même Homère, Hésiode ou Apollodore ne savent pas écrire ce nom, car je lis au chant I de l’Iliade, vers 495-496: Θέτις δ᾽ οὐ λήθετ᾽ ἐφετμέων παιδὸς ἑοῦ; le vers 244 de la Théogonie d’Hésiode dit Εὐδώρη τε Θέτις τε Γαλήνη τε Γλαύκη τε; ou encore le vers 773 des Argonautiques d’Apollodore de Rhodes: Πρώτην δ' εἰσαφίκανε Θέτιν. Je voulais justifier la raison pour laquelle je conserve donc ma graphie… Puis, il y a seulement quelques mois, dans un article de ce blog que j’ai intitulé Vers le nord de la Grèce, en date du 5 avril 2013, j’ai accompagné de photos quelques lignes décrivant ce fleuve et j’ajoutais: “Achéloos est tombé amoureux de Déjanire, que convoite aussi Héraklès, d’où le combat entre eux. Achéloos prend d’abord l’apparence d’un serpent qu’Héraklès parvient à maîtriser en l’étouffant, puis celle d’un taureau dont Héraklès arrache une corne. Achéloos s’avoue vaincu et Héraklès épouse Déjanire. Ses colères sont terribles, or il est très irritable”. Et malgré son irritabilité, on a osé couper son cours d’un barrage. Le lac Kremaston ainsi créé a englouti ses rives, et entre autres cette église Épiskopi. C’est la raison de ma longue digression sur ce fleuve. Mais avant qu’elle disparaisse sous les eaux, les archéologues se sont précipités pour sauver ce qu’ils pouvaient sauver.

 

Les murs étaient recouverts de fresques, or on s’est aperçu qu’en fait il y avait trois couches successives de fresques, la première couche peinte au neuvième siècle dès l’époque de la construction avait été recouverte au onzième, et la troisième couche, celle qui était encore visible, était du treizième siècle. Sur la couche de fond, les motifs étaient floraux et géométriques, la seule scène représentée étant une Crucifixion. La deuxième couche ne constitue pas un programme suivi de représentations. La dernière couche, au contraire, qui couvrait tout l’édifice, représente les épisodes de la vie de la Vierge, de la vie de saint Nicolas, et toutes les scènes concernant le Christ telles que décrites dans les évangiles. Ce sont des peintures d’une très grande qualité artistique.

 

Puis à une époque non déterminée, l’église a été abandonnée et elle est peu à peu tombée en ruines. C’est probablement au dix-septième siècle que, pour lui redonner vie, on y a rétabli une iconostase, en maçonnerie celle-là (celle que l’on voit sur ma première photo ci-dessus). Les fresques que l’on y voit ne peuvent bien sûr pas être antérieures, quoiqu’elles aient été peintes dans le style de celles des murs, mais avec les mêmes thèmes qui étaient –et qui sont– en usage sur les iconostases en bois. En haut, une grande déesis, c’est-à-dire le Christ trônant entouré de la Vierge et de saint Jean-Baptiste priant pour les chrétiens. Sur les panneaux en-dessous, on trouve à gauche une Vierge Hodegetria et à droite un Christ Pantocrator.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Avec cette icône, nous sommes aux alentours de l’an 1600. C’est une belle descente de croix réalisée par un peintre nommé Ioannis (Jean) Apakas. Il y a, au pied de la croix, de belles scènes d’émotion, tandis que c’est avec beaucoup de réalisme que les hommes, sur des échelles, détachent Jésus, l’un arrache un clou de la main avec de grandes tenailles, les autres soutiennent le corps distendu, retenu par cette seule main. Mais, à part que c’est un grand artiste crétois qui démontre une belle originalité dans ses œuvres, on ne sait pratiquement rien de cet Apakas, et l’on ne situe sa vie dans le temps que par la datation de ses icônes.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Il a nom Victor, le peintre de cette icône du milieu du dix-septième siècle qui représente l’empereur Constantin (reconnu comme saint par l’Église orthodoxe), qui a proclamé la liberté de culte dans l’Empire Romain, et qui s’est fait baptiser, et sa mère sainte Hélène. Ce Victor est lui aussi un Crétois qui a travaillé à Candie, nom de la ville qui deviendra Héraklion, mais qui désignait aussi l’île entière. Ses années d’activité s’étalent de 1661 à 1697, soit avant et après la conquête de l’île par les Turcs en 1669.

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Cette Vierge à l’Enfant a été peinte par Emmanuel Tzanes en 1664. Tzanes étant l’un des peintres qui ont connu le long siège de Candie puis l’occupation de toute la Crète par les Turcs, il me donne l’occasion de dire un mot des conséquences sur l’art. Pour ne pas être soumis à l’occupant turc, et quoique les Vénitiens n’aient pas toujours rendu les Crétois heureux lorsqu’ils régnaient sur l’île, par exemple en transformant leurs églises orthodoxes en églises catholiques, ils se sont en grand nombre dirigés vers les îles Ioniennes, Corfou, Leucade, Céphalonie, Ithaque… qui étaient et sont restées vénitiennes, ce qui est le cas de Tzanes (qui se rendra par la suite à Venise où il poursuivra son œuvre). Là, ils ont été bien accueillis par les Vénitiens qui leur ont facilité la venue. Ils ont émigré avec leur art, mais ils n’étaient plus sur leur terre et leur art s’est mêlé à l’art vénitien et il s’est ainsi diversifié, enrichi plutôt qu’abâtardi. Quittant peu à peu les thèmes et les techniques byzantins et post-byzantins et se tournant désormais vers l’Occident, les peintres crétois des îles ioniennes en sont venus à ce qu’à partir de cette fin du dix-septième siècle on a appelé l’École Ionienne. Désormais, les thèmes ne seront plus exclusivement religieux, ou procéderont d’une sécularisation des thèmes religieux, et on y trouve les germes de la peinture grecque moderne.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette icône divisée en deux parties est de la seconde moitié du dix-septième siècle. On a reconnu, dans la partie supérieure, une Vierge Hodegetria. Le naufrage, en bas, avec ces hommes qui nagent vers la terre et une ville, montre qu’il s’agit très vraisemblablement d’un ex-voto réalisé à la demande des rescapés, qui considèrent que c’est grâce à Marie qu’ils ont eu la vie sauve. D’ailleurs, la taille relativement réduite de la plupart des icônes que nous voyons ici prouve qu’elles répondent à une dévotion privée plutôt qu’à la décoration en grand format d’un retable ou du mur d’une église. Ces icônes privées, évidemment, étaient coûteuses, elles témoignent de l’existence d’une classe sociale aisée de propriétaires terriens et de commerçants prospères.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

C’est en 1675 à Céphalonie, l’une des îles Ioniennes détenues par les Vénitiens, que le peintre Ilias Moskos a réalisé cette icône de l’Annonciation. Telle est du moins l’information donnée par le musée. Mais cherchant plus d’informations sur cet artiste, je trouve qu’il serait né à Réthymnon, en Crète, ce qui n’a rien d’étonnant, en 1649 alors que cette information est liée à une Nativité de 1658… ce qui rend douteux l’article qui fait de ce Moskos un grand artiste à l’âge de neuf ans! Toutefois, plusieurs galeries qui proposent des reproductions de ses œuvres lui donnent pour dates 1649-1687 et, tant son style que le fait qu’il se trouve à Céphalonie six ans après la prise de la Crète par les Turcs, confirment sa naissance crétoise. La Vierge est représentée en arrière-plan et assez sombre, et l’accent est mis sur l’archange Gabriel sur le devant de la scène, dans ses vêtements clairs flottant au vent de l’Esprit. Nous sommes très tôt après la venue du peintre en domaine Vénitien, et pourtant on sent déjà, dans la représentation de l’archange, que le tableau n’est plus purement byzantin.

Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les icônes. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette grande icône représente au centre saint Gobdélaa, et tout autour des scènes de sa vie et de son martyre. Les supplices représentés sont atroces et manifestent un génie du mal chez les persécuteurs. Il est rare que des hommes ou des femmes antérieurs au schisme entre catholiques et orthodoxes soient saints dans l’une de ces religions et pas dans l’autre (comme c’est le cas pour l’empereur Constantin), mais par la suite ceux que l’une des religions a canonisés ne l’ont pas été dans l’autre. Je suppose que si cet homme (perse) a subi le martyre en refusant la conversion, c’est par fidélité à Dieu, au Christ, plus que pour le filioque qui fait la dispute entre chrétiens orthodoxes et chrétiens catholiques, mais si en expirant sous la torture il ne s’est pas écrié “je suis pour le filioque procedit” sa canonisation ne pouvait être envisagée à Rome… Il suffit, ici, de regarder le costume des bourreaux pour comprendre que ce saint a été victime des Turcs musulmans, et par conséquent qu’il est postérieur au schisme de 1054.

 

Quant au peintre, Georgios Lymnitis, c’est également un Crétois, et il a réalisé cette œuvre en 1664, donc avant la conquête de l’île. Le musée présente, à côté de cette icône, une autre très semblable et de la même taille, représentant au centre le même saint dans la même position, et tout autour les mêmes scènes de sa vie et de sa mort, au même emplacement. Elle est de la même année 1664 mais d’un autre peintre, Philothéos, un hiéromoine.

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Le musée nous dit que, dans la deuxième moitié du dix-septième siècle, le peintre Théodore Poulakis a représenté, à Corfou, des scènes de la vie du prophète Élie. J’avoue avoir quelques difficultés à trouver quel est l’épisode représenté ici. Peut-être le chapitre dix-sept du Premier Livre des Rois? Élie s’adresse au roi Achab: “Il n’y aura ces années-ci ni rosée ni pluie, sinon à ma parole. Et la parole de l’Éternel fut adressée à Élie, en ces mots: Pars d’ici, dirige-toi vers l’orient, et cache-toi près du torrent de Kerith, qui est en face du Jourdain. Tu boiras de l’eau du torrent, et j’ai ordonné aux corbeaux de te nourrir là. Il partit et fit selon la parole de l’Éternel, et il alla s’établir près du torrent de Kerith, qui est en face du Jourdain. Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande le matin, et du pain et de la viande le soir, et il buvait de l’eau du torrent”. Ce serait le moment où Élie annonce la sécheresse à venir.

 

Ce Théodore Poulakis (1622-1692) est lui aussi un Crétois, né à Chania (La Canée) émigré après la prise de Candie. Comme Emmanuel Tzanes, il a longtemps travaillé à Venise après son départ de Crète, mais c’est dans l’île Ionienne de Corfou qu’il est mort. Quant à ce tableau, on voit sur ma photo deux fissures verticales. Ce n’est ni parce que le peintre a utilisé des panneaux étroits, ni parce que le temps a fait éclater le bois. En effet, en 1976, le tableau qui était dans une église a été volé et, parce que l’on tire plus d’argent de plusieurs fragments d’icône que d’une icône entière, il a été découpé sans scrupules en neuf morceaux. Il a été retrouvé peu après, mais hélas le mal était fait. Une première restauration a été effectuée en 1984, et une seconde plus complète en 2008-2009.

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Cette composition, qui copie l’Apothéose de Venise, de Véronèse, dans le palais ducal de Venise, était une étude pour le plafond de l’église Saint Spyridon à Corfou, plafond aujourd’hui repeint. L’auteur en est Panagiotis Doxaras (1662-1729). Lui n’est pas crétois, puisqu’il est né dans la péninsule du Magne (le “doigt” central, au sud du Péloponnèse, celui qui s’achève par le cap Ténare. Voir mes articles Le Magne et Porto Kagio, 14 mai 2011; et Le cap Ténare, 15 mai 2011). Il n’avait que deux ans quand sa famille a déménagé pour l’île de Zante (Zakinthos). En 1694, il délaisse provisoirement ses activités artistiques de peintre d’icônes pour aller se battre à Chios contre les Ottomans en s’engageant dans l’armée vénitienne. Il reviendra à la vie civile et à la peinture en 1696 mais s’efforcera de recruter dans le Magne des combattants contre les Ottomans. Reconnaissante, la Sérénissime le fera chevalier et lui donnera des terres dans l’île de Leucade. De 1699 à 1704, nous le trouvons à Venise, où il est allé s’initier à la peinture de la Renaissance et à l’art vénitien. Notamment, il va traduire en grec l’essai de Léonard de Vinci Trattato della Pittura (Traité de la Peinture). Son apport n’est pas qu’artistique, il est aussi technique, quand il s’efforce de faire adopter pour les icônes la peinture à l’huile au lieu du vieux procédé byzantin des pigments broyés dans du jaune d’œuf. De retour en Grèce, il va vivre à Kalamata jusqu’en 1715, et reviendra dans les îles, Leucade, Zante et Corfou où il est mort. Il a achevé la grande peinture de ma photo en 1727, juste après avoir publié en 1726 un essai intitulé Περί ζωγραφίας (De la peinture) où il exhortait les artistes à abandonner l’ancienne tradition artistique post-byzantine et plutôt à adopter le style italien et les techniques occidentales. On le considère comme le fondateur de ce que l’on appelle l’École Ionienne de peinture, ou encore l’École des Sept-Îles (ces sept îles Ioniennes qui ont appartenu à Venise jusqu’à ce qu’elles rejoignent la Grèce indépendante, n’étant jamais tombées sous le joug ottoman. D’ailleurs, le premier chef d’état de la Grèce indépendante est Capodistria, originaire de Corfou, où il sera assassiné).

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Une dernière icône, datée de 1738. On situe son origine probablement en Asie Mineure, à moins que ce ne soit à Constantinople. Dans cet Empire Ottoman, on qualifiait de Romioi tous les Orthodoxes vivant sur les anciens territoires de l’Empire Byzantin, qu’ils soient de langue grecque, ou slave, ou turque. Partis en exil, exterminés, soumis en esclavage, la population des Romioi n’était pas loin de s’éteindre dans les années qui ont suivi la conquête ottomane, au quinzième siècle, et la prise de Constantinople en 1453. Mais au dix-septième siècle, le sultan a accordé des privilèges au patriarche orthodoxe de Constantinople, rendant confiance aux populations de Romioi. Le développement économique et social de cette époque, l’autonomie limitée mais réelle, leur ont permis d’acquérir une certaine prospérité et de croître numériquement. En même temps que l’amélioration des conditions matérielles, l’art a connu un renouveau, surtout dans le domaine religieux, peinture d’icônes, orfèvrerie d’accessoires en argent pour le culte, vêtements sacerdotaux brodés d’or, manuscrits et livres enluminés.

 

C’est ainsi que le peintre Balasios a peint cette Vierge, “Rose qui ne se fane pas”, un thème qui sera repris par la suite, mais dont il est l’un des tout premiers créateurs.

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Et pour changer un peu de toutes ces icônes, ce croquis au fusain qui représente “L’homélie de saint Paul sur la colline de l’aréopage”. Il est dû à Spyridon Chatzigiannopoulos (1820-1905), qui a étudié à l’École des Beaux-Arts de 1848 à 1854.

 

Mon prochain article, comme je l’annonçais au début, concernera donc les objets du musée byzantin d’Athènes.

Published by Thierry Jamard
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