Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Anemotia est mon onzième article sur Lesbos. Dans le dix-huitième, parlant de Methymna (ou Molyvos), j’aurai l’occasion de dire qui est Georgios Koukoulas. Pour aujourd’hui, il me suffira de dire que cet homme, exceptionnellement gentil et sympathique, nous a emmenés, d’abord à Anemotia, mais ensuite au-delà d’Anemotia, là où ni bien évidemment avec le camping-car, ni même avec la petite voiture de location que nous avons souvent utilisée, nous n’aurions pu accéder, si tant est que nous ayons été informés de ce dont aucun de nos guides ne parle, ni aucun dépliant ou catalogue touristique.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Et donc en ce dimanche matin, Georgios nous a embarqués dans son véhicule et nous a emmenés en premier lieu à Anemotia, un gros bourg aux belles maisons de pierre. Mais ce bourg est malheureusement en perte de vitesse et sa population est en baisse.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Ce grand et beau bâtiment est l’école. Et parce que le nombre de ses élèves a été jugé insuffisant, elle a été fermée. Telle qu’on la voit, elle peut témoigner d’une époque de splendeur hélas révolue.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Les portails de l’école, qui ne s’ouvrent plus, se couvrent de tags. Des tags sentimentaux: Sur ma première photo, le tag de gauche dit “Je t’aime”, suivi de six points d’exclamation, tant cet amour est intense. Et à droite, l’autre tag dit “Amour interdit”. Quelle tristesse… Quant à la deuxième photo, son tag adresse à l’être aimé une appellation tendre, “mon bébé”.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Ces panneaux indicateurs montrent les chemins opposés menant aux deux églises que nous allons visiter, Agios Georgios, du dix-septième siècle, et l’église de la Transfiguration du Sauveur.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Nous commençons par Saint Georges, Agios Georgios, le saint protecteur de notre aimable guide. Cette vieille église que nous allons visiter a fait partie des cent monuments dans le monde les plus en danger, selon la liste établie en 2008 par le World Monuments Fund's Watch. Selon le site du ministère grec de la culture, il y aurait une plaque attestant de sa construction en 1702. Ce qui, contrairement à ce que disait le panneau indicateur, est le dix-huitième siècle. Un siècle de différence, on n’est pas à cela près! Et il est avéré qu’un peintre du nom de Jean Chomatzas a été invité en 1702 à venir de Chios peindre les fresques de cette église.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Passant sous le porche de l’enceinte, je remarque au passage cette belle charpente. Et quoique je ne sois ni architecte, ni ingénieur, j’ai l’impression qu’elle est l’un des éléments en danger signalés par le World Monuments Fund.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

On a préservé ici, comme dans un certain nombre de monastères de Grèce qui ont été sous domination ottomane, le talanton, cette pièce de bois suspendue au plafond et que l’on frappait d’un maillet pour la faire résonner en guise de cloche, puisque les cloches étaient proscrites par l’État, dont l’Islam était la religion officielle, pour ne pas être en concurrence avec la voix du muezzin dans le minaret des mosquées.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Agios Georgios est une petite église, mais sa visite est fort intéressante, parce que ses murs sont couverts de fresques anciennes, comme cela est visible sur ma photo ci-dessus.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

L’iconostase elle-même est richement décorée. Par exemple, sur la porte centrale est peinte cette Annonciation dans un style très sobre, pas de Dieu le Père sur un nuage désignant Marie du doigt, ni de colombe du Saint-Esprit voletant dans sa direction selon les ordres du Père, mais Marie est debout, les mains croisées sur la poitrine en signe de soumission, tandis que l’archange Gabriel lui parle, avec un geste du bras.

 

Tout en haut de cette iconostase, il y a une galerie de douze hommes représentés dans des cadres. Quoiqu’aucun d’entre eux ne porte d’auréole, du fait de leur nombre je suppose qu’il s’agit des douze apôtres. Mais de là à identifier individuellement chacun d’eux…

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Sur ma photo où l’on voit l’ensemble de l’intérieur de l’église, qui est bien sombre, on a beaucoup de mal à distinguer, sur la droite de l’iconostase, à la droite du grand Christ, une icône sous laquelle pendent de petites plaques de métal. Ces plaques sont des ex-voto. Et sur le côté de l’icône est suspendu, absolument impossible à deviner sur ma photo sombre et réduite, cet objet de bois et d’argent que je reproduis en gros plan ci-dessus. On dirait que c’est un poignard dans son fourreau. Peut-être est-ce l’arme qu’a utilisée un fidèle pour se défendre d’un agresseur ou d’un soldat ottoman lors de la Guerre d’indépendance, et que son propriétaire a offerte ici, attribuant à un saint d’avoir ainsi pu conserver la vie.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Mais puisque j’ai annoncé des fresques sur les murs, venons-y. Par exemple ce saint cavalier n’est pas saint Georges, comme on l’aurait attendu dans une église à lui dédiée, mais saint Dimitri. En effet, ce n’est pas un dragon qu’il terrasse, mais un ennemi. Et pas trace d’une princesse délivrée. La dévotion au saint lui vaut de recevoir une couronne de feuillages et de fleurs suspendue au-dessus de son visage.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

1702. Trois siècles, certes ce n’est pas rien, mais ce n’est quand même pas très vieux. Or certaines des fresques sont en piteux état. Cela justifie bien, là encore, le classement de monument en danger. Quand on voit l’état de conservation des fresques de Cnossos en Crète, ou de celles d’Akrotiri à Santorin, qui accumulent trois millénaires et demi d’âge, sans parler des grottes de Lascaux et compagnie, on se dit qu’il y a sûrement quelque chose à faire pour sauver celles de cette église.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Heureusement, nombre d’autres fresques sont encore en bon état de conservation. Mais ce n’est pas réjouissant de voir les supplices infligés aux martyrs, comme celui-ci.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Fresque traditionnelle dans le monde orthodoxe, saint Constantin, premier empereur romain chrétien, qui a instauré la liberté de culte dans l’Empire et sa mère sainte Hélène. Le bas de la fresque est très abîmé, mais heureusement le plus important, les visages, est en bon état. Ils sont sévères, dignes. On ne peut pas dire qu’ils aient l’air de bons vivants, surtout Constantin!

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Généralement, la composition des Dormitions de la Panagia sont horizontales, les personnages étant en ligne derrière le lit. Ici, cette composition en demi-sphère est originale, et elle donne plus de relief, plus d’importance au corps de Marie. J’aime bien la façon dont est ainsi renouvelé le sujet, qui doit toujours présenter les mêmes personnages.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Laissons maintenant l’église Saint-Georges et allons voir l’église de la Métamorphose (Transfiguration) du Sauveur. C’est un édifice beaucoup plus moderne, puisqu’il a été construit en 1885 et restauré dès 1926, seulement quarante-et-un ans plus tard. Les dates sont indiquées sur cette petite plaque de marbre qui est insérée au-dessus du portail (la troisième de mes photos ci-dessus). Peut-être l’église avait-elle souffert de la guerre, ou d’un événement naturel comme un tremblement de terre. C’est une grande église, qui, comme l’école, témoigne de l’importance passée d’Anemotia, surtout si l’on considère qu’Agios Georgios absorbait une partie des fidèles.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Même si cette église n’a pas le charme des édifices plus anciens, elle en impose par la majesté de son architecture.et par la richesse de son ameublement, en particulier de ces stalles de ma première photo. Il y a de la recherche dans le dessin de ces chapiteaux ioniques, mais ils n’ont aucune grâce, ils semblent trop fluets en relation avec la taille des colonnes qu’ils surmontent.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

J’aime beaucoup m’attarder devant les Annonciations. En effet, ce sujet si classique peut être interprété de mille façons, non pas tant pour l’ange (mais un peu quand même) que pour la façon dont la Vierge reçoit la nouvelle. Cela va de ce tableau de Lotto que j’ai vu en Italie (voir mon article Recanati, Museo Civico. Mardi 16 avril 2013), où l’ange qui vient de se poser a encore sa robe volant dans le courant d’air, et où l’Annonciation affole Marie, et même un petit chat s’enfuit, jusqu’à cette Annuziata d’Antonello da Messina (voir mon article Palerme : musée sicilien et palais des Normands. Vendredi 9 juillet 2010), dont le visage est serein mais impénétrable, et qui lève à demi une main ouverte en un geste que chacun interprète à sa manière. Ici, dans cette église, nous trouvons la traditionnelle colombe du Saint-Esprit, mais je trouve l’ange fort peu expressif, et Marie, les mains plaquées sur la poitrine, la tête penchée, est soumise à la décision de Dieu et à la tâche dont elle est chargée, mais cette soumission totale et indiscutée semble la priver de toute réaction personnelle, de toute émotion.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Ma photo montre la scène qui justifie le nom de l’église, c’est la Transfiguration de Jésus, qui apparaît dans sa gloire entre Élie et Moïse alors qu’il avait emmené avec lui ses disciples Pierre, Jacques et Jean. Comme dit le texte de l’évangile, “les disciples tombèrent sur leur face et furent saisis d’une grande frayeur”. L’artiste a bien représenté, au pied de la montagne, cette situation des disciples. Mais ensuite, “ils levèrent les yeux et ne virent que Jésus seul”. Alors je ne m’explique pas cette foule de saints aux pieds de Jésus sur les flancs de la montagne. Le peintre n’a pas bien lu l’évangile!

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Et encore deux fresques avant de remonter en voiture avec notre ami Georgios. À droite, bien que nous soyons dans une église moderne, le Christ est représenté en empereur byzantin, vêtement somptueux et couronne d’or. Autour de lui, on identifie bien sûr les quatre évangélistes, de part et d’autre de sa tête il y a un petit homme et un aigle, ce sont saint Mathieu et saint Jean, de part et d’autre de ses pieds un lion et un bœuf, ce sont saint Marc et saint Luc. Le lion a un visage tellement humain, il est si drôle, que je ne résiste pas à l’envie de le montrer en gros plan.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Nous avons quitté Anemotia, nous montons dans la montagne par un chemin non revêtu. Le panneau indique “Christ, source qui donne la vie”. Il y a donc par là une source sacrée, sans doute comme cela arrive souvent une source à laquelle les païens, dans l’antiquité, attribuaient des vertus bienfaisantes et où ils voyaient des nymphes ou d’autres divinités, et que le christianisme a adaptée à la nouvelle doctrine. Nous descendons de voiture devant une sorte de long abreuvoir de ciment dans lequel coule l’eau de la source. Cela ne donne guère une impression de sacré, mais après tout ce n’est pas le contenant qui compte, car dans l’évangile de saint Jean Jésus dit à la Samaritaine “celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle”.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Mais ce n’est pas tout. Nous devons continuer à pied, car il n’y a plus de route, ni même de chemin, juste un sentier à peine visible. Il est évident que si nous n’étions pas guidés nous serions complètement incapables de trouver la Krifi Panagia que nous allons découvrir. La montée dans la forêt est très belle, et en ce mois d’avril le temps est doux et agréable, mais cette montée sous le rude soleil de juillet ou d’août, même sous le couvert des arbres, serait… chaude! Nous nous contentons d’admirer le paysage en suivant notre guide.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Et puis, soudain, bien caché derrière de grosses roches, en contournant des arbres, on découvre qu’au sol il y a quelques pierres taillées, plates. Nous arrivons à la Krifi Panagia. Le Υ grec est souvent, de nos jours, transcrit phonétiquement par un I, et ce F de Krifi, c’est la façon moderne de transcrire le Φ (PHI) grec, la lettre que l’on trouve dans Philippe, phosphore, etc., et lorsque le mot est écrit avec Y et PH, on comprend mieux sa relation étymologique avec le verbe kryptô, “je cache”, la crypte étant le sous-sol caché des églises. Et la Κρυφή Παναγία (Kryphê, ou Krifi Panagia), c’est la Sainte Vierge Cachée. Oh oui, elle est bien cachée!

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Je m’en voudrais de critiquer la généreuse piété de ce Michaïl Tarani qui, en 1995, a offert cette petite chapelle moderne, mais… elle a beau être petite, elle n’est pas discrète dans la forêt. Certes, elle est à bonne distance du chemin, elle est perdue dans les arbres et les rochers, mais elle détruit un peu la magie du lieu. Mais je suis conscient que ces mots que j’écris ne sont pas ceux de l’Orthodoxe qui désire venir prier et trouve plus commode pour cet usage cette chapelle, qu’une grotte étroite et obscure.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014
Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Car la grotte ancienne, en voilà l’entrée. En certaines occasions, elle conserve un rôle de sanctuaire, car ces sièges de plastique, à la porte, en témoignent.

Lesbos 11 : Anemotia. Dimanche 22 juin 2014

Et dans ce tout petit sanctuaire, malgré l’existence de la chapelle neuve, les gens viennent encore prier la Vierge et lui offrir de petites icônes et divers objets qui, même s’ils sont dépourvus de valeur marchande, ont au moins la valeur du cœur qui les offre. Et je trouve cela touchant. Il y a cependant une icône en argent, et dans la chapelle moderne qui, elle aussi, est ouverte à tous vents, il y en a plusieurs. Les Grecs, dans l’ensemble, sont honnêtes (ne pas payer ses impôts n’est pas considéré comme une fraude, comme une malhonnêteté, mais prendre à autrui ce qui lui appartient, cela c’est un vol est ce n’est pas admissible), et comme on peut le constater, même si beaucoup de gens se débattent dans des difficultés économiques insurmontables, pour rien au monde on ne volerait la Panagia, ou agios Georgios, ou Agios Dimitrios, ou n’importe quel autre saint.

 

Après un moment de contemplation de cette grotte bien cachée et du somptueux paysage, nous redescendons vers la voiture. Au revoir Anemotia, et merci Georgios.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Comme on le voit sur ma carte ci-dessus, nous voici tout au sud et à l’ouest de l’île de Lesbos, à Eresos, qui est l’une des villes existant déjà dans l’antiquité, et l’une des plus importantes de Lesbos déjà à l’époque, la troisième après Mytilène et Methymna. Dans la ville nous ne sommes pas sur la mer, mais à petite distance, sur la côte, nous verrons Skala Eresos, qui est un autre quartier de la même ville, celui du port.

 

On notera qu’Eresos est la ville natale du philosophe Théophraste, le disciple et collaborateur d’Aristote. La ville revendique aussi la naissance de Sappho, mais Mytilène la revendique aussi. N’étant pas présent au moment où sa mère a accouché d’elle, je ne trancherai pas le débat.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

En nous promenant en ville, nous sommes tombés sur ces ruines. La forme arrondie de ce mur qui s’inscrit dans le côté d’un rectangle évoque bien sûr une église chrétienne. Aucun panneau, aucune explication ne donne la moindre indication. Est-ce un monument paléochrétien? Ou bien médiéval, byzantin?

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

En tous cas, nous voyons ici l’entrée de l’église, et les belles mosaïques de sol qui ont malheureusement beaucoup souffert. Mais ce paon était magnifique.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Ailleurs, ce petit édicule semble bien être une église, ou plutôt une petite chapelle, comme on en voit partout en Grèce. Et comme la porte en est ouverte, nous entrons voir l’intérieur.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Eh bien non, ce n’est pas une chapelle. Ou plutôt, c’est une chapelle funéraire, ce qui n’est pas la même chose, puisque l’on n’y célèbre pas d’offices religieux. Il est clair qu’ici ce ne serait pas possible, puisque la liturgie orthodoxe exige que le prêtre soit, à certains moment de la célébration, caché à la vue des fidèles, dans le sanctuaire, c’est-à-dire la partie du chœur derrière l’iconostase. Et ici, il n’y a pas d’iconostase. La plaque explique: “Saint André, évêque de Crète, le grand hymnographe [=auteur d’hymnes], est né à Damas, est mort durant une navigation, le 4 juillet 740, alors qu’il revenait de Constantinople et a été enterré en ce lieu”.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Il y a à Eresos un petit musée archéologique fondé, dit la plaque, en 1858. Comme c’est très récent, seulement 156 ans, le conservateur, ou les archéologues, ou l’éphore des antiquités, n’ont pas encore eu le temps de placer quelques étiquettes explicatives. Peut-être, si nous repassons vers 2050 ou 2070, y en aura-t-il quelques-unes. Cela dit, il y a beaucoup de choses intéressantes, et qui le seraient encore plus si elles étaient datées, si l’on savait d’où elles viennent, et ce qu’elles représentent. C’est d’autant plus dommage que la dame qui garde les lieux est fort aimable et accueillante, tente d’expliquer ce qu’elle peut, montre des documents. Par exemple, cette tombe de terre cuite, comme Eresos a été habitée sans interruption de l’âge du bronze à nos jours, il est difficile au visiteur de la dater…

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Avoir extrait du sol ce cercueil de terre cuite pour l’exposer ici est une excellente idée, mais puisque nous sommes dans une ville importante, les tombes n’étaient pas isolées, il y a des cimetières, où l’on a trouvé de nombreuses stèles funéraires. Ce bas-relief d’un cavalier est ce que l’on appelle une tombe thrace, parce que c’est dans cette région du nord-est de la Grèce que cette représentation du défunt à cheval est traditionnelle, mais on en trouve dans toutes les régions du monde grec, et sous ces stèles ce n’étaient pas forcément des citoyens de Thrace qui étaient enterrés. Généralement, il y avait aussi un arbre avec un serpent enroulé sur le tronc ou dans les branches, mais puisque visiblement cette plaque est cassée juste derrière la croupe du cheval, on ne peut savoir si le bas-relief comportait d’autres éléments.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Cette plaque a été sculptée pour marquer la tombe d’un couple. On les voit avec une chèvre, probablement destinée à être sacrifiée. Sous leurs pieds, il y a une inscription, mais comme la partie gauche de la base est brisée, on ne peut dire ce qui y était inscrit, on ne voit que la dernière lettre des mots. En revanche à droite, c’est très lisible, on y voit deux noms, Kritolaos et Agathêméro. Et dessous, Chaïrete, c’est-à-dire réjouissez-vous, ou soyez heureux, formule habituelle de l’au-revoir que l’on trouve presque toujours sur les plaques funéraires grecques antiques.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Sur le socle de la plaque dédiée à cette défunte représentée assise sur un siège pourvu d’un coussin, et accompagnée d’une servante, on peut lire son nom, Nikarchis, suivi de la lettre Χ (khi, que l’on transcrit par kh ou par ch) mais le reste du mot manque. Et à elle il est dit Chaïre, c’est-à-dire la même chose, mais au singulier puisqu’elle est seule défunte.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Dans mon précédent article, consacré à Thermi et à ses sources thermales, je parlais de la déesse Artémis qui veillait sur les eaux et sur les patients. Mais il y a à Lesbos de nombreuses sources thermales, un peu partout. Et de même que dans les églises on n’est pas étonné de découvrir des dizaines, parfois même des centaines de petites représentations en argent d’une jambe, d’une oreille, d’une paire d’yeux, d’un enfant, voire d’un cheval, autour d’une icône de la Panagia ou d’un saint, de même il était fréquent à l’époque du paganisme d’offrir une représentation de la partie du corps qui a été guérie au dieu à qui l’on doit le miracle, Artémis à Thermi, Asclépios à Épidaure, etc. Nul doute que ces deux pieds sont une offrande votive pour une guérison. Le lieu où cette plaque a été trouvée n’étant pas indiqué, je ne sais si elle était dans le sanctuaire d’un dieu, ou auprès d’une source thermale, ou dans la tombe d’une personne qui avait été guérie de rhumatismes, d’ankylose, ou dont une fracture s’était bien remise.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Ici je suis très embarrassé pour dire ce qu’est cet objet. Ce n’est pas une pointe de flèche, c’est trop gros et, parce qu’un archer tire de nombreuses flèches avec son arc, chaque pointe n’est pas ouvragée ainsi. Ce peut être une pointe de lance, car le soldat enfonce son arme dans le corps de l’ennemi, puis l’en retire et la garde pour le prochain usage. Mais pour une pointe de lance, je ne la trouve pas très pointue, et je ne vois pas bien comment elle pourrait s’emmancher. Alors qu’est-ce? Je n’en sais rien.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Des objets comme celui-ci, j’en ai déjà vu deux ou trois dans d’autres musées, ce qui me permet d’en parler. C’est une mesure pour liquides ou grains. Lorsque j’étais jeune, on se rendait à la crèmerie avec un bidon d’aluminium, de trois litres si je me souviens bien, et la crémière y versait le lait qu’elle puisait dans sa grande bombonne avec une mesure, en aluminium également. Elle avait des mesures de différentes tailles. Dans les mesures de pierre comme celle que nous voyons, il y a un trou au fond de chaque mesure, que l’on bouche pour la remplir, et que l’on débouche ensuite pour faire couler ce que l’on a mesuré dans le récipient apporté par l’acheteur.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Au passage, je montre aussi deux vases, le premier représentant un canard, tandis que sur le second il y a de fringants chevaux attelés à un char. En principe, ce vase à figures noires est plus ancien que le vase blanc qui serait peut-être athénien.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Ce relief d’un visage féminin est remarquable de vie et de naturel. Parce que ses traits ne sont pas idéalisés, on peut imaginer qu’il représente non une déesse mais une personne réelle, et si c’est le cas c’est sans doute aussi un objet funéraire. Le regard, le mouvement des sourcils, la bouche, expriment la tristesse. C’est poignant.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Cette tête de femme est intéressante, elle aussi, mais je la trouve beaucoup moins expressive. Je la montre seulement parce que c’est un joli moulage à la coiffure sophistiquée.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Quoique brisée avec des morceaux manquants à la hanche et sur le côté, cette statuette est en pied. J’allais dire qu’elle semble hellénistique, et puis en l’écrivant je n’en suis plus du tout sûr…

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Encore une petite terre cuite avant de quitter le musée. Celle-ci est une kourotrophos, mot dont l’étymologie veut dire qu’elle nourrit un enfant. C’est la représentation, fort courante, d’une femme qui donne le sein à un nourrisson. La représentation est souvent formelle, mais ici je la montre parce que je la trouve beaucoup plus réaliste. Beaucoup moins formelle. D’abord, cette femme soutient l’enfant à demi étendu dans ses bras, et elle le regarde avec un demi sourire qui exprime sa tendresse. Et d’autre part lui, il met la main sur le sein en le tétant, dans un geste naturel. Je ne prétends pas que ce soit une œuvre d’art exceptionnelle, mais je l’aime bien.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Nous sommes descendus à Skala Eresou, près de la mer. Ces mots veulent dire l’Échelle d’Eresos. L’échelle? Oui, on utilisait des échelles pour charger et décharger les navires dans les ports, et dans les ports de l’Empire Ottoman où l’on parlait grec le sens de ce mot a glissé de cet accessoire à la désignation des ports où on l’utilisait. Et Eresos devient Eresou, avec la terminaison du génitif, c’est-à-dire du complément de nom (les guides et sites français ou anglais écrivent parfois Skala Eresos, ce qui est une faute grammaticale). Rien qu’à Lesbos on trouve aussi Nées Kidônies et Skala Néôn Kidôniôn, Sikouda et Skala Sikoudos, Sykaminiua et Skala Sykaminias. Ne nous en étonnons pas, car chez nous ces navires arrivaient à Marseille après leur traversée de la Méditerranée, et là on reprenait des échelles pour en débarquer les marchandises. Or en occitan une échelle se dit escala, de là vient le mot escale, le port où l’on s’arrête. Escale en français, Skala en grec, c’est la même chose. Désolé d’embêter mes lecteurs avec la linguistique, c’est ma marotte, c’est une maladie, mais la crise est maintenant passée (provisoirement!), revenons à notre visite.

 

Puisque la ville se dit le berceau de Sappho, elle a invité des artistes à travailler à l’honorer. Ce visage sculpté dans le marbre est censé la représenter, comme le disent les deux mots gravés Tῃ Σαπφώ (À Sappho). Cette œuvre est signée Palamaris et datée de 2006.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Autre œuvre dédiée à Sappho, cette pyramide de marbre sur un bloc de pierre brun jaune. Gravés dans le marbre, quelques vers de Sappho, que je traduis (c’est bon pour dérouiller mon vieux cerveau de rassembler mes souvenirs de dialecte éolien): “Les uns, c’est l’armée des cavaliers, d’autres celle des fantassins, d’autres encore celle des marins qu’ils trouvent être la plus belle sur la terre noire. Moi, c’est celle pour laquelle on ressent de l’amour”.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Et encore deux autres. Elle est originale, celle-ci, faite d’une silhouette de femme assise découpée. Je pense que c’est Sappho occupée à lire ou à écrire. Elle est d’autant plus belle qu’en se déplaçant on fait varier l’arrière-plan, tantôt Sappho est la mer, tantôt le ciel (ou moitié l’un, moitié l’autre), tantôt lorsque l’on passe de l’autre côté elle devient le paysage terrestre de Skala Eresou.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Terminons avec celle-ci. Extrêmement originale également, cette femme acéphale, très moderne avec ses jambes nues sortant d’une minirobe et le buste découvert. Mais j’avoue ne pas bien comprendre où est Sappho dans cette statue. Ce que l’on voit derrière elle, sont-ce des ailes, celles de la poésie lyrique ailée? Ou bien faut-il comprendre que cette poétesse du septième siècle avant Jésus-Christ était le précurseur des féministes d’aujourd’hui, qui s’affranchissent de vêtements qui les enserrent et dissimulent leurs formes, elle qui chantait la beauté du corps féminin?

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Juste une photo en passant, cette fleur est, si j’ai bien compris le panneau, le pancratium maritimum, ou lys de mer, une espèce protégée en risque d’extinction. On nous dit qu’il faut trois ans pour qu’une graine devienne un bulbe, et fleurisse. Pour cette raison on recommande de ne pas les couper, et de ne pas camper auprès des endroits où elles poussent. Ce qui paraît une précaution évidente! Fleur rare et protégée, voilà pourquoi j’ai pris et publié cette photo.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Tout au bout de la promenade, on arrive à cette église. Elle porte un drôle de nom, c’est la Panagia Minavra. Cette Vierge “Minavra”, si l’on tient compte de la déformation du mot par le dialecte éolien, évoque Minerve, la déesse romaine. Pendant des siècles et des siècles, et parfois même encore de nos jours, on a cru bon de “traduire” les noms des dieux grecs en noms latins. Vénus n’est pas grecque, elle est romaine, mais en parlant de la célèbre statue qui se trouve au Louvre on parle de la Vénus de Milo, pas de l’Aphrodite de Milo. Et dans les traductions des tragédies d’Eschyle, de Sophocle, d’Euripide, des comédies d’Aristophane, des épopées d’Homère, des Histoires d’Hérodote, etc., etc., Zeus devient Jupiter, Héra devient Junon, Arès devient Mars, et ainsi de suite. Non, non et non, on n’a pas le droit de traduire ainsi. Les Grecs croyaient en l’existence de leurs dieux, les Romains croyaient en l’existence des leurs. Si, donc, ils sont réels, et si l’on trouve chez les dieux d’un autre peuple des points communs avec ceux que l’on adore, alors on pense que ce sont les mêmes sous d’autres noms. Par conséquent, dans l’antiquité, les Romains en voyage à Athènes ou à Lesbos, priaient l’Artémis locale sous le nom de Diane, et les Grecs en voyage à Rome priaient la Diane locale sous le nom d’Artémis. Mais nous, aujourd’hui, nous savons bien que ces dieux ont (sauf Zeus et Jupiter, dont les deux noms ont la même étymologie, même si ce n’est pas visible au premier coup d’œil –mais j’ai fait tout à l’heure assez de linguistique pour ne pas rajouter une couche d’ennui pour mes lecteurs) des origines différentes et que ce ne sont pas les mêmes.

 

Ici en Grèce, cette Vierge “Minavra” est donc l’héritière d’Athéna, ce qui laisse supposer qu’en ce lieu se trouvait un sanctuaire de cette déesse, que le christianisme a investi. “Vierge”, en grec, se dit “parthénos”, et parce qu’Athéna est la déesse qui protège sa virginité son temple sur l’Acropole d’Athènes s’appelle le Parthénon. Et comme, selon la tradition chrétienne, Marie a été fécondée par le Saint-Esprit et est donc restée vierge, la transition était aisée. On peut imaginer les prédicateurs chrétiens expliquant à des gens qui étaient habitués à assimiler la Déesse Mère anatolienne à leur Rhéa, le dieu égyptien Ammon à leur Zeus, la déesse romaine Vénus à leur Aphrodite, que c’est en réalité cette Marie de Palestine qu’ils prient sous le nom d’Athéna, ou de Minerve puisqu’à l’époque de la christianisation Lesbos était complètement romanisée. Et puisqu’Athéna était la déesse de la sagesse, une déesse intelligente et réfléchie, c’était tout à fait le caractère que l’on prêtait à Marie. D’où ce nom de Panagia Minavra.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Cette icône, qui est sur l’iconostase à gauche, représente la Sainte Ceinture. Une tradition (légendaire) veut que la sainte Vierge ait tissé ses propres ceintures. Rien d’extraordinaire à cela, épouse d’un modeste charpentier, elle-même sans profession, elle n’était pas riche. De plus, les femmes dans l’antiquité passaient leurs journées à filer et à tisser puisque l’on n’achetait pas de vêtements de confection. Ce qui est plus difficile à croire est la suite. Lorsqu’elle est morte, saint Thomas était en Inde et n’a pu assister à son assomption, et là j’ai trouvé deux versions: selon la première, il aurait été transporté miraculeusement, par des anges, sur le Mont des Oliviers où l’attendait la sainte Vierge; elle lui aurait alors remis sa ceinture et il aurait, à ce moment-là, été le seul témoin de son assomption. Selon l’autre version, il ne pouvait pas croire à cette assomption invraisemblable de Marie à laquelle il n’avait pas assisté (on note que c’est déjà lui qui avait douté de la résurrection de Jésus et de son apparition aux apôtres dans le temple de Jérusalem), et à son retour à Jérusalem il aurait fait ouvrir la tombe où il pensait trouver sa dépouille, mais la tombe était vide et Marie lui serait apparue et lui aurait tendu sa ceinture.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Je viens de dire qu’il y avait plusieurs versions au sujet de la façon dont saint Thomas aurait reçu cette ceinture, mais ces versions ne concernent qu’une seule et même ceinture. Or il en existe plusieurs, de texture différente. Marie a vécu suffisamment longtemps, puisqu’elle avait environ seize ans quand elle a conçu Jésus, et qu’elle était présente au moment de sa mort, trente-trois ans plus tard, elle a donc pu avoir, au cours des années, plusieurs ceintures, mais il faudrait supposer qu’elle les ait collectionnées et que lors de son assomption elle ait donné tout le paquet à saint Thomas… Ces reliques, parmi beaucoup d’autres, sont restées en Palestine jusqu’à la fin du quatrième siècle, où elles ont été transportées à Constantinople du temps de l'empereur Arcadius (395-408). Et puis, parce que tout le monde voulait posséder cette Sainte Ceinture, on l’a partagée en plusieurs morceaux. Mais ce partage n’explique pas tous les fragments connus puisque, comme je le disais tout à l’heure, ils sont de texture différente, et dans des tissus différents. En revanche, leur datation à tous semble la même et correspond à l’époque de la vie de Marie, au premier siècle de notre ère. C’est ainsi que l’on peut en voir des fragments au monastère de Vatopedi au Mont Athos, au duomo de Prato en Toscane, à Bruges en Belgique et à Aix-la-Chapelle en Allemagne, et aussi en France au Puy-Notre-Dame en Anjou, et dans l’ancienne église collégiale, aujourd’hui paroissiale de Quintin, en Bretagne dans les Côtes d’Armor. J’ai trouvé sur Internet le dessin ci-dessus qui représente très fidèlement, paraît-il, le fragment de Quintin.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

À Skala Eresou, sur l’acropole, se dressait jadis un kastro, un château génois. Il en reste bien peu de chose aujourd’hui. Ma première photo ci-dessus montre le panorama avec au fond la ville, sur la colline les maigres restes du kastro juste au-dessus du port (la Skala), et en contrebas la petite église de la Panagia Minavra. On fait demi-tour sur les talons, et ma seconde photo montre le paysage de l’autre côté, qui ne permettait ni l’établissement d’une ville, ni l’aménagement d’un port. L’éventuel ennemi était donc bien sous la surveillance de ce kastro.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Lorsque nous étions au musée archéologique, nous avons un peu discuté avec cette très sympathique dame, et nous lui avons posé des questions auxquelles elle nous a dit ne pas savoir répondre, mais elle avait vu passer dans l’autre sens une personne qui savait tout sur Eresos et sur Lesbos en général, et qui n’allait pas manquer de repasser en sens opposé. Et c’est ce qui s’est en effet produit. La dame du musée nous a introduits auprès de l’autre dame. Une personne très cultivée, très intéressante, très sympathique, avec qui nous avons noué des relations amicales. Elle s’appelle Τζέλη Χατζηδημητρίου, ce qu’elle transcrit Tzeli Hadjidimitriou. Photographe, écrivain, elle a étudié la photo et le cinéma à Rome et a été photographe de plateau pour plusieurs films à Cinecittà. Qui est intéressé peut la trouver sur Google, d’où l’on est redirigé vers un article de Wikipédia qui lui est consacré, ainsi que vers de nombreux autres sites et vers une foule de photos.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

C’est donc notre nouvelle amie Tzeli qui nous a guidés vers ce kastro en nous commentant la longue histoire de l’île de Lesbos. Une partie de ce que j’ai écrit dans mes articles précédents, sur Mytilène par exemple, je l’ai appris de sa bouche.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014
Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Des bouts de murs cassés… a priori aucun intérêt… mais si, justement, parce qu’ils montrent des époques et des styles différents. On voit, sur la seconde photo, un appareil remarquablement soigné, et c’est lui le plus ancien, il est antique, tandis que l’autre date de la construction du château.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

En dehors de cela, il ne reste plus grand-chose de cette puissante construction. Mais en marchant il n’est pas rare de trouver sous ses pas un petit fragment de terre cuite. Et il faut avoir l’œil bien exercé pour savoir reconnaître s’il s’agit d’un morceau de tuile du château médiéval génois ou, puisque le site a été occupé depuis l’antiquité, si c’est une céramique grecque antique. Il faut noter que, d’une part, un petit bout de terre cuite de deux ou trois centimètres qui ne représente rien n’est pas très tentant pour le touriste, mais que d’autre part, celui qui y trouverait quelque intérêt n’est pas autorisé à l’emporter. Le prendre en main, le regarder de près, pourquoi pas, mais même le plus petit fragment est considéré comme une antiquité qu’il est strictement interdit d’exporter, et que contrevenir à cette interdiction expose le coupable à de très lourdes sanctions.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

Cette pierre circulaire sculptée artistement et avec soin et percée en son sommet de deux trous opposés d’où part, pour chacun d’eux, une fente de quelques centimètres m’intrigue. Quel a bien pu en être l’usage? Je n’ai pas pensé à demander à Tzeli ce qu’elle en pensait. Peut-être aurait-elle su répondre à ma question.

Lesbos 10 : Eresos. Dimanche 15 juin 2014

J’ai beaucoup parlé de cette Skala Eresou. Il est temps de terminer. Juste encore une photo, celle de cette façade de sarcophage qui a été incluse dans le mur comme une vulgaire pierre. Dans cet état, on ne peut savoir à quel défunt il a servi. Avec ses grandes croix, il est évidemment chrétien, mais il a pu être réutilisé après en avoir expulsé les ossements d’un précédent occupant. La branche inférieure des croix étant plus courte que la branche supérieure, on peut en déduire que cette pierre est posée le bas en haut.

 

Je voudrais, en terminant, citer un extrait des Correspondances d’Orient 1830-1831, de Joseph-François Michaud. Cet historien et journaliste a entrepris en 1830, à l’âge de soixante-trois ans, un grand voyage à Smyrne, à Constantinople, à Jérusalem, en Égypte et, au retour, il publie les lettres dans lesquelles il décrit son voyage et ses impressions. Or après Smyrne, il est passé par Lesbos et a fait une escale à Eresos. Nous sommes en juillet 1830:

“Bientôt sont arrivés nos pourvoyeurs qui nous ont apporté une cruche de vin et la moitié d’un mouton rôti qu’ils avaient trouvés par miracle au village d’Érisso [Eresos]. Nous nous sommes rangés en cercle sur le plancher autour de ces provisions, et les deux Turcs se sont assis à notre banquet. Quoique le vin de Lesbos ne mérite plus la réputation qu’il avait au temps d’Aristote, tous les convives et les musulmans eux-mêmes ne l’ont point dédaigné; et le vase d’argile, rempli de cette liqueur, a fait plusieurs fois le tour du festin. Après le dîner, on est venu nous dire que deux Grecs de Smyrne, passagers de l’Erminio [nom du navire sur lequel voyage Michaud] et un matelot de notre bord s’étaient introduits dans la maison de la femme abandonnée. À cette nouvelle, nous avons vu changer tout à coup le visage de nos hôtes musulmans. Ces hommes qui, un instant auparavant, riaient avec nous et savouraient le vin de Lesbos, ont pris une physionomie sombre et menaçante. Ils ne pouvaient supporter l’idée qu’une femme turque reçût la visite de chrétiens. Tous deux nous ont fait signe de retourner à notre bord, et se sont précipités hors de la maison pour conduire la femme chez l’aga. Après avoir fait de vains efforts pour apaiser la colère de nos hôtes, nous avons regagné notre navire. Et nous n‘avons pu savoir ce qui s’était passé et quelle rumeur avait troublé le village d’Érisso. À dix heures du soir, et par la nuit la plus obscure, nous entendons des cris sur le rivage; quatre matelots s’arment de fusils et vont à terre: peu de temps après, nous voyons entrer dans l’Erminio une femme voilée et vêtue à la turque, tenant un enfant dans ses bras; elle avait échappé aux poursuites dirigées contre elle, et venait demander un asile dans un navire chrétien. Tout le monde était impatient d’apprendre son histoire. Nous n’avions qu’un assez mauvais interprète, et tout ce que nous avons pu comprendre à ce que nous disait la pauvre Lesbienne, c’est qu’elle avait été mariée à un Turc dès l’âge de treize ans; qu’on l’avait forcée d’abjurer la religion grecque, et que son mari était officier de la garnison de Baba [le cap Baba est sur la côte asiatique, tout près des côtes nord de Lesbos]. On pouvait conclure de cela que la belle fugitive s’était dégoûtée de Mahomet et de son mari, et qu’elle voulait redevenir chrétienne […]. Nous nous intéressions tous au sort de la pauvre femme: on nous disait qu’en pareil cas, il n’y allait de rien moins que de la vie, et qu’elle pouvait être jetée à la mer, cousue dans un sac de cuir. La loi turque est formelle là-dessus; et de semblables condamnations ne sont pas rares dans l’empire ottoman. Le 14 juillet, au matin, deux primats grecs d’Érisso sont venus à bord de notre bâtiment pour réclamer la fugitive. On leur a répondu qu’on ne la connaissait pas; qu’on ne l’avait point vue. Les primats nous ont dit que l’aga les avait rendus responsables de ce qui pourrait arriver, si la femme ne se retrouvait point. Pendant qu’ils sont restés à bord, la malheureuse femme était couchée sur une natte dans l’entrepont; son petit enfant, balancé dans un hamac, tendait, en souriant, les bras au capitaine. Le lendemain, nous avons vu l’aga parcourir le rivage avec une escorte nombreuse: nous avons su qu’on avait fait des perquisitions dans les montagnes du voisinage, et qu’on avait promis cinquante piastres à celui qui ramènerait la jeune Lesbienne. La pauvre femme demeure avec nous à bord de l’Erminio, elle veut nous suivre à Constantinople pour y abjurer l’islamisme et briser toutes les chaînes que le Coran lui a données”

 

Et voilà. Prochaine étape, Anemotia.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Thermi. L’étymologie de ce nom est transparente, elle évoque la chaleur. Celle des sources chaudes connues et exploitées depuis l’antiquité. Ces eaux, ferrugineuses, salines, sont à une température de 46,9 degrés en moyenne et sont de nature à soigner bien des affections.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

C’est pourquoi en 1909, alors que l’île était encore sous domination ottomane, un Turc a fait construire par des architectes français le grand et luxueux hôtel Sarlitza Palace. En turc, sarı (avec ce I sans point, qui se prononce un peu comme le E français de je, me) signifie jaune, et [kap]lıca (avec ce même I sans point, et un C qui se prononce comme DJ) veut dire eau thermale. Ce sont donc des eaux marquées par l’oxyde ferrique (Fe2O3, la rouille). Puis vient l’indépendance, Lesbos est rattachée à la Grèce, et des Grecs deviennent propriétaires de l’hôtel. C’est une période de splendeur, tout ce qu’il y a de célèbre dans le monde, y compris les têtes couronnées, vient y prendre les eaux. Mais la Seconde Guerre Mondiale suivie de la guerre civile grecque sonnent le déclin. En 1970, l’hôtel ferme ses portes. Pas définitivement, car la ruine du bâtiment, abandonné, non entretenu, les rouvre aux intempéries et aux touristes imprudents qui vont glisser un œil curieux dans cet intérieur dont les planchers risquent de s’enfoncer et les plafonds de s’effondrer. Réhabiliter le Sarlitza Palace, lui redonner son lustre d’autrefois, c’est une décision qui a été prise, et qui attend, pour être programmée, que les finances du pays soient un peu assainies.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Juste devant ce Sarlitza, baignant dans l’eau, on trouve des ruines antiques. Et ces ruines sont en relation avec l’activité passée de l’hôtel, puisque ce sont les vestiges de bains romains qui, eux aussi, profitaient de ces eaux thermales.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Dirigeons-nous vers le bourg. Là se dresse cette haute tour à l’aspect très particulier. Elle se visite, nous ne l’avons pas visitée. Elle s’appelle la Tour Tsoukaladellis. Cette tour qui date du dix-septième siècle était autrefois au cœur d’une ferme, et servait de résidence tout en ayant un rôle défensif. Il y a plusieurs de ces tours à Thermi, mais celle-ci est la plus ancienne.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Ailleurs, à la sortie de la ville, nous nous sommes arrêtés devant cette petite église consacrée à saints Constantin et Hélène. Un peu partout, au cours de notre long voyage à travers la Grèce, nous avons vu honorer ces deux personnages, soit en leur dédiant des lieux de culte, soit en les représentant en statues, en fresques, en mosaïques, et à chaque fois je parle d’eux. Est-il besoin de répéter ici que Constantin, canonisé par l’Église orthodoxe mais pas par l’Église catholique, est cet empereur qui, au quatrième siècle, a mis un terme au martyre des chrétiens en instaurant la liberté de culte dans l’Empire romain, et qui s’est lui-même fait baptiser? Hélène, sa mère, est sainte dans ces deux Églises. Elle a fait le voyage de Terre Sainte et en a rapporté ce qu’elle pensait être les vingt-huit marches du palais de Ponce Pilate à Jérusalem et que l’Église catholique considère comme authentiques (la Santa Scala, en face de Saint-Jean de Latran à Rome, cf. mon article St Jean de Latran, Pyramide, Ste Sabine. Jeudi 17 décembre 2009), et aussi une croix déterrée du Golgotha, qui est considérée comme celle du Christ.

 

Cette petite église a été construite dans le style byzantin, mais sur ma photo on aperçoit, au-dessus de la porte, une plaque de marbre que je reproduis en gros plan: elle a été commencée (pose de la première pierre) le sept juillet 1968, et elle a été achevée (consécration) en 1971.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Juste sur le flanc de cette petite église, se dressent quelques fûts de colonnes. On peut même en voir une, sur la troisième de mes photos, encore enchâssée dans une pierre percée, et à côté de cette colonne une autre pierre percée dont, sans sa voisine, je me serais bien demandé à quoi elle avait pu servir. Ces ruines ont été apportées là depuis le sanctuaire d’Artémis Thermia, et ce nom dit assez la relation qu’il y avait entre son culte en ce lieu et les qualités thérapeutiques des sources chaudes. Il y avait au lieudit Chorapha un complexe sacré de cure, avec des bains luxueux dans un bâtiment octogonal. Les fouilles archéologiques ont permis de déterminer que c’est à l’époque hellénistique qu’a été implanté ce culte d’Artémis protectrice des sources chaudes et de leur utilisation, et que c’est à l’époque romaine impériale que le complexe a atteint son apogée.

 

On voit aussi, sur ma première photo, une ligne de pierres parallélépipédiques, qui constituaient les bancs d’une sorte de théâtre où avaient probablement lieu les activités d’un grand festival en l’honneur d’Artémis qui est évoqué par les sources épigraphiques. Et si la plupart des pierres qui sont en ce petit enclos viennent des alentours, il y a ici même quelques restes de bâtiments qui faisaient partie du sanctuaire.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Des alentours de ce Chorapha a été apporté ici ce sarcophage, qui était donc à l’intérieur du sanctuaire. Mais aucun indice ne permet à ce jour de connaître l’identité de la personne à laquelle il était destiné.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Nous voici maintenant à l’église byzantine de la Panagia Troulloti (avec deux L). Mais, fait curieux, un premier panneau nous indiquait la direction “Vers la Panagia Trouloti”, avec un seul L. Et cela en langue grecque et en caractères grecs. Alors si les Grecs eux-mêmes ne savent pas, depuis douze siècles (car il est bien dit que c’est “un monument du neuvième siècle”), orthographier le nom de cette vénérable église, il ne me reste plus qu’à le jouer à pile ou face. Hop! C’est face, je mettrai deux L. C’est ma pièce de monnaie qui l’a décidé, je m’y tiens, mais je me demande si l’étymologie de ce mot n’est pas liée au mot τρούλος (troulos) qui signifie coupole. Quant au nom de la Vierge, Panagia (“la Toute Sainte”), son G (grec “gamma”) est remplacé par un Y parce qu’en grec moderne cette lettre est très douce, elle n’est pas complètement occlusive, ce qui veut dire que le passage de l’air n’est pas complètement fermé entre la langue et le palais, et la transcription anglaise est parfois Y, parfois GH. Je préfère m’en tenir à la tradition française: nous écrivons Agamemnon –mais cela est un nom de l’antiquité– et aussi les îles d’Égine, d’Amorgos et de Folegandros, les villes d’Argos et de Vergina, la mer Égée, avec de simples G.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Si le panneau indique que c’est un monument du neuvième siècle, c’est en se référant à un édifice antérieur à celui que nous voyons, peut-être sur les mêmes fondations. Mais l’église actuelle a été construite au quatorzième siècle. Dans le mur fait de pierres irrégulières, on voit une pierre ronde, avec un trou au milieu, et de la rouille colore ce trou. Il s’agit donc clairement d’une pierre de récupération qui faisait partie d’une colonne, et un fer la reliait à la pierre voisine. Il y a un détail que celui ou celle qui passera par là après m’avoir lu ne doit pas manquer. Moi je l’ai manqué, je ne l’ai appris qu’après avoir quitté Lesbos, et j’en suis très triste. C’est une pierre, sur la façade, sculptée d’un ours ou d’une biche (il semble que le dessin ne soit pas clair, puisque les textes que j’ai lus laissent le doute entre ces deux animaux qui pourtant ne se ressemblent pas) et, comme l’un et l’autre de ces animaux sont les compagnons d’Artémis, cela signifie que cette pierre a été prélevée sur le sanctuaire de la déesse. Ce sont, disais-je, les compagnons d’Artémis: les statues la représentant la montrent la plupart du temps en courte jupe plissée, un arc à la main, et une biche auprès d’elle; quant aux jeunes filles qui lui sont confiées dans son sanctuaire de Brauron (Vravrona) en Attique, elles sont appelées ourses (arctos, en grec) et la cérémonie d’initiation des filles pubères qui vont quitter le sanctuaire pour se marier est l’arcteia. Je donne tous les détails dans mon article intitulé Vravrona (ou Brauron). Vendredi 31 janvier 2014.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Pénétrons dans l’église. Mon regard est d’abord attiré par ces fresques représentant des anges au visage très expressif. Le premier se demande pourquoi je le regarde si fixement, le second est bien triste, c’est un ange neurasthénique, tandis que le troisième est grognon, il est de mauvaise humeur. Des êtres qui passent leur éternité dans la voisinage de Dieu devraient être épanouis et souriants, mais je les préfère ainsi, ils sont tellement plus amusants!

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Un coup d’œil au plafond de bois qui rappelle un peu une carène de navire. Il est intéressant, mais je doute fort qu’il soit ancien.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

L’iconostase de bois sculpté, en revanche, date du dix-huitième siècle, et elle est splendide. Mais avant de voir quelques sculptures, regardons les grandes icônes qui y sont insérées.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

À gauche, c’est une image de la Vierge à l’Enfant. C’est peut-être la Panagia Troulloti, mais je pense que la Vierge éponyme de cette église est plutôt celle que l’on met à l’honneur derrière un rideau de velours rouge. J’aime le regard doux et triste de celle de l’iconostase, j’aime aussi ce Jésus déjà grand garçon qui regarde sa mère avec affection.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

À droite, ce personnage tenant un livre à la main est le Christ. J’avoue avoir eu un doute, mais en haut à gauche, au-dessus de sa tête, je lis IS, première et dernière lettres du nom Jésus.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Encore plus à droite, cette icône foisonnante représente le Christ en gloire, entre Marie et un saint que je suppose être saint Jean Baptiste quoiqu’il ne soit pas vêtu de sa traditionnelle peau de chameau. Derrière Marie, un barbu tient en main une église qui d’ailleurs ne ressemble pas du tout à celle où nous sommes, c’est sans doute un généreux fidèle qui a offert la construction. Et puis il y a une foule d’autres personnages que je suis incapable d’identifier, des rois couronnés aux pieds du Christ, quelques prélats revêtus d’or derrière Jean Baptiste, et puis des saints avec leur auréole.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014
Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

J’ai annoncé du bois sculpté, en voici quelques exemples. Une représentation naïve d’Adam et Ève au pied de l’arbre, le serpent tentateur au corps fin et à la tête de dragon qui s’adresse à Ève, mais on voit que déjà Adam et Ève ont tous deux en main une pomme. Ailleurs, ils s’en vont, terriblement affligés, ils viennent de se faire chasser du paradis terrestre pour avoir goûté du fruit défendu. Et j’ajoute ce petit lion sympathique que l’on aurait envie de caresser.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Ce que veut exprimer ce personnage joufflu et au gros ventre, je ne sais pas, mais parce que je le trouve désopilant je ne peux manquer de le montrer.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Il y a dans l’église un bon nombre de fresques, mais elles sont en très piteux état. Pour beaucoup, cet état est dû à l’usure, mais en voyant ce saint Nicolas où le dommage essentiel porte sur son visage, je me demande s’il ne s’agit pas d’une action des Turcs, comme nous en avons vu en divers endroits, puisque l’Islam interdit la représentation humaine. Ce sont les églises transformées en mosquées qui ont le moins souffert, à part la destruction de leur iconostase, parce qu’en général les fresques ont été recouvertes d’une couche de plâtre qui, lors du retour au culte orthodoxe, peut être ôtée sans trop de dommages si l’opération est effectuée avec soin par des spécialistes.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Elle est très belle, et en bon état, cette fresque naïve représentant Jésus tout de blanc vêtu. Ce vêtement s’explique lorsque l’on lit l’inscription de part et d’autre de sa tête. Elle dit: Métamorphosis tou Christou, c’est donc la Transfiguration. “Il fut transfiguré devant eux, son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière”, écrit saint Matthieu dans son évangile. Les deux personnages qui l’encadrent sont à gauche Élie et à droite Moïse. Jésus était avec Pierre, Jacques et Jean. “Les disciples tombèrent sur leur face, et furent saisis d’une grande frayeur”, dit encore l’évangile, et on les voit en effet gisant au sol.

Lesbos 09 : Thermi. Vendredi 6 juin 2014

Nous finirons cette visite dans le narthex, avec ce Christ mort que l’on enveloppe dans son linceul pour la mise au tombeau. C’est un superbe épitaphios brodé d’or sur du velours. L’épitaphios, c’est cette pièce de tissu utilisée par les Orthodoxes pour la cérémonie du Vendredi Saint.

 

Il y a aussi à Thermi un site archéologique préhistorique que nous n’avons vu que très brièvement. Puisque mon quinzième article prévu sur Lesbos est consacré aux sites antiques de l’est de l’île, j’en dirai quelques mots à ce moment-là. Ici, si j’ai montré des ruines antiques, c’est seulement parce qu’elles répondent aux thermes d’aujourd’hui, et au Sarlitza Palace.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Pour mon huitième article sur Lesbos, et après avoir parlé dans mes trois articles précédents des monastères d’Agios Rafaïl, d’Ypsilou et de Leimonos, je vais regrouper à présent cinq autres monastères que nous avons vus plus rapidement. On peut les situer sur la carte ci-dessus.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Un jour où nous avions loué une voiture pour pouvoir nous déplacer dans la montagne et sur de petites routes forestières, là où notre camping-car n’aurait pas pu passer, nous sommes allés voir le site antique d’Arisvi (mon futur seizième article sur Lesbos qui s’intitulera Archéologie dans l’ouest de l'île), et en revenant nous voyons soudain l’indication du monastère des Taxiarques à Klopedi. Eh bien c’est l’occasion, nous nous y rendons. La porte est ouverte.

 

Une plaque à l’entrée nous informe: “Monastère sacré des Taxiarques (Klopedi), annexe du monastère sacré de Saint Ignace (Leimonos).

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

À Leimonos, tout est bien ordonné, les arbres sont soignés, je ne sais si les moines se préoccupent tant de la présentation pour leur satisfaction personnelle ou pour l’image donnée aux nombreux touristes, mais en arrivant à cette petite annexe du grand Leimonos on a l’impression d’entrer dans un vieux monastère désaffecté depuis des décennies où personne ne vient jamais. C’est un charmant fouillis végétal, la nature a repris tous ses droits, mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, il est habité. Oui, mais par un seul moine, nous allons y revenir.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Tout à l’heure, sur ma première image du jardin, on voyait une arche sur la gauche, c’était le narthex de l’église. Il est aisé de sonner la cloche, la corde pend en plein milieu de l’entrée. Cette église est toute simple, et ne mérite la visite ni pour son architecture, ni par son ornementation, mais le moine qui est le maître des lieux nous y a menés, et a chanté, de tout son cœur, de toute son âme, un beau cantique. Je ne dirai pas “pour nous”, car il était de toute évidence tout plein de sa foi, mais il l’a fait à ce moment-là à notre intention. Il nous a dit venir souvent ici tout seul, chanter pour la Vierge, pour Jésus, pour Dieu le Père. Et cela c’est tellement sincère que c’est émouvant.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Nous revoici dehors. Le puits est à l’image du jardin, rudimentaire. Mais enfin il y a un puits, et c’est important car les canalisations de la ville n’arrivent pas jusqu’ici pour offrir l’eau courante.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Tout à l’heure dans l’église je n’ai pas voulu prendre en photo, au milieu de sa dévotion, ce sympathique personnage qui vit dans le dénuement et porte des vêtements civils qui n’ont aucun rapport avec sa condition de moine. Et il ne nous a pas laissé repartir sans emporter des prunes qu’il avait cueillies dans son jardin.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Je parle de repartir, mais j’ai encore quelques images à montrer. Comme cette longue table de réfectoire, qui convenait quand le monastère hébergeait une communauté monastique beaucoup plus nombreuse qu’aujourd’hui. L’épaisseur de la couche de poussière montre bien que personne ne s’est assis sur ces bancs ou n’a posé une assiette sur cette table depuis fort longtemps…

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Ce grand bâtiment sans séparation entre les pièces offre un coin salon, si l’on peut appeler ainsi cet espace avec sièges et tables.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

À l’intérieur, quoique tout soit on ne peut plus rudimentaire et simple, il y a quand même un souci de décoration dans ce coin aménagé comme une cuisine d’autrefois. Ou plutôt comme… je ne sais pas comme quoi, car il est rare dans une cuisine de placer ces pommes de pin sur un plat, un épi de maïs avec de la paille, etc. Mais c’est un espace décoré!

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Ces endroits organisés et bien rangés sont rares et très limités. Car si l’on tourne la tête sur le côté, on trouve un bric-à-brac hétéroclite (mais quelles belles cornes sur ce crâne de bélier!) ou un entassement de bois mort.

 

Je parle beaucoup de désordre, de manque de soin, etc., ce qui donne un ton très critique, ou très moqueur. Or telle n’est pas mon intention, car il est impressionnant de voir comment ce moine vit son dénuement. Il est tout tendu vers Dieu, il ne dispose d’aucune des commodités du monde, en fait il vit un peu comme ces ermites dans leur grotte ou dans leur désert. Et cela ne se rencontre pas tous les jours. Mais passons à un autre monastère.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

À Pythari, un barrage crée un beau lac de retenue. Le site est magnifique, et c’est là que s’est installé le monastère qui est, lui aussi, dédié aux Taxiarques (les archanges Gabriel et Michel). Mais ce barrage est moderne, il donne même l’impression de ne pas être terminé, par conséquent lorsque ce monastère a été fondé au dix-septième siècle le paysage était très différent, sans doute n’y avait-il là qu’une petite rivière encaissée. Mais si le paysage n’a pas pâti de ces modifications, et si l’agriculture bénéficie des eaux ainsi collectées, de quoi nous plaindrions-nous?

 

Sus la deuxième de mes photos ci-dessus, on remarque à mi-pente sur la droite un groupe de constructions: c’est là que le monastère est allé se nicher.

 

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

En arrivant, on a sur le monastère de Pythari une vue plongeante fort intéressante. On peut notamment remarquer divers détails dont je vais parler: à l’arrivée, on passe devant une première petite église, puis la route monte le long des bâtiments et longe une grosse tour carrée. Et l’on voit aussi le catholicon avec son haut campanile.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Nous voici donc d’abord devant la petite église située hors des murs du monastère, tassée autour de son dôme, massant son style très byzantin au-dessus du lac qui est monté à sa rencontre.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

A priori, cette église n’a rien de très exceptionnel, elle est petite et simple. Les fresques des murs sont visiblement modernes et n’ont rien de créatif.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Mais en y regardant de plus près, en s’approchant de l’iconostase, on admire son bois sculpté en bas-relief. Sur ma première photo ci-dessus, Adam et Ève sont chassés du paradis terrestre par un ange au bras autoritaire, et ils s’en vont courbés, visiblement très affectés par la prise de conscience de leur péché. Mon autre photo montre la Transfiguration. Sa composition est moins intéressante parce qu’elle est moins psychologique, mais sa réalisation est tout aussi soignée.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Ensuite, nous nous dirigeons vers l’entrée du monastère. Cette tour massive, avec ses créneaux et ses minuscules ouvertures cadre mal avec le reste de l’architecture, puisque sur le bâtiment qui lui est accolé, les fenêtres beaucoup plus grandes et donnant sur l’extérieur ne permettraient pas de faire face à l’intrusion de bandes armées. Au dix-septième siècle, l’Empire Ottoman était solidement implanté à Lesbos, c’est l’époque du grand Soliman le Magnifique, et les raids de pirates n’étaient plus autant à craindre, surtout dans l’intérieur des terres. Dans ce monastère, nous n’avons pas rencontré de moines, qui auraient pu me confirmer que cette tour était très largement préexistante à la fondation du monastère.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Nous voici sous le porche d’entrée. En face d’énormes bonbonnes placées là à titre décoratif (mais du temps de leur utilité, qu’étaient-elles destinées à contenir, dans une telle forme?), on voit cette rangée de porte-manteaux qui ne supportent curieusement rien. Je dis “curieusement”, parce que nous sommes seuls dans ce monastère; or habituellement, à l’entrée de ces saints lieux où il ne faut montrer ni mollet féminin, ni ces épaules que Dieu a eu la négligence, voire la folie, de créer pour la perte des hommes, sont mis à la disposition des visiteuses des châles et d’amples jupes de bohémiennes qui leur permettront de pénétrer dans ces espaces protégés des tentations diaboliques. Puisqu’aucune touriste n’a emprunté ces accessoires, c’est sans doute le diable lui-même qui les a emportés pour en priver quiconque se présenterait.

 

J’ironise, mais cela déforme un peu ma pensée. D’une part, nous sommes au vingt-et-unième siècle, et le rapport au corps n’est plus le même qu’au dix-neuvième siècle où une cheville entraperçue faisait fantasmer les hommes, où les manches devaient être soigneusement boutonnées sur le poignet. D’autre part, même actuellement, il est des usages à respecter, et de même que certaines municipalités interdisent sous peine d’amende de se promener en ville en maillot de bain, de même je trouve normal de ne pas pénétrer dans un monastère en short (homme ou femme), en mini-jupe, en marcel ou en débardeur, mais une robe aux genoux, une chemise à manches courtes, n’ont rien d’incorrect et ne devraient pas être des tenues “offensantes” pour le plus prude des moines. Fin de ma séquence moralisatrice.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Nous sommes entrés. Sur la première photo on reconnaît à gauche le passage que nous avons emprunté, avec ses bonbonnes de terre cuite. Au fond, derrière cette arche, on voit l’ombre d’une galerie, et c’est cette galerie qui est le sujet de ma seconde photo. Près de l’arche d’accès à cette galerie, du côté gauche, est insérée dans le mur une plaque d’argile. Je montre cette plaque ne gros plan sur ma troisième photo, elle représente l’Arche de Noé, et la colombe qui, revenant avec au bec un rameau d’olivier, annoncera ainsi que les eaux ont commencé à décroître. Visiblement, on n’en est pas encore là.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Au monastère d’Ypsilou, nous avons vu entre les arches une décoration de brique représentant les quatre B des Byzantins. Rien de tel ici dans ce monastère largement postérieur, ce qui n’a pas empêché les constructeurs de réaliser une très fine décoration de brique dans la maçonnerie.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Comme on le voit sur toutes mes photos, nous n’avons croisé au cours de notre visite ni touriste, ni pèlerin, ni moine, comme si ce monastère pourtant habité et vivant était déserté. Sauf par ce sympathique chien qui se promenait dans la cour.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Nous avons vu tout à l’heure en arrivant une petite église, nous ne pouvons repartir sans jeter un coup d’œil au catholicon, même s’il n’a rien d’exceptionnel.

 

En me relisant, je me rends compte que je donne l’impression d’être très négatif au sujet de Pythari. Je ne devrais pas, car il vaut la visite. D’abord pour le paysage dans lequel il s’inscrit, et ensuite parce que l’ensemble des bâtiments ne justifierait certes pas le voyage mais mérite bien que l’on y jette un coup d’œil si l’on est venu jusqu’au barrage et à son lac.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Voukolon. Encore une annexe de Leimonos, le très puissant monastère. Celui-ci est voué à la Présentation de la Vierge. Il remonte à 1526, lors d’une refondation d’un monastère byzantin détruit par les Turcs lors de la conquête ottomane de l’île. Et de même qu’aux Taxiarques de Klopedi, ce monastère est laissé en bien piteux état.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

On le dirait désaffecté, mais il semble bien que ce ne soit pas le cas, bien que nous n’ayons pas vu âme qui vive dans le secteur, car ces couvertures, le sac de plastique pendu à un clou, et surtout dans le coin en bas à droite de ma photo la bouteille d’eau minérale et la bouteille de Coca-Cola témoignent de la présence d’un être humain dans cette pièce au moins de temps en temps.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

D’ailleurs, il est clair que cette petite église sert régulièrement de lieu de culte, les linges sont très propres, il y a des fleurs fraîches sur le rebord de la fenêtre et au pied de l’iconostase.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Une iconostase très simple, certes, mais dont les portes de bois sculpté sont très belles, avec ces gallinacés que je n’identifie pas trop bien au sommet, et ces dragons sur les panneaux.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Autre élément qui n’est pas de toute beauté, mais qui est intéressant: cette Vierge partiellement dissimulée derrière ses rideaux brodés. Les riches icônes sont habillées d’argent, seuls le visage et les mains des personnages représentés étant visibles sur la peinture, tout le reste étant dissimulé derrière la plaque d’argent repoussé, mais si le coût n’en est pas accessible pour un pauvre monastère comme celui de Voukolon, la Vierge est cependant honorée avec ces voiles qui ont certainement été brodés par une pieuse femme des environs.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Avant de quitter cette église et ce monastère, encore une image. Ce Christ gisant orne le haut de l’iconostase. L’auteur ne manque pas de talent, il a été capable d’exprimer la tendre douleur de Marie, du jeune saint Jean, de saint Pierre ce barbu aux pieds du Christ, des saintes femmes qui se lamentent, celle de gauche en levant les bras au ciel.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Je n’aurai pas grand-chose à montrer ni à dire du monastère de Périvoli, car lorsque nous nous y sommes rendus une première fois la porte était close et personne n’a ouvert à notre demande, et la seconde fois nous avons pu pénétrer, mais dans l’église où il y a de belles fresques du seizième siècle on nous a strictement interdit de prendre des photos, nous suivant pas à pas pour s’assurer que nous n’enfreignions pas la loi et nous n’avons pu visiter aucun autre bâtiment, ce qui ne permet pas de rendre compte de la visite et l’a rendue moins passionnante. Dommage car ce monastère fondé en 1350 et reconstruit en 1630 a une longue histoire. C’était à l’origine un monastère d’hommes, devenu depuis le dix-huitième siècle un monastère de femmes, et maintenant désaffecté depuis quelques années. Il était voué à la Panagia, la Vierge.

 

Quant au nom, Perivoli (Περιβολή), lisant un site Internet en anglais j’y vois “Perivoli means garden”. Ah bon? Perivoli veut dire jardin? Partout en Grèce j’ai lu que jardin se disait κήπος (kipos) tout comme je me rappelle avoir rencontré ce mot, en grec ancien, dans l'Odyssée d'Homère ou chez Platon, c’est ce mot que l’on trouve sur le rayon jardinage des supermarchés, c’est le mot employé par nos amis dans les discussions. Mais l’auteur a visiblement commis une erreur grossière, car il a confondu avec un mot presque homonyme, περιβόλι, qui signifie un verger et se prononce de la même façon, mais avec un accent tonique placé sur une autre syllabe. Et le mot s’écrit avec un η à la fin, pas avec un ι. Puisque je suis devant mon ordinateur je consulte le traducteur Google qui me dit que le mot signifie investiture. Rien à voir, apparemment, avec un monastère. Du coup, je me jette sur mes deux dictionnaires qui, l’un et l’autre, traduisent ce mot par tenue. Un autre site Internet, sans en donner de traduction, dit que ce nom est dû à l’habitude qu’avaient les habitants de se défendre contre les raids de pirates, et cette explication suppose un autre sens encore, peut-être l’auteur du texte pense-t-il au verbe περιβάλλω (périvallo) qui veut dire entourer.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

S’il y a quelque chose à regarder, c’est à l’extérieur, au-dessus de la porte d’entrée, cette représentation d’une Vierge à l’Enfant. Elle mérite la photo en gros plan. Et puis, puisque le monastère est consacré à la Panagia, elle est essentielle ici.

 

Lors de notre premier passage, il y avait devant cette porte un adorable petit chat qui est venu se frotter dans nos jambes, voulait absolument monter dans notre voiture et réclamait sans cesse des caresses. Il en a reçu et redemandé un bon moment, pâmé sur le dos puis, soudain, il s’est retourné et m’a donné un sévère coup de griffe qui m’a tout balafré la main, et il s’est sauvé comme si je voulais lui faire du mal. Oui, oui, je sais que le diable rôde toujours autour des monastères pour inspirer le mal aux saints hommes et aux saintes femmes qui s’y retirent et je suppose qu’à défaut d’humains à corrompre il s’en prend aux animaux!!!

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

On dirait que cette construction n’est qu’une chapelle, mais c’est le catholicon du monastère, c’est cette église qui contient les belles fresques.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Alors puisque nous devons nous en tenir là et rester en grande partie sur notre faim, nous nous dirigeons vers la sortie.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Avant de conclure, encore un monastère, mais que nous ne pouvons visiter que superficiellement. C’est celui de la Panagia Myrsiniotissa, un monastère de femmes fondé au douzième siècle, et réorganisé par saint Ignace (cet Ignace de Leimonos) en 1527 pour être le pendant du monastère d’hommes. Nulle part je n’ai trouvé l’explication du nom; parce que, selon mon dictionnaire, μυρσίνη (myrsini) signifie myrte, il est donc voué à la Vierge du myrte. Ce qui ne m’éclaire pas. Selon divers sites Internet qui se copient mutuellement (en faisant un si parfait copier-coller qu’ils sont identiques jusqu’à la transcription du nom Iynatios avec un Y à la place du G), il serait dédié à l’Assomption de Marie, mais ce monastère est orthodoxe, et chez les Orthodoxes il n’est pas question d’Assomption de Marie mais de Dormition de la Mère de Dieu (Κοίμησις της Θεοτόκου), ce qui me laisse dans le doute quant au patronage. Ce qui est sûr, c’est qu’il s’agit de la Panagia.

 

Il faut noter, fait important à cette époque, qu’il comportait dès le seizième siècle une école pour les filles. Certes, ce serait encore plus moderne si l’école avait été mixte, mais pour l’époque il était remarquable de ne pas tenir les filles écartées de l’éducation.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Nous arrivons devant l’entrée du monastère. Deux affiches, l’une en grec, l’autre en anglais. La première dit “Grecques, Grecs! La pudeur est une vertu à la fois chrétienne et grecque ancienne. La nudité est signe de déclin et de clochardise. Habillez-vous comme il convient à des chrétiens et à des Grecs”. Je trouve très positif que l’on cherche à expliquer et à justifier les règles du monastère, au lieu d’une pure et simple interdiction, sèche et formelle. Mais voir dans la nudité (non pas totale, évidemment, personne ne viendrait nu jusqu’à l’entrée et donc ne serait tenté d’entrer dans la tenue d’Adam ou d’Ève), une nudité des épaules ou des mollets, un signe de déclin ou de clochardise, c’est aberrant. Quant à se référer à une vertu grecque ancienne, Apollon et Aphrodite ne s’embarrassaient pas toujours de vêtements, pas plus que, parfois, Zeus ou Poséidon. Artémis, la chasseresse, courait très court vêtue. Quant à Priape… mieux vaut ne pas en parler. Et ce texte est accompagné d’une illustration qui, il est vrai, est fort décente, cette jeune femme ne montre pas grand-chose.

 

La seconde affiche pose une croix rouge sur un homme en short et sur une femme en mini-jupe, mais de façon très tolérante –et là, je trouve l’affiche excellente– le texte dit simplement “Nous faisons une suggestion… / …Vous agissez selon votre conscience”.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Puisque nous n’avons rien pu visiter vraiment, je me contente de montrer ces quelques images, Je ne sais ce qui est du seizième siècle, lors de la reprise en main, ou ce qui remonte à l’époque byzantine, presque un siècle avant l’arrivée des Latins, mais on voit que les lieux sont chargés d’histoire.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014
Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Poursuivons notre chemin, continuons vers les lieux de vie du monastère. Partout, l’allée étroite est noyée dans la verdure, mais à la différence des Taxiarques de Klopedi, on sent que tout cela est entretenu, nombre des plantes ne poussent pas en pleine terre mais en pot, les branches sont domestiquées sur des tonnelles.

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Il est vraiment dommage que nous n’ayons pas eu d’explications parce que nous passons devant des bâtiments divers sans savoir ce qu’ils contiennent…

Lesbos 08 : Divers monastères. Juin et juillet 2014

Avant de repartir, je montrerai le catholicon, la grande église qui est le cœur du monastère. Elle, immédiatement en la voyant on se dit qu’elle n’est pas ancienne. En s’approchant, on lit sous la croix du fronton “1912”. Juste un siècle. Nous ne pourrons y pénétrer.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Intéressant, ce monastère de Leimonos. Nous nous y sommes rendus plusieurs fois. Ma carte ci-dessus permet de le situer dans l’île, pour le retrouver plus vite sur la carte routière.

 

Parce que l’ancienne diphtongue EI se prononce aujourd’hui comme un simple I, on trouvera souvent ce nom transcrit en français ou en anglais sous la forme Limonos, et Wikipédia l’appelle Lémoni, ce qui ne correspond ni à l’orthographe, ni à la prononciation. Peu importe.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Cette vue plongeante permet de se rendre compte de son étendue, c’est d’ailleurs le plus grand de l’île de Lesbos. Et l’on voit également que, contrairement à la plupart des monastères grecs, et en particulier celui que j’ai présenté dernièrement, le monastère d’Ypsilou, celui-ci n’a rien d’un nid d’aigle, il est au contraire installé au creux d’une dépression. La raison en est sans doute la date de sa construction, comme nous allons le voir bientôt, à une époque où il n’y a plus autant à craindre les raids de pirates et où l’Empire Ottoman est si solidement implanté qu’il n’y a plus non plus de siège à soutenir.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Lorsque l’on arrive sur le territoire possédé par le monastère, à quelque distance avant le portail d’entrée dans l’enclos lui-même, on est surpris de voir, disséminées dans le paysage, quelques petites chapelles, les unes rondes, d’autres carrées, un peu différentes les unes des autres et jetées dans la nature un peu au hasard, un peu comme des dés échappés de la main d’un joueur.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Plus on progresse, et plus on en voit, de ces chapelles. Certaines même sont nettement plus grandes, bâties en forme de croix, comme leurs grandes sœurs, les vraies églises.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Encore plus surprenant, on en trouve même d’assez grandes, agglutinées les unes aux autres. Ni mes guides, ni les livres consultés, ni Internet, rien ne m’a donné l’explication de cette profusion de lieux de culte disséminés aux portes de ce monastère. Ces chapelles sont-elles votives? De quand datent-elles? Quoi qu’il en soit, c’est pour le moins original.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Ignace Agallianos était, au seizième siècle, un prêtre et, comme la plupart des prêtres orthodoxes, il était marié. En effet, après leur ordination ils ne peuvent plus se marier, et il leur suffit donc de se marier avant. Or voilà qu’une épidémie emporte sa femme et ses enfants. Condamné dès lors au célibat, il se fait moine et se consacre à la copie de manuscrits.

 

On raconte –mais est-ce partiellement ou même complètement légendaire?– qu’en 1523 le sultan Soliman le Magnifique a fait appeler Ignace parce que son fils avait une main déformée et qu’il requérait l’intervention de ce moine dont la réputation était déjà grande. Et les soins du moine (ou un miracle?) ont obtenu la guérison du fils du sultan. Ignace s’est alors cru autorisé à oser demander l’autorisation de fonder un monastère, ce que Soliman reconnaissant n’a pas voulu lui refuser. En 1526, là où avait existé un monastère byzantin désaffecté depuis l’arrivée des Turcs, il fonde un nouveau monastère, Leimonos, dédié à l’archange saint Michel, ainsi qu’une école de haut niveau, Leimonias, qui fonctionnera jusqu’en 1923 et sera le centre intellectuel et spirituel de l’île. Plus tard, il deviendra métropolite (évêque) de Methymna. Il meurt en 1566 et sera canonisé par l’Église orthodoxe saint Ignace de Mytilène.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Fréquemment, les monastères élèvent des paons, généralement dans un enclos, parfois comme à Leimonos, en toute liberté. Quand il fait la roue avec sa queue, le paon évoque la roue solaire, et donc l’immortalité. Parce que, selon une croyance populaire au moyen-âge, la chair du paon était imputrescible, c’est une autre raison du symbolisme de cet oiseau représentant l’immortalité de l’âme. Voilà pourquoi leur présence rappelle aux moines qu’après leur mort leur âme survivra éternellement et que pour cette raison il faut la préserver du mal qui la mènerait en enfer.

 

Avec leur plumage multicolore, avec les ocelles qui constellent leur queue lorsqu’ils la déploient pour se faire admirer, les mâles ont toujours la vedette. De même s’ils sont tout blancs. Les pauvres paonnes sont bien oubliées, avec leur triste plumage, et parmi elles il n’y a pas de féministes criant à l’injustice. Aussi me fais-je un devoir de montrer l’une de ces braves mères s’occupant discrètement de ses enfants tandis que ces messieurs font leurs jolis cœurs devant les visiteurs.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Dans la cour d’entrée, nous trouvons cet édicule. Il ne mériterait sans doute pas que l’on s’y arrête, malgré les mignons petits lions de l’entrée, si un panonceau n’attirait l’œil, disant (en grec seulement, hélas pour le visiteur qui ne comprend pas cette langue) que les poteaux proviennent de l’ancienne église du Taxiarque (l’Archange, donc ici saint Michel), récupérés par le fondateur, saint Ignace, en 1526.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

On peut se promener librement dans le monastère et parmi ses bâtiments qui s’organisent autour de plusieurs cours agréablement plantées d’arbres.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

 

Les bâtiments ne sont pas tous en très bon état, comme en témoignent mes photos. D’ailleurs, en regardant bien on voit qu’une barre de bois condamne l’accès à cet escalier un peu bancal, qui débouche sur un étage vermoulu.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Dans l’une des cours, celle de l’une de mes photos précédentes où se trouve un bâtiment derrière un arbre en fleurs, nous avons pénétré dans cette petite église. Elle est relativement moderne et ne présente pas un intérêt architectural particulier…

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Mais à l’intérieur, il y a des fresques manifestement modernes, dont cette représentation de saint Ignace. Je ne pouvais quand même pas manquer de montrer le fondateur du monastère!

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Et puis j’aime bien cette fresque du paradis terrestre, non pas pour sa bien modeste valeur artistique, mais parce que je trouve amusante cette représentation naïve d’Adam et des animaux. Dans les représentations plus anciennes, l’exotisme consiste en lions, éléphants, girafes et autres animaux africains. Au moyen-âge, peut-être les Vikings étaient-ils allés au-delà du cercle polaire, mais ils n’étaient pas venus ensuite peindre des fresques chrétiennes Or ici il y a un pingouin. De même, il y a un kangourou, alors que l’Australie n’a été abordée pour la première fois par des Européens qu’au début du dix-septième siècle.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Avec toutes ces églises autour du monastère, on se doute bien qu’il y en a plusieurs, et des plus grandes, à l’intérieur. Ici nous sommes dans celle qui est dédiée au fondateur du monastère, c’est l’église Saint-Ignace.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Appuyée au mur de l’une des cours, non loin de l’église principale, le catholicon, on remarque une fontaine d’architecture ottomane. Son eau est sacrée, ou sainte, je ne sais trop comment dire, c’est ce que les Grecs appellent un αγίασμα (agiasma). J’ai souvent trouvé la traduction de ce mot par “eau bénite”, mais ces mots en français veulent dire que l’eau, une eau commune, a reçu une bénédiction selon un rite. Ce n’est pas le cas de l’agiasma, qui est une source bénéficiant de ce caractère sacré sans avoir à être soumise à une consécration religieuse. Eau bénie, plutôt que bénite, conviendrait sans doute mieux. À la rigueur, eau miraculeuse, comme à Lourdes, quoique l’agiasma ne suppose pas systématiquement de miracles. De toutes façons (là, c’est l’ancien prof de lettres qui parle), il y a des exemples de confusion entre béni et bénit chez de grands auteurs français. Alors…

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Nous avons encore à visiter le catholicon. Ou, plutôt que “nous avons”, je dois dire “j’ai”, car Natacha est proscrite en ces lieux. Les femmes ont accès librement à tout le reste du monastère, y compris aux autres églises, mais pas au catholicon. Pas à la grande église, quand même! Les femmes, ces êtres diaboliques, ne peuvent souiller de leur présence ce saint lieu. Vade retro, Satanas! “Les ladies ne sont pas autorisées à entrer dans la totalité de l’église centrale”, dit le panneau. Et puis, en guise d’excuse, il est ajouté: “Coutume d’une vieille tradition de ce monastère”. Le texte en grec précise même “depuis sa fondation” et, entre parenthèses, “Depuis le seizième siècle”. Ah, ah! C’est donc saint Ignace en personne, le machiste. Et pourtant, il a été marié. Vengeance?

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Il est dommage d’interdire aux femmes, pour des motifs absurdes, la possibilité d’admirer cette superbe église. L’iconostase, notamment, est magnifique. Cette église a été construite dès le début, par saint Ignace; c’était, à l’époque, la seule église du monastère.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Ci-dessus, je montre un détail de la sculpture en bois doré de cette iconostase. Il y a une extraordinaire richesse dans la finesse des détails. L’autre photo montre que le plafond, pour n’être pas doré, n’en est pas moins sculpté.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Et puis encore deux détails de ce raffinement, avec ce chapiteau sculpté et coloré. Je pense que je ne l’aurais pas abîmé en le touchant, mais je ne pouvais escalader la colonne pour l’atteindre. Je dis cela, parce que sa surface est brillante, et ne donne pas l’impression d’être de la pierre, même très soigneusement polie, mais plutôt de la céramique. D’autant plus qu’à la base de la décoration il y a une surépaisseur, comme si un revêtement avait été ajouté autour de la colonne de pierre peinte.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Sur cette photo, on voit la colonne peinte au chapiteau que je présume être de céramique, et l’on voit aussi ces stalles formant un demi-cercle autour d’un étroit guéridon. Je ne sais pour quel type cérémonie cela est utilisé. Non, non, ce n’est pas pour prendre le thé de façon conviviale, impossible de poser autant de tasses sur une si petite table. Ah, des verres à liqueur? Même pour des verres à liqueur avec la bouteille, c’est trop petit. Soyons sérieux: je suppose que lorsqu’il n’y a pas célébration d’une messe et que les moines se réunissent seulement pour une prière en commun, l’un d’entre eux est debout au milieu pour lire un passage d’un évangile ou des Actes des apôtres. Mais là encore, puisque je n’ai pas d’explication officielle, ce n’est qu’une supposition de ma part.

 

Cette photo permet aussi de voir que les murs de ce catholicon sont intégralement revêtus de fresques. Elles ont été peintes entre la seconde moitié du seizième siècle et la première moitié du dix-septième. Saint Ignace ne les a donc pas vues.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Quelques-unes de ces fresques, à titre d’exemple. Ici, nous voyons une Annonciation et une Nativité. La première est assez classique, mais la seconde est originale. D’abord, l’âne ressemble plutôt à un cheval, avec ses oreilles courtes, tandis que le bœuf a des cornes artistement recourbées, comme celles de Zeus ayant pris la forme d’un taureau pour enlever Europe. Et puis il y a cette troupe d’anges cachés derrière le toit de la crèche, dont l’un indique du doigt l’étoile qui s’est arrêtée au-dessus de l’endroit où Jésus est né. Les trois hommes auxquels cette étoile est montrée semblent un peu trop bien habillés pour être des bergers, mais ils sont loin d’être assez richement vêtus pour des mages ayant les moyens d’apporter de l’or, de l’encens, de la myrrhe. Je pencherai donc pour des bergers qui ont mis leurs habits du dimanche pour l’occasion (du dimanche... la dominica dies, le jour du Seigneur, ne peut pas encore exister!).

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

“Tu es le rempart des vierges”, est-il écrit au-dessus de cette scène. Habituellement, c’est la Vierge Marie qui est ainsi appelée. Serait-ce donc Jésus tout bébé qui sait déjà parler et qui dit cela à sa mère? Est-ce l’une de ces saintes?

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Allez, encore deux fresques. Mais ici je me garderai de tout commentaire, parce que je n’arrive pas à identifier ces scènes. Je les montre pour le raffinement du dessin et des couleurs.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Il y a aussi, comme à Ypsilou, un musée à Leimonos. Il est riche de manuscrits –nous avons vu qu’Ignace se consacrait à la copie de manuscrits–, mais je n’en montrerai pas de nouveau ici, parce que les manuscrits rendent mal en photo. Voilà plutôt des outils de la campagne. Le premier semble être un soc de charrue.

 

Le second bénéficie d’une explication: il se nomme Dougueni et sert à battre le blé. Sous cette planche de bois sont fixées des pierres tranchantes, et lorsqu’un cheval ou un âne tire cet outil sur l’aire où est répandu le blé, les pierres coupent les épis et extraient ainsi le grain.

 

L’objet de ma troisième photo semble être un double soufflet. Mais pourquoi double, et sur quoi, sur quel feu souffle-t-il, voilà des questions auxquelles il n’est pas répondu.

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Dans cette pièce, ces énormes jarres à demi enterrées contiennent la réserve d’huile d’olive du monastère. Les terres que possède le monastère sont constituées en grande partie d’oliveraies, aussi ne peut-on s’étonner que la production d’huile soit abondante, mais les moines devaient vendre une bonne partie de cette huile parce que je ne crois pas que, même au temps où ils étaient plus nombreux, ils pouvaient consommer en un an un tel volume d’huile, à moins de se faire des frites tous les jours. Et encore!

Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014
Lesbos 07 : Le monastère de Leimonos. 3 visites, juin et juillet 2014

Pour terminer, deux photos anciennes. Encore une fois, pour les non-hellénistes, il est dommage que le petit écriteau explicatif collé dans le coin inférieur droit de la première photo ne soit rédigé qu’en grec. Il y est dit qu’elle a été prise aux alentours de 1920, et montre le bâtiment de trois étages construit en 1915 où se trouvent les cellules des moines. On ajoute que là où nous sommes (là où je suis pour prendre ma photo, c’est-à-dire sous la galerie du bâtiment perpendiculaire), il y a des tas de pierres et de gravats.

 

Pas de petit papier collé sur la seconde photo, pas d’explications. L’époque doit être à peu près la même. On remarque que ces bœufs ne tirent pas un char sur roues, mais un traineau sur patins. Il est vrai que le sol semble revêtu d’une épaisse gadoue sur laquelle il est plus facile de glisser, les roues risquant de s’embourber.

 

Oh, il y a encore bien des choses à voir dans ce monastère de Leimonos, mais je ne peux pas tout montrer dans mon article. Disons simplement que le touriste qui fera une halte ici ne sera pas déçu d’y passer un moment.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Nous voici tout à l’ouest de Lesbos. Dans mon précédent article, nous étions au monastère d’Agios Rafaïl, près de Thermi, tout à l’est de l’île, juste à l’opposé. Je ne suis donc pas une logique géographique, mais puisque j’ai commencé à parler d’un monastère, restons sur le sujet. Nous voici au monastère d’Ypsilou.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

L’adjectif grec Ypsilos signifie “élevé”. Si, perché à six cent trente-quatre mètres d’altitude sur les restes du volcan éteint Ordymnos, ce monastère n’est quand même pas sur l’Everest ni même le Mont Blanc, il n’en est pas moins situé en l’un des points les plus élevés de l’ouest de Lesbos (le mont le plus haut, le Lepetymnos, dresse ses 968 mètres tout au nord de l’île). Les paysages de la route qui y mène sont impressionnants, la vue est magnifique dans toutes les directions.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Le monastère d’Ypsilou est un monastère d’hommes et il est dédié à saint Jean l’Évangéliste. Comme on le voit, sa situation en fait une forteresse, et c’est bien le rôle qu’il a dû avoir pour résister, ou pour essayer de résister, aux raids de pillage. De plus la population, en cas d’alerte, y trouvait refuge.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

C’est un monastère byzantin dont l’origine remonte avant 800, mais dont les plus anciens bâtiments sont de 1101. Puis il a probablement été abandonné à la fin de l’époque byzantine et a subi les ravages du temps en plus de ceux des pilleurs. C’est du moins ce que j’ai lu sous la plume d’un archéologue, mais des sites informatiques sur le sérieux desquels je ne dispose pas d’informations parlent d’une réhabilitation dès l’époque byzantine et de l’action des Turcs qui auraient exterminé la population des moines et l’auraient détruit. Ce qui semble confirmé, c’est une renaissance post-byzantine, suivie d’une destruction par le feu.

 

Précédemment, je parlais de sa situation qui en fait une forteresse. Et comme on le voit sur ces photos, les bâtiments eux-mêmes en font une sorte de château fort, avec plusieurs portes successives et des murs hauts et puissants dont les fenêtres sur l’extérieur sont peu nombreuses, de petites dimensions, et haut situées. En outre, on constate qu’il est doté d’une forte tour carrée comme dans un “kastro”.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

À l’intérieur du monastère, l’atmosphère se détend. Autour de la cour, les bâtiments s’ornent d’arcades, les portes et les fenêtres se multiplient, les moines entretiennent des massifs d’hortensias. La tour, qui est dans le plan de la façade extérieure, est ici un peu en retrait.

 

J’ai pris en gros plan une photo d’une décoration en brique dans un mur, qui représente la lettre B répétée dans chacun des quatre bras d’une croix. J’ai longuement discuté de la signification de ce sigle dans mon article de ce blog intitulé Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014 (mon troisième article sur Lesbos). Je n’y reviendrai pas et me contenterai de dire comment, à la fin, je l’ai interprété: “Croix du Roi des Rois, soutiens le roi (soutiens notre roi)”. Mais puisque c’est un sigle byzantin, cela prouve que ces bâtiments sont antérieurs à l’Empire Latin de 1204. Tout n’a donc pas été détruit au cours des âges.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

On se rappelle que si l’Empire Ottoman a été, dans une certaine mesure, tolérant à l’égard des différentes religions des peuples qu’il recouvrait, l’usage de cloches était en revanche strictement interdit, seule la voix du muezzin pouvant être entendue. Pour appeler les moines à la prière, comme pour les appeler au réfectoire, les monastères faisaient usage d’une planche de bois suspendue à des chaînes qui, lorsqu’elle était frappée, résonnait suffisamment fort pour être entendue dans tout le monastère. On l’appelait le talanton: le verbe grec talantevo signifie “balancer”.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Nous voici dans le catholicon, c’est-à-dire l’église principale du monastère. Il date de 1832. Sans doute, il ne s’y trouve pas d’œuvres d’art inoubliables, mais le haut de l’iconostase est d’assez bon goût.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Le monastère est doté d’un petit musée qu’il vaut la peine de visiter. Ci-dessus, le musée appelle ces constructions Αρτοφόριο, ce qui très exactement signifie “Porte-pain”, mais qui est traduit en anglais “Placement Holy Bread”. Puisque c’est là que le prêtre place le pain consacré, c’est ce que nous appelons tabernacle (le même mot de tabernacle existe en anglais, je viens de vérifier dans mon Robert et Collins), du latin qui signifie “petite tente”. Celui de ma première photo ci-dessus est de 1835, celui de ma seconde photo est de 1911.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Il y a également une bibliothèque qui comporte un bon nombre de livres anciens, mais puisqu’on n’en voit que le dos derrière la glace d’une vitrine, ce n’est pas cela le plus intéressant.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est cette collection de cinquante-neuf manuscrits dont certains sont particulièrement précieux. Je choisis ci-dessus deux de mes photos:

 

La première photo fait un gros plan sur un rouleau de parchemin qui date du dixième ou du onzième siècle. Outre la date, la seule description dit ΧΕΙΡΟΓΡΑΦΑ ΕΙΛΗΤΑΡΙΑ, c’est-à-dire “rouleau manuscrit”. C’est bien vague. J’aurais aimé savoir de quoi parle le texte. Est-ce un évangile? Une lettre? Un décret? La règle du monastère?

 

En dehors de sa date, 1446, et du fait qu’il est manuscrit, il n’en est pas dit plus au sujet du livre de mon autre photo. C’est bien dommage.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Ce tableau est extrêmement étonnant. Non certes par son sujet, qui est relativement fréquent, mais parce qu’il a été réalisé en 1922 par le docteur Housni Vey dont il est précisé que ce médecin était un Turc musulman. Je sais bien que l’Islam ne méconnaît nullement l’enseignement de Jésus, nommé Issa, ni sa crucifixion, le considérant comme le dernier des grands prophètes avant Mahomet. Mais dans ce monastère orthodoxe, donc chrétien, Jésus est Dieu. Pas Issa. Or, en regardant de près, on voit près de la tête du Christ les lettres IC XC (Jésus Christ), et au-dessus de la tête de Marie les lettres ΜΗ ΘΟΥ (Mêtêr Théou, Mère de Dieu). C’est en 1923 que les Turcs de Lesbos ont dû quitter Lesbos redevenue grecque pour rejoindre la Turquie, mais ce médecin était connu de toute la population des environs, tout un chacun le savait musulman, on ne peut le soupçonner d’avoir hypocritement joué les chrétiens pour pouvoir rester (la séparation entre “Grecs” et “Turcs” se faisait en réalité sur le critère de la religion). Mais, bien vu de la population et contraint par décision politique prise au loin de quitter les lieux où il était né et où il avait vécu, où il avait des amis et des patients, je suppose (mais c’est simple supposition de ma part) qu’il a voulu laisser ce tableau en cadeau aux habitants du lieu et aux moines du monastère.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Le musée présente aussi de belles pièces de broderie. Cette Annonciation du quinzième siècle dont on nous dit qu’elle a été brodée main (ce qui est évident, vu la date) orne une bande de tissu décrite comme ΕΠΙΜΑΝΙΚΑ, un mot que mon dictionnaire ignore superbement et que Google traduit par “menottes”… En fait, je pense qu’il s’agit de ce que les catholiques appelaient un manipule, que le prêtre passait sur son avant-bras gauche mais dont l’usage a été supprimé par le concile Vatican II.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Cette très belle étole de 1527 a appartenu, nous dit-on, à saint Ignace. Le musée le dit, en grec comme en anglais, “propriétaire” du monastère de Leimonos. Je ne dispose d’aucune documentation complémentaire, mais cela m’étonne. Je suppose qu’il convient de comprendre qu’il en était titulaire, c’est-à-dire higoumène. C’est lui, en tous cas, qui a créé en 1526 ce monastère objet de mon prochain article.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

J’ajoute encore une pièce de broderie faite main, cette Vierge à l’Enfant qui ornait une ceinture du dix-septième siècle.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Et je terminerai avec ce plateau d’argent repoussé et doré qui est daté de 1690 et a appartenu au patriarche œcuménique Parthénios. Il va de soi qu’à l’époque, le patriarche en question est celui de Constantinople. L’église orthodoxe autocéphale de Grèce ne date que de 1833. Et d’ailleurs, encore aujourd’hui, les territoires qui ont rejoint la Grèce indépendante en 1912 et dont Lesbos fait partie sont restés sous la dépendance du patriarcat de Constantinople qui réside à Istanbul, même si à titre transitoire (un titre transitoire qui dure, qui dure…), les métropolites (évêques) de ces territoires participent aux synodes avec leurs collègues de l’église grecque autocéphale.

 

Concernant ce Parthénios, une petite recherche sur Internet m’en a fait trouver plusieurs de ce nom; je pense qu’il doit s’agir de Parthénios IV qui a été cinq fois élu patriarche, de 1657 à 1662, de 1665 à 1667, de mars à septembre 1671, de janvier 1675 à juillet 1676, et enfin un an de mars 1684 à mars 1685. Je n’ai pas trouvé de Parthénios ensuite, et les trois précédents avaient été patriarches dans les années 1640 et 1650. Comme on n’accédait pas à cette fonction dans sa prime jeunesse, je pense qu’ils n’auraient pas pu être propriétaires de ce plateau créé en 1690.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Nous avons quitté Mytilène vers le nord. Nous n’allons pas bien loin, parce qu’à quelques kilomètres, près de Thermi où nous aurons l’occasion de revenir, nous voyons l’indication d’un monastère. Agios Rafaïl, il n’est pas nécessaire d’être un grand linguiste pour deviner que c’est Saint Raphaël. Dans mon premier article sur Lesbos, j’avais dessiné une carte de l’île où j’avais placé toutes nos visites. Pour éviter que l’on ait à s’y reporter, et que l’on ait, en outre, du mal à localiser le sujet de chaque article au milieu d’une foule de noms, je publierai à chaque fois ma carte de l’île ne comportant que l’emplacement de la capitale Mytilène et de Methymna au nord, où nous avons passé très longtemps, en plus de l’endroit décrit dans l’article. Voilà donc l’emplacement de ce monastère.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Agios Rafaïl est noyé dans une forêt d’oliviers. Il faut dire que l’île, à ce que l’on nous a dit, compte pas moins de onze millions de ces arbres… On quitte donc la route de la côte et l’on monte, jusqu’à ce que l’on aperçoive ce grand monastère moderne parmi les arbres. Il semblerait a priori qu’il ne présente pas un grand intérêt, nous nous disons que nous allons le voir en passant et poursuivre notre chemin. Nous nous trompons lourdement!

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Nous entrons. Il y a un parking à l’intérieur où nous pourrons garer le camping-car. “Dieu est amour”, est-il dit sur la grande arche, “et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui”. Et puis, sur l’arche intérieure plus basse: “Si quelqu’un se soumet à Dieu, Dieu se soumet à lui”. Nous voilà édifiés.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Nous pénétrons dans l’enceinte du monastère. Près de l’entrée, une plaque dit que “la philoxénie est un cadeau”. La philia est l’amour et l’amitié, le xénos est l’étranger. On peut donc traduire ce mot par hospitalité. Ce monastère se dit donc accueillant.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Et ce n’est pas un vain mot, oh non. L’accueil est magnifique, l’hospitalité incroyable. L’une des sœurs, quoique ne parlant ni français ni anglais, nous propose de nous faire visiter le monastère et nous explique de son mieux tout ce qu’il y a à savoir. Et quand nous demandons si nous pouvons rester sur ce parking pour la nuit, elle dit que notre camping-car y sera très bien, mais que nous, nous sommes invités (oui, invités, gratuitement) dans une chambre pour pèlerins. En remerciant chaleureusement, je proteste que nous ne sommes pas orthodoxes, et qu’il n’y a donc aucune raison. Et alors? nous répond-on, cela ne change rien, nous sommes des humains, des enfants de Dieu comme les religieuses du couvent, donc des frères et des sœurs, et la communauté est heureuse de nous accueillir. Eh bien, nous acceptons cette chaude hospitalité. Nous passerons deux nuits. Et, à chaque fois que nous passons devant l’accueil, nous avons de longues et sympathiques discussions avec cette religieuse du début, et avec une autre qui parle anglais. Pas un instant il n’a été question de chercher à nous convertir, à nous convaincre de quoi que ce soit, non, l’hospitalité ici est vraiment totalement désintéressée. C’est moi qui, parce que le sujet m’intéresse, ai deux ou trois fois mis la conversation sur les différences entre catholicisme et orthodoxie, sur le filioque, sur la place du pape de Rome.

 

Ce que l’on nous a proposé, et avec insistance, c’est de prendre le petit déjeuner (offert gratuitement, faut-il le préciser?) dans la grande salle de réception. Le monastère vend des livres de piété et des livres sur le monastère et les saints qui y sont honorés, ainsi que des petits colifichets, mais on ne nous en a pas parlé, on ne nous a rien, absolument rien proposé. C’est nous qui, parce que cela nous intéresse, avons demandé à acheter ce qui concerne ces lieux.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Sous le panneau disant que l’hospitalité est un cadeau, une autre plaque dit que “le séjour dans le saint monastère est limité à 3 jours”. Et c’est bien normal, d’abord pour laisser la place à d’autres, et ensuite pour éviter que des indélicats ne choisissent cet endroit comme un lieu de villégiature à bon compte, car les chambres sont confortables et bénéficient de toutes les commodités, avec salle de douche et toilettes privatives.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Certes, l’ensemble est très propre et net et respire le calme, mais il est vrai que l’architecture ne justifierait pas une longue visite, et c’est bien plutôt l’accueil et l’atmosphère qui nous ont retenus.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Il me faut quand même montrer que hors de l’allée principale avec ses grands bâtiments et son église, il y a des espaces joliment fleuris destinés autant au plaisir des yeux qu’à la méditation.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Il y a également dans le jardin des églises en réduction. J’avoue ne pas avoir bien compris l’explication qui m’en a été donnée… Mais il y a aussi une crypte dans laquelle on peut recueillir de l’eau et de l’huile censées avoir un pouvoir de guérison. Nous avons fait la connaissance d’une dame venue ici en pèlerinage, avec qui nous avons sympathisé et un peu discute, et qui s’est soudainement jetée sur nous avec son pouce humecté pour, d'autorité, nous oindre de cette huile.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Jetons un coup d’œil à l’intérieur de l’église. Nous y voyons, entre autres, deux tombes. Sur ma première photo ci-dessus, c’est celle de saint Raphaël, qui a donné son nom à l’église et au monastère (il ne s’agit pas de l’archange Raphaël, comme nous allons le voir), et sur ma seconde photo c’est celle de sainte Irène. Mais il faut que je m’explique au sujet de ces saints.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

La photo ci-dessus montre une mosaïque qui représente la petite Irène, dont je vais bientôt parler, entre Raphaël et Nicolas. Nicolas était, comme nous allons le voir, un jeune étudiant quand Raphaël était déjà un homme fait, je suppose qu’il faut voir Raphaël à gauche et Nicolas à droite. Tous trois ont l’auréole de la sainteté due à leur martyre. Voici l’histoire: Il y avait ici autrefois, sur cette colline de Karyes, au milieu d’une oliveraie appartenant à un Turc, un bloc de marbre brisé sur lequel, chaque mardi suivant Pâques, était célébrée en présence de nombreux habitants de la proche Thermi une messe en raison d’une tradition dont on ne se rappelait pas l’origine, et sans que le propriétaire des lieux s’y opposât. Lors de l’échange de populations des années 1920, le domaine devient la propriété d’un Grec rapatrié d’Asie Mineure et, beaucoup plus tard, il est décidé de construire là une petite église. Les travaux commencent en 1959.

 

Quelle n’est pas la surprise des ouvriers quand, creusant les fondations, ils mettent au jour une tombe dans laquelle l’archéologue appelé d’urgence trouve un squelette, les mains jointes sur la poitrine, et à trente centimètres du corps la tête à laquelle manque la mâchoire inférieure. Près de la tombe, des marbres ecclésiastiques d’époque byzantine. Le prêtre venu sur les lieux pour prier s’en retourne en déclarant ne pas savoir pour qui prier mais, la nuit suivante, il a eu, raconte-t-il, une apparition d’un moine qui lui a déclaré “Je suis le moine Raphaël, natif d’Ithaque, martyrisé par les Turcs le 9 avril 1463”. Cette bavarde apparition a raconté avoir été baptisée Georgios et porter le nom de Laskaridis, avoir reçu une bonne éducation et, après avoir un temps servi comme officier de l’armée byzantine, s’être fait moine sous le nom de Raphaël. Puis il a servi une paroisse d’Athènes, est devenu archimandrite et évêque au patriarcat de Constantinople. Envoyé en France à Morlaix, en Bretagne, il y rencontre un étudiant venu de Thessalonique, nommé Nicolas. Il est exact que dans les archives de Constantinople, il y a trace de l’envoi de jeunes pour étudier à Morlaix, cela ne relève donc pas que de l’apparition. Les deux hommes sont revenus ensemble au pays, Nicolas s’est fait moine et diacre et n’a plus quitté Raphaël, dont il est devenu le collaborateur. Lors de la conquête de Constantinople, ils étaient tous deux en Thrace. En 1454, ils s’embarquent à Alexandroupolis pour se réfugier à Lesbos.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Débarqués à Thermi, ils apprennent qu’un moine vit seul sur le mont Karyes, là où existe un monastère qu’une femme pieuse du nom de Melpomeni a fait bâtir sur les ruines d’un ancien couvent détruit par des pirates en 1235. Ils y vont, s’y installent, et créent rapidement une petite communauté. Neuf ans plus tard, en septembre 1462, voilà que Lesbos est prise par Mehmet le Conquérant au terme d’un siège de dix-sept jours. Dans un premier temps, les Turcs n’inquiètent pas la communauté mais des événements survenus à Thermi poussent nombre d’habitants à aller se réfugier auprès de Raphaël et Nicolas. Le Vendredi Saint 1463, les Turcs montent sur la colline. La plupart des gens parviennent à se cacher sans la montagne, mais l’abbé Raphaël, le diacre Nicolas, l’instituteur, le chef de la communauté et sa famille sont pris et torturés pour leur faire révéler où les autres se sont cachés. Le 9 avril, qui était le mardi après Pâques, le chef et sa femme sont ligotés, attachés à un arbre, et sous leurs yeux on coupe les mains d’Irène, leur fille, qui n’a que douze ans, puis on la jette dans une cuve où on la fait brûler vive (mes photos ci-dessus représentent une icône d'Irène et le chaudron de son supplice). Après lui avoir fait subir ce terrible supplice et en avoir imposé le spectacle à ses parents, ceux-ci sont cruellement massacrés.

 

Raphaël, lui, est lacéré à coups de baïonnette, précipité du haut d’un arbre, puis on lui coud la bouche, on lui arrache la mâchoire. Nicolas, pendant ce temps, était attaché à un arbre pour l’obliger à voir le supplice de son abbé. Puis, quand on a commencé à le lacérer lui aussi avec une baïonnette, un arrêt cardiaque a mis fin à son supplice. Les Turcs, alors, mettent le feu au monastère et s’en vont. Dans la nuit, de pieuses gens vont ensevelir les corps en cachette.

 

Je ne sais si l’on doit croire à l’apparition miraculeuse de saint Raphaël au prêtre de Thermi en 1959, mais apparition ou non, le fait est que les Turcs ont réellement, à cette date, supplicié et exécuté ces personnes, et même si l’on a de gros doutes sur la vision, il est probable qu’un crâne sans mâchoire enterré à cet endroit est celui de l’abbé Raphaël, d’autant plus que par la suite, les fouilles ont mis au jour d’autres corps, dont celui supposé de Nicolas, ceux supposés des parents d’Irène, des restes carbonisés d’un enfant et le chaudron de terre que l’on ne peut que lier au supplice d’Irène. Outre ces squelettes, on a déterré nombre d’objets, des coupes, des encensoirs, des pièces de monnaie byzantines, une icône du Christ Pantocrator, des fragments de parchemins manuscrits avec des passages de l’évangile et des pierres précieuses. Voilà donc expliquée la raison d’une célébration de messe chaque mardi de Pâques en cet endroit, jusqu’à ce que l’église du couvent actuel soit construite.

 

Indépendamment de ces événements, des archives avaient fait savoir qu’en 1235, en pleine époque de l’Empire Latin, des pirates avaient débarqué, avaient pillé le couvent de religieuses qui se trouvait en cet endroit puis y avaient mis le feu, avaient supplicié la Mère Supérieure Olympia et tué toutes les sœurs. Or lors des fouilles de 1959, on a également mis au jour un squelette de femme avec deux gros clous enfoncés dans son crâne au niveau des oreilles, un autre au niveau de la mâchoire et plusieurs dans la poitrine. Quand, en cette seconde moitié de vingtième siècle, on a construit l’actuelle église Saint-Raphaël, en creusant les fondations on a découvert un énorme mur qui appartenait à l’église détruite en 1235.

 

Un décret du 29 septembre 1963, signé du ministre de l’éducation nationale et des religions, décide de la création d’un monastère de femmes. Le patriarche œcuménique de Constantinople, lui, a déclaré la canonisation des saints martyrs Raphaël, Nicolas et Irène.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

La Mère Eugenia Kleidara raconte dans un livre qu’elle était higoumène, c’est-à-dire supérieure, d’un couvent de Chios quand elle s’est sentie appelée par saint Raphaël à lui construire un monastère sur le mont Karyes à Lesbos. Elle avait reçu de son père cent livres en or et a décidé de les consacrer à cette fondation. Jusqu’à ce que des cellules soient construites, Mère Eugenia est hébergée à Thermi, et dispose d’une tente sur la colline pendant le jour. Son père, précédemment, l’avait menacée de la déshériter si elle se faisait religieuse, mais devant sa détermination il l’avait laissée prendre le voile, et a mis la main à la poche pour construire son église.

 

La Mère Eugenia est morte il y a moins d’un an, en juillet 2013. Tous ceux qui l’ont connue la décrivent comme une sainte femme, d’une bonté et d’une générosité exceptionnelles. Les mots employés, l’émotion visible, vont bien au-delà du respect dû à la Supérieure, bien au-delà des mots convenus se rapportant à une personne décédée. Et la chaude hospitalité du monastère est visiblement son héritage.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

En nous couchant, nous avons repéré sous le toit d’un bâtiment voisin une chouette en train de s’éveiller, puis elle a pris son envol. Mais lorsque nous nous sommes réveillés il faisait grand jour, et notre compagne était revenue sous son toit. Elle ne dormait pas encore et observait la vie du monastère d’un œil aigu.

Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014
Lesbos 05 : Le monastère Agios Rafaïl à Thermi. Du 6 au 8 juin 2014

Lors de notre visite des jardins du monastère, la charmante religieuse qui nous guidait nous a montré l’espace où sont gardées des biches. Certes cet espace est clos, mais c’est un vaste terrain où elles se promènent en liberté. Oui, ces religieuses aiment les animaux comme le faisait saint François, et elles aiment aussi leurs “frères humains”. C’est sincère. Et c’est impressionnant. Nous n’oublierons pas notre petit séjour dans ce monastère.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Dans mes articles précédents, nous avons jeté un coup d’œil à la Mytilène contemporaine, puis dans le château nous avons vu la Mytilène byzantine, génoise, ottomane. À présent, rendons-nous au musée archéologique pour voir la Mytilène antique, car ce que nous en avons vu dans le château, le sanctuaire de Déméter et Perséphone, c’était bien peu. Je dis “le” musée archéologique, en réalité il y en a deux tout proches l’un de l’autre, car le musée ancien, celui dont je montre l’élégant bâtiment ci-dessus, était devenu nettement trop exigu pour exposer le produit de toutes les fouilles, non seulement de la capitale, mais de beaucoup d’autres sites, aussi a-t-on construit un élégant bâtiment moderne pour ajouter à l’espace présentant les collections. Commençons par l’ancien musée.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

On remonte d’abord aux temps préhistoriques, avec entre autres ce marteau en os puis ce marteau en pierre. Il y a dans le musée de nombreux panneaux explicatifs qui détaillent l’évolution depuis le septième millénaire avant Jésus-Christ, mais les notices décrivant chaque objet ne sont pas rattachées suffisamment clairement à chacune des époques.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Et par exemple, il n’est pas dit précisément à quelle époque se rattache ce hameçon en terre cuite. Je suppose que, parce qu’il est infiniment plus difficile de pêcher avec un hameçon de terre cuite qu’avec un hameçon métallique affuté (je ne suis absolument pas pêcheur, mais cela me semble évident), nous devons être là à une époque antérieure à l’âge du bronze.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Ici, au contraire, nous sommes à l’âge du bronze, car ce couteau, ce poignard, ces pinces, cette pointe de flèche sont en bronze. Seul, l’outil tranchant que j’ai placé entre le couteau et le poignard a été taillé dans de l’os mais puisqu’il est présenté sur le même panneau que les autres instruments je suppose qu’il leur est contemporain.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cet objet de terre cuite est un entonnoir. Hélas, je n’ai pas à son sujet plus d’informations que pour les objets précédents. Je ne suis pas sûr qu’il ne soit pas antérieur à l’âge du bronze.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Ceci, nous dit-on, est le pied d’une vaisselle de terre cuite gris foncé, décoré de motifs en arête de hareng. Sauf erreur, cet objet est d’époque mycénienne.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Il est très dommage que je ne dispose pas de dates pour ces amusants objets. En effet, le premier est un vase à oreilles en guise de décoration ou de poignée, et en-dessous je montre deux couvercles, à oreilles eux aussi, destinés à ce type de vases.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Quant à ce fragment de poterie, on devine qu’il s’agit d’une passoire. Là encore, aucune explication supplémentaire n’est donnée, et pourtant il y a quelque chose qui m’intrigue: en haut à gauche, on voit que la cassure passe par deux trous de la passoire, et de même à l’extrémité droite la cassure passe par deux trous. C’est logique, les trous sont des points de faiblesse. Mais il semble bien qu’au milieu il y avait un orifice beaucoup plus grand car les bords donnent l’impression d’être lisses, ce qui ne serait pas le cas si la céramique s’était brisée en cet endroit. Si le trou est béant, la passoire ne sert plus à rien, ce que l’on veut égoutter s’échappe par là. Ce grand trou était donc bouché, mais par quoi? Et quel était son usage?

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Deux présentoirs sont couverts de ces figurines féminines. Certaines sont très rudimentaires, les formes sont à peine évoquées, d’autres sont brisées et il n’en reste qu’un fragment peu significatif. J’ai regroupé sur une même image celles que je trouve les plus significatives ou les plus amusantes.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Toutes ces figurines proviennent de la nécropole de l’ancienne Pyrrha que j’évoquerai dans mon article Lesbos 15 concernant les sites antiques de l’est et du nord de l’île, et sont datées du cinquième ou du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Comme on le voit, elles étaient produites en série dans des moules. En haut à gauche, les deux femmes ont un couvre-chef conique (un “polos”) et portent des fruits dans le creux de leur bras gauche; les quatre femmes à droite serrent leur vêtement sur leur poitrine. En dessous, ces deux femmes vêtues d’un chiton et d’un himation peuvent être, nous dit-on, des prêtresses ou des poétesses. Sur la troisième ligne, ces deux figurines sont également dupliquées du même moule et représentent de jeunes hommes nus qui tiennent un miroir à la main.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette figurine de femme au torse nu assise sur une chaise posée sur un petit support qui la surélève, les archéologues pensent qu’elle pourrait bien représenter une Aphrodite. Comme les précédentes elle provient de l’ancienne Pyrrha et date de la même époque.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Encore Pyrrha, encore le cinquième ou le quatrième siècle avant Jésus-Christ pour ce couple sacré installé sur un lit. Le musée dit en grec ιερός ζεύγος, en anglais sacred couple… mais ne donne pas d’autre explication. Chez les Étrusques, à la même époque ou à une époque de très peu antérieure, on a vu ces célèbres sarcophages représentant des époux à demi allongés sur des lits de banquet pour le symposium, cette coutume venue d’Asie Mineure, le vin partagé de la cérémonie funèbre. Or précisément ces Éoliens de Lesbos sont très liés à l’Asie Mineure toute proche, mais ici la femme n’est pas étendue, elle tient en main ce qui peut être un miroir ou une assiette, l’homme a en main non pas une phiale (coupe à libations), ni un kylix (coupe à boire), mais ce qui semble être un fruit. Et de toutes façons cela n’explique pas le terme de couple sacré qu’évoquent aussi bien le texte grec que sa traduction en anglais.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Allez, encore une figurine de Pyrrha (même époque) avant de passer à d’autres lieux, parce que je trouve amusante cette acrobate d’une souplesse remarquable. On remarque que tout le corps des épaules aux fesses est situé en arrière de la tête, pour contrebalancer le poids des jambes, ce qui laisse supposer qu’elle n’est pas en train de tourner sur elle-même pour retomber sur ses pieds, mais qu’elle a trouvé un équilibre pour rester un instant dans cette position.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Nous voici à une époque un peu plus tardive, l’époque hellénistique, et au sanctuaire d’Aphrodite sur le site de l’actuel orphelinat, au sud de Mytilène. Dans cette figurine d’un jeune homme ailé et nu assis sur une roche, on reconnaît bien sûr Éros, le dieu de l’amour.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette petite terre cuite d’un Héraklès mollement étendu (on le reconnaît à sa peau du lion de Némée, dont on voit une patte pendre près de lui) provient aussi d’un sanctuaire d’Aphrodite, celui qui était situé à l’emplacement du nouveau musée archéologique de Mytilène où nous allons nous rendre tout à l’heure, au nord de la ville.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Et puis, de ce même sanctuaire d’Aphrodite, provient cette belle tête de terre cuite, qui a été interprétée comme étant celle d’Ariane, la sœur de Phèdre, filles des légendaires Minos et Pasiphaé, en Crète.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

On ne sait d’où provient cette statuette d’une femme assise sur une chaise et enveloppée dans son chiton et son himation, mais elle est d’époque classique, nul doute que cette position est celle d’une adoratrice d’un dieu ou d’une déesse. Si l’on pouvait identifier dans quel sanctuaire elle se trouvait, on saurait qui est l’objet de ce culte.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

C’est dans un dépôt de la rue Gianni Deli, à Mytilène, qu’a été découverte cette statuette de la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. Quoique n’ayant pas d’ailes, cet enfant tenant son himation en forme de poche où il a placé des fruits n’est autre que le dieu Éros.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

La provenance de cette statuette de terre cuite est inconnue, mais on voit que c’est une femme qui donne le sein à un enfant, autrement dit une kourotrophos. Elle est représentée avec des cheveux crépus et des lèvres très épaisses, presque caricaturales, mais sachant qu’il n’existait pas de racisme chez les Grecs de l’antiquité, je ne sais si le sculpteur a voulu représenter une femme africaine. À moins qu’il n’en ait voulu accentuer les traits pour la rendre plus aisément identifiable.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette femme voilée vêtue d’un chiton et d’un himation est elle aussi de provenance inconnue. Ainsi voilée je ne saurais dire si elle se protège de la poussière levée par le meltem qui souffle parfois violemment en ces régions de l’Égée, ou si elle est en posture d’adoration d’une divinité.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

La plupart de ces figurines, on l’a vu, sont produites en série; il est donc exclu de penser que celles qui représentent des humains et non des divinités ont été réalisées à la ressemblance du défunt avec lequel elles ont été enterrées, mais il n’est pas interdit de supposer qu’elles sont en rapport avec lui, un guerrier, une élégante, une nourrice. Ici, ces trois petits animaux amusants qui ont l’air d’être des singes ont été trouvés dans la tombe d’un enfant, soit qu’ils aient été ses jouets favoris, soit qu’on les ait choisis pour qu’il puisse jouer avec eux dans l’au-delà.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Elles sont intéressantes, les trois femmes de ce bas-relief. Hélas, elles sont présentées là, sans aucune explication, sans aucun commentaire. Pas de date, pas de lieu d’exhumation, pas d’interprétation. Je n’identifie pas ce que tient en main la femme du milieu, mais à la droite et à la gauche du groupe on distingue nettement un poisson. Leur vêtement a un col rond et des manches cousues, ce qui n’est pas ordinaire pour un chiton, et par ailleurs je me demande s’il ne s’agit pas plutôt d’une chemise qui tombe au haut des cuisses et s’achève par cet ondulé identique à celui du bas du vêtement, à moins que le vêtement ne soit plus traditionnellement long, et que cette ligne ondulée, en rapport avec les poissons, ne représente la surface de l’eau, ces femmes marchant donc immergées jusqu’à la ceinture. Par ailleurs, sur la base du bloc sculpté, figure une inscription: ΕΡΜΟΓΕΝ * ΙΣΘΕΑΣ ΝΥΝ ΦΑΣ… que je m’avoue incapable de traduire! D’abord, il y a le début d’un nom d’homme, Hermogène. À la fin, l’adverbe νυν (nyn) signifie “maintenant”, et φάς (phas) est la forme éolienne qui correspond à l’attique φής (phês), “tu dis”. À moins qu’il ne faille lire θεᾶς νύμφας (attique: νύμφης) “de la déesse nymphe”, mais il y a alors entre le nom d’Hermogène et la nymphe les deux lettres IS dont je ne sais que faire. Hé oui, je suis nul en épigraphie!!!

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Et puis nous terminerons notre visite de l’ancien musée avec cette stèle funéraire portant en bas-relief cette représentation d’un homme nu portant un thyrse. Il est d’époque romaine, mais de provenance inconnue. Le thyrse, qui évoque le sceptre souverain, est l’emblème de Dionysos. Serait-ce une indication sur un lien entre l’homme enterré sous cette stèle et le culte de Dionysos?

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Nous nous rendons maintenant au nouveau musée archéologique. On remarque d’abord toute une grande collection d’amphores visiblement trouvées sous la mer parce que de multiples coquillages s’y sont fixés. L’étiquette que l’on voit dit que c’est un don de Triantaphyllia Karantoni et que ces amphores vont du cinquième siècle avant Jésus-Christ au quatrième siècle après.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Nous voyons ici une grande fresque datant de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ et représentant un repas funèbre. Elle provient de Saint-Athanase à Thessalonique, mais il n’est pas expliqué comment cette fresque de tombe macédonienne se retrouve aujourd’hui ici dans cette île. Le thème de ce repas funéraire se retrouve partout dans le monde grec à partir du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Un homme est à demi étendu sur un lit de table, et devant lui sont disposés des pains de sésame, du miel, du lait et autres aliments. La femme du défunt est généralement auprès de lui, ainsi qu’un jeune esclave prêt à verser du vin dans une coupe. Il peut en outre y avoir des symboles du monde de l’au-delà comme des serpents, ainsi que des personnes venues prier pour le mort. Ici, la scène est plus complexe, avec toutes sortes de personnages, dont une joueuse de flûte.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Ce bas-relief sur marbre représente lui aussi un repas funéraire, mais beaucoup plus sobre. Il vient de Thermi près de la côte est de l’île (mon futur quinzième article sur Lesbos) et date de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ, c’est-à-dire des premiers temps de l’époque hellénistique. La notice dit qu’il s’agit d’un couple de dieux, mais je ne vois vraiment pas pourquoi ce sont des dieux plutôt que des humains. Peut-être est-ce en raison de la taille des deux personnages sur le lit en comparaison de celle des deux autres personnages qui les servent. Si tel est l’argument, il ne peut justifier l’appellation de “couple sacré” pour le relief que je montrais tout à l’heure dans l’ancien musée archéologique, puisque le couple est seul représenté, et ne peut donc être comparé à la taille d’autres personnages.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Il est fréquent aussi, surtout aux époques hellénistique ou romaine, de représenter le défunt à cheval ou parfois tenant son cheval par la bride. Depuis le début de notre voyage à travers la Grèce, nous en avons vu un peu partout, mais c’est surtout en Thrace que cette représentation héroïsée est traditionnelle. Symbole de l’au-delà, très fréquemment un serpent s’enroule autour du tronc d’un arbre. Nous en avons un exemple avec ce bas-relief de ma première photo ci-dessus qui date du deuxième siècle avant Jésus-Christ, mais dont la provenance est inconnue.

 

Le bas-relief de ma deuxième photo est un cas à part. Si l’on trouve bien le serpent dans les branches de l’arbre, si l’on trouve bien le cheval, sur le cheval c’est une cavalière, et cela c’est absolument exceptionnel. Ce sont toujours les hommes qui sont héroïsés, pas les femmes. Et quand on rend hommage à une femme, ce n’est pas sous l’image d’une cavalière. Le cas aurait été intéressant pour Freud! Provenant d’Eresos (mon futur dixième article sur Lesbos), ce marbre est daté un peu vaguement du premier siècle avant Jésus-Christ ou du premier siècle après.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Je me demande bien comment il est possible, ici dans l’île de Lesbos, de trouver cette fresque, car il est dit qu’elle provient de Pompéi. Quand j’ai lu Πομπηία (ici dans ce nouveau musée archéologique, la plupart des textes sont uniquement en grec, non traduits), cela m’a tellement étonné que j’ai pensé qu’il s’agissait d’un nom ressemblant, et j’ai cherché dans mon dictionnaire. Non, c’est bien Pompéi, la ville d’Italie ensevelie sous les cendres du Vésuve en 79 après Jésus-Christ. D’ailleurs, il est aussi indiqué que cette fresque date du premier siècle, et de plus il est dit qu’elle provient de la Villa des Mystères. Il semble donc bien que c’est une fresque originale et non une copie. Il est dit que c’est une femme (ça je le vois!) en train de servir.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Dans une autre section du musée, il y a de nombreuses céramiques, entières ou souvent en fragments. Ces deux fragments de tasse à boire le vin datent du premier siècle avant Jésus-Christ. On nous dit que ce sont des scènes érotiques… je dirais plutôt pornographiques.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Et de même, ici, pour la première de ces deux lampes, qui date également du premier siècle avant Jésus-Christ, il est difficile d’y voir une représentation destinée aux enfants!!! Mais le goût du public a, semble-t-il, changé au premier siècle après Jésus-Christ, avec la seconde de ces lampes (datée entre 50 et 90) qui représente un combat de gladiateurs. C’est plus, comment dire? Plus correct. Il est dit que son style est celui de [Grande-]Bretagne, de Gaule, d’Italie du sud.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Hé non, ce n’est pas l’époque qui a fait changer de goût, c’est plutôt le pays d’origine, car ce manche de lampe qui représente un Priape ithyphallique sur fond de lierre date de 70-100 après Jésus-Christ. Le style est, paraît-il, de Cnide (péninsule à l’extrême sud-ouest de l’Asie mineure aujourd’hui turque). Oui-oui, nous Gaulois, nous sommes des gens réservés. Cela dit, parlons sérieusement: je n’ai pas ciblé volontairement mes photos sur ce genre de sujets, et j’aimerais bien savoir si les céramiques présentées résultent d’un choix délibéré du conservateur du musée, ou si ce qui a été exhumé dans cette île avait cette forte connotation érotique.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette fois-ci, ce n’est pas un fragment mais un bol entier, et son sujet est plus passe-partout, avec cette feuille de vigne et ce coq. Il est du premier siècle après Jésus-Christ.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Ce bas-relief dédicatoire sculpté dans le marbre est adressé aux Dioscures et remonte au début de l’époque romaine. Au centre, au-dessus de la tête des chevaux, on distingue deux personnages, ce sont des dieux, Athéna et Sérapis.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Dans un genre totalement différent et à but pédagogique, le musée a reconstitué une cuisine d’une maison romaine. Et il est vrai que lorsque l’on voit des ruines sur un site antique il n’est pas possible d’imaginer la disposition des fours et surfaces de cuisson, alors que dans les musées on trouve tous les accessoires mais pas le mobilier.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

On imagine aisément combien de place occupent les grandes mosaïques de sol, justifiant la construction d’un nouveau musée. Ici, il s’agit du triclinium (grande pièce principale) d’une maison romaine du premier ou du second siècle après Jésus-Christ, que les archéologues ont nommée “Maison de Télèphe”, d’après la légende représentée dans le médaillon central.

 

Cette légende de Télèphe, je l’ai racontée lorsque nous avons vu une grande frise sur ce même sujet: voir mon article Pergame et Milet au musée de Pergame à Berlin, daté du 31 juillet 2013. En bref, disons qu’Héraklès ivre viole Augè, fille d’Aléos, un roi se Thessalie. Comme un oracle avait prédit qu’il serait tué par le fils d’Augè, il ne voit pas d’autre solution que de supprimer Augè mais, pour ne pas se souiller avec son sang, il charge Nauplios d’emmener jusqu’à la côte la jeune femme enceinte et de faire en sorte qu’elle se noie. Nauplios, donc, met Augè dans un coffre qu’il jette à la mer, sans aucun moyen de se diriger, de pêcher, etc. Les courants emportent le coffre, et Augè accouche. Elle survivra jusqu’à ce que le coffre soit jeté sur le rivage d’Asie Mineure, juste en face de l’île de Lesbos. Quelle n’est pas la surprise, sur cette mosaïque, des pêcheurs qui viennent de trouver ce coffre échoué sur la grève et, en l’ouvrant, vient en sortir Augè tenant son fils nouveau-né dans les bras. Tout y est, au premier plan à droite le pêcheur tirant son filet, au milieu un oiseau de mer volant les ailes éployées, à gauche près de la jambe de l’homme la hache qui a servi à briser la porte du coffre. Cette version de la légende est assez différente de celle qui est sculptée sur la frise de Pergame, à Berlin, et que j’avais racontée dans mon blog.

 

Tout autour de ce médaillon central, diverses scènes et divers ornements ajoutent à la splendeur de ce sol.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Disposant de l’espace suffisant, le musée peut consacrer encore une autre salle à ces ruines de murs reconstituées et aux mosaïques qui en couvrent le sol. On voit ici, dans ce qui semble être un couloir, puisqu’il s’agit de mosaïques formant de longs rectangles, une scène de pêche, avec une pieuvre et divers poissons. C’est plein de vie, avec le marin qui rame énergiquement et l’autre marin qui frappe la pieuvre avec son épieu.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Cette mosaïque trouvée dans le triclinium d’une maison du deuxième siècle après Jésus-Christ célèbre le poète comique Ménandre (vers 343 – vers 292 avant Jésus-Christ), phare de la “Nouvelle comédie”, et Thalie, la muse du théâtre. On ne possède de cet auteur qu’une seule comédie entière, le Dyskolos, les autres ne nous sont connues que par quelques vers, ou par ce qu’en disent d’autres auteurs. J’ai choisi de montrer ici, outre la muse Thalie et Ménandre lui-même, une scène de la comédie Leukadia, parce que nous sommes à Lesbos et qu’elle se rapporte à la poétesse Sappho.

 

Je ne citerai pas le long, long poème du poète latin Ovide, dans les Héroïdes, mais seulement quelques extraits, et je résumerai le reste. Phaon est un vieux nautonier qui fait passer les voyageurs dans sa barque entre Lesbos et l’Asie Mineure. Or un jour Aphrodite se présente incognito, et fort aimablement il lui fait effectuer la traversée gratuitement. Elle, pour le remercier, se fait reconnaître et lui donne un onguent lui permet de devenir un superbe jeune homme. Mais voilà que notre Sappho le rencontre et en tombe amoureuse. Ovide imagine une lettre adressée à Phaon par Sappho: “Il me faut pleurer sur mon amour; l'élégie est un chant plaintif; aucun luth ne convient à mes larmes. […] Ni les femmes de Pyrrha, ni celles de Methymna, ni toutes les beautés de Lesbos ne peuvent me plaire: Anactorie est à mes yeux sans charmes, la blanche Cydno sans charmes aussi, Atthis ne me paraît plus belle comme auparavant. Ainsi de cent autres objets d'un amour criminel. Ingrat, ce qu'ont désiré tant de femmes, tu le possèdes seul. Ta beauté, ton âge, sont faits pour les plaisirs de l'amour. […] Tu trouvais un charme plus qu'ordinaire dans mes jeux lascifs, dans la rapidité de mes mouvements, dans l'agaçant badinage de mes propos et, lorsque nous avions tous deux épuisé la volupté, dans la molle langueur d'un corps fatigué. Les Siciliennes t'offrent maintenant de nouvelles conquêtes. Qu'ai-je à faire à Lesbos, te dis-tu? je veux rester Sicilien”. On le comprend, l’amour de Sappho n’est désormais plus payé de retour. Ces lignes comportent une allusion appuyée à l’homosexualité qu’à tort ou à raison on a prêtée à Sappho. Ovide la qualifie “un amour criminel”.

 

Ovide continue: “Une naïade vient se présenter à mes yeux, elle se présente et dit: Puisque tu brûles d'un feu qui n'est point partagé, il te faut aller vers les rives d'Ambracie [=Arta, sud de l’Épire]. Phébus, du haut de son temple, y voit la mer dans toute son étendue; les peuples la nomment mer d'Actium et de Leucade […]. Dirige-toi promptement vers le sommet de Leucade, et ne crains pas de te précipiter de ce rocher”.

 

On sait que la tradition veut que Sappho se soit suicidée par amour, en se précipitant dans la mer depuis une falaise de l’île de Leucade, en mer Ionienne. Peut-être est-ce une réalité, peut-être est-ce une légende. Cette fois-ci, c’est à Strabon que je vais donner la parole, non pour Sappho elle-même, mais pour cet usage du suicide des malades d’amour: “C'est du haut de ce cap, dominé aujourd'hui encore par le temple d'Apollon-Leucate, que l'on faisait le saut terrible qui, suivant une croyance généralement répandue, pouvait seul guérir du mal d'amour. On connaît les vers de Ménandre à ce sujet:

Sapho est la première, dit-on, qui, dans le délire de la passion, et lasse d'avoir poursuivi en vain de son amour l'insensible Phaon, s'élança du haut de cette roche resplendissante, en invoquant ton nom, ô divin maître.

Ménandre, on le voit, attribue formellement à Sapho l'origine du saut de Leucade […]. De toute antiquité, du reste, il avait été d'usage à Leucade que chaque année, le jour de la fête d'Apollon, on précipitât du haut du cap Leucate, à titre de victime expiatoire, quelque malheureux poursuivi pour un crime capital. On avait soin seulement de lui empenner tout le corps et de l'attacher à des volatiles vivants qui pouvaient, en déployant leurs ailes, le soutenir et amortir d'autant sa chute. De plus, au-dessous du rocher, un grand nombre de pêcheurs dans leurs barques attendaient le moment de la chute, rangés en cercle, et prêts à recueillir la victime et à la transporter loin de Leucade, si le sauvetage réussissait”.

 

Du même coup, on connaît deux vers de cette comédie perdue. Et telle est la légende de Phaon et Sappho (car là, il s’agit bien d’une légende, avec l’onguent donné par Aphrodite.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Comme dans l’ancien musée, il y a ici un très grand nombre de figurines de terre cuite (j’en ai compté approximativement soixante ou soixante-dix), mais ici ce sont majoritairement des têtes, les corps étant perdus. J’en ai retenu surtout ces trois-là, qui sont caractéristiques. À droite, cette femme avec son fichu sur la tête est du second ou du premier siècle avant Jésus-Christ, donc d’époque hellénistique, tout comme son voisin du centre, ce jeune homme à la chevelure un peu ébouriffée, tandis que cette jolie jeune femme à gauche, élégamment coiffée d’un diadème et portant de lourdes boucles d’oreilles, est plus récente, elle est d’époque romaine, entre le premier siècle avant Jésus-Christ et le premier siècle après.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

Nous allons laisser là le musée proprement dit, car je voudrais saluer une initiative pédagogique extrêmement intelligente. Les élèves de l’école primaire ont été amenés à travailler la terre comme dans l’antiquité, et toutes ces poteries de la première photo ci-dessus ont été réalisées par de très jeunes enfants. Pour que l’on voie mieux, j’en montre une en particulier, œuvre de Delmina Chtenelli (Δελμίνα Χτενέλλη, élève de cinquième année d’école primaire. Quelque chose comme notre CM2.

Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014
Lesbos 04 : Les musées archéologiques de Mytilène. Les 4 et 5 juin 2014

D’autres élèves (ou les mêmes?) ont réalisé des dessins représentant des mosaïques qu’ils ont vues lors de leur visite du musée. En voici trois, parmi un grand nombre. Cette oie est signée Valia Tedoma-Zervou (Βαλία Τεντόμα-Ζερβού), le cheval a été dessiné par Stavris Charalambos (Σταύρης Χαράλαμπος), et le sujet littéraire, Ménandre, est l’œuvre de Takis Koulioubis (Τάκης Κουλιουμπής). Bravo à ces jeunes élèves.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 23:45

Le château (kastro) de Mytilène constitue une visite incontournable. Voilà cinq jours que nous avons débarqué du ferry, nous nous sommes un peu approprié la ville, nous avons exploré les deux musées archéologiques, nous allons voir aujourd’hui la citadelle, cette grande enceinte qui est à la fois une place forte et un espace de résidence sécurisé, et qui gardera ce double usage jusqu’en 1912 lorsque la Grèce indépendante s’adjoindra l’île de Lesbos.

 

C’est probablement au sixième siècle de notre ère, à l’époque où règne l’empereur Justinien, qu’a été entreprise la première construction d’un mur de protection. Si l’on considère que ce n’est qu’en 1912 que Lesbos a rejoint la Grèce indépendante et que le kastro a perdu son rôle défensif –même s’il a hébergé pour un temps des casernes avant d’être longtemps, très longtemps abandonné et ne retrouver vie que pour des fouilles archéologiques et l’ouverture au public des touristes–, cela lui a donc donné quatorze siècles de vie. Il a ainsi connu trois époques, l’époque byzantine d’abord, puis un temps de domination génoise, et enfin un peu moins d’un demi-millénaire sous la dépendance de l’Empire Ottoman. Au cours des siècles, il a connu bien des réparations, des évolutions, des agrandissements. Déjà, pour adapter la protection à l’évolution des armements, Francesco Gatteluzzi va procéder à des travaux d’importance. Désormais, on attaque les murs au canon, ils doivent donc être très épais et résistants, alors que précédemment l’assaillant tentait de les escalader, ils devaient donc être hauts et inaccessibles derrière des douves, et l’ennemi était attendu avec des arbalètes passées dans des meurtrières étroites et hautes, et avec des bassines d’huile bouillante que l’on déversait entre les créneaux. On remplace alors les meurtrières par des ouvertures carrées pour passer la bouche de canons.

 

Lorsqu’en 1442 les Ottomans assiègent Mytilène, ils doivent certes repartir sans être parvenus à leurs fins, mais le château a eu chaud et l’on va, de 1445 à 1462, travailler à renforcer encore les murs, dans l’optique d’un retour de Mehmet II qui, entre temps, va acquérir son surnom de “Conquérant” en s’emparant de Constantinople en 1453. Les Turcs reviennent en effet en 1462 et, malgré tous les travaux de renforcement et de modernisation, la ville est prise, et l’île entière dans la foulée. Suite à leur conquête, les Ottomans renforcent encore les murs, construisent des mosquées. En 1501, ils prolongent le kastro vers le bas de la péninsule, en direction du nord. En 1867, c’est un violent séisme qui provoque de gros dommages au château, rendant nécessaires des interventions importantes. Le château tel que nous allons le visiter aujourd’hui fait trois cents mètres de long, et sa largeur varie de cent cinquante à deux cent soixante-dix mètres.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Il suffit de regarder le château de l’extérieur pour se rendre compte qu’il a souffert. La tour de Pise fait pâle figure de tour penchée quand on la compare à certaines des tours de Mytilène. Mon appareil était bien horizontal lorsque j’ai pris ces photos, l’horizontalité de la mer en témoigne. Et puis lorsqu’en 1922 le traité de Lausanne a statué sur l’échange de populations, les quelques Turcs encore à Mytilène ont été remplacés par une arrivée massive de Grecs d’Asie Mineure. Il a fallu construire des maisons et des installations publiques, et sans vergogne particuliers comme services publics ont puisé dans le kastro les pierres dont ils avaient besoin. Ce n’est qu’au cours des années 1980 que les autorités se sont rendu compte que l’on avait massacré un site de valeur historique incomparable, puis qu’on l’avait laissé finir de se dégrader tout seul. L’Institut Archéologique Canadien d’Athènes a investi les lieux et s’est livré à des fouilles systématiques et soigneuses, mettant au jour des structures fort intéressantes, et découvrant d’innombrables objets antiques, mais aussi byzantins et ottomans. Puis on s’est attaqué à une remise en état des lieux, à une consolidation pour éviter les accidents, enfin à une adaptation au tourisme en remettant en état des rues et des allées, en créant un éclairage électrique de mise en valeur, en posant de multiples panneaux explicatifs.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Entrons donc pour voir tout cela. Le touriste, aujourd’hui, entre par ce que l’on appelle “la Porte du Milieu”, “Orta Kapu” pour les Ottomans, car elle a été ouverte en 1644 par le vice-amiral Bekir Pacha dans un renfoncement de la muraille où, de l’extérieur, elle est pratiquement invisible. Et à la même époque, pour une meilleure protection, il fait creuser de profondes douves. Bien évidemment, avant que cette porte soit créée, il y avait autrefois d’autres accès.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Commençons par la porte byzantine. À l’époque de l’Empire Byzantin, elle constituait la limite nord-ouest du château et l’entrée principale, venant du port nord et de la ville. Je parlais tout à l’heure du pillage des pierres du château au vingtième siècle, mais c’était une tradition très ancienne, parce que les Byzantins prélevaient eux aussi sans hésiter dans les monuments antiques les matériaux de construction dont ils avaient besoin. On remarque, sur la première de ces deux photos (la porte vue de l’extérieur), au niveau de la voûte et du côté droit, un bas-relief de gladiateur. Il a été pris, comme bien d’autres éléments, dans le théâtre antique. À l’époque ottomane, cette porte ne sera pas condamnée, au contraire elle permettra un troisième contrôle, pour qui aura franchi successivement Orta Kapu et la porte génoise dont je vais parler après puisque, chronologiquement, elle suit la porte d’époque byzantine. Ces trois portes se succèdent à angle droit l’une de l’autre.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Et voilà d’autres preuves de ce vandalisme byzantin. Un tambour de colonne employé comme simple pierre dans un mur, et tous ces bas-reliefs de gladiateurs qui, heureusement, sont tournés vers l’extérieur. Mais à cette époque le but n’était nullement décoratif, et on peut supposer qu’ailleurs bien des bas-reliefs ont été placés face sculptée vers l’intérieur du mur, et ne seront découverts que si l’on doit un jour effectuer une intervention sur le mur.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Exit l’Empire Byzantin, arrivent les Francs et leur Empire Latin. Celle-ci est la porte génoise. Donnant sur le quartier médiéval fortifié de Melanoudi, elle va constituer l’entrée principale du kastro à partir du dernier quart du quatorzième siècle, quand en 1373 Francesco Ier Gatteluzzi la fait percer. Une porte étant un point d’entrée, elle constitue par définition un point faible; on l’a donc ouverte entre deux tours, l’une byzantine préexistante, l’autre construite par Gatteluzzi. La porte, on le voit, est surmontée d’une plaque de marbre. En partant de la gauche, elle représente l’aigle couronné de l’Empire, le monogramme de la famille de l’empereur Paléologue, le blason aux arcs de cercle imbriqués des Gatteluzzi, et enfin une inscription de fondation, rédigée en latin, qui nous donne la date de 1373.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Ailleurs, nous retrouvons une autre plaque portant les symboles de l’Empire et de la famille Gatteluzzi, mais au centre apparaît un autre blason, quatre B entre les bras d’une croix, ceux de gauche à l’envers, en miroir de ceux de droite. Reste à les interpréter. Un panneau bilingue, sur le site (auprès du sarcophage que nous verrons plus loin et qui présente le même dessin), propose un texte grec, quatre mots commençant par la lettre B. Comme tout Grec d’aujourd’hui est censé avoir étudié le grec ancien, ce n’est pas commenté ni “traduit” en grec moderne. En revanche, pour les étrangers, après avoir de nouveau cité les quatre mots grecs, une traduction anglaise est donnée. Et là, surprise! D’énormes fautes! Ou bien le coupable est un anglophone qui possède mal le grec, ou bien c’est un Grec qui a fort mal étudié l’état ancien de sa langue maternelle. Je m’explique:

 

Le texte proposé est “Βασιλεύς Βασιλέων Βασιλεῖ Βοήθει”. Le panneau traduit en anglais “King of Kings Helps Reign”, ce que moi je traduis en français par “[le] roi [des] rois soutient [le] règne”. D’abord, le troisième mot grec désigne le roi, non le règne ou le royaume. C’est strictement le même mot que les deux précédents, avec une terminaison de datif, c’est-à-dire une valeur de celui à qui est attribué le soutien. Par ailleurs, le verbe signifiant “aider, soutenir” est un verbe contracte, dans lequel l’accent n’est pas le même à l’impératif (βοήθει) et au présent de l’indicatif (βοηθεῖ). Or avec son S final, l’anglais “Helps” est indubitablement à l’indicatif “soutient” alors que le mot grec est à l’impératif “soutiens”. À ces deux raisons linguistiques (car l’absence d’articles n’est pas choquante puisqu’il s’agit des initiales des mots principaux) on peut ajouter que le titre de Roi des Rois n’a jamais été celui de l’empereur byzantin ni celui de Gatteluzzi.

 

Ce qui m’amène à chercher une autre interprétation de ces quatre lettres. Le titre de Roi des Rois est souvent attribué au Christ qui, pour un chrétien, qu’il soit orthodoxe ou catholique, en tant que roi des Cieux est seul au-dessus des rois humains. Alors pourquoi ne pas faire entrer en jeu la croix autour de laquelle sont disposés les B? Ce cinquième mot, qui va être en fait le premier, permet de composer la phrase suivante: “Σταυρέ Βασιλέως Βασιλέων, Βασιλεῖ Βοήθει”, soir en français “Croix du Roi des Rois, soutiens le roi (soutiens notre roi)”.

 

Je suis conscient que cette discussion est sans intérêt aucun, et de plus incompréhensible, pour qui n’a pas étudié le grec ancien. Oui, je suis conscient que je viens de m’offrir un plaisir égoïste, qui me rappelle les pages et les pages que je rédigeais il y a… mais oui, quarante-et-un ans (déjà!!!), au sujet de l’établissement d’un texte ancien, pourquoi tel mot de ce manuscrit-ci plutôt que tel autre que l’on trouve dans cet autre manuscrit… Alors, toutes mes excuses les plus sincères à mes lecteurs…

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Du côté du sud, il y a encore une porte d’accès au kastro. Mais cette Porte Sud (au nom fort original) n’est plus utilisée. On ne peut plus aujourd’hui pénétrer dans le kastro qu’en empruntant l’Orta Kapu, la Porte du Milieu, puis successivement les portes génoise et byzantine.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Les murs du château suivent le relief du terrain, aussi leur tracé est-il très irrégulier. Les différentes époques de construction ou de modification apportent également leur touche de disparité.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Un panneau sur le site signale ce mur comme typique de la technique ottomane de construction, qui met en œuvre de petites pierres de forme irrégulière et beaucoup de mortier. En fait, nous verrons au cours de notre visite de nombreux exemples de ce style de maçonnerie ottomane (bain, medrese, poudrière, prison).

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Une rue pavée va de la Porte Sud à l’Orta Kapu en franchissant la Porte Byzantine et la Porte Génoise. En très mauvais état quand les travaux de restauration ont été entrepris, elle a dû être dallée de neuf pour pouvoir être ouverte aux visiteurs, mais en s’efforçant de respecter au plus près le style d’époque.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Au cours de la visite, on voit un grand mélange des époques. Ne sachant pas lire l’écriture arabe et aucun panneau du site ne m’y aidant, je ne peux dire ce qui est écrit sur la plaque de marbre de ma première photo ci-dessus. En outre, je ne peux pas non plus en identifier la langue, ce qui serait intéressant, car la langue de l’Islam, pour le Coran entre autres, doit obligatoirement être l’arabe. C’est pourquoi les terroristes, même s’ils sont nés en France, que leur langue maternelle est le français, qu’ils ont fréquenté les écoles françaises, crient “Allah akbar” en arabe en commettant leur crime. En revanche, dans l’Empire Ottoman, les Turcs se sont toujours exprimés en turc, une langue altaïque qui n’a rien à voir avec l’arabe, langue sémitique. Les premiers textes laissés par leurs ancêtres sont des inscriptions gravées rédigées dans ce que l’on appelle l’alphabet de l’Orkhon, du nom de la vallée de Mongolie où elles ont été découvertes, et qui datent du septième au dixième siècles. Initiés à la religion musulmane à partir du neuvième siècle, ils sont très largement islamisés au dixième siècle, mais ces Turcs venus d’Asie ont des traits fort différents de ceux des Turcs d’aujourd’hui, ce qui signifie qu’installés d’abord en Anatolie ils ont très fortement mêlé leur sang à celui des Perses, des Grecs, puis des Byzantins. Le nombre de personnes apprenant à écrire étant de plus en plus important, pour écrire leur langue ils ont alors adopté l’écriture de leur religion, l’arabe. Or les sonorités de la langue turque et celles de la langue arabe sont extrêmement différentes, de sorte que cet alphabet était très mal adapté. C’est au vingtième siècle que Mustapha Kemal, le futur Atatürk, qui parlait bien le français, a constaté que les sonorités en étaient plus proches de celles du turc, et c’est pourquoi son gouvernement a décidé en 1928 que désormais le turc s’écrirait en alphabet latin. Tout cela pour dire que cette plaque, qui est bien évidemment antérieure au vingtième siècle, et qui utilise l’alphabet arabe, peut être aussi bien du turc que de l’arabe, et que je ne suis pas capable de la lire…

 

On peut voir aussi, comme le montrent mes deux autres photos, des stèles funéraires musulmanes ou des pierres tombales chrétiennes. Parce que celle que je montre porte des inscriptions en latin, je suppose qu’elle est plutôt génoise que byzantine.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Nous voyons ici l’une des deux grandes citernes publiques, celle du château central qui occupe l’emplacement d’un bâtiment romain antique. Les trois compartiments voûtés communicants de cette grande construction de dix-sept mètres sur dix-neuf mètres cinquante à demi enterrée pouvaient contenir quatre cents mètres cubes d’eau réputée potable (?) derrière leurs murs revêtus de plâtre hydrofuge. Il y a en effet sur l’emplacement occupé par le château très peu d’eau de puits, alors qu’il est indispensable de prévoir des sièges qui peuvent être longs. On récupère donc toute l’eau de pluie qu’il est possible de collecter, à commencer par l’installation de conduites sur le toit et dans l’escalier de la citerne elle-même pour y faire arriver directement les eaux de pluie. Les archéologues ont repéré en divers endroits du kastro des segments de conduites souterraines témoignant de l’existence d’un réseau de distribution, qui n’a pas encore été compris ni décrit. Non seulement la rue principale comportait un caniveau de chaque côté, mais elle était construite en double pente vers le centre pour créer un troisième canal de ruissellement.

 

Il existe cependant sur la pente nord-ouest du château deux sources qui étaient sacrées pour les Byzantins, et dédiées à la Vierge Galatousa et à la Vierge Kastrini. Leur culte a été maintenu même après la conquête ottomane.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Outre les citernes publiques, il y a ici ou là quelques citernes privées, bien évidemment de dimensions beaucoup plus réduites, souterraines ou découvertes comme celle de ma photo. En effet, rien n’empêchait des particuliers de récupérer pour leur propre compte la pluie qui ne tombait pas en un lieu où elle était captée par les autorités. Au contraire, en cas de pénurie, cela pouvait constituer une ressource supplémentaire.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Immédiatement après la conquête ottomane, la totalité de la population turque résidait entre les murailles du kastro, mais très tôt la ville a commencé à se développer hors les murs. De ces constructions extérieures, on a plusieurs exemples, en revanche la maison ottomane de ma photo –ou ce qu’il en reste– est exceptionnelle à l’intérieur du château. Les pièces s’organisent de part et d’autre d’un espace central et communiquent entre elles, sauf une qui dispose de son propre accès à la rue, ce qui fait supposer qu’il s’agissait sans doute d’une boutique. Cette maison comportait sa propre citerne souterraine, avec une bouche de puits pour y puiser l’eau à l’aide d’un seau, et elle était également équipée d’une latrine à la turque.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Il y a sur le site du château deux fontaines ottomanes, dont celle de ma photo située près de la porte byzantine, afin que les voyageurs arrivant assoiffés et ayant souffert de la chaleur puissent se rafraîchir et se désaltérer. Mais évidemment les habitants des lieux pouvaient également venir y prendre de l’eau potable. Et puis, outre son utilité pour les ablutions rituelles obligatoires de l’Islam, une fontaine publique participe à la vie sociale en étant un point de rencontre.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

La première de ces deux photos ci-dessus montre en premier plan un tout petit bain, ou hammam, et en arrière-plan la medrese. Je vais donc parler de ces deux bâtiments successivement, en commençant par le mini-bâtiment au toit en voûte de ma seconde photo. Parce que dans l’épaisseur des murs on a découvert des passages pour la vapeur, on en a conclu que c’était un hammam. On sait que dans la civilisation islamique le bain est synonyme de méditation et de relaxation, mais aussi que la propreté corporelle est indispensable pour la prière, or nous sommes, nous l’avons vu, à proximité de deux bâtiments consacrés à la religion et à la prière, la medrese que ma photo montre toute proche, mais aussi le teke.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Nous voici donc à la medrese, établissement d’enseignement, où prédomine l’enseignement religieux. C’est, en fait, une sorte de séminaire islamique : on y enseigne le Coran, la langue arabe, l’astronomie, le droit. Elle a été fondée par l’amiral Hayreddin Barberousse (1478-1546), qui était né à Lesbos. On y trouve au rez-de-chaussée la cuisine publique et l’imaret qui est un asile pour les nécessiteux, et à l’étage les chambres des étudiants et de leurs professeurs; elles sont carrées, leur toit est en dôme, et elles comportent un buffet et une cheminée. Le coin nord-est de l’étage est un espace de prière.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

En suivant la rue principale à partir de la porte byzantine, nous sommes d’abord passés devant la medrese, puis devant le petit hammam, qui se trouvent sur le côté droit. Après, et sur le côté gauche de la rue, on arrive au teke, soit une sorte de monastère musulman, la résidence des derviches. Le hammam est donc situé entre la medrese et le teke, comme je le disais tout à l’heure, ce qui confirme son rôle religieux. À l’intérieur, on note la présence d’une cheminée sur le mur du fond, et la jolie coupole qui repose sur un support octogonal.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Plus loin et un peu à l’écart sur la gauche de la rue, ce grand bâtiment est la prison qui, plus tard, a été convertie en hôpital militaire. On la doit à l’architecte ottoman Musa-Baba (1630-1692) qui était de Lesbos. En 1771, lors de la guerre russo-turque, le patriarche Meletios y a été incarcéré. En raison de l’usage du bâtiment, la porte qui donne sur la cour centrale est renforcée par une sorte de tour. L’hygiène a été soignée: chacune des chambres est connectée par un conduit au caniveau qui court tout autour de la cour pour collecter les eaux usées du nettoyage.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

En face de la prison, de l’autre côté de la rue, nous trouvons la poudrière, où est installé un petit musée: j’y reviendrai tout à l’heure. Sous son toit de pierre, elle est constituée de trois halls. On voit sur ma photo l’escalier qui permet d’accéder au toit de pierre. Un autre escalier, à l’intérieur, descend vers un petit sous-sol.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Encore plus loin le long de cette rue principale, nous arrivons à ces ruines d’un bâtiment qui a été construit à l’époque Gatteluzzi pour être l’église du “Prodromos”, c’est-à-dire saint Jean Baptiste. Puis les Turcs sont arrivés, et dès 1462 ils l’ont transformée en mosquée, ils ont construit un minaret, ils ont aménagé un mihrab –l’endroit vers lequel on se tourne pour prier– que l’on voit de face sur ma seconde photo, et de dos sur la troisième. Un séisme a abattu le minaret en 1867. En ce dix-neuvième siècle, sur cet emplacement, a été construite une nouvelle mosquée, Kule Camii, dans un luxueux bâtiment sur deux niveaux, mais aujourd’hui il n’en reste que ces misérables ruines.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Près de cette mosquée église, on trouve ce sarcophage. Il est monolithe, c’est-à-dire taillé dans un seul bloc de marbre, et date de l’époque romaine. On y voit les quatre B byzantins dont j’ai (trop) longtemps parlé plus haut, et les arcs de cercle imbriqués des Génois, quoique la pierre, ancienne et fragile, se soit brisée sous le ciseau du sculpteur. Ce rapprochement entre les empereurs byzantins et les Latins qui les ont supplantés se justifie par autre chose que la conquête des uns sur les autres. En 1354, trois coempereurs règnent à Constantinople, Jean V Paléologue, son beau-père Jean VI Cantacuzène et son beau-frère Mathieu Cantacuzène. Jean V est en lutte contre les deux autres. Francesco Gatteluzzi lui propose alors son aide, prend Constantinople de nuit par ruse, et en remerciement reçoit pour épouse la sœur de Jean V Paléologue, Marie Paléologina qui lui apporte en dot l’île de Lesbos. Voilà pourquoi ces deux emblèmes se trouvent rassemblés. De ce fait, il est très probable que ce sarcophage romain ait été récupéré pour Francesco et sa femme Marie. En outre, on a pensé que si ce sarcophage avait été découvert près de l’église Saint-Jean-Baptiste, avec en outre vingt tombes de la même époque, ce devait être que l’église avait été prise comme chapelle funéraire de la famille Gatteluzzi.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

De l’autre côté de l’église par rapport au sarcophage, se trouvent les vestiges d’un bâtiment antique. En 1984, l’Institut Archéologique Canadien d’Athènes a entrepris sur le site du kastro des fouilles systématiques et a mis au jour en ce lieu un sanctuaire où étaient honorées déjà avant le quatrième siècle avant Jésus-Christ et jusqu’au début de l’époque romaine les déesses Déméter et Korè (Perséphone), conjointement avec Cybèle. Il y a été découvert –et c’est ce qui a permis d’identifier le sanctuaire sans aucun doute possible– des milliers de figurines en terre cuite, de lampes, de vases, de poids pour métier à tisser, etc. Il s’y trouvait aussi trois bandes de plomb gravées, destinées à être lues par les divinités des Enfers. Ce type de message s’appelle une defixio. Nous en avons déjà vu au cours de notre voyage, et j’en rends compte dans mon article intitulé “Le musée archéologique de Thessalonique. Les 19, 20 et 23 juillet 2012”, et une autre, encore bien plus intéressante et très émouvante dans mon article “Pella. Dimanche 15 juillet 2012”.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Au moment où la rue va franchir une porte pour tourner vers la droite en direction de la porte sud, nous la quittons pour aller vers la gauche, où se dresse le donjon, ou Tour de la Reine (la tour qui est à droite sur la photo), tandis qu’accolé à ce donjon, à gauche, se trouve une autre poudrière. Quant à la porte dans la muraille à droite, après l’avoir franchie en tournant vers la droite la rue passe entre les deux murailles pour aboutir à la porte sud.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Revenant sur nos pas et passant devant le sarcophage, nous arrivons juste à l’opposé du donjon. Là se trouve l’accès aux cryptes qui, comme l’indique leur nom (cryptos, en grec, signifie “caché”; et donc, “décrypter”, c’est révéler ce qui était jusqu’à présent caché), sont souterraines. Descendons-y, pour voir.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

L’endroit est impressionnant. Occupant environ six cents mètres carrés sous un toit voûté, il comporte de nombreuses pièces qui communiquent entre elles par des passages voûtés destinés à assurer la stabilité de la voûte du toit. De loin en loin, des trous dans le plafond procurent un minimum d’aération et de lumière. Une pièce comporte une citerne, une autre des latrines à la turque, d’autres encore étaient des espaces de stockage. Dans cet espace confiné et dissimulé, doté de commodités rudimentaires, on pouvait espérer résister durant un siège. Et puis après 1912, la château ayant été récupéré par le jeune État grec, une caserne de soldats a pris possession de ces cryptes.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Cette photo, je la place à la fin de la visite. Je devrais ne pas l’afficher, parce que… je ne sais pas ce qu’elle représente! Au moment où je l’ai prise, j’ai oublié de noter ce que c’était. Et puis maintenant j’ai beau examiner mon plan, une photo aérienne, la vue satellite offerte par Google Earth, je ne trouve pas la réponse à ma question, même en regardant l’heure à laquelle je l’ai prise, et la situant ainsi entre deux endroits bien identifiés par les photos qui l’encadrent… mais je trouve ses formes intéressantes, je l’aime bien, cette photo. Alors tant pis, je la publie quand même! Et à présent que la visite est terminée, je reviens au musée situé dans la poudrière.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Voyant les ruines du sanctuaire des déesses chtoniennes Déméter et Perséphone, je disais que des milliers d’objets hellénistiques et romains y avaient été trouvés par les archéologues canadiens. Ces objets sont désormais au musée archéologique de Mytilène, et j’en présenterai quelques-uns dans mon prochain article (Lesbos n°4). Et puisque le site n’a cessé d’être occupé aux époques byzantine, génoise et ottomane, on se doute bien que le sol a également livré des objets de ces époques, mais il est clair aussi que c’est la dernière période d’occupation qui a fait l’objet du plus grand nombre d’exhumations. Voici par exemple, ci-dessus, une petite lampe à huile verticale en céramique ottomane qui prend la forme d’un oiseau et date du dix-neuvième siècle.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014
Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Malheureusement, les objets présentés ne sont accompagnés que d’une très brève notice globale. Par exemple, “céramique ottomane”. Par ailleurs, un panneau qui parle des céramiques en général est illustré de dix-huit photos qui ont droit à un petit commentaire. C’est le cas de la lampe à huile précédente, qui est datée. Mais pour les objets qui ne sont pas sur ce panneau on reste sur sa faim. En comparant cette assiette à trois photos de trop petits fragments, je pense pouvoir la dire post-byzantine. Quant à cette cruche, les photos du panneau ne me permettent aucun rapprochement avec un fragment, si petit soit-il. Cependant je ne crois pas trop m’avancer en la disant récente, sans doute du dix-neuvième siècle.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Ces deux petits morceaux de céramique florale bleue figurent sur l’une des photos. Ils datent du seizième siècle, et sont dits “de type Iznik”. Mais cela, pour en avoir vu beaucoup à Istanbul, j’aurais été capable de le dire.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Le panneau s’intéresse surtout aux pipes ottomanes, puisqu’il en montre pas moins de huit réparties sur trois photos. Les Turcs étaient, et sont encore, de gros fumeurs. Tout comme les Grecs, d’ailleurs, et je me demande si cet usage des Grecs ne vient pas de leur longue intégration dans l’Empire Ottoman. En tout, plus de mille huit cents morceaux de pipes ottomanes ont été trouvés sur le site, datant du dix-septième siècle au milieu du dix-neuvième siècle, et parmi elles certaines sont des pipes à haschich.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Et puis il y a aussi dans ce petit musée un album de photographies anciennes. Cette photo-ci est intitulée “Occupation de Mytilène. Examen des femmes turques”. La photo, très sombre et très contrastée, ne permet pas de bien voir ce qui se passe, aussi l’ai-je passée par Photoshop pour fortement lui ôter du contraste et l’éclaircir, ce qui la gâche en tant que photo, j’en suis conscient, mais permet de voir un homme en train de palper une femme à travers ses vêtements. Cette “occupation” est visiblement celle des Grecs ayant pris possession de l’île pendant les Guerres Balkaniques et qui redoutent que ces femmes voilées et enveloppées de vastes vêtements dissimulant leurs formes ne soient porteuses d’armes qu’elles introduiraient dans le château. Mais on comprend que si elles désirent s’y introduire c’est parce qu’elles y demeurent encore, l’échange de populations n’a pas eu lieu. On voit, en regardant cette photo, que la crainte du terrorisme ne date pas de la dernière décennie.

Lesbos 03 : Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014

Et pour finir, cette photo qui prouve que si, sur mes photos du début de cet article, on voit des tours du kastro très fortement penchées ce n’est pas dû au fait que j’ai déclenché en perdant l’équilibre sur un pavé de travers. Ou alors le photographe avait trébuché sur le même pavé qui était déjà de travers il y a un siècle.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article
28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 23:55
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Selon certaines sources, Sappho serait née à Mytilène, selon d’autres à Eresos. Mais puisqu’aujourd’hui nous sommes à Mytilène et que je présente cette capitale de l’île de Lesbos, eh bien parlons de Sappho. Sur la première photo, cette statue la représente avec sa lyre. Le tableau de ma deuxième photo, que j’avais prise le 2 novembre 2011 à la Galerie Nationale d’Athènes, est de Georgios Margaritis qui, nous dit-on, l’a réalisé avant 1843. Il représente Sapho priant Aphrodite.

 

Quoiqu’aucune allusion sexuelle ne figure dans les textes d’elle dont nous disposons, son nom est lié à l’homosexualité féminine depuis que, près de six siècles après sa mort, Ovide a cru bon d’interpréter ainsi ses vers chantant la beauté physique des jeunes filles de son entourage. C’est ainsi qu’en 1073 le pape Grégoire VII (celui de la querelle des investitures avec l’empereur Henri IV), voulant régénérer les mœurs, a fait brûler toutes les éditions des œuvres de Sappho, avec les autres poètes lyriques. À la fin du dix-neuvième siècle, à Oxyrhynque en Égypte, deux jeunes Anglais ont fouillé des monticules de détritus, et y ont découvert des foules de papyrus antiques. Parmi eux, de nombreux fragments de Sappho mais rien que des fragments. En effet, considérés sans aucun intérêt, ces papyrus avaient servi à toutes sortes d’usages qui n’avaient rien de littéraire, par exemple comme bandelettes pour des momies de crocodiles…

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Puisque je n’ai pas encore abordé les images de la ville en elle-même, voici deux pièces de monnaie que j’avais photographiées en octobre 2011 au musée numismatique d’Athènes. Celui de gauche est de Mytilène, pour celui de droite la légende le dit plus largement de Lesbos.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Lorsqu’au cours de nos visites dans telle ou telle ville je vois quelque chose qui concerne un autre endroit dont la visite est prévue à plus ou moins long terme, je garde ma photo bien au chaud dans un dossier à part pour pouvoir la ressortir au moment venu. C’est ce qui s’est passé pour ce tableau de Margaritis et pour ces pièces de monnaie. C’est également ce qui s’est passé pour la photo ci-dessus qui représente une Artémis provenant de Mytilène, mais que j’ai photographiée le 27 octobre 2012 e Turquie, au musée archéologique d’Istanbul. Cette copie d’un original du quatrième siècle avant Jésus-Christ a été sculptée dans le marbre à l’époque romaine.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Cette fois-ci, entrons plus directement dans le sujet, puisque je publie ici Paysage à Mytilène. Mais… ce tableau aussi est une “vieille” photo. Je l’ai prise à la Galerie Municipale d’Athènes, le 3 novembre 2011, le lendemain de notre visite à la Galerie Nationale. Le peintre en est Spyros Papaloukas (1892-1957).

 

Longus est un écrivain grec qui décrit Mytilène de façon flatteuse, mais je citerai plus précisément ses paroles un peu plus bas, au sujet de l'endroit auquel il fait allusion.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Quant à Choiseul-Gouffier, qui sera ambassadeur de France à Constantinople, il insère dans son Voyage pittoresque de la Grèce publié en 1782 la gravure ci-dessus, “Vue de la ville de Métélin et de son port septentrional”, Métélin étant le nom francisé de la ville, couramment en usage chez nous jusqu’au vingtième siècle.

 

Un mot de l’histoire de la ville. Après avoir brillé pendant le haut moyen-âge, Mytilène a été la cible de nombreux raids arabes et slaves à partir du huitième siècle. En même temps, l’iconoclasme sévissait, la première phase de 726 à 787, et la deuxième phase de 815 à 843. Ces périodes de crise ont eu pour conséquence une grave récession économique et une dramatique décrue de la population. Il va falloir attendre le neuvième siècle pour voir une vraie renaissance de Mytilène, et la construction de nombreuses églises. Néanmoins, la réputation de la ville était entachée par le fait que le pouvoir de Constantinople faisait de l’île, et plus particulièrement de Mytilène, le lieu d’exil des personnalités officielles de l’Empire. En outre, les raids d’attaque et de pillage n’ont pas cessé, le pire d’entre eux ayant été, en 1091, celui qu’a mené le Seldjouk Tzachas. Lorsqu’en 1204 la Quatrième Croisade dévoyée chasse l’empereur byzantin de Constantinople et instaure un Empire Latin, Lesbos échoit à Gênes. En 1355 Francesco Premier Gattelusi aide Jean V Paléologue à chasser l’usurpateur Jean VI Cantacuzène et pour prix de son aide il épouse Marie, sœur de l’empereur, et reçoit Lesbos. Puis il étend son autorité à Thasos, Limnos, Samothrace, Imbros, ainsi qu’à Ainos en Thrace, et à Phocée (d’où, autrefois, des colons grecs avaient fondé Marseille, que l’on a coutume d’appeler “la cité phocéenne”) en Asie Mineure. En 1384, un catastrophique séisme tue François Gattelusi dans son château, mais Mytilène continue à briller. En 1442, les Ottomans assiègent Mytilène sans parvenir à la prendre. Une nouvelle tentative en 1462, au contraire, assujettira Lesbos à l’Empire Ottoman installé à Constantinople depuis 1453. Pour prix de cette conquête, la population est décimée, nombre de transferts forcés à Constantinople sont opérés, bref, le tissu social est détruit. En 1464, le Vénitien Orsato Giustiniani tente de reconquérir Mytilène, sans succès. Il en va de même de la tentative de l’amiral français Philippe de Clèves qui, en 1501, assiège Mytilène. Soixante-dix ans plus tard, le 7 octobre 1571 la bataille de Lépante inflige une sévère défaite à la flotte ottomane et, en représailles, le métropolite de Mytilène est exécuté par les Turcs.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Lorsque le ferry arrive dans le port, cette grande église s’impose à la première vue que l’on a de Mytilène. Elle est dédiée à Saint Théraponte (Agios Therapôn). Elle porte le nom d’un évêque de Chypre mort en martyr. Je n’ai pas trouvé grand-chose à son sujet, à part que certains sites le situent au quatrième siècle et d’autres au septième…

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Nous sommes arrivés à Lesbos, au port de Mytilène, le soir. Or Mytilène est une ville de près de trente mille habitants, et il n’existe pas de camping à proximité. Nous avons un peu patrouillé dans cette ville que nous ne connaissons pas sans toutefois essayer d’accéder au plein centre et à ses ruelles étroites impraticables avec un camping-car, n’avons trouvé aucun parking où nous installer pour la nuit, et en fin de compte sommes allés demander à la marina de nous accueillir, car nous y avons vu de nombreuses places de parking libres, et aussi des connexions électriques destinées en principe aux yachts mais auxquelles nous pourrions nous connecter. Bien évidemment, nous ne sollicitions pas d’hébergement gratuit, nous étions prêts à payer le prix de notre nuit. Mais on nous en a refusé l’accès. Nous sommes repartis, mais nous n’entonnerons pas, oh non, à la suite de Brassens,

“Elle est à toi, cette chanson,

Toi le Lesbien qui, sans façons,

M’accueillis dans ta marina

Quand de parking je n’avais pas…

Ce n’était rien

Qu’un petit coin

Mais c’était un bon réconfort

Et dans mon âme il brûle encore

Comme un grand soleil égéen”.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Puisque, pour aller présenter notre requête auprès des responsables, nous avions laissé le camping-car à l’extérieur, nous sommes repartis à pied, ce qui nous a permis de voir cet arbre pétrifié que les propriétaires de la marina ont dû laisser en place, mais qu’ils ont protégé sous une cage de verre. Je l’ai photographié, mais je sais qu’il y a à Lesbos toute une forêt pétrifiée, que nous comptons bien aller voir. Et nous l’avons en effet vue plus tard, elle sera l’objet de mon vingt-quatrième article sur Lesbos.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Je consacrerai un article spécifique au kastro (château) de Mytilène, puis un autre aux deux musées archéologiques de la ville, mais aujourd’hui je voudrais seulement montrer le visage de Mytilène. Dans le port, je me suis arrêté devant ce bateau, qui porte le nom d’Amphitrite, déesse de la mer, femme du dieu Poséidon. Nous sommes en Grèce, rien d’original donc, même si les bateaux sont très fréquemment voués à saint Nicolas, protecteur des marins, ou à la Panagia, la Vierge Marie. Mais sur le flanc, cette inscription est intéressante:

ΠΑΝΕΠΙΣΤΗΜΙΟ ΑΙΓΑΙΟΥ = Université de l’Égée. Ce bateau appartient donc à l’université de cette région. Et ensuite:

ΤΜΗΜΑ ΕΠΙΣΤΗΜΗΣ ΤΗΣ ΘΑΛΑΣΣΑΣ = département de science de la mer. Il existe donc officiellement une discipline de science de la mer au niveau universitaire, c’est-à-dire autre chose qu’un lycée professionnel formant des marins pêcheurs.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Mytilène a gardé, dans son centre ancien, ses ruelles étroites, même si elles n’ont pas été interdites à la circulation automobile, comme on peut le voir. Néanmoins, comme les voitures ne peuvent pas rouler bien vite, elles ne sont pas trop dangereuses, et parce qu’il y a, hors de ce centre, des rues modernes et larges, peu nombreux sont ceux qui sont obligés de passer par le vieux centre, ce qui fait que le charme n’en est pas rompu. Si Napoléon III n’avait pas gardé le souvenir des barricades de 1848 et en conséquence demandé au préfet de la Seine Haussmann de tracer à travers Paris de larges avenues plus difficiles à barrer contre la cavalerie et l’artillerie, c’est peut-être le paysage que nous aurions aujourd’hui chez nous.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

En nous promenant dans ce centre ancien, nous passons auprès d’innombrables églises, comme l’église Saint-Georges (Agios Geôrgios) de mes deux photos ci-dessus, qui semble assez vieille. Mais comme nous n’avons pu y pénétrer et que je ne dispose d’aucune information à son sujet, je ne m’étendrai pas davantage.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

En revanche, tout près de cette église Saint-Georges nous trouvons l’église des Saints Apôtres (Agiôn Apostolôn) qui paraît très ancienne quand on la voit de l’extérieur du côté de l’abside, mais sur le linteau de l'entrée principale est gravée la date de construction, 1815, et il est certain que, vue de ce côté, l’église ne paraît plus aussi ancienne. On nous dit en outre que deux textes, l’un de 1728, l’autre de 1732, se réfèrent à l’église des Saints Apôtres au même emplacement que celle que nous voyons aujourd’hui. De plus, certaines icônes remontent au moins au dix-septième siècle. Comme on le voit, la datation est assez vague. Quoi qu’il en soit, nous avons pu visiter cette église, mais à vrai dire je n’ai guère plus d’informations à son sujet qu’au sujet de la précédente Au moins je peux en montrer des images.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Si l’intérieur de l’église est typique de toutes les églises orthodoxes que nous avons vues jusqu’à présent, elle n’en est pas moins intéressante. Il paraît que l’un des chapiteaux de colonne est récupéré d’une église paléochrétienne, mais je suis bien incapable de dire lequel… et donc de le montrer ici. Il y a des fresques intéressantes, comme celles que je montre ci-dessus. On peut situer la fresque de ma seconde photo ci-dessus en la reconnaissant dans le coin supérieur droit de ma photo de la nef. Le balcon en mezzanine construit au-dessus du narthex (n’ayant pas pu y accéder, je ne le montre pas) était l’espace réservé aux femmes: lors de l’aménagement de cette église au début du dix-neuvième siècle, deux mille quatre cents ans s’étaient écoulés depuis que Sappho avait vécu une vie de femme émancipée. Oh que le sexisme a donc la vie dure!

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Ces scènes qui décorent l’iconostase semblent dater du premier quart du dix-neuvième siècle. Il est rare qu’elles soient aussi nombreuses, et la sculpture de cette iconostase est remarquable.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

On aurait immédiatement reconnu ici Adam et Ève, même si leurs noms, ΑΔΑΜ ΚΑΙ ΕΥΑ n’avaient pas été sculptés auprès de la taille d’Adam. Je les trouve très amusants, sans oublier le lion sur la gauche de ma photo.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Sur ma photo de la nef, on a repéré cette icône exposée à l’adoration des fidèles, mais aussi à leur édification, car elle représente les saints de Lesbos. J’en compte vingt-neuf. Certes, l’île est grande, il n’empêche: cela représente une belle densité de saints au kilomètre carré. Il est vrai aussi que les patriarches de l’Église Orthodoxe canonisent un peu plus facilement que le Vatican. Désolé pour le reflet sur la vitre, j’avais oublié mon filtre polarisant.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Cette icône habillée d’argent est très belle, mais je ne sais pas qui est le saint qu’elle représente. Il est d’autant moins difficile d’identifier les personnages situés à gauche et à droite de sa tête que des inscriptions donnent leurs initiales. C’est le Christ à gauche, c’est la Vierge à droite. Le couvre-chef des métropolites orthodoxes n’est pas la mitre des évêques catholiques et ressemble à celui de cette icône, et dans ces conditions je me demande s’il ne s’agirait pas de saint Nicolas, surtout lorsque je lis que dans cette église il y a une icône de saint Nicolas datant de 1637, et je n’en ai pas vu d’autre qui puisse être aussi ancienne.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Et puis ces trois tableaux. Le troisième, qui représente une Vierge Hodegetria (c’est-à-dire qui montre son fils comme étant “la route”, “la voie”), n’est guère originale, ni pour le sujet extrêmement fréquent dans la peinture orthodoxe, ni pour l’expression. C’est elle que l’on voit, dans la nef, à côté de la collection des saints de Lesbos. Pas de grande originalité non plus pour la Nativité de ma photo précédente, même si sa composition est plus intéressante, avec l’étoile qui ne brille pas bêtement au-dessus de la crèche, mais lance de loin un rayon vers l’Enfant Jésus, et aussi avec le berger qui vient rendre hommage au nouveau-né, et l’on voit la tête de la brebis venir flairer Jésus.

 

Mais le tableau que je préfère, et de loin –c’est pourquoi j’en parle en dernier lieu, même si la chronologie, conception, naissance, enfance, m’a fait placer mes photos dans l’ordre inverse)–, c’est celui de l’Annonciation. Il est d’ailleurs curieux de constater combien ce sujet de l’Annonciation inspire la créativité des artistes beaucoup plus que la Nativité. Le cadre est celui de la ville, avec ses grands édifices, Marie reçoit l’annonce avec recueillement, l’archange Gabriel est léger, ses ailes sont transparentes, il est immatériel comme doit l’être un ange. Là-haut dans le ciel il y a Dieu le Père, il le faut bien, le sujet l’exige, mais il n’apparaît pas perché sur un nuage avec des vêtements de couleurs criardes, comme cela arrive souvent, et la colombe du Saint-Esprit, elle aussi exigée par le sujet, ne volette pas sur un rayon lumineux lancé par Dieu, elle est gracieusement dessinée et plane dans le ciel.. Bref, j’aime bien ce tableau.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Un jour, au cours d’une promenade dans Mytilène, nous passons devant les ruines d’un grand bâtiment. Nous tournons un peu autour, perplexes, jusqu’à ce que nous tombions sur une plaque: Yeni Camii; en turc, cela signifie Nouvelle Mosquée. Et cette base de tour que l’on voit sur ma seconde photo est donc un minaret décapité.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Pour des raisons de sécurité, on ne peut pas pénétrer dans la mosquée, dont les ruines ne sont pas consolidées, mais on peut s’approcher suffisamment pour prendre des photos de l’intérieur par les fenêtres. C’était un grand et beau bâtiment, construit en 1825. Son ampleur était justifiée par la nombreuse population turque musulmane de la ville, qui avait été conquise par les Ottomans en 1462, neuf ans après Constantinople. Mais en 1912, après les Guerres Balkaniques, Lesbos est rendue à la Grèce indépendante, puis il y a eu le traité de Genève au terme duquel les Grecs qui y résidaient encore devaient quitter la Turquie, et les Turcs devaient quitter la Grèce. Ayant perdu ses fidèles, la mosquée a été inutilisée, n’a nullement été entretenue, d’où son état de décrépitude. Il paraît que des volontaires, il y a deux ou trois ans, se sont chargés de nettoyer l’essentiel, et que la Municipalité envisage de solliciter l’aide de l’Union Européenne pour une restauration. L’Union Européenne… alors que le pays envisage le Grexit!

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Éloignons-nous un peu du centre de Mytilène, en direction du nord. Et en cet endroit, nous avons plusieurs raisons de nous arrêter, et tout d’abord pour le point de vue. Mais aussi, nous allons le voir, pour une petite église et pour des vestiges antiques.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

En cet endroit, se dresse cette statue dont le socle dit, en employant le nom de Mikrasiatissa qui signifie “d’Asie Mineure”: “À la mère d’Asie Mineure, Lesbos qui l’honore. Octobre 1984”. C’est un hommage à tous ces Grecs d’Asie Mineure qui ont été victimes de l’échange de populations de 1922, et dont beaucoup se sont établis à Lesbos. Du courage, évidemment il en a fallu aux hommes comme aux femmes, aux gens mariés comme aux célibataires, aux adultes comme aux enfants, mais la femme est le symbole de la famille, en tant que mère, en tant que chargée de l’éducation. Et il est vrai que, d’après ce que j’ai pu conclure de ce qui m’a été raconté ici ou là, c’est bien souvent la mère de famille qui a le plus énergiquement œuvré à l’intégration de tous dans ce milieu nouveau, car ces Grecs n’avaient, pour la plupart, jamais mis les pieds de leur vie sur le sol grec européen, de la même façon que bien des Pieds Noirs étaient nés en Algérie et n’avaient jamais vu le sol de France avant d’être obligés de quitter le pays dans la précipitation au moment de l’indépendance en 1962.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Là, face à la mer, on trouve cette petite église dédiée à saint Paul, et sur son mur est incrustée une mosaïque représentant le saint patron. Pour en comprendre la raison, il faut se reporter aux Actes des Apôtres: “Nous fîmes voile vers Assos, où nous devions reprendre Paul; il l'avait ainsi ordonné, préférant pour son propre compte suivre la voie de terre. Il nous rejoignit effectivement à Assos; nous le prîmes à bord et arrivâmes à Mytilène. Nous en repartîmes et, le lendemain, nous parvînmes à la hauteur de Chios”.

 

Cela se passait en l’an 52. Étant donné les conditions de navigation de l’époque, il était impératif de relâcher de nuit dans cette mer où abondent les îlots, les écueils, les bas-fonds, sans compter que, selon les calculs des spécialistes, c’était une nuit de nouvelle lune, complètement obscure. La dernière phrase laisserait entendre (du moins telle qu’elle a été traduite) que saint Paul et les disciples sont repartis le soir et sont arrivés le lendemain à Chios. Il faut donc plutôt comprendre qu’ils ont passé la nuit à Mytilène et ont fait voile le lendemain vers Chios. Mais je suis tombé sur un site Internet à la fois intéressant et surprenant. Alors que les météorologues, avec tous les moyens techniques déployés, se trompent bien souvent dans leurs prévisions même à court terme, l’auteur qui n’a bien évidemment pu disposer d’aucun relevé de l’époque dit que le vent devait souffler fort du nord-ouest, et que par conséquent le bateau avait trouvé à Mytilène un havre le protégeant bien de ce vent.

 

Quoi qu’il en soit, saint Paul ne s’arrête guère à Lesbos. La soirée et la nuit tout au plus. Or l’île tout entière est païenne, car l’archéologie n’a mis au jour aucune trace d’église ou de lieu de culte chrétien du premier siècle. On sait d’autre part qu’encore au deuxième siècle avait lieu chaque année à Mytilène une cérémonie terrible au cours de laquelle un homme devait être sacrifié à Dionysos. Mais saint Paul se presse, car il veut arriver dans le pays où a vécu Jésus pour la fête de la Pentecôte. L’évangélisation de l’île se fera cependant plus tard avec une grande intensité, puisque les fouilles ont révélé pour l’ensemble de Lesbos les restes de pas moins de cinquante-sept églises paléochrétiennes, et que dès le cinquième siècle est attestée dans un concile la présence d’un évêque de Lesbos.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Sur cette grande esplanade entre la mer et la ville, là où a été construite l’église, on peut voir des ruines d’époque romaine. Là se trouvait le port antique, où saint Paul a débarqué et d’où il s’est rembarqué le lendemain. Tel est le pourquoi en cet endroit d’une église qui lui est consacrée.

 

Je disais que nous étions dans un faubourg nord de Mytilène. En fait, il y avait deux ports à Mytilène dans l’antiquité, le port nord ici, et un port sud qui est celui des ferries aujourd’hui. Entre les deux, il y avait un bras de mer d’une trentaine de mètres de large, l’Euripe, qui faisait que la partie ouest de la ville d’aujourd’hui était une île, la ville antique n’étant construite que sur cette île, reliée au continent par deux ponts de marbre. À ce sujet, nous disposons du témoignage de Longus que j'ai évoqué tout à l'heure, l’écrivain grec auteur de Daphnis et Chloé, natif de Lesbos, qui a probablement vécu au second siècle après Jésus-Christ (mais on ne sait strictement rien de lui). Lorsque j’étais étudiant, dès qu’un petit boulot me procurait quelques fonds, j’investissais tout dans des textes latins ou grecs de la collection Guillaume Budé, ce qui fait que je dispose aujourd’hui de plus de cinquante de ces livres de grec et d’encore un peu plus de cinquante textes latins. Je me saisis donc de mon Longus. Dès le premier chapitre, il décrit Mytilène (parce que je traduis moi-même, je commence par le texte grec):

 

“Πόλις ἐστὶ τῆς Λέσβου Μιτυλήνη, μεγάλη καὶ καλή· διείληπται γὰρ εὐρίποις ὑπεισρεούσης τῆς θαλάσσης, καὶ κεκόσμηται γεφύραις ξεστοῦ καὶ λευκοῦ λίθου. Νομίσαις οὐ πόλιν ὁρᾶν ἀλλὰ νῆσον”, ce qui veut dire:

 

“Mytilène est une ville de Lesbos, grande et belle; elle est divisée par des canaux d’une mer calme et ornée de ponts de pierre polie et blanche. On ne croirait pas voir une ville, mais une île”.

 

C’est également la preuve qu’à l’époque –floue– où a vécu Longus, la ville avait déjà commencé à s’étendre hors de l’île, puisqu’elle est “divisée”. Plus tard, de grands travaux feront combler cet Euripe. Mais revenons à notre port nord.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Outre les vestiges de ce grand bâtiment, ou de cette place publique, il y a aussi d’autres ruines datant de l’antiquité. Malheureusement, à part un unique panneau disant que nous sommes sur le port antique, il n’est donné aucune explication supplémentaire. Je ne sais donc pas vraiment ce que nous voyons…

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Laissons ce quartier nord de Mytilène pour nous rendre dans la proche banlieue sud, à Vareia (prononcer Varya). Lorsque nous étions à Volos, nous sommes montés vers la ville haute, à Anakasia, pour voir une maison décorée par Théophilos, ce peintre naïf originaire de Vareia (voir mon article Volos. Du 14 au 22 juin 2012). Il est si génial que nous avons absolument voulu voir son musée. Et en effet, nous l’avons visité, ce musée, et il vaut vraiment la peine. Mais la photo y est interdite. Le jeune homme, fort aimable et fort sympathique, nous a expliqué que, malheureusement, il était chargé de faire respecter scrupuleusement cette interdiction.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Alors à défaut de montrer ici quelques-unes de ses œuvres, je me contenterai de cette fresque en son honneur sur un mur de Mytilène. Sur la droite il est écrit “Demeure de Théophilos, 2012”. Si –ce que j’ignore– il a réellement vécu dans cette maison, la date de 2012 est évidemment celle de réalisation de la fresque, puisque Théophilos est mort en 1934.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

J’ai aussi parlé à plusieurs reprises de Stratès Élefthériadès, dit Tériade, cet éditeur d’art génial lui aussi natif de Vareia, et découvreur de Théophilos (voir, entre autres, mon article Tériade au Cateau-Cambrésis. Vendredi 23 août 2013). Il a son musée à Vareia, juste derrière le musée Théophilos. Nous savons que ce musée a fait l’objet de grands travaux dont la fin était prévue pour 2013. Nous sommes à la mi-2014, mais deux précautions valent mieux qu’une, avant de nous y rendre nous avons consulté le site du musée et celui du ministère grec de la culture, tous deux maintiennent la date de 2013.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Las! On n’a pas pris le temps de mettre à jour les sites Internet, trop occupé à achever les travaux. Le petit panneau de droite signale que le musée restera fermé pour travaux de restauration, tandis que le grand panneau que je montre à gauche dit bien que les deux programmes successifs totalisant deux millions d’Euros, à savoir le premier d’un million quatre cent mille Euros, le second de six cent mille Euros, étaient prévus pour 2007-2013. Je ne sais dans quelle proportion ont été engagés les fonds européens (en général, c’est soixante-quinze ou quatre-vingts pour cent du total), mais en principe ils ne sont versés que si le pays bénéficiaire a engagé les frais et payé sa part. Que s’est-il passé? Eh bien, nous ne visiterons pas le musée Tériade de Vareia…

 

Dans mon futur quinzième article sur Lesbos, montrant quelques sites archéologiques de l’est de l’île, je parlerai d’un grand aqueduc d’époque romaine. En effet, dès l’antiquité, Lesbos était une grande ville, et ses besoins en eau étaient très importants. Mais les archéologues et les historiens n’ont pu déterminer s’il était encore en service à l’époque byzantine. Ce que l’on sait, c’est que bien plus tard, au dix-huitième siècle, le kapudan Pacha (amiral) Cezayirli Hasan Pacha en construit un nouveau, partant des sources Krategos et Kaziani, et comportant des tours à eau. Car la population, désormais nombreuse, avait besoin de plus en plus d’eau, et l’on a identifié à Mytilène quatre bains publics (hammams), ainsi que plusieurs bains privés. Ces hammams étaient construits dans le droit fil de l’héritage romain via l’Empire byzantin qui l’avait perpétué, avec une salle froide pour le vestiaire, une salle tiède et une salle chaude. L’eau était chauffée dans de grands chaudrons de cuivre, et la vapeur produite était conduite dans les murs et sous les sols par des tuyaux de terre cuite: les sols étant brûlants, il était impératif de disposer de sandales à semelle de bois. Selon le Coran, il est nécessaire de se laver le corps pour se laver des péchés, ce qui suppose de fréquents passages au hammam. Et le hammam a également sa place dans la vie sociale, on s’y rencontre, on y discute. Le hammam faisait également partie des rituels de certaines fêtes, la circoncision, le mariage, la naissance d’un enfant, le départ au service militaire, etc. Les femmes n’étaient pas exclues de cette pratique et, quand les établissements de bains ne disposaient pas de doubles installations, il y avait des jours réservés aux hommes et d’autres aux femmes dans les mêmes locaux.

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche