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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 23:55
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Dans mon dernier article, nous nous sommes promenés dans Chora, la capitale d’Andros. À présent, nous allons voir un peu la “province” de l’île. Je vais suivre un déplacement qui part de Chora et va grosso modo vers l’ouest puis vers le nord. Aucune chronologie dans cette succession de lieux puisqu’en réalité nous avons débarqué du ferry à Gavrio, à l’ouest et avons logé à Batsi, un peu au sud de Gavrio, sur cette même côte ouest. C’est de là que nous nous sommes rendus plusieurs fois à Chora, et que nous avons rayonné, au fil des jours, dans diverses directions.

 

Je commence donc par montrer des paysages de l’île, très verte grâce à ses nombreuses sources, très accidentée aussi puisqu’elle culmine à 995 ou 997 mètres selon mes divers documents (ma carte au 50000e donne 997). Allez, ne chipotons pas, disons “presque mille mètres”. Parcourir Andros, c’est être sans cesse émerveillé.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Un peu partout dans l’île, on voit ces curieux murets de pierre sèche. En effet, le sol est principalement fait de schiste qui permet de le détailler en pierres plates qui se prêtent bien à ce genre de construction.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Nous avons donc quitté Chora. Tout de suite, on passe près d’Ypsilou, à ne pas confondre avec Ypsili, sur la côte ouest, dont je parlerai tout à l’heure. Et juste après Ypsilou, c’est, à proximité de la route, le village de Lamyra d’où l’on a cette belle vue sur Chora.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

On le voit, Lamyra n’est pas une grande métropole, mais c’est un sympathique village qui a gardé son caractère typique. On est à peine sorti de la capitale, et on est déjà plongé dans l’Andros authentique.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

À peine un peu plus loin sur la route principale, on arrive à Mesaria (généralement transcrit en français Messaria, avec deux S, pour ne pas prononcer le S comme un Z). On est habitué, en Grèce, aux vieilles églises byzantines, mais celle de cette ville, légèrement à l’écart, est imposante pour une agglomération somme toute bien modeste. Elle date de 1158 et est dédiée au Taxiarque Mikhaïl (le grand archange Michel).

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Décidément, nous nous arrêtons à chaque tour de roue. Menitès est à toute petite distance au nord de la route. Je m’arrête un instant devant cet édicule qui témoigne de la foi ardente en la Panagia, la “Toute Sainte”, c’est-à-dire la Vierge.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

C’est également à Menitès que j’ai photographié ce mur de fontaines qui crachent l’eau par la gueule de beaux lions. En fait, l’eau qui coule de ces fontaines, ce sont des sources. Nous voyons là combien cette île a pu être riche.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Cette fois-ci, nous sommes passés de l’autre côté de la route, Fallika se trouve à deux ou trois kilomètres vers le sud. Là encore, le site naturel est bien conservé, ce petit cours d’eau calme, ce vieux pont, une atmosphère calme et romantique.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Et même ce cheval était là pour nous souhaiter la bienvenue dans son domaine. Il méritait bien que nous nous arrêtions quelques instants pour lui caresser le chanfrein.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Il faut que je la place quelque part, ma vue d’Ormos et de sa plage. Le problème, c’est que ce n’est pas sur mon itinéraire ou à proximité. Bah, puisque pour Fallika je suis parti un peu vers le sud, allons beaucoup plus loin vers le sud-est, jusqu’à surplomber la côte, d’où l’on a cette vue sur la belle plage et le bourg d’Ormos.

 

Retournons vers la route principale que nous suivions précédemment, qui relie en direction du sud-ouest Chora sur la côte est à la côte ouest, en suivant la vallée entre deux chaînes de montagnes qui barrent l’île transversalement. Ma carte donne sur la droite un sommet à 910 mètres et plus loin ce fameux Prophète Élie à 997 mètres, sur la gauche un sommet à 736 mètres. La route est donc bien encaissée.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Nous voilà à très peu de kilomètres au nord de notre route, à Melida, où l’on peut admirer une autre église byzantine, elle aussi dédiée au Taxiarque. Si j’en crois le Guide Vert Michelin, elle est du onzième siècle, mais le site officiel d’information d’Andros (en grec) la fait remonter au dixième siècle. De toutes façons, c’est très curieux, il est horriblement difficile de trouver des informations sur ces remarquables églises byzantines qui, par ailleurs, sont fermées. On vante, ici ou là, leurs remarquables fresques du douzième siècle, mais on ne peut pénétrer pour les voir.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

De même, je ne sais pas grand-chose de cette petite chapelle à quelques mètres de l’église byzantine et de son vieux cimetière. Et partout où nous allons, nous voyons peu de curieux. Ici pourtant, nous avons rencontré deux touristes grecs, lui vivant en Grèce, elle au Liban, des gens très sympathiques, nous avons un peu discuté avec eux, et comme nous ils étaient déçus de trouver porte close.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Au bout de la vallée, la route principale a atteint la côte ouest. Maintenant, elle va suivre la côte en remontant vers le nord-ouest, mais au sommet de la falaise. Nous arrivons maintenant au site de Palaiopoli, la capitale de l’île dans l’antiquité, habitée depuis le début du premier millénaire avant Jésus-Christ. Ce que raconte Hérodote et que j’ai évoqué dans mon précédent article, c’est donc ici que cela s’est passé.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Nous allons laisser la voiture et descendre voir de plus près ces ruines. Rude descente. Je n’ai pas compté les marches, mais selon Bibendum il y en aurait 1039. Las! le site est fermé. Et visiblement, il n’est pas fermé pour des questions d’horaire ou même de jour de la semaine; on ne visite pas, c’est tout. Rude remontée!

 

Alors je me limiterai à évoquer un phénomène relatif au culte de Dionysos, dieu du vin, de la folie, du théâtre, aussi appelé Bacchus. Pline l’Ancien, dans son Histoire Naturelle, l’évoque deux fois. Je citerai les deux passages parce que, quoiqu’ils se répètent, ils donnent aussi des informations complémentaires. Au livre II, chapitre 106, il dit: “Mucien, trois fois consul, croit que dans l'île d'Andros le temple de Bacchus a une source qui, aux nones de janvier, ne manque jamais à couler avec le goût de vin: on l'appelle Don de Jupiter” (en janvier, comme dans huit autres mois de l’année, les nones tombent le 5).

 

Puis, au livre XXXI, chapitre 13, il ajoute un autre fait tout aussi curieux: “Mucien dit qu'à Andros il coule de la fontaine de Bacchus pendant les sept jours consacrés tous les ans à ce dieu, du vin, qui redevient de l'eau si on le transporte hors de la vue du temple”.

 

Le grand voyageur Pausanias, de son côté, évoque aussi ce fait, et il ajoute: “Il faut croire les Grecs sur ce point”. Il n’a pas été, comme Plutarque, prêtre dans le temple d’un dieu, mais il présente la mythologie comme des faits auxquels il ajoute foi. Ce n’est pas comme le Romain Juvénal, qui lui est antérieur et qui écrivait “Qu’il existe des Mânes, un royaume souterrain, que la perche de Charon soit une chose réelle, […] même les enfants ont cessé d’y croire”.

 

Et maintenant, Tournefort, que je ne présenterai plus, nous le connaissons bien puisque je l’ai souvent cité, ne serait-ce que dans mon précédent article: “Le 27 novembre nous allâmes voir les ruines de Palaiopolis […]. On y trouve […] quelques inscriptions, qui ne sauraient être presque d'aucun usage; nous tirâmes ce que nous pû­mes de celle qui nous parut la moins effacée: il y est parlé du Sénat, du peuple d'Andros et des prêtres de Bacchus, ce qui me fit conjecturer qu'elle avait été placée sur les murailles ou dans le fameux temple de ce dieu, et que conséquemment elle pouvait marquer la situation de ce bâ­timent. […] Ce ruisseau me fit souvenir de la fontaine appelée le Présent de Jupiter; mais nous la cherchâmes inutilement; peut-être qu’elle s'est perdue dans ces ruines […]; cette fontaine, au rapport de Mucien, avait le goût du vin dans le mois de janvier, et ne devait pas être loin de l'endroit où nous nous trouvions, puisque Pline la pla­ce proche le temple de Bacchus, mentionné dans l'inscription dont on vient de parler: le même auteur dit que ce miracle durait sept jours de suite, et que ce vin devenait de l'eau si on l'emportait hors de la vue du temple. Pausanias ne parle pas de ce changement; mais il avance que l'on croyait que tous les ans pendant les fêtes de Bacchus, il coulait du vin du temple consacré à ce dieu dans l’île d'Andros: les prêtres sans doute ne manquaient pas d'en­tretenir cette croyance en vidant quelques muids de vin par des canaux cachés”. Tournefort ne croit donc pas à ce fait miraculeux. Ah là là, ces esprits forts, qui refusent de croire!

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Puisque ce musée archéologique de Palaiopolis nous est fermé, au moins voyons-nous sur la rue, devant le musée, ce sarcophage d’époque romaine (deuxième ou troisième siècle de notre ère). Il a été taillé dans une roche volcanique, l’andésite.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Pas besoin d’être géologue pour reconnaître une roche volcanique comme l’andésite; en revanche, je serais bien incapable de dire ce qu’est cette roche verte que je découvre en descendant sur la plage. Ces trous sphériques doivent être dus à des bulles de gaz emprisonnées, ce qui indiquerait ici aussi une origine volcanique, mais mes suppositions de néophyte sont peut-être absurdes…

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

À cinq ou six kilomètres plus au nord, autre site archéologique, autre arrêt au sommet de la falaise, autre descente en direction de la mer. C’est Ypsili, cet Ypsili que, tout à l’heure, j’ai dit qu’il ne fallait pas confondre avec Ypsilou, près de Chora.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Évidemment, c’est bien notre chance, le site est fermé. La plaque des horaires dit que c’est fermé le lundi et pendant les vacances –or aujourd’hui c’est le 23 avril, le mercredi de Pâques, les élèves grecs sont en vacances. Mais de toutes façons, cet élégant papier glissé sous plastique ajoute que le site archéologique est “κλειστός για το κοινό”, fermé au public. Et par-dessus le marché, un signe indique que la photo est interdite, au même titre que la cigarette et que les animaux. Quelqu’un, semble-t-il, avait collé un papier sur l’interdiction de photographier, papier qui a été retiré. Ce qui ne change rien, puisque le public n’a accès à rien du tout.

 

Pourtant Ypsili est intéressante. Fondée au neuvième siècle avant Jésus-Christ, elle atteint son plus grand développement au huitième siècle, puis, sans doute suite à un désastre majeur comme un violent séisme, elle va subitement décroître au septième siècle, se limitant aux environs immédiats de son acropole, jusqu’à être presque complètement abandonnée au cinquième siècle avant Jésus-Christ.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Tous les dépliants touristiques, tous les guides, s’exclament sur la végétation d’Andros, champs, forêts, du moins dans la moitié sud de l’île, là où les sources sont multiples, qui tranche avec l’aridité des autres Cyclades. J’ai lu un blog de touristes disant que les guides avaient dû rêver, qu’Andros ne jouit pas de la moindre verdure. Alors à défaut de site archéologique, j’ai pris à Ypsili ces deux photos. Est-ce un mirage, comme peuvent le soupçonner ces touristes, ou est-ce que cela confirme les guides et les dépliants?

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

En continuant sur cette grand-route, nous arrivons à Batsi. C’est la ville qui, dans une anse bien protégée, avec sa plage, avec son port de plaisance, s’est aménagée pour accueillir les touristes d’Andros. C’est là aussi que nous avons trouvé à louer une chambre. Mon blog n’est pas, n’a jamais été, un répertoire des bons hôtels, des bons restaurants, mais ici je crois bon de donner quelques indications. Nous étions logés à la Villa Dora. Non seulement c’était très confortable et agréable, mais les propriétaires sont extrêmement sympathiques. Et ces deux dames se seraient montrées très discrètes si ce n’avait pas été nous qui, en rentrant le soir, avions recherché leur compagnie, discutant fort longtemps sur la terrasse devant la maison. Nous avons quitté les lieux avec un goût d’amitié.

 

À Batsi, nous avons aussi apprécié une dame céramiste qui signe Melita (en grec attique, Melitta, avec deux T, signifie “l’Abeille”; en grec ionien et en grec moderne, c’est Melissa) ses créations et qui a choisi, bien sûr, l’abeille comme symbole. L’hiver, elle se fait potier, modelant toutes sortes de plats, de cendriers, de coupes, de tasses, de bols, etc., puis elle les décore elle-même de sujets originaux et très esthétiques. Au printemps et en été, elle ouvre sa boutique aux acheteurs. C’est une vraie artiste, qui a longtemps étudié cette spécialité avant de s’y lancer professionnellement. En grec ancien, technè c’est à la fois l’art et la technique; de même en latin, ars, artis a les deux sens, ces civilisations considérant comme un tout d’appliquer ses dons artistiques à la technique de l’artisanat. Nous, nos langues modernes préfèrent dissocier les deux, ce qui est hélas très réducteur, aussi avons-nous spécialisé le grec technè pour la technique, et le latin ars pour l’art, mais cela aurait fort bien pu être le contraire. Ou ne pas être du tout!

 

[Publiant en 2017 le récit de nos pérégrinations de 2014, j’introduis après coup un ajout à ce sujet. Étant “Ami du Louvre”, je reçois la revue Grande Galerie. Dans son n°37, au sujet de l’exposition temporaire Corps en mouvement qui a pour commissaire le danseur et chorégraphe Benjamin Millepied, ce dernier est interrogé par le journaliste du magazine:

“Vous vous intéressez au processus de création des artistes?

– Je viens du ballet classique. Pour moi, art et technique sont un tout. L’art ne va pas sans la technique, c’est primordial à mes yeux: les exercices de composition des sculpteurs, les techniques du dessin me parlent autant que les œuvres”.]

 

Hé oui, nous nous sommes laissé tenter par plusieurs objets, pour nous et aussi pour des cadeaux lors de notre retour en France.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

À quelque distance au nord-est du port de Gavrio, se dresse cette tour d’Agios Petros (Saint Pierre). Ouf! Quand même une antiquité qui n’est pas soustraite à  la vue des touristes. Cette tour de près de vingt mètres de haut et d’une circonférence de 9,40 mètres à la base est construite en schiste et comportait au moins cinq étages. Parce que, on s’en doute, du sommet on a une vue très étendue sur les environs et sur la mer, elle avait un rôle de surveillance et de contrôle.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

La route principale relie la capitale, Chora, au port de Gavrio en passant par la station touristique de Batsi. Il y a aussi un important réseau secondaire dans toutes les directions, des routes pas très larges mais de bonne qualité. Un jour, nous avons décidé d’aller jusqu’au nord de l’île, là où se dresse le phare. Une partie du trajet se fait sur des routes asphaltées, mais une autre partie n’est pas revêtue. Aucune difficulté cependant, le sol est bien damé, bien aplani, sans bosses ni nids de poule, et les paysages valent le déplacement.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

En passant, nous avons vu des projets d’urbanisation au milieu de nulle part, mais ces maisons restent inachevées. Cela, nous l’avons vu bien souvent en Grèce, la drachme n’était pas chère, la politique économique du pays était généreuse, particuliers et entreprises se sont endettés, et puis la crise est arrivée. Les entreprises achètent cher les matières premières et ne parviennent pas à vendre; les particuliers, quand ils ne se retrouvent pas au chômage, voient leur salaire réduit de 20 à 40 pour cent, et parfois même l’employeur déclare que pendant un mois ou deux il ne paiera pas le travail, faute de quoi il mettra la clé sous la porte et tout le monde se retrouvera au chômage, bref les débiteurs se retrouvent étranglés et les constructions de maisons individuelles comme les constructions de logements collectifs sont interrompues dans un état plus ou moins avancé. Et ces logements inachevés sont occupés par des locataires à titre gratuit, quadrupèdes velus à qui on veut manger la laine sur le dos.

 

Puisque j’aborde le problème économique, oui, il est vrai que bien des gens en Grèce ont échappé au paiement des impôts sur le revenu. Oui, il est vrai que bien des gens ont pu prendre leur retraite très jeunes et néanmoins être pensionnés, il y en a plusieurs parmi nos amis. Cela, on le conçoit, a mis l’économie du pays à genoux. Comme dans nos villes françaises, et même plus encore, les rues d’Athènes se remplissent de sans-abri. Pour ceux qui ont un toit, les apparences sont trompeuses: comme auparavant, les tavernes et les bars sont pleins, mais ce qui n’est pas visible pour le touriste de passage, c’est que les habitudes de vie facile ont rendu les Grecs peu raisonnables; pour maintenir tant bien que mal leur train des vie, ils vendent tous leurs bijoux, jusqu’à leurs alliances sans divorcer! Les jeunes couples, même avec enfants, reviennent vivre chez les parents pour économiser le loyer ou, s’ils étaient propriétaires, pour louer leur appartement; moyennant quoi on continue à s’offrir le restaurant et les vacances. Cela dit, la crise ne touche pas tout le monde, les marchands d’or se sont multipliés et achètent à bas prix à des gens qui ont besoin de liquidités un métal qu’ils revendent à l’étranger beaucoup plus cher; les plus riches, il y a longtemps que leur argent est en lieu sûr à l’étranger, et leurs puissantes voitures continuent de s’engouffrer derrière les hauts murs et les portails électrifiés de leurs somptueuses résidences, tandis que des docteurs d’université vont faire le ménage de leurs yachts (c’est le cas d’une de nos amies qui n’arrive plus à vivre avec son traitement de professeur à la fac et, pour parvenir à vivre et à entretenir ses enfants, pendant ses vacances, elle est femme de ménage sur un luxueux yacht privé).

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Je l’ai déjà dit, toute l’île est montagneuse. En conséquence de quoi la route suit souvent les hauteurs là où les courbes de niveau ne sont pas trop proches les unes des autres, parfois aussi elle plonge vers la côte, ce qui fournit au voyageur des points de vue variés et souvent admirables. Sur ma photo, on voit qu’ici il était extrêmement difficile de tracer une route le long de la mer, qui vient presque lécher la colline, mais cela constitue au contraire un endroit tout indiqué pour installer une ferme marine, là où les baigneurs n’ont que difficilement accès.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Ici au contraire, nous voilà près de la mer. Le littoral est plat et offre une belle plage de sable. Mais non loin, la montagne plonge dans la mer, la route va devoir remonter.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Et encore une belle plage de sable, dans une anse protégée, et où je pense que même au cœur de l’été la foule ne doit pas se presser. Mais évidemment, la rançon de cette tranquillité, c’est qu’à moins de posséder un 4x4, il faut marcher un peu pour y accéder.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Tout au bout de la route, nous sommes parvenus au phare. La lande, la roche, le ciel et la mer; le parfum des plantes aromatiques; l’espace et l’horizon. Vraiment, pour qui aime la nature, cela vaut vraiment la peine de venir jusqu’ici.

Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, hors de la capitale. Du 19 au 26 avril 2014

Nous revenions du phare vers notre résidence de Batsi en suivant une petite route qui zigzague quand brusquement je freine: j’ai bien cru voir une biche en liberté. Saisissant nos appareils photo, nous sortons de voiture. Oui, ce sont bien des biches. L’un des animaux a sur la tête ce qui semble être des cornes naissantes. Sans doute un mâle. Nous nous observons mutuellement, je prends une série de photos au téléobjectif quoique nous ne soyons pas bien loin, cela me donne des gros plans. Nous avons appris par la suite que c’est un hôtelier des environs qui a introduit ces animaux il y a quelques années, mais il ne les a ni enfermés, ni domestiqués. Ils sont donc à demi-sauvages, n’ont pas trop peur des humains mais s’en méfient quand même un peu. Ce n’est pas aussi exotique qu’un rhinocéros ou un tamanoir, mais pour le citadin que je suis c’est largement aussi plaisant.

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Published by Thierry Jamard
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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 23:55
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Ce court voyage que nous avons entrepris dans les Cyclades va prendre fin à Andros. Andros, c’est la plus septentrionale des Cyclades et un simple coup d’œil à la carte (ci-dessus, une capture d’écran de Google Earth à laquelle j’ai seulement ajouté les noms de quelques îles) pour se rendre compte que quelques petites fractures géologiques ont morcelé ce qui était une terre continue, l’Eubée, Andros, Tinos, Mykonos, qu’aujourd’hui seules des passes relativement étroites séparent: le détroit qui la sépare de Tinos au sud ne mesure guère plus d’un kilomètre de large. D’ailleurs, même sans regarder la vue satellite, quand on voit que l’île culmine à presque mille mètres (995 exactement), on comprend que ce n’est que parce que le sol subit de fortes poussées qu’une telle montagne a pu surgir ici, et ces poussées provoquent des fractures.

 

La superficie d’Andros en fait la deuxième plus grande Cyclade après Naxos. “L’île paraît beaucoup plus grande qu’elle ne l’est en réalité. Andros est à peu près de la même taille que Tinos”, écrit Lawrence Durrell. Andros 380 kilomètres carrés, Tinos 197, soit un peu plus que la moitié… Mais ne le contredisons pas, il détestait cela, il voulait toujours avoir raison, selon ce que raconte son frère Gerald Durrell dans Ma famille et autres animaux, un livre dont je me suis délecté et que je ne peux que recommander (traduction française, éditions La Table ronde, 2014). Ma seconde photo ci-dessus représente une carte de l’île d’Andros établie en 1419.

 

Avant d’aller plus loin, il me faut dire quelques motifs de fierté de cette île. D’abord, c’est elle qui a fondé en 656 avant Jésus-Christ la colonie de Stagire où est né Aristote en 384 (cf. mon article de ce blog Aristote et Stagire, daté du 18 août 2012), soit 272 ans plus tard, ce qui n’empêche nullement les gens, ici à Andros, de s’enorgueillir du fait que ce grand philosophe “a évidemment été élevé et éduqué à la manière d’Andros”. D’autre part, on rattache bien sûr la fameuse poétesse Sapho à l’île de Lesbos et parce que, dans ses poèmes, elle chante la beauté des jeunes filles de son cercle poétique, on attache la qualification de lesbienne à une femme qui en aime une autre. Sapho était-elle homosexuelle, ou seulement admiratrice de la beauté du corps féminin? En réalité, nul ne le sait. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elle était ou bien hétérosexuelle ou bien bisexuelle, car elle s’est mariée, et son mari nommé Kerkyla était d’Andros; et ils ont engendré une progéniture, une fille qu’ils ont appelée Kleida.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

En arrivant sur l’île on est un peu surpris: on débarque sur la côte ouest au port de Gavrio, qui n’est pas la capitale. À peu de distance vers le sud se trouve la ville touristique de Batsi, mais il faut traverser l’île d’ouest en est pour aller trouver, sur la côte est, la capitale. Ci-dessus, deux photos que j’ai prises de la capitale sur son promontoire, puis une gravure de 1841 représentée presque sous le même angle, et enfin une gravure tirée du livre de Tournefort intitulé Relation d’un voyage du Levant, voyage effectué de 1700 à 1702 et publié en 1717. Cette capitale est nommée Chora, ce qui n’est guère original puisque c’est ainsi que les Grecs appellent la plupart des capitales de leurs îles. Ou bien on appelle la ville principale du nom de l’île entière. Un habitant de Batsi peut très bien vous dire “cet après-midi, je vais à Andros”, alors qu’il est à Andros, mais seulement pour dire qu’il va à Chora.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

C’est d’ailleurs de la capitale qu’il s’agit dans ce magnet vendu dans une boutique d’articles pour touristes. Rédigé en grec, parce que l’île n’est pas très fréquentée par les touristes étrangers. Et je suis sûr que mes lectrices, vous mesdames, vous mesdemoiselles, n’y êtes jamais allées. En effet, le texte dit “Τα καλά κορίτσια μένουν στο σπίτι τους, τα κακά κορίτσια πάνε στην ΑΝΔΡΟ!” Ce qui signifie “Les bonnes filles restent à la maison, les mauvaises filles vont à Andros!” À Chora et surtout à Batsi, j’ai eu la chance de pouvoir converser longuement à bâtons rompus avec plusieurs autochtones, et je leur ai demandé si cette phrase tenait à une légende, ou à une tradition locale, mais personne n’a pu me dire d’où elle était tirée. J’aime bien ce genre d’humour (c’est pourquoi je l’ai photographiée et pourquoi je la publie), mais ce magnet donnerait plutôt mauvaise réputation à la ville, où je n’ai pas remarqué de femmes de mauvaise vie, comme on dit dans les familles respectables!!! Ou plus probablement il veut dire (ironiquement, j’espère, car les Grecs sont encore un peu machistes, mais quand même pas tellement attardés) qu’une femme raisonnable reste dans son emploi “naturel” de femme d’intérieur, à faire le ménage, la cuisine, la lessive, au lieu d’aller se distraire en ville!

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Avant de commencer notre visite, je montre encore une image ancienne. Comme presque toujours, la légende en grec de cette carte postale est traduite en français. La carte représente le “Marché à la Porte d’Entrée”.

 

Et je laisse Tournefort, à travers un extrait de ce même livre de 1717, nous présenter un peu plus Andros: “Les habitants de cette île sont tous du rite grec, excepté Mrs de la Grammatica, deux frères fort riches et fort zélés pour l’Église latine; c’est dans leur chapelle que le consul de France entend la Messe. L'évêque latin n'a que trois cents écus de rente; il arriva il y a quelques années à ce prélat, qui est homme d’esprit, appelé Mr Rose, une cruelle aventure: en passant d'Andros à Naxie sa patrie, avec ses ornements et sa vaisselle d'Église, il fut pris par les Turcs, dépouillé, bâtonné, mis aux galères, d'où il ne se tira que par 500 écus de rançon: on n’a pu découvrir de quel prétexte on s’était servi pour lui faire cet affront. L'évêque grec a 500 écus de rente, et beaucoup plus d'agréments dans cette île, bien fournie d'ailleurs de Papas et de Caloyer”.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

À la suite de la Quatrième Croisade dévoyée (1204) par laquelle les Francs se sont emparés de Constantinople et ont instauré un Empire Latin à la place de l’Empire Byzantin, Andros est tombée entre les mains de seigneurs vénitiens, et elle y est restée jusqu’à ce qu’en 1538 elle soit prise par le terrible pirate Barberousse devenu, depuis quelques années, Kapitan Pacha (grand amiral) de la flotte ottomane. On voit donc que, malgré plus de trois siècles de dépendance de Venise, les autochtones ne se sont pas convertis au catholicisme, et restent à près de cent pour cent orthodoxes, ce qui n’est pas le cas de bien des îles ayant appartenu à la Sérénissime, sa voisine Tinos par exemple devenue ottomane, il est vrai, seulement en 1715, où la majorité reste certes orthodoxe, mais où la proportion de catholiques est très élevée. Ci-dessus, les restes du fort vénitien d’Andros, construit de 1207 à 1233. Ce ne sont pas les séismes qui l’ont mis dans ce piteux état, il n’a pas été détruit par les Ottomans, et les intempéries n’y sont pour rien dans son effondrement. Les responsables sont les bombes de 1943. Hé oui, la guerre…

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Il a été démontré que cette chapelle dédiée à sainte Barbara était autrefois une église franque à deux nefs et à deux absides dédiée à saint Georges, comme le prouvent des documents du clergé catholique des dix-septième et dix-huitième siècles. Franque ne signifie pas française, c’est seulement que traditionnellement par “les Francs” on désignait les Occidentaux qui avaient pris possession de l’ancien Empire Byzantin dans les territoires qui sont aujourd’hui grecs ou turcs: elle était donc possession des catholiques vénitiens. On ne sait à quand remonte sa construction. D’après son plan, elle daterait de la fin du quinzième siècle ou du début du seizième, à moins qu’elle ne soit due aux Jésuites, et postérieure à 1533, date de leur installation à Andros. Comme on le voit, il y a un clocher avec une cloche, mais l’utilisation en était interdite par le cadi, sous prétexte que le son en aurait troublé le sommeil des musulmans morts. En 1652, Saint-Georges est indiquée comme église du château d’Andros (je montre en gros plan sa localisation sur la gravure de Tournefort), ce qui est logique puisque le quartier ne portait encore aucune autre construction, mais on apprend qu’en 1700 –donc à l’époque de Tournefort– l’église a été abandonnée par les jésuites et qu’elle n’a plus de portes; j’ai beau agrandir autant que je le peux l’image sur mon écran, ce détail n’est pas visible sur la gravure. On apprend qu’en 1720 le quartier s’est un peu construit sur le terrain appartenant à l’église, un loyer a donc dû être payé, mais cela n’empêche pas les finances du diocèse catholique d’être dans un état lamentable. Des travaux d’entretien sont effectués en 1749, mais il semble que peu après l’église ait été transférée aux orthodoxes. En effet en 1579, les Turcs qui étaient maîtres de l’île depuis quatre décennies interdirent aux chrétiens d’édifier de nouveaux lieux de culte, et cette interdiction a été maintenue jusqu’au début du dix-huitième siècle. En conséquence de quoi l’église a été partagée entre catholiques et orthodoxes, mais elle n’était pas adaptée au culte oriental qui requiert un sanctuaire séparé de la nef. Ainsi, vers le milieu du dix-huitième siècle a été bâtie cette église de marbre à une nef et adaptée au culte orthodoxe, qui a reçu le patronage de sainte Barbara.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Un autre passage de Tournefort porte sur un tout autre sujet: “Nous fûmes contraints de venir coucher au monastère de la Vierge. Cette maison n’a rien de beau, quoique les religieux soient fort riches: ils ont laissé perdre la bonne coutume […] de régaler les passants; nous y eussions jeûné malgré nous, sans Mr Gasparachi qui nous y envoya la moitié d’un mouton, d’excellent vin et des rafraîchissements. Le lendemain nous y vîmes à la messe beaucoup d’Albanaises bien parées et plus propres que les Grecques, dont les juste-au-corps sont beaucoup plus ronds et plus désagréables même que ceux que l’on porte dans les autres îles; ces juste-au-corps des dames d’Andros ont un gros bourrelet qui ressemble à un vertugadin” (le vertugadin est ce bourrelet qui faisait gonfler de façon démesurée les robes autour de la taille, comme dans le célèbre tableau des Ménines de Vélasquez. Je peux affirmer que, depuis le passage de Tournefort, la traditionnelle hospitalité de l’île, la philoxénia grecque, s’est rétablie, car partout à Andros nous avons été accueillis de la façon la plus sympathique et la plus chaleureuse. Quant à l’élégance des Grecques d’Andros… bah, elle ne se distingue pas de celle de toutes les Européennes, elle est due à Levi’s, à Zara, à H&M, à 1.2.3, à Kookaï, etc. La photo ci-dessus, que j’ai prise au musée Benaki à Athènes, montre un costume d’Andros. Pas si horrible que cela…

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Andros a un riche passé antique. Évidemment, un musée archéologique situé à Palaiochori nous attire comme des mouches sur du miel. Fermé. Une affichette (luxueuse et superbe) informe qu’il n’est ouvert que le samedi de 9h à 16h. C’est peu, mais nous attendrons: nous avons prévu une semaine à Andros, de samedi à samedi, mais l’horaire de notre bateau nous laisse quand même le temps de visiter ce musée avant d’aller nous embarquer. Las! On nous informe –oralement– que ce n’est que l’été, que le musée est ouvert le samedi. Le reste de l’année, il est hermétiquement clos. Quel dommage! Alors, comme je n’ai aucun objet archéologique à montrer ici, je vais laisser la parole à Hérodote.

 

Nous sommes en 480 avant Jésus-Christ. Les Perses viennent d’être vaincus par la coalition grecque à Salamine. Mais certaines cités grecques, dont Andros, espérant se soustraire à l’hégémonie athénienne, s’étaient tournées vers les Perses. Hérodote raconte que les Grecs, alors, “assiégèrent Andros: ils voulaient la détruire. Les premiers parmi les habitants des îles, les gens d’Andros ne donnèrent pas à Thémistocle l’argent qu’il réclamait. Thémistocle leur tint ce langage: les Athéniens étaient venus accompagnés de deux grandes divinités, la Persuasion et la Nécessité, de sorte qu’ils devaient absolument payer. Ils répondirent à cela qu’Athènes pouvait être grande et prospère, elle qui jouissait de deux divinités favorables, alors que les habitants d’Andros n’avaient que des terres bien pauvres, que deux divinités défavorables ne quittaient pas leur île et s’y trouvaient très bien, la Pauvreté et l’Impuissance, que les gens d’Andros, étant au pouvoir de ces divinités, ne donneraient pas d’argent, et que jamais la puissance des Athéniens ne serait plus forte que leur impuissance.

 

Ce qui montre que même dans ces circonstances dramatiques l’humour avait droit de cité. Mal en a pris, pourtant, aux gens d’Andros parce que, furieux de cette réponse, Thémistocle a investi l’île et en a ensuite tiré tout ce qu’il pouvait.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

À défaut de pouvoir montrer le musée archéologique, puis-je faire un pas de géant dans le temps et en venir au musée d’art contemporain créé par l’armateur Vassilis Goulandris et sa femme Eliza? Que nenni, quoique celui-là soit ouvert hors de la haute saison, car la photo y est interdite, comme c’est habituellement le cas pour les musées présentant les œuvres d’auteurs vivants ou décédés depuis peu, et qui ont encore les droits de propriété intellectuelle sur leurs créations. Je me contenterai de cette sculpture placée devant l’entrée. C’est un bronze de Michalis Tombros, il date de 1928 et est intitulé Torse d’une athlète américaine.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

À défaut de musées, faisons un petit tour en ville. Cette église, c’est celle de la Dormition de la Vierge, une église du centre de Chora, la plus grande, au début de la grand-rue.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Cette église, comme tout monument, a besoin d’être de temps en temps restaurée, elle a aussi besoin d’aménagements et d’améliorations. Aussi a-t-elle besoin que de généreux donateurs mettent la main à la poche. Pour pousser ceux qui hésitent à faire un geste autant que pour remercier ceux qui l’ont fait, des plaques de marbre portent gravés τα ονόματα των ευεργετών, les noms des bienfaiteurs. Et qui plus est, face à chaque nom figure le montant de son don. Cela permet de constater que, rien que sur la plaque de ma photo, neuf membres de la famille Empeirikos ont donné entre 2500 et 15000. La date n’est pas indiquée: s’il s’agissait de drachmes, ce serait entre 7,34 et 44 Euros ce qui, de la part de cette très riche famille (qui, au début du siècle dernier, était propriétaire de treize pour cent de la flotte de toute la Grèce!), semblerait bien peu pour mériter le titre de “bienfaiteur”. Je suppose donc que la plaque est récente et que les chiffres gravés sont exprimés en Euros. Il n’empêche: si une personne aux maigres revenus voulait se priver d’un plaisir pour offrir une petite somme dans la limite de ses moyens, ce ne serait pas très discret de la faire apparaître à côté de ces gros chiffres de la liste… ni très sympathique de la passer sous silence…

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Nous sommes en ce même début de la grand-rue. Sur une place le fronton de ce bâtiment porte une inscription qui annonce “Maison de retraite et hôpital d’Empeirikos”. Autre œuvre de bienfaisance d’un membre de cette même famille, créée en 1894. Contre le mur de façade, a été érigé un buste le représentant, en geste de gratitude.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Prenons cette rue piétonnière, l’artère principale de Chora. La chaussée en est dallée de marbre, s’il vous plaît! Le fait que beaucoup de Grecs athéniens possèdent une résidence secondaire à Andros, et parallèlement que relativement peu d’étrangers viennent à Andros à laquelle, d’ailleurs, on n’accède pas à partir du Pirée comme pour l’immense majorité des îles de l’Égée, mais du port de Rafina juste à l’opposé, sur la côte est de l’Attique, fait que les boutiques, ici, sont plus authentiques. Par ailleurs, celles qui cherchent à appâter le touriste de passage offrent un choix de babioles différentes puisque le public est différent. Et, que l’on s’arrête pour acheter son pain, choisir une carte postale ou boire un “frappé”, on ne peut manquer de tailler une bavette avec le patron ou avec un autre client. Ambiance sympathique assurée. Il est vrai que nous sommes en avril: j’ignore ce qu’il se passe quand se presse la foule de l’été; j’espère seulement qu’il en va de même.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

À l’autre bout de la rue principale, on débouche sur une petite place pleine de charme, ombragée par un grand platane. Le regard y est tout de suite attiré par deux choses, dont la première est ce curieux petit bâtiment de marbre, une fontaine construite en 1818, lorsque l’île était encore sous domination ottomane.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

L’autre chose qui attire le regard est ce buste de Théophilos Kaïris au sommet d’un haut socle en forme d’obélisque. Ce personnage (1784-1853) est natif d’Andros. Il étudie successivement à Andros, à l’âge de huit ans à Kydonies (aujourd’hui Ayvalik, sur la côte ouest de l’Asie Mineure), puis à Patmos, à Chios, et à 16 ans il revient à Kydonies. Devenu diacre, il part à 19 ans et, après un bref séjour en Suisse, il passe quatre ans à Pise, et trois ans à Paris. Dans ces pays il a étudié aussi bien les sciences pures que les sciences appliquées, la philosophie que la théologie. De retour à Kydonies, il va y enseigner à l’académie. Selon l’article de Wikipédia, il aurait enseigné… tout! à savoir les mathématiques, la physique, la chimie, la mécanique, la biologie, et puis aussi l’astronomie, la géographie, la météorologie. Imprégné de l’esprit des Lumières, il professait un enseignement résolument moderne, même lorsque cela lui faisait contredire les théories affirmées par l’Église orthodoxe.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Natif d’Andros, disais-je. Sur cette maison, une plaque dit “Dans cette maison, est né Théophilos Kaïris 1784-1853”. Comme on le voit, il s’y déroule de grands travaux. J’ignore si c’est, ou si ce sera, un musée Kaïris.

 

Parmi tous ses efforts pour introduire dans le monde grec des idées modernes et pour réformer la langue vulgaire dans le sens d’un rapprochement avec la langue antique, on ne peut être étonné d’apprendre qu’il s’est impliqué dans le mouvement d’indépendance de la Grèce. À Andros, une île d’armateurs, ses discours et son action ont permis que, dès le début de la guerre d’indépendance en 1821, de nombreux navires de commerce soient engagés dans des opérations militaires. Lui-même est allé au combat, menant des troupes. Très sérieusement blessé en 1822, il dut prendre le temps, à Andros, de se remettre avant de reprendre le combat. Ne se limitant pas à un rôle militaire, il s’est impliqué dans la politique en participant également aux assemblées nationales grecques, où il plaidait pour une constitution où étaient séparés les pouvoirs, selon la théorie de Montesquieu. C’est à ce moment de l’indépendance de la Grèce qu’en 1833 le diacre Kaïris est ordonné prêtre.

 

Mais après l’assassinat de Kapodistrias, la France, la Grande-Bretagne et la Russie mettent Othon sur le trône de Grèce, un roi héréditaire issu de l’Étranger, ce qui ne peut être du goût de Kaïris. Il refuse toute compromission avec ce pouvoir qu’il rejette, décoration, chaire de philosophie à l’université d’Athènes qui vient d’être créée, il refuse tout, et crée sur l’île d’Andros un orphelinat, en priorité pour les enfants dont les parents avaient été tués lors de la guerre d’indépendance, mais aussi pour d’autres jeunes, et sa réputation scientifique et philosophique a été telle, son succès a été tel, qu’il s’est également ouvert pour des adultes de divers pays et de toutes religions.

 

Quoique diacre puis prêtre orthodoxe, Théophilos Kaïris n’admettait pas les dogmes chrétiens, la Trinité, la nature divine de Jésus, etc., et sa religion, dite théosébiste, comme sa philosophie, étaient très proches du déisme d’un Voltaire ou d’un Rousseau. Comme l’avait fait un demi-siècle avant lui la Révolution Française, il crée un nouveau calendrier théosébiste, avec douze mois de trente jours de trois décades chacun, etc.  Ces théories lui ont valu, en 1839, l’excommunication prononcée par un synode orthodoxe. Après avoir été assigné à résidence dans trois monastères successifs, il est autorisé, en 1841, à s’exiler. Il va alors enseigner à Paris et à Londres. Quand une constitution, suite au coup d’état de 1843, reconnaît la liberté de conscience, il peut alors rentrer en Grèce et reprendre son enseignement à Andros. Mais en 1852 ses détracteurs parviennent à le faire juger pour prosélytisme en faveur “d'une secte non reconnue par l'État”, et le tribunal le condamne à deux ans et dix jours de prison. Malade, il ne survivra qu’une vingtaine de jours à sa condamnation et mourra en prison, à Syros. Des fidèles orthodoxes, avec leurs popes, ouvriront sa tombe le lendemain de son enterrement pour lui remplir le ventre de chaux vive, s’assurant ainsi qu’il ne resterait rien de son corps et que, sans plus de corps, il ne pourrait ressusciter à la fin des temps… En Grèce, la Cour de Cassation porte le nom du tribunal antique, celui qui avait lavé Oreste du meurtre de sa mère, l’Aréopage: quelques jours après sa mort, l’Aréopage réhabilite Kaïris, condamné sur une mauvaise interprétation du droit.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

La maison natale de Kaïris m’a amené hors de cette place où l’on a érigé son buste, il est temps de revenir à la rue principale qui se prolonge de l’autre côté de la place, cette seconde partie étant séparée de la première par une ancienne porte de ville. Pour prendre ma photo, j’ai déjà franchi la porte, et ce qui apparaît dans le fond est cette place ombragée du grand platane. Nous entrons maintenant dans la partie où les riches armateurs ont construit leurs somptueuses demeures.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Et tout au bout, juste avant le petit pont en dos d’âne –ou plutôt complètement en demi-cercle– qui enjambe l’étroite passe entre la pointe de la longue péninsule où est bâtie la ville et l’îlot du kastro vénitien, on parvient à une vaste place, une esplanade où se dresse depuis 1959 cette statue du Marin Inconnu, œuvre de ce Michalis Tombros dont nous avons vu tout à l’heure une autre sculpture devant le musée d’art contemporain. J’ai aussi parlé des bombardements de 1943 qui ont réduit à presque rien le kastro: ces mêmes bombardements ont détruit la grande maison de la famille Empeirikos qui se trouvait ici. Après la guerre, le terrain sur lequel elle était bâtie a été donné par les Empeirikos à la ville.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Sur cette place également, devant le musée nautique (que nous n’avons pas visité), ce canon de l’insurrection de 1821. La plaque est en si mauvais état que j’ai bien du mal à la traduire, il est dit qu’il a été placé ici en… les trois premiers chiffres sont 200, c’est sûr. 2006? Le 6 est moins sûr.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

À présent, promenons-nous un peu au hasard des rues, des sympathiques ruelles plutôt. Chora est une petite ville bien entretenue, calme, “bien élevée”.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

On a pu voir sur mes photos de la ville prises de loin, au début du présent article, que l’étroit promontoire de la péninsule de Chora possède une épine dorsale prononcée: dès lors que l’on s’éloigne un peu de la rue principale, il faut s’attendre à monter ou à descendre des marches. Cela aussi donne son cachet à la ville. Sur ma seconde photo, si l’on observe la première marche de ce haut escalier (la rue Vassilis et Eliza Goulandris), on constate que la rue perpendiculaire est elle-même en pente… Même ce chat roux qui gambadait avant nous s’est arrêté au milieu de l’escalier pour souffler un moment!

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Quand je disais qu’il y avait de belles maisons à Andros… Oui, celle-ci donne l’impression d’aisance. Et, preuve que l’île est calme et sûre, les grilles qui enclosent la propriété ne sont guère hautes. Il est vrai cependant que ces deux lions ensommeillés ne dorment peut-être que d’un œil.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Encore deux  images de l’architecture d’Andros. Tout cela est plus ou moins riche, mais fait preuve d’originalité. Ce n’est pas l’architecture cycladique classique, avec toutes ses maisons blanches que l’on voit sur les dépliants touristiques.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

J’ai beau être retraité maintenant depuis quelques années, quand je vois un établissement scolaire je ne peux empêcher mon cœur de vibrer! Grosso modo, la schola correspond à notre école primaire, le gymnasio(n) à notre collège et le lykeio(n) à notre lycée. Ce bâtiment abrite le gymnasio d’Andros, construit en 1926 aux frais de Stamatios Georgios Empeirikos et de sa femme Eugénie.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Je ne cesse de parler de familles illustres d’Andros, à propos d’un collège, à propos d’un hospice, à propos d’un musée, à propos d’une église, y compris Kaïris… Alors en voici d’autres. Ici, les bustes de Petros et Marika Kydonieus, qui ont créé et 1994 une fondation dont le but, comme centre culturel, est d’accueillir des événements artistiques, littéraires, théâtraux ou musicaux, ainsi que des expositions d’art moderne.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Pour d’autres, je ne dispose pas de portraits, mais en passant dans les rues j’ai pu remarquer des plaques sur les maisons. Sur ce bâtiment il est indiqué qu’ici est né et a grandi le sénateur et armateur Dimitrios Moraïtis (1866-1942).

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Ailleurs, sur cette maison la plaque dit “Dans cette maison est née le peintre Niki Karagatsi, 1914-1986, fille de Léonidas, et de Mina Karystinaki”. Je n’ai pas souvenir de posséder, dans ma collection de photos, une image de l’une de ses œuvres. Si j’ai des lecteurs curieux de savoir ce qu’elle a peint (et je trouve que c’est intéressant, j’aime bien), on peut facilement en voir sur Internet en mettant son nom sur Google. Au passage, signalons que Niki (Νίκη) en grec signifie “Victoire”.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Un jour, nous promenant en ville, nous sommes passés devant la salle de théâtre qui fait aussi cinéma, et il y avait affluence. En effet, on donnait le film Μικρά Αγγλία, Petite Angleterre, d’après le roman de Ioanna Karystiani. “La Petite Angleterre”, c’est le surnom que les marins, au début du vingtième siècle, donnent à l’île d’Andros, eu égard à sa riche flotte de commerce, l’Angleterre étant considérée comme la plus grande puissance maritime au monde. Or cette dame, dont les œuvres ont pas mal de succès et qui a été primée dans des concours de littérature, habite à Athènes et, comme beaucoup d’Athéniens, possède une résidence secondaire à Andros; et on nous dit qu’elle doit venir ce soir. Nous remercions la personne du théâtre qui nous a donné ces indications, et ressortons. Et que voyons-nous ? Ioanna Karystiani en personne. Oui, pas de doute, c’est bien elle, c’est bien celle de la photo. Elle s’est assise sur la pierre de seuil de la maison juste en face du théâtre, et elle consulte son smartphone. Nous hésitons, nous nous consultons, non, nous n’osons pas la déranger, surtout si aucun Andriote “de souche” ne s’approche d’elle. Nous nous éloignons et, depuis ce moment, nous n’avons plus cessé de regretter de ne pas avoir osé lui parler…

 

À la librairie, nous avons trouvé la traduction anglaise du livre, dont le titre est changé. The Jasmine Isle, c'est-à-dire L’Île aux jasmins. Nonobstant le fait que pas un seul jasmin ne pousse sur l’île d’Andros. En revanche, les rues de Chora et les rues d’autres bourgs d’Andros débordent d’une fleur qui lui ressemble un peu. Mais eu égard au fait que les Anglais pourraient se vexer que l’on compare leur royaume à une Cyclade (alors que, connaissant Andros, ils devraient en être fiers), l’éditeur de la traduction a préféré changer le titre. Mais c’est bien le même roman. Natacha l’a lu en anglais. J’ai préféré attendre notre retour en France pour en trouver l’édition française. Ce n’est pas le sujet de ce blog de commenter les œuvres littéraires, mais je vais faire ici une exception (alors que j’ai déjà évoqué plus haut le livre de Gerald Durrell!). Autour d’une histoire de famille et d’une histoire d’amour (pas du tout à l’eau de rose) dans le milieu des marins d’Andros, ce livre attachant fait revivre la vie des insulaires dans la première moitié du vingtième siècle. J’ai adoré, je ne pense pas que l’on puisse être déçu malgré le style très particulier dans lequel c’est rédigé, –ou traduit. La Petite Angleterre, éditions du Seuil, 2002.

 

Comme on le voit, Andros a donné le jour à bien des célébrités car, même si c’est l’une des plus grandes Cyclades, même si elle est proche du continent, même si la richesse et la générosité de ses armateurs a favorisé le développement culturel des habitants, ce n’est malgré tout pas un centre international connu et reconnu. Et pourtant elle le mériterait.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014
Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Une île, une ville de cette île sur une langue de terre qui s’avance comme une proue de navire dans la mer, une population d’armateurs et de marins, je me dois d’ajouter ces images de mer avant de conclure mon article. Nous sommes ici sur la côte nord du promontoire. Tout au fond, on aperçoit les restes du kastro vénitien sur leur îlot. Et puis, plantée sur un roc le long d’une jetée, une toute petite chapelle blanche; c’est la Panagia Thalassini, la Vierge de la Mer.

Andros, Chora. Du 19 au 26 avril 2014

Enfin, cela n’est que pour m’amuser. Cet objet, sur le port, je ne sais ce que c’est ni à quoi il a pu servir, mais sa rouille, sa couleur, sa forme bizarre m’ont séduit pour une photo. Clic-clac, voilà, c’est fini pour aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 23:55

Déjà lors de notre visite de 2011 (mon article Délos. Mercredi 17 août 2011) nous avions visité ce musée au pas de course. Aujourd’hui, n’ayant même pas eu le temps de voir, sur le site de l’île, la totalité de ce que nous avions manqué la dernière fois, loin de là, notre visite du musée avant que la sirène du bateau nous rappelle que nous devions courir pour sauter à bord a été encore plus brève et bâclée. C’est d’autant plus dommage que les fouilles ont fourni au musée une foule d’objets et d’œuvres d’art tous plus intéressants les uns que les autres, et que chacun réclame un temps fou pour comprendre ce que l’on voit parce que les commentaires du musée sont soit absents, soit regroupés sur des panneaux loin des objets, dont il faut noter la référence pour s’y reporter sur le panneau. Conclusion: une troisième visite de Délos serait absolument nécessaire, mais je crains bien que nous ne puissions la programmer. Voici donc un tout petit complément de ce que j’ai montré la dernière fois.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Ah non, ce n’est pas seulement un complément, parce que ces fameux lions de l’esplanade, qui remontent à la fin du septième siècle avant Jésus-Christ, réclament qu’on les montre à chaque fois. Leurs copies sur le site, les lions authentiques à l’abri au musée.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Ce beau kouros est du cinquième siècle avant Jésus-Christ, peut-être vers 460-450, avec sa musculature bien dessinée. Il provient d’un atelier de Naxos.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette Héra dignement assise sur un trône est, quant à elle, l’œuvre d’un atelier de Paros qui a subi l’influence des ateliers attiques. Elle date des alentours de 500 avant Jésus-Christ.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Ces peintures dont le mouvement est plein d’expression ne font malheureusement l’objet d’aucune explication de la part du musée. Où les a-t-on trouvés, de quand datent-ils, à quel style peut-on les rattacher, autant de questions auxquelles je n’ai pas de réponse. Ce n’est pas une raison pour que je les passe sous silence: les voici donc.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Il en va de même pour ces peintures murales non commentées, non expliquées. Mais je ne crois pas trop m’avancer en disant qu’elles ont probablement été trouvées dans des maisons du quartier du théâtre, ce qui les ferait dater du deuxième ou du premier siècle avant Jésus-Christ, ou disons plus globalement de l’époque hellénistique.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Nous n’avons pas vu, sur le site, le Temple des Athéniens; mais ici cette grande sculpture bénéficie d’un commentaire qui nous dit qu’il s’agit de l’acrotère central du fronton est du Temple des Athéniens, daté 425-417 avant Jésus-Christ. Elle représente Borée et Orithye. Borée, c’est un dieu de la génération des Titans, qui incarnent les forces de la nature. Lui, c’est le vent du nord. Il, règne sur la Thrace, que les Grecs considèrent comme une région particulièrement froide. On appelle Hyperboréens (“au-delà de Borée”) les peuples qui habitent des régions lointaines vers le nord. Par exemple, l’ambre était importé de chez les Hyperboréens, et il se pourrait que cette résine fossile leur ait été vendue par des habitants de ce qui constitue aujourd’hui la Pologne ou la Lituanie. Par ailleurs, de nos jours, le vent du nord qui souffle parfois en tempête sur la ville de Trieste en Italie s’appelle “la Bora”, mot dont l’origine est rattachée, à n’en pas douter, au dieu Borée. Orithye, elle, c’est la fille d’Érechthée, le premier roi d’Athènes. Un jour que cette charmante jeune fille dansait avec ses amies sur le bord de l’Ilissos, le fleuve d’Athènes, voilà Borée qui arrive et qui l’enlève. C’est le sujet de cette sculpture. De part et d’autre, à l’origine, le groupe représentait deux compagnes d’Orithye qui fuient, effrayées, et en-dessous il y a aussi un animal qui fuit, dont on voit l’arrière train sur ma photo. Borée, donc, s’est saisi d’Orithye, il l’a emmenée en Thrace dans son royaume, et le fruit de ce viol, de ce rapt car l’union a duré et l’histoire ne dit pas si la jeune femme s’est accommodée de son sort, a été la mise au monde de deux garçons, Calais et Zétès, et deux filles, Cléopâtre et Chion.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette nymphe à l’élégant déhanché et dont le sculpteur a bien rendu le léger tissu qui colle à son corps, provient de la Maison de l’Hermès. Dans cette maison, un rocher sourd du sol de l’un des côtés de l’atrium, et ce rocher est creusé de deux niches dont l’une comporte une faille d’où coule de l’eau (encore de nos jours). Cette statuette de nymphe, divinité des eaux douces, haute de quatre-vingt-douze centimètres, protégeait cette source. Hellénistique des alentours de 300 avant Jésus-Christ, elle semble bien être une copie d’œuvre originale de la fin du quatrième siècle.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette mosaïque de sol est de la fin du second siècle avant Jésus-Christ ou du début du premier; elle provient du complexe d’habitations situé au nord du sanctuaire d’Apollon, et plus précisément de la dite Maison des Bijoux. À gauche, un casque sur la tête et une chouette à la main, on n’a aucun mal à reconnaître Athéna. À droite, cet homme nu en chlamyde porte sur la tête, si l’on regarde bien, un pétase, c’est Hermès. Mais au centre, de cette divinité assise sur un trône il ne reste presque plus rien, ce qui rend impossible son identification. Et comme elle semble bien, par sa position, être le personnage principal de la scène, on ne peut dire quelle est la légende à laquelle elle se rapporte.

 

Avare d’informations sur chacune des statues ou chacun des objets présentés, le musée affiche au contraire des explications générales extrêmement intéressantes. Ici, il est dit que, considérant le bas coût de la main d’œuvre et au contraire le coût élevé du marbre, les sols de mosaïque utilisant des résidus de taille de pierre, construction ou sculpture, voire des fragments de céramiques brisées, sont les plus économiques malgré le très grand nombre d’heures de travail qu’ils nécessitent. Le mosaïste venait travailler sur place avec ses assistants, et il plaçait les tesselles sur un lit de mortier préparé à l’avance. Non seulement ces sols très décoratifs étaient meilleur marché, mais en outre ils étaient faciles à entretenir.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Un silène est un satyre âgé. En grec, πάππος (pappos) c’est le grand-père. Le personnage représenté par cette statue datée de la deuxième moitié du deuxième siècle avant Jésus-Christ est appelé un papposilène. Mais en fait, il représente plutôt un acteur grimé en papposilène, à l’aide d’une peau de mouton sous son himation. Il tient, jetée sur son épaule gauche, une outre (les silènes aiment le vin), et dans sa main droite on voit un tympanon, instrument de musique circulaire tendu de cordes comme une cithare.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Quoique brisé à l’endroit fatidique, ce Priape en forme de stèle hermaïque provenant du quartier du théâtre et datant de la fin du second siècle avant Jésus-Christ ou du début du premier était visiblement ithyphallique, ce qui est curieux car en le regardant au niveau de la poitrine on se rend compte qu’il est hermaphrodite. Une poitrine menue, des attributs masculins très prononcés, y compris la barbe, mais hermaphrodite quand même, ce qui renforce encore son caractère de divinité de la fertilité.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

C’est de la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ que date ce Dionysos nonchalamment vautré sur un magnifique trône, dans une position d’abandon qui aurait fait jaser sur sa mauvaise éducation dans les salons huppés du dix-neuvième siècle. Jusqu’au cinquième siècle, Dionysos était un dieu viril et barbu. Par la suite, il apparaît nu, avec un corps délicat, de longs cheveux tombant sur ses épaules. Rien d’un guerrier musclé, rien d’un athlète, rien non plus d’un dieu digne et imposant. C’est lui qui, à travers l’ivresse ou à travers la fiction du théâtre, permet aux humains de voir le monde tel qu’ils le créent, ce qui les rend semblables à des dieux le temps de l’ivresse ou le temps de la représentation. Il était particulièrement honoré à Délos et à Mykonos.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

En août 2011, j’avais montré une danseuse de terre cuite. Il y en avait deux, je montre aujourd’hui l’autre danseuse. Il s’agit de représentations d’Aphrodite. Comme beaucoup des objets provenant des habitations de Délos, ces statuettes pleines de grâce datent de la fin du second siècle avant Jésus-Christ ou du début du premier.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette Cybèle est dite, de façon plus vague, d’époque hellénistique. Sur son beau trône ouvragé, cette statuette a été sculptée dans un marbre blanc recouvert de peinture polychrome dont il ne reste que quelques traces. Bien droite contre son dossier, l’air sévère, le bras gauche levé, cette Cybèle n’a rien à voir avec le Dionysos avachi ou l’Aphrodite dansant que je montrais précédemment.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette tête féminine porte un voile. Le visage est assez abîmé, mais je lui trouve cependant une touchante beauté expressive, et c’est pourquoi je terminerai avec elle ce bref passage au musée archéologique de l’île de Délos. Ni sur la plaque laconique dans le musée, ni dans aucun de mes livres, je n’ai trouvé de commentaires sur cette statue, mais je suis tombé, dans la Revue des Études Anciennes, numéro 3 du volume 99 de l’année 1997, sur un article de Jean Marcadé portant sur une autre sculpture. Il y dit:

 

“J’étais encore membre de l’École française [d’Athènes] quand le regretté N. M. Kontoléon, alors en charge des Cyclades, obtint le retour à Délos d’une grande tête féminine voilée, en marbre, provenant des premières fouilles de Th. Homolle. […] J’avais été frappé […] par les analogies existant entre cette tête voilée colossale et la tête voilée de l’effigie de taille réduite A4129”. En annexe de l’article, il publie notre sculpture portant le numéro d’inventaire A7493 de face et sous chacun de ses profils (que je reproduis ci-dessus), et aussi la statue A4129 que je reproduis ensuite et qui, elle, est le sujet de son article. Ces deux pages de photos appartiennent à l’EFA (École française d’Athènes) et Ph. Collet. Parce que, par la suite, notre auteur parle de ces statues par leur code, il convient de bien se rappeler que ma photo est la A7493, et que sa statue en pied avec laquelle il la compare est la A4128. Il continue:

 

“Même disposition du voile entraîné un peu plus vers la tempe gauche, même ordonnance de la coiffure aux fines mèches ondulées, même torsion sensible du cou vers la droite accompagnée d'une légère inclinaison du visage, même ovale régulier où le menton petit et charnu se détache sous la bouche petite, expression grave, sinon mélancolique, dans les deux cas. Dans les deux cas aussi, on pense à une tête divine plutôt qu'à un portrait, fût-il de reine. A7493 a été trouvé près du Temple des Athéniens et A4129 fait partie d'un lot dans lequel figurent essentiellement des divinités. Il est très concevable que, dans ce dernier ensemble, auprès d'Apollon, Artémis et autres patrons de l'île, ait été présente telle déesse matronale qui avait déjà une effigie majeure dans le grand sanctuaire. Certes, entre la date d'exécution de la statue A4129 et celle de la tête A7493, on peut supposer un certain écart chronologique: la facture et l'esprit de la sculpture paraissent quelque peu différents. Pour ne parler que des têtes, le rendu du visage, plus juvénile peut-être, mais surtout plus mièvre, de A4129, et le sfumato du regard embué ne surprennent pas dans la dernière partie du IIe siècle av. J.-C., tandis que A7493 garde, dans sa majesté et dans son expression teintée de pathétique, le souvenir d'une création proche encore des modèles du second classicisme: le friselis minutieusement détaillé des mèches fines, séparées au-dessus du front triangulaire par une médiane raie, qui couvrent le haut des oreilles, le bandeau d'étoffe qui les maintient, rappellent d'ailleurs les Praxitelia capita. Des nuances sont sensibles; il reste malgré tout entre les deux œuvres déliennes une indéniable parenté, que l'interprétation à deux échelles très différentes ne suffit pas à effacer”. Son sujet n’est pas la sculpture que je montre, il parle ensuite d’autre chose. Il y revient pourtant plus loin:

 

“Les premiers éditeurs pensaient avant tout aux monuments funéraires du IVe siècle à propos de cette figure féminine drapée à la tête couverte. En l'occurrence, je crois plutôt que ce sont les reliefs votifs ou politiques qui mériteraient d'être pris en considération, et les représentations qui attestent la continuité d'une typologie de divinités péplophores du premier au second classicisme. Pour Athéna, pour Artémis long vêtue, la chose est manifeste […]. Seulement, si l'on peut croire que le corps auquel appartenait la tête A7493 reflétait assez fidèlement une œuvre du second classicisme […], l'interprétation finale du dernier quart du IIe siècle avant J.-C. […] n'en donne plus qu'une laborieuse reprise provinciale, artisanale, fort éloignée d'un véritable style classicisant. À quelle personnalité divine avons-nous à faire? À l'origine, dans le cercle (supposé) d'Euphranor, il pouvait s'agir de Léto et, à l'époque de l'Indépendance détienne, c'est le nom de Léto qui viendrait spontanément à l'esprit pour la tête A7493 réputée avoir été trouvée près du Temple des Athéniens. Héra, traditionnellement honorée à l'écart, sur les pentes du Cynthe, est moins probable. Déméter serait une meilleure candidate en raison de l'expression du visage […, mais A4129] paraît trop juvénile et la position de ses bras exclut trop évidemment un sceptre pour qu'on retienne l'identification avec Déméter du moins dans la version finale.

 

Eh bien voilà. Lieu de découverte, datation, tentative d’identification, nous sommes renseignés de façon satisfaisante, de la part d’un spécialiste qui a pris part aux fouilles.

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Published by Thierry Jamard
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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 23:55

“Les Grecs appellent aujourd’hui Dili deux écueils de l’Archipel tout à fait abandonnés, et qui ne servent de retraite qu’à des corsaires et à des bandits”. Telle est la vision de Tournefort en 1700. Dili (orthographié en grec Δήλοι, Dêloi), est un pluriel parce qu’il englobe Délos et Rhénée.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Nous voici dans l’île de Délos. L’île n’est certes pas immense, mais la densité des ruines fouillées par l’École Française d’Athènes est telle qu’il y a vraiment beaucoup à voir. Et puis il y a cette colline du Cynthe (Kynthos), qui culmine à 113 mètres: ce n’est pas très haut, mais la pente est rude, et tout cela prend du temps. Or Délos est une île musée. Pas d’hôtel, pas même de bar ou de restaurant, on paie son ticket d’entrée et on repart avant 15h. Dans ces conditions, lors de notre première visite (mon article de ce blog Délos. Mercredi 17 août 2011) nous n’avions pu explorer que le sanctuaire et la partie nord de l’île. Il était donc indispensable de revenir pour voir le quartier du théâtre et pour monter vers les sanctuaires situés sur le Cynthe. Déjà, du bateau, lors de l’approche vers le port, on a un petit aperçu des constructions qui s’élevaient en bordure du port de commerce antique, et aussi un peu en retrait.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Le quartier du théâtre est un quartier d’habitations, très dense, et relativement bien conservé. Comme le trajet du port et du sanctuaire vers le théâtre, mais aussi vers les maisons, était très fréquenté, il s’y trouvait beaucoup de boutiques donnant sur la rue principale. Mais les boutiques faisaient corps avec les maisons, et dans le mur de façade aveugle (on ne perçait pas de fenêtres sur la rue, la lumière et l’air entraient par les ouvertures donnant sur la cour intérieure) il y avait en plus de la porte d’entrée vers les pièces d’habitation, une autre porte donnant dans la boutique.

 

Souvent, les archéologues ont posé une plaque devant les bâtiments pour dire le nom qu’ils leur ont attribué. Plaque en grec et en français, puisque les fouilleurs étaient français. Il m’a alors été facile de trouver dans la documentation dont je dispose les informations nécessaires. Parfois, même en l’absence de plaque, certains détails permettent d’identifier le bâtiment. Pour mes photos ci-dessus, je n’ai pas été capable de réaliser cette identification. Il y a, quelque part dans ce secteur, une maison du troisième siècle avant Jésus-Christ qui, du début au milieu du premier siècle, a fonctionné comme fabrique d’huile, avec un pressoir à olives pour l’huile de première pression à froid, et un autre pressoir pour l’huile non alimentaire (éclairage, par exemple). Mais est-ce la maison de mes photos? Je ne saurais le dire.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Me voilà arrivé à un endroit où j’ai des explications, même si les archéologues eux-mêmes patinent un peu. Cette maison avec deux colonnes originales, la moitié inférieure en marbre bleu lisse, la partie supérieure en marbre blanc cannelé, comporte des cuves dont les parois étaient recouvertes de mortier hydraulique, et une grande citerne. On a interprété cela comme des cuves pour des bains de teinture, et cette maison a reçu le nom de Maison du Teinturier. Et puis de nouvelles études laissent penser que ce serait plutôt un établissement de bains.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Dans une ruelle à côté, on tombe sur cette grande maison où nous sommes accueillis par les statues du couple des propriétaires. En fait, ce ne sont que les moulages en ciment, les propriétaires étant allés se réfugier à l’abri du musée. Certes, les Grecs de l’Antiquité étaient sexistes, leur société était fortement patriarcale, avec des femmes passant le plus clair de leur temps dans le gynécée occupées à des travaux de filage, de tissage, de couture, et chargées de l’éducation des enfants; mais ici, les deux statues reposent sur un seul socle, et le socle commun porte une inscription qui se rapporte à Madame. Elle s’appelle Cléopâtre, c’est une riche Athénienne du dème de Myrrhinoutta, en Attique, et son mari s’appelle Dioscouridès.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

De l’autre côté de la grand-rue, se trouve la maison dite de Dionysos, parce qu’elle recèle dans son patio une merveilleuse mosaïque de sol qui représente Dionysos sur un tigre. Je l’avais déjà publiée en août 2011, mais tant pis: puisque je l’ai de nouveau photographiée au musée, je publie ma nouvelle photo. Une copie de cette mosaïque a remplacé, sur le site, l’original. Les colonnes mesurent 5,60 mètres de haut, parce que la maison était sur deux niveaux. On peut voir aussi la margelle du puits, dont la pierre est usée, comme cannelée, par les cordes descendant et remontant les seaux. Il y a aussi une rigole pour l’écoulement des eaux usées.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Notre étape suivante sera plus loin dans cette rue principale nommée Rue du Théâtre. Si la maison de Dionysos était sur notre gauche, celle que nous allons voir est plus près du théâtre, mais sur la droite. Il n’y a cependant pas loin à traverser, parce que cette rue, qui mesure 5,35 mètres de large au départ, ne fait plus que 1,50 mètre à l’autre bout. On imagine la cohue dans cette rue très passante, surtout lors des représentations théâtrales.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
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Cette maison, on l’a appelée la Maison du Trident, puisque l’on y a vu ce trident représenté dans le sol en mosaïque. Je lis, sous la plume de Fotini Zafiropoulou, conservateur honoraire des antiquités, que la cour à péristyle est de style rhodien, avec des consoles qui représentent à gauche deux avant-trains de lions, à gauche deux avant-trains de taureaux. Quoiqu’elle apparaisse en petit sur ma photo, la console des lions est bien visible. Et la spécialiste ajoute, ce qui me paraît fort intéressant, que ces deux représentations d’animaux sont probablement liées aux divinités syriennes Atargatis et Hadad, “ce qui laisse à penser que le propriétaire de la maison était peut-être un marchand syrien”. Ce genre de déduction, qui donne vie à la maison et à son propriétaire, je trouve cela exaltant, et j’admire profondément ces spécialistes qui sont capables d’effectuer tous ces rapprochements. Intrigué, parce que je suis totalement ignorant de cette religion syrienne, j’ai un peu creusé la question. Atargatis est une déesse de la fertilité, dont la représentation est généralement accompagnée de poissons, mais que l’on trouve, sur des monnaies, chevauchant un lion, et dans son temple de Hiérapolis elle était soulevée par des lions. Quant à Hadad, son parèdre, il était souvent comparé à un taureau sauvage. Par ailleurs, nombre d’inscriptions, sur cette île de Délos, se réfèrent à ces dieux syriens. Alors, s’il y a à Délos tant de Syriens, pourquoi ne serait-ce pas l’un d’eux qui vivait dans cette demeure?

 

Avant de quitter cette maison, deux remarques me viennent à l’esprit. La première, c’est que l’immense majorité des demeures antiques que nous voyons se limitent à quelques colonnes de leur péristyle, à des murs détruits entre cinquante centimètres du sol et un mètre cinquante, alors qu’ici, derrière le péristyle nous voyons une maison presque en état d’être habitée, avec des murs et un toit. Et la seconde, c’est que ce mur derrière le péristyle est percé de portes et de fenêtres, ce qui est normal puisque c’est ainsi, en passant par la cour, que l’on va d’une pièce à l’autre, et que c’est sur la cour que, normalement, les pièces prennent le jour, mais cette maison comporte aussi une fenêtre donnant sur la rue, et cela c’est absolument exceptionnel dans l’architecture grecque.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Sur la place du théâtre, une maison éventrée laisse voir son sol de mosaïque géométrique. Il ne vaut pas, bien sûr, les fines représentations comme celle du tigre de Dionysos, mais je le trouve cependant du plus bel effet.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Nous sommes donc arrivés au théâtre. Les gradins, hélas, sont en terriblement mauvais état. En partant de la scène, il y avait une série de vingt-cinq gradins, au-dessus desquels courait sur tout le demi-cercle un couloir de circulation, le diazoma, puis du diazoma au sommet une autre série de quinze gradins. Le tout permettait à six mille cinq cents spectateurs de prendre place. La population de Délos a été estimée, pour le premier siècle avant Jésus-Christ, à environ trente mille habitants.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Au pied du théâtre, de l’autre côté de la scène, cette tranchée enjambée d’arches de pierre, c’est la citerne du théâtre, qui recueillait (et recueille) les eaux de pluie dévalant de la colline. Mesurant 22,50 sur 6 mètres, cette citerne construite de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ au début du troisième était recouverte d’un toit reposant sur les arches mais qui s’est effondré. En revanche, toute la superstructure s’est conservée en excellent état. Spon, qui a voyagé en 1675-1676, l’avait bien identifiée: “Sous l’endroit de la scène se découvrent en terre neuf voûtes séparées chacune par une muraille. Nous les prîmes pour des citernes, parce qu’à quelques-unes on voit un conduit qui y portait les eaux de pluie”.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
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En passant derrière le théâtre sur la droite, c’est-à-dire au sud, on remarque un bâtiment comportant une immense fosse revêtue de mortier hydraulique, qui était donc une citerne. Huit mètres trente de profondeur, près de deux cent soixante-dix mètres cubes, c’est énorme. Je divise le volume par la hauteur, cela me donne une superficie de trente-deux mètres carrés, donc un carré de cinq mètres soixante-dix de côté. Et comme d’autre part le bâtiment comporte de nombreuses pièces, on suppose qu’il s’agissait d’une auberge. Toutefois, malgré la très forte probabilité, on n’a pas de preuve concrète que c’était une hôtellerie. Cela n’empêche pas d’admirer la belle porte au chambranle de marbre blanc donnant sur la rue.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Voyant ces dauphins dans la mosaïque de sol, les archéologues ont appelé Maison des Dauphins le bâtiment auquel nous accédons en commençant à monter vers la colline. Comme on peut s’en rendre compte lors de la visite de ces ruines, c’était une très riche et belle maison, sans doute l’une des plus luxueuses de Délos. Il est à noter que la superbe mosaïque des dauphins, fait exceptionnel (il n’en existe que cinq ou six exemples dans le monde grec du quatrième au premier siècle avant Jésus-Christ), est signée: Asclépiadès d’Arados. Arados est une île syrienne située à trois kilomètres de la côte, en face de Tartous.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

J’avoue ne pas repérer à quel bâtiment appartient ce mur, que je montre cependant parce que je le trouve intéressant avec ses blocs cyclopéens intégrés au milieu de pierres de petite dimension. Je l’ai photographié en allant de la Maison des Dauphins à l’Antre du Cynthe dont je vais parler tout de suite, Je suis donc passé près du sanctuaire appelé Sarapieion C puis près du sanctuaire qui avait été édifié par Ptolémée II, roi d’Égypte, pour Arsinoé, qui était sa sœur et qu’il avait épousée pour se conformer à la coutume des pharaons égyptiens qui, étant de sang divin, ne pouvaient épouser qu’une femme de sang divin elle-même pour que leur héritier et futur pharaon soit lui aussi de sang divin. Seule une sœur répondait à ces conditions. Et en tant que dieux, ils avaient, lui Ptolémée et elle Arsinoé, leurs temples. Mais par la suite, après leur mort, il a été décidé de substituer au culte d’Arsinoé le culte d’Agathè Tychè (la Bonne Fortune). Je ne saurais donc dire si le mur de ma photo appartient à l’un ou à l’autre de ces deux bâtiments.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette très curieuse construction débouche sur une sorte de grotte, que l’on appelle l’Antre du Cynthe. En grande partie naturelle, cette anfractuosité de la roche a été couverte de main d’homme. C’était le plus ancien lieu de culte d’Apollon sur l’île, c’est devenu par la suite un sanctuaire d’Héraklès. Ce sanctuaire datant de l’époque hellénistique, certains pensent qu’il a pu être fondé par Ptolémée II, qui prétendait descendre d’Héraklès.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Nous voilà déjà assez haut sur le mont Cynthe. Nous avons d’ici une belle vue sur l’ouest de l’île. En fait, cette photo n’est pas tout à fait à sa place, parce que je voulais d’abord montrer la situation de deux temples dont je vais tout de suite parler, à gauche le temple d’Héra avec, tout au bord de ma photo, son autel; et beaucoup plus à droite on distingue un toit à double pente au sommet d’un haut mur. On y reconnaîtra le temple d’Isis quand, tout à l’heure, je vais le montrer de face.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Je redescends donc vers les temples. Ici, dès la fin du neuvième siècle avant Jésus-Christ ou au début du huitième, se dressait un temple en l’honneur d’Héra. Il a été remplacé vers l’an 500 par celui que nous voyons aujourd’hui, avec ses deux fines colonnes d’un pronaos (qui est un peu l’équivalent du narthex des églises chrétiennes), et avec son autel de sacrifices à l’extérieur, l’ensemble constituant l’Héraion, ou sanctuaire d’Héra. Nulle part je n’ai trouvé l’explication de la petite sculpture de ma seconde photo ci-dessus, que l’on a un peu de mal à deviner sur ma première photo, contre le pilier du mur de droite. Peut-être ne fait-elle pas partie du mur de façade, il est possible qu’elle ait été trouvée sur le sol et placée là par la suite…

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Et le voilà, le temple d’Isis, avec sa statue de culte au fond de la cella et son autel sous la façade. Ce n’est pas le plus grand, loin de là, ce n’est pas le plus beau, le plus travaillé, il est simple. Mais juché sur la hauteur, majestueux dans sa simplicité, c’est l’un de ceux qui me touchent le plus.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette statue tout près du temple d’Isis, ces pierres éparses, sont les restes de sanctuaires des dieux égyptiens. Car Isis n’était pas la seule déesse égyptienne honorée ici. En fait, très vite elle a intégré le panthéon grec puis romain, beaucoup plus vite et surtout beaucoup plus profondément que les autres dieux égyptiens. Mais dans cette cosmopolite Délos où vivent beaucoup d’Égyptiens, ces gens avaient besoin de lieux de culte pour leurs dieux. Le temple d’Isis ressemble à un temple grec, le style des temples des autres dieux égyptiens était plus proche du style des temples d’Égypte.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Sur la première des deux photos ci-dessus, on reconnaît le temple d’Isis et, juste à sa droite, l’Héraion. Au premier plan, c’est la Maison de l’Hermès que nous allons voir en redescendant. Nous sommes au pied du mont Cynthe, on y voit, comme une saignée transversale, le chemin en escalier qui monte vers le sommet. Même en ce mois d’avril il fait déjà bien chaud et c’est l’heure où le soleil tape à la verticale, la montée est rude, mais nous ne pouvons nous en passer. Alors courage, nous grimpons.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Voilà, nous sommes arrivés au sommet, là où se situe le sanctuaire de Zeus Hypsistos. L’identification de ce sanctuaire n’a pu être réalisée que parce que l’on y a retrouvé une offrande. Car ce sanctuaire n’est absolument pas de type grec, on ne trouve rien de semblable ailleurs en Grèce. Cela est dû au fait qu’il s’agit d’une assimilation du dieu Baal à Zeus. Baal est un dieu phénicien de l’orage et de la foudre, et son nom désigne aussi “le maître”. Il n’est donc pas étonnant que le syncrétisme religieux l’ait fait honorer ici sous le nom du Zeus “le Très Haut” ou “Tout en Haut” (Hypsistos), mais que son sanctuaire soit d’un type étranger.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Je profite de ce que je suis sur le plus haut point de l’île de Délos pour regarder le paysage en bas. On y voit des murets de pierre sèche très anciens, visiblement d’époque byzantine, et puis ce grand espace plat limité par une parfaite parabole, dont malgré de longues recherches je n’ai pas trouvé l’explication.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

J’ai déjà évoqué, vue de loin, la Maison de l’Hermès, et sur ma photo nous la retrouvons en arrière-plan. Celle qui est en premier plan est dite Maison de l’Inopos, parce que ce cours d’eau sacré censé prendre sa source dans le Nil et qui était un torrent aujourd’hui à sec, faisait un coude dans ses parages. Curieusement, cette maison comportait deux portes. Dans son excellent livre que j’ai déjà évoqué plus haut, Fotini Zafiropoulou dit que le péristyle de cette maison “semble inachevé parce que la colonnade ne se déploie que sur les deux côtés”, comme on peut le constater sur ma photo, “et peut-être a-t-on voulu procéder à des modifications pour faire deux maisons, vu qu’il y a deux entrées au sud donnant sur le sentier”. Intéressante suggestion.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Et la voilà enfin, cette Maison de l’Hermès que deux fois déjà nous avons aperçue de loin. Elle s’appuie sur une colline sur la pente opposée de laquelle s’étage le théâtre. Son nom lui a été donné par les archéologues qui y ont découvert une tête de stèle hermaïque, œuvre de Callimaque (actif de 432 à 408 avant Jésus-Christ), le célèbre sculpteur athénien. Comme on le voit, c’est une imposante maison à plusieurs niveaux.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Nous sommes redescendus. L’heure du dernier bateau vers Mykonos approche. Nous nous sommes arrêtés brièvement au musée (trop brièvement, mais nous n’allons pas rentrer à Mykonos à la nage!), ce sera le sujet de mon prochain article. Il est 13h56 lorsque je prends la photo de cette ligne de magasins et d’entrepôts ci-dessus, les deux photos suivantes et qui vont conclure mon article ont été prises à 13h57, nous n’avons plus qu’à courir jusqu’au quai. Exceptionnellement aujourd’hui, l’île-musée ne fermera pas à 15h, mais le dernier bateau la quitte à 14h… manque de synchronisation entre les services du Ministère de la Culture et la compagnie privée de navigation… En repartant nous voyons, arrimé au quai, un yacht de plaisance. Ses heureux propriétaires vont pouvoir bénéficier d’une longue visite privée. Pas nous.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

En courant, nous passons près de la fontaine Minoé. Je l’avais déjà photographiée la dernière fois, tant pis je la publie de nouveau.

Délos, le site archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Et enfin les si célèbres lions de Délos. Eux aussi, je les avais montrés. Mais ce serait leur faire outrage que de les négliger aujourd’hui. Alors sans avoir le temps d’aller jusqu’à l’esplanade qu’ils bordent, je mets le zoom en position téléobjectif et je leur tire le portrait.

 

Pendant notre visite, j’avais en main le dépliant donné avec le billet d’entrée. Il représente une carte du site avec les principaux monuments. J’étais donc conscient, en suivant mon trajet, de laisser de côté des bâtiments intéressants. Mais en lisant ensuite mes livres qui traitent de Délos, je me rends compte de tout ce que j’ai manqué. Je ne pouvais pourtant pas tout voir dans le temps dont nous disposions, ou alors j’aurais tout parcouru au pas de charge, sans pouvoir profiter de rien. Je crains qu’il ne nous soit pas possible de venir ici une troisième fois. Et pourtant il le faudrait… Je vais essayer de me montrer très pieux à l’égard d’Apollon et d’Artémis, peut-être m’accorderont-ils la faveur de revenir sur l’île qui les a vu naître?

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 23:55
Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Nous sommes revenus à Mykonos, mais c’est davantage pour nous rendre à Délos que nous sommes ici, cette Délos île musée qui ferme à 15 heures et que nous n’avons pu visiter que très partiellement lors de notre visite du 17 août 2011. Mais lors de notre précédent séjour à Mykonos nous étions dans un confortable hôtel hors de la ville, cette fois-ci nous avons opté pour une chambre en plein cœur de Chora, la capitale de l’île, et nous sommes hors de la période où des hordes de touristes dénaturent le charme grec cycladique de cette île qui se veut hyperbranchée. Nous débarquons du ferry, admirons le crépuscule.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Impossible d’évoquer une Cyclade sans parler de ses moulins. Et c’est encore plus vrai de Mykonos qui s’enorgueillit de plusieurs moulins face à la mer.

 

Avant de nous lancer davantage dans notre petit tour, je cite le géographe grec Strabon (né vers 64 avant Jésus-Christ, mort vers 25 après Jésus-Christ): “Mykonos est cette île célèbre dans la Fable, sous le poids de laquelle furent écrasés les derniers géants tombés sous les coups d'Héraklès, ce qui a donné lieu au proverbe ‘tous en bloc sous Mykonos’, lequel s'adresse à ces écrivains qui sous un seul et même titre rassemblent les choses les moins faites pour aller ensemble. Myconiens est aussi le nom qu'on donne parfois aux chauves, la calvitie étant une infirmité très commune dans cette île”.

 

Et aussi Jacob Spon, médecin et botaniste, qui a voyagé en 1675-1676: “Il n’y a qu’un seul village dans l’île […]. Le nombre des habitants monte à peine à deux mille, et l’on y trouve quatre femmes pour un homme, parce que la plupart de ces insulaires sont mariniers ou corsaires, et il ne revient jamais la moitié de ceux qui vont chercher fortune. Les filles n’y sont pas cruelles, quoique pour la plupart elles soient très belles”.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014
Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Puisque Spon me donne l’occasion de parler des femmes de Mykonos, j’en profite pour ajouter une gravure publiée par Tournefort qui, lui, a visité Mykonos en 1700. Ensuite, il publie trois planches détaillant leur costume, celle que je montre ici est la troisième.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

J’ai un guide historique et archéologique de Délos et Mykonos. Son auteur, Constantinos Tsakos, n’est pas n’importe qui, puisqu’il a été éphore des antiquités. Il dit que selon Hésychius le mot dérive de Mycôn qui signifie “tas de rochers”. Cela pique ma curiosité, je me jette sur le texte grec d’Hésychius (un grammairien du sixième siècle de notre ère, auteur d’un dictionnaire), et je trouve: “οἱ Μυκόνιοι διεβεβόηντο ἐπὶ γλισχρότητι. Γλίσχρον”, soit “Les Mycéniens découlent de la viscosité. Visqueux”. Mais je consulte mon Bailly, le grand dictionnaire grec-français, LA référence. Le mot Mycôn ne s’y trouve pas, et il dit que l’adjectif γλίσχρον, visqueux, en vient à qualifier quelque chose qui s’attache fortement, d’où tenace. Et il donne des références de textes antiques où le mot doit être interprété comme importun, et ailleurs ergoteur. Rien à voir avec ce que dit Tsakos, qui est un homme éminent. Comment se fait-il que son texte d’Hésychius et le mien ne disent pas la même chose? Il est vrai qu’avoir des tas de rochers dans la mer près de la côte n’a rien de désobligeant, tandis que d’être ergoteur et importun n’est guère flatteur pour les Mycéniens. Peut-être ceci explique-t-il cela.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Cela a longtemps été, et c’est encore aujourd’hui, pour les uns un acte de piété, pour d’autres une coutume, pour d’autres encore un snobisme m’as-tu-vu, lorsque l’on a de l’argent, de se construire une chapelle privée. Fort bien. Mais le problème, m’a expliqué un “papas”, un prêtre orthodoxe, c’est que dans une chapelle ou une église consacrée une messe doit être célébrée au moins une fois l’an, et il y en a désormais tant et tant sur le territoire que les prêtres ne sont plus en nombre suffisant, car ils doivent officier en priorité dans les églises paroissiales. En conséquence les métropolites (évêques orthodoxes) exigent à présent qu’autorisation de construire une chapelle privée leur soit demandée, et elle n’est plus toujours accordée.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014
Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Puisque j’avais déjà publié un article Mykonos, j’arrêterai là en ce qui concerne des vues de Chora, la capitale de l’île (c’est d’ailleurs le nom, “le pays”, donné à la plupart des capitales de petites îles), et je me limiterai aux deux photos ci-dessus pour la campagne. Un paysage très accidenté où la roche nue apparaît partout, des prés et des murets de pierre sèche, des constructions dont la pierre se fond avec celle de la montagne environnante.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Si je reviens à Chora, ce n’est pas pour la ville en elle-même, mais pour cette église si particulière, si originale, la Paraportiani, composée de la réunion de cinq chapelles, quatre en bas et une superposée. La voilà telle qu’on la voit de la mer.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014
Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014
Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014
Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Je l’avais déjà montrée lors de mon article de 2011, comment ne pas le faire? Mais cette fois-ci j’ai disposé de plus de temps pour tourner autour, et comme lors de l’un de nos passages c’était le moment où Hélios, sur son char de feu, va plonger dans l’océan du côté des Hespérides pour que ses chevaux se reposent en se baignant, et lui dans son palais d’or. Tout le monde parle du coucher de soleil de Santorin, celui de Mykonos n’est pas mal non plus. Il est ici pour moi l’occasion de publier mes nouvelles photos de la Paraportiani.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

La grande église de Mykonos est imposante et elle est loin d’être laide, mais je ne lui trouve pas le même charme qu’à la Paraportiani. Mais aujourd’hui, c’est le 18 avril, et –cela n’arrive pas souvent, mais cette année c’est ainsi–Pâques catholique et Pâques orthodoxe tombent le même jour, le 20 avril. Nous sommes donc en pleine Semaine Sainte.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014
Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Semaine Sainte, et même plus précisément le Vendredi Saint. Cela donne lieu à une célébration religieuse et à une procession. Or les Grecs, pratiquants ou pas, se déclarent à plus de quatre-vingt-dix pour cent chrétiens orthodoxes, et lorsqu’il y a dans les grandes occasions (et aujourd’hui, la mort de Jésus sur la croix en est une) une procession, elle est toujours suivie par des foules considérables.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Ce buste féminin, c’est celui de Manto Mavrogenous (Trieste 1796 – Mykonos 1848). C’est une personne riche et cultivée. Polyglotte, elle parle grec, la langue de sa famille et de ses origines, italien puisque née à Trieste, Turc, parce que son pays fait partie de l’Empire Ottoman, français parce que notre pays, en cette première moitié du dix-neuvième siècle, brillait par ses romanciers, ses poètes, sa lutte pour les libertés. Quand éclate la grande guerre d’indépendance grecque, elle va, sans compter, galvaniser les combattants, fournir aide et assistance aux réfugiés, aux philhellènes, et elle va utiliser sa fortune pour financer les frais des combats et payer soldats et marins. Intelligente, patriote, courageuse, généreuse et, ce qui ne gâte rien, extrêmement belle, Manto Mavrogenous est célébrée par les Grecs.

Mykonos. Du 17 au 19 aril 2014

Et pour terminer, une information importante. Dans ces toilettes publiques, les deux places de gauche vous sont réservées, Mesdames. Pour nous les hommes, ce sont celles de droite. La décence la plus élémentaire impose cette distinction, cela va de soi.

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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 23:55
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Il convient d’abord de placer l’île de Despotiko que les guides ignorent superbement. Ils n’en citent même pas le nom, alors que le musée archéologique de Paros regorge d’objets qui y ont été mis au jour. Je montre donc ci-dessus une copie d’écran Google Earth où l’on peut voir Antiparos au sud-est de Paros et Despotiko au sud-est d’Antiparos, et tout près.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014

À l’époque géométrique puis à l’époque archaïque, la navigation était dense à travers la mer Égée. Le commerce, les échanges, les pèlerinages justifiaient que les navires recherchent des mouillages sûrs pour relâcher. Or il se trouve que la côte nord de Despotiko offrait un petit port bien abrité, d’autant plus qu’il était protégé en outre par un isthme qui reliait la petite île de Tsimintiri à l’île de Despotiko. Cet isthme, aujourd’hui, a été recouvert par la mer. Cette saisie d’écran de Google Earth permet de comprendre pourquoi un vaste sanctuaire a pu profiter de cet excellent mouillage, d’autant plus que là était le seul port possible pour accéder à l’île.

 

Il nous fallait donc absolument voir les lieux, fouler ce sol. Mais l’île de Despotiko est aujourd’hui inhabitée (à part un seul et unique berger qui y met ses chèvres à paître), et puisque les touristes n’y sont attirés ni par leurs guides, ni par les agences de voyages, il n’existe aucune liaison entre Antiparos et Despotiko. Les archéologues se rendent sur leur lieu de fouilles par leurs propres moyens. J’ai entendu dire qu’il existerait un projet d’organiser le site pour la visite et de prévoir des traversées. Ce sera peut-être ainsi dans deux ou trois ans, ce ne l’est pas actuellement en 2014. Tant pis pour nous.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Par chance, le patron de la taverne où nous avons déjeuné nous a dit connaître un marin pêcheur qui accepterait peut-être de nous emmener, et nous a mis en contact avec lui. Et cet homme a accepté fort gentiment. Et cela presque gratuitement, puisqu’il n’a pas demandé plus de 10€ tout compris. Son temps, son carburant, cela vaut bien plus. Il nous a déposés sur Despotiko, nous a proposé de revenir nous chercher au bout d’une heure, et de plus, au retour, il nous a fait voir des cavernes dont je parlerai tout à l’heure, sans que nous le lui demandions (nous en ignorions l’existence!). Cela, c’est bien la gentillesse grecque, la philoxénia grecque. J’ai eu la bêtise de ne pas penser à lui demander l’autorisation de publier sa photo, ce qui me contraint à m’abstenir. Je ne lui suis pas moins reconnaissant pour autant.

 

Mes photos ci-dessus montrent l’approche de Despotiko, puis le moment où, descendus à terre, nous voyons le bateau repartir pour nous laisser explorer tranquillement les ruines, et enfin le sympathique chien du bord, qui s’est révélé être un affectueux compagnon de traversée.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Quelques tombes néolithiques ont été dégagées, mais les fouilles, initiées seulement en 1997, concernent surtout des constructions remontant à l’époque géométrique et à l’époque archaïque, soit du neuvième au sixième siècles avant Jésus-Christ, appartenant essentiellement à un grand complexe de sanctuaire. Tout ce que l’on sait sur ce sanctuaire est dû au travail des fouilleurs et des archéologues, car on ne dispose d’aucune source antique, aussi curieux que cela puisse paraître pour un lieu de culte qui a fonctionné pendant plus d’un millénaire.

 

Plus de quarante morceaux d’au moins dix statues archaïques ont été trouvés, réutilisés comme pierres de construction. Ces statues ont été détruites peu après avoir été sculptées, ce qui fait penser à une destruction volontaire. Au vu des dates probables, on peut se demander si les Athéniens de Miltiade, en 490/489, ne seraient pas passés de Paros à Despotiko et se seraient alors attaqués au sanctuaire.

 

Ce sanctuaire a été en usage jusqu’au Bas-Empire romain. Dans les temps de l’antiquité tardive, on construit dessus des habitations d’une seule pièce chacune, où l’on vit jusqu’au début de l’époque byzantine. Puis les lieux sont désertés, mais on les retrouve habités à la fin de l’Empire Byzantin. Dans la deuxième moitié du dix-septième siècle, Daniel, un pirate français chevalier de l’Ordre de Malte, harcèle les îles de l’Égée, qui sont ottomanes, et va jusqu’à utiliser Despotiko comme base d’opérations. En 1675, près de Despotiko, la flotte ottomane lui livre bataille. Daniel a le dessous, il met le feu à son bateau et se réfugie avec ses hommes dans l’île, où il propose aux habitants une jolie somme s’ils le cachent pour qu’il ait la vie sauve, mais les habitants le font prisonnier et le livrent aux Ottomans. Comme on s’en doute, il sera mis à mort. La nouvelle de sa prise et de son exécution parvient aux oreilles d’autres pirates, dont Orange, Honora, Hugo de Crevelier, qui décident de le venger. Ils font immédiatement voile vers Despotiko et, quand les Ottomans libèrent le terrain, ils débarquent, pillent l’île et exterminent les habitants. L’île est de nouveau déserte. Déjà, à chaque fois que l’on construisait des habitations, on prenait colonnes, chapiteaux, pierres des temples antiques, or voilà qu’au dix-neuvième siècle, pour créer un parc animalier, on y revient pour encore une fois puiser dans les ruines des matériaux de construction.

 

Ici et là, de grands panneaux extrêmement bien faits donnent, en grec et en anglais (comme si l’on attendait les touristes) une foule d’informations sur le rôle des bâtiments, sur les époques, sur les trouvailles; mais à défaut de panneaux clairs placés devant chaque ruine expliquant ce que l’on voit, il est très difficile pour les visiteurs solitaires que nous sommes d’identifier chacune des constructions dont on voit les restes. Je pense que mes photos, ici, concernent les six bâtiments que les archéologues nomment, avec des lettres de l’alphabet grec, B, Γ, Ζ, Η, Κ, Λ (bêta, gamma, zêta, êta, kappa, lambda). Ils sont placés tout au long de la route que devaient suivre les visiteurs entre le port et le sanctuaire. Les deux petits bâtiments Κ et Λ semblent avoir été des tours d’observation.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Sur Tsimintiri qui, comme je le disais au début, est aujourd’hui une île mais dans l’antiquité était reliée au continent par un isthme, ont été mis au jour les restes de cinq bâtiments ayant fait partie du même sanctuaire. Comme nous n’y sommes pas allés voir, je ne peux rien en montrer. Revenons à Despotiko. Le bâtiment Γ, qui est rectangulaire et constitué de deux pièces de mêmes dimensions, est tourné vers l’île sacrée de Délos, ce qui ferait penser à un temple double honorant les jumeaux de Délos, Apollon et Artémis, qui sont les dieux patrons de Despotiko.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Les autres bâtiments, B (construit à la fin du sixième siècle, un rectangle de vingt mètres sur 9 comportant sept pièces), Z (construit à l’époque classique, cinquième ou quatrième siècle, quatre pièces donnant sur un atrium pavé qui leur est commun), H (un rectangle du sixième siècle comportant six pièces et mesurant vingt-trois mètres sur neuf) peuvent avoir été des entrepôts, des ateliers d’artisans, des boutiques de souvenirs ou d’offrandes, des maisons d’habitation.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Puisque nous venons de suivre la voie qui menait du port au sanctuaire, c’est logiquement le sanctuaire que nous allons voir maintenant. Ces bâtiments du premier plan, je suppose que ce sont ceux que les archéologues appellent le complexe sud. J’en parlerai tout à l’heure.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Ci-dessus, une hypothèse de reconstruction 3D du sanctuaire est proposée sur un panneau du site. C’est l’œuvre de G. Orestidis-S. Koulis, 2012. Sur la gauche, ce complexe sud est ce que je crois avoir identifié il y a un instant.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Nous voici au cœur du sanctuaire, dans les bâtiments baptisés A composés de cinq pièces. Même si ce que nous voyons aujourd’hui ne remonte pas si loin, c’est depuis le neuvième siècle avant Jésus-Christ qu’a lieu ici une activité cultuelle. Il convient d’y distinguer, dans les bâtiments dont nous pouvons voir les restes, trois phases successives. D’abord, vers 550 avant Jésus-Christ, la construction du temple (pièces A1 et A2). Très tôt après, en 540-530, la construction de l’hestiatorion, ou salle à manger (salles A3, A4 et A5). Enfin, vers 500, des travaux de rénovation de l’ensemble, avec l’édification d’une colonnade dorique en marbre.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Face au temple, se trouvait un βόθρος (bothros), trou carré en marbre sur une pierre duquel il y a une inscription au nom d’Hestia Isthmia, la déesse Hestia de l’Isthme. L’isthme c’est, bien sûr, celui de Tsimintiri. Et comme Hestia est la protectrice des marins et que nous sommes sur une île, et plus particulièrement une île dont le port accueille nombre de navires faisant relâche lors de routes à travers l’Égée, ce culte ici n’a rien d’étonnant. Il est venu s’ajouter à celui d’Apollon et d’Artémis à l’époque classique.

 

Par ailleurs, sur le dessin reconstituant les bâtiments, on remarque au milieu du téménos (l’espace consacré) une construction semi-circulaire: c’est un autel d’époque archaïque.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Sur leur flanc ouest, les cinq bâtiments A1 à A5 s’appuient sur un même mur sur une longueur de quarante mètres. Ce mur nous est parvenu, à une hauteur maximum d’un mètre cinquante.

 

Avant de quitter les bâtiments du temple, il convient de dire que ce sanctuaire a connu une grande affluence et qu’il était, à l’époque archaïque, en connexion avec tous les grands centres cultuels, comme le prouvent tous les objets trouvés sous le sol de ce bâtiment A: ils proviennent des Cyclades, de Corinthe, de l’est de l’Ionie, de Chypre, de l’Égypte du neuvième au sixième siècles, de Rhodes, de Phénicie (c’est-à-dire la Syrie et le Liban actuels). Trouvés sous le sol, disais-je? Oui, car ce n’était pas par désintérêt qu’on les enfouissait sous le sol, c’est au contraire par respect, pour les protéger, que l’on a placé là ces offrandes lors de la construction du temple. Entre autres, c’est là que l’on a retrouvé la statuette dédalique que j’ai montrée dans mon article sur le musée archéologique de Paros; elle constituait la statue de culte au septième siècle et, lorsqu’au milieu du sixième siècle on a construit le nouveau temple, elle aurait été en concurrence avec la nouvelle statue, si elle n’avait pas été brisée accidentellement par les maçons.

 

Il y a encore deux bâtiments que je n’ai pas repérés pour les prendre en photo, c’est le bâtiment Δ (delta) édifié en 550-525 au nord du temple, et où la grande richesse des fouilles signifie que c’était un lieu de culte; et, à l’est du temple, le bâtiment E (epsilon) édifié dans la seconde moitié du sixième siècle et qui comporte deux salles. Puis, à une date ultérieure, ont été construites une stoa au nord, une stoa au sud et une stoa à l’est.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Nous voilà arrivés au complexe sud, qui était enfermé dans une enceinte. Il comportait les bâtiments nommés Θ (thêta) et I (iota).

 

Le bâtiment Θ est intéressant, parce que ses trois pièces d’époque archaïque sont très particulières, uniques en Grèce. Sa pièce la plus au sud est pavée de plaques de schiste. À l’intérieur, il y avait un bassin oblong de marbre gris; il y avait aussi un muret bas, et trois blocs circulaires en calcaire avec des trous à la partie supérieure comme à la partie inférieure; dans le sol, une canalisation court à travers toute la salle puis sous le mur est, pour écouler de l’eau à l’extérieur; quant aux murs, ils étaient revêtus de plâtre hydraulique; et enfin, dans le sol également, les fouilleurs ont trouvé un grand bassin de terre cuite. Tout cela prouve que ce bâtiment comportait un bain (loutron) qui constituait l’équipement pour les ablutions de purification des prêtres et des visiteurs avant de pénétrer dans le sanctuaire.

 

Le bâtiment I comporte onze salles de dimensions variées. Les objets qui y ont été trouvés, des poteries attiques de qualité, permettent de le dater de l’époque classique. Dans les murs, des fragments de statues de kouroi servaient de pierres de construction: sans doute, ces statues archaïques étaient-elles brisées, aussi les a-t-on réutilisées ainsi (ce n’était pas impie, puisque ce n’étaient pas des statues de dieux).

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Pour qui s’intéresse aux ruines antiques, ces images ne sont pas indifférentes, mais malheureusement, je ne suis pas capable de les situer. Tout au plus, en voyant la seconde de mes trois photos ci-dessus, je me demande si ce cylindre de calcaire avec son trou au sommet n’est pas l’un des trois blocs décrits dans le bâtiment d’ablutions.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

C’est très bientôt l’heure du rendez-vous avec notre aimable convoyeur. En redescendant à travers cette prairie vers la mer, je prends quelques photos du paysage de l’île. En face, c’est Antiparos toute proche.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Comme je l’ai dit au début, ce marin qui nous transporte aime et admire son île, à juste titre parce qu’elle est exceptionnelle. Avant de nous ramener à notre point de départ, il se dirige plus à l’est de la côte d’Antiparos, pour passer sous des voûtes rocheuses et nous montrer des cavernes très pittoresques et très belles, sculptées par la mer.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Nous ressortons de cet espace enclos dans de hauts rochers, et à présent nous longeons la falaise. J’aime bien voir les lignes qui correspondent aux couches géologiques et aux mouvements telluriques qui les brisent ou les dévient de l’horizontalité.

Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014
Despotiko. Mardi 15 avril 2014

Et puis encore quelques images d’anfractuosités, de grottes de la côte sud-est d’Antiparos. C’est beau, c’est sauvage, et ça se passe de commentaire. Merci Monsieur. Ευχαριστώ Κύριε.

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 23:55
Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Un simple détroit sépare Antiparos de la côte sud-ouest de Paros. “Anti Paros” signifie “en face de Paros”, comme “Anti Polis” signifie “en face de la ville” (la ville, c’est Nikaia, aujourd’hui Nice, et Antipolis c’est aujourd’hui Antibes, ainsi l’a voulu l’évolution phonétique de ces deux noms). Et comme les grottes d’Antiparos sont célèbres, nous nous embarquons avec notre petite voiture de location pour un prix ridiculement bas. Bientôt on voit s’éloigner Paros et, le temps d’aller vers la proue, on voir approcher Antiparos.

 

Tournefort (1656-1708) est un savant, qui a été titulaire de la chaire de botanique au Jardin des Plantes de Paris, membre de l’Académie des Sciences. De 1700 à 1702, sur ordre de Louis XIV, il effectue un voyage au Levant dont il rapportera des milliers de plantes et sur lequel il publiera un livre. Il écrit:

“Antiparos est un écueil de 16 milles de tour, plat, bien cultivé, lequel produit assez d'orge pour nourrir 60 ou 70 familles enfermées dans un méchant village à un mille de la mer, et qui payent 700 écus de taille réelle, et 500 écus de capitation, quoique tout leur négoce ne consiste qu'en peu de vin et de coton. On y élit tous les ans deux consuls, quelquefois un seul à qui on donne dix écus pour prendre le soin des affaires de l’île. Pour le spirituel, elle dépend de l'archevêque grec de Naxos; mais il a de très mauvais paroissiens, car la plupart des habitants de l'île sont des corsaires français et maltais, qui ne sont ni grecs ni latins [c'est-à-dire ni orthodoxes, ni catholiques]. L'épouvante y était si grande lorsque nous y arrivâmes, qu'on n'avait laissé ni nappes, ni serviettes dans les maisons: on avait tout enterré à la campagne à la vue de l'armée turque, qui exigeait la capitation. Il faut avouer que le bâton des Turcs a de grandes vertus: toute une île fré­mit quand on parle de la bastonnade: les plus aisés n'o­sent paraître que dans une posture fort humiliée, la tête couverte d'un bonnet crasseux; et la plupart de ces mal­heureux, pour ne pas s’exposer à une si grande honte, se retirent dans des cavernes. Les Turcs, qui se doutent bien qu'on a caché ce qu'il y a de meilleur dans le pays font donner des coups de bâton aux officiers qui sont en charge, et cette cérémonie dure jusqu’à ce que leurs femmes aient apporté leurs dorures et celles de leurs voisines. Dieu sait de quelles lamentations ces démarches sont accompagnées: bien souvent les Turcs, après s'être saisis des joyaux, mettent à la chaîne les maris, les femmes, les enfants”.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Il suffit de suivre le fléchage, les grottes ne sont pas bien loin. Mais nous pouvons nous arrêter quelques instants pour photographier le paysage.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Comme il y a un petit trou au centre de chacune de ces toiles tissées blanches, je suppose que c’est un insecte ou un ver, bref un animal quelconque qui en est l’artisan. Mais je n’en sais pas plus…

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Les voilà, ces fameuses grottes. Ce ne sont peut-être pas les plus grandes, les plus majestueuses de toutes celles que nous avons vues, mais elles sont cependant impressionnantes, avec de très belles concrétions.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Difficile d’exprimer ce que je ressens quand je vois, ainsi, une gouttelette minuscule qui pend sous une stalactite et que je pense aux infimes résidus calcaires qui y sont dissous et qu’elle va y laisser en tombant; quand je vois, en-dessous, la stalagmite sur laquelle elle va tomber et à laquelle elle va également léguer d’infimes résidus calcaires; et quand j’imagine les milliers d’années pendant lesquelles goutte après goutte vont se former ces concrétions, cela donne le tournis. Car ces concrétions forment des colonnes, des rideaux, des orgues, il leur a fallu des milliards de gouttelettes comme celle que j’ai photographiée pour se former peu à peu.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Les concrétions ne sont pas toujours en forme de chandelles, elles peuvent avoir toutes sortes de formes, comme celle-ci, qui ressemble à un fantôme sous son drap!

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Le dix-huitième siècle est dit siècle des Lumières. Ce qui ne veut nullement dire que les Lumières du siècle ont illuminé les esprits de Cabuchet père et fils, des Français qui, le 3 juin 1776, ont visité ces grottes et se sont amusés à les salir en y inscrivant leur nom. Pas de quoi être fier.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

“Pour grands que sont les rois, ils sont ce que nous sommes,

Et peuvent se tromper comme les autres hommes”, dit Corneille.

Et c’est ce qui est arrivé au roi Othon de Grèce qui a cru bon, lui aussi, de laisser un graffito dans la grotte. Je lis sur cette paroi: “Οθων Α’ βασιλεύς τῆς Ἐλλάδος τῇ 27 σεπ. 1840”, soit “Othon Ier roi de Grèce, le 27 septembre 1840”. Notons que ce prince bavarois devenu roi de Grèce préfère écrire en grec ancien comme au temps de Périclès, car dans la langue que parlaient ses contemporains ce texte aurait été assez différent. Bon, les citoyens grecs ne lui en ont apparemment pas voulu, ils l’ont laissé sur son trône. Ce n’est que vingt-deux ans plus tard, en 1862, qu’ils vont le destituer, et probablement pour d’autres raisons!

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

À la suite du texte que j’ai reproduit plus haut, Tournefort décrit les grottes que nous visitons, et il illustre son propos des gravures que je reproduis ci-dessus:

“Une caverne rustique se présente d'abord, large d’environ 30 pas, voûtée en arc surbaissé et fermée par une cour qui est l'ouvrage des bergers: ce lieu est partagé en deux par quelques piliers naturels, sur le plus gros desquels, qui paraît comme une tour attachée au sommet de la caverne, on lit une inscription fort ancienne et fort maltraitée: elle fait mention de quelques noms propres que les gens du pays, par je ne sais quelle tradition, prennent pour les noms des conspirateurs, qui en voulaient à la vie d'Alexandre le Grand; et qui après avoir manqué leur coup, vinrent se ré­fugier dans cet endroit comme dans un lieu de sûreté”.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

La visite dure une quarantaine de minutes. Elle en vaut, je crois, vraiment la peine. Et voilà que nous revenons à la surface.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Juste devant l’orifice de la grotte, a été construite une toute petite chapelle. Et comme on le voit, elle est partiellement troglodyte, puisque c’est la roche qui fait office de plafond au-dessus du sanctuaire (la partie qui se trouve au-delà de l’iconostase). Une plaque dit qu’elle a été construite par Vasilis et Maria Patelis en 2014. Or nous ne sommes qu’en avril 2014. Elle n’est donc pas achevée, car l’iconostase doit impérativement fermer le sanctuaire à la vue des fidèles pendant la célébration, d’ailleurs le mot signifie “icônes debout”, or cette iconostase présente de grands vides là où l’on attendrait, précisément, des icônes.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

C’est l’heure de nous restaurer, nous prenons place sar la terrasse d’une petite taverne face à l’île de Despotiko, au sud-ouest d’Antiparos. La vue est agréable, et de plus elle est typique, avec ces maquereaux pendus par la queue pour sécher au soleil. C’est là que nous allons trouver un marin pêcheur qui va accepter de nous mener à Despotiko (ce sera pour mon prochain article) et de venir nous y rechercher une heure plus tard.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Malgré la promenade à Despotiko (qui, je le raconterai, s’est prolongée) nous avons eu le temps de nous promener un peu dans Antiparos, à pied et en voiture. Un panneau cite des vers de Kazantzakis (1883-1957):

Έχεις τα πινέλα

έχεις τα χρώματα

ζωγράφισε τον παράδεισο

και μπές μέσα

 

Tu as les pinceaux

Tu as les couleurs

Peins le paradis

Et entres-y

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Et voilà, notre journée à Antiparos et Despotiko s’achève. Bien brève, car il nous faut prendre le bateau du retour. Moins de huit heures, traversées comprises. Mais nous en revenons les yeux remplis de belles choses. Et intéressantes.

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 23:55

Le musée archéologique de Paros présente les trouvailles des fouilles réalisées sur l’île de Paros, mais aussi sur les îles voisines d’Antiparos et de Despotiko, que nous avons visitées et qui seront le sujet de mes deux prochains articles. Alors, parler de ce musée avant ou après? Bah, c’est peut-être illogique, mais j’ai choisi d’en parler à propos de Paros puisqu’il se trouve sur cette île.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Nous commençons par la cour du musée, où sont exposés divers lourds objets sans explication, comme c’est souvent l’usage pour ce qui n’a pas trouvé place à l’intérieur. Mais ici on comprend que cela vient du tout proche cimetière, et correspond aux époques successives où l’on pratiquait la crémation, puis l’ensevelissement du corps dans un sarcophage.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

De même, je ne dispose d’aucune information sur ce beau lion de mosaïque. Peut-être provient-il de l’une de ces maisons hellénistiques que nous avons vues en nous promenant dans Paroikia?

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Les salles de ce musée ne sont pas en enfilade, chacune donne sur la cour, et l’on doit ressortir de l’une pour aller vers la suivante, ce qui a le grand avantage de nettement séparer ce qui est classé par thème. Mais dans le cadre de mon blog je vais plutôt suivre un ordre grosso modo chronologique, commençant ici par ces objets de terre cuite datant du haut-cycladique, 3200-2400 avant Jésus-Christ. Pour ces deux objets, mais aussi pour tous ceux qui sont dans la même vitrine, l’étiquette dit qu’ils proviennent de Paros et de Despotiko: alors, ces deux-là, de Paros ou de Despotiko?

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

De même, pour ces deux statuettes clairement cycladiques, elles sont à dater dans la fourchette 3200-2400, mais il n’est pas précisé si c’est de Paros ou de Despotiko.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Faisons un grand bond dans le temps, pour nous retrouver à la fin de la civilisation mycénienne, entre 1300 et 1150 avant Jésus-Christ. Il est probable que cette plaque de terre cuite fait allusion à un épisode de la mythologie ou de l’épopée, mais ce que l’on voit de ces deux personnages ne permet pas d’identifier la scène.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Après les quelques siècles qui ont suivi la civilisation mycénienne et qui ne nous ont pas légué grand-chose, nous arrivons à l’époque archaïque, avec ce kouros ionien d’Anatolie. C’est en effet en Asie Mineure, autrement dit en Anatolie, que s’est développée cette grande civilisation ionienne qui a essaimé ensuite en diverses îles de la mer Égée et sur le continent (Athènes en est issue).

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Autre kouros archaïque, celui-ci a été daté de 580 avant Jésus-Christ. Et l’on signale qu’il porte un ηράκλειον άμμα. Parfait. Mais la traduction anglaise, à l’attention des touristes non grecs, dit “Head of an archaic kouros with ‘herakleion amma’. Circa 580 B.C.”, moyennant quoi je pense que le touriste qui n’a pas étudié le grec n’est guère avancé. Et j’ai beau avoir étudié le grec, l’avoir enseigné, et toujours avoir continué à en lire un peu de temps en temps, c’est vraiment le hasard et une chance que je me rappelle le sens du mot άμμα que je n’ai que très rarement rencontré dans les textes, et la dernière fois il y a une éternité. Bref, il désigne un nœud, une attache nouée. Il s’agit donc d’un “nœud d’Héraklès”, un nœud à la façon d’Héraklès. Et pour en deviner le sens, on n’est guère aidé par ce que l’on voit, parce que la statue est placée devant la fenêtre et que l’on ne peut pas en faire le tour. C’est bien parce que je me suis rappelé le sens de ce mot que j’ai cherché à le voir, ce fameux nœud, et j’ai dû aller dans la cour et le photographier par la fenêtre, qui heureusement était ouverte.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Elle est du sixième siècle avant Jésus-Christ, cette belle korè en chiton plissé serré à la taille par une ceinture que l’on aperçoit dans son dos, et revêtue d’un court himation sur lequel elle laisse flotter ses cheveux. On nous dit qu’elle provient de Naousa.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Encore un kouros archaïque, du dernier quart du sixième siècle avant Jésus-Christ. Le musée appelle notre attention sur la qualité de la sculpture: “Sa riche chevelure lui tombe dans le dos, et l’on peut distinguer, sculptés de main de maître, les muscles de la poitrine, du dos et des fesses”. C’est une belle sculpture, c’est vrai (et c’est pourquoi je la publie ici), mais je ne la trouve pas plus remarquable que la korè précédente, sur laquelle le musée ne dit rien, sinon une description non commentée de son vêtement.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Malgré son visage destiné à inspirer la terreur, j’aime beaucoup cette Méduse. On se rappelle l’histoire des trois Gorgones, ces sœurs dont deux sont immortelles, et la troisième, Méduse, est mortelle, mais son regard est capable de transformer en pierre le malheureux qui la regarde en face. Quand on emploie le nom de Gorgone au singulier, c’est Méduse qui est ainsi désignée. Avec ses ailes d’or elle pouvait voler. C’est Athéna qui avait demandé à Persée de tuer Méduse. Pour plus de sécurité, il est allé la voir pendant qu’elle dormait, et de toutes façons il tenait devant lui, face à elle, son bouclier dont le poli servait de miroir, pour que le regard de Méduse la pétrifie elle-même. Or Poséidon, le seul des dieux à ne pas avoir été épouvanté par elle, s’était uni à elle, aussi lorsque Persée lui tranche la tête, de son cou sortent les fruits de cette union, à savoir Pégase, le cheval ailé, et Chrysaor, le géant né en brandissant une épée d’or. Récupérant la tête, Athéna l’a fixée sur le devant de sa cuirasse (parfois on la représente au centre de son bouclier), ainsi la déesse avait-elle le pouvoir de pétrifier celui qui osait lui faire face, grâce au regard de Méduse. Cette tête est appelée le Gorgoneion.

 

Puisqu’elle devait susciter l’épouvante, la Gorgone avait des yeux globuleux, de longues dents comme des défenses de sanglier et sa langue pendait de sa bouche ouverte. En guise de chevelure, elle avait des serpents sur la tête, ou parfois si l’on représentait sa chevelure normale comme sur la sculpture que nous voyons dans ce musée, elle portait un serpent dans ses mains. Ici, elle lui tient la tête de la main gauche, tandis que le corps du serpent est noué sur sa taille, lui servant de ceinture.

 

Cette magnifique statue a été trouvée à Paroikia, à quelques mètres seulement du musée archéologique. Datant du milieu du sixième siècle avant Jésus-Christ, elle est la toute première représentation que l’on ait de Gorgone sous forme de statue. Elle est donc d’époque archaïque, et sa coiffure est soignée. C’est plus tard que la légende a évolué: Méduse était une ravissante jeune fille, et en s’unissant à elle Poséidon était un chanceux. Mais le couple a osé faire cela dans un temple d’Athéna, la prude vierge, qui s’est vengée en défigurant Méduse et en lui changeant les cheveux en serpents.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

D’époque archaïque aussi, cette statuette dédalique du septième siècle avant Jésus-Christ (680-660) est généralement considérée comme la première statue de culte du sanctuaire. Dédalique? Le terme désigne un art venu d’Anatolie et influencé, au septième siècle, par le style égyptien, rigide et hiératique. À la différence du style archaïque de cette même époque, il donne une vraie personnalité et une expression au visage, bien dégagé entre les cheveux qui l’entourent. Le musée propose le dessin de ma seconde photo (par K. Mavragani), comme reconstitution de la statuette entière. Le fragment que nous avons mesurant vingt-cinq centimètres, la reconstitution propose une hauteur totale de soixante-quatre centimètres.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

C’est probablement à Rhodes qu’a été fabriquée cette amusante statuette trouvée dans l’île de Despotiko et qui date du septième ou du sixième siècle avant Jésus-Christ.  Cet homme (ou cette femme?) est agenouillé devant une jarre, appelée pithos.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Ces deux images appartiennent à la même amphore d’époque géométrique, huitième siècle avant Jésus-Christ. La première, sur le ventre de l’amphore, montre un homme mort, étendu sur le sol, tandis qu’au-dessus de lui un compagnon continue le combat, protégé par son grand bouclier et tirant des flèches sur l’ennemi qui, lui, tient une fronde à la main. Sur le col de l’amphore (ma seconde photo), on voit la prothésis, c’est-à-dire l’exposition du corps du défunt pour la cérémonie funèbre, et un homme en train d’extraire du cadavre la lance qui l’a tué, et derrière lui ainsi que dans le registre inférieur des pleureuses accompagnent leurs larmes et leurs chants de gestes de déploration.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Ce coq provenant de Despotiko, septième ou sixième siècle avant Jésus-Christ, a été réalisé dans un atelier corinthien. Les lécythes comme celui-ci, en forme d’animaux, sont plutôt rares.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Comme le coq que l’on vient de voir, ces récipients de terre cuite sont datés du septième ou du sixième siècle et proviennent d’un atelier de Corinthe. Il est fréquent à cette époque de trouver dans toutes les Cyclades et au-delà ce genre de productions standardisées que Corinthe fabriquait en série.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

La date, ici, est plus précise: sixième siècle avant Jésus-Christ, mais l’origine balance entre Corinthe et Rhodes. On voit sur la base (gauche de la première de ces deux photos) qu’il y a des trous destinés à suspendre cet objet. Or comme il s’agit d’un vase en forme de phallus, cela signifie qu’il avait été placé dans le temple d’une divinité pour lui demander la guérison d’une maladie, d’une stérilité ou d’une impuissance, à moins que ce ne soit pour la remercier de la guérison obtenue. La pratique de l’ex-voto se perpétue d’ailleurs aujourd’hui dans les églises chrétiennes, même si la pudeur fait éviter de placer ce genre d’objet.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Ces tessons de vases en céramique portent des graffiti. On lit sur l’un ΛΛΟ, et sur l’autre ΑΡΤΗΜΕ (LLO et ARTÊME). Comme ils ont été trouvés à Despotiko et que cette île était consacrée aux jumeaux divins Apollon et Artémis, nul doute qu’il faut y lire leurs noms. Pour le premier, c’est clairement la fin du nom. Pour le second, il faut faire un petit tour du côté de la phonétique. Le H (êta) se prononce I en grec moderne, et dans les classes les professeurs font prononcer le grec ancien comme le grec moderne. J’en ai rencontré plusieurs, et tous m’ont dit que c’était une aberration de penser que le grec ancien ne se prononçait pas comme le grec moderne, qu’en France, Allemagne, Angleterre, etc., où l’on prononce autrement on est totalement dans l’erreur. Or l’étymologie indo-européenne, l’étude de la poésie, entre autres méthodes, montrent que cette lettre se prononçait Ê (un è long ouvert, ce qui le distinguait du E (epsilon, qui est un é bref fermé). La faute d’orthographe, fréquente dans les graffiti, qui consiste à écrire un epsilon à la place d’un êta, ou un êta à la place d’un epsilon (comme c’est le cas ici) est impossible si le êta se prononce I et l’epsilon E. Nous avons donc ici une preuve de plus que ce sont les professeurs grecs qui sont dans l’erreur. Précisons cependant que je n’ai parlé qu’à des professeurs de niveau collège et lycée, pas à des professeurs d’université, pas à des chercheurs en linguistique.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Cette petite table en marbre a été trouvée à Délion lors des fouilles du sanctuaire d’Apollon et Artémis, et elle a été datée de la fin du sixième siècle ou du cinquième siècle avant Jésus-Christ.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

J’ai eu l’occasion de parler d’Archiloque (712-664 avant Jésus-Christ selon certains sites dont Wikipédia, mais André Bonnard, qui est un grand helléniste, traducteur et commentateur d’Archiloque, dit que l’on ne sait rien de sûr, il le situe à des dates indéterminées entre le milieu du septième siècle et le milieu du sixième), le grand poète lyrique qui est né et a vécu à Paros. Après sa mort dans l’île de Naxos, que la tradition place lors d’une guerre entre cette île et Paros, sa dépouille aurait été rapportée dans sa patrie et, près de sa tombe, on a construit un archilocheion, un monument en son honneur et à sa mémoire. Nombre des pierres de ce monument ont servi de matériau de construction pour la basilique paléochrétienne puis les “Trois Églises” dont je parle dans mon article Paros: promenades dans l’île. La stèle que je montre ici, et qui date des alentours de 500 avant Jésus-Christ, provient de ce monument; on y voit Archiloque étendu sur un lit, sa femme assise à gauche, et un jeune serviteur à droite, qui lui offre du vin. Au mur, on voit les armes et la lyre du poète mercenaire.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Quoique sa tête, ses bras et ses ailes aient été brisés et perdus, une Nikè –une Victoire– a pu être identifiée dans cette belle sculpture de Paros trouvée aux environs du château vénitien de Paroikia. Elle date de 480 avant Jésus-Christ, et c’est l’un des éléments qui font penser qu’elle était destinée à célébrer la victoire de Paros sur Athènes.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Ce disque de marbre a été daté du milieu du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Parce qu’il représente un discobole et qu’il a été trouvé sur le couvercle d’une urne funéraire, on peut supposer que cette urne contenait les cendres d’un athlète victorieux au lancer du disque. La peinture rouge qui a servi à représenter le sportif est encore bien visible, mais de sa chevelure représentée en or il restait encore quelques traces lors de sa découverte, qui ont complètement disparu aujourd’hui. Et comme le disque est invisible, les archéologues pensent que lui aussi était doré et qu’il a subi le même sort que les cheveux.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

C’est en 1899, en menant les fouilles du temple de Délion, qu’on a trouvé cette grande statue d’Artémis, datant des alentours de 560 avant Jésus-Christ. Toujours et partout, on voit Artémis en courte tunique plissée, avec des bottes souples ou des sandales haut lacées sur la jambe, prête à courir dans les bois à la poursuite du gibier, son arc à la main. Que se passe-t-il soudain, pour qu’on la voie élégamment vêtue d’un long peplos et d’un himation, chaussée de sandales aux épaisses semelles sur lesquelles il serait bien difficile de courir, avec des tresses et une coiffure soigneusement élaborée surmontée d’une coiffe ronde? Peut-être son frère Apollon l’invite-t-il ce soir à dîner au restaurant? Soyons sérieux: si je montre la photo de ses pieds, ce n’est pas seulement pour que l’on remarque ses semelles épaisses, c’est aussi parce que là, sur le socle, est gravée la dédicace de celle qui a offert cette statue à la déesse. C’est Arêis, fille de Teisênor.

 

Pour revenir à ce que je disais tout à l’heure au sujet de la prononciation de la lettre êta, nul doute qu’à l’époque de cette statue il était prononcé comme un E, et pourtant les auteurs de la notice traduisent “Ariis, fille de Teisinor” alors que je lis ΑΡΗΙΣ ΤΕΙΣΗΝΟΡΟΣ, avec un êta dans chacun des deux noms. Eux ne sont pas professeurs du secondaire, ils sont archéologues. À moins que les archéologues n’aient la responsabilité que du texte grec, et que la traduction soit le fait d’une personne moins titrée…

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Franchissons allègrement les siècles. Nous voici à l’époque de la domination romaine. C’est dans des tombes du deuxième et du troisième siècle de notre ère qu’a été trouvée toute cette verrerie.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Cette sculpture inachevée d’une tête d’homme a été trouvée dans la région de Katapoliani. Le musée la date “époque romaine”, sans plus de précision.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Ici, absolument aucune date n’est donnée. Je ne crois pas trop m’avancer en disant un vague “époque romaine”. Sur ce relief votif, nous voyons une femme en train d’offrir un sacrifice sur un autel. Comme il n’est pas dit où a été trouvé ce relief, je ne peux pas savoir à quel dieu est destiné ce sacrifice.

Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014
Le musée archéologique de Paros. Dimanche 13 avril 2014

Encore deux stèles funéraires pour finir. Toutes deux datent de l’Empire Romain tardif, à une époque où le christianisme commençait à se répandre. Ni croix, ni chrisme sur la première, avec ce petit esclave sous (c’est-à-dire devant) le lit où reposent les deux époux appuyés sur leur coude pour le repas funèbre, tandis que sur la seconde, où la position du couple sur le lit est également celle du repas funèbre, à gauche ce personnage nu qui tient une grappe de raisin dans sa main droite au-dessus de la tête d’un petit animal et plaque sur sa poitrine un pan de sa chlamyde avec sa main gauche n’est autre que le dieu Dionysos.

 

En langue grecque, le musée détaille la description du bas-relief, en anglais il se limite à une description sommaire, mais dans l’une comme dans l’autre langue il se garde de tout commentaire. Or on remarque une inscription au bas de la pierre. Sur ma troisième photo, je la reproduis, en noir et blanc et en forçant le contraste pour la rendre plus lisible. Je vois:

“ἐπαφρόδειτος Νεικώνος ῥοδῆ. Χρήστε χαίρε”. Soit: “adorable buisson de roses fille de Nikon. Salut, Christ!”

Il semblerait donc qu’une ancienne pierre tombale païenne ait été récupérée pour une sépulture chrétienne. Par ailleurs, selon l’évangile de saint Jean, Jésus a déclaré “je suis la vraie vigne”, ce qui permet l’adaptation du décor à une tombe chrétienne, même s’il est curieux de voir ainsi le Christ sous les traits de ce Dionysos nu. Autre hypothèse, puisque le bas-relief représente un couple, le mari païen est mort d’abord, et quand est morte sa femme convertie on a ajouté ce texte qui ne concerne que le “buisson de roses” (ῥοδῆ) qualifié d’ “adorable” (ἐπαφρόδειτος). Je me risque à ces interprétations, mais que mon lecteur soit prudent: ce ne sont que des hypothèses que j’avance à tout hasard…

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 23:55

Depuis que nous sommes dans cette île, nous avons vu une grande église byzantine, deux châteaux vénitiens, des monastères de l’époque de l’occupation ottomane et de l’époque post-ottomane, au cours de nos promenades nous avons vu à quoi ressemble la Paros d’aujourd’hui, mais de la Paros antique nous n’avons pas encore vu grand-chose. Nous allons donc jeter maintenant un coup d’œil sur les ruines laissées par cette Paros-là, et mon prochain article sera consacré, lui, au musée archéologique.

 

Mes guides ne font pas allusion au sanctuaire d’Apollon Délien, et les personnes avec lesquelles nous avons eu l’occasion de parler –et il y en a eu plusieurs avec lesquelles nous avons eu de longs et sympathiques entretiens– ne nous en ont rien dit non plus. C’est longtemps après avoir quitté l’île, en recherchant de la documentation pour rédiger cette page de mon blog, que j’en découvre l’existence. C’est vraiment idiot, nous avons manqué une visite fort intéressante.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

En effet, sur une colline qui fait face à l’île sacrée de Délos où Apollon et sa sœur Artémis ont vu le jour, tout au nord de Paros, en un lieu qui, tout naturellement, a pris le nom de Délion, il se trouve quelques ruines de temples consacrés à ces dieux. Mais c’est aussi de là que l’on transmettait d’île en île des signaux lumineux avec des flambeaux, ce qui permettait de faire courir des nouvelles presque aussi vite qu’aujourd’hui avec le téléphone ou Internet. Les signaux de fumée des Indiens d’Amérique n’étaient visibles que de jour, les signaux lumineux des Grecs n’étaient visibles, eux, que la nuit. À défaut de pouvoir montrer les ruines, ou au moins le lieu d’où étaient émis les signaux, je me reporte à l’Agamemnon d’Eschyle, une tragédie avec laquelle il a remporté le premier prix au concours des Grandes Dionysies d’Athènes en 458 avant Jésus-Christ. Au début, le veilleur sur le toit du palais de Mycènes s’écrie:

“La ville d’Ilion a été prise, comme l’annonce le signal de feu (ὁ φρυκτός, ho phryktos)”.

Puis Clytemnestre, la femme d’Agamemnon, le général en chef, en est informée:

“Un signal envoyait un signal ici même, par un relais de feu (Φρυκτός δέ φρυκτόν […] ἔπεμπεν, phryktos dé phrykton épempen)”.

Plus loin, c’est le coryphée qui se demande si la nouvelle est avérée:

“Bien vite, nous saurons si ces signaux et ces relais de feu disent vrai (φρυκτωρίας τε καὶ πυρὸς παραλλαγάς, phryktôrias te kai pyros parallagas)”.

Ainsi, le phryktos est le signal lui-même et la phryktôria (la phryctorie) est le système de signaux.

 

Nous apprenons par ce texte que le signal parti du mont Ida près de Troie est passé par l’île de Lemnos, par le mont Athos, [par un relais nommé dans un vers qui s’est perdu], par l’île d’Eubée, par le Messapios en Béotie, par le mont Cithéron près de Thèbes, par un relais situé près de Corinthe, par le détroit du golfe Saronique, par Argos, avant d’être vu sur le toit du palais où réside Clytemnestre. Non, ce signal-là, celui de la victoire grecque à Troie, n’est pas passé par Délion sur l’île de Paros!

 

Pour qui voudrait aller y voir, si j’ai bien compris Délion est situé au nord de Paroikia, tout près, quelque part entre Krotiri et Kalami.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

Commençons par le plus ancien, remontons à l’époque mycénienne (tiens, justement, l’époque de la Guerre de Troie). Nous sommes ici à Koukounaries, juste avant d’arriver à Naousa, et nous voyons les restes de l’acropole de la dernière période mycénienne, soit après 1200 avant Jésus-Christ. Là se trouvaient un palais fortifié et un habitat assez peuplé. Puis, comme en Crète, comme dans le Péloponnèse, comme à Thèbes, la ville a été détruite et incendiée. Mais vers 1100 on retrouve des traces d’habitation, et la ville s’est de nouveau développée jusqu’au huitième siècle avant Jésus-Christ. Évidemment, seuls des spécialistes peuvent lire cela dans le paysage, dans les ruines, mais aussi dans les objets trouvés sur le site.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

La renommée de Paros tient essentiellement, on le sait, à son marbre blanc de qualité exceptionnelle qui a servi à sculpter les plus merveilleuses statues de l’antiquité, la Vénus de Milo, la Victoire de Samothrace, l’Hermès de Praxitèle entre autres. Nous sommes donc allés voir ces carrières de marbre. Par coquetterie, la route qui y mène est pavée de marbre… D’autre part, cette statue contemporaine est là pour montrer la continuité de la tradition depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Elle ne me déplaît pas, cette sculpture, mais je confesse que je n’y lis pas le même génie que dans les créations que je viens de citer…

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

Quand on approche et que l’on voit ces falaises rouges, on ne peut se douter que plus bas dans la terre une veine blanche a pu donner un marbre si pur. Un panneau interdit l’accès en alléguant des raisons de sécurité, et un haut grillage clôt l’accès. Il n’est toutefois pas trop difficile de l’écarter et d’aller y voir de plus près. J’ai ainsi pu prendre la troisième photo ci-dessus, mais au-delà il fait si sombre que mes photos sont inexploitables et qu’à vrai dire même en décollant mes yeux de mon viseur je n’ai pas vu grand-chose de plus. Il n’empêche: être en ces lieux est émouvant.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

Tout près de la côte, juste de l’autre côté de la route qui la longe, a été découvert à la fin du siècle dernier le cimetière de Paroikia. Les fouilles sont menées depuis 1983. Parce qu’il est situé un peu au-dessous du niveau actuel de la mer, il est nécessaire de sans cesse drainer le sol. On y trouve des tombes dont les plus anciennes remontent au huitième siècle avant Jésus-Christ. Le panneau, sur le site, dit “début du huitième siècle”, tandis que plusieurs sites Internet qui semblent sérieux disent “fin du huitième siècle”. Peut-être cette différence s’explique-t-elle par une différence dans les dates de l’information, les dernières fouilles ayant pu révéler des tombes plus anciennes, inconnues au moment de la rédaction des sites? Je suis bien incapable de trancher.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

Le cimetière a été en usage pendant plus d’un millénaire, jusqu’au troisième siècle après Jésus-Christ. Selon les époques, selon également les moyens financiers des familles, les tombes différaient. D’époque impériale romaine on trouve des sarcophages plus ou moins riches, plus ou moins ouvragés. Il y avait même, est-il dit, d’énormes monuments le long des murs. Ils n’ont pourtant pas été démontés et transportés ailleurs, mais je n’en ai pas vu…

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

D’époque classique, on trouve de simples tombes alignées. C’est sans doute ce qui ressemble le plus à nos cimetières de France aujourd’hui. Je précise “de France”, parce qu’à l’exception de quelques familles de notables les grands monuments ne sont pas le lot de tous les défunts, alors qu’en Italie, par exemple, pour le commun des mortels les tombes sont superposées en murs, mais les chapelles funéraires plus ou moins imposantes sont très nombreuses.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

À l’époque archaïque, on pratiquait la crémation. Aussi les archéologues ont-ils mis au jour quantité d’urnes funéraires. Sur ma photo, on en voit les couvercles alignés sur le sol.

 

Notons une découverte qui n’est pas visible en photos, une sépulture collective d’hommes avec une grande pierre tombale commune, qui date de l’époque géométrique, huitième siècle avant Jésus-Christ. Si je le signale, c’est parce que c’est un exemple unique, dans cette civilisation égéenne, de ce que l’on appelle un polyandrion.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

Koukounaries pour l’époque mycénienne, les carrières du célèbre marbre, le cimetière. Concernant la religion, à défaut de montrer les restes du temple d’Apollon Délien, voici ce que nous avons vu de l’Asclépieion du quatrième siècle avant Jésus-Christ, c’est-à-dire le sanctuaire d’Asclépios, le dieu médecin. Ce petit édicule lui était dédié, ce n’est pas un temple miniature car le culte, ici, était rendu en plein air. Sur le site on honorait également Apollon Pythien, c’est-à-dire l’Apollon de Delphes, puisque là il avait supplanté le serpent Python, et que là se trouvait la Pythie.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

On a également mis au jour, dans Paroikia, des ruines de maisons d’habitation. Ici, nous sommes à la période hellénistique, au troisième siècle avant Jésus-Christ. Ces ruines ne sont pas très parlantes, mais on distingue cependant les murs de différentes pièces, par exemple, ou les dalles d’une allée.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

En se promenant dans les ruines, on découvre aussi certains éléments qui sont beaucoup plus lisibles, comme ce caniveau qui permettait l’évacuation des eaux usées, ou encore ce que je crois être un puisard situé au bout d’une canalisation d’eaux pluviales.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

Et puis dans certaines de ces maisons on a retrouvé des sols en mosaïque. Ces mosaïques peuvent être extrêmement simples, sans rien représenter comme celle de ma première photo ci-dessus, ou être plus élaborées, comme celle de la seconde photo. Néanmoins, je n’ai pas vu, ici à Paroikia, de belles mosaïques de sol représentant des scènes mythologiques, ou des animaux, etc. Si tel était le cas, je suppose que le site ne serait pas en accès libre, ouvert à tous vents.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

Ailleurs, notre promenade dans la capitale de l’île nous a fait découvrir un autre site archéologique. On nous dit qu’il s’agit de l’atelier d’un sculpteur d’époque hellénistique. Bien sûr, le visiteur ne peut s’en rendre compte, mais les archéologues, eux, disposent d’indices, comme les nombreux éclats de marbre jonchant le sol, et peut-être même une statue inachevée ou des ébauches ratées.

La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014
La Paros antique. Du 14 au 17 avril 2014

Ce site archéologique est lui aussi hellénistique  (curieusement, le panneau bilingue dit “hellénistique” dans le texte en grec, et seulement “ancien” dans le texte en anglais). Il s’agit de l’atelier d’un potier. Si je ne suis pas capable de dire l’usage de chacune des salles de l’atelier, en revanche je trouve que le four est remarquablement bien conservé.

 

Comme on le voit, il n’y a pas à Paros de grand site archéologique où subsiste par exemple un temple en bon état avec ses colonnades, un théâtre, une stoa, etc., mais l’antiquité a laissé un peu partout ses traces sur des sites épars, ce qui rend très intéressante la visite de l’île. Et puis ce qui a été trouvé sur ces sites a été rassemblé dans le musée archéologique, qui va faire l’objet de mon prochain article.

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Published by Thierry Jamard
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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 23:55

L’île de Paros héberge aussi des monastères remarquables. Il y en a eu jusqu’à trente-cinq lorsque la Grèce était incluse dans l’Empire Ottoman, il en reste aujourd’hui cinq en activité. Nous n’avons pas pu visiter les uns, ailleurs la photo est strictement interdite ce qui rend le commentaire creux, mais je peux au moins les montrer de l’extérieur. En voici trois.

Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014

Le premier est appelé Μονή Χριστού του Δάσους, Monastère du Christ de la Forêt, dédié à la Transfiguration du Christ, et dédié également à saint Arsénios, qui y est mort et y est enterré. Ce couvent de femmes, où actuellement ne vivent qu’une Mère supérieure et trois religieuses, a été créé en 1805 par l’higoumène d’un autre monastère de l’île.

 

En 1800 naît à Ioannina un garçon que ses parents baptisent du nom d’Athanase. Tôt devenu orphelin, on le retrouve à neuf ans auprès d’un hiéromoine en Asie Mineure. Cinq ans plus tard, le voilà disciple de frère Daniel avec qui il se rend au Mont Athos, la “Montagne Sacrée” où, tonsuré, Athanase prend le nom d’Arsénios. Six ans plus tard, il quitte le Mont Athos avec Frère Daniel et en 1821 débarque à Paros puis, de 1829 à 1840, après avoir été ordonné diacre, il sera professeur dans l’île de Folegandros. Il repart alors vers le Mont Athos, mais lors d’une halte à Paros il apprend que la Montagne Sacrée est occupée par les Turcs, que cinq mille des six mille moines ont dû fuir, et il décide alors de rester à Paros et d’y entrer au monastère de Saint-Georges. À l’âge de quarante-sept ans il est ordonné prêtre.

 

Un jour arrive de l’île de Syros une jeune fille qui veut rendre visite à sa sœur religieuse dans ce monastère de la Transfiguration où nous sommes. Mais elle a commis un grave péché, et sa sœur lui enjoint de s’éloigner de ce monastère qu’elle souille. Elle implore le pardon, rien n’y fait, les religieuses la frappent cruellement et la chassent, la menaçant de mort si elle ose revenir. Elle est contrainte de fuir, couverte de sang. En chemin, elle croise Arsénios, qui l’arrête, lui demande ce qui s’est passé. Il décide de l’emmener avec lui au couvent de la Transfiguration malgré les menaces brandies contre elle. Il la console, la confesse, la consacre religieuse, et tance sévèrement les autres religieuses, leur rappelant la parabole du Fils Prodigue.

 

Mort en 1877 le jour même de son soixante-dix-septième anniversaire, Arsénios a été canonisé par le patriarche de Constantinople en 1967

Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014

Nous avons pu nous promener un peu, visiter ce monastère. Elles sont si peu nombreuses, les religieuses, pour un si grand monastère!

Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014

Une église a été construite récemment, à quelque distance des espaces de vie. Superbe, immense, elle a été inaugurée en 2002.

Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014

Et avant de quitter ce monastère, encore deux images de petits détails, ce heurtoir de porte et cet abreuvoir pour les petits oiseaux.

Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014

Le second monastère que je cite aujourd’hui est celui de la Vierge Longovarda (Μονή Παναγίας Λογγοβάρδας). C’est un monastère d’hommes, où seuls peuvent pénétrer des hommes. La visite est interdite aux femmes, comme au Mont Athos. C’est tellement ridicule et choquant (le monastère est dédié à la Vierge, mais je suppose que si elle se présentait en personne elle serait interdite d’accès!) que je n’ai pas laissé Natacha sur le seuil pour visiter sans elle. Puisque nous sommes restés devant la porte, regardons cette Vierge et Jésus qui la surmontent, représentés dans une vasque. On peut lire Η ΖΩΟΔΟΧΟΣ ΠΗΓΗ (i zoodochos pigi, la source qui donne la vie).

 

Depuis la création de ce monastère en 1638, les moines y mènent une activité d’écriture, de peinture d’icônes, de reliure, de viticulture et de viniculture. D’autre part, on est fier –et à juste titre– de raconter que, durant la Seconde Guerre Mondiale, alors que l’occupant nazi s’apprêtait à passer par les armes cent cinquante otages, l’higoumène (c‘est-à-dire l’abbé) Filothéos Zervakos est allé trouver le commandant allemand pour lui demander de surseoir à l’exécution, à quoi il s’est vu opposer un refus catégorique, moyennant quoi il lui serait accordé tout autre vœu. À quoi l’higoumène a demandé à être exécuté avant les otages. Admirant son courage et sa générosité, le commandant l’a laissé repartir et a libéré les otages.

 

Aujourd’hui, le monastère comporte sept moines et leur higoumène.

Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014
Trois monastères de Paros. 15 et 16 avril 2014

C’est en 1594 qu’a été créé ce monastère d’Agios Minas. Comme je le disais au début, nous n’avons pas visité l’intérieur de ce monastère qui, selon les internautes, est pourtant extrêmement accueillant. Je me contente d’en montrer quelques images de l’extérieur. On peut constater qu’il est enserré dans de puissants murs: c’est qu’à l’époque de sa construction il convenait de se protéger des incursions de pirates, les raids dans les îles de l’Égée étant fréquents. Les bâtiments ouvraient donc sur une cour intérieure, mais vers l’extérieur c’étaient de véritables forteresses.

 

Le saint patron de ce monastère, Minas ou Menas, j’en ai parlé dans mon article Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013. Je ne recommence donc pas ici.

 

Si je le faisais, ce ne serait que pour étoffer un peu le présent article, bien maigre, puisque je me limite aujourd’hui à ces quelques images…

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