Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 23:55
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

L’église de la Panagia Ékatontapyliani, église de la Vierge aux Cent Portes, est en réalité tout un complexe de différentes époques, dont la visite s’impose comme l’une des plus importantes de Paroikia, et même de toute l’île de Paros. Cent portes? Elle en aurait réellement, selon une légende, quatre-vingt-dix-neuf visibles, la centième étant une porte secrète qui resterait cachée jusqu’à ce que les Turcs libèrent Constantinople. On a beau compter et recompter, on est loin de cent, et même de quatre-vingt-dix-neuf, et ce nom lui aurait plutôt été donné pour exprimer sa grandeur exceptionnelle (la basilique seule mesure 40x25 mètres), et il est vrai qu’après deux églises de Thessalonique, la Panagia Acheiropoietos et Agios Dimitrios (voir mon article Thessalonique, églises et monastères. Du 19 au 26 juillet 2012), elle est la plus importante église paléochrétienne de l’Égée et du pourtour de l’Égée.

 

Elle a en fait deux noms, on l’appelle aussi parfois Katapoliani, qui signifierait κατά την πόλη (kata tin poli, en direction de la ville) parce qu’elle est située tout près de la vieille ville, mais hors de l’acropole. Et depuis que Monseigneur Amvrossios, métropolite (évêque) de Naxos et Paros, a obtenu du synode de Grèce d’en faire un lieu de pèlerinage, son nom officiel est devenu, pour les Orthodoxes, le Saint Pèlerinage de la Vierge Ékatontapyliani à Paros.

 

L’édit de Constantin (édit de Milan), en l’an 313, par lequel le paganisme romain n’est plus religion officielle et qui autorise tout un chacun à “adorer à sa manière la divinité qui se trouve dans le ciel” marque le début de la christianisation de Paros, avec une conséquence dramatique pour l’art et pour l’archéologie, la destruction des temples païens pour construire des églises chrétiennes. Au début de ce même quatrième siècle, sous l’empereur Dioclétien, les chrétiens avaient été martyrisés, et dès qu’ils ont été autorisés ils se sont mis à détruire tout ce qui était païen, alors même que, et ce pour deux ou trois siècles encore, le paganisme avait des adeptes dans l’Empire Romain, entre autres à Paros.

 

La mère de l’empereur Constantin, sainte Hélène, avait décidé en 326 de faire un voyage en Terre Sainte pour tenter d’y retrouver la croix du Christ. Son navire, pris dans une violente tempête, a dû faire relâche à Paros. Là, Hélène est allée prier la Vierge dans une toute petite église qui venait d’être construite sur l’acropole, et a fait le vœu de lui élever une grande église si elle trouvait la croix. Puis elle a poursuivi son voyage et a trouvé une croix qu’elle a considérée comme celle du Christ. Tous ces faits sont authentiques. En revanche, que la croix retrouvée ait été celle du supplice de Jésus presque trois siècles plus tôt, c’était sa conviction, mais ce n’est pas prouvé scientifiquement. Hélène étant morte en 328, peu de temps après son retour, c’est Constantin qui a réalisé son vœu de 328 à 337 en construisant sur les fondations de deux bâtiments préchrétiens une première vraie grande église chrétienne à Paros accolée à la petite église où sa mère s’était recueillie. Les recherches modernes ont prouvé que la petite chapelle primitive, édifiée entre 313 et 326, est une chapelle latérale de l’Ékatontapyliani, la chapelle Saint-Nicolas, qui à l’origine s’appelait église de la Dormition de la Vierge. Hélas, lors de notre visite, pour une raison que j’ignore (travaux? Ou plutôt peut-être préparation des célébrations?), nous n’avons pu visiter cette église primitive.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Je disais que l’église d’Hélène et Constantin reposait sur des bâtiments préchrétiens. Dans la cour du musée archéologique, nous avons pu voir des fragments de mosaïque de sol trouvés lors de fouilles à quatre-vingts centimètres sous le sol actuel de l’église, et qui avaient appartenu à un gymnase d’époque impériale romaine. Celui que je montre ici est superbe.

 

Cette église de Constantin avait un toit de bois. À une époque indéterminée, et pour une raison que l’on ignore (très probablement un incendie), elle a été en grande partie détruite. C’est Justinien, empereur de 527 à 565, qui l’a fait reconstruire avec voûtes et coupole par un architecte nommé Ignatios qui, selon la tradition, aurait été un élève des architectes de Sainte-Sophie de Constantinople. C’est l’église actuelle, mais qui a subi au cours des siècles bien des modifications à la suite de bien des souffrances. Il y a eu d’incessants raids de pirates avec les dommages que cela suppose. Il y a eu l’arrivée des Francs à la suite de la prise de Constantinople en 1204. Il y a eu le siège, l’attaque, la prise, le pillage de Paros par Barberousse en 1537. Il y a eu l’invasion du kapudan (grand amiral de la flotte ottomane) Mustapha Kaplan Pacha en 1666. Il y a eu le terrible tremblement de terre de 1773 qui a mis à terre des voûtes et une partie de la coupole

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Suite à cette ultime destruction, on a reconstruit une façade qui se voulait de style égéen, blanche, avec trois clochers et, à l’intérieur, on a procédé à maints ajouts et modifications. Il a fallu, de 1959 à 1966, entreprendre de grands travaux pour lui rendre un aspect intérieur proche de celui qu’elle avait lors de la reconstruction de Justinien au sixième siècle.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Le narthex lui-même est intéressant, par son architecture qui trahit son antiquité. Mais il s’y trouve aussi quelques tombes qui n’ont rien d’antique. La stèle ci-dessus orne la tombe d’un bienfaiteur de l’église, Giorgos Mavrogénis, mort en 1870. Elle représente la Moire Atropos (ou peut-être, parce que depuis la Renaissance on avait tendance à assimiler divinités grecques et romaines, la Parque Morta), celle qui coupe le fil de la vie filé puis déroulé par ses sœurs. Partant du fuseau qu’elle tient dans la main gauche, le fil de la vie de cet homme s’est dévidé et a été roulé en une grosse pelote, mais avec les ciseaux qu’elle manie de la main droite elle coupe ce fil.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Lorsque l’on est dans l’église, on se rend compte qu’elle remonte en effet à l’époque de Justinien, avec son plan en croix grecque et sa coupole. Les colonnes de la nef, comme les colonnettes de la tribune –qui était le gynécée, l’espace réservé aux femmes, seuls les hommes suivant les offices en bas– sont récupérées d’édifices préchrétiens. De même, les colonnes de l’iconostase proviennent d’autres édifices, sinon l’architecte les aurait fait tailler dans le même marbre; or celle de gauche est blanche, les deux du milieu sont brun foncé, celle de droite est rose…

 

Parce que, depuis 1715, le hospodar (prince) de Moldavie et Valachie (aujourd’hui région de Roumanie) est nommé par le sultan ottoman qui le choisit parmi les dignitaires Grecs, de 1786 à 1790 règne à Bucarest Nicolae Mavrogheni (en grec Nikolaos Mavrogénis), qui est originaire de Paros. Sans doute le Giorgos Mavrogénis enterré dans le narthex est-il de cette même famille. Ce hospodar va se trouver confronté aux Autrichiens, il est vaincu et 1789, les Autrichiens occupent Bucarest. Le sultan le fait décapiter en 1790. Mais il a eu le temps, en 1788, de faire réaliser à Bucarest les merveilleuses icônes revêtues d’argent repoussé et de les offrir à l’église de sa terre d’origine.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Elle aussi plus récente que la structure de l’église, la très belle chaire, campée sur ses deux hautes colonnes de marbre blanc, date du dix-septième siècle.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Justinien avait fait poser une coupole, donc une demi-sphère. Mais pour soutenir un cercle il faut que les quatre colonnes soient aux quatre coins d’un carré, or l’église d’Hélène et Constantin, avec son toit de bois, avait disposé les colonnes en rectangle, de sorte que la coupole a dû être construite en ovale. Et sur deux médaillons entre coupole et colonne, nous voyons un séraphin qui rappelle ceux de Sainte-Sophie de Constantinople.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Puisque nous sommes dans une église dédiée à la Panagia, à la Vierge, je me dois de m’arrêter un instant devant une icône qui la représente, avec ce visage jeune et très doux.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Ici, c’est le détail d’une parure d’icône en argent qui représente la Dormition de la Vierge. Cela non plus, c’est clair, ne remonte pas à l’église ancienne.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Puisque, après l’architecture, je montre quelques-unes des œuvres d’art que l’on trouve dans cette église, voici un épitaphios de velours brodé qui est une pièce de grande qualité. L’épitaphios est, on le sait, ce grand tissu que les Orthodoxes utilisent pour la célébration du Vendredi Saint, ce qui explique pourquoi il représente toujours le Christ mort, étendu, que l’on prépare pour son ensevelissement.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Parce que nous sommes au moment des Rameaux puis de la Semaine Sainte et de Pâques dans le calendrier orthodoxe, la décoration de l’église est préparée. Or ici la tradition veut que l’on orne l’église de ces plantes tressées de toutes les manières, en croix, en petits sujets, ou en pures décorations. Cela, évidemment, gêne pour voir ce qu’il y a derrière, mais c’est réalisé avec tellement d’adresse et de goût que l’on aurait mauvaise grâce à se plaindre.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014
La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Puisque malheureusement nous ne pourrons pas voir les chapelles qui se trouvent sur la gauche du chœur, nous terminerons notre visite de l’Ékatontapyliani par le baptistère, sur le flanc droit de la nef, avec sa cuve prévue pour l’immersion baptismale. On a la chance qu’il soit remarquablement bien conservé, le mieux conservé paraît-il de tout le Levant byzantin, mais dans l’Occident nous avons vu en Italie, l’an passé, deux baptistères en parfait état: voir mes articles Ravenne 05: le baptistère des Ariens, daté du 9 mai 2013 ainsi que Ravenne 06: le baptistère de Néon, daté du 10 mai. Celui de Paros, avec ses 16,50x15 mètres, date de l’église primitive, du quatrième siècle.

 

Au centre de cette cuve baptismale en croix grecque, la colonnette qu’on voit aujourd’hui remplace le piédestal sur lequel officiait le prêtre et que l’on appelait l’îlot sacré. Sur mes photos, nous sommes du côté ouest de la cuve et regardons vers l’est. Le catéchumène descendait dans l’eau par les marches de l’ouest, symbolisant le monde du péché, et après avoir été baptisé il remontait par les marches de l’est, puis revêtait une aube blanche et pouvait désormais entrer dans l’église où il communiait.

La Panagia Ékatontapyliani à Paros. 12 avril 2014

Certes il n’en reste pas grand-chose, mais la mosaïque de sol dont on voit ici un fragment date de l’origine du baptistère. Non seulement des éléments modernes se sont ajoutés à ces restes de l’église paléochrétienne et de l’église de Justinien, mais le complexe de l’Ékatontapyliani comporterait en outre plus de deux mille cinq cents éléments architecturaux récupérés sur des monuments antiques préchrétiens. À titre d’exemple, l’un des pilastres du portail d’entrée de la basilique porte gravée l’inscription ΖΕΥΣ ΕΛΕΥΘΕΡΙΟΣ (Zeus Éleuthérios): c’est une pierre provenant de l’autel d’époque classique de ce dieu…

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

miriam panigel 25/01/2017 15:07

Excellents souvenirs de Paros! Merci pour ces photos je n'en ai pas fait tant

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche