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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 23:55
Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Un simple détroit sépare Antiparos de la côte sud-ouest de Paros. “Anti Paros” signifie “en face de Paros”, comme “Anti Polis” signifie “en face de la ville” (la ville, c’est Nikaia, aujourd’hui Nice, et Antipolis c’est aujourd’hui Antibes, ainsi l’a voulu l’évolution phonétique de ces deux noms). Et comme les grottes d’Antiparos sont célèbres, nous nous embarquons avec notre petite voiture de location pour un prix ridiculement bas. Bientôt on voit s’éloigner Paros et, le temps d’aller vers la proue, on voir approcher Antiparos.

 

Tournefort (1656-1708) est un savant, qui a été titulaire de la chaire de botanique au Jardin des Plantes de Paris, membre de l’Académie des Sciences. De 1700 à 1702, sur ordre de Louis XIV, il effectue un voyage au Levant dont il rapportera des milliers de plantes et sur lequel il publiera un livre. Il écrit:

“Antiparos est un écueil de 16 milles de tour, plat, bien cultivé, lequel produit assez d'orge pour nourrir 60 ou 70 familles enfermées dans un méchant village à un mille de la mer, et qui payent 700 écus de taille réelle, et 500 écus de capitation, quoique tout leur négoce ne consiste qu'en peu de vin et de coton. On y élit tous les ans deux consuls, quelquefois un seul à qui on donne dix écus pour prendre le soin des affaires de l’île. Pour le spirituel, elle dépend de l'archevêque grec de Naxos; mais il a de très mauvais paroissiens, car la plupart des habitants de l'île sont des corsaires français et maltais, qui ne sont ni grecs ni latins [c'est-à-dire ni orthodoxes, ni catholiques]. L'épouvante y était si grande lorsque nous y arrivâmes, qu'on n'avait laissé ni nappes, ni serviettes dans les maisons: on avait tout enterré à la campagne à la vue de l'armée turque, qui exigeait la capitation. Il faut avouer que le bâton des Turcs a de grandes vertus: toute une île fré­mit quand on parle de la bastonnade: les plus aisés n'o­sent paraître que dans une posture fort humiliée, la tête couverte d'un bonnet crasseux; et la plupart de ces mal­heureux, pour ne pas s’exposer à une si grande honte, se retirent dans des cavernes. Les Turcs, qui se doutent bien qu'on a caché ce qu'il y a de meilleur dans le pays font donner des coups de bâton aux officiers qui sont en charge, et cette cérémonie dure jusqu’à ce que leurs femmes aient apporté leurs dorures et celles de leurs voisines. Dieu sait de quelles lamentations ces démarches sont accompagnées: bien souvent les Turcs, après s'être saisis des joyaux, mettent à la chaîne les maris, les femmes, les enfants”.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Il suffit de suivre le fléchage, les grottes ne sont pas bien loin. Mais nous pouvons nous arrêter quelques instants pour photographier le paysage.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Comme il y a un petit trou au centre de chacune de ces toiles tissées blanches, je suppose que c’est un insecte ou un ver, bref un animal quelconque qui en est l’artisan. Mais je n’en sais pas plus…

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Les voilà, ces fameuses grottes. Ce ne sont peut-être pas les plus grandes, les plus majestueuses de toutes celles que nous avons vues, mais elles sont cependant impressionnantes, avec de très belles concrétions.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Difficile d’exprimer ce que je ressens quand je vois, ainsi, une gouttelette minuscule qui pend sous une stalactite et que je pense aux infimes résidus calcaires qui y sont dissous et qu’elle va y laisser en tombant; quand je vois, en-dessous, la stalagmite sur laquelle elle va tomber et à laquelle elle va également léguer d’infimes résidus calcaires; et quand j’imagine les milliers d’années pendant lesquelles goutte après goutte vont se former ces concrétions, cela donne le tournis. Car ces concrétions forment des colonnes, des rideaux, des orgues, il leur a fallu des milliards de gouttelettes comme celle que j’ai photographiée pour se former peu à peu.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Les concrétions ne sont pas toujours en forme de chandelles, elles peuvent avoir toutes sortes de formes, comme celle-ci, qui ressemble à un fantôme sous son drap!

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Le dix-huitième siècle est dit siècle des Lumières. Ce qui ne veut nullement dire que les Lumières du siècle ont illuminé les esprits de Cabuchet père et fils, des Français qui, le 3 juin 1776, ont visité ces grottes et se sont amusés à les salir en y inscrivant leur nom. Pas de quoi être fier.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

“Pour grands que sont les rois, ils sont ce que nous sommes,

Et peuvent se tromper comme les autres hommes”, dit Corneille.

Et c’est ce qui est arrivé au roi Othon de Grèce qui a cru bon, lui aussi, de laisser un graffito dans la grotte. Je lis sur cette paroi: “Οθων Α’ βασιλεύς τῆς Ἐλλάδος τῇ 27 σεπ. 1840”, soit “Othon Ier roi de Grèce, le 27 septembre 1840”. Notons que ce prince bavarois devenu roi de Grèce préfère écrire en grec ancien comme au temps de Périclès, car dans la langue que parlaient ses contemporains ce texte aurait été assez différent. Bon, les citoyens grecs ne lui en ont apparemment pas voulu, ils l’ont laissé sur son trône. Ce n’est que vingt-deux ans plus tard, en 1862, qu’ils vont le destituer, et probablement pour d’autres raisons!

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

À la suite du texte que j’ai reproduit plus haut, Tournefort décrit les grottes que nous visitons, et il illustre son propos des gravures que je reproduis ci-dessus:

“Une caverne rustique se présente d'abord, large d’environ 30 pas, voûtée en arc surbaissé et fermée par une cour qui est l'ouvrage des bergers: ce lieu est partagé en deux par quelques piliers naturels, sur le plus gros desquels, qui paraît comme une tour attachée au sommet de la caverne, on lit une inscription fort ancienne et fort maltraitée: elle fait mention de quelques noms propres que les gens du pays, par je ne sais quelle tradition, prennent pour les noms des conspirateurs, qui en voulaient à la vie d'Alexandre le Grand; et qui après avoir manqué leur coup, vinrent se ré­fugier dans cet endroit comme dans un lieu de sûreté”.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

La visite dure une quarantaine de minutes. Elle en vaut, je crois, vraiment la peine. Et voilà que nous revenons à la surface.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Juste devant l’orifice de la grotte, a été construite une toute petite chapelle. Et comme on le voit, elle est partiellement troglodyte, puisque c’est la roche qui fait office de plafond au-dessus du sanctuaire (la partie qui se trouve au-delà de l’iconostase). Une plaque dit qu’elle a été construite par Vasilis et Maria Patelis en 2014. Or nous ne sommes qu’en avril 2014. Elle n’est donc pas achevée, car l’iconostase doit impérativement fermer le sanctuaire à la vue des fidèles pendant la célébration, d’ailleurs le mot signifie “icônes debout”, or cette iconostase présente de grands vides là où l’on attendrait, précisément, des icônes.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014

C’est l’heure de nous restaurer, nous prenons place sar la terrasse d’une petite taverne face à l’île de Despotiko, au sud-ouest d’Antiparos. La vue est agréable, et de plus elle est typique, avec ces maquereaux pendus par la queue pour sécher au soleil. C’est là que nous allons trouver un marin pêcheur qui va accepter de nous mener à Despotiko (ce sera pour mon prochain article) et de venir nous y rechercher une heure plus tard.

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Malgré la promenade à Despotiko (qui, je le raconterai, s’est prolongée) nous avons eu le temps de nous promener un peu dans Antiparos, à pied et en voiture. Un panneau cite des vers de Kazantzakis (1883-1957):

Έχεις τα πινέλα

έχεις τα χρώματα

ζωγράφισε τον παράδεισο

και μπές μέσα

 

Tu as les pinceaux

Tu as les couleurs

Peins le paradis

Et entres-y

Antiparos. Mardi 15 avril 2014
Antiparos. Mardi 15 avril 2014

Et voilà, notre journée à Antiparos et Despotiko s’achève. Bien brève, car il nous faut prendre le bateau du retour. Moins de huit heures, traversées comprises. Mais nous en revenons les yeux remplis de belles choses. Et intéressantes.

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Published by Thierry Jamard
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