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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 23:55

Ravenne est une ville envoûtante. Nous sommes en principe en route vers la France, nous ne faisons que traverser l’Italie, mais nous sommes restés dans cette ville plus de deux semaines. C’est la ville des mosaïques anciennes, et ceux de mes lecteurs qui n’aiment pas la mosaïque vont pouvoir sauter à pieds joints par-dessus bon nombre de mes articles. De mes seize articles numérotés sur Ravenne. Mais pour commencer, flânons dans le centre, laissant de côté pour des articles spécialisés les grands lieux touristiques.

 

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Commençons par les portes de la ville. À l’ouest, c’est la Porta Adriana. Son nom n’est pas lié à l’empereur Hadrien, car la première porte construite ici l’a été quelque temps avant l’an mil. Parmi les hypothèses, certains pensent que c’est en relation avec une famille aristocratique de Ravenne, les Adriani. D’autres supposent que c’est parce que de là part une route qui se dirige vers la Vénétie et la ville d’Adria. Il est sans doute très présomptueux de ma part de porter un jugement sur une hypothèse qui a dû être émise par des chercheurs très sérieux, alors que moi je n’y connais rien et que je n’ai même pas cherché à creuser le problème, mais en regardant la carte, je vois que les grand-routes partant de ce côté ouest de la ville, celles qui suivent un tracé ancien, vont vers Ferrare et Bologne, et même la route qui part du nord de la ville, par la Porta Serrata que nous allons voir tout à l’heure, va vers Padoue et Venise. Et pour se rendre à Adria, c’est bien par la Porta Serrata qu’il faut quitter Ravenne, et non par la Porta Adriana. On se dirige vers Venise et, après avoir franchi le Pô, on tourne à gauche vers Adria.

 

Cette ancienne porte a été restaurée au début du seizième siècle par le podestat vénitien Giustiniani (en effet, à l’époque, Ravenne appartenait à Venise), mais elle a été remplacée par une autre, en 1545, par le légat du pape, le cardinal Girolamo Capoferro, qui l’a construite plus au nord, avec un pont-levis pour franchir les douves qui couraient tout le long des murs de la ville. Ce déplacement n’a pas eu l’heur de plaire, puisque dès 1583 le cardinal Ferrero la fait déplacer pour la reconstruire à l’emplacement de l’ancienne porte. Ce faisant, il l’orne de marbres qui lui procurent l’aspect que nous lui voyons actuellement. De part et d’autre, elle était protégée de tours rondes qui, au dix-huitième siècle, ont été remplacées par les deux bastions de plan carré que nous voyons aujourd’hui.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Nous tournons autour de la ville, nous arrivons dans le sud à la Porta Sisi. Les premiers témoignages que l’on a d’une porte en cet endroit remontent au dixième siècle, en l’an 960, mais comme elle clôt la via Mazzini qui recouvre une ancienne voie romaine il y a fort à parier que la ville était, déjà dans l’Antiquité, protégée en cet endroit par une porte. Et c’était, avec la Porta Adriana, l’une des deux principales voies d’accès à la ville. La porte actuelle a été construite en 1568. Puis, en 1885, on a récupéré la lunette en fer battu de l’ancien monastère San Vitale et on l’a fixée sur cette porte. Difficile de reconnaître ce qui est représenté au centre vu le mauvais état de conservation, mais il s’agissait de San Vitale à cheval.

 

Là aussi, on s’interroge sur l’origine du nom. La première explication, qui se réfère à une époque du Haut Moyen-Âge non précisée, viendrait de la femme du seigneur Rinaldo Maltagliati (sur Internet le seul homme de ce nom connu de Google est un conseiller de 1928…) qui avait fait cadeau à l’église de “San Mamo” (mais je n’ai pas trouvé trace de cette église dans la liste des soixante-et-une paroisses de Ravenne) d’un vaste domaine. Or cette dame se nommait Scisa ou Sisa, d’où le nom de “Porta Sisi” donné en son honneur, la porte ayant été construite grâce aux revenus de ce domaine.

 

Autre hypothèse. De cette porte part la route du sud, qui conduit à Arezzo en traversant Sarsina, ville frontière entre Romagne et Toscane. On a supposé que la corruption de ce nom, “Porta di Sarsina”, aurait abouti d’une part au raccourci Sisi, d’autre part au nom “Porta Ursicina” qui lui a longtemps été donné. Phonétiquement, je ne vois pas bien comment Sarsi[na] peut devenir Sisi et encore moins comment [Ur]sici[na] peut donner Sisi, dans la mesure où en italien (et cette explication je l’ai trouvée dans un site italien) ce nom se prononce Oursitchina. On connaît cette boutade qui dit que “cheval” vient du latin “equus”, où il suffit de changer e- en che- et –quus en –val… et cette explication me donne l’impression de relever de cette logique. En l’absence de troisième hypothèse, c’est la première qui me paraît la plus vraisemblable.

 

La chronologie, hélas, s’oppose à une explication qui semblerait logique. Chronologie, car le nom de Sisi remonte beaucoup plus loin dans le passé que le seizième siècle. Or le pape Sixte V (en italien Sisto V), qui a régné de 1585 à 1590, a restauré la porte, à la suite de quoi on l’a pendant un temps appelée Porta Sista. À noter qu’il y a incohérence entre cette information et celle qui figure sur une plaque fixée sur la porte par la Superintendance des Biens Architecturaux de Ravenne, qui donne la date de 1568. Or, de 1566 à 1572, le pape est Pie V, dont le nom ne peut justifier l’appellation de Porta Sista. Quoi qu’il en soit, moins d’un siècle après, en 1649, sous l’administration du cardinal Alderano Cybo, légat pontifical, la porte est restaurée au même titre que divers autres bâtiments de Ravenne.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Toute voisine, au sud de la ville, est la Porta Nuova. Celle-là a d’abord été appelée Porta Gregoriana, parce que construite par le pape Grégoire XIII puis, parce qu’elle ne datait que de 1580 et qu’en cet endroit elle ne succédait à aucune porte plus ancienne, on l’a appelée Porta Nuova (Porte Neuve). Comme d’autres monuments de Ravenne, elle a bénéficié du réemploi de marbres provenant de la démolition en 1540 d’une ancienne porte monumentale de la ville située au sud-ouest, la Porta Aurea (Porte Dorée, comme au sud-est de Paris), qui remontait à 42 de notre ère. Sous l’empereur Tibère, me dit-on, mais Tibère est mort en 37, et son successeur Caligula est mort en 41. Donc ou bien cette Porta Aurea était antérieure à 37, ou bien elle est due à Claude (empereur de 41 à 54).

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

À présent, la Porta Serrata, plein nord. Une porte est documentée dès 1235 en ce lieu, ou plutôt quelques dizaines de mètres plus à l’ouest, sous le nom de Porta Anastasia, sans doute en l’honneur de la puissante famille Anastasi de Ravenne.

 

En 1275, Guido Da Polenta, chef des Guelfes de Ravenne, ravit le podestat de la ville au Gibelin de la famille des Traversari. Lorsque, après avoir déporté dans l’île de Candia (la Crète) en 1441 Ostasio III Da Polenta et son fils Girolamo, la Sérénissime prend possession de Ravenne, craignant que la cité lui soit reprise par les partisans d’Ostasio elle fait murer la Porta Anastasia pour plus de sécurité. On l’appelle désormais Porta Serrata (Porte Verrouillée). Mais en 1509, à Agnadel près de Milan, l’armée française de Louis XII, au nom de l’alliance créée par le pape Jules II (Giulio II) avec le roi Ferdinand d’Espagne et Maximilien Ier empereur d’Allemagne, vainc la République de Venise et donne Ravenne aux États de l’Église. En 1511, le pape Jules II passe par là. trouve la porte fermée et ordonne de la rouvrir, ce qui réjouit la population, et il impose aussi de l’appeler désormais Porta Giulia en son honneur. Mais cette imposante porte de brique, avec des inserts de marbre prélevés, comme ceux de la Porta Nuova, sur l’antique Porta Aurea, est due au légat du pape, le cardinal Ferreri, qui l’a construite ici en 1582.

 

En 1650, le cardinal Cybo la fait restaurer à la suite de la Porte Sisi, et il fait graver “Porta Cybo” afin que son nom soit honoré, sous une autre inscription qui dit S.P.Q.RAV. A.D. MDCL (“Senatus Populusque Ravennae, anno Domini 1650”, soit “Le Sénat et le peuple de Ravenne, année du Seigneur 1650”). Mais le pape Jules II a bien pu dire ce qu’il exigeait et le cardinal Cybo écrire ce qu’il imaginait, on continue d’appeler cette porte la Porta Serrata!

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

En bordure d’un quartier ancien côté ville et d’un parc de l’autre côté, de longs tronçons des vieux murs ont été conservés près de la Porta Serrata.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Puisque nous en sommes à cette partie médiévale et Renaissance de Ravenne, faisons un petit tour à la Rocca Brancaleone, château fort du quinzième siècle. Puisque, pour les portes de la ville, j’ai évoqué les raisons de leurs noms, faisons-en autant pour cette Rocca. Personne ne dit rien de la première partie du nom, “Branca”, ce qui est la meilleure façon de ne pas se tromper. Et le “-leone” serait dû à l’occupation vénitienne, puisqu’en italien un lion se dit leone et que le lion de saint Marc est l’emblème de la Sérénissime.

 

Cette rocca est une puissante forteresse trapézoïdale dont le mur d’enceinte est protégé par de grosses tours aux quatre angles. À l’intérieur, le château lui-même, de forme carrée, s’appuie sur une tour à chacun de ses angles. Aux deux angles du nord, il utilise les tours de la Rocca, à l’ouest une tour supplémentaire est intégrée dans le mur d’enceinte, et la quatrième tour. Mes explications sont assez confuses, mais on peut voir clairement comment les choses s’organisent en jetant un coup d’œil sur Google Earth N44°25’22,57” E12°12’19,56”.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

L’ensemble, construit par les Vénitiens de 1457 à 1470, a par la suite subi de très gros dommages. En effet, en 1630 pour construire l’église San Romualdo, on a très largement prélevé des briques. Puis en 1722, d’autres briques sont prélevées pour le Teatro Vecchio. Les rivières Ronco, passant au sud de Ravenne, et Montone, au nord-ouest, se réunissent pour former, avant de se jeter dans l’Adriatique, ce que l’on appelle (avec une remarquable imagination) i Fiumi Uniti (les Fleuves Unis). Mais ces rivières lors de crues ont à plusieurs reprises causé des dommages à la ville, aussi le cardinal Giulio Alberoni, légat pontifical (1735-1739), détourne leurs cours pour les faire confluer dans un canal qui avait été creusé en 1651. Pour cela, il doit construire sur le Montone une écluse, l’écluse de San Marco (au sud-est de la ville), et dans la foulée il jette un pont sur les Fiumi Uniti, causant deux nouveaux très graves prélèvements de briques de la Rocca. Et jusqu’à la fin du dix-huitième siècle les particuliers vont continuer à venir se servir. Or voilà qu’en 1799 est instaurée la République Cisalpine de Bonaparte, et l’on procède à quelques travaux d’entretien. Mais ce n’est qu’en 1915 que la Rocca, mise à la disposition du Ministère de l’Instruction Publique, va redevenir utile: on en fait un potager… En 1968, enfin, la Municipalité de Ravenne en devient propriétaire. Une réhabilitation va être entreprise. Aujourd’hui, on peut s’y promener, c’est l’un des parcs de la ville.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Aux alentours de l’an mil, c’est devenu une mode un peu partout en Italie: en signe de puissance, les familles aristocratiques se faisaient construire de hautes tours. Vers la fin du treizième siècle, pour assurer son contrôle sur la ville, le légat pontifical fait raser toutes les tours et forteresses privées. La tour de mes photos, élevée au douzième siècle, avait entretemps été acquise par la Cité, et étant publique elle a été épargnée. Parce qu’à l’époque de sa construction elle était proche du quartier des boucheries, on l’a appelée “Torre dei Beccai” (Tour des Bouchers), mais c’est la tour communale, la Torre Civica. Du haut de ses trente-neuf mètres, on sonnait l’alarme en cas d’incendie, d’inondation ou autre danger, ainsi que pour convoquer le conseil municipal. Les eaux souterraines minent le sol sur lequel elle repose et c’est pourquoi elle est inclinée et ferait presque concurrence à la tour de Pise, à tel point qu’en 2000 on a emmailloté de fer sa partie inférieure et on s’est résolu à en ôter la partie supérieure qui risquait de tomber, autorisation accordée par les responsables nationaux des biens architecturaux à la condition expresse que les briques constituant cette partie soient conservées dans des locaux communaux et que le tout soit remonté après consolidation. Bien des années ont passé, et la tour n’a toujours pas été restituée dans son intégrité, faute de crédits.

 

Sur ma deuxième photo, à droite de la tour, on voit une belle maison ancienne. C’est la Casa Melandri, construite au seizième siècle, mais restructurée au dix-neuvième.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Au dix-huitième siècle, les Rasponi, une grande famille de Ravenne, ont fait construire un palazzo qui porte leur nom. Aujourd’hui, une partie du palais est occupée par le siège du gouvernement provincial (palazzo della provincia). On peut visiter les jardins, une partie du palais et une crypte. Je disais tout à l’heure que j’avais préparé seize articles numérotés sur notre passage à Ravenne: je consacrerai mon article “Ravenne 14” au palazzo Rasponi et à la crypte Rasponi.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Un point central de Ravenne, un lieu des plus fréquentés, est la vaste piazza del Popolo. À la fin du treizième siècle, la famille Da Polenta prend possession de la ville et crée ici la piazza del Comune, la place de la Municipalité, en élargissant la rue en face de l’endroit où se situe le palais que Bernardino Da Polenta s’est fait construire sur les restes du palais de l’empereur romain d’Occident Honorius (395-423). Sur le côté sud de la place, on bâtit le palais du gouverneur. Au quinzième siècle arrivent les Vénitiens. Dans les années 1470-1480 ils définissent les dimensions actuelles de la place, qui devient incomparablement plus vaste que cette simple rue élargie, et veulent s’inspirer de leur place Saint-Marc de Venise: en 1483, à l’une de ses extrémités, ils érigent deux colonnes. Au sommet de l’une ils placent le lion de Venise, au sommet de l’autre Sant’Apollinare, le patron de Ravenne, son premier évêque consacré par saint Pierre en personne, si l’on en croit son hagiographie. Quand, en 1509, le pape Jules II reprend la ville aux Vénitiens, il s’empresse de faire remplacer le lion de saint Marc par la statue de San Vitale. Ce saint Vital est un soldat de l’armée romaine qui a vécu au premier siècle de notre ère, à l’époque de Néron. Marié à Valérie (future sainte Valérie), il a deux fils, qui seront saint Gervais et saint Protais. Un jour qu’un médecin chrétien, durement torturé est menacé d’être décapité par le juge Paulin pour son entêtement à refuser de sacrifier aux dieux païens, Vital lui rend le courage d’affronter le dernier supplice, et le médecin meurt en martyr. À la suite de cela, Vital enterre le médecin, refuse de suivre Paulin et se déclare ouvertement chrétien. C’en est trop, Paulin ordonne de le prendre et “s'il refuse de sacrifier, creusez-y une fosse si profonde que vous arriviez jusqu'à l’eau et vous l’y enterrerez vif et couché sur le dos”. On devine que Vital n’a pas sacrifié aux dieux et qu’il est mort enterré vif. Mon futur article “Ravenne 07” sera consacré à l’église dont il est le saint patron.

 

Au dix-neuvième siècle, se constitue le royaume d’Italie unifié, avec pour roi Victor Emmanuel II de Savoie. La place prend le nom de Vittorio Emanuele II. Mais en 1946, un grand référendum constitutionnel demande aux Italiens de choisir entre conserver à leur pays un régime monarchique ou changer pour devenir une république. C’est Ravenne qui, votant à 88% pour la république, donne à ce choix le plus fort pourcentage du pays. La place ne pouvait désormais plus porter le nom d’un roi, elle a été rebaptisée Place du Peuple (Piazza del Popolo).

 

Ma première photo montre la piazza del popolo, puis les deux statues au sommet des colonnes, l’évêque saint Apollinaire à gauche et le soldat romain saint Vital à droite. Les deux autres photos montrent le pied de l’une de ces colonnes, qui date de 1483 et qui porte en bas-relief les signes du zodiaque, et un gros plan sur les Gémeaux.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Ce très intéressant bâtiment est communément appelé Loggetta Lombardesca parce que ce sont des ouvriers lombards qui, au début du seizième siècle, en ont travaillé le marbre, son vrai nom étant Loggia del Giardino (loggia du Jardin). En fait, ce nom est appliqué à l’ensemble du bâtiment, ce qui surprend le visiteur qui, arrivant côté rue, ne voit pas trace de loggia, ce terme d’architecture désignant un balcon intégré dans la façade, ne faisant pas saillie. À l’origine, c’était le monastère de Santa Maria in Porto –je parlerai de l’église de ce nom dans mon article “Ravenne 13: Diverses églises de la ville”–, et aujourd’hui c’est le Museo d’Arte della Città di Ravenna, titre que je me dispense de traduire car ce serait offenser la sagacité des lecteurs, y compris de ceux qui n’ont jamais vu, même de loin, le moindre mot d’italien.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

En 1838, l’ancien théâtre de Ravenne étant fort dégradé et nécessitant son remplacement, la Municipalité charge les architectes Tommaso e Giovan Battista Meduna, deux Vénitiens, restaurateurs du théâtre La Fenice de Venise, d’étudier un projet et c’est ainsi que le 15 mai 1852 sont inaugurés le Teatro Dante Alighieri et sa façade néoclassique, avec la représentation de Robert le Diable, de Meyerbeer.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Ces deux lions encadrent l’entrée du musée archiépiscopal. Je voudrais ne rien dire de ce musée qui, stupidement, interdit la photo, mais j’ai quand même envie d’en dire deux mots. Notamment, il intègre dans son architecture une chapelle paléochrétienne décorée de mosaïques du sixième siècle et construite au temps où Pierre II était évêque de Ravenne (494-519) alors que régnait le roi wisigoth Théodoric le Grand (474-526). Et puis il y a la merveilleuse Cattedra d’avorio (la Chaire d’ivoire) de Maximien, premier archevêque de Ravenne (546-556). Je ne peux que recommander cette visite.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Hé oui, le tribunal ecclésiastique fonctionne encore. J’espère seulement que les Inquisiteurs n’y officient plus. Et je vous le jure, je n’ai pas pris de photos interdites dans le musée, ne me faites pas asseoir sur la chaise à clous!

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

À présent, voyons quelques maisons de Ravenne, en commençant par cette Casa Brandolini du treizième siècle. On l’appelle aussi Casa dei Polentani.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

En 1819, Lord Byron était à Ravenne. On ne peut voir la maison où il logeait, elle a été détruite, et quoique cela soit de fort peu d’intérêt sauf pour qui est un inconditionnel de cet homme, on montre la maison qui a été édifiée à sa place…

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Plus intéressante parce qu’elle est authentique, voici la maison où Torquato Tasso (Le Tasse, 1544-1595) a bénéficié de l’hospitalité de Gasparo di Agostino Pignata, “cavaliere” jurisconsulte.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Avant de passer à un autre palazzo, je m’arrête un instant devant cette belle poignée de porte ouvragée. Dans l’élégance, ces Italiens ne négligent aucun détail.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Et puis voici le palazzo Rasponi-Murat. Giulio Rasponi appartient à une famille de la vieille aristocratie locale qui a toujours été mêlée à la vie politique de la Romagne. Né en 1787, il épouse en 1825 Louise Murat, la fille de Caroline Bonaparte (la plus jeune sœur de Napoléon) et de Joachim Murat que Napoléon a fait roi de Naples. Louise, née à Naples en 1805, est l’auteur de Souvenirs d’enfance où elle raconte les dix premières années de sa vie de princesse. C’est dans ce palazzo, dont la construction remonte aux quinzième et seizième siècles, que vivait le couple. Giulio, proche des Carbonari, a pris une part importante dans les mouvements de 1830-1831 et son salon, dans ce palazzo, a été le lieu de réunion des patriotes. Lui-même a assumé la charge de vice-président de la Commission de Gouvernement provisoire d’Émilie-Romagne quand, en lien avec les carbonari de Paris qui ont vu triompher la Révolution de Juillet et avec le soutien du nouveau gouvernement français, cette région a gagné son indépendance des États pontificaux. Très brièvement, puisque si, en février 1831, sont créées les Provinces Unies d’Italie, dès mars 1831 Casimir Périer, nouveau chef du Gouvernement français, décide de laisser les Italiens à leur sort et le pape Grégoire XVI ne tarde pas à reprendre le pouvoir. Les armoiries Rasponi, “pattes de lion en croix de Saint-André”, apparaissent sur le mur à l’angle du bâtiment et dans la poignée du portail d’entrée.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Juste en face du palais, de l’autre côté de la rue, se trouve le jardin botanique Rasponi. On y trouve toutes sortes de plantes, accompagnées d’une petite notice qui, non seulement en indique le nom, mais aussi les effets thérapeutiques et la partie de la plante qui est utilisée. Ainsi, pour ma première photo, je vois que c’est une échinacée (echinacea pallida ou purpurea) aux propriétés immunostimulantes, actives contre la polyarthrite, cicatrisantes, et qu’on en utilise les racines et le sommet. Et ma seconde photo montre une armoise (artemisia vulgaris) qui est antispasmodique, emménagogue (régularise les règles) et tonique, et dont on utilise les feuilles et les racines. Je me limite à deux exemples, mais la promenade dans ce jardin est instructive et agréable.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Un petit tour à la Biblioteca Classense (Bibliothèque de Classe). Classe, c’est un bourg à cinq kilomètres du centre ce Ravenne, où se trouvait un monastère. Mais nos souvenirs scolaires nous rappellent qu’en 1512 a eu lieu la bataille de Ravenne où les Français ont été vainqueurs. Les moines, pris de peur, ont décidé de transférer leur monastère intramuros: les murailles de la ville étaient puissantes et bien gardées. Dès 1513 commence la construction des bâtiments. Évidemment, les précieux manuscrits possédés par les moines sont apportés dans les nouveaux locaux et, par la suite, peu à peu on a enrichi ces collections en acquérant des codex et des incunables. En 1803, Bonaparte saisit les biens ecclésiastiques. Ce fonds richissime ne disparaît pas pour autant, mais les locaux de l’ex-monastère deviennent la Bibliothèque Publique de Ravenne (Biblioteca Civica di Ravenna), qui par la suite sera rebaptisée Biblioteca Classense en souvenir de ses origines. Aujourd’hui, non seulement elle a conservé son précieux fonds ancien mais elle a continué de s’enrichir de livres rares, de cartes anciennes, de gravures, de photos anciennes. Elle a également acquis des livres modernes pour tout public, et depuis 2011 elle comporte une médiathèque. Ses huit cent mille références en font l’une des plus riches bibliothèques d’Italie.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Son intérêt ne se limite pas aux livres qu’elle contient, car on peut aussi admirer les locaux, comme ici les atlantes qui encadrent la porte de la salle Dante, ce tableau où l’on voit Jésus à table –mais puisqu’il n’est pas entouré de ses apôtres ce n’est pas une Cène, et je pense que ce doit être une représentation des noces de Cana et que, dans le bas endommagé, des serviteurs constataient que le vin manquait–, ou cette porte de bois sombre sculptée en bas-relief.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Ne pouvant publier de photos de la Domus dei Tappeti di Pietra (la Maison des Tapis de Pierre) parce que l’éclairage par puissants spots crée de tels contrastes que mes photos sont illisibles, et par conséquent ne pouvant lui consacrer un article, je la place ici dans mon article de découverte générale de Ravenne. Comme on parvient cependant, je crois, à le discerner, il s’agit d’une immense surface de belles mosaïques (quatorze différentes, donc quatorze pièces, sur sept cents mètres carrés) qui ont été préservées. C’est le sol du palais d’un seigneur byzantin du début du sixième siècle, découvert fortuitement en 1993 en creusant pour créer un parking souterrain.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

L’église Santa Chiara (Sainte-Claire) avec son monastère remonte aux années 1310 à 1328. Les fondateurs en sont Robert d’Anjou, roi de Naples, et sa seconde femme Sancia de Majorque, qui avaient une toute particulière dévotion pour saint François d’Assise et pour sa disciple sainte Claire, et qui ont voulu pouvoir y faire accueillir des religieuses clarisses. Au dix-neuvième siècle, quand les religieuses en ont été chassées, l’église est devenue un théâtre, le théâtre Rasi.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

En marge du théâtre proprement dit on peut s’étonner de voir des chaises très variées alignées le long d’un mur. C’est une amusante collection de sièges de divers théâtres. Ci-dessus, par exemple, la première provient du théâtre communal de Casalmaggiore, en Lombardie; la seconde du théâtre communal de Cervia, à une quinzaine de kilomètres au sud de Ravenne; et la troisième du théâtre Il Piccolo (Le Petit) de Forli, en Romagne, à l’est de Cervia.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Au hasard de nos visites, nous tombons sur toutes sortes de sculptures. Par exemple, souhaitant voir le Baptistère de Néon, qui fera l’objet de mon article Ravenne 06, nous passons devant cette Nativité.

Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013
Ravenne 01 : découvrons la ville. Du 5 au 22 mai 2013

Quoique le centre-ville soit situé à quelque distance de la mer, Ravenne est une cité maritime, et d’ailleurs son camping, où nous avons résidé, est tout près de l’immense plage. Pour finir, deux images du Lido de la Marina di Ravenna.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

lavandine 18/06/2016 00:02

Voilà bien longtemps que je n'ai plus eu de notification de publication ....
Je suis en train de préparer un CR d'un voyage en italie et la page ravenne m'intéresse beaucoup !
Belle nuit !
Lavandine

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  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
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