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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 23:55

Les articles de blog suscitent des commentaires, mes articles comme ceux des autres. Et puis il y a des correspondants qui m’écrivent de façon plus personnelle, et parfois les échanges se multiplient et donnent naissance à des amitiés via Internet. Il arrive même que l’on se rencontre, comme cela a été le cas avec Pierre et Donatine à Rome le 12 février 2010, puis de nouveau à Olympie le 19 avril 2011.

 

Et comme cela est le cas aujourd’hui à Manthes, un bourg de la Drôme à la limite de l’Isère, avec Patricia et Éric. Patricia m’avait écrit alors qu’elle préparait un voyage dans les Cyclades. Mais elle avait, à juste titre, estimé qu’il était difficile de trouver dans mon blog, qui suit la chronologie de notre voyage, les articles correspondant aux lieux qui l’intéressaient, et elle m’avait prodigué mille conseils utiles pour créer un index, m’adressant des copies d’écrans accompagnées d’explications pour m’aider à surmonter les difficultés informatiques et à comprendre la signification de certains menus. Bref, jugeant extrêmement judicieux ses conseils et extrêmement claires ses explications, j’ai créé sur la droite de l’écran cet index qui permet, je pense, de se référer instantanément à l’endroit recherché.

 

Nous avons donc ainsi communiqué de façon suivie. Et quand elle a su que nous rentrions en France en passant par Grenoble, Patricia nous a très gentiment invités à dîner chez elle, à garer notre camping-car à l’abri dans son jardin protégé par de hauts murs et à y passer la nuit. Elle est naturopathe à Grenoble (j’avoue que j’ignorais tout de la naturopathie), elle tient un blog, et nous nous sommes délectés de son menu naturopathe. Et puis nous avons aussi fait la connaissance d’Éric, son mari, accueillant et chaleureux comme elle. Lui, physicien, chercheur, est un passionné de la ligne K-T. Encore quelque chose dont je n’avais jamais entendu parler, et dans un premier temps, par crainte sans doute d’être ennuyeux avec quelque chose de très spécialisé, il n’est pas entré dans les détails. Mais, comme beaucoup de passionnés, il est passionnant, j’en ai redemandé et il a patiemment répondu à toutes mes questions de néophyte, montrant des échantillons géologiques, etc., avec une clarté d’excellent pédagogue. Je n’oserais pas, ici, me risquer à traiter du problème, disons simplement que dans les couches géologiques de divers endroits du monde, aux USA aussi bien qu’en Italie, on discerne un niveau, une ligne, qui correspond sans doute à une chute d’astéroïde gigantesque, qui expliquerait une extinction massive d’espèces végétales et animales. Voilà un couple d’excellents amis!

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013
Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Nous rendant à Manthes, nous sommes passés par Grenoble. Juste passés, pas de visite. Nous avons seulement un peu marché dans la ville, histoire de nous dégourdir les jambes. Il est évident que nous devrons revenir. Ici, nous sommes passés devant ce magnifique bâtiment du Parlement du Dauphiné, dont la façade a été commencée au quinzième siècle.

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Sur la place, une statue de Bayard. Je ne peux pas dire que je raffole de cette représentation en haillons d’envahisseur barbare type Hun ou Vandale, mais c’est le grand Bayard, “le chevalier sans peur et sans reproche”, je n’ai pas le droit de l’ignorer. Sur le socle, je lis “Pierre Terrail seigneur de Bayard, né à Pontcharra (Isère) vers 1470, mort près de Rovasenda (Piémont) le 30 avril 1524. Dieu et le roi, voilà nos maîtres, onc n’en aurai d’autres”. Sur une autre face sont énumérés ses combats, au nombre de 18. Citons-en quelques-uns, Siège de Novare 1495, Conquête du royaume de Naples 1500, Défense du pont du Garigliano 1503, Prise de Gênes 1507, Siège de Padoue 1509, Bataille de Ravenne 1512, Bataille de Marignan 1515…

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Le pourquoi de cette photo d’immeubles un peu banals, avouons-le? Sur celui dont la façade fait un angle obtus, une plaque dit qu’ "ici est né le 11 octobre 1777 Casimir Perier qui mourut à Paris le 16 mai 1832 étant président du Conseil des Ministres".

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013
Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Après ce bon dîner et une nuit calme, nos nouveaux amis Patricia et Éric nous ont emmenés faire un petit tour dans Manthes. Avec moins de 700 habitants, ce n’est qu’une très petite ville, mais elle est loin de manquer d’intérêt, comme on va le voir. Et d’abord avec un parc privé. Je lis le panneau: “Petit jardin de Paul et Anne-Marie. Jardin privé, mais nous invitons ceux qui aiment et respectent ‘Dame Nature’ à y faire un petit tour: vous découvrirez des fleurs et arbustes variés, des galets en grand nombre (anciennes moraines glaciaires), la source du Vernay, qui alimente le petit bassin, avec sa faune et sa flore spécifique (nénuphars, papyrus, etc.) et qui permet à nos chevaux et à notre ânesse de se désaltérer. Bonne promenade et partez le cœur plus léger”. Et en effet, nous nous promenons entre fleurs, arbustes, galets.

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013
Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013
Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Les propriétaires du jardin sont des gens cultivés, apparemment ils apprécient les poètes, puisqu’en leur honneur ils ont dressé ce totem amusant autour duquel, en spirale, des galets sont consacrés aux poètes du monde entier, depuis les plus anciens connus jusqu’à ceux de nos jours. Mais ce lieu est appelé “le Cercle des poètes disparus”, en référence évidente à ce film américain à succès, et donc seuls figurent ceux qui ne sont plus de ce monde. Parce que nous venons de cette Grèce que nous aimons, parce que j’ai étudié les lettres classiques, je choisis de montrer ici les galets qui honorent les trois grands poètes tragiques grecs, Sophocle, Euripide, Eschyle, et au bout on voit la poétesse de Lesbos, Sappho. Et puis mon admiration allant à Brassens et à Brel, je montre aussi la séquence Brel, Sénac, Brassens, Ferré. Quelle merveilleuse idée, cette célébration des poètes, et de cette forme originale et élégante.

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Omniprésents, les esthétiques galets servent de socle pour cette sculpture d’une tête. Car il y a aussi cette forme d’art, dans ce jardin. L’œuvre n’est pas signée, mais elle me plaît bien. Je ne sais si elle est due à “Paul”, à “Anne-Marie” ou à quelqu’un d’autre, mais son auteur ne manque pas de talent.

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

La faune, tout aussi originale que le reste du jardin, sculpture, poésie, botanique, n’est pas en reste. Je ne sais de quel volatile il peut bien s’agir sur ma photo, mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus courant!

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013
Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Mais le fleuron de Manthes, c’est son prieuré construit en pleine campagne, dans les marais, par des moines bénédictins clunisiens. Ils ont commencé par assécher les marais, ils ont cultivé la terre, et peu à peu un village de laïcs est né autour du prieuré. L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul a été bâtie aux onzième et douzième siècles, et les retouches du seizième siècle n’ont pas vraiment altéré son aspect d’origine. Le clocher qui se dresse au-dessus de la croisée du transept est de style viennois et date du douzième siècle.

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

La façade de l’église, très simple, ne présente pas grand intérêt, à part un détail: au-dessus du portail en plein cintre il y a un étroit vitrail et, du côté gauche de cette fenêtre, il y a une tête de pierre incrustée dans le mur, et du côté droit les deux têtes de ma photo. Ces curieuses sculptures aux longues moustaches raides sont des réemplois dont on pense que l’origine peut être celto-ligure.

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013
Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Les bâtiments du prieuré, édifiés en même temps que l’église, ont été laissés à l’abandon au quatorzième et au quinzième siècles, aussi les moines, qui pendant six siècles n’ont été que six ou sept, ont-ils complètement reconstruit leur prieuré, celui que nous voyons aujourd’hui, à la fin du quinzième siècle et au début du seizième, les murs étant montés en galets dissimulés sous le crépi. Outre l’agriculture, ils pratiquaient la pisciculture avec les truites de la Veuze, mais ils ont aussi bénéficié de nombreuses donations, à commencer par celle de Guy VII, comte de la Place d’Albon, dès 1079. Et puis à partir du dix-septième siècle, le prieuré s’est développé, les moines ont embauché de la main d’œuvre laïque, et de nombreuses souches de mûriers prouvent qu’ils ont élevé des vers à soie. Si l’Association des Amis du Prieuré de Manthes, qui s’est créée en 1983, n’avait pas énergiquement œuvré à sa restauration, ce monastère ne serait plus aujourd’hui qu’un tas de ruines, parce que pendant la Révolution les moines en ont été chassés, et les bâtiments ont été vendus comme biens nationaux puis laissés à l’abandon. Chaque année en septembre il s’y tient pendant deux semaines une exposition d’art contemporain (peinture, sculpture ou céramique d’art) et c’est alors l’occasion de visiter les locaux, mais lors de notre passage la visite n’a pas été possible. Une note précise que l’escalier à vis qui mène à la chambre du prieur, les cheminées, les plafonds peints, tous ces détails de luxe laissent supposer qu’avec le temps la règle de Cluny édictée par saint Benoît (480-547) et fondée sur la vie communautaire, la chasteté, la prière, le travail manuel, l’étude, a dû nettement s’assouplir et la vie des moines se séculariser amplement.

 

Les guerres de religion ont failli coûter la destruction du prieuré quand, le 23 octobre 1568, il subit une attaque. Finalement, seul le clocher de l’église est incendié, mais la communauté est dispersée. Toutefois un procès-verbal de 1636 déclare les locaux en bon état, et évoque le cloître, dont aujourd’hui il ne reste presque plus de trace. Mais pour assurer leur sauvegarde, les moines revenus confient la sécurité de leurs biens aux seigneurs, qui s’arrogent de plus en plus de droits sur leurs terres. Puis survient la Révolution et, comme je le disais il y a un instant, le prieuré devient bien privé. Toutefois, en 1967, ses propriétaires en font généreusement don à l’évêché.

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Un amusant jardin privé, un beau prieuré et des amis sympathiques, c’est déjà beaucoup, mais ce n’est pas tout. Manthes dispose aussi d’un lac, autour duquel la Municipalité a créé un agréable parc public. Et puisque c’est l’eau de la Veuze, du lac, des résurgences, qui est à l’origine de la richesse agricole du secteur, on ne s’étonnera pas de trouver dans ce parc une statue de sirène.

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013
Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Lors de notre promenade près de la Veuze, j’ai été surpris par les cercles concentriques qui se forment ici ou là, soudainement, à la surface et s’écartent de plus en plus jusqu’à disparaître très rapidement, comme si l’on avait jeté une pierre dans l’eau. En observant bien, on se rend compte que c’est la nappe souterraine qui provoque ces sortes de sources subaquatiques, de petites résurgences qui peuvent apparaître pendant une fraction de seconde en n’importe quel endroit. Ma première photo ci-dessus a été prise au moment où la limpidité de la rivière est troublée par l’une de ces résurgences.

 

Pour élever des truites, il faut une eau extrêmement pure. On sait que ces poissons ne vivent pas dans des eaux boueuses, mais dans de clairs torrents. Or si la Veuze n’est pas un torrent, si ses eaux sont plus calmes, elle n’en est pas pour autant moins remarquablement propre et limpide. Les plantes de ma seconde photo semblent s’être développées à l’air libre, eh bien non, elles sont sous l’eau, sous une eau si pure qu’elle est invisible.

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Les remarquables conditions naturelles permettent à une faune spécifique de se développer dans cet environnement privilégié. C’est ainsi que l’on peut voir des foulques macroules comme celui de ma photo (mes connaissances en zoologie aviaire ne m’auraient certes pas permis de nommer cet oiseau si un panneau explicatif n’en donnait pas le nom).

Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013
Grenoble et Manthes. 31 mai et 1er juin 2013

Le parc a conservé un ancien lavoir, offrant de nombreux postes de travail. Je pense qu’aujourd’hui on ne l’utilise plus, avec les détergents actuels cela troublerait la pureté de l’eau (autrefois on utilisait de la cendre), mais il constitue un attrait touristique de plus pour cette petite ville.

 

Avant de mettre le point final à cet article, je voudrais renouveler nos grands mercis à Patricia et à Éric pour leur accueil et leur gentillesse.

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Published by Thierry Jamard
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