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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 23:55
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Dans le passé, l’on n’était pas aussi spécialisé qu’aujourd’hui. Michel-Ange, par exemple, était à la fois un peintre (cf. la Chapelle Sixtine), un sculpteur (cf. son Moïse), un architecte (cf. la basilique St-Pierre du Vatican). Ici, dans le baptistère de Parme, nous allons voir des sculptures de Benedetto Antelami, qui est aussi l’architecte de ce bâtiment octogonal. Les travaux ont commencé en 1196 sur ses dessins et sous sa conduite. Il est exceptionnel pour un architecte, à l’époque, de signer ses œuvres, mais ici Antelami a gravé dans la pierre cette phrase en latin: “en 1196 le sculpteur Benedictus a entrepris cela” (Benedictus est la traduction en latin de l’italien Benedetto, en français Benoît). Tout l’extérieur est revêtu de marbre rose de Vérone. Hélas, Parme et Vérone entrent en conflit. Plus de marbre rose de Vérone. L’édifice est loin d’être achevé quand, en 1216, on est contraint d’arrêter la construction.

 

Frère Salimbene de Adam est un moine de Parme appartenant aux Frères Mineurs (Franciscains), né en 1221 et mort vers 1287, qui a rédigé une Cronaca (Chronique) fort intéressante. On y trouve entre autres un épisode qui s’est produit alors qu’il n’avait qu’un an. Je l’ai trouvé en italien, je traduis: “La même année, le jour de la naissance du Seigneur [le 25 décembre 1222], il y eut un très grand tremblement de terre dans la ville de Reggio, alors que prêchait dans la cathédrale Santa Maria l’évêque Nicola di Reggio. Ce tremblement de terre a touché toute la Lombardie et la Toscane, mais on l’a appelé ‘de Brescia’ parce que là se situait son épicentre […]. Ma mère avait l’habitude de me rappeler que durant ce grand tremblement de terre j’étais un bébé encore au berceau, et elle a pris sous ses bras mes deux sœurs (elles étaient petiotes) et, m’abandonnant dans mon berceau, elle s’est réfugiée chez ses parents. En effet, elle craignait que ne s’écroule sur elle le baptistère, car ma maison en était voisine. C’est pourquoi je ne l’aimais pas outre mesure, parce qu’elle aurait dû se préoccuper davantage de moi qui étais un garçon, mais elle répondait qu’il était plus facile de porter mes deux sœurs parce que plus grandettes”.

 

Oublions le sexisme naïf de l’auteur. Il est trop tard pour le gourmander avec quelque espoir de le faire revenir sur son jugement. Mais on peut imaginer ce bâtiment, déjà haut mais inachevé, entouré de ses échafaudages et qui est rudement secoué. Est-il solide? Est-il fragilisé? Ne va-t-il pas s’effondrer, s’il a été endommagé? Et s’il y a des répliques? D’autant plus qu’au Moyen-Âge les rues sont étroites. La crainte a eu le temps de se dissiper avant que les travaux ne reprennent en 1249, vingt-sept ans plus tard, et après trente-trois ans d’interruption. Ils dureront jusqu’à la fin du treizième siècle.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Juste une image en passant, pour montrer le raffinement de la sculpture jusqu’au sommet de l’édifice, dans des détails à peine visibles à l’œil nu et que mon téléobjectif, ici en position 200mm, permet de mieux apprécier.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Notre architecte, Benedetto Antelami, est le sculpteur de ce portail nord. Dans la lunette, la Vierge à l’Enfant est auréolée d’une frise de douze prophètes, portant chacun un écusson représentant l’un des douze apôtres. Je voudrais aussi montrer en plus gros plan la sculpture de l’architrave. Elle se rapporte à saint Jean Baptiste. À gauche, on le voit baptisant le Christ dans le Jourdain. Au milieu (c’est-à-dire à gauche de ma dernière photo), il s’agit du banquet d’Hérode et Salomé. Sur la droite de cette même photo, est représentée la décapitation (on dit la décollation) de Jean-Baptiste suite à la promesse faite à Hérodiade qui a exécuté la danse des sept voiles. Cet épisode est si connu que je me dispense de le raconter.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Le portail sud est plus tardif, ce qui fait dire qu’il est sans doute l’œuvre de disciples de Benedetto Antelami. Dans la lunette, à gauche, on voit le soleil, et en-dessous Apollon, le dieu du soleil, sur son char, tandis qu’à droite c’est la lune, et Diane, la sœur jumelle d’Apollon, parfois assimilée à la déesse de la lune. Au centre de cette lunette, il est représenté une scène de la légende de Barlaam et Josaphat. L’épisode étant moins courant que ceux qui concernent la vie et la mort de Jean-Baptiste, il n’est peut-être pas inutile de le rappeler. C’est saint Jean Damascène qui le raconte très, très longuement, mais je vais essayer de le résumer... au dixième.

 

C’est en Inde, où le christianisme s’est répandu et où il y a beaucoup de moines. Le roi Avennir entreprend leur persécution, et devient fou de colère quand il apprend que son meilleur ami, un grand du royaume, s’est converti et s’est fait moine. Il le fait rechercher, le voit couvert de vêtements en lambeaux, il est hâve, affaibli par la faim et les privations. Avennir ne comprend pas. L’ami, après avoir fait promettre au roi de ne pas se mettre en colère contre lui, se met à exposer les fondements de la foi chrétienne. Le roi, contenant avec peine sa rage, le somme de partir sur-le-champ pour éviter que, trahissant sa promesse, il le fasse exécuter sur le bûcher. Quelque temps après, naît au roi un fils, qu’il nomme Josaphat. Les astrologues convoqués pour l’occasion prédisent que Josaphat sera riche et puissant mais l’un d’entre eux ajoute qu’il règnera sur un royaume meilleur que celui de son père car il se fera chrétien. Son père alors l’enferme et le fait grandir au milieu de jeunes beaux, en bonne santé, gais. Si l’un d’entre eux tombe malade, il est immédiatement remplacé par un autre. Devenu adulte, Josaphat un jour confie à un serviteur qui lui est cher sa tristesse d’être enfermé et quand son père l’apprend il lui donne la possibilité de sortir à cheval, et met sur sa route des personnes qui l’acclament. Mais le hasard met sur son chemin un aveugle, un lépreux, un vieillard, et Josaphat découvre qu’il existe des infirmités, des maladies, et le vieillissement qui mène à la mort. Et voilà que, sur ces entrefaites, survient Barlaam, un moine vivant dans le désert, qui a appris ce qui arrive au fils du roi. Il se fait passer pour possesseur d’une pierre merveilleuse qui guérit et donne le bonheur, et ainsi parvient à être introduit auprès de Josaphat, qu’il initie au christianisme. Ce dernier, convaincu, veut suivre Barlaam au désert, mais le moine l’en dissuade car Avennir redoublerait ses persécutions, il lui conseille d’attendre un moment favorable, il le baptise et s’en va. Mais Avennir est informé de la conversion de son fils. Propos violents, menaces, méthode douce, rien n’y fait: Josaphat reste fidèle à sa foi chrétienne. Alors père et fils s’accordent pour se convertir à la même foi, celle qui obtiendra la victoire après débat. Avennir convoque des rhéteurs païens et fait venir un certain astrologue du nom de Nachor, sosie de Barlaam, à qui il promet l’impunité. Nachor doit se faire passer pour Barlaam et, partant du christianisme, doit peu à peu laisser gagner les rhéteurs. Josaphat lui dit que, s’il l’a trompé, lui fils de roi, il lui fera arracher la langue. Nachor, voyant pour lui plus de danger du côté de Josaphat que du côté d’Avennir, soutient la foi chrétienne avec une éloquence bien supérieure à celle des meilleurs rhéteurs. Et c’est Josaphat qui réussit à convertir Nachor, après lui avoir révélé qu’il n’était pas dupe de la fausse ressemblance. Le roi, vaincu, décide de donner la moitié de son royaume à Josaphat. Lequel aurait préféré se retirer dans le désert mais accepte afin de pouvoir favoriser le christianisme. Il parvient à convertir tout son peuple, et son père par-dessus le marché. Avennir se fait baptiser et remet la totalité de son royaume entre les mains de son fils. Et Josaphat à son tour confie le royaume à un certain Barachias et part pour le désert. Il est alors âgé de vingt-cinq ans. Au bout de deux ans il parvient à retrouver Barlaam et reste avec lui jusqu’à la mort du vieux moine, vers l’an 380. Lui-même, après trente-cinq ans de vie érémitique, s’éteint et est enterré dans le désert auprès de Barlaam. Ce qu’apprenant, le roi Barachias fait rapporter les corps dans sa capitale pour leur donner une sépulture digne d’eux. Et sur cette sépulture, beaucoup de miracles ont été accomplis.

 

En observant le centre de cette lunette, on voit un homme dans un arbre, la main tendue vers ce qu’il faut identifier comme étant une ruche. Au pied de l’arbre, dans ces animaux il convient de voir deux rats qui en rongent le tronc. Il y a aussi un dragon ailé qui crache du feu. C’est l’une des nombreuses paraboles utilisées par Barlaam pour convertir Josaphat. Fuyant devant une licorne (la mort), un homme tombe dans un précipice (le monde et ses maux), mais dans sa chute se rattrape à un arbre (la vie) rongé à la base par un rat blanc (la fuite des jours) et un rat noir (la fuite des nuits). Cet homme est guetté, pour le moment où tombera l’arbre, par un dragon (l’enfer). Quant à la ruche, son miel est la permanente tentation des plaisirs, qui fait oublier le péril environnant. Voilà tout ce que l’on peut lire dans cette sculpture.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Il y a trois portails dans ce baptistère. Les édifices catholiques étant orientés, c’est-à-dire tournés vers l’orient, l’autel est situé à l’est et le portail principal à l’ouest. Puisque nous avons déjà vu les portails nord et sud, celui de ma photo est donc le portail principal, celui de l’ouest, juste en face de l’autel. Et, comme il se doit, c’est Benedetto Antelami en personne qui l’a sculpté. Il représente le Christ trônant, les mains levées pour montrer les plaies causées par les clous de la croix dans ses paumes. De part et d’autre, des anges portent les instruments de la passion.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Sur l’architrave, dont je ne montre ici que la moitié gauche pour que l’image ne soit pas trop petite, deux anges, l’un tourné vers la droite, l’autre vers la gauche, sonnent dans leur trompe la résurrection des morts. Et l’on voit les morts sortir de leurs tombeaux et marcher en procession vers eux. Contrairement à la représentation traditionnelle du Jugement Dernier, on ne voit pas les damnés se diriger vers les tourments de l’enfer.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Avant de quitter le thème des portails, il me faut quand même montrer que les montants ne sont pas nus. Ici au portail ouest, on trouve sur le montant gauche les actions de la miséricorde qui permettent de gagner la rédemption. Il y en a six, je montre les trois du bas. Un bol dans la main gauche, une cuiller dans la main droite, l’homme bon donne à manger au nécessiteux; par le lavement des pieds, ce sont tous les soins qui sont suggérés; et puis il y a la compassion pour un infirme, c’est la prise en charge de la misère du monde.

 

Sur le montant droit, l’artiste a représenté la parabole de la vigne. Je cite l’évangile de saint Jean, chapitre XV: “Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent”. Le cep, dans le bas-relief, monte jusqu’au haut du montant du portail, et tout du long on voit Jésus et des hommes qui sont les sarments.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

S’il y a une image que je ne sais pas interpréter, j’ai certes la possibilité de ne pas la publier… mais tant pis si aucun de mes livres sur le baptistère ni aucun des sites Internet où j’ai fait des recherches n’est venu à mon secours pour ce couple royal dans la lunette d’un côté sans portail, protégé des méfaits des pigeons derrière son fin grillage. J’aime ces statues, alors je les montre même si je ne sais pas de qui il s’agit. En 1248, donc juste avant que reprennent les travaux, Frédéric II de Suède, petit-fils de Frédéric Barberousse, subit à Parme une rude défaite et la ville devient seigneurie. Je doute donc que ce puisse être lui que l’on a voulu représenter ici.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Plus bas, courant à mi-hauteur des portails, c’est-à-dire à plus ou moins deux mètres du sol, une frise de soixante-dix-neuf vignettes sculptées représente des humains, des animaux, des êtres imaginaires qui s’inscrivent dans des carrés, des cercles, des ovales, etc. Un seul des huit côtés (le côté sud-est) n’est pas ceinturé par cette frise. Parce que les animaux, réels ou non, prédominent, on l’appelle le zoophore (de deux mots grecs qui signifient “animal” et “porter”). À la différence du cas posé par le couple royal ci-dessus, je ne suis pas seul à avoir ici des difficultés d’interprétation. Les spécialistes y voient –mais moi aussi, car c’est très évident– de grandes similitudes avec les bestiaires des églises du moyen-âge, mais ne savent pas trop quelle interprétation donner à ce zoophore.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Dans les montants de deux des portails, de part et d’autre, au niveau du zoophore, on peut remarquer des pierres en marbre blanc de Carrare qui représentent les trois vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, et pour compléter on y a ajouté la chasteté. Ci-dessus, je montre l’Espérance, qui se trouve dans le portail ouest. Les figures qu’elle tient en main dans des couronnes sont les allégories de la Prudence et de la Modestie.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Pénétrons dans le baptistère. On est frappé par cette immense coupole décorée. Alors qu’à l’extérieur le bâtiment est octogonal, à l’intérieur chacun des côtés se dédouble, formant un hexadécagone, et on voit donc ici seize nervures. Tout à l’heure, je montrerai quelques-unes des fresques qui couvrent cette coupole.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

J’espère que ces trois images permettent de se rendre compte de l’effet général à l’intérieur. On voit que se situe au centre de la structure la grande cuve baptismale puisque, on le sait, le baptême était administré par immersion, et non pas comme aujourd’hui en versant un peu d’eau sur le front du catéchumène. Nous avons déjà vu à Ravenne, mais dans des baptistères bien plus anciens, ce genre de cuve. Je vais y revenir tout à l’heure.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

J’ai parlé de la cuve, alors un mot du mobilier. Peu de chose en fait, puisque tout l’intérêt ou presque se trouve dans les fresques et dans les sculptures. Mais je trouve merveilleusement jolie cette Vierge à l’Enfant.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Nous sommes à l’est, puisque ceci est l’autel. Il a été taillé dans un seul bloc de marbre rouge. Sur sa façade, le bas-relief représente trois personnages. Leur identification est aisée, puisqu’elle est indiquée par les mots latins gravés. Ce sont, de gauche à droite, un prêtre, Jésus, un lévite.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Le baptême par immersion ne peut être pratiqué dans la grande cuve pour de tout petits enfants, à moins que les parents déjà baptisés ne s’immergent eux-mêmes jusqu’à la taille en les portant. Il existe donc une autre cuve plus petite et sur un pied en forme de lion tenant sa proie entre ses pattes: cette image traditionnelle –notamment comme support de colonne, à l’entrée des églises– représente le Christ victorieux.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

J’ai dit que je reviendrais à la grande cuve baptismale. La voilà sous deux angles différents pour en comprendre la structure. Ce n’est donc pas un simple octogone, elle contient une vasque en son centre. Déjà le bâtiment comporte huit faces, maintenant la cuve comporte huit faces et ma seconde photo d’aujourd’hui permet de voir que les angles sont surmontés de huit lanternons. Répétition du chiffre 8. En outre, au-dessus des portails ou des arcs sans portail, on compte quatre niveaux de logettes, chacune s’ouvrant sur quatre colonnettes. À l’intérieur, les seize faces sont bien sûr le produit 4x4. La vasque, dans la cuve, comporte quatre lobes. On tourne donc autour du chiffre 8 ou de son composant 4. Dans la Bible, la Genèse raconte comment Dieu a créé le monde en six jours, et s’est reposé le septième. Le Christ, par sa venue sur terre et par l’offrande de sa mort, renouvelle le monde, autrement dit il ajoute une re-création, un huitième jour. Et de même, par le baptême, le catéchumène entre dans la communauté des chrétiens, il appartenait à l’ancien monde, celui qui ne connaissait pas le Christ, il est lui aussi recréé en entrant dans le monde nouveau. D’où l’utilisation de ce symbolisme du huit un peu partout dans ce baptistère.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Mes photos générales de l’intérieur montrent que les seize nervures qui tombent de la coupole reposent sur seize colonnes. Il convient donc que je montre au moins un chapiteau de colonne. On y voit des personnages, des animaux, ou encore des monstres comme sur celui-ci.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Sur chacune des faces, en-dessous de deux étages de colonnettes, se trouve une abside avec sa lunette décorée, sous laquelle il y a un ou deux registres de fresques. Commençons par quelques lunettes. Ici, un Christ en gloire. Près de lui un aigle, un taureau ailé, un homme ailé, un lion ailé. Ce sont évidemment les symboles des quatre évangélistes, saint Jean, saint Luc, saint Matthieu, saint Marc.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Ici, derrière une petite statue de la Vierge, une fresque représente deux épisodes de sa vie, à gauche l’Annonciation, à droite la Visitation.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Les sculptures de cette lunette sont de Benedetto Antelami. David assis sur un trône et jouant du décaèdre est entouré de musiciens et de danseurs. Il convient de l’interpréter comme le Christ en gloire siégeant parmi les justes.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Pour cette lunette, je préfère montrer l’élément principal en gros plan. Il s’agit de la Fuite en Égypte. Cette longue marche (on connaît les nombreuses représentations du repos au cours de la Fuite) s’est poursuivie jour et nuit. C’est ce qu’a voulu exprimer l’artiste en peignant en guise de fond un ciel sombre couvert d’étoiles.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Et maintenant, quelques fresques. Certaines, comme celle-ci, sont en assez mauvais état, et d’ailleurs difficiles à interpréter. Il semble que, dans ces carrés, sont représentés des saints désignés chacun par le doigt de Jésus.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

D’autres au contraire sont parfaitement lisibles. Assise sur un trône, la Vierge porte sur ses genoux l’Enfant Jésus. À gauche, l’archange Gabriel qui lui avait annoncé qu’elle allait enfanter, et à droite saint Jean-Baptiste lui présente le cardinal Gherardo Bianchi, évêque de Parme, qui a largement participé de ses deniers. Il ne serait pas évident d’identifier ce dernier personnage si un texte peint sous la fresque ne l’expliquait pas. Mais on se rappelle que, lors de la Visitation, Marie rend visite à sa cousine et que toutes deux sont enceintes, de Jésus et de Jean qui deviendra le Baptiste. On pourrait donc s’étonner que sur cette fresque Jésus soit un bébé sur les genoux de sa mère, tandis que Jean est un adulte barbu… Par ailleurs, je lis dans l’un de mes livres que “il s’agit de la première peinture émilienne où l’influence de Giotto est tout à fait palpable”. Je copie la phrase telle quelle, car j’avoue ne pas être vraiment capable de discerner cela, même s’il est clair que l’on peut voir des analogies avec Giotto.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Dans un baptistère, on ne s’étonnera pas que le thème du baptême de Jésus dans le Jourdain par Jean dit le Baptiste soit récurrent. Ici Jésus n’est pas immergé, il y a deux anges sur une rive et toute une foule sur l’autre rive, et Dieu le Père envoie la colombe du Saint-Esprit de tout près, qu’il souffle de sa bouche.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Parfois toute l’abside, sous la lunette, est occupée par une seule fresque, tantôt comme on l’a vu elle est divisée en plusieurs carrés. Dans celle-ci, les scènes de la Passion de Jésus sont superposées en bandes. Je pense qu’en haut à gauche il doit s’agir du Jardin des Oliviers. À droite, c’est bien sûr la flagellation. En-dessous, à gauche Jésus est revêtu d’un manteau de pourpre et il tient en main un grand bâton qui simule un sceptre: il est exposé aux moqueries et aux crachats, tandis qu’en bas à droite il est emmené au supplice, la corde au cou.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

J’aime beaucoup cette Vierge protégeant des personnages agenouillés sous les pans de son grand manteau. On y reconnaît une Vierge de Miséricorde.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Autre baptême célèbre, et important pour la religion chrétienne, celui de l’empereur Constantin par le pape Sylvestre. Celui qui, par l’édit de Milan de l’an 313, avait garanti la liberté de culte dans tout l’Empire Romain, s’est fait baptiser, devenant le premier empereur chrétien. Les historiens pensent que, s’il a réellement été baptisé, cela a dû avoir lieu sur son lit de mort en 337, et donc pas par Sylvestre, mort en décembre 335. La légende raconte que, malade de la lèpre, il aurait été miraculeusement guéri, tout d’un coup, lors de son baptême alors qu’il était dans la cuve et, par la suite, aurait lui-même mené Sylvestre dans Rome. Il a même été canonisé par les Orthodoxes: dans les églises de Grèce, nous l’avons très souvent vu représenté avec une auréole en compagnie de sa mère sainte Hélène.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Encore deux images (d’une même fresque), mais en cadrant sur des détails pour en montrer la finesse et la beauté. Au-dessus d’une scène de la Présentation de Jésus au temple, on voit ce visage tellement expressif. Je ne saurais dire si c’est un Christ se regardant lui-même enfant, ou s’il s’agit plutôt de Dieu le Père reconnaissant son Fils comme un autre lui-même, mais mon doute n’enlève rien à la qualité de la peinture. Les personnages de ma deuxième photo assistent à la scène. Œuvre d’un grand artiste.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Tout à l’heure, en montrant la voûte, j’ai dit que j’y reviendrais. M’y voici. Elle comporte, après un cercle central, une bande décorée de losanges, une bande avec les évangélistes et les apôtres, et dans la bande suivante se trouve le sujet de ma photo. Cette bande est celle des prophètes, et ce personnage est le roi Salomon.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Encore plus bas, il y a une bande consacrée au cycle de Jean-Baptiste, depuis l’annonce de sa naissance jusqu’à sa décollation. Ici, puisque nous sommes dans le baptistère, je choisis de montrer Jean baptisant Jésus, puis baptisant des anonymes, représentant les disciples pénitents.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013
Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Enfin, les fresques de la dernière rangée, la plus basse de la coupole, sont inscrites dans des arcs brisés. Elles se rapportent au cycle d’Abraham et font allusion à des passages de la Genèse. Ci-dessus, première photo, ce chaos de villes qui s’effondrent, c’est la destruction par Dieu de Sodome et de Gomorrhe pour les punir d’être tombées dans le vice et l’impiété.

 

Précédemment, Sodome, Gomorrhe et trois autres villes ont été soumises, douze ans durant, au roi Kedorlaomer (ou Chedorlaomer) qui règne sur Élam et l’Iran, mais la treizième année ces cinq rois, unis, se sont révoltés. La quatorzième année, Kedorlaomer entreprend d’aller les châtier et les reconquérir. Il entre dans Sodome et Gomorrhe, il les pille, les ravage et fait de nombreux captifs, dont Loth, qui est un neveu d’Abraham. Cela, Abraham ne peut l’accepter, il part venger son neveu et ces villes. Il attaque Kedorlaomer de nuit, le vainc, reprend Loth et tout ce qui a été pillé dans Sodome et Gomorrhe. Tel est le sujet de ma seconde photo.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

En se reportant aux premières de mes photos montrant l’intérieur du baptistère, sur celle qui est cadrée verticalement depuis la coupole jusqu’à la cuve baptismale, on aperçoit, dans la galerie à colonnettes la plus basse des deux, des sculptures de personnages et, sous celle qui est la plus à gauche de ma photo, juste au-dessus de la lunette, on entrevoit une autre petite sculpture dans un carré. Ces espaces entre colonnettes sont occupés par les allégories des douze mois de l’année, entre lesquels sont intercalées les quatre saisons. Et en-dessous, dans des carrés ou des rectangles, les signes du zodiaque. Ces œuvres sont très certainement d’Antelami ou, sinon, aux meilleurs de ses collaborateurs. Parce que l’année commençait à cette époque par le mois de mars et finissait en février, la série débute ci-dessus par mars jouant de la flûte, avril couronné parce que considéré comme le roi des mois, et mai à cheval brandit une faucille. En dessous c’est le bélier, le taureau et les gémeaux.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

La série continue avec cette superbe statue de femme couronnée de fleurs, allégorie du printemps, elle est suivie de juin qui moissonne des épis de blé et de juillet dont les chevaux, en piétinant le blé à terre, en extraient le grain.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Maintenant vient en août un homme qui travaille sur un tonneau pour préparer la vendange, puis cet homme barbu est l’hiver (son manteau ne couvre que la moitié de son corps, l’autre moitié est nue, il ne doit pas avoir chaud!), et à droite vient septembre et un homme vendange. Le signe du zodiaque, la balance, est représenté au pied de ce même relief.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Encore trois mois, dont les deux premiers ont aussi leur zodiaque dans le même cadre. On voit en effet octobre qui ensemence, avec un scorpion sur une branche au-dessus de sa tête, novembre qui arrache du sol des légumes avec un sagittaire près de lui, et décembre qui coupe du bois.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Puisqu’il ne reste que deux mois, le troisième emplacement entre colonnes est vide. Le premier de ces mois est janvier enveloppé dans son manteau et qui se chauffe au-dessus de braises. On remarque qu’à la différence de toutes les autres figures, il n’est pas en bas ou moyen-relief sur un fond, mais qu’il est en ronde-bosse, totalement détaché du fond. C’est que –ce qui ne peut se voir sur ma photo, ni d’ailleurs pour le visiteur qui ne peut monter dans la galerie pour tourner autour de la sculpture– il a paraît-il une autre face derrière le crâne. Car le dieu romain qui a donné naissance à notre mois de janvier, c’est Janus, qui a deux visages, l’un tourné vers l’année écoulée et l’autre vers l’année qui commence. En ce treizième siècle, janvier n’est plus le premier mois, comme je le disais tout à l’heure, mais l’image de Janus est restée dans la mémoire de l’artiste. La dernière sculpture, février, représente un homme qui bêche la terre, et au-dessus de lui est représenté le signe des poissons.

Le baptistère de Parme. 23 mai 2013

Pour la première photo de cette série, j’ai voulu montrer comment les signes du zodiaque, lorsqu’ils ne sont pas intégrés dans la représentation du mois, sont situés dans un cadre au-dessous. Mais ensuite, pour que l’on voie en plus gros les représentations des mois, je les ai coupés. Pour finir cet article sur le baptistère de Parme, je voudrais montrer, en gros plan, l’un de ces signes, le verseau.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

olive 16/10/2016 19:06

excellente visite du baptistere .Un détail J'ai remarqué comme vous ccette merveilleuses Vierge à l'enfant chahuteur .Connait-on le nome du peintre,merci du renseignement.

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