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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 23:55

D’abord un petit rappel. L’impératrice Galla Placidia –dont nous avons précédemment visité ce que l’on a pensé être son mausolée– est la fille de Théodose Premier qui règne sur l’ensemble de l’Empire Romain. Elle a deux demi-frères qui, à la mort de Théodose, se partagent l’Empire qui était réunifié depuis peu, à Arcadius, l’aîné, l’Orient, à Honorius, le cadet, l’Occident. À la mort d’Arcadius, c’est son fils Théodose II qui lui succède, c’est normal. Mais en Occident, Honorius a été confronté à maintes usurpations, il s’est brouillé avec sa sœur Galla Placidia qui est partie se réfugier chez son neveu Théodose II à Constantinople, il est contraint de déménager sa cour à Ravenne et, quand il meurt sans descendance en 423, le sénat de Rome craint que Théodose II ne réunisse l’Empire sous sa coupe, et nomme empereur d’Occident le préfet du prétoire Jean. Or Galla Placidia considère que Valentinien, le fils qu’elle a eu avec le général Constance qui s’est ensuite fait proclamer empereur d’Occident, est l’héritier légitime du trône, elle en appelle à son neveu Théodose II qui va guerroyer contre Jean et rendre l’Empire Romain d’Occident au petit Valentinien.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Ce rappel était nécessaire en préambule pour comprendre ce que représentent les mosaïques que nous verrons tout à l’heure, et pourquoi en 424 l’impératrice Galla Placidia rentre de Constantinople à Ravenne, avec son fils Placidus Valentinien et sa fille Justa Grata Honoria. La tempête fait rage, elle se voit perdue. Elle implore saint Jean l’Évangéliste de leur venir en aide, et promet s’il les sauve tous les trois de lui élever une église là où ils auront débarqué. Et comme le naufrage ne s’est pas produit, Galla Placidia reconnaissante exécute son vœu en édifiant l’église que nous voyons. C’est la plus ancienne église de Ravenne. Sur ma deuxième photo ci-dessus, on peut distinguer que l’église, en brique apparente, est entourée d’un mur en brique lui aussi, et que c’est dans ce mur que s’ouvre un grand portail de marbre blanc. Cette partie est beaucoup plus récente, puisque du quatorzième siècle. Ce qui est quand même bien ancien. On voit aussi le clocher, qui remonte au dixième siècle et dont le dernier étage a été ajouté au quatorzième siècle. À noter que si deux de ses quatre cloches sont du dix-septième siècle, les deux autres, fondues en 1208 par Robert le Saxon, sont les plus vieilles cloches d’Italie à être datées et signées.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Voyons donc ce portail qui s’ouvre dans le mur d’enceinte. Le tympan représente –si je ne l’avais pas lu, je crois bien que je n’aurais pas su interpréter ce bas-relief– l’apparition de saint Jean à Galla Placidia entre deux groupes d’anges. Il convient donc de voir, dans cette personne couronnée qui est allongée sur le sol l’impératrice Galla Placidia, à gauche ce saint qui tient un livre en main est l’évangéliste, mais je serais bien en peine de dire qui est l’autre homme, à droite…

 

Sur cette même image, on voit, en haut et de part et d’autre, les deux protagonistes de l’Annonciation, l’archange Gabriel et Marie, que je montre ci-dessus en plus grand.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Au-dessus du tympan, un autre bas-relief s’inscrit dans un triangle. Interprétation difficile. Je ne sais pas comment les spécialistes ont pu déterminer que, sous la représentation du Rédempteur, inscrit dans un triangle et facilement identifiable, cet empereur reconnaissable à sa couronne était sans doute (avec quand même un point d’interrogation) Valentinien III, ce fils de Galla Placidia sauvé de la tempête. Assis près de lui, ils voient sans hésitation saint Jean. À gauche, ce serait saint Barbazien avec des prêtres. Ce Barbazien était venu d’Antioche à Rome, où il menait une vie de prière et de pénitence et accomplissait des miracles. Avant sa fuite à Constantinople, Galla Placidia, pleine d’admiration et de dévotion pour lui, avait été en relation avec lui. Quand elle est revenue et a décidé la construction de l’église, elle l’a fait venir à Ravenne où il a fondé, lié à l’église, le monastère de Saint-Jean l’Évangéliste. De l’autre côté, à droite, cette femme couronnée est Galla Placidia, suivie de soldats en armes.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Il y a encore d’autres sculptures à voir sur ce portail, comme ces figures de saints tout du long des deux montants, ou cet homme et ce monstre sur le côté, mais la pierre en est très abimée.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Avant de pénétrer dans l’église, quelques mots sur son histoire. Des modifications successives, surtout des seizième et dix-septième siècles, avaient quelque peu altéré l’édifice primitif. En 1920, s’appuyant sur des documents anciens et sur l’analyse des éléments architecturaux, des travaux de restauration ont rendu, autant que possible, à San Giovanni Evangelista son aspect d’origine, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Hélas, en 1944, de furieux bombardements alliés destinés à permettre au 27ème régiment de Lanciers britannique de prendre la ville ont très rudement touché le bâtiment, comme le montrent des photos affichées sur un panneau dans le bas de l’église. L’article “Ravenne” de Wikipédia en anglais ajoute que “the town suffered very little damage”: c’est ce que l’on constate sur ces photos…

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Néanmoins, récupérant dans les gravats ce qui pouvait l’être, et au prix d’un travail acharné, l’église a été remise debout et dès 1950 elle a été rouverte au culte. Il restait suffisamment de pans de murs pour que l’on puisse la considérer, malgré son aspect propre et net, comme l’église paléochrétienne restaurée, et non pas comme une construction moderne restituant le style ancien. Son plan est celui d’une basilique antique à trois nefs s’appuyant sur vingt-quatre fines colonnes à chapiteau byzantin, la nef centrale s’achevant par une abside en demi-cercle.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Dans la nef de gauche, une chapelle gothique a été ajoutée au quatorzième siècle. Il y subsiste quelques fragments de fresques. Cette Marie-Madeleine tendant les bras vers la Croix est très belle et suffit à faire regretter ce qui a disparu. On ne peut guère apprécier les fresques beaucoup trop partielles du plafond sur croisée d’ogives qui devaient représenter les évangélistes, les docteurs de l’Église et divers saints.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Arrêtons-nous un instant devant cette très belle Madone allaitant, une œuvre de la seconde moitié du quinzième siècle, de l’école vénéto-slave.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Et puis il y a, spécialité de Ravenne, des mosaïques. Mais celles-ci n’ont rien à voir avec celles du mausolée de Galla Placidia ou celles de Sant’Apollinare Nuovo. D’abord, il ne s’agit pas de décorations murales mais de mosaïques de sol. Et puis elles sont beaucoup plus récentes, puisqu’elles ne sont pas paléochrétiennes mais datent du quatorzième siècle, lorsque l’abbé Guglielmo, supérieur du monastère en charge de l’église, a décidé d’en refaire le pavement. Plus tard, a été refait un sol par-dessus ces mosaïques, et ce n’est qu’au milieu du dix-huitième siècle qu’on les a découvertes. Ce qui en restait a alors été soigneusement récupéré, collé sur panneaux et, en 1763 si j’en crois une inscription gravée, ces panneaux ont été fixés aux murs. C’est dans cette position que l’on peut encore aujourd’hui les admirer.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

En dehors de quelques dessins géométriques comme celui que j’ai montré tout à l’heure, il y a une belle collection d’animaux fabuleux, parmi lesquels je choisis ici une licorne, un griffon, une espèce de sphinx. Je montre à chaque fois la tête en gros plan, parce que cela permet de mieux apprécier le jeu des tesselles et l’utilisation des couleurs.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

D’autres panneaux montrent des animaux plus classiques, plus réels, comme cette panthère, même si leur interprétation très naïve et stylisée, et par là très moderne, fait qu’on ne risque pas de les rencontrer dans la nature tels qu’ils sont représentés!

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Il y a aussi des scènes qui ne sont pas de simples représentations d’un animal, fabuleux ou non, mais qui mériteraient d’être interprétées… si je le pouvais. J’adore ces deux poules, et ce loup (ou ce chien? ou ce renard?) pendu entre elles, mais je ne sais pas trop ce que cela signifie. Peut-être que le méchant, ici le renard prédateur de poules, subira le châtiment. Avec d’énormes réserves sur ma tentative d’explication.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Quant à cette sirène à double queue, nous avons déjà eu, en bien des endroits, l’occasion d’en voir des exemples, comme sur ce chapiteau de l’abbaye de Lavaudieu, en Auvergne, ou au château souabe de Bari, dans les Pouilles, au sud de l’Italie.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Encore en relation avec un animal, mais cette fois-ci avec une intervention humaine, une scène de chasse.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Mais ce qu’a voulu représenter l’abbé Guglielmo c’était, si j’en crois ce que je lis, des épisodes de la Quatrième Croisade. Cette croisade qui devait libérer les Lieux Saints et qui, détournée, a abouti à la prise de Constantinople et à l’établissement d’un Empire Latin (catholique) pour remplacer l’Empire Byzantin (orthodoxe). Je n’aurais pas su que ces mosaïques dataient du quatorzième siècle, j’y aurais vu la prise de Constantinople par les Turcs sur les Byzantins (qui avaient réussi à reprendre leur bien aux Latins). Mais cette chute de Constantinople a eu lieu en 1453, soit un siècle après la réalisation des mosaïques. Pour cette Quatrième Croisade de sinistre mémoire (pas pour Guglielmo, mais le pape Jean-Paul II a présenté avec huit siècles de retard toutes les excuses de l’Église catholique pour cet horrible forfait), les Francs avaient négocié avec Venise: la Sérénissime participerait en fournissant les navires nécessaires, mais en contrepartie obtiendrait une part des prises. L’arrivée des Croisés a donc eu lieu par la mer, comme le montre la première de ces photos. Sur les deux autres, on voit des soldats en cotte de maille.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Parce que j’aime ces mosaïques j’en montre beaucoup en pensant que mes lecteurs les aimeront peut-être eux aussi, mais je suis bien incapable de les interpréter. Ici, un homme apporte des documents à quelqu’un qui semble être coiffé d’une mitre d’évêque. S’agit-il de la remise des églises de la ville au clergé catholique romain? À moins que ce couvre-chef ne soit plutôt la coiffe de l’empereur Constantin XI Paléologue, le dernier à régner sur ce qui était le reste de l’Empire Romain d’Orient.

Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013
Ravenne 10 : San Giovanni Evangelista. Les 5 et 16 mai 2013

Allez, encore deux images et j’arrête. Deux images que je n’interpréterai pas plus que les autres. Ce qui me console de mon incapacité, c’est que je lis “la scena in cui un uomo ed una donna si passano un fiore ha un significato sconosciuto”, “la scène dans laquelle un homme et une femme se transmettent une fleur a une signification inconnue”. Mais cela ne me console pas de rester sur ma faim…

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Published by Thierry Jamard
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