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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 23:55
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Encore une église, plus récente celle-ci que celles que nous avons visitées précédemment. Car si l’évêque Néon, celui-là qui a fait poser les mosaïques du baptistère que l’on désigne par son nom (voir mon article Ravenne 06 consacré à ce baptistère), a construit ici au cinquième siècle une église consacrée aux apôtres saint Pierre et saint Paul, il ne reste quasiment plus rien de ce bâtiment primitif dans l’église reconstruite à la fin du neuvième siècle et au dixième siècle et désormais nommée Saint-Pierre le Majeur (Selon le livre Ravenna ville d’art aux éditions Salvaroli, la construction serait des dixième et onzième siècles). En 1261, l’église est remise entre les mains des Franciscains, qui logiquement la confient à la garde de leur saint patron François d’Assise et la rebaptisent San Francesco. En 1810, comme cela avait été fait en France quelques années plus tôt avec la Révolution, le pouvoir napoléonien expulse les moines. Aujourd’hui, les bâtiments du couvent sont occupés par la Cassa di Risparmio di Ravenna (la Caisse d’Épargne de Ravenne).

 

À noter que c’est dans cette église, à n’en pas douter, qu’ont eu lieu les funérailles de Dante, mort en exil à Ravenne, comme on le sait, en 1321. Mon prochain article, Ravenne 12, lui sera consacré.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

C’est aux alentours de la reconstruction de l’église, ou peut-être légèrement plus tôt, au neuvième siècle, qu’a été érigé le clocher de 32,60 mètres de haut, élégant avec ses fenêtres au cloisonnement de colonnes croissant de bas en haut, deux, puis trois, puis quatre baies. Du palazzo Rasponi voisin (mon futur article Ravenne 14), on peut le voir en étant à hauteur.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Sur le flanc sud de la basilique, plaqué sur le bras du transept, on trouve un grand cadran solaire sur fond blanc, comme une horloge. Il s’y trouve une inscription qui dit “Perdre du temps, c’est d’autant plus déplaisant que l’on est plus savant”. Côté parvis, on est en plein cœur historique de la ville, c’est une petite place urbaine entre un grand palazzo et une grande église, on fait quelques pas sur le côté et l’on se trouve sur un espace très campagnard, maison basse et herbe folle qui pousse au pied du mur.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Pénétrons dans cette église de 46,50 mètres de long C’est beaucoup pour cette église provinciale et somme toute secondaire, à titre de comparaison Notre-Dame de Paris, cathédrale de la capitale, fait 60 mètres. On retrouve ici le plan basilical à trois nefs, sur deux rangées de douze colonnes, réutilisant en partie les fondations de l’église de Néon. La table d’autel est constituée du sarcophage de Libère III, seizième évêque de Ravenne mort vers 374. Le sarcophage, lui, n’aurait été réalisé qu’au cinquième siècle.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Un regard en bas, un regard en haut. Au sol, je remarque ces armoiries. Ce qui les surmonte est une tiare papale, non une mitre d’évêque. D’ailleurs, ce sont les clés de saint Pierre, l’une d’or, l’autre d’argent, qui se croisent derrière l’écu, non la crosse et la croix. Mais, sur Wikipédia, j’ai regardé toutes les armoiries des papes, et je n’ai reconnu celle-là nulle part. L’aigle, commun à beaucoup de papes, n’est pas significatif, mais il y a cette petite église. Serait-ce l’antipape Clément III qui fut archevêque de Ravenne au onzième siècle, de 1072 à 1100? Dans le doute, je lève les yeux au ciel. Et là je découvre ce merveilleux plafond de marqueterie.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Faisons le tour de l’église. On remarque ce grand monument funéraire, élevé en 1509 par Tommaso Fiamberti pour Luffo Numai (1540-1508). Ce Luffo Numai a été premier conseiller de Catherine Sforza et du neveu du pape Sixte IV, et légat du pape auprès de la République de Venise. Natif de Forli, il est également mort à Forli mais les dernières années de sa vie il les a passées à Ravenne. Sur le monument on voit cet oiseau au milieu de graines, et le mot latin “ABSTINE” signifie “abstiens-toi”. Face à l’oiseau, un chameau bâté est devant une source. Le mot latin “PATERE” n’est pas un infinitif (précision pour des lecteurs qui auraient été latinistes mais dont les souvenirs ne sont pas très précis), mais un impératif de verbe déponent: “subis, supporte”. Devise de modération et d’acceptation des vicissitudes de la vie.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Ici, c’est la pierre tombale du bienheureux Enrico Alfieri, né en 1315 à Asti –ville qui a donné son appellation au fameux vin d’Asti–, devenu moine franciscain, ministre provincial de Gênes puis, en 1387, ministre général de l’Ordre Franciscain, fonction qu’il exerça jusqu’à sa mort dix-huit ans plus tard, en 1405, à Ravenne dans ce monastère de San Francesco. Pendant les quatre-vingt-dix années de sa vie, il a donné avec constance un modèle de vertu et de charité, ce qui lui a valu d’être proclamé bienheureux.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Autre pierre tombale, celle d’Ostasio da Polenta. Il est représenté avec la soutane franciscaine. Cette famille da Polenta a tenu la seigneurie de Ravenne pendant 166 ans: Guido da Polenta prend la seigneurie de Ravenne en 1275 et Ostasio III est dépossédé en 1441. On trouve trace de notre condottiere Ostasio II en 1382, où il est au service de la Maison d’Anjou. On le retrouve en 1386 combattant Francesco da Carrara, seigneur de Padoue, famille qu’il combat encore en 1387 à la tête de 1500 cavaliers. De 1389 à sa mort en 1396 il est vicaire pontifical de Ravenne.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Dans une chapelle latérale aménagée au quatorzième siècle et dite chapelle da Polenta, on peut voir ce sarcophage qui date de la fin du quatrième siècle. Au centre de la façade est représenté le Christ assis sur un trône. Il tend le rouleau de la Loi à saint Paul, qui tend ses mains recouvertes d’un voile, comme c’était la coutume dans l’Empire Byzantin pour recevoir quelque chose de l’empereur ou pour lui remettre quelque chose. Le sarcophage est décoré de bas-reliefs également sur ses petits côtés. Hormis le Christ, il représente les apôtres.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Cet autre sarcophage a été réutilisé au dix-huitième siècle par la famille Del Sale, une famille de la noblesse de Ravenne, ce que nous apprend l’inscription de la façade, entre les putti ailés. Mais dans son état original, c’était un sarcophage païen du troisième siècle, dont la décoration a été modifiée au sixième siècle pour la christianiser sur les petits côtés, avec l’agneau et le chrisme (lettres grecques X et P superposées, c’est-à-dire CH et R dans notre alphabet, symbole du Christ)

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

La chapelle latérale dédiée à saint Antoine de Padoue date de 1530. On y trouve entre autres les deux sculptures que je présente ici, un Christ mort du seizième siècle et une Pietà du quinzième siècle.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

Pour terminer la visite de cette basilique, nous descendons ces quelques marches vers la crypte, qui est assez surprenante.

Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013
Ravenne 11 : la basilique San Francesco. Mercredi 8 mai 2013

On ne pénètre pas dans la crypte. En effet, elle est quasiment toujours envahie par les eaux de la nappe phréatique, et des poissons y nagent. On se limite à la contempler à travers la grille. Wikipédia en italien dit que cette crypte est sous le niveau de la mer, et que pour cette raison elle est inondée. Mais d’une part le niveau de l’eau baisse, dit-on, pendant la sécheresse de l’été quand la nappe phréatique est basse, et d’autre part ces poissons rouges que l’on voit ont bien l’air d’être des poissons d’eau douce. La mosaïque du sol date de l’origine, au cinquième siècle, puis la crypte telle qu’on la voit a été construite à la fin du dixième siècle. L’inscription en latin dit “Ce lieu renferme les ossements de saint Néon. Par sa foi limpide, il a atteint le Ciel. Qu’il exulte pour toujours et toujours dans la paix”. À vrai dire, j’aurais eu bien du mal à lire et à traduire le texte, mais heureusement un panneau l’a fait pour moi. Une autre inscription, en grec celle-là, se trouve paraît-il sur le côté gauche. Elle dit “Souviens-toi, Seigneur, de tes serviteurs Esichio et Gemella”, personnages que l’on suppose être les commanditaires du dallage. Ces éléments font comprendre que l’endroit était une nécropole avant d’être transformé en crypte lorsque, sous l’effet de l’affaissement géologique le sol s’étant enfoncé progressivement, il a fallu au dixième siècle rehausser le dallage de la basilique qui, aujourd’hui, est à 3,50 mètres au-dessus de son niveau primitif.

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Published by Thierry Jamard
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