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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 23:55

Avec environ neuf cent mille habitants, Turin est une métropole régionale, une puissante ville industrielle, la patrie de Fiat. Mais ce n’est pas l’installation d’usines automobiles qui est à l’origine de la ville, loin de là, puisqu’au troisième siècle avant Jésus-Christ des Gaulois sont venus s’installer là, sur le Pô (pas de mauvais esprit, S.V.P., je n’ai pas dit qu’ils s’étaient assis sur le pot, mais qu’ils avaient cultivé les terres fertilisées par le grand fleuve). On donne à ces gens le nom de Taurini, les Taurins, d’où le nom actuel de Turin, ou Torino en italien. On ne sait trop si le nom est en relation avec les taureaux, une légende disant que voyant le Pô briller sous le soleil couchant les gens croyaient voir un taureau aux cornes d’or, ou si c’est en relation avec un mot celtique “taur”, la colline, la montagne, parce que ces gens sont arrivés par la montagne pour cultiver la plaine. À noter, donc, que Taurini est non pas un nom de ville à l’origine, mais un nom de population. La plupart des noms de villes actuels sont, en fait, le nom de leurs habitants, et c’est pourquoi le nom des villes françaises, parce que le pluriel se forme en français avec un S (accusatif pluriel du latin), se termine par S: les Vénètes, Vannes; les Namnètes, Nantes; les Parisios, Paris; etc. En revanche, quand la ville est créée par les Romains, ils lui donnent un nom indépendant de celui des habitants, puisqu’ils veulent montrer qu’elle ne leur appartient pas à eux, mais à Rome: Augustodunum, Autun; Lugdunum, Lyon. Mais je suis complètement hors sujet, passons.

Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013

Rome monte en puissance, il semble judicieux de s’en faire l’alliée. Funeste erreur, car quand en 218 avant Jésus-Christ Hannibal passe les Alpes avec ses éléphants pour aller en découdre avec Rome, il assiège, prend ce bourg après trois jours de courageuse résistance et le détruit pour ne pas laisser dans son dos un ennemi qui pourrait le harceler. Et puis quand on est petit, s’allier à un trop grand et trop puissant, c’est risquer de se faire absorber. C’est ce qui est arrivé quand Rome a encore grandi, au deuxième siècle avant Jésus-Christ. La Porta Palatina (photo ci-dessus) a été construite à l’époque de Jules César, qui accorde aux habitants de la colonie le statut de citoyens romains et c’est l’empereur Auguste qui, de cette ville dérivée d’une colonie, fait vers 25 avant Jésus-Christ une cité romaine, qu’il nomme Augusta Taurinorum (l’Auguste des Taurini). Ma seconde photo représente Auguste. La troisième… un autre empereur romain, que je n’identifie pas.

Turin. Mercredi 29 mai 2013

On peut aussi voir ces maigres ruines du théâtre romain, mises au jour tout à fait par hasard, lors de la destruction de l’ancien palais royal, en 1899, pour construire une nouvelle aile du nouveau palais. Mais on ne s’est pas arrêté pour autant dans les travaux de construction, et une grande partie du théâtre a été enfouie sous cette aile nouvelle. Sa construction s’est étalée de 13 avant Jésus-Christ à 44 de notre ère, et sa capacité était de trois mille places.

Turin. Mercredi 29 mai 2013

Des bâtiments très banals, sur cette photo, à part peut-être la tour de brique sur la droite. Mais, justement, ce n’est pas pour elle que j’ai pris cette photo et que je la publie. En effet, Ce n’est que d’ici que l’on peut voir un tout petit morceau du sommet de la Casa del Pingone, une tour qui apparaît un peu au-dessus du toit de l’immeuble. Je l’évoque quoique l’on ne puisse la voir, parce que cette ancienne tour patricienne est, nous dit-on sur un panneau, l’une des plus anciennes de la ville. Elle doit son nom à un homme illustre qui y habita, l’historien Emanuele Filiberto Pingone (1525-1582). Il est dit aussi que ce Pingone a donné des origines médiévales à la Maison de Savoie, en la faisant remonter à un prince saxon légendaire, le prince Bérold. Il a en outre exalté les hauts faits des ducs de Savoie.

 

Les Chroniques de Savoie racontent qu’un jour, l’empereur Othon était parti de Savoie, oubliant divers objets: “Il manda alors Bérold, et lui dit: ‘Beau neveu, monte à cheval et va chercher mes reliques que j’ai oubliées sous le coussin de mon lit’. Bérold fit telle diligence qu’il arriva au palais vers minuit; il monta tout droit à la chambre de l’impératrice; la porte poussée, il approcha du lit pour prendre les reliques, mais d’aventure il mit la main sur la barbe d’un homme, de quoi il fut moult émerveillé, et dit à l’impératrice: ‘Dame, qui gît ici avec vous?’ Toute ébahie, elle répondit ‘c’est une de mes femmes’. –Au nom de Dieu! dit Bérold, je ne vois oncques femme qui portât telle ni si grande barbe’. Puis, tirant son épée du fourreau, il en frappa mortellement l’impératrice et son amoureux”. Plus tard, après des combats valeureux dans la région, “Monseigneur Bérold avait envoyé quérir en Allemagne dame Katelline sa femme et son beau-fils Humbert […]. Bérold mit subitement pied à terre et s’avança pour embrasser sa femme sur son palefroi, mais celle-ci sallit en bas lestement et courut, les bras tendus, se jeter au cou de son seigneur, et le baisa, et lui elle”. Le temps passe. Humbert, qui est allé chasser sur les terres du Comtat Venaissin, épouse ensuite Laurence, la fille du comte qui règne à Carpentras, et c’est l’origine des ducs de Savoie. Merci, Pingone.

 

En 1419, le duché de Savoie annexe le Piémont, dont Turin est la capitale. Et en 1563, de Chambéry les ducs transfèrent leur capitale de la Savoie à Turin. C’est pour cela que le processus d’unification de l’Italie, sous l’impulsion du roi de Savoie Victor Emmanuel II et de son ministre Cavour, est parti de Turin.

Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013

Si je parle du roi, il me faut aussi évoquer le palais royal. C’est ce grand bâtiment, derrière une grille qui s’ouvre entre deux belles statues équestres en bronze.

Turin. Mercredi 29 mai 2013

On décrit partout le palazzo Madama, musée municipal d’art, du moyen-âge au dix-neuvième siècle, avec sa belle façade baroque du dix-huitième siècle, mais de l’autre côté il n’a rien de baroque, il s’agit visiblement de la récupération d’un palazzo plus ancien. Nous ne sommes pas à Turin pour visiter la ville, nous n’y sommes que de passage, aussi ne pénétrons-nous pas dans le musée, ni dans aucun autre monument de la ville.

Turin. Mercredi 29 mai 2013

Nous voici dans la via Po (rue du Pô). Il y a une autre grande rue du même type, la via Roma. Dans les années 1620, les ducs de Savoie ont décidé de donner plus d’ampleur à leur capitale, et ont commencé à la développer vers l’est. Dans les années et les siècles qui ont suivi, tout le quartier s’est construit. C’est ainsi que cette via Po a été tracée sur une ancienne rue qui menait au pont sur le fleuve, avec des façades uniformes dessinées par Amedeo di Castellamonte, architecte des ducs, et a été inaugurée par le duc Charles Emmanuel II en 1673. Elle est large de trente mètres de façade à façade. Sous ses portiques, qui protègent des ardeurs du soleil comme de la pluie (on n’est pas au pôle nord, non, mais on est à la latitude du Puy et au pied des Alpes), s’alignent d’innombrables boutiques.

Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013

En 1713, par le traité d’Utrecht le duc Victor Amédée II reçoit la couronne de Sicile. La Sicile, c’est bien loin, il l’échange contre la Sardaigne en 1720. Ainsi devenu roi en Sardaigne, il prend également le titre de roi de Savoie. En ce dix-huitième siècle, les rois de Savoie vont donc s’efforcer de donner tout le lustre possible à leur capitale, pour lui permettre de se hausser au niveau des autres capitales européennes. C’est ainsi que le projet du théâtre royal a été confié à l’architecte Benedetto Alfieri en 1740, qui a réalisé ce qui a été considéré comme le plus beau théâtre d’Europe. Las! Las! un incendie l’a détruit en 1936. Dans ses deux siècles d’existence, il y avait été joué 175 œuvres en grande première, donné plus de 350 concerts et exécuté environ 680 ballets. Il convenait donc de le reconstruire. C’est en 1973 que Carlo Mollino et Marcello Zavellani Rossi se sont attelés à cette tâche. Ci-dessus, j’en montre la grille de bronze, créée en 1994 par Umberto Mastroianni. L’artiste en a intitulé le thème Odissea Musicale (Odyssée musicale, il n’est pas nécessaire d’être un grand linguiste ni un italianisant distingué pour le traduire!)

Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013

Je le disais tout à l’heure, en touristes de base, nous n’avons visité aucun musée, aucun monument historique à Turin. Mais le touriste de base se doit quand même, avant de quitter la ville, de monter sur la colline de Superga qui domine la ville. L’ascension peut s’effectuer par la route, mais aussi par un chemin de fer électrique à crémaillère, et c’est bien sûr le choix que nous avons fait.

Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013

Les passagers ne seraient pas forcément d’accord pour figurer sur la photo, aussi je préfère la prendre à l’arrêt, quand il n’y a personne. Pendant le trajet, il y a trois occupations possibles. La première est de profiter du petit voyage, tout simplement. Ce que nous avons fait. Mais la deuxième est de regarder indiscrètement à travers la vitre, dans la cabine de conduite. Élève de section littéraire au lycée, je n’ai pas acquis de grandes connaissances en physique, mais je ne suis quand même pas ignare au point d’avoir oublié les rudiments que tout un chacun possède. Si, donc, mes souvenirs sont bons, la puissance en watts est le produit de la différence de potentiel en volts par l’intensité en ampères. Je constate que la ligne est alimentée en 600 volts et qu’en ce moment le conducteur utilise une puissance de 600x380=228kW. J’espère ne pas dire de bêtise en creusant ma mémoire: un cheval vapeur serait égal à environ 0,75kW? Si c’est cela, la puissance est de 304ch.

Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013

Trois occupations, profiter benoîtement, calculer la puissance, et aussi, bien sûr, ne pas perdre une miette du paysage. Nous sommes au-dessus d’un confluent. Je regarde Google Maps sur Internet et ici je n’en vois qu’un possible, celui de la Stura di Lanzo avec le Pô. Si, donc, je m’oriente bien, le pont au premier plan, sur le Pô, débouche à gauche sur le corso Don Luigi Sturzo et l’autre pont, au second plan, sur la Stura di Lanzo, prolonge la strada di Settimo. Sous toutes réserves…

Turin. Mercredi 29 mai 2013

Arrivés au sommet, nous quittons notre petit train pour aller voir le paysage et visiter la grande basilique édifiée là sur le sommet. Une plaque gravée dans le marbre, à l’intérieur, est dédiée à “Filippo Juvara de Messine qui, avec un art exquis, a dessiné cette basilique construite par Victor Amédée II en souvenir de la libération de Turin”. En effet, en 1706, les Français de Louis XIV, qui voulait annexer le Piémont à la France, ont mis le siège devant la ville, laquelle résiste pendant 117 jours, jusqu’à ce que l’armée ennemie lève le siège. Ce Vittorio Amedeo II a régné de 1675 à 1720, il était donc duc de Savoie à ce moment-là. Courageux, il a laissé le commandement de la ville au général impérial Filippo Lorenzo Wierich, comte Von Daun, et a pris personnellement la tête de son armée. Le 29 août, il parvient à passer sur la rive droite du Pô et se dirige vers l’ouest. Le 2 septembre, il monte sur la colline de Superga, où il fait le vœu à la Vierge de lui bâtir là-même une grande église, où il n’y avait alors qu’une petite chapelle, s’il obtenait la libération de sa capitale. Au matin du 7 septembre, la bataille a commencé à faire rage sous les murs de la citadelle, et l’armée française est totalement anéantie. Turin est libre et reste indépendante.

 

En 1716, on abat la petite église précédente. Les plans de l’architecte, l’abbé Filippo Juvarra (sur la plaque, son nom est écrit avec un seul R, mais il semble qu’en réalité il en faille deux), nécessitent un abaissement du sommet de la colline pour disposer d’une surface plane. On va donc réduire l’altitude de pas moins de quarante mètres. Quoique les moyens techniques de l’époque soient rudimentaires, on parvient à ce résultat en une année seulement, et le 20 juillet 1717 commencent les travaux de construction de la basilique avec la pose de la première pierre. Quatorze ans plus tard, le premier novembre 1731, elle est achevée, consacrée et ouverte au public.

 

Le 4 mai 1949, un avion transportant l’équipe de football Grande Torino s’est écrasé sur la colline de Superga, en touchant le terre-plein. Tous les membres de l’équipe y ont perdu la vie.

Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013

Franchissons le beau portail en bois. De l’extérieur, on a pu se rendre compte que le corps principal du bâtiment était de plan circulaire. Les colonnes sont d’un effet élégant, elles allègent la perception de l’ensemble. La journée n’est pas particulièrement ensoleillée, mais grâce aux huit fenêtres ouvertes dans la coupole, l’intérieur de l’église est plutôt lumineux.

Turin. Mercredi 29 mai 2013

Ce petit angelot adorable, avec ses cuisses potelées, est bien dans le style du dix-huitième siècle.

Turin. Mercredi 29 mai 2013
Turin. Mercredi 29 mai 2013

Avant de ressortir voir ce qui est proposé dans la boutique, de faire une petite promenade sur la colline et de reprendre notre train à crémaillère en direction de la ville, encore deux images. Ces hauts-reliefs ne sont pas en stuc, mais en marbre de Carrare, je vous prie. Ma première photo montre la naissance de Marie, sculptée par Agostino Cornacchini, de Pistoia. Outre ses parents, Anne et Joachim, Marie est entourée de nombreux personnages que je n’identifie pas mais qui ne sont sans doute pas identifiables, ils sont censés représenter la famille, les gens venus rendre hommage à la future mère de Jésus, ceux qui viennent féliciter sa maman qui vient d’accoucher. Quant à ma seconde photo, elle représente l'Annonciation.

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Published by Thierry Jamard
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