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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 23:55

Nous voici à Parme. Nous n’y sommes que de passage. Quand je regarde l’horaire de mes photos, je vois que j’ai fait la première le 23 à 14h12 et la dernière le même jour à 20h35. Je ne suis donc pas en mesure de parler de cette ville comme de Ravenne où nous avons passé dix-huit jours. Juste, donc, un petit aperçu rapide ici, avant deux autres articles consacrés le premier au baptistère et le second à la cathédrale. Quant à la chartreuse, celle du roman de Stendhal, la fameuse Chartreuse de Parme, c’est une création du romancier. Il connaissait très bien l’Italie, il n’a rien confondu, mais il s’est inspiré, sans doute, de l’abbaye de Valserena ou de la chartreuse de Pavie. Tant sur le plan historique, d’ailleurs, que sur le plan géographique, il a un peu triché avec la réalité. Mais mon sujet n’est pas une analyse littéraire du roman, passons à autre chose.

 

Je ne veux pas ici raconter l’histoire de Parme, mais seulement une époque. Napoléon, après avoir divorcé de Joséphine de Beauharnais qui ne lui donnait pas d’héritier, a épousé en 1810 Marie-Louise d’Autriche, âgée de dix-huit ans. Cela s’annonce mal: Napoléon déclare “c’est un ventre que j’épouse”, et de son côté Marie-Louise écrit à une amie “Je sais qu'à Vienne ils me voient déjà mariée avec le grand Napoléon, j'espère que cela ne se fera pas”. Après Waterloo et le départ définitif de Napoléon pour son exil à l’île de Sainte-Hélène, Marie-Louise exprime de tout autres sentiments: “J'espère qu'il sera traité avec bonté et clémence […] parce que je lui dois ma reconnaissance pour la tranquille insouciance dans laquelle il m'a laissé vivre au lieu de me rendre malheureuse”. Les puissances européennes, Russie, Autriche, Prusse, puis France, Angleterre et Espagne, lui accordent le duché de Parme, Plaisance et Guastalla, à la condition que son fils, l’Aiglon, né en 1811 et donc encore tout petit, ne l’y accompagne pas et, afin qu’il ne puisse hériter du duché à la mort de sa mère, il est décidé que ce duché de Parme reviendra à l’héritier des Bourbon-Parme à la mort de Marie-Louise.

 

C’est pendant le premier exil de Napoléon à l’île d’Elbe que Marie-Louise, placée sous la protection (ou, en fait, plutôt sous la garde et la surveillance) du général Neipperg, tombe amoureuse de cet Autrichien et en devient la maîtresse. Elle l’épousera en secondes noces et, dans son duché, lui abandonnera la conduite des affaires de politique générale, s’attachant à améliorer de toutes ses forces le sort matériel de ses administrés, développant un programme culturel tous azimuts. C’est donc cette ville de Marie-Louise que nous allons visiter aujourd’hui.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013
Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013
Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Parme est traversée par un cours d’eau si maigre, si souvent asséché que l’on n’ose pas parler de fleuve (fiume), on l’appelle plutôt torrent. Et ce torrent porte le même nom que la ville, c’est le torrente Parma. Sur ses rives, on voit de bien jolis alignements de maisons colorées.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Palazzo della Pilotta. Selon le site (en italien) http://turismo.parma.it/ l’appellation Pilotta serait une déformation du mot pelota, désignant la pelote basque, à quoi l’on jouait dans l’une des trois cours de ce palais. C’est en 1583 que le duc Ottavio Farnèse a fait commencer la construction du bâtiment par son ami l’architecte Francesco Paciotto, mais à sa mort trois ans plus tard les travaux sont arrêtés. Son petit-fils, le duc Ranuccio 1er Farnese les a fait reprendre en 1602 sous la conduite de l’ingénieur de la cour, Simone Moschino. Nouvelle interruption en 1611, qui devait être temporaire mais qui a duré, et lorsqu’est mort Ranuccio en 1622 le projet a été enterré avec lui. C’est donc un édifice inachevé que nous voyons aujourd’hui.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Ceci, c’était le clocher de l’église San Paolo. “C’était”, parce qu’il a été transformé en monument aux morts de toutes les guerres par un architecte de Parme, Mario Monguidi, qui a exercé dans la première moitié du vingtième siècle, à l’époque du fascisme. Il a conservé la structure de la tour, mais y a ajouté les éléments caractéristiques de sa nouvelle fonction. Juste sous l’horloge, un soldat agenouillé est l’œuvre de Renato Brozzi (1885-1963). En haut de la grande plaque de pierre blanche, est fixée une sculpture de Luigi Froni (1901-1965) qui représente cinq têtes s’encadrant dans du fil de fer barbelé. En dessous, figure un texte d’un poète, de Parme également, Jacopo Bocchialini (1878-1965). Je vais traduire ce poème:

“Ô toi qui passes, arrête-toi et souviens-toi. Ce sont les morts tombés pour la patrie, de toutes les guerres, les généreux morts, sur terre, en mer, dans le ciel, dans les années lointaines, dans les années récentes, à l’intérieur des frontières sacrées, au-delà des frontières et de la mer, au nom de l’Italie, à l’ombre du [drapeau] tricolore. Ô toi qui passes, incline-toi et aime une si grande dévotion, une si grande fidélité, et que le sang versé soit la sauvegarde de la patrie, garant de notre civilisation, début fécond de fraternité humaine”.

 

C’est un poème. Un poème est par nature intraduisible, parce que ce qui le distingue de la prose, c’est entre autres le choix d’une musicalité des mots et des rythmes, les connotations évoquées, autant de choses qui ne se retrouvent pas telles quelles dans les phrases d’une autre langue. Ou alors, c’est un poète authentique dont la langue maternelle est la langue cible, qui va parvenir à adapter le texte source. Mais alors il s’agit d’une création sur le thème de l’original, non d’une traduction. N’ayant pas la prétention d’être moi-même poète, je me suis efforcé de traduire en restant collé au texte, conscient de gommer la plus grande partie de la poésie. Pour être honnête je me devais de le préciser.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

En passant devant le Palais du Gouverneur, il est impossible de ne pas remarquer l’inévitable statue de Garibaldi, l’un des plus actifs unificateurs de l’Italie. À une époque où beaucoup de régions réclament l’autonomie, voire l’indépendance (hé oui, il n’y a pas que l’Écosse par rapport à la Grande-Bretagne ou la Catalogne par rapport à l’Espagne: dans plusieurs régions d’Italie des pourcentages plus ou moins importants de la population souhaitent se désolidariser du pays après avoir lutté il y a un siècle et demi pour s’agréger. Mais partout on continue à célébrer Garibaldi pour ce qu’il a accompli sur le plan militaire, plus d’ailleurs que l’on n’érige de monuments à Cavour qui a fait autant que lui, mais sur le plan politique et diplomatique.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Autre statue de grand homme, celle de Parmigianino. Est-il besoin de parler de ce peintre parmesan célèbre (1503-1540)? On peut admirer ses œuvres au Louvre, au Prado à Madrid, au Kunsthistorisches Museum à Vienne, à la Galleria Doria-Pamphili à Rome, au Museo di Capodimonte à Naples, aux Uffici à Florence, pour ne citer que les lieux où je me rappelle l’avoir vu. Mais il est aussi à Londres et dans d’autres pays.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Les belles places avec des monuments anciens ne manquent pas à Parme. Ici nous voyons le Palais du Podestà, construit entre 1221 et 1240. Tout en haut, les fenêtres sont alignées de la façon la plus naturelle, mais en-dessous on remarque que, bizarrement, elles sont disposées en pente, descendant de la gauche vers la droite. Cela s’explique par le fait que s’appuyait sur cette façade un grand escalier démoli depuis.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013
Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013
Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Face à la cathédrale, se trouve le palais archiépiscopal. C’est bien logique. L’archevêque n’avait que la place à traverser pour se rendre dans son église. Ce bâtiment date du onzième siècle (1055). Au seizième siècle, le duc Octave Farnèse, puis son fils Alexandre Farnèse, en ont fait leur résidence.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Avant d’être nommé évêque on est prêtre, et avant de devenir prêtre on se forme au grand séminaire. Le grand séminaire de Parme, c’est ce bâtiment, qui date de la fin du dix-neuvième siècle. Mais en ce même endroit, au moyen-âge, il y avait la résidence des membres du chapitre de la cathédrale. Ce n’est le séminaire diocésain que depuis le milieu du seizième siècle.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Puisque nous sommes dans les édifices en relation avec la religion, venons-en à deux belles églises. Ici, c’est l’église et le monastère Saint-Jean l’Évangéliste. C’est au dixième siècle que les Bénédictins se sont installés ici, avec leur église, leur monastère, et une pharmacie historique, mais l’ensemble a été reconstruit entre la fin du quinzième siècle et le début du seizième, avec cette façade baroque. Malheureusement, l’église était fermée lors de notre passage, et nous n’avons pas pu y admirer les fresques du Parmigianino, pas plus que nous n’avons vu les trois cloîtres du monastère, ou la pharmacie organisée en musée et qui dans ses bâtiments du seizième siècle présente, paraît-il, outre des manuscrits et des pots, les salles et ustensiles de préparation des médicaments.

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013
Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Autre belle et grande église, Santa Maria della Steccata, Sainte-Marie de la Palissade. Tout près d’ici, au quatorzième siècle il y avait une maison sur laquelle un saint Jean Baptiste était peint, et parce qu’on le croyait miraculeux il attirait une foule si considérable qu’il a fallu la contenir avec une palissade. En 1392, on construit une chapelle dédiée à Saint-Jean Baptiste, et à l’intérieur une Vierge allaitant l’Enfant Jésus a été surnommée par le public la Vierge de la Palissade (della Steccata). Au seizième siècle, en 1521, on a abattu cette petite chapelle pour construire la grande église que nous voyons aujourd’hui. Mais tout ne se passe pas sans problèmes. Les Zaccagni père et fils, architectes, entrent en conflit avec la commission de contrôle, qui finit par les renvoyer en 1525. Arrêt des travaux. Un nouvel architecte, Marcantonio Zucchi, est engagé et reprend la construction, mais il meurt peu après. Ce sera Gian Francesco d’Agrate qui finira l’église en 1539. Hélas, nous n’avons pu pénétrer à l’intérieur qui, selon ce que j’ai lu, contient des œuvres remarquables…

Un petit tour dans Parme. 23 mai 2013

Lors de notre visite de Parme, je n’ai pas vu de grandes foules se déplacer à vélo, mais il paraît que les Parmesans sont des fondus de bicyclette. Aussi, passant devant cette sculpture, j’ai cru bon de la prendre en photo, et je la publie ici en attendant mes articles sur le baptistère et sur la cathédrale qui sont quand même plus célèbres que les bicyclettes de Parme!

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Published by Thierry Jamard
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