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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 23:55
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Et nous voici à Berlin. Pour très peu de temps, hélas. Nous ne faisons que passer, nous ne disposons que de deux jours. Un petit tour en ville, deux musées (il y en a d’innombrables, tous plus passionnants les uns que les autres, mais il n’est pas question de les parcourir au pas de course, nous avons dû faire un choix –pour cette fois-ci), et des expositions de rue sur un passé douloureux. Pour le présent article, je me contenterai de la balade en ville. Et bien sûr, on ne peut manquer une photo de la porte de Brandebourg, cette construction qui voulait s’inspirer des Propylées de l’Acropole d’Athènes et a été inaugurée en 1791. Quand le pouvoir communiste de la DDR (en français la RDA) soumis à l’Union Soviétique a décidé, en 1961, de construire le mur séparant la ville en deux, la porte de Brandebourg était prise dans ce mur. Au sommet, nous voyons une Victoire ailée sur un quadrige; c’est en 1793 que Johan Schadow la réalise. Mais en 1806 Napoléon passe par là et l’emporte en France. Elle retrouvera sa place en 1815.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Comme l’île de la Cité ou l’île Saint-Louis sur la Seine, il y a à Berlin une île sur la Spree, et là sont concentrés la majorité des grands musées de la ville. Aussi l’appelle-t-on l’Île des Musées. Logique, non? La magnifique et imposante cathédrale de Berlin se situe justement sur l’Île des Musées. C’est la principale paroisse et collégiale évangélique de Berlin.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Puisque je parle de la Spree, c’est le moment de montrer le fleuve. Il s’y réalise actuellement des travaux hydrauliques que je ne comprends pas bien. Une partie de la largeur du fleuve est isolée (ma seconde photo), le niveau de l’eau, jaune et boueuse, y est plus élevé, et des pompes puissantes y fonctionnent (ma troisième photo).

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Il arrive de temps à autre que les villes placent des statues, généralement de bronze, dans des situations “vivantes” au lieu de les poser tout bêtement sur un socle dans un jardin public. Déjà, tout récemment (voir mon article précédent), nous en avons vu à Volendam, aux Pays-Bas. Ici, Wilfried Fitzenreiter, l’artiste, a intitulé son œuvre Trois filles et un garçon. À l’origine, ces quatre amis fort dévêtus décoraient une fontaine, et en 2007 ils sont venus ici sur le parapet du fleuve.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Cette autre sculpture est située sur un trottoir. Mais là il n’y a rien d’amusant, car elle évoque l’époque dramatique où l’antisémitisme était doctrine d’État. Je ne veux pas dire que l’antisémitisme individuel est anodin, mais au moins lorsqu’il s’exprime par des actes il est réprimé, tandis que lorsqu’il est promu par l’État, il ne connaît plus de limites, et ce sont ceux qui voudraient s’opposer à des exactions qui sont hors-la-loi. Le titre de ce monument est 1938-1945, trains pour la vie, trains pour la mort. Les trains pour la mort, les êtres humains entassés dans des wagons à bestiaux pour aller vers les camps d’extermination, hélas! On connaît cela. Mais on parle moins des trains pour la vie. L’année 1938 a été marquée par une série de mesures antisémites, au plan législatif, mais aussi physiquement. La nuit du 9 au 10 novembre 1938 a été marquée par un terrible pogrom. À cette nouvelle, et prévoyant le pire (déjà, les premiers camps de concentration avaient commencé à fonctionner, même s’ils n’étaient pas encore dédiés à la “solution finale”), le Parlement britannique a voté une résolution d’accueil d’enfants juifs originaires d’Allemagne, d’Autriche, de Tchécoslovaquie, de Danzig (actuelle Gdansk) et de la ville polonaise de Zbaszyn. C’est ainsi que le 30 novembre 1938 un premier convoi est parti de la gare de Friedrichstrasse, devant laquelle a été érigé ce monument commémoratif, emportant 190 enfants vers l’Angleterre, leurs familles restant sur place. La plupart de ces familles connaîtront la mort dans les camps nazis.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Au total, ce seront plus de dix mille enfants qui seront ainsi sauvés. La Gestapo surveillait l’acheminement jusqu’à la frontière néerlandaise. Arrivés au port de Hoek van Holland (près de Rotterdam), les enfants étaient embarqués sur des ferries vers Harwich en Grande-Bretagne. Pour beaucoup d’entre eux, c’est à Londres, gare de Liverpool, qu’ils rencontraient leur famille d’accueil. La photo ci-dessus, figurant sur l’affiche où tout cela est expliqué, représente l’arrivée en Angleterre d’un convoi en 1939. On voit comme ces enfants sont jeunes. À l’arrivée, les choses se sont passées parfois très bien, parfois très mal. Certaines familles ont accueilli le petit Juif comme l’un de leurs enfants et lui ont donné toute l’affection et l’éducation dont elles étaient capables. D’autres ont utilisé l’enfant comme un larbin, le faisant travailler dur aux tâches familiales. D’autres encore n’ont pas maltraité l’enfant, mais ne se sont guère occupées de lui, et ont totalement négligé son éducation. L’auteur de cette sculpture, Frank Meisler, natif de Gdansk, aujourd’hui citoyen israélien, a lui-même été sauvé grâce à ces transports d’enfants.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Évidemment, on ne peut qu’être révolté à l’idée que certains de ces enfants, qui déjà perdaient leur famille, aient pu être traités d’une façon indigne. Mais cette photo d’enfants qui n’avaient pas été évacués et qui sont rescapés des camps de la mort est ce qu’il y a de plus affreux. Kurt Gerstein témoigne: il a vu arriver 45 convois avec 6700 enfants, dont 1450 étaient morts pendant leur transfert.

 

En septembre 1941, le port de l’étoile jaune est imposé à tous les Juifs, la fréquentation des écoles, des cinémas, des théâtres, des restaurants, des salles et terrains de sports leur est interdite, et les déportations vers l’est commencent. Un comble, il faut payer pour le transport. Les associations juives doivent payer 4 pfennigs par kilomètre pour les adultes, et 2 pfennigs pour les enfants. À l’arrivée, ceux qui ont survécu au transport sont séparés, hommes, femmes, enfants, puis triés. Les personnes trop âgées, les malades, les infirmes et les bébés sont directement envoyés aux chambres à gaz. Les autres, mal nourris, sans soins, sans hygiène, sont employés à des travaux pénibles ou utilisés par les médecins du camp pour des expériences pseudo-scientifiques. Pour ne parler que des enfants, plus d’un million et demi d’enfants juifs européens ont ainsi été assassinés. Quant aux quelques rescapés, en voyant la photo ci-dessus on imagine le traumatisme physique et psychologique de leur vie par la suite.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Mais la fin du régime nazi n’a pas signifié la fin des souffrances de Berlin. Tandis que Berlin-ouest tentait difficilement de relever les ruines causées par les bombardements, Berlin-Est était soumis contre le gré d’une majorité de la population au régime imposé par Moscou, et le KGB russe avait un œil sur les citoyens soupçonnés d’être dissidents. C’est dans ces services secrets qu’officiait à l’époque le colonel Vladimir Poutine dont par la suite on a amplement entendu parler: fini l’incognito, fini l’espionnage, entrée dans la politique au grand jour… en sachant comment faire espionner et comment manœuvrer. En 1961, afin de renforcer le contrôle des passages entre l’est et l’ouest, la RDA construit un mur, le “mur de Berlin”, le “mur de la honte”. Munis d’un plan de la ville et de précieuses informations, nous sommes partis à la recherche des quelques fragments de mur qui ont été conservés au titre du souvenir.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013
En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

La tour depuis laquelle le contrôle était effectué a été conservée. En outre, un panneau explicatif (traduit en anglais, en français et en russe) avec photos informe sur les modalités du passage. Avec un laissez-passer ou avec un visa sur le passeport, les Berlinois de l’ouest peuvent se rendre à l’est. Plus tard, à partir de 1964, les Berlinois de l’est peuvent obtenir l’autorisation d’aller rendre visite à leur famille à l’ouest, à la condition qu’ils soient retraités. Pas question, en effet, que les actifs cherchent du travail à l’ouest et ne reviennent pas. Si l’on n’est pas retraité, on ne peut accéder à l’ouest que pour nécessité professionnelle avérée ou en cas de motif familial exceptionnel. C’est lors d’une conférence de presse que, le 9 novembre 1989 au soir, la levée des mesures de restriction de passage a été annoncée. Immédiatement, c’est la ruée vers le passage de Chausseestrasse. Mais à la frontière, les gardes n’ont pas été préparés, aucune consigne ne leur a été donnée, ils sont dépassés. La foule est pacifique mais veut passer puisque le droit lui en a été donné, aussi ils préfèrent ouvrir en grand la frontière.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Laissons là tous ces malheurs. Il est nécessaire d’en parler, de s’en souvenir, pour pouvoir dire “plus jamais ça”, mais il n’est pas nécessaire non plus de s’en repaître avec un plaisir sadique.

 

On sait que l’ours est le symbole de Berlin. Chacun sait aujourd’hui que l’étymologie qui ferait reposer le nom de la ville sur le mot qui désigne l’ours (Bär, prononcé Bèr) avec le suffixe diminutif –lein, est tout à fait fantaisiste, mais on ne va pas pour autant changer de symbole. Et aux cinéastes on continuera à y décerner l’Ours d’or. Les artistes ont été invités à peindre des ours grandeur nature à attribuer à chaque pays, voire à chaque région. Des reproductions en modèle réduit (22 centimètres) de ces ours peints sont en vente ici à 59,90€ chacun. Sur ma photo, on voit en haut, d’avant en arrière, un Catalan, puis la Barbade, puis Cuba (La Havane), et derrière arrive la France II. Ce chiffre II signifie donc qu’il y a plusieurs modèles français. Le dernier de la série n’a pas d’étiquette. Sur l’étagère du bas, ils sont tous berlinois.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Au hasard de nos promenades, nous avons vu la représentation de quelques Berlinois célèbres. J’en ai photographié plusieurs mais je ne vais pas en accumuler ici les photos. J’ai sélectionné Max Planck (1858-1947), prix Nobel de physique en 1918 pour ses travaux sur la théorie des quanta. Je l’ai choisi en raison des énormes efforts que j’ai faits autrefois pour essayer de comprendre de quoi il s’agissait.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Celui-là, c’est Mommsen (1817-1903). Ce grand historien, Nobel de littérature en 1902, a beaucoup travaillé et écrit sur Rome et l’histoire romaine. J’ai fréquenté ses œuvres (en traduction) pendant mes études, et cela justifie mon choix de sa statue.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Et puis je choisis Alexander Von Humboldt (1769-1859). Cet explorateur, grand géographe, naturaliste qui rapporte d’innombrables échantillons de ses expéditions, j’ai aussi une raison de l’avoir choisi. On a donné son nom à un courant marin que je connais bien. Le courant de Humboldt a son origine dans les glaces de l’Antarctique, il vient lécher les côtes du Chili et continue vers le Pérou. Ma famille et mes amis savent que j’ai vécu quelques années au Chili, à Concepción. La ville est à 36°46’ de latitude sud soit, reporté à l’hémisphère nord, tout au sud de l’Espagne, quelque part entre Séville et Cadix. Si l’on imagine que les bains de mer dans le Pacifique sud doivent être chauds, on se trompe, la mer sur les plages proches de Concepción est à 13° en été… Que l’on ne me dise pas que la Manche est froide dans les Côtes d’Armor! Ces souvenirs personnels justifient bien que Humboldt ait sa place dans ma sélection de statues.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Un musée pendant des heures, la cathédrale, les berges de la Spree, les restes du mur, la collection de statues au fil de la balade… Si vous êtes fatigués de me suivre, faites comme cette jeune fille que j’ai surprise sur un banc. Les jambes surélevées, c’est excellent pour la circulation du sang. Prêts? Alors nous repartons. Il ne reste plus que quelques statues à voir. Dans cette dernière série, ce ne sont plus de grands hommes.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

J’ai été frappé par cette entrée baroque surmontée d’un caducée, et avec un autre caducée sur le balcon, mais surtout encadrée de ces deux grandes sculptures. Bêtement, je n’ai pas regardé à quoi était dédié ce bâtiment, et ma photo est cadrée trop haut pour que je voie une plaque.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Dans le jardin des musées se trouve le reste de ma collection de sculptures. À commencer par celle-ci, un peu bizarre avouons-le!

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Celle-ci est de facture plus traditionnelle. Il s’agit d’une œuvre signée M. Klein et qui représente Hercule et le lion de Némée. Le héros est en train d’étouffer le fauve, puisque rien ne peut entamer sa peau. On voit le lion, la gueule ouverte, en train de suffoquer. Toute la musculature d’Hercule est bandée dans l’effort.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

Cette Diane sculptée par R. Felderhoff est à l’opposé du corps de culturiste d’Hercule. Elle est toute en grâce et en élégance. Ses formes, comme sa gestuelle, sont pleines de charme.

En ville à Berlin. 31 juillet et 1er août 2013

En essayant d’effectuer un choix le plus varié possible, j’ai sélectionné, pour finir, cette œuvre de A. Brütt intitulée Sauvée (Gerettet, en allemand. Je ne parle pas cette langue, merci Google traduction). Certes ce n’est pas à proprement parler “joli”, mais j’aime bien l’opposition entre le secouriste peu élégant dans sa présentation, dans son physique, et la fine silhouette de la jeune femme. Et pourtant, c’est lui qui l’a sauvée, c’est elle qui est en mauvaise posture.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Maddy Pessard 29/08/2016 09:19

Merci pour ce bel article!
j'attends la suite avec impatience!

Maddy Pessard

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