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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 23:55

C’est plus fort que nous, nous ne pouvons pas être à Paris sans faire un petit tour (un grand tour!) au Louvre. Et il y a tant de choses merveilleuses qu’au moment de choisir “quelques” images pour publication, je me trouve face à une telle quantité de photos sélectionnées, même après des coupes drastiques, que je scinde en cinq parties ma dernière sélection la plus réduite, et que je vais en faire cinq articles:

– L’Égypte

– Le Moyen-Orient

– Les Étrusques

– L’Occident

– Département des peintures

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Commençons, ce n’est pas gai, par les morts. Chez les Mycéniens, plus d’un millénaire avant Jésus-Christ, nous avons vu au musée archéologique d’Athènes ces superbes masques d’or, parmi lesquels celui que l’on appelle improprement “masque d’Agamemnon”, et qui est si célèbre qu’il orne la couverture de la plupart des livres ou des revues qui traitent des Mycéniens. Nous sommes ici loin dans le temps, puisque l’on tourne autour du premier siècle avant / premier siècle après Jésus-Christ, et dans l’espace puisque nous franchissons la mer vers cette Égypte africaine, et l’on retrouve ces masques et ces diverses représentations qui rappellent le défunt. La statuaire, les fresques, depuis nombre de siècles, ont cessé de représenter les traits particuliers, et les artistes peignent, sculptent la beauté canonique, ou le caractère conventionnel, et cela encore à l’époque hellénistique et pendant un siècle de plus. Après, on reviendra aux traits propres qui individualisent la personne. Ce n’est donc pas encore le cas pour ce masque-plastron en carton peint et doré et fibre de lin, provenant d’Hermopolis-ouest, aujourd’hui Touna-el-Gebel, qui représente la défunte nue, en Hathor, cette déesse de la beauté et de l’amour grâce à laquelle la plénitude des sens se perpétue au-delà de la mort. À noter que Hathor est la parèdre du dieu-faucon Horus, le fils posthume d’Osiris qui règne sur le monde des morts.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce n’est qu’au second siècle après Jésus-Christ que les masques des momies, soudainement, se mettent à ressembler aux personnages qu’ils recouvrent, avec leurs traits, avec les parures, les coiffures, les barbes qu’ils avaient de leur vivant. Ci-dessus, deux femmes du deuxième siècle, la seconde datée un peu plus précisément dans la deuxième moitié du siècle. En fait, il faut tenir compte, pour avancer une date, de tous les indices dont on dispose. Ainsi, le masque en stuc peint de cette première femme, avec sa coiffure sophistiquée et ses bouclettes haut au-dessus du front, avec sa tresse roulée derrière la tête, évoquerait la mode de l’époque de Trajan (début du siècle), mais les provinces ne disposaient pas encore de la chaîne FashionTV sur leurs paraboles et les modes impériales de Rome mettaient des années, voire des dizaines d’années avant d’arriver dans les provinces, alors qu’à Rome on en était déjà une ou deux modes plus loin. Cette dame peut donc avoir rapporté sa mode de Rome dans les vingt premières années du second siècle, ou n’avoir pas quitté une petite ville reculée d’Égypte , avoir adopté cette mode lorsqu’elle était arrivée là, et avoir continué sa vie durant à se coiffer ainsi. Quant à la seconde, une jeune femme de Panopolis (ce qui veut dire “la Ville de Pan”), l’actuelle Akhmîm, sur le Nil en Haute-Égypte, dont le masque est en stuc avec des yeux en verre, ses cheveux ondulés sont tirés en arrière à partir de la raie, et noués en un chignon derrière la tête.

 

Où ces morts étaient-ils? C’est Diodore de Sicile qui répond à la question: “Pour ceux qui ont des sépultures privées, le corps est déposé dans un endroit réservé. Ceux qui n’en ont pas construisent dans leur maison une cellule neuve, et y placent le cercueil debout et fixé contre le mur”.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce masque-plastron en stuc peint et yeux de verre est un peu plus tardif, il est du troisième siècle après Jésus-Christ. Le fort réalisme est clairement influencé par la tendance stylistique romaine. Le musée dit que la tradition ferait provenir ce masque de l’oasis d’Al-Kharga, située à environ deux cents kilomètres à l’ouest du Nil au niveau de Louqsor et d’Edfou, mais estime que son style le ferait plutôt venir d’Hermopolis Magna, en Moyenne-Égypte.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Sur le corps de la momie, les masques ou, descendant plus bas, les masques-plastrons sont destinés à couvrir le visage en décomposition, à le remplacer en quelque sorte. Mais parmi les objets funéraires, la personne peut aussi être représentée en peinture. Ici, nous voyons l’émouvant portrait d’une jeune femme peint à l’encaustique sur une tablette en bois de tilleul dans la seconde moitié du deuxième siècle après Jésus-Christ. L’origine supposée est Thèbes (en Égypte, pas la Thèbes de Grèce continentale, patrie d’Œdipe et d’Antigone!). Le musée ajoute l’explication très intéressante de la technique à l’encaustique. Plutôt que de mettre ma patte en rédigeant moi-même quelque chose que j’ai découvert en lisant cette fiche, je préfère citer le texte affiché par le Louvre: “L’une des spécificités est que le peintre pose d’abord les couleurs foncées, ici de l’ocre sombre sur les carnations et la chevelure, puis modèle progressivement le volume du visage, en appliquant des couches de plus en plus claires”. La technique est une chose, elle ne permettra jamais de rattraper l’absence de talent; mais justement, dans ce tableau, je trouve merveilleux le talent du peintre. Que de mélancolique gravité dans ce regard et cette expression! C’est poignant.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

L’art funéraire s’exprime aussi en sculptant en bas-relief ou, comme ici, en gravant des stèles. Celle-ci, du premier siècle après Jésus-Christ, provient d’Abydos, la ville consacrée à Osiris, actuellement El-Madfouna, à quelque soixante-dix kilomètres au nord-ouest de Thèbes. Le texte, rédigé en grec, dit: “Apollônios, fils d’Érôs, petit-fils d’Érôs, et d’Aristion sa mère, surnommé le fils d’Érôspsa, de Lykopolis, est mort prématurément, la septième année, le 21 du mois de Pachôn, âgé de 34 ans, 5 mois et 256 jours. Seigneur Sérapis, accorde-lui de triompher de ses ennemis”. J’ai, en d’autres occasions, commenté ce nom de Sérapis, peut-être un petit rappel est-il nécessaire. Osiris, dieu des morts, prend lorsqu’il revient sur terre la forme d’un taureau sous le nom d’Apis. Pour les Égyptiens, en joignant les deux noms, il devient Oser-Apis. Or il faut savoir qu’en grec, on utilise obligatoirement l’article devant les noms propres, comme les Italiens disent “la Callas”, les Grecs disaient “le Socrate”, “le Périclès”, et l’article, au masculin singulier sujet est “ho”, prononcé avec une aspiration, mais cette aspiration au début de certains mots était mal prononcée, ou ne l’était pas du tout, par les étrangers qui n’avaient pas un accent parfait. Aussi, les prêtres grecs –qui ne parlaient pas l’Égyptien– entendant ce nom, Oser-Apis, ont cru qu’il s’agissait d’un certain ho Sérapis (le Sérapis). C’est ainsi que dans la communauté grecque on croyait que le dieu s’appelait Sérapis… Voilà ce que c’est, de ne pas parler les langues étrangères.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette autre stèle, du même premier siècle après Jésus-Christ, provient de cette Lykopolis d’où était originaire notre Apollônios de la stèle précédente, c’est-à-dire la moderne Assiout, sur le Nil, en Haute-Égypte. À gauche, on voit Osiris. Et le défunt est conduit vers lui, précédé par Hathor et suivi par Anubis, le dieu à tête de chacal. Au-dessus, comme en haut de la stèle précédente, le disque solaire, avec deux grandes ailes et deux uræus (l’uræus, c’est le cobra femelle qui protège le pharaon, et qui est donc toujours représenté sur sa coiffure). Et le texte en grec dit: “Ma patrie est Lykopolis. Je suis Élémôn qui a vu s’éteindre son destin dans sa vingt-et-unième année. Serviteur de Phébus et des Muses, j’étais célèbre en tous lieux”. Serviteur de Phébus et des Muses, cet Élémôn était donc un prêtre.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore une stèle. Nous sommes dans le troisième quart de ce premier siècle après Jésus-Christ, et nous sommes à Abydos, comme avec la stèle d’Apollônios. Encore le disque solaire, les deux grandes ailes, le double uræus. Le défunt, à droite, la main levée, est dans un vêtement et une attitude typiques de la civilisation gréco-romaine, il ressemble comme un frère à une multitude de défunts sur des stèles de Grèce. Mais nous sommes en Égypte, et c’est à Osiris assis sur son trône, qu’il se présente. Derrière lui, il y a des divinités à têtes d’animaux, et derrière Osiris se tient une déesse aisément reconnaissable au disque solaire posé entre deux cornes, et à l’ânkh qu’elle porte dans sa main droite: c’est Isis, la mère et l’épouse d’Osiris, à qui elle a su donner une seconde vie après la mort.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

À la mort d’Alexandre le Grand, en 323 avant Jésus-Christ, l’immense empire qu’il a conquis en quelques années va être divisé entre ses généraux. Il avait conquis l’Égypte en 331, elle échoit en partage à son général Ptolémée, fils de Lagos (ainsi naît la dynastie des souverains dits Lagides, c’est-à-dire descendants de Lagos) qui, en 305, va se proclamer roi d’Égypte et régner jusqu’à sa mort en 283. C’est ce Ptolémée Ier Sôter (=Sauveur) qui est représenté par le marbre ci-dessus, du troisième siècle. Lui-même et ses descendants se comportent comme les pharaons vraiment égyptiens qui les ont précédés. Le fils du Sôter, Ptolémée II, reçoit des prêtres le titre de pharaon, en lieu et place du titre de roi qu’avait pris son père, et il épouse sa propre sœur, inceste abhorré par les Grecs, pour se comporter comme les pharaons, d’où son surnom de Philadelphe qui signifie “qui aime sa sœur (ou son frère)”. Alexandre avait fondé Alexandrie comme marque de sa victoire et de sa puissance, Alexandrie devient la nouvelle capitale. Elle devient vite une ville brillante, un modèle international de culture et de raffinement. Le phare d’Alexandrie est l’une des sept merveilles du monde. Il y a un centre de recherche fréquenté par les plus grands savants du monde. Un artisanat d’art se développe. La fameuse bibliothèque d’Alexandrie n’a pas d’équivalent au monde avec environ quatre cent mille livres après sa création en 288, et près de sept cent mille à la fin de l’Empire Lagide à la mort de la célèbre Cléopâtre VII. Ce que l’on appelle l’époque hellénistique, c’est précisément cela, qui va de la mort d’Alexandre le Grand au suicide de Cléopâtre VII qui s’est fait mordre par un serpent venimeux en 30 avant Jésus-Christ, consacrant l’avènement des Romains en Égypte. On aurait aussi bien pu l’appeler l’époque alexandrine. C’est cette époque que les souverains lagides ont voulu immortaliser en multipliant leurs portraits, comme ci-dessus Ptolémée I Sôter et comme les images suivantes.

 

J’ai parlé de l’illustre bibliothèque d’Alexandrie, la plus grande et la plus riche du monde de l’époque. J’ajoute une anecdote. C’est le poète Callimaque qui a entrepris le classement de cette foule d’ouvrages et, ne sachant pas comment cataloguer les rouleaux de papyrus traitant de sujets qui sortaient du monde concret et physique, il les a placés dans les meubles situés “après les sujets physiques”, en grec meta ta physica, “métaphysiques”. Ainsi est né ce mot, la métaphysique qui étudie les causes premières, la nature de la connaissance, le problème de Dieu et de l’existence.

 

Et puisque je parle du rayonnement d’Alexandrie, j’ajoute un paragraphe sans rapport avec la photo mais en pleine conformité avec ma marotte de linguistique. La langue grecque la plus ancienne est appelée le grec commun, parce que commun à tous les Grecs. Puis, avec les siècles, des tribus grecques sont arrivées les unes après les autres sur le territoire de la Grèce, de l’Asie Mineure, de l’Italie du sud, de la Sicile, et se sont installées dans ces pays montagneux, dans les innombrables îles, et y ont développé leurs civilisations, isolés d’une vallée à l’autre par les chaînes de montagnes, d’une île à l’autre par la mer. Et dans chaque cité la langue a évolué, les dialectes se sont multipliés. Les grands dialectes sont l’ionien-attique, l’éolien, le dorien, l’arcado-chypriote, puis chacun a continué d’évoluer, l’ionien des îles différent de l’ionien du continent asiatique, l’attique parlé dans la région d’Athènes. Le laconien, l’éléen, le corinthien sont quelques-unes des variantes du dialecte dorien. La poétesse Sapho écrivait en éolien, l’historien Hérodote en ionien, le philosophe Platon en attique, le mathématicien et physicien Archimède en dorien. Et puis c’est un dialecte ionien qui a été importé à Alexandrie, et qui de là s’est imposé à tout le domaine de langue grecque. On est revenu à une langue commune. Impossible de l’appeler grec commun, pour ne pas le confondre avec celui des origines, alors on a pris le mot grec, “langue commune” se dit “glôssa koinè”, et on appelle cette langue la koïnè. C’est la koïnè qui, se déformant, évoluant, mais conservant toujours la même structure de base, a donné le grec moderne encore parlé aujourd’hui. Le français, l’espagnol, le catalan, l’occitan, l’italien, le roumain ne sont plus du latin, parce que la structure du latin a été brisée, mais le grec moderne est bien du grec dérivé de la koïnè d’Alexandrie.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Plus tard, Ptolémée IV a régné de 221 à 205 avant Jésus-Christ. Cette statuette de bronze représente très certainement sa femme Arsinoé III sous l’apparence de la déesse Déméter, et les années du règne de son mari nous donnent une idée de la date de la statuette. Déméter est une déesse de la fertilité qui, avec la végétation, passe la moitié de l’année sous terre avant de faire germer les graines au printemps. Le flambeau, dont la flamme représente la vie –et donc en relation avec la fertilité–, est parfois représenté tête en bas, symbole de la mort. Parfois aussi, il convient d’interpréter cet objet comme la torche que la déesse portait en parcourant la terre à la recherche de Perséphone, sa fille bien-aimée qui avait soudain disparu, enlevée par Hadès qui voulait en faire sa femme puisqu’aucune déesse n’acceptait d’épouser un dieu avec lequel elle serait contrainte de vivre sous terre.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Grand flou pour cette statuette de plâtre. Le musée met un point d’interrogation entre parenthèses après avoir proposé “Reine lagide (?)” et comme date indique seulement “époque hellénistique”, ce qui est évident puisque l’époque hellénistique correspond très exactement avec l’époque lagide. Enfin, pour la localisation, “Égypte”…

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Nous ne sommes pas plus avancés pour la représentation de ce “souverain lagide” en bronze, de provenance égyptienne. Mais au moins sait-on qu’il est du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Cela nous limite à la liste suivante, qui constitue quand même une belle collection:

– Ptolémée V Épiphane (204-181)

– Ptolémée VI Philométor (181-145)

– Ptolémée VII Eupator (145-144)

– Ptolémée VIII Évergète (144-116)

– Ptolémée IX Sôter (116-107)

– Ptolémée X Philométor (107-88)

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Pourquoi j’aime tant ce buste féminin en marbre blanc, je ne saurais le dire exactement, peut-être parce qu’il exprime avec tant de force une personnalité, mais à chaque visite au Louvre je ne peux manquer d’aller le contempler. Cette coiffure avec les boucles sur le visage est caractéristique de la déesse Isis, mais la tête est ceinte du bandeau royal. Il s’agit donc d’une reine d’Égypte représentée en Isis, plutôt que de la déesse elle-même. Le musée propose de voir ici Cléopâtre II (181-116) ou Cléopâtre III (161-101). Tout à l’heure, à propos de Ptolémée II Philadelphe, j’ai parlé de cette coutume des pharaons égyptiens d’épouser leur sœur, le sang divin du pharaon ne pouvant se mêler au sang d’une simple mortelle, coutume adoptée par les souverains lagides pour être considérés par le peuple comme des pharaons authentiques. Le pharaon Ptolémée V a eu trois enfants, Ptolémée VI, Cléopâtre II et Ptolémée VIII. C’est ainsi que Ptolémée VI va épouser sa sœur Cléopâtre II, de qui il aura quatre enfants, Ptolémée Eupator, Cléopâtre Théa, Ptolémée VII, Cléopâtre III. Ptolémée VI meurt en 145. Son fils Ptolémée VII, sous la régence de sa mère Cléopâtre II, lui succède, mais son oncle Ptolémée VIII (le frère de Ptolémée VI, comme nous venons de le voir) le fait assassiner pour prendre sa place sur le trône et en tant que pharaon il épouse sa sœur, la régente Cléopâtre II devenue veuve. D’elle, il a un fils, Ptolémée Memphitès, qui ne règnera pas. En 142 il devient polygame en épousant sa nièce Cléopâtre III qui va mettre au monde cinq enfants, deux garçons d’abord, Ptolémée IX et Ptolémée X, puis trois filles, Cléopâtre Tryphaena, Cléopâtre IV et Cléopâtre V. J’ai essayé d’être aussi clair que possible, mais c’est difficile dans cette famille où tous les hommes s’appellent Ptolémée et toutes les femmes Cléopâtre, et où tout le monde se marie avec tout le monde! Qu’il s’agisse ici de Cléopâtre II ou de Cléopâtre III, nous sommes donc, de toutes façons, au deuxième siècle avant Jésus-Christ. Sur le visage de cette sculpture, j’aurais envie de mettre la vie de Cléopâtre II, mais je n’ai évidemment aucune raison scientifiquement valable de le faire.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Laissons là nos souverains lagides. Ce bronze de Basse-Égypte d’époque hellénistique semble reproduire en petit, paraît-il, des sculptures ornant un monument de la seconde moitié du troisième siècle célébrant la victoire de Ptolémée III sur les Barbares d’Asie (mais la notice ne dit pas où serait ce monument). Ici, nous aurions Héraklès terrassant le géant Antée. Antée, qui vivait en Libye, était fils de Gaia (la Terre). Il était invincible à la lutte, parce que le contact avec sa mère la Terre lui redonnait toutes ses forces. Héraklès en quête des pommes d’or du jardin des Hespérides traversa la Libye et rencontra Antée, lequel le défia à la lutte, comme il faisait pour tous les étrangers, qu’il vainquait à chaque fois. Apollodore, dans le livre II, nous raconte qu’Héraklès “ne lâcha pas [Nérée] tant qu'il ne lui eut pas révélé où trouver les pommes des Hespérides. Ainsi le héros s'achemina-t-il vers la Libye. En ce temps-là, sur ce pays régnait Antée, le fils de Poséidon, qui avait l'habitude de contraindre à la lutte tous les étrangers, pour les tuer. Aussi obligea-t-il Héraclès: mais le héros l'empoigna, le souleva de terre, lui cassa les os et le tua. Chaque fois en effet qu'il touchait terre, Antée devenait toujours plus fort parce que –si l'on en croit certains– il était le fils de la Terre elle-même”. Le bronze ci-dessus les représente comme un couple de lutteurs de la palestre.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore un couple de lutteurs, mais ceux-ci sont de simples humains pratiquant leur sport. C’est un bronze du troisième siècle avant Jésus-Christ avec des yeux incrustés en argent, qui vient d’Égypte puisque telle est l’origine des objets présentés dans cette section du Louvre, mais aucune indication précise n’est donnée à ce sujet.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quant à ces deux autres lutteurs, c’est pire car il n’y a que deux indications, l’une concerne le lieu et ne donne que l’Égypte, l’autre est vague, deuxième ou premier siècle avant Jésus-Christ, mais en outre ces deux indications sont suivies de points d’interrogation.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cet adolescent de type négroïde a les mains liées dans le dos. L’Égypte avait avec la Nubie des relations d’égal à égal, parfois d’ennemi à ennemi, mais il n’y avait pas, entre les deux peuples de regards racistes. Le fait que cet adolescent soit noir ne signifie pas, pour l’égyptologue, qu’il soit esclave. Il peut l’être s’il constitue une prise de guerre, mais il peut aussi avoir commis un forfait. C’est un bronze des environs de Memphis, en Égypte, qui date du second ou du premier siècle avant Jésus-Christ.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce bronze, ici, n’est qu’une partie d’un candélabre de la fin du premier siècle avant Jésus-Christ ou du premier siècle après et provient de Basse-Égypte. Il représente un Silène soulevant un jeune Pan.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ces deux statuettes, je ne suis pas responsable si elles sont de taille si différente. Je n’ai pas assemblé deux photos prises de plus ou moins loin. Ce sont deux prêtres d’Isis que j’ai pris ensemble, sur un même cliché. Celui de gauche vient d’Erment, l’ancienne Hermonthis, et le musée le date du second ou premier siècle avant Jésus-Christ. Au sujet de celui de droite, le musée ne donne qu’une seule indication: premier siècle avant notre ère.

L’Égypte au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

J’achève mon article d’aujourd’hui avec un objet que je trouve particulièrement émouvant, parce qu’il témoigne de façon très directe de la vie. Il s’agit d’une tablette de bois, évidée en rectangle au centre et l’évidement est recouvert de cire. On écrit dessus en gravant la cire avec un stylet en os du type montré sur cette photo. Mais ce stylet est d’époque impériale romaine tandis que la tablette, trouvée à Antinoé, est du quatrième siècle. Ce que je trouve émouvant, c’est que cette tablette porte un nom, Papnoution, et que ce Papnoution est un jeune écolier qui, sur cette page, a fait une dictée (ou une copie) en langue grecque. L’enseignement était donné dans une école chrétienne ou juive, ou par un précepteur chrétien ou juif, parce qu’il s’agit d’un psaume. Un authentique devoir d’écolier vieux de dix-sept siècles…

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Published by Thierry Jamard
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