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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 23:55

Dans ce Louvre tellement riche en antiquités, nous avons vu l’Égypte, l’Orient, les Étrusques. Voyons maintenant l’Occident, à savoir la Grèce, Rome, la Gaule. Certes, les Étrusques vivaient sur cette même terre d’Italie que les Romains, mais leur civilisation avait tant de traits particuliers, et le Louvre présente tant de leurs vestiges, qu’il valait bien la peine de les désolidariser des autres Occidentaux.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

On ne peut pas évoquer les antiquités grecques du Louvre sans parler de la Victoire de Samothrace. Elle constitue l’un des joyaux du musée. L’escalier qui mène à elle est une tour de Babel. J’y ai vu se côtoyer à quelques marches de distance, en montant moi-même, des Américains, des Japonais, des Italiens, des Espagnols, une jeune fille qui m’a dit être Équatorienne, un groupe de Chinois, etc. Du monde entier, on vient au Louvre pour voir trois choses, la Victoire de Samothrace, la Vénus de Milo et la Joconde de Léonard de Vinci. Ensuite on descend les Champs-Élysées, on monte à la Tour Eiffel, on se rend aux Galeries Lafayette, et on peut rentrer chez soi: on a vu Paris, on connaît la France. Bien sûr je caricature un peu, mais si peu… si peu… Cela dit, il est vrai qu’elle est magnifique. Et pour nous qui avons vu, sur l’île de Samothrace, l’emplacement où elle a été découverte (voir mon article Samothrace daté du vendredi 21 au lundi 24 septembre 2012), c’est encore plus émouvant. Mais elle va bientôt partir pour un grand décrassage, une analyse et une modification de sa présentation. Quand nous reviendrons à Paris après cette opération, nous ne manquerons pas de retourner la voir, et j’espère pouvoir la montrer toute blanche, toute propre. Car le marbre de Paros dans lequel elle a été sculptée est d’un blanc éclatant.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et la Vénus de Milo. Vénus? C’est une statue romaine? Non, une vieille habitude qui s’est longtemps maintenue, parfois jusqu’à nos jours. Jéhovah pour les Juifs, le Dieu des Chrétiens, Allah de l’Islam sont bien le même Dieu de la Bible. De même, comme attesté par l’étymologie de leurs noms, le Jupiter romain et le Zeus grec sont le même dieu. En revanche lorsque les conquistadors sont arrivés en Amérique Centrale et ont converti des autochtones au christianisme, il est arrivé que des Mayas reconnaissent l’un de leurs dieux dans Jésus-Christ. C’est ce qu’ont fait les Romains dans l’Antiquité entre Mars et Arès, entre Minerve et Athéna, entre Vénus et Aphrodite, etc. Selon leur foi, c’était bien naturel, mais pour nous aujourd’hui, que nous soyons athées, chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes ou autre, cela n’a pas sa raison d’être. Quand Leconte de Lisle traduit Homère et que Zeus devient Jupiter en français et qu’Héra devient Junon, je ne suis plus d’accord. Voilà pour l’Aphrodite de Milo.

 

De Milo? En grec ancien, il existe un epsilon (ε), É bref fermé, et un êta (η), Ê long ouvert. C’est ce êta qui se trouve dans le nom des îles de Lemnos (Λήμνος) et de Mêlos (Μήλος). Or le grec moderne, comme le français, ne joue plus sur les voyelles longues ou brèves, et par ailleurs il a conservé le son É pour l’epsilon, mais il prononce comme un I l’ancien êta. Limnos et Milos. Et là, autre illogisme. L’usage français, en transcrivant les lettres grecques dans notre alphabet, est de parler de Lemnos à la façon antique, et de Milos comme en grec moderne. De plus, considérant que le S final est la marque du nominatif (le grec conserve aujourd’hui les déclinaisons, c’est-à-dire la variation de la fin du mot selon sa fonction grammaticale dans la phrase, même si elle est très simplifiée comme en allemand), l’usage est de ne garder en français que le radical Milo. Admirons donc cette Aphrodite de Mêlos. Bon, va pour la Vénus de Milo!

 

J’étais là devant elle, bouche ouverte d’admiration, tétanisé dans ma contemplation, quand je vois une famille, les parents et deux adolescents, un garçon et une fille, déployant un grand, grand drapeau grec. J’ai laissé le papa prendre la photo de sa famille avec le drapeau déployé devant la statue, puis en tant que résident grec amoureux de son pays je lui ai dit quelques mots. Des gens ouverts, sympathiques, comme le sont d’ailleurs la plupart des Grecs. Nous avons échangé nos adresses.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Le musée évoque les propositions de reconstitution de ce qu’a dû être la statue complète. Sur le panneau, il montre en très petit sept reconstitutions, tirées d’un livre de 1930 de Salomon Reinach, Mélanges d’archéologie et d’histoire. Avec gourmandise, je me suis jeté sur le site www.gallica.fr de la Bibliothèque Nationale de France, où j’ai pu télécharger gratuitement les deux tomes (pour qui serait intéressé, la Vénus de Milo fait l’objet d’un article dans le tome I, de la page 251 –en PDF, page 261– à la page 366). Ci-dessus, par copie d’écran, je reproduis quatre de ces dessins. Sur la première image, à gauche, “Vénus à sa toilette”, par Hasse, et à droite “la baigneuse surprise”, par Veit Valentin. Sur la seconde image, à gauche, Aphrodite porte un bouclier ou un grand miroir, par Millingen, et à droite Zur Strassen propose “Vénus et Mars”, je dirais plutôt Aphrodite et Arès.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Parmi les nombreux fragments de marbre provenant de plusieurs statues, il y avait, lors de la découverte, une main tenant une pomme. On s’est donc dit qu’il s’agissait de la pomme de discorde que Pâris venait de donner à Aphrodite plutôt qu’à Athéna ou à Héra, et que par conséquent c’était une Aphrodite. Toutefois la qualité du travail de cette main étant d’une qualité très inférieure, il est quasiment certain qu’elle n’appartenait pas à cette statue. Par ailleurs Reinach note que nombre d’archéologues se sont étonnés que la statue regarde au loin, ce qui n’est pas usuel dans la statuaire grecque, où les dieux regardent quelque chose de précis, exception faite des divinités marines qui ont le regard fixé sur l’horizon. Or dans un lieu assez proche de la grotte où a été trouvée notre statue, qui mesure 2,038 mètres, a aussi été découvert un Poséidon de 2,45 mètres (image ci-dessus) qui regarde au loin et porte le même type de draperie qu’il retient de la main gauche, tandis que son bras droit levé devait brandir un trident (il est conservé au musée archéologique d’Athènes). Reinach, alors, propose “une hypothèse nouvelle; je la donne comme une hypothèse, car je ne suis pas du tout convaincu qu'elle soit justifiée; mais j'aime autant, après l'avoir ruminée pendant plus d'un an, m'en délivrer en la soumettant à nos lecteurs”. Parce que, dans l’île de Tinos, une autre Cyclade, a été trouvé un groupe de Poséidon et d’Amphitrite, il se demande si l’on ne devrait pas voir dans notre statue une Amphitrite retenant sa draperie de la main droite et brandissant un trident de la main gauche. Il ne fait pas référence au dessin de Hasse, ci-dessus, mais si je comprends bien les bras de son Amphitrite sont à peu près dans la même position que ceux de la Vénus à la toilette de Hasse. Depuis 1930, cette hypothèse n’a été ni confirmée, ni infirmée. Cela ferait tout drôle de devoir se mettre à parler de l’Amphitrite de Milo!

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Voilà réglé le sort des grands classiques de la sculpture grecque au Louvre. Lors de notre visite, il y avait aussi, disséminées ici ou là, des œuvres contemporaines de Michelangelo Pistoletto, un artiste italien né à Biella (Italie) en 1933 qui a rejoint le mouvement de l’Arte Povera en 1967. Ci-dessus, ma première photo représente la Venere degli Stracci (la Vénus aux chiffons), de 1967. “Les chiffons employés ici par Michelangelo Pistoletto sont ceux qu'il utilisait pour nettoyer les miroirs. Ce sont de vieux vêtements qui suggèrent le temps qui passe, les méfaits de la société de consommation et de ses déchets. Ils contrastent donc avec la sculpture antique de Vénus, un symbole de beauté permanente”, nous dit-on.

 

Et la seconde photo représente l’Arringatore, de 1976: “Michelangelo Pistoletto reprend la célèbre sculpture antique en bronze l'Arringatore (L'Orateur) conservée au Musée archéologique national de Florence, dont le doigt pointé de l'homme traduisait originellement la demande de silence. En le plaçant devant un miroir Michelangelo Pistoletto articule les trois temporalités, le passé avec la sculpture, le présent des visiteurs qui rentrent dans le miroir et le futur qui est la voie ouverte pour sortir du reflet”.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Mais revenons à l’authentique antiquité avec cette plaque italienne d’argile moulée datant du premier siècle de notre ère. Comme chacun sait, les Romains raffolaient des jeux du cirque, à savoir combats de gladiateurs ou encore combats contre des bêtes sauvages, différence culturelle fondamentale avec la civilisation grecque où les loisirs préférés étaient le théâtre, les concerts et les jeux sportifs. Il y avait cependant des compétitions sportives que les Romains aimaient autant que les Grecs, c’étaient les courses de chars. La piste tout en longueur était séparée en deux couloirs par un muret (la spina) aux deux bouts duquel il y avait une borne (meta) autour de laquelle les candidats devaient tourner à cent quatre-vingts degrés, passage particulièrement dangereux où les chars risquaient de s’accrocher entre eux, ou de heurter la borne, ou de verser. Il y avait des courses de biges (chars attelés de deux chevaux), de triges (trois chevaux), ou la plupart du temps de quadriges (quatre chevaux), comme ici. La scène représentée montre en premier plan un quadrige qui n’est pas en tête, parce que, derrière la meta en forme d’obélisque, on aperçoit vaguement l’arrière-train du cheval d’un autre char, qui a donc un peu d’avance, et l’aurige (conducteur de char) le fouet à la main. Un autre char encore, qui ne figure pas dans la représentation, est hors course car son aurige a été éjecté, on le voit ramper sur le sol, essayant d’éviter d’être piétiné par les chevaux du concurrent ou écrasé par le char. Car la compétition est intense et le respect de la vie humaine quasiment inexistant (il suffit de penser aux jeux du cirque!), aussi l’aurige ne ralentira-t-il pas pour épargner son concurrent; la seule raison pour laquelle il tentera peut-être de l’éviter serait la crainte que le choc du passage sur un corps ne déséquilibre son propre char et le fasse chavirer.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce relief de marbre daté premier ou deuxième siècle après Jésus-Christ provient de la Villa Albani, à Rome, où il a été acheté par le Louvre en 1815 et où on l’appelait le Satyre chasseur. Je ne sais pas quel indice fait dire que c’est un satyre, je ne lui en vois aucun attribut. Il s’amuse à tenter, avec un lapin, un petit chien qui ne peut l’attraper. À l’origine, c’était une petite panthère, et non un chien, mais une intervention de restauration en 1760 a opéré cette substitution.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce collier, avec pendentif en forme de serpent démoniaque, provient d’Utique, dans l’actuelle Tunisie, et on le date entre le milieu du sixième siècle avant Jésus-Christ et le cinquième siècle. Il a été réalisé en verre moulé sur noyau, le verre étant une technique venue de Mésopotamie. C’est précisément au sixième siècle qu’il est arrivé dans le monde grec. La technique du moulage sur noyau ne pouvait concerner que de petites pièces, mais elle a été pratiquée jusqu’au premier siècle avant Jésus-Christ, alors qu’à l’époque hellénistique se développait concurremment la technique du verre moulé permettant de réaliser des objets plus grands et de formes très variées.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et puis vers 50 avant Jésus-Christ est née la technique du verre soufflé. Désormais, artisans et artistes ne vont plus connaître de limites dans la variété des formes et, en conséquence, des usages de leurs créations. Ce sont toutes sortes d’ustensiles en même temps que des vases à parfums, des bijoux, bagues, colliers en perles de pâte de verre, bracelets, camées de verre, etc. Ici, nous avons un bol à décors peints du second ou du troisième siècle après Jésus-Christ, provenant de Panticapée, c’est-à-dire aujourd’hui Kertch, en Crimée (Ukraine).

 

À noter que lors de notre visite du Louvre, en 2013, j’ai écrit “en Crimée (Ukraine)”; mais hélas à l’heure où je publie, un référendum auquel ont été appelés à voter eux aussi les 60 pour 100 de Russes que l’Union Soviétique avait déplacés dans la péninsule a fait rattacher la Crimée à la Russie. On sait que l’impératrice Catherine II avait annexé la Crimée à son empire, sans définir si elle était “russe” ou “ukrainienne”, puis que l’Union Soviétique en créant ses RSS (républiques socialistes soviétiques) l’avait attachée à la RSS de Russie jusqu’à ce que Khrouchtchev la fasse passer en RSS d’Ukraine pour des raisons administratives. Mais la côte vers la mer du Japon est inhospitalière, la mer Blanche est gelée l’hiver, le vrai débouché naval de la Russie (empire des tsars, URSS) est sur la mer Noire qui, via le Bosphore vers la mer de Marmara puis les Dardanelles vers la Méditerranée (mer Égée) ouvre les portes du monde. Les grands ports d’URSS étaient donc en Ukraine, Odessa et Sébastopol. Après la fin de l’URSS, la Russie a passé un contrat avec l’Ukraine pour maintenir sa flotte militaire à Sébastopol, en Crimée. Voilà pourquoi le rattachement de la Crimée à la Russie donne à ce pays un débouché en toute propriété, tout en affaiblissant considérablement l’Ukraine qui n’a plus qu’Odessa. Notons aussi que la Crimée tient à l’Ukraine par la terre, alors qu’elle est séparée de la Russie par le détroit de Kertch.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

L’éruption du Vésuve, en 79 après Jésus-Christ, a enseveli Herculanum et Pompéi. Tout le monde sait cela, et il n’y a pas de tourisme à Naples qui ne comporte un passage à Pompéi. Mais en dehors des villes il y avait aussi des résidences isolées, comme la Villa de Boscoreale. Dans un premier temps, en 1876 un habitant du coin procède au bornage de sa propriété. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir, à cette occasion, des traces de bâtiments antiques et un grand nombre d’amphores. Deuxième étape, en 1894 on entreprend des fouilles méthodiques et la surprise est encore plus grande quand, en avril 1895, on trouve au fond d’une citerne vide une collection d’une centaine d’objets en métal précieux, environ trente kilos. Les locaux d’habitation dont les restes avaient été mis au jour étant bien modestes, personne ne s’attendait à découvrir un tel trésor. Le musée du Louvre a acquis ou a reçu en don la presque totalité des pièces d’argenterie, tandis que le mobilier de bronze est en partie à Berlin, en partie à Chicago. Puisque la vie a cessé là en 79, ces objets sont datés entre la fin du premier siècle avant Jésus-Christ et les trois quarts du premier siècle après. Je présente ici trois pièces “à boire” du trésor de Boscoreale.

 

La première est un skyphos, c’est-à-dire une coupe à boire en argent et or représentant Dionysos et des Amours. La seconde est un gobelet tout autour duquel sont représentés des squelettes; mais pour chacun d’eux un nom est gravé: ce sont des philosophes et autres auteurs grecs, dont la représentation sous forme de squelettes est une invitation au carpe diem, “cueille le jour”, autrement dit jouis du moment présent… car demain tu ne seras plus que ces ossements, et de petites sentences sont également gravées, qui incitent à profiter de la vie. Quant à la troisième, c’est une œnochoé, ou vase à verser le vin, en argent partiellement doré, qui représente deux Victoires ailées sacrifiant un taureau.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Lors de la production de ces vases à parfum, entre le second et le troisième siècle de notre ère pour le premier, troisième siècle pour le second, Boscoreale est depuis longtemps enseveli sous les cendres du Vésuve. Et d’ailleurs, leur provenance est inconnue. Le premier est, suppose-t-on, en forme de buste de Syrien. La poignée articulée est encore présente entre les anneaux fixés sur le crâne, mais le fond du vase est perdu. À noter que les types étrangers, comme ce supposé Syrien, étaient fréquents. Mais encore plus fréquents étaient, comme pour le second vase, les représentations de Noirs. Ici, c’est un adolescent dont le port de tête, le visage, la coiffure sont distingués. Le musée suggère que ces Africains étaient peut-être les esclaves chargés du transport et de la manipulation des parfums. Oui, peut-être, pourquoi pas, mais il faut toutefois préciser que le racisme tel qu’il existe dans nos sociétés, portant un regard critique sur l’autre, considéré comme inférieur avec sa peau de couleur, avec sa civilisation tellement différente de la nôtre, est un sentiment qui n’existe pas dans le monde grec antique. On peut ne pas aimer l’étranger, on peut même le rejeter, mais seulement parce qu’il n’est pas de la cité, sans le considérer comme inférieur. Quand on fait la guerre, le vainqueur revendique son butin. On s’empare des armes de l’ennemi, des objets précieux, des œuvres d’art, des humains en âge et en état d’être utiles, et on en fait des esclaves. Les jeunes et jolies femmes dans le lit de leur propriétaire, les autres à la cuisine, au tissage et autres travaux ménagers, les hommes pour tous les autres travaux. Et l’esclavage, c’est l’esclavage, ce n’est pas drôle, mais là encore il y a des nuances. Certes, chez les Romains, il y avait des esclaves relativement bien traités, mais ce n’était pas la règle, loin de là; le maître avait le droit de vie et de mort sur ses esclaves, les tortures n’étaient pas rares en cas de faute; sans doute la situation des esclaves noirs des Antilles rappelait-elle plus ou moins celle des esclaves des Romains. Au contraire, tout en étant soumis à l’obéissance et contraint au travail, l’esclave d’un Grec était membre de la famille, il était relativement bien traité. C’est sans doute pourquoi l’adolescent de ce vase à parfum, s’il est vraiment un esclave, peut avoir été fait prisonnier lors d’une guerre et, chargé d’une tâche de massage et de parfumerie, il a gardé toute la fierté de son allure de jeune homme libre.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce Minotaure est très ancien, il remonte au huitième siècle avant Jésus-Christ. On ne sait trop d’où il vient, sans doute d’Olympie. Sur le rebord d’un chaudron, il tenait l’anse.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ces chasseurs crétois (sanctuaire en plein air de Symè Viannou, sur le mont Dictè), qui datent des environs de 670-650 avant Jésus-Christ, ont été découpés dans une très fine tôle de bronze. On y voit à gauche un jeune chasseur qui porte un chamois, et à droite le chasseur barbu avec son arc accueille son jeune collègue. On remarque des trous à la base de la plaque, ce qui indique qu’elle était clouée sur un support de bois. Ce genre d’ex-voto, dont on a trouvé de nombreux exemplaires dans ce sanctuaire, était probablement suspendu à la branche d’un cèdre, en l’honneur d’Hermès Kédritès (Hermès le Cédrite). Et c’est donc à Hermès qu’est destiné le chamois.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce cavalier est une applique de cratère qui remonte au troisième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ. Dans son style, on note des influences corinthiennes, ce qui peut être une indication sur son origine. Je l’ai sélectionné ici en raison du mouvement donné au cheval.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ici nous voyons un pectoral funéraire en argent doré qui vient de Béotie et date du cinquième ou du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Au centre, cette femme aux grandes ailes et aux pieds d’oiseau est, à n’en pas douter, une sirène, mais je ne comprends pas exactement ce que représente cette scène.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

De Panticapée, la Kertch moderne dont nous avons parlé tout à l’heure, proviennent ces deux archers scythes dos à dos. Il s’agit d’une applique d’ornement de vêtement du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce jeune homme mort est porté par deux génies ailés. Ce triste sujet constitue la poignée de bronze d’une ciste du quatrième siècle avant Jésus-Christ, vers 375-350, provenant de Préneste, c’est-à-dire aujourd’hui Palestrina, près de Rome (voir mes articles sur Palestrina datés l’un du 28 février 2010 et l’autre des 25 et 26 mars 2010).

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Un amusant petit bronze. On ne sait d’où il vient. Peu importe, d’ailleurs. Il s’agit d’Éros et Psychè, représentés enfants et sans ailes, alors que la légende veut qu’Éros (bien sûr, Ovide l’appelle Amour) vienne chaque nuit retrouver Psychè dans son lit, anonymement et avec interdiction formelle de chercher à l’identifier. Psychè, trop curieuse de voir son amant merveilleux, attend une nuit qu’il s’endorme, allume une lampe à huile, et malencontreusement laisse tomber une goutte d’huile brûlante sur l’épaule du dieu qui se réveille et s’enfuit définitivement. Il ne pouvait s’agir de pédophilie mutuelle! Or ce bronze, dont on nous dit qu’il est d’époque romaine, sans autre précision, adopte une représentation que l’on trouve à l’époque hellénistique, c’est-à-dire avant que la Grèce soit romaine…

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Tant pis, j’oublie un instant que cet article est consacré aux objets d’Europe Occidentale parce que j’ai trop envie de montrer cette petite Athéna venue de Beyrouth. Louis de Clercq a 22 ans quand, en 1859, il participe à une mission scientifique en Syrie (oui, je sais, Beyrouth est au Liban, mais à l’époque c’était une partie de la Syrie). De là naît son désir de se constituer une collection d’antiquités, et il retournera en Syrie pour y mener des fouilles à titre personnel, en 1862, 1863, 1893. Il avait exprimé le vœu que sa collection revienne à la France après sa mort, mais il a fallu attendre très longtemps, jusqu’en 1967 (il était mort en 1901), pour que son petit-neveu le comte Henri de Boisgelin, qui était son héritier, fasse don au musée du Louvre de six cent cinquante-trois œuvres, dont deux cent quarante-sept objets ont intégré le département des antiquités grecques, étrusques et romaines. Cette statuette d’Athéna en bronze (premier ou deuxième siècle après Jésus-Christ) fait partie de cette collection. C’est une sorte d’adaptation de la grande Athéna parthénos de Phidias, mais dans sa main droite la chouette, son emblème, remplace la Victoire qu’y avait placée Phidias. La main gauche brandissait une lance.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

L’origine de cette déesse Fortuna du troisième siècle après Jésus-Christ n’a rien à voir avec la collection de Louis de Clercq et le Liban. En effet, elle a été trouvée à Sainpuits, en France, dans le département de l’Yonne qui dépendait à l’époque de la province lyonnaise de l’Empire Romain. Elle est en bronze plaqué d’argent doré. Ce que l’on voit dans sa main gauche, c’est une corne d’abondance. Le musée suggère que, sous cette apparence de Fortuna, il s’agit “vraisemblablement” d’une divinité locale.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Maintenant, un médaillon du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ. Lui aussi provient de notre territoire, puisqu’il a été trouvé en Savoie, à Saint-Jean-de-Couz. Il est en argent fondu, gravé et partiellement doré. Il était à l’origine soudé comme décoration sur un plat, qui est perdu. On y voit une Nikè (une Victoire) ailée, assise sur un trône, avec deux putti à ses pieds.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Je ne sais pas à quoi il servait, ce relief circulaire, mais on ne nous dit pas qu’il ornait le rebord d’un plat comme le précédent. Il est lui aussi en argent partiellement doré et il est légèrement plus récent, puisqu’on le date entre le milieu du deuxième siècle après Jésus-Christ et la première moitié du troisième. Après la Bourgogne et la Savoie, nous voilà en Anjou, dans le Maine-et-Loire, à Notre-Dame d’Allençon. On reconnaît, devant son char et s’appuyant sur un trépied, le dieu Apollon.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ma sélection comporte maintenant, pour terminer, vingt sculptures. Nous commençons avec une belle tête de cavalier en marbre polychrome qui remonte aux alentours de 550 avant Jésus-Christ. Elle a été trouvée sur l’Acropole d’Athènes, puis on a découvert, près de l’Érechthéion, le torse de son cheval. Avec ses cheveux bien tressés, avec sa barbe rase, avec son sourire typique des sculptures archaïques, je l’aime bien, cette tête de cavalier!

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ici aussi, cette protomé féminine de l’île de Rhodes à peine postérieure au cavalier (vers 530 avant Jésus-Christ) a ce demi-sourire archaïque. Elle est de style ionien. En regardant de près, on voit à son bandeau qu’elle était polychrome, et de plus près encore on distingue deux trous au sommet du crâne qui laissent penser qu’il s’agit d’une offrande qui était suspendue.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Elle fait partie de mon “top 10” personnel, cette tête de sphinx en terre cuite polychrome contemporaine des deux sculptures précédentes (540-520 avant Jésus-Christ). On suppose, sans certitude, qu’elle doit avoir été trouvée à Thèbes, quoiqu’elle provienne d’un atelier corinthien. C’était un acrotère, la décoration d’un pignon de toit.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les trois sculptures qui suivent concernaient des monuments funéraires. Le Louvre présente une collection de monuments funéraires athéniens situés dans la fourchette 378-317 avant Jésus-Christ: nous faisons donc un saut de plus de deux siècles après les sculptures précédentes. Si l’on considère traditionnellement que l’époque hellénistique commence en 323 avec la mort d’Alexandre le Grand, nous sommes donc dans la période qui la précède juste (puisque l’art ne marque pas instantanément, à l’année près, un tournant). Ci-dessus, un torse de sirène funéraire en marbre pentélique (la montagne au nord-est d’Athènes), de 350 avant Jésus-Christ et trouvée au Pirée, le port d’Athènes. Elle aussi, fait partie de mes sculptures grecques favorites.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette autre sirène funéraire est légèrement plus récente, 340-320 avant Jésus-Christ, elle aussi est en marbre pentélique, elle aussi vient du Pirée. Elle n’est certes pas laide, mais elle ne me touche pas comme la précédente.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Il est également traditionnel dans les monuments funéraires de placer des représentations de pleureuses comme celle-ci, qui est modelée dans l’argile. Nous ne sommes plus dans la même collection que pour les deux sirènes funéraires ci-dessus, puisque nous sommes entre 320 et 250 avant Jésus-Christ, et non plus dans les environs d’Athènes, mais à Canosa, une ville grecque d’Italie, dans les Pouilles (le talon de la “botte”) .

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Encore plus tardif est ce guerrier combattant, dont je fais un gros plan sur le visage: environ 100 avant Jésus-Christ. Et lui il vient de l’Italie romaine, pas grecque du tout puisqu’il vient d’Anzio dans le Latium. Dire qu’il en vient, d’ailleurs, ne signifie pas qu’il y puise ses origines, puisqu’il est signé: on lit “Agasias, fils de Dosithéos, éphésien, [l’]a fait”. Éphèse est une ville grecque de l’Asie Mineure aujourd’hui turque. Et il est en marbre pentélique. Mais comme Anzio est l’antique Antium où Néron, empereur du premier siècle de notre ère, avait une résidence, on ne peut s’étonner de trouver là une statue grecque que s’est octroyée l’occupant. Trouvé en 1609, il est entré dans la collection Borghèse où il a tout de suite été appelé “le gladiateur Borghèse”. Or il y avait à cette époque nombre de spécialistes de sculpture antique, et leur analyse ne pouvait que concorder avec la signature, c’était bien une sculpture grecque. Seul hic, les Grecs n’ont jamais apprécié ni organisé de combats de gladiateurs, les jeux du cirque n’ont jamais appartenu à leur culture. Il a fallu attendre 1830 pour qu’on le rebaptise “héros combattant”.

 

Lors de sa découverte, il n’était pas dans l’état où on le voit aujourd’hui. Dès 1611, le sculpteur Nicolas Cordier (1567-1612) se charge de sa restauration. Le bras droit, l’oreille droite, le sexe, le deuxième orteil du pied droit manquaient et ont été remplacés. Et d’ailleurs le bras droit, restitué parallèle au corps, devait –si l’on en croit les spécialistes– s’en écarter à l’origine. Les accessoires sont perdus, mais visiblement il tenait un bouclier au-dessus de lui pour se protéger des coups d’un cavalier, tandis que de l’autre main il maniait une épée.

 

Concernant ses qualités plastiques, je préfère citer la notice du musée: “En proie à un effort intense, le corps qui se fend est comme sanglé par des muscles dont la tension exacerbée confine à la démonstration d'un ‘écorché’. Aussi, des générations d'artistes, en le dessinant, y ont-elles appris à maîtriser le traitement de l’anatomie: c'est l’une des statues antiques dont la silhouette est la plus sollicitée dans l'art des temps modernes”.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette belle tête trouvée à Bénévent (d’ailleurs, on a coutume de l’appeler “Tête de Bénévent”) est des alentours de 50 avant Jésus-Christ. Pour lui donner plus de vie et de réalisme, l’artiste qui l’a réalisée en bronze y a inséré des lèvres en cuivre rouge.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce marbre du premier siècle après Jésus-Christ représente Socrate. Les traits de ce visage sont si caractéristiques que les statues qui représentent le philosophe se reconnaissent au premier coup d’œil. Il s’agit d’une réplique d’une œuvre de Lysippe. Ce célèbre bronzier originaire de Sicyone, dans le nord du Péloponnèse, qui a vécu au quatrième siècle avant Jésus-Christ (on date ses bronzes entre 370 et 300), est célèbre pour ses portraits, comme ici, mais également pour son interprétation du nu masculin. Il a travaillé à Athènes, à Delphes, à Olympie, en Grande Grèce à Tarente, etc. Son art l’a fait choisir par Alexandre le Grand pour être le sculpteur officiel de la cour de Macédoine, et c’est donc lui qui a réalisé le célèbre portrait de ce souverain. Comme aucun autre, il sait à la fois idéaliser le portrait tout en restant fidèle à son modèle. En ce qui concerne plus précisément notre Socrate, ici, les Athéniens, comme on le sait, l’ont condamné à la peine capitale en buvant la ciguë en 399. Mais par la suite, conscients de l’injustice de cette condamnation et de la perte de leur grand philosophe, ils ont commandé à Lysippe un buste posthume qu’ils ont placé dans le Pompéion, un beau bâtiment du Céramique d’Athènes (cf. mon article sur le Céramique, daté 4 et 28 octobre 2011).

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Autre marbre, pentélique celui-là, et plus tardif, aux alentours du premier ou du deuxième siècle. Et c’est aussi une réplique d’un bronze de Lysippe. Ce philosophe-là, c’est Aristote. Et lui aussi est reconnaissable sur diverses sculptures. Comme il était contemporain de Lysippe, il est probable qu’à la différence de Socrate il a été représenté d’après nature.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les deux précédentes sculptures proviennent probablement d’Italie, le musée fait suivre cette indication d’un point d’interrogation; ce marbre-ci, en revanche, a été trouvé en 1846 à Auch, dans le Gers, et l’on suppose pouvoir le dater du deuxième siècle après Jésus-Christ. Reste à savoir qui il représente. Comme les autres, cette sculpture romaine est une copie d’une œuvre grecque antérieure perdue, mais ici on ne sait pas qui est l’auteur du modèle original. Et pourtant, cette œuvre originale a été copiée de nombreuses fois. L’une des copies (à Rome) porte une couronne de lierre, ce qui semble vouloir dire que c’est un poète. Et l’hypothèse a été émise que ce pourrait être Hésiode.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et voilà une Vénus nue. Elle est du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ, sculptée dans le marbre de Thasos mais trouvée à Rome, et c’est une réplique d’une Aphrodite de Praxitèle qui, elle, est de 360 avant Jésus-Christ. Un mot de Praxitèle (vers 400-326 avant Jésus-Christ): Avant lui, la statuaire grecque ne comptait pas de nu féminin complet. Un jour, alors que sa maîtresse Phrynè s’était baignée dans la mer, il la voit sortir nue sur la plage et, devant sculpter une Aphrodite, il décide de la prendre pour modèle dans le plus simple appareil. Toutefois, il réalise aussi, en parallèle, une statue d’Aphrodite plus pudiquement habillée. Choqués de cette nudité complète, les habitants de l’île de Cos décident d’acquérir la statue habillée, tandis que ceux de Cnide, une ville située au bout d’une longue péninsule tout au sud-ouest de l’Asie Mineure (actuelle Turquie) achètent l’autre et la placent dans le temple de la déesse de façon que l’on puisse tourner autour et donc la voir de face, de profil et de dos. Et cette Aphrodite de Cnide est devenue extrêmement célèbre, pour sa remarquable beauté d’abord, mais aussi parce que c’était le premier grand nu féminin grec. Cette célébrité exceptionnelle lui a valu d’être maintes fois copiée en étant réinterprétée selon divers types, comme ici cette “Vénus Cesi” qui est du type de la “Vénus d’Arles”, mais hélas l’original est perdu. Toutefois, nous avons pu voir une sculpture en marbre originale, de la main même de Praxitèle, c’est l’Hermès du musée archéologique d’Olympie (voir mon article Le Musée d’Olympie, daté du 20 au 22 avril 2011).

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Réplique en marbre d’un bronze perdu, cette sculpture représente le supplice de Marsyas. Je cadre ici sur son visage que je trouve remarquablement expressif. On connaît l’histoire: Marsyas est un silène qui a défié Apollon, le gagnant étant libre de choisir ensuite le gage qu’il voudrait. Apollon jouant de la lyre, était capable d’en jouer des deux côtés mais Marsyas ne pouvant souffler à l’envers dans sa flûte. Avoir défié un dieu, cela valait un gage retentissant, et Apollon a décidé d’écorcher vif son rival. Dans le groupe original perdu, Apollon observe l’événement, tandis qu’un esclave aiguise le couteau qui va être utilisé pour le supplice, pas encore commencé. Marsyas est suspendu par les poignets à un arbre, et il regarde avec l’angoisse que l’on imagine la préparation de l’opération. C’est cette angoisse terrible que je trouve admirablement rendue dans ce visage. Ce marbre provient de Rome et il date du premier ou du deuxième siècle après Jésus-Christ.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce silène-ci n’est pas dans une situation aussi dramatique que le précédent, il est ivre. Les silènes sont des satyres du cortège de Dionysos, et à ce titre ce sont de bons buveurs. Celui-ci, sculpté dans le marbre de Paros, marbre le plus beau et le plus fin, date du deuxième siècle après Jésus-Christ.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les Trois Grâces, trouvées sur le mont Cælius, à Rome, sont également du deuxième siècle de notre ère, du moins en ce qui concerne leurs corps, car les têtes étaient manquantes et elles ont été restaurées en 1609 par ce Nicolas Cordier qui, deux ans plus tard, restaurera aussi le Guerrier combattant que nous avons vu tout à l’heure. Les Trois Grâces symbolisent la beauté, les arts et la fertilité.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quoique trouvée à Rome près des thermes de Dioclétien, cette sculpture du deuxième siècle après Jésus-Christ est grecque, car réalisée dans un marbre grec, mais ce n’est pas un original, c’est une copie d’une œuvre de Polyclès (dont on ne sait rien, sauf qu’il était fils du sculpteur Timarchidès et qu’il a vécu dans la cent cinquante-cinquième olympiade, c’est-à-dire en 180 avant Jésus-Christ). Cet original serait des alentours de 150 avant Jésus-Christ. Le matelas sur lequel repose le corps n’est pas authentique du deuxième siècle, c’est le Bernin, le très célèbre architecte et sculpteur romain (cf. la colonnade de la place Saint-Pierre au Vatican), qui l’a sculpté en 1619.

 

Et le corps sculpté est bien étrange. Son visage est asexué, mais quand on va de l’autre côté de la statue on constate qu’elle est dotée d’un sexe d’homme et des seins d’une femme. Ces êtres mixtes, on les appelle des hermaphrodites, contraction des noms du dieu Hermès et de la déesse Aphrodite, et cette sculpture est en conséquence l’Hermaphrodite endormi. Selon la légende, s’il porte ce nom c’est parce qu’il est le fruit des amours d’Hermès et d’Aphrodite. Comme on n’imagine pas la belle déesse pouponnant, l’enfant a été confié aux Nymphes des forêts de Phrygie (Asie Mineure aujourd’hui turque). Devenu grand, à l’âge de quinze ans il part en voyage pour découvrir le monde. Quand, en Carie, autre région de cette même Anatolie, il passe devant un magnifique lac, la belle Salmacis, qui est la nymphe du lac, tombe follement amoureuse de lui, mais il repousse ses avances. Elle fait mine de partir dépitée, mais reste à le guetter discrètement. Lui, désirant jouir d’un bain dans ce lac merveilleux, se déshabille et s’y plonge. Or dans les eaux du lac, il est dans le domaine de la nymphe. Elle se précipite sur lui et se colle à son corps, puis supplie les dieux que rien ne puisse jamais disjoindre leurs deux corps. Les dieux ont exaucé le vœu de Salmacis en fondant les attributs de l’un et de l’autre dans un seul corps. Hermaphrodite alors a demandé aux dieux que tout homme qui se baignerait dans le lac Salmacis perde sa virilité, et les dieux l’ont accordé. Le géographe grec Strabon (64 avant Jésus-Christ- vers 21 après) témoigne que de son temps encore on ajoute foi à cette particularité du lac, et les hommes évitent de s’y plonger. Amis lecteurs de mon blog, si vous passez par la Carie (par exemple pour aller à Cnide, dont je parlais tout à l’heure à propos d’Aphrodite), oserez-vous tenter l’expérience de vous baigner dans le lac Salmacis?

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce vieux pêcheur du deuxième siècle de notre ère, en marbre noir et albâtre dans sa vasque de brèche violette, nous vient de Rome, mais on ne sait ni quand elle a été trouvée, ni par qui, ni exactement où; elle apparaît pour la première fois comme faisant partie de la collection du duc Altemps en 1599. Le cardinal Borghèse, qui se constitue une merveilleuse collection d’antiques, l’acquiert au début du dix-septième siècle. À l’époque, on croit y voir le philosophe Sénèque, ex-précepteur de Néron, qui s’est jeté sur son épée, contraint au suicide par l’empereur. Aussi, longtemps cette sculpture a été appelée Sénèque mourant. Le prince Camille Borghèse (1775-1832) ayant épousé Pauline Bonaparte, la sœur chérie de Napoléon, était devenu le beau-frère de l’empereur. Ce lien facilite les négociations quand Napoléon décide de lui acheter pour le Louvre la collection amassée par le cardinal, dont ce vieux pêcheur. Cette sculpture était si fameuse qu’elle a inspiré à Rubens son tableau La Mort de Sénèque, qui se trouve à la Alte Pinakothek de Munich.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette orante, c’est-à-dire une femme en prière, est une œuvre romaine de porphyre qui semble dater du deuxième siècle après Jésus-Christ. On ne sait pas quand elle est apparue, tout ce que l’on sait c’est qu’elle appartenait à la famille Della Porta quand, en 1609, le cardinal Borghèse la leur a achetée. Elle avait, à l’époque, déjà été restaurée. Puis d’autres restaurations sont intervenues en 1627 et 1680.

L’Occident au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Pour finir, ce sera avec le charme d’une Vénus. Et puisque, comme à l’époque de Praxitèle dans le temple d’Aphrodite à Cnide, on peut ici au Louvre tourner autour de la vitrine où est présentée la statue, voilà, je la montre de dos. Elle a été trouvée en compagnie d’autres statuettes, au dix-neuvième siècle, dans une niche d’une belle résidence aristocratique à Montagne, un gros bourg mitoyen de Saint-Émilion à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Bordeaux à vol d’oiseau. Or l’évangélisation de l’Aquitaine est bien avancée en cette fin de quatrième siècle ou début de cinquième siècle quand cette statue est créée, sculptée dans un marbre d’Orient. D’ailleurs, bien des indices repérés par les spécialistes laissent penser qu’elle a été fabriquée en série à Aphrodisias, en Anatolie, pour exportation vers la Gaule, l’Espagne, l’Égypte, d’autres régions d’Afrique, etc. Il s’agit d’un mélange de deux types de représentations de Vénus. D’une part, Vénus Anadyomène (ce mot grec est le participe du verbe anaduomai qui signifie “sortir de”, “s’élever hors de”, sous-entendu “de la mer”), pour évoquer sa naissance, puisqu’elle est née de l’écume de la mer. À mon âge, on commence à radoter, alors mes années me servent d’excuse pour revenir sur une de mes marottes, la fusion syncrétique entre les dieux grecs et les dieux romains. En effet, si certains, à l’image de Zeus et de Jupiter, ont la même origine indo-européenne et sont donc bien un seul et même dieu (oui, oui, les deux noms semblent différents à première vue, mais dès qu’on gratte un peu on voit que c’est exactement le même nom. J’épargnerai à mes lecteurs la démonstration –pour aujourd’hui! Je ne suis pas sûr de résister à la tentation une autre fois), mais le nom de Vénus, en morphologie, est un mot neutre, et cette déesse n’est devenue ce qu’elle est que tardivement, empruntant à l’Aphrodite des Grecs ses traits et ses mythes. Ici en Gaule, c’est sous le nom de Vénus qu’elle est honorée, mais c’est l’Aphrodite grecque qui est née de l’écume (en grec, l’écume se dit aphros). D’autre part, il y a dans notre statuette le type de Vénus à sa toilette; on voit qu’elle est entourée d’Amours, et l’un d’entre eux lui tendait un miroir, aujourd’hui cassé et disparu, dans lequel elle se mirait pour nouer sa chevelure.

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Published by Thierry Jamard
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Jean-Marie LÉTIENNE 20/08/2016 15:59

Article remarquable et magnifiquement documenté. Bien amicalement.

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