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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 23:55

Nous voilà partis de Paris, direction Grodno, en Biélorussie, pour aller voir le père de Natacha. Cette année, nous y allons en camping-car et, à la différence de ce que nous faisions quand nous allions le voir en voiture, nous prenons le chemin des écoliers. Nous passerons par la Belgique et les Pays-Bas, tout là-haut au-delà de la Grande Digue du Nord.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Nous passons par la petite ville de Caudry qui possède un musée des dentelles et broderies. Il serait certes intéressant de le visiter, mais nous ne pouvons quand même pas nous arrêter à chaque musée sur notre route. Au rond-point, une excellente idée: le panneau nous informe que cette machine est un “métier à fabriquer de la dentelle Leavers, fabriqué en France en 1891 par les frères Quillet”. À défaut de visiter le musée, il n’est pas possible de faire moins que de contourner le rond-point, de s’arrêter un peu plus loin et de revenir à pied faire quelques photos.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

En fait, si nous avons quitté la grand-route et sommes passés par Caudry, c’est parce que nous comptions nous rendre au Cateau-Cambrésis, la ville de Matisse, un peintre dont je raffole. “Révéler un peu de la fraîche beauté du monde”, est-il dit sur cette affiche, citant un extrait d’un message adressé par Matisse en novembre 1952 à sa ville natale. Nous arrivons devant le musée à 18h, et nous savons fort bien qu’il est trop tard pour le visiter, mais nous prenons nos repères pour ne pas le manquer lors de notre voyage de retour.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Une remarque qui n’a rien à voir avec Matisse, mais que je tiens à faire ici. La ville du Cateau-Cambrésis est accueillante aux camping-caristes, et c’est à noter parce que trop de Municipalités leur affichent des interdictions. Ici, juste à la sortie de la ville, c’est-à-dire tout près du centre parce que la ville n’est pas énorme, il y a un parking réservé, gratuit, avec possibilité de prendre de l’eau et de se connecter à l’électricité. Ce soir, nous allons parcourir quelques kilomètres vers la Belgique après avoir toutefois fait un petit tour dans cette ville sympathique, nous être arrêtés dans un bar, mais puisque le Cateau-Cambrésis est accueillant, à notre retour nous y passerons la nuit pour être à pied d’œuvre le lendemain. Merci au Cateau-Cambrésis.

 

Après les batailles de Mons et de Charleroi, les troupes franco-britanniques font retraite en août 1914. Le 26 août a lieu la bataille du Cateau où les Britanniques parviennent pendant douze heures à retarder l’avancée de l’armée allemande, au prix de 7812 tués, blessés ou prisonniers, sur les quarante mille hommes ayant pris part aux combats.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Notre balade en ville nous a permis, sur la grand-place près de l’hôtel de ville, de voir cette statue du maréchal Mortier. En ce qui me concerne, je découvre aujourd’hui qu’il était natif du Cateau. Le texte gravé sur le socle dit “Au maréchal Mortier, duc de Trévise, né au Cateau-Cambrésis en 1768, mort assassiné à Paris à côté du roi le 28 juillet 1835. Le roi, les princes, les ministres, les maréchaux, ses concitoyens lui ont élevé ce monument”.

 

Adolphe Édouard Mortier commence sa carrière militaire en 1791 comme sous-lieutenant. Sa valeur militaire et son courage lui valent de gravir rapidement les échelons de la carrière, si bien que dès 1799 il est général de brigade, dix jours après son trente-et-unième anniversaire. En 1804 il reçoit la dignité de Maréchal d’Empire, en 1805 il est décoré du Grand aigle de la Légion d’Honneur, en 1808 il est fait duc de Trévise. Lors de la Retraite de Russie et de la catastrophe de la Bérézina, c’est lui qui, avec le maréchal Ney, parvient à sauver ce qui reste de la Grande Armée. Après avoir servi l’empereur avec la plus grande loyauté et la plus grande vaillance, il entre au service de Louis XVIII et réussit à le sauver d’une insurrection de l’armée. Cela ne l’empêche pas de revenir à Napoléon durant les Cent Jours. Du coup, à la seconde restauration, il n’est plus en odeur de sainteté, il est éliminé de la Chambre des Pairs. Alors il se fait élire député dans le Nord en 1816. Mais en 1819 on le réintroduit dans la Chambre des Pairs. Après la révolution de 1830, il est fait Grand Chancelier de la Légion d’Honneur, puis nommé ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg. Et, en 1834, le voilà bien malgré lui ministre de la guerre et président du conseil, mais il présente sa démission dès le début de 1835. Enfin c’est l’événement du 28 juillet 1835, et l’attentat perpétré par Fieschi contre le roi Louis-Philippe. Le roi allait passer en revue la garde nationale, et en tant que Grand Officier de la Légion d’Honneur il était à ses côtés. Il faisait chaud, il se sentait mal, mais il refusa d’aller se reposer, et c’est alors que la machine infernale de Fieschi, placée face au 50 boulevard du Temple, explose. Le roi n’a qu’une petite estafilade, mais au total dix-huit personnes en mourront, sur le coup ou peu après. Mortier est l’une des victimes.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

À l’origine, au onzième siècle, il y a là une abbaye. Les travaux ont débuté en 1021, l’abbaye Saint-André est consacrée le 22 septembre 1025, et cet événement est célébré chaque année jusqu’à nos jours avec la ducasse et la foire Saint-Matthieu. Plusieurs fois, l’abbaye a été détruite et reconstruite, mais à la Révolution, de tous les bâtiments, cloître, jardins, etc., il ne reste que l’église et la brasserie. Après la Révolution, l’abbatiale devient église paroissiale sous le patronage de saint Martin.

 

La façade, ainsi que la nef de cette église Saint-Martin, édifiées en 1634-1635, ont pour architecte un jésuite, Jean du Blocq. Le baroque est né en Italie, et ce sont les Jésuites qui l’ont importé dans la région, notamment avec cette église. La base est en grès, tout le reste est en pierre calcaire. Sur ma photo originale grossie au maximum à l’écran, mais évidemment invisible sur cette photo réduite puis sauvegardée en basse résolution, on peut lire “1635” sous l’ovale du fronton qui porte le monogramme du Christ. Mais surviennent les guerres avec l’Espagne, et les travaux sont interrompus, on en reste à la façade et à la nef, ils ne reprendront qu’en 1680. La tour carrée du clocher, quant à elle, qui s’appuie sur le bras gauche du transept, est bâtie à partir de 1682. Le bulbe de sa flèche est typique, paraît-il, de l’art du Hainaut franco-belge. Plus haut, j’ai montré une photo de la grand-rue, avec l’hôtel de ville à gauche et le clocher de l’église au fond de la photo, et sur cette image on peut distinguer à mi-hauteur une petite fenêtre (il y en a une sur chaque côté) qui, en temps de guerre, permettait à un guetteur de surveiller les environs. Lors de la Première Guerre Mondiale, les quatre cloches ont été détruites. Le 26 août 1934, jour du vingtième anniversaire de la bataille du Cateau, l’archevêque de Cambrai bénit les quatre nouvelles cloches.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Les sculptures de la façade elle-même datent de sa construction, mais les statues qui l’ornent sont postérieures. Au-dessus du portail, c’est cette Vierge à l’Enfant.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013
Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Les travaux, donc, ont repris à la fin du dix-septième siècle, en 1680. On va achever les voûtes de la nef en plein cintre, en style roman, puis on monte les bas-côtés avec une voûte sur croisée d’ogives, en style gothique. Quant au transept et au chœur, ce n’est qu’au début du dix-huitième siècle qu’on va les achever, à l’époque où l’évêque de Cambrai n’est autre que le grand Fénelon (qui a occupé ce siège épiscopal de 1695 à sa mort en 1715). Mais quoique les travaux se soient étalés sur soixante-dix ou quatre-vingts ans, l’unité de l’ensemble n’en a nullement souffert, car les architectes successifs ont scrupuleusement suivi les plans initiaux de Jean du Blocq. Au total, la nef mesure 30 mètres de long, suit le transept de 8 mètres de large, et le chœur de 30 mètres lui aussi, ce qui donne à l’église une longueur totale de 68 mètres. Les voûtes, elles, montent à seize mètres.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Au début du dix-huitième siècle, c’était encore ici l’abbatiale de l’abbaye Saint-André. C’est donc pour l’abbaye bénédictine que les orgues ont été installées à cette époque (1719-1721). Il y a deux buffets d’orgues, totalisant 1344 tuyaux d’étain. Il y a vingt-et-un jeux, deux claviers de cinquante-six notes chacun, un pédalier de trente notes. Tout cela a été restauré après la Première Guerre Mondiale, mais en 1954 la dégradation est telle que les orgues sont devenues muettes. En 1974 a lieu une grande remise en état, et actuellement il peut y avoir des concerts d’orgue dans l’église, et une classe d’orgue a été créée.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Sur ma photo de la nef, on peut remarquer, sur le dernier pilier avant le chœur, une petite tache dorée. Il s’agit de cette belle statue de Vierge à l’Enfant.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

Nous sommes dans la sacristie. Elle a été modifiée lors de la construction de l’église au dix-septième siècle, mais elle appartenait à une église antérieure et avait été construite en gothique rayonnant. Le plafond comporte toujours ses nervures décorées de guirlandes de fleurs, mais les pendeloques d’origine ont été brisées et ont disparu.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

La sacristie a conservé ses deux vitraux en grisaille. Celui que je montre ici porte les deux lettres grecques α (alpha) et ω (oméga), la première et la dernière lettres de l’alphabet, qui veulent dire que Dieu est le début et la fin de tout, de part et d’autre du chrisme, à savoir les lettres grecques entrelacées X (=ch, appelé chi) et P (=r, appelé rho), soit CHR, le début du nom du Christ.

Le Cateau-Cambrésis. Dimanche 28 juillet 2013

À la sortie de la sacristie, on remarque ce petit vitrail ovale avec les armes de la ville, qui surmonte une amusante sculpture de monstre. Il est dit que cette fenêtre faisait autrefois communiquer l’église avec l’abbaye. Je ne sais pas ce que cela veut dire, “communiquer”: seulement qu’il était tourné vers les bâtiments de l’abbaye? Ou qu’il remplace une porte qui a été murée? Quoi qu’il en soit, vitrail et sculpture valent le coup d’œil.

 

Et voilà. Si tout se passe bien et si nous pouvons respecter nos plans, dans moins d’un mois nous serons de retour ici pour visiter le musée Matisse. Pour l’instant, nous allons mettre le cap sur la Belgique pour la nuit et demain sur les Pays-Bas: Volendam, la Grande Digue du Nord, la Frise. Ce sera l’objet de mon prochain article.

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Published by Thierry Jamard
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