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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 23:55

Quittons le département des antiquités égyptiennes, objet de mon précédent article sur le musée du Louvre; nous voici au Moyen-Orient, dans les pays qui sont aujourd’hui le Liban, la Syrie, Israël, la Turquie. Bien entendu, dès l’époque archaïque les Grecs ont occupé les côtes de l’Asie Mineure et étaient en contacts étroits, de guerre ou de commerce, avec les Perses et autres peuples de ces régions, comme nous pouvons nous en rendre compte en comparant les productions artistiques ou utilitaires.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Les murs d’une grande salle portent la frise ionique provenant du temple d’Artémis Leucophryène à Magnésie du Méandre. Quelques précisions : d’abord, Magnésie du Méandre est une colonie grecque de l’ouest de l’Anatolie (aujourd’hui turque) au sud-est d’Éphèse, où est mort Thémistocle. On n’est donc pas étonné d’y trouver Artémis, une divinité grecque. Ici, elle est qualifiée de Leucophryène, ce qui signifie “aux sourcils blancs”, et qu’il convient sans doute d’interpréter comme “aux sourcils d’un blond très clair”. Lorsque les Grecs sont arrivés dans la région, au septième siècle avant Jésus-Christ, ils ont trouvé une antique déesse locale de fécondité protectrice des lieux qu’ils ont honorée en l’assimilant à leur Artémis, afin de garder des liens culturels et religieux étroits avec les autres Grecs: dès le sixième siècle, le poète Anacréon l’appelle “la blonde fille de Zeus”. Vitruve, cet architecte romain du premier siècle avant Jésus-Christ dont tout un chacun connaît au moins le nom grâce à “l’homme de Vitruve” de Léonard de Vinci, nous dit que l’architecte de ce temple est Hermogène. Or Hermogène est un architecte grec qui a vécu à la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ et au début du second, et parce que ce bâtiment intègre des innovations techniques de la fin de sa carrière (j’ai lu cela, mais il n’était pas dit quelles innovations, et je serais bien incapable de dire de quoi il s’agit), on peut dater cette construction des années 200-190 avant Jésus-Christ.

 

C’est une mission de l’archéologue Charles Texier (1802-1871) réalisée de 1833 à 1837 en Asie Mineure qui a permis de rapporter quarante-trois fragments de la frise du temple, qui ont intégré le musée du Louvre en 1843. Les autres fragments récupérés sont au musée archéologique d’Istanbul et au Pergamon Museum de Berlin. Le sujet, qui se reproduit tout autour du temple est celui d’une amazonomachie, ou combat contre les Amazones (cf. tauromachie = combat contre des taureaux). Héraklès était allé, au titre de l’un des douze travaux qui lui avaient été imposés, prendre la ceinture de la reine des Amazones, et Thésée, le roi d’Athènes qui l’avait accompagné, s’est rendu coupable du rapt d’une Amazone. Ses congénères se sont alors ruées sur Athènes pour la récupérer et la venger, d’où cette guerre représentée ici, selon un thème fréquent dans la sculpture grecque. Les Grecs ont gagné, mais le combat a été rude.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Lod, en Israël, c’est l’ancienne Lydda. Là a été découverte une extraordinaire mosaïque de sol d’époque romaine impériale, vers 300 après Jésus-Christ. Elle est faite de tesselles de marbre, de calcaire et de pâte de verre, nous dit-on au musée. Soit, mais sauf erreur le marbre est lui-même une pierre calcaire. Elle représente un fabuleux bestiaire, toutes sortes d’animaux dans toutes sortes de situations.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette plaque de terre cuite représentant un cavalier et un griffon appartenait à un revêtement de mur de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ. Nous sommes dans l’actuelle Turquie, au cœur de l’Anatolie, à Düver, loin des côtes. Et pourtant, l’influence de la Grèce orientale se fait sentir, les cheveux longs, la silhouette des chevaux. Mais le costume du cavalier est typiquement perse, et le griffon appartient aussi à cette autre civilisation. Nous sommes donc bien en territoire perse, où les contacts avec le monde grec ont des résonances.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quelques sculptures, à présent. Ce bronze avec incrustations de cuivre rouge et d’argent provenant d’un atelier d’Asie Mineure, est du troisième quart du deuxième siècle avant Jésus-Christ et représente un combattant. Combattant de qui, de quoi? Le musée propose de voir un géant, cette génération qui s’est battue contre les dieux de l’Olympe (la gigantomachie), et suppose que de sa main droite levée il brandissait une épée, tandis que sa main gauche en tenait le fourreau.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette femme ailée est, bien sûr, une Victoire (en grec, on dit une Nikè). Souvent nous avons vu des sculptures archaïques, du sixième siècle avant Jésus-Christ, représentées avec un genou à terre pour simuler la course rapide, par exemple au musée archéologique national d’Athènes, et si l’on datait ainsi ce petit bronze on se tromperait lourdement: il est d’époque romaine, et il était fréquent que les clients romains ou romanisés commandent des objets de style archaïsant. Après tout, aujourd’hui, les fausses antiquités existent bien, je ne parle pas seulement des copies en réduction de statues à l’intention des touristes dans la boutique du musée ou dans les magasins de souvenirs aux alentours, mais des tables de salle à manger en acajou de “style Louis-Philippe”, ou des fauteuils rocaille de “style Louis XV” par exemple. Concernant la provenance, cette statuette a été trouvée à Magnésie du Sipyle, ville d’Asie Mineure, actuellement Manisa en Turquie, à une quarantaine de kilomètres au nord-est d’Izmir (ancienne Smyrne).

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Il n’y a pas de doute non plus sur l’identification de cette déesse brandissant deux torches et accompagnée d’un chien: c’est Hécate. Quelques mots de généalogie. À l’origine du monde, il y a le Ciel (Ouranos) et la Terre (Gaia, ou Gê, cf. la géographie, la géologie, un hypogée, etc.). Une évidence, le ciel est en permanence étendu sur la terre; cela signifie qu’Ouranos reste sur Gaia, et en conséquence elle enfante sans cesse, ses enfants sont les Titans. La pauvre, elle en a ras le bol de cet obsédé. Le plus jeune des Titans, Cronos, prend la faucille que lui tend sa mère et il émascule Ouranos, prend sa place de maître du monde et, pour éviter qu’un de ses frères ou de ses enfants (il a épousé Rhéa) lui joue le même tour il enferme les uns dans le Tartare, et avale les autres, dont Déméter, Hadès et Poséidon et pas Zeus, que Rhéa a remplacé par une pierre emmaillotée comme un bébé. Cela c’est une autre histoire, venons-en à Zeus devenu adulte qui délivre ses frères et sœurs et entame la guerre contre Cronos et ses frères les Titans. Il faut noter que cette Titanomachie est différente de la Gigantomachie dont j’ai parlé il y a un instant au sujet d’une statuette, et qu’elle lui est antérieure. Après la victoire Zeus est le nouveau maître du monde et il envoie les Titans dans le Tartare. Il n’a aucune sympathie pour eux, on s’en doute, mais Hécate, petite-fille de deux Titans et de deux Titanides (les femmes-titans) a droit à un traitement de faveur et elle est admise sur l’Olympe. Zeus l’honore et lui accorde des privilèges. C’est elle que l’on invoque dans les sacrifices expiatoires, elle peut accorder la richesse, la gloire, la victoire, elle préside à l’éducation des enfants. Mais avec ses chiens elle a le pouvoir de déchirer ceux qui l’ont offensée. Déesse des enchantements (elle a enseigné la magie à Médée), on la trouve aux carrefours de routes, lieux magiques, où elle est représentée avec trois faces pour regarder dans plusieurs directions. Lorsque Déméter est partie à la recherche de sa fille Perséphone enlevée par Hadès, Hécate a accompagné sa tante dans sa quête, l’éclairant de ses torches. Cette déesse dangereuse quoique souvent bienveillante, objet de culte à mystères, n’est que rarement représentée, comme les Titans, comme les Grands Dieux ou Cabires (voir Samothrace ou Lemnos).

 

C’est Hécate, cette déesse aux torches, au chien, qui est représentée ici sur un marbre que le musée ne date pas. Toutefois, il le classe au chapitre des reliefs votifs d’Asie Mineure de 306 à 64 avant Jésus-Christ et précise que ce vêtement –qu’il décrit avec précision– est utilisé pour de nombreux portraits funéraires romains des deuxième et troisième siècles après Jésus-Christ. Il constate, en outre, que c’est exactement le même vêtement que porte Perséphone, épouse d’Hadès aux Enfers, sur des reliefs du quatrième siècle avant Jésus-Christ, où la déesse porte aussi des torches. Je me demande, dans ces conditions, s’il n’y a pas assimilation d’Hécate et de Perséphone. Quant à l’origine de ce bas-relief, on se borne à savoir qu’il a été acheté –c’est-à-dire pas forcément trouvé– en Turquie, à Irmeni-Keui, dans la région de Cyzique.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Cette jolie statuette d’argent date de l’Antiquité tardive, cinquième siècle après Jésus-Christ, et reprend des canons de représentation vieux d’un millénaire, créés au cinquième siècle avant Jésus-Christ. Elle provient d’Antarados, c’est-à-dire la Tortose des Croisés et la Tartous moderne, grand port syrien proche de la frontière libanaise. Ses attributs ont été perdus, mais on peut supposer qu’il s’agit de Déméter. Considérant sa date, on comprend qu’il s’agit de la fin du paganisme.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce taureau aux yeux incrustés d’argent est plus ancien, on le situe entre le premier et le deuxième siècles de notre ère, mais lui aussi provient de cette Antarados. Sans doute convient-il de voir en lui le dieu égyptien Apis, avatar d’Osiris dans le monde des vivants.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Restons avec les animaux, voici un dromadaire datant probablement du quatrième siècle de notre ère et provenant de Hélalieh (près de Saïda, au Liban). Il s’agit d’une lampe plastique sur laquelle on remarque une selle surélevée permettant de suspendre la lampe, un trou sur la croupe pour le remplissage d’huile et en avant de la selle deux autres trous par où passaient deux mèches pour un double éclairage.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013
Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Voici un diptyque en ivoire d’éléphant qui date du cinquième siècle après Jésus-Christ mais qui est de provenance inconnue. On y voit six couples, trois sur chaque plaque. Chacun de ces couples représente un savant, un artiste ou un lettré, sur qui il est difficile de mettre un nom, mais qui est placé sous la protection d’une muse. Ajoutons que certaines de ces muses sont représentées sans leurs attributs et comme, en outre, les neuf muses ne sont pas représentées on ne sait pas qui manque, donc on ne connaît pas la liste des présentes. Je joins un plan plus rapproché de deux de ces couples, à gauche la muse ouvre un rouleau de livre, ce peut être Thalie pour un écrivain auteur de comédies, ou Clio pour l’auteur de livres d’histoire; à droite la muse a une lyre, elle pourrait être Terpsichore, protectrice de la danse et du chant choral, et son protégé a beau ne pas sembler appartenir à ces catégories artistiques, il relève le pan de son vêtement et la position de ses pieds n’exclut pas la danse, mais Érato, qui protège la poésie lyrique, est aussi parfois représentée avec un instrument à cordes. Interprétations sous toutes réserves.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ce vase funéraire monumental en marbre, dit “vase de Pergame” –parce que c’est dans cette ville de l’Asie Mineure turque qu’on l’a trouvé à l’époque du sultan ottoman Mourad Ier (1359-1389)– date du deuxième siècle avant Jésus-Christ. À l’intérieur se trouvaient deux urnes d’albâtre remplies d’or, et il avait dû aussi y avoir les restes du défunt. Il est dit ici que ces urnes se trouvent à Sainte-Sophie d’Istanbul. Je n’ai pas le souvenir de les y avoir vues, malgré une visite approfondie. Il y avait, et d’ailleurs j’ai publié dans ce blog la photo de l’une d’elles, deux jarres provenant de Pergame, mais il était dit qu’elles étaient creusées dans un seul bloc de marbre, pas d’albâtre, et rien ne disait qu’elles étaient funéraires, qu’elles avaient contenu de l’or, etc., et d’ailleurs il me semble que malgré les dimensions impressionnantes de ce vase funéraire du Louvre on aurait eu du mal à les y placer toutes les deux. Ce vase était lui aussi à Istanbul, je devrais plutôt dire à Constantinople pour ne pas commettre d’anachronisme, jusqu’au dix-neuvième siècle, lorsqu’en 1837 le sultan Mahmoud II l’a offert à Louis-Philippe.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quelques bijoux. Ce médaillon en or qui représente le dieu Éros est un élément de coiffure qui date de la deuxième moitié du troisième siècle avant Jésus-Christ. Pas de précision sur l’origine.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Pour ce cheval marin, au contraire, il est dit qu’il vient de Tyr, aujourd’hui Sour, au Liban, mais il n’est pas daté. On le voit, c’est une fibule. Un travail d’une grande finesse.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Ah, enfin à la fois une date et un lieu. Ce lourd bracelet en or avec ses extrémités en forme de tête de taureau est du quatrième siècle avant Jésus-Christ, et il provient d’Amrit, en Syrie.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Un grand saut dans le temps, et nous voilà à la fin du sixième siècle après Jésus-Christ, en Syrie encore, à Ma’aret en Noman. Cette plaque en argent partiellement doré est dédiée à saint Siméon le Stylite, cet ascète syrien qui, au cinquième siècle, décida de se retirer du monde en vivant sur une plateforme d’un mètre carré au sommet d’une colonne de quinze mètres, nourri avec le contenu du panier que les habitants du coin lui faisaient parvenir au bout d’une corde et où il est resté pendant trente-neuf ans jusqu’à sa mort. Je parle de lui plus en détails dans mon article Osios Loukas, daté du 21 juin 2011. Nous le voyons ici sur sa colonne. Je suppose que le serpent qui s’enroule sur le fût représente le Tentateur.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et pour terminer, de la verrerie. C’est dans ce chapitre oriental qu’il convient d’en montrer, car le verre a été inventé en Mésopotamie. Au début, le verre était moulé, ce qui en limitait la taille, mais la découverte du verre soufflé, vers 50 avant Jésus-Christ, a permis de créer des objets de grande taille aux formes plus variées, telle cette cruche décorée du troisième ou quatrième siècle après Jésus-Christ, qui vient du Proche Orient.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

De cette Antarados, Tortose, Tartous en Syrie, dont j’ai eu l’occasion de parler tout à l’heure, vient ce curieux petit flacon en forme de poisson. Il est probablement du troisième siècle après Jésus-Christ mais sa particularité est qu’il sert de compte-gouttes.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Quant à ce vase en forme de souris, n’est-il pas remarquablement amusant? Il provient de Cyzique, et il est daté du troisième siècle après Jésus-Christ ou du début du quatrième.

Le Moyen-Orient au musée du Louvre. Mercredi 17 juillet 2013

Et je terminerai avec ces deux petits flacons à deux compartiments qui datent du quatrième siècle de notre ère et proviennent, pour celui de gauche, de Bassah, près de Sour (ancienne Tyr, au Liban) et pour celui de droite, de Syrie. Parfois, dans ce genre de flacons, on a retrouvé des bâtonnets de bronze, d’ivoire ou de verre. En effet, il s’agissait de flacons de khôl pour le maquillage des yeux.

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Published by Thierry Jamard
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