Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 23:55
Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Et nous sommes arrivés à Paris. Joie de revoir famille et amis. Nous allons y passer quelque temps avant de partir loin vers l’est, jusqu’à Grodno (grande ville de Biélorussie, à une vingtaine de kilomètres à l’est de la frontière polonaise et quelques kilomètres au sud de la Lituanie), où vit le père de Natacha. Puis nous reviendrons vers Paris avant de poursuivre nos aventures. Je regroupe ici quelques images de Paris et de deux villes de grande banlieue dont je vais dire tout à l’heure ce que nous y avons fait.

 

En attendant, un petit salut à notre sainte nationale (mais non, ce n’est pas elle qui est sur le balcon, c’est l’écuyère à cheval, voyons!) car Jeanne d’Arc n’est pas l’héroïne d’un parti politique, elle appartient à la France, c’est-à-dire à tous les citoyens, qu’ils votent à droite, au centre ou à gauche. Il s’agissait, avec l’Angleterre, d’une querelle de succession, d’héritage de fiefs, mais aujourd’hui les Gaulois ou les Romains ne viennent pas réclamer aux Francs la terre qu’ils ont occupée. Je regarde donc ici une très belle statue équestre, et l’image d’une femme qui a su montrer aux hommes que le courage n’était pas leur apanage. Croire, pour un homme, que c’est la nature qui donne aux hommes force et courage plus qu’aux femmes, c’est se déprécier. C’est sans doute de la vanité de ma part de penser que j’ai parfois fait preuve de courage face à des difficultés et des oppositions professionnelles ou face à des épreuves de ma vie privée, non pas parce que la nature m’a attribué le sexe masculin, mais parce que j’ai, personnellement, comme aurait pu le faire personnellement à ma place une femme, tenté de me dépasser. Voilà pourquoi j’aime Antigone, Alceste (la reine chez Euripide, pas le Misanthrope de Molière), Jeanne Hachette, Jeanne d’Arc, Simone Veil, Aung San Suu Kyi et tant d’autres.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013
Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Laissons passer mon quart d’heure d’humeur. Et maintenant un petit tour sur les berges de la Seine, ou une balade le soir au Quartier Latin, cour du Commerce Saint-André. Avec quelle joie je me replonge dans “mon” Paris!

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Le Marais, j’aime beaucoup, et comme en outre c’est le quartier de Paris que préfère Natacha, nous ne manquons jamais de nous y rendre plusieurs fois à chacun de nos séjours parisiens. Notamment place des Vosges, et il arrive que nous ne résistions pas au plaisir de manger un petit quelque chose au Café Hugo, sympathique, bon et de prix très raisonnable, surtout comparé aux autres brasseries de la place des Vosges. Le musée Victor Hugo, nous le connaissons, nous n’y retournons pas, mais tiens! j’avais oublié cette plaque au-dessus de la première voiture à gauche (en la remarquant, ça me rappelle que je l’avais déjà vue) qui signale que dans cet hôtel est née le 6 février 1626 Marie de Rabutin Chantal, marquise de Sévigné. Une référence littéraire à ne pas manquer.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Puisque je viens de citer le nom de Victor Hugo, voici une sculpture qui le représente. Pour pouvoir me rendre en Biélorussie, je dois bien entendu obtenir un visa, et les services consulaires de ce pays se trouvent, avec l’ambassade, boulevard Suchet. De sorte que je suis passé chaque année devant l’angle que fait l’avenue Raphaël avec le boulevard Suchet, là où se trouve cette sculpture, un haut-relief intitulé La Vision du poète, réalisé en 1902 par Georges Barreau.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Aimé Césaire est un grand poète, le poète de la Négritude (c’est lui qui a créé ce mot). Il était né en juin 1913, on fête cette année le centenaire de sa naissance, et c’est pourquoi l’Assemblée Nationale a placardé ces affiches à sa mémoire sur les grilles du Palais Bourbon. “Aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force”… C’est tellement évident, et pourtant tellement peu reconnu… Les modes de vie, les types de civilisations ne donnent pas toujours les moyens de s’exprimer aux intelligences, aux génies. En Union Soviétique, seul le soc’ art, l’art socialiste, avait le droit de s’exprimer, et par voie de conséquence les génies dissidents qui ne trouvaient pas le moyen de faire passer leurs œuvres sous le manteau sont morts sans avoir pu exprimer leur génie. Dans de nombreuses sociétés africaines, océaniennes, et aussi d’une partie de l’Asie, faute d’utiliser l’écriture, les conteurs n’ont pu devenir romanciers par la diffusion de livres, de merveilleux musiciens n’ont pu être considérés par la postérité comme des compositeurs, faute d’avoir reporté leurs créations sur du papier à musique. De même pour les inventeurs, chacun devant repartir de zéro puisqu’il ne pouvait s’appuyer sur des découvertes antérieures non consignées dans des traités conservés dans des bibliothèques. Alors, sans réfléchir, on en conclut bien vite que “ces gens-là” ne sont pas très intelligents! Depuis la découverte scientifique que les races humaines n’existent pas, que tous les gènes humains sont cent pour cent identiques, cette idée que dans tous les pays, dans toutes les civilisations, dans toutes les ethnies, il y a de remarquables génies et de sombres crétins a nettement progressé, mais hélas il se trouve encore des gens qui refusent l’évidence. Se tenir consciemment et volontairement à l’écart des découvertes scientifiques, n’est-ce pas pire, intellectuellement, que de ne pas y avoir accès mais d’y être ouvert dès que l’occasion s’en présente?

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Nous voici rue Bonaparte, juste en face du jardin du Luxembourg, au n°92. C’est l’institut culturel hongrois de Paris. La Hongrie est un pays que j’aime, où j’ai des amis, Budapest est une ville que j’adore et où je me sens bien, mais ce n’est pas là une raison suffisante pour montrer une photo de la façade de son institut. Ce qui m’a donné envie de publier cette image, c’est cette très intéressante sculpture, ce bronze d’une femme assise sous son grand chapeau. L’institut Balassi, un peu comme l’Alliance Française ou comme le Goethe Institut allemand, propose des cours de langue et de nombreuses actions culturelles, expositions, concerts, conférences, etc. Quant à Bálint Balassi (1554-1594), c’est un grand poète lyrique.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013
Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Des raisons administratives nous ont amenés dans un tout autre quartier, du côté d’Ivry. L’une de ces bornes d’information touristiques qu’a déployées la mairie de Paris informe que nous sommes en présence d’un entrepôt de la SNCF où, de 1919 à 1971, étaient stockées des denrées alimentaires dans d’immenses chambres froides, d’où le nom donné à ce qui, officiellement, est Entrepôts frigorifiques de Paris-Ivry: “le Frigo”. Dans les années 1970, le bâtiment désaffecté a été loué à des artistes –comédiens, plasticiens, musiciens– puis, à partir de 1985, c’est devenu un haut lieu de l’art parisien d’avant-garde. L’accès se fait par la rampe d’escalier de l’ancien château d’eau que l’on voit sur ma photo. Il y a tant de choses dans Paris que, quoique ce soit ma ville, je continue à découvrir des lieux que je ne connaissais pas, et tout ce que je viens d’écrire au sujet de ce Frigo, je l’ai pris sur la borne d’information. Je n’aime pas recopier mot à mot, mais ce n’est pas parce que j’ai modifié la rédaction que j’en savais davantage par moi-même!

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Retraversons Paris. Sur les Champs-Élysées, on peut voir les boutiques Peugeot ou Citroën sur la gauche en descendant vers la Concorde, ou Renault sur la droite, qui dispose à l’étage d’un pub où l’on peut boire un verre ou consommer quelque chose. Il y a aussi plusieurs marques étrangères. Chaque constructeur présente modèles nouveaux, modèles anciens, concept-cars, voitures de compétition… Cela change souvent et il est plaisant d’y faire un tour. Ici, nous sommes chez Peugeot.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Encore un autre quartier, nous voici place de la Résistance, où se trouve l’ambassade de Bulgarie. Sur le mur du bâtiment, nous voyons Vasil Levski (1837-1873) dont une phrase est citée en langue bulgare et en langue française: “Être égaux avec les autres peuples européens ne dépend que de nos propres et communs efforts”. Sans doute y a-t-il une part de vrai dans cela, mais seulement une part, car cette égalité peut être retardée si un voisin plus vaste, plus peuplé, plus puissant jette sur vous une chape de plomb pendant de longues années. Mais sur un plan humain, culturel, intellectuel, les Bulgares valent bien les Français, les Américains ou les Japonais (désolé, je ne peux pas citer ici tous les pays du monde!)

 

Sur la plaque, son prénom est inscrit avec deux S pour éviter la prononciation Z entre deux voyelles, mais en bulgare il n’y en a qu’un, puisque c’est l’équivalent du prénom français (peu courant) Basile, du grec basileus qui signifie roi. Ironie du sort, loin d’être royaliste, il rêvait de libérer la Bulgarie de l’occupation ottomane pour en faire une république dont tous les citoyens seraient libres et égaux, selon les principes de la Révolution française de 1789 (qui, sous Louis-Philippe, n’étaient plus que partiellement en vigueur). Il en rêvait, mais il est allé bien au-delà du rêve, créant des comités révolutionnaires, agissant concrètement, ce qui lui vaudra d’être pris par les Turcs, torturé et pendu. S’il est mort avant son trente-sixième anniversaire, ce n’est donc, hélas, ni de maladie ni par accident.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Pendant notre séjour à Paris, nous ne résidions pas dans la capitale, comme je vais le dire tout à l’heure, et nous arrivions chaque jour par la gare de Lyon. Là, de grands panneaux étaient placés par la SNCF pour une campagne intitulée “Gares et connexions”, qualifiée “révélateur de l’exposition La Galerie de la Méditerranée, exposition permanente MuCEM Marseille”. Le MuCEM, c’est le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée.

 

Cette affiche montre une charrette palermitaine. À Palerme et dans toute la Sicile, le dix-neuvième siècle a vu se développer l’usage de ces charrettes peintes malgré, nous dit le texte, les difficultés dues au relief et à l’état des routes. J’en avais montré dans mon article Santa Rosalia à Palerme, daté du 14 juillet 2010.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Une autre affiche de la même collection montre cette femme dans l’habit de lumière des toreros. C’est l’œuvre d’une femme photographe née en 1968, Pilar Albarracín. Quoique j’aie dit il y a quelques minutes que je n’aimais pas recopier textuellement les indications que je lisais, je vais le faire ici, parce que c’est l’artiste elle-même qui l’a inspiré et que je ne dois pas le déformer: “Dans cet autoportrait, Pilar Albarracín porte un regard caustique sur son identité féminine et sa culture espagnole. Cette image dit à la fois les victoires obtenues pour l’égalité hommes-femmes ces dernières décennies et le chemin qu’il reste à parcourir”.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Si nous ne résidons pas à Paris, cela tient à plusieurs raisons qui s’enchaînent. D’abord, nous sommes arrivés avec notre camping-car, qui est devenu notre maison. Donc, comme nous ne pouvons pas l’installer sur les Champs-Élysées (c’est trop bruyant), ni sous un pont de la Seine (il ne peut descendre les escaliers), ni passage du Grand-Cerf (c’est trop étroit), nous devons trouver un camping. Il y a celui du Bois de Boulogne, dont les tarifs sont ceux d’un deux pièces dans le centre, celui d’Eurodisney dans la même gamme de prix et qui ne se justifie pas car trop loin de Paris. Parmi ceux de banlieue, nous avons choisi celui de Melun, que je connais pour être passé devant lui chaque semaine du temps où j’étais proviseur d’un lycée à Melun et directeur du GRETA au château de la Rochette, pour la réunion de travail hebdomadaire. Et puis à Melun je souhaite rendre visite à mes anciens collaborateurs, j’ai ma banque, ma coiffeuse, quelques habitudes…

 

Voici donc l’hôtel de ville de Melun. Le cens, au temps des rois, désignait les impôts: en latin, le verbe censeo signifie “j’évalue”, le censor (censeur, comme Caton le Censeur) est celui qui est chargé du dénombrement et de la classification des citoyens en fonction de leur fortune, il est chargé du census, le recensement (car c’est bien là l’étymologie du mot recensement) qui permet le calcul de l’impôt. Ici se dressait au moyen-âge l’Hôtel des Cens, autrement dit l’hôtel des impôts. Au quinzième siècle, nous le trouvons dans les biens de l’abbaye de Saint-Denis, qui le vend à la fin du siècle à un certain Jehan Regnault, un parent de Jacques Amyot, sur qui je vais revenir. En 1629, il est acquis par un ordre de religieuses qui y ajoutent une chapelle, puis le revendent à un laïc dès 1652. En 1781, la Municipalité élit domicile dans le bâtiment voisin, ancienne manufacture de toiles peintes Kœnig et, en 1837, finit par acheter l’Hôtel des Cens. Il existe une gravure antérieure à cet achat qui montre les bâtiments de la cour sur des arcades, mais la Municipalité fait abattre les bâtiments latéraux, ne conservant que la tour de droite, mais en construit une autre à gauche en 1847-1848 pour assurer la symétrie de la façade.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Au centre de la cour de la mairie trône la statue de Jacques Amyot, grand homme de Melun. Le lycée de centre-ville porte son nom. Hors sujet: mon lycée à moi c’était le lycée Léonard de Vinci que les anciens de Melun continuaient d’appeler lycée Branly, parce qu’avec ses sections d’électricité, niveau bac et niveau BTS, il avait fait appeler sa rue Édouard Branly, du nom de ce savant découvreur des radioconducteurs qui avait réalisé une expérience de radio-transmission de la voix sur trois kilomètres devant de nombreux invités au château de Bois-Boudran non loin de Melun. Il est amusant de constater qu’Édouard Branly, après son succès à l’agrégation, est nommé professeur au lycée de Bourges, où nous retrouvons la trace de Jacques Amyot.

 

Jacques Amyot naît en 1513 à Melun, 46 rue Saint-Aspais. Reçu maître ès arts à Paris, il va poursuivre des études de droit civil à Bourges, où il obtient un doctorat dans cette spécialité. Mais, passionné de grec et de latin, il obtient de devenir le précepteur des neveux du confesseur de François Ier. Plus tard, de 1533 à 1543, il devient professeur de latin et de grec à l’université de Bourges. Pour prix de la reconnaissance de ses travaux de traduction, il reçoit de François Ier le bénéfice de l’abbaye Notre-Dame de Bellozane, aujourd’hui à l’est de la Seine-Maritime, confort financier qui lui permet d’aller à Rome travailler sur les manuscrits de Plutarque, d’établir le texte des Vies parallèles et de le traduire. Il rentre en France. Charles IX le fait Grand Aumônier en 1561 et, en 1570 il est nommé évêque d’Auxerre. Auprès de Henri III et au moment de l’assassinat du duc de Guise, opposé au protestant Henri IV, il est excommunié, mais absous en 1590. Il meurt à Auxerre en 1593. Sa traduction de Plutarque est encore d’actualité, dans un style très pur, presque poétique. On attribue généralement aux auteurs de la Pléiade la réforme de la langue française qui a donné naissance au français moderne; et c’est bien vrai, mais cette création d’une langue moderne, nous la devons aussi à Jacques Amyot. C’est surtout cette traduction de Plutarque que l’on retient parmi ses travaux, mais la plaque sur la mairie de Melun ne manque pas de signaler, en plus petits caractères il est vrai, qu’il a aussi traduit Héliodore et Longus. Et la plaque cite Montaigne: “Je donne avecques raison, ce me semble, la palme à Jacques Amyot sur touts nos escrivains françois” (Essais, 114). Tel est celui qu’honore dans la cour de la mairie cette statue œuvre de Louis-Eugène Godin (1823-1887).

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Ayant atteint mes 65 ans en juillet 2009, cinq ans après l’âge de la retraite, je n’ai pas eu la possibilité de continuer à exercer mes fonctions de proviseur, ce que j’aurais pourtant souhaité pouvoir faire. De la sorte, je n’ai passé que deux ans dans cette ville de Melun, et c’était assez pour me l’approprier, pour m’y sentir bien. C’est une ville agréable et pleine de belles choses. Témoin cette rue Carnot, dans le centre, joliment fleurie.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013
Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Le musée de Melun, dont je ne rendrai pas compte lors du présent séjour, est installé dans l’Hôtel de la Vicomté construit par l’avocat du roi, Nicolas Pinot. Ce sont deux pavillons carrés. Sur ma première photo on voit qu’il y a deux lucarnes dans le toit –classées aux monuments historiques en 1927–, et celle de ma seconde photo –qui est celle de gauche– porte la date de 1538 gravée dans le bandeau supérieur, à la verticale de l’épaule gauche du buste, dans un petit rectangle incliné. Sur ma photo originale, en la grossissant beaucoup à l’écran, on peut le distinguer, mais sur la photo que je suis contraint de réduire pour illustrer mon blog elle est totalement invisible. L’hôtel est vendu en 1597 au gouverneur de Melun, le sieur de la Grange-le-Roy. Henri IV y sera son hôte. Et puis Nicolas Fouquet l’acquiert à son tour en 1654. Il y résidera pour suivre les travaux de son grand château de Vaux-le-Vicomte (1656-1660). De 1718 et jusqu’au début du dix-neuvième siècle, l’hôtel appartiendra à une famille Guérin. Au vingtième siècle, on y trouve la bibliothèque municipale, qui depuis 2004 a élu domicile dans la superbe médiathèque moderne. De ce début de dix-neuvième siècle jusqu’à l’arrivée de la bibliothèque au vingtième siècle, quand la bibliothèque s’installe dans ses murs, la notice ne dit pas ce qu’il advient du bâtiment…

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Le camping de Melun n’est séparé de la Seine que par la route, où la circulation n’est pas intense, et un sentier qui longe le fleuve. Quand on se rend à pied du camping à la gare, on emprunte ce sentier sur quelques centaines de mètres, et sur un plus long trajet si l’on va vers le centre-ville. Et la vue est très, très loin d’être désagréable! Je ne les montre pas ici, mais il y a beaucoup de cygnes sur la Seine à Melun. Un jour que je me rendais en voiture au château de la Rochette pour ma réunion hebdomadaire, un cygne volait au ras de l’eau. J’ai réglé ma vitesse sur la sienne et je l’ai accompagné sur un tout petit peu plus de trois kilomètres. À mon compteur, il volait à la vitesse très régulière de cinquante-cinq kilomètres à l’heure. Ce qui vient de m’entraîner à confesser ma faute: sur trois kilomètres, je me suis rendu coupable d’un excès de vitesse de cinq kilomètres à l’heure…

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Melun est au sud sud-est de Paris, et L’Isle-Adam est au nord-ouest. Mais qu’est-ce qui, diable, a bien pu m’emmener si loin de notre domicile non-fixe? C’est tout simple: j’ai là-bas ma sœur et mon beau-frère, ce sont des gens que j’aime, alors les kilomètres ne comptent pas. D’ailleurs, L’Isle-Adam est une bien belle ville, comme en témoigne ce vieux pont sur l’Oise. Des trois ponts qui, traditionnellement, enjambent l’Oise entre cette ville et Parmain, de l’autre côté, c’est le seul qui soit ancien.

 

Ce pont, c’est le pont du Cabouillet. Je lis dans un article Internet le concernant que le verbe cabouiller signifiait “remuer la vase”, parce que c’est ce que l’on faisait ici pour attirer le poisson quand on voulait pêcher. Information probablement tirée du guide Petit Futé Île-de-France, Paris et environs. Le hic, c’est que je ne sais pas où a été trouvée cette explication, car dans les Études pour servir à un glossaire étymologique du patois picard, ouvrage publié en 1880 par Jean-Baptiste Jouancoux, le mot est censé signifier “balbutier, mal prononcer”, en picard. Quoi qu’il en soit, notons que le pont date des alentours de 1500. En 1663, il a fallu entreprendre une très sérieuse restauration, car la première arche du côté de la ville s’était effondrée. C’est Le Vau, l’architecte de Louis XIV, qui est chargé des travaux. Le devis est de 21690 livres pour ce pont, mais aussi les deux autres. Et il est encore en bon état, hormis les sillons creusés par les cordes de halage, car le pont se situe juste après un coude de l’Oise, et une équipe de spécialistes, dont la compagnie était placée sous la protection de saint Nicolas, était chargée de tirer les bateaux afin qu’ils passent sous les étroites arches du pont sans les toucher. Les monuments historiques l’ont classé en 1936 mais en 1944, battant en retraite, les Allemands avaient fait sauter le Grand Pont, un peu plus loin. Le tablier s’était effondré dans la rivière. Les Américains, ayant arrimé une puissante grue au pont du Cabouillet, ont tenté de relever le tablier de l’autre, moyennant quoi ils ont bien failli faire s’écrouler notre vieux pont, pour qui la charge était trop lourde. La dernière restauration date de 2003.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

À courte distance du pont a été aménagée une plage, et en face de la plage cette charmante jeune femme plonge nue dans la rivière. C’est, dit le Petit Futé, la sirène Evila, mais je lui vois deux jambes, pas une queue de poisson. Femme ou sirène, elle est de toute façon bien jolie, cette sculpture réalisée en 1990 par l’artiste belge Marie-Josée Aerts.

Paris, Melun, L’Isle-Adam. Entre le 7 juin et le 3 septembre 2013

Elle n’est d’ailleurs pas la seule à se baigner ici, la jeune Evila. Je n’ai absolument aucune connaissance en zoologie, mais j’ai bien l’impression que les animaux que j’ai photographiés ici sont des ragondins, ces animaux originaires d’Amérique du Sud. Du temps où j’étais en poste au Chili, j’en ai vu, et on m’a expliqué qu’ils ont été introduits volontairement en Europe pour leur fourrure, mais qu’ils y causaient des ravages parce qu’ils n’y ont pas de prédateurs naturels comme dans leurs pays d’origine, et qu’ils sont classés comme animaux nuisibles par la plupart des pays d’Europe, et donc de chasse autorisée. Mais quand je les vois ici, bien sages, cela me fait de la peine de penser qu’ils sont désignés pour être tués légalement.

 

Et si ma peine me fait pleurer sur mon clavier, je vais provoquer un court-circuit et mon ordinateur refusera ses services. Alors mieux vaut poser le point final.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche