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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 23:55
Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Nous voici dans la jolie ville d’eau de Druskininkai, en Lituanie, tout contre la frontière de Biélorussie. La frontière… Avec Schengen, nous n’avons pas franchi une seule frontière de Paris à Druskininkai. Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Pologne, Lituanie. Or lorsque Natacha vivait à Grodno, avant d’enseigner à l’université elle a exercé dans un établissement scolaire situé au nord de Grodno et parfois, pour se détendre après une journée de travail, elle prenait le car pour aller siroter un café à Druskininkai sur les bords du lac. Pas de frontière à cette époque, c’était la même Union Soviétique. Et puis il y a eu ce grand bouleversement que l’on sait, et les frontières ne sont plus les mêmes. Le mât de ma photo indique où nous sommes, en donnant les distances kilométriques auxquelles se trouvent un certain nombre de villes d’Europe. Nous venons de Paris (1961 kilomètres… mais nous, nous avons pris le chemin des écoliers) en passant par Varsovie (361 kilomètres) et Augustów (108 kilomètres). J’apprends que ma ville, que j’appelle Paris et que les Italiens appellent Parigi et les Russes Parij, est appelée Paryžius par les Lituaniens.

 

Druskininkai, qui compte aujourd’hui moins de vingt mille habitants, a vu naître en 1891 le sculpteur Jacques Lipchitz (qui a pris la nationalité française, puis américaine). Quant au grand peintre et compositeur Mikalojus Konstantinas Čiurlionis, il y a vécu sporadiquement, car là se sont établis ses parents en 1878 (il était né en 1875). Il y a un musée que nous avons visité et dont je rendrai compte dans mon prochain article. Le père de l’acteur américain Karolis Dionyzas Bučinskis, alias Charles Bronson, était originaire de Druskininkai (avec des racines tartares).

 

Deux mots de la ville. La première mention en est faite en 1636 et c’est en 1889 que le ministère de l’Intérieur et le ministère des finances lui accordent le statut de ville. Mais ce qui fait sa réputation ce sont, comme je le disais dès la première phrase du présent article, ses eaux thermales. En 1794, le grand-duc de Lituanie et le roi de Pologne Stanislas-Auguste Poniatowski signent conjointement le décret reconnaissant Druskininkai comme une ville d’eau et, après le partage de la Pologne et l’intégration de cette région à l’Empire Russe, le tsar Nicolas Ier approuve le décret. Deux ans auparavant, en 1835, un illustre professeur de l’université de Vilnius avait procédé à une analyse chimique de l’eau de Druskininkai pour en connaître les propriétés curatives. Au milieu du dix-neuvième siècle, avec la Crimée et le Caucase, Druskininkai fait partie des trois stations thermales les plus réputées et les plus en vogue; en 1913, neuf pour cent des personnes ayant pris les eaux en Russie l’ont fait à Druskininkai. En 1955, l’URSS (puisque désormais la Lituanie y est annexée) en fait un centre thermal populaire, et en 1960 y sont ouverts des bains de boue thérapeutiques.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Le fleuve qui coule à Druskininkai est le Niémen, le même fleuve qu’à Grodno, et qui va se jeter dans la mer Baltique. C’est celui qui donne son nom à la fameuse escadrille Normandie-Niemen.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013
Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013
Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Et puis le lac, alimenté par le Niémen, avec ce château romantique construit sur sa berge, et son jet d’eau esthétique. Certes ce ne sont pas les Grandes Eaux de Versailles, mais cela n’en a pas la prétention. La promenade autour du lac est extrêmement agréable, et la végétation aquatique y est luxuriante. Ma troisième photo ci-dessus n’a pas l’intention d’en montrer un échantillon botanique, c’est seulement l’aspect graphique de ces roseaux qui a attiré mon œil et motivé ma photo. Mais non, non, trois fois non, je ne me prends pas pour un grand artiste. Je me suis fait plaisir, voilà tout. Bon, c’est égoïste, alors passons.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Nous sommes en plaine, la région est tout à fait plate, mais ce petit cours d’eau évoque un torrent de montagne. En fait, la nature est très variée et l’eau est partout. Sauf (en cette saison) dans le ciel!

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Notre visite de la ville est très rapide, mais nous donnons quand même un petit coup d’œil au cimetière. Son atmosphère forestière n’a rien à voir avec la disposition de nos cimetières en France. Par discrétion pour les familles des défunts, je ne montre pas de plaques, mais il est intéressant de noter qu’il y a, à côté de noms lituaniens, des noms russes écrits en caractères cyrilliques, puisque l’on sait que pour mieux intégrer le pays dans l’Union Soviétique beaucoup de Russes sont venus occuper les places laissées par les citoyens autochtones déportés ou tués, et des noms à consonance polonaise, témoins de la “colonisation” du pays.

 

Je sais que ce mot de colonisation choque les Polonais. En fait, je distingue trois situations. D’abord, l’occupation. C’est la situation qu’a connue la France durant la Seconde Guerre Mondiale. Des troupes étrangères “occupent” le pays, le gouvernement est manipulé par l’occupant, comme l’était le pouvoir de Vichy, ou exercé directement par des représentants de la puissance victorieuse, comme les Romains en Gaule après la conquête de César. Mais la terre est cultivée par les autochtones (même si l’occupant se réserve la production), et la population poursuit sa vie dans ses propriétés.

 

Deuxième situation, l’annexion pure et simple. Après quelque temps, les Gaulois sont devenus citoyens romains. L’Alsace, la Corse, Nice et la Savoie, sont devenues des provinces françaises. La Lituanie est devenue l’une des Républiques Socialistes Soviétiques de l’Union. Cette annexion peut se faire par choix de la population (referendum), par contrainte après conquête, par achat à une puissance étrangère. Il peut y avoir des violences, des déportations, ou une intégration pacifique et heureuse, mais dans tous les cas les autochtones restent sur leurs terres et jouissent des mêmes droits que ceux du pays de rattachement.

 

Et puis il y a la colonisation. C’est une conquête du pays, suivie de l’installation de populations venues du pays colonisateur. Le latin colo, colere signifie habiter. Les Espagnols, au Mexique ou au Chili, ont pris leurs terres aux Mayas, aux Incas, leur or et leur argent, et ont peuplé le pays aux côtés des colonisés. La France a fait la même chose en Algérie, les colons se voyant attribuer des terres par le Gouvernement français, exploitant le pétrole, ouvrant des boutiques, et les autochtones ne jouissant pas des mêmes droits civiques. Massalia (Marseille), Antipolis (Antibes), Dyrrachium (Durrës), Kerkyra (Corfou), Thasos, etc., sont ainsi des colonies de peuplement de la Grèce antique. Au départ, il y a eu union dynastique entre la Pologne et la Lituanie, le royaume de Pologne et le Grand-Duché de Lituanie étant à égalité. Mais les siècles ont changé la donne. Des Polonais se sont installés en masse sur les terres de Lituanie, de Biélorussie, d’Ukraine occidentale, les universités dans les villes étaient polonaises et en langue polonaise (le grand poète polonais Mickiewicz est né en Biélorussie et a étudié à Vilnius en Lituanie), les Polonais ne frayaient pas avec les Lituaniens (cf. ce qu’écrit à ce sujet Czeslaw Milosz, écrivain polonais né en Lituanie, dans Sur les bords de l’Issa), et même les noms officiels des villes ont été polonisés (Vilnius en Wilno, Lviv en Lwow, etc.). Cela répond en tous points aux critères qui définissent la colonisation. Il n’y a pas à s’en formaliser, c’est le passé, ceux qui en ont été responsables sont morts, d’ailleurs si une partie d’entre eux y voyaient uniquement leur profit au détriment des autochtones, d’autres croyaient bien faire en construisant des écoles, des universités, des hôpitaux, des routes, dont les autochtones pouvaient profiter …à la condition de devenir de purs Polonais! La France a colonisé à outrance puis a décolonisé, vaincue au Vietnam, en Algérie, ou volontairement en Afrique Noire; ou encore en intégrant complètement d’anciennes colonies (Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion). Il ne convient pas de reprocher aujourd’hui à un pays ce qu’il a fait dans le passé, il faut le reprocher à l’humanité, à la nature humaine. Fin de mon couplet philosophique!

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

L’architecture de Druskininkai mérite que l’on s’y arrête quelques instants. Nous sommes dans cette grande plaine du nord, humide, où les forêts sont denses et donc le bois abondant. D’autre part, contre le froid de l’hiver, contre l’humidité, il n’y a rien de tel que le bois. Ce n’est pas un hasard si, dans l’hémisphère nord comme dans l’hémisphère sud, au-delà d’une certaine latitude (en Europe, disons environ le cinquantième parallèle) nos ancêtres construisaient traditionnellement en bois. D’ailleurs, après bien des siècles de pierre et de brique, certains architectes modernes reviennent au bois. Et ici , avec les abondantes neiges de l’hiver, de même que dans les montagnes les toitures sont très pentues afin de ne pas exercer une pression trop importante sur les poutres.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013
Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013
Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

L’architecture contemporaine est encore bien souvent en bois dans cette petite ville de province. Évidemment, à Vilnius, la capitale que j’avais visitée il y a quelques années avant d’entreprendre ce grand voyage et mon blog, la civilisation moderne européenne a entraîné l’alignement sur les usages de pays plus méridionaux, et la pierre, la brique, le béton règnent en maîtres. Ici, on est près du lac, on est dans la forêt, on aime la tradition, et toutes ces maisons modernes sont encore en bois. Encore, ou de nouveau. Et quand on voit la taille et le luxe de certaines d’entre elles, on ne peut pas supposer qu’il se soit agi de faire des économies. Ce qu’il y a de moderne, ce sont aussi les techniques de construction, qui autorisent des toits aux pentes un peu moins accentuées. Et certaines de ces maisons sont très belles (à mon goût, du moins).

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Tout cela n’empêche pas cependant de voir, ici ou là, des bâtiments de formes classiques en matériaux traditionnels. Sur ma photo, ce n’est pas une maison particulière, un manoir, c’est l’hôtel Violeta. Peut-être les clients habitués aux constructions de pierre ou de béton n’auraient-ils pas confiance dans un hôtel en bois?

 

Une anecdote. Je sais qu’elle va me montrer très stupide, mais si je le suis pourquoi le cacher? La première fois que j’étais allé en Lituanie, je n’avais pas réservé d’hôtel. Arrivé tard à Kaunas, vers minuit ou une heure du matin, je roulais très lentement, tâchant de repérer le mot “HOTEL” sur une façade. Ce mot, avec ou sans accent circonflexe, est international. Mais, rien à faire, pas un seul hôtel. Dans le centre, près de la gare, nulle part d’hôtel. Il m’a peut-être fallu une bonne demi-heure d’errance avant de m’aviser que, si je voyais souvent sur des façades de grands bâtiments des enseignes lumineuses disant “VIEŠBUTIS”, cela pouvait signifier “hôtel” dans cette langue qui m’est totalement inconnue! Cette nuit-là, j’avais quand même pu dormir dans un lit. Un lit de confortable et accueillant viešbutis.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Dans le centre de Druskininkai, il y a des immeubles tout à fait modernes. Certains, comme celui qui apparaît à l’arrière-plan de ma photo, ne sont pas particulièrement esthétiques, mais la ville a quand même évité les horribles blocs staliniens de la reconstruction de l’après-guerre. Celui que je montre en premier plan fait preuve d’originalité, avec ses grandes plaques de verre qui participent à l’isolation thermique et sonore tout en laissant entrer la lumière par de larges baies, et son aspect contemporain. Je trouve que, d’une façon générale, les Lituaniens sont créatifs.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013
Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

La ville compte deux églises, l’une, catholique, est dédiée à Sainte-Marie, tandis que l’autre, orthodoxe, toute jolie, toute mignonne, est La Joie de ceux qui sont dans la peine. Chacune de ces deux architectures est si typique qu’il n’est pas besoin de dire laquelle est catholique, laquelle est orthodoxe.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Même quand, comme celui-ci, les monuments commémoratifs ne sont pas beaux, ils méritent toujours que l’on s’y arrête, parce qu’ils parlent de l’histoire du pays. Au début de la Seconde Guerre Mondiale, en vertu du pacte germano-soviétique Ribbentrop-Molotov, l’URSS envahit la Lituanie. Contre les Lituaniens qui s’y opposent, des Lituaniens communistes et des Russes mènent des actions. C’est eux que l’on appelle les partisans. Plus tard, après la guerre et le partage des zones d’influence, une armée clandestine de Lituaniens qui luttent pour l’indépendance de leur pays en s’attaquant au pouvoir communiste en place, sont appelés partisans. Il faut donc bien faire attention à l’époque à laquelle on emploie ce terme, parce qu’il désigne alternativement deux mouvements diamétralement opposés. Ici, autant que je comprenne le charabia du traducteur Google, nous voyons un monument élevé à la mémoire d’un Lituanien patriote, un partisan mort pour l’indépendance de son pays en 1948. Le texte lituanien, que je reproduis pour le cas où l’un de mes lecteurs parlerait cette langue, dit “Šioje vietoje 1948 08 10 žuvo dainavos apygardos šarūno rinktinės A. Juozapavičiaus grupės partizanas Juozas Karnauskas-Nemunėlis. G.1930M”. Je repère ce qui semble des noms propres: A. Juozapavičiaus et Juozas Karnauskas-Nemunėlis. Tout ce que je trouve à leur sujet sur Internet est en lituanien, ce qui ne m’avance pas beaucoup! Je crois comprendre que le premier, un officier prénommé Antanas (Antoine), serait mort en février 1919, luttant déjà pour l’indépendance de son pays quand, après le retrait de l’armée allemande, l’Armée Rouge a tenté de s’emparer de la Lituanie. Son nom a été donné à des rues de villes lituaniennes et au plus grand pont des pays baltes, construit à Alytus, à une cinquantaine de mètres en amont du pont où il a trouvé la mort. Je suppose donc que le second, Juozas Karnauskas-Nemunėlis, apparemment tué le 10 août 1948 à l’emplacement du monument commémoratif de ma photo, appartenait à un groupe de partisans portant le nom de l’officier héros de 1919. Sous toutes réserves.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013
Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

À présent, quelques sculptures. Quand on se promène dans les rues des villes allemandes, suédoises, lettones, lituaniennes (une liste qui n’est pas limitative, mais qui correspond à mes souvenirs), on y voit beaucoup plus qu’en France, qu’en Italie, qu’en Grèce des sculptures qui sont soit des allégories, soit des représentations de situations plus ou moins humoristiques ou symboliques. Ici, cette charmante jeune fille étendue auprès d’un poisson pourrait bien être une incarnation du fleuve Niémen. Si ce n’est pas le cas, elle est bien jolie quand même. La seconde, qui vole devant l’église, pourrait être un ange bien qu’elle ne soit pas dotée d’ailes. Qu’importe, d’ailleurs, l’interprétation, si l’œuvre apporte un plaisir esthétique.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013
Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Celle-ci, en revanche, je ne prétendrai pas qu’elle est belle, mais je la trouve amusante. Cet homme portant ce qui a la forme d’un bateau en papier plié est tout enroulé dans des bandelettes, et sur le flanc du socle sont gravés des hiéroglyphes qui n’ont rien d’égyptien, et où apparaissent des poissons.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Autre sculpture amusante, ce garçon et cette fille assis sur un mur, avec de grosses viennoiseries en main. C’est ce genre de scènes vivantes que l’on retrouve dans les pays que j’ai cités, et qui me séduisent tant.

Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013
Druskininkai (Lituanie). 5 et 6 août 2013

Il y a à Druskininkai un Aqua Park. Nous n’y sommes pas allés, je n’en parlerai pas. Mais sur le bord du lac, nous avons vu cette attraction originale. Comme sur la seconde photo ci-dessus, on entre dans une poche de plastique transparent, qui est gonflée jusqu’à devenir une grosse bulle qui va sur l’eau. Puisque de l’intérieur on n’a aucun moyen de se diriger, la bulle est arrimée au rivage pour que l’on ne se retrouve pas au large sans possibilité de revenir à terre.

 

Tout cela fait que nous aimons Druskininkai. Y compris le musée Čiurlionis, dont j’ai tout à l’heure annoncé le commentaire dans mon prochain article, et le musée Grutas du stalinisme qui fera encore l’objet d’un autre article. Il faut ajouter que nous avons séjourné au camping, avec notre maison roulante. Un camping extrêmement agréable, aux emplacements assez vastes et délimités, avec des sanitaires impeccables, et un espace sur la pelouse équipé de tables collectives en bois qui permettent de faire connaissance avec d’autres clients, lituaniens ou étrangers, si l’on préfère ne pas prendre ses repas sur sa table personnelle à côté du camping-car. C’est vraiment, dans sa catégorie de prix, l’un des meilleurs campings que nous ayons fréquentés.

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Published by Thierry Jamard
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