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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 23:55

Et nous voici arrivés au but de notre voyage, à Grodno en Biélorussie, chez Dmitri, mon beau-père. Toute cette distance, tous ces pays, sans une seule frontière. Sauf à une trentaine de kilomètres de l’arrivée. Et là, nous savons qu’il y a lieu de s’inquiéter. Nous ne transportons rien d’illégal, nous souhaitons offrir un peu de vin français mais nous sommes au-dessous du quota d’alcool par personne, et donc tout devrait bien se passer en deux ou trois heures de contrôles administratifs et paperassiers, mais d’une part un douanier trop zélé pourrait vouloir considérer que l’entrée sur le territoire du mobilier fixe du camping-car, réfrigérateur, cuisinière, lits, table, est considéré comme importation d’électro-ménager et de meubles, et d’autre part même si l’on ne nous crée pas de problèmes injustifiés, nous redoutons de devoir tout déballer, pour montrer que nous sommes en règle, car depuis quatre ans ce camping-car est notre demeure et nous y transportons des vêtements pour toutes les saisons et mille choses pour la vie quotidienne, sans compter une bibliothèque immense même si à chaque passage en Île-de-France nous déposons une montagne de livres nouvellement acquis dans le garde-meubles. Ce serait un déballage effroyable, puis tout à remettre en place… mais aux divers guichets tout se passe bien. Tout est en règle. On peut passer la frontière.

 

La douanière qui doit nous lever la barrière est une forte jeune femme sanglée dans son uniforme. Elle hésite, laisse la barrière fermée et, l’air sévère comme il sied à une personne investie de l’ordre public, vient vers nous. “Dernier contrôle. Vos papiers? …Oh! Nataliya Dmitrievna!!!”. Une ancienne élève de Natacha qui vient de la reconnaître (depuis l’ère soviétique, le “Gospodine, Gospoja”, c’est-à-dire “Monsieur, Madame”, a disparu, remplacé par le prénom suivi du prénom du père. Par ailleurs, dans l’intimité on utilise systématiquement le surnom, mais si l’on n’est pas de la famille ou un ami très proche on emploie le vrai prénom. Ainsi, celle que j’appelle Natacha est en réalité officiellement Nataliya. Et si dans la rue, une dame que je ne connais pas perd un gant, je le ramasse et je l’appelle “Jenchina!” c’est-à-dire “Femme!”). Nous sommes sauvés. Dix minutes de conversation sympathique sans que les voitures coincées derrière nous osent klaxonner, ni même paraître s’impatienter, et nous voilà partis.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

Nous passerons un peu moins de deux semaines à Grodno. J’ai déjà parlé de cette ville dans quatre articles datés fin 2011 et début 2012, je ne vais pas me répéter ici. Je vais donc, dans le présent article, seulement montrer quelques vues de la ville, puis dans un autre article parler de la synagogue, qui avait déjà fait l’objet d’un article “Les Juifs à Grodno”, mais qui a poursuivi sa rénovation et a ouvert un petit musée. Et un troisième article nous emmènera dans une autre ville de Biélorussie, pour une fête populaire folklorique. Alors, comme introduction au sujet d’aujourd’hui, voilà une carte postale ancienne montrant une rue de Grodno.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

La ville s’est développée autour de l’église Saint-François-Xavier, cathédrale depuis que l’évêché a été créé ici en 1991, église jésuite construite de 1678 à 1683, communément appelée à Grodno Farnii Kostiol, c’est-à-dire Église Corpus Christi, transformée en musée en 1960 alors que la Biélorussie était intégrée à l’URSS, rendue au culte lors de la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev en 1988.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013
Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013
Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

L’architecture de Grodno est très particulière. Alors que cette ville a été résidence royale et que deux grands châteaux se dressent en centre-ville (c’est d’ailleurs dans l’un d’eux, le Nouveau Château, que le dernier roi de Pologne, Stanislas Auguste Poniatowski, signe son abdication en 1795 après le troisième partage du pays), son centre donne l’impression d’une petite ville de province. Immeubles peu élevés d’apparence bourgeoise, espaces verts. Les trois immeubles de mes photos ci-dessus ont été bâtis entre le premier quart et la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et ne semblent pas être en plein centre d’une grande ville. Pourtant, avec ses trois cent cinquante ou trois cent soixante mille habitants, Grodno est à comparer, par exemple, avec Nantes qui est sous les trois cent mille habitants. Mais tout autour de ce centre historique des immeubles gris de béton arborent leur avenante (!) façade stalinienne tristement dégradée. Puis une seconde ceinture de la ville voit pousser, comme des champignons dans un sous-bois à l’automne, de grands immeubles modernes affichant différents niveaux de qualité et de confort comme dans nos banlieues françaises de grandes métropoles.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

J’ai dit que je parlerais plus particulièrement dans mon prochain article de la synagogue de Grodno, mais puisque dans celui-ci je montre un peu d’architecture, voici une jolie gouttière de la synagogue.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

Dans le centre, cet ancien bâtiment qui a subi récemment de grands travaux de rénovation a été récupéré par le clergé pour en faire une église orthodoxe, l’église Saint-Nicolas.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013
Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

Sans vraiment s’éloigner du centre, on rencontre ce type de construction qui ferait penser à des pavillons de banlieue noyés dans leurs petits jardins. Cette véranda ajoutée à l’étage sur une maison plus ancienne, ce prétentieux fronton grec portant la date de 1932 greffé sur une maison basse de petites dimensions, la verdure, tout cela est étonnant à quelques minutes à pied de l’hôtel de ville, de l’université, de la cathédrale, de la principale rue commerçante.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

Tout cela côtoie de grands bâtiments administratifs modernes dépourvus de style. Je ne sais pas exactement qui travaille là et dans quel domaine, mais je trouve que l’architecte n’a guère fait preuve d’imagination créatrice.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013
Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013
Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

Encore plus étonnant, nombre de maisons en bois, ce qui ferait croire que l’on se trouve non plus en banlieue mais dans un bourg de campagne. C’est grand, c’est visiblement confortable, mais ce n’est pas ce que l’on a coutume de voir dans une ville dotée d’une grande université, celle où Natacha a enseigné quand, pourvue de son doctorat, elle a abandonné ses élèves pour des étudiants que, très vite, elle abandonnera également en faveur de son mari français (hé, hé!). Depuis quelques années, les associations de quartier luttent contre la Municipalité, qui voudrait les raser et construire des immeubles “en dur”, avec le double but de moderniser Grodno et de loger plus de monde dans le centre. Ceux qui s’opposent sont en partie les habitants de ces maisons –en partie seulement, parce que d’autres se laisseraient tenter par l’offre d’achat–, et aussi des amoureux de leur ville qui estiment, à juste titre, que cette opération d’urbanisme tuerait le caractère de la cité. Il ne faut pas croire que, en pleine ville, ces maisons soient l’exception, un ou deux tronçons de rues cernés d’immeubles; non, elles sont nombreuses, beaucoup de rues entières sont bordées de maisons de bois de ce type.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

Dans les décennies passées, il s’est construit ici ou là des maisons de brique qui ont adopté un style architectural rappelant celui des maisons en bois. Cela n’a certes pas le même charme, mais c’est largement préférable aux gros blocs de béton.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013
Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013
Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013
Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

Ce que j’ai montré jusqu’à présent, ce sont des maisons bourgeoises, confortables, plutôt riches, mais il y a également un peu plus modeste, voire tout petit; bien entretenu, ou moins bien; frileusement enclos, ou directement sur le trottoir. Bref, un peu de tout. Sur la deuxième des photos ci-dessus, on reconnaît derrière la maison de bois, cette maison à véranda ajoutée à l’étage que j’ai montrée précédemment. Il y a donc, on le voit, toutes sortes de constructions mêlées dans ces rues qui ont gardé leur cachet au travers des années d’appartenance à l’Union Soviétique, c'est-à-dire de l’immédiat avant-guerre jusqu’au début des années 90, soit un demi-siècle.

Grodno (Biélorussie). Du 6 au 18 août 2013

Puisqu’aujourd’hui je voulais seulement montrer quelques constructions du centre de Grodno, je m’arrêterai là. Nous sommes venus en visite familiale, pour relativement peu de temps après deux ans d’absence, nous comptons revenir dans deux ans, en conséquence nous avons préféré passer du temps avec mon beau-père plutôt que de courir les musées, les expositions, les coins pittoresques. Si, lors du prochain séjour, nous restons plus longtemps, j’aurai plus de choses à montrer. Pour finir, une image dont je ne sais s’il faut y voir une triste addiction ou un simple trait d’humour. Les deux châteaux sont construits l’un en face de l’autre sur une colline qui domine le Niémen. Un long escalier descend vers la rive du fleuve. Sur l’une des contremarches, on peut lire ce tag: “IA [un cœur = LIUBLIU] PIVO” ce qui veut dire “J’aime la bière”. Et un autre a ajouté à la peinture verte un cœur avant la phrase, et “+1” après. Donc deux amateurs de bière. Bah, si l’on fait aux Slaves la réputation d’être de gros buveurs de vodka, la bière est moins titrée en alcool pour démentir les accusations malveillantes…

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Published by Thierry Jamard
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