Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 23:55

Nous avons quitté Prague et nous nous dirigeons vers l’Italie via la Slovaquie, la Slovénie, l’Autriche, pour prendre le ferry en direction de la Grèce. L’autoroute passe près de Brno, grande ville de la République Tchèque, dans le secteur où s’est déroulée, le 2 décembre 1805, la Bataille des Trois Empereurs (France, Autriche, Russie), la célèbre bataille d’Austerlitz, grande victoire de Napoléon Premier, pour le premier anniversaire de son sacre comme empereur.

 

À moins de disposer d’une carte d’état-major, il est difficile de localiser le monument commémoratif. En pareil cas, généralement je consulte Google Earth et, où la densité des photos est grande, il y a de fortes chances que là se trouve ce que je recherche. Mais pour Austerlitz, il semble que les touristes n’aient que peu appuyé sur le déclencheur… Pour qui est intéressé par cette visite, disons que le monument se trouve un peu au sud du village de Prace, au sud-est de Brno. Et si l’on dispose d’un GPS, l’accès du parking se trouve précisément à N49°07’37,92” et E16°45’40,46”.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

L’empire d’Autriche, gouverné par les Habsbourg, régnait sur ce lieu. Aujourd’hui, pas question de prendre parti pour l’un ou pour l’autre des trois empereurs, ce monument est élevé à la mémoire des soldats morts sur ce champ de bataille, quelle que soit leur nationalité ou la nation pour laquelle ils se battaient.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

Des plaques plurilingues le disent en français, en tchèque, en allemand, en russe. Sur la façade, on lit “En mémoire des guerriers autrichiens, russes et français morts dans la bataille d’Austerlitz le 2 décembre 1805”. Au-dessus, sur chacun des côtés de la colonne qui s’élève sur un plan quadrangulaire, une plaque de bronze dit, dans ces mêmes langues “Pardonnez-leur, ô Dieu de miséricorde! Seigneur Jésus plein de bonté donnez-leur le repos éternel”. Comme on peut le constater, ce monument n’a rien de belliqueux, et l’on reproche davantage aux soldats de s’être entretués que d’avoir soutenu le parti de tel ou tel pays. En fait, c’est le Père Alois Slovák, un prêtre catholique, qui est à l’origine de ce “tumulus de la paix”.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

À chacun des angles, se dresse un soldat appuyé sur son bouclier. Il y avait trois armées, et il y a quatre angles… Sur les boucliers, en conséquence, on lit les quatre pays suivants: Russie, France, Moravie, Autriche. Au sein de la République Tchèque, Prague est en Bohême, mais Brno et ici Austerlitz sont dans une autre province, la Moravie.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

Confirmant l’intention de deuil exprimée par ce grand monument, sur la façade une porte est encadrée de deux belles statues de pleureuses. La porte était fermée. J’ignore, d’une part, ce qu’il y a à l’intérieur et s’il y a quelque chose à visiter (peut-être est-ce un musée?), et d’autre part dans l’affirmative quels sont les jours et heures de visite. Nous sommes arrivés fort tard, il était près de 19 heures, et nous ne faisons que passer, je ne pourrai en dire ou en montrer plus…

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

Voici le champ de bataille d’Austerlitz, 12 kilomètres sur 8. Nous sommes sur une butte, et le terrain autour de nous, un peu boisé, était nu à l’époque, offrant un excellent champ visuel. C’est pourquoi notre butte avait été choisie par l’empereur d’Autriche François II et le tsar de Russie Alexandre Ier pour observer et diriger les combats. Sur Google Earth, je promène ma souris: la butte culmine à 324 mètres au-dessus du niveau de la mer, et autour on descend très vite à 200 ou même à 190 mètres.

 

Les mouvements des troupes ont débuté en pleine nuit, mais c’est vers 7 heures que commencent les affrontements les plus violents. En ce qui concerne cette butte où nous sommes, c’est à 11 heures qu’elle change de mains. Les manœuvres dans le brouillard épais du petit matin avaient causé des erreurs d’orientation, et quand soudain le brouillard se dissipe et que dans l’air froid de ce décembre continental le soleil est soudain resplendissant, alors –raconte Tolstoï dans Guerre et paix– “Napoléon, comme s’il n’avait attendu que ce moment, déganta une de ses belles mains blanches, fit de son gant un geste aux maréchaux et donna l’ordre d’engager la bataille. Les maréchaux et leurs aides de camp galopèrent dans différentes directions et, au bout de quelques minutes, les forces principales de l’armée française se portèrent rapidement vers le plateau de Pratzen que les troupes russes abandonnaient de plus en plus pour gagner vers la gauche le ravin”. C’est le fameux “soleil d’Austerlitz”.

 

La bataille a duré neuf heures. Elle opposait les 73200 soldats de Napoléon aux 86000 soldats de la coalition. Un drapeau français est tombé aux mains de l’ennemi, tandis que l’ennemi en perdait 45. Napoléon a perdu 1537 morts et 6943 blessés, les deux autres empereurs ont perdu 4000 morts et 12000 blessés. En outre, 11453 soldats de la coalition ont été faits prisonniers et emmenés en France. Sur le plan militaire, c’est une admirable victoire. Sur le plan humain, ce sont plus de 5500 morts de mort violente, ce sont 19000 blessés dont beaucoup vont mourir de leurs blessures (mais on ne connaît pas leur suivi médical), dont beaucoup d’autres resteront estropiés à vie. Cela relativise tristement la victoire.

Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013
Austerlitz (Brno). Jeudi 19 septembre 2013

Même à cette heure relativement tardive, et en ce lieu qui n’a pas l’air d’attirer des foules de touristes en cette arrière-saison, il y a deux soldats en uniforme de l’époque, armés d’un fusil et, pour la couleur locale, de temps à autre ils tirent une cartouche (à blanc) contenant, visiblement, un fumigène. Mais peut-être l’uniforme et le fusil ne sont-ils là que pour donner un cachet folklorique anodin, habillant en réalité des policiers chargés de surveiller l’endroit pour s’assurer que des fanatiques d’un bord ou de l’autre ne viennent causer des déprédations ou taguer le monument. Simple supposition de ma part.

 

Devant ce haut lieu qui a marqué l’histoire (le premier ministre anglais, William Pitt, a fait détacher de son mur une carte de l’Europe, disant que désormais on pouvait la garder roulée et remisée pour dix ans), et aussi qui a fait tant de victimes, on ne peut qu’être ému et impressionné.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Jean-Marie LÉTIENNE 24/10/2016 06:20

Reportage exceptionnel !

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche