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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 23:55
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

La cathédrale Notre-Dame de Strasbourg… un joyau d’architecture, de sculpture, d’harmonie… malgré son unique campanile. Ici, à l’époque gallo-romaine, se trouvait un temple de Mars, le guerrier. Avec l’arrivée du christianisme, l’endroit a été dédié à la Vierge. À partir du septième siècle, les choses deviennent plus précises: on sait qu’un évêque du nom d’Arbogast remplace l’église primitive par une cathédrale. Cette cathédrale sera très vite remplacée par une autre, plus vaste, au temps de Charlemagne, mais à coup sûr à la fin du huitième siècle, avant qu’il soit couronné empereur le 25 décembre 800. Suivent plusieurs incendies, plusieurs reconstructions plus ou moins partielles. C’est aux alentours de 1180 que commence l’édification de la cathédrale que nous voyons. Les travaux débutent par le chœur et un bras du transept, le style est encore roman. Mais la construction s’étire sur un temps très long, les architectes se succèdent, et quand arrive vers 1220 un architecte français ayant travaillé pour les cathédrales de Reims et de Chartres, il infléchit le style vers le gothique. Les travaux durent des siècles, la construction ne s’achève qu’en 1439.

 

Mais voilà qu’en 1518 les thèses de Luther sont placardées sur la cathédrale, cette typographie aux caractères mobiles inventée trois-quarts de siècle auparavant par Gutenberg en permet une diffusion rapide et large, et très vite la cathédrale devient luthérienne. Mais quand Louis XIV prend possession de la ville en 1681 le culte catholique y est rétabli. “Rétabli”, d’ailleurs, est ici impropre. En effet, avant Luther, le christianisme était déjà depuis longtemps séparé entre Orthodoxes et Catholiques, mais les Luthériens étaient des Catholiques “protestant” contre des actes et des prises de position du pape de Rome et des évêques qui lui obéissaient (plus ou moins d’ailleurs). Ce qui a été rétabli, c’est donc plus le culte fidèle au pape et antérieur à la Réforme que le culte catholique à proprement parler. De tout cela, l’église a lourdement pâti. En effet, les Protestants, hostiles à la figuration de Dieu et des saints, ont détruit nombre d’œuvres d’art et une quarantaine d’autels. Et les Catholiques, en reprenant possession de l’église, en détruisent, en 1682, le jubé du treizième siècle. Après les luttes inter-cultuelles vient l’ère révolutionnaire, qui fait de la cathédrale le temple de la Raison et de l’Être Suprême, ce qui coûte à l’édifice la suppression de pas moins de deux cent trente-cinq statues! Heureusement, le directeur du jardin botanique, outré, réussira à en sauver, qu’il enterre dans le jardin dont il a la charge.

 

Culminant à 142,11 mètres, sa flèche est alors la plus haute du monde (le plus haut des deux clochers de Chartres n’atteint “que” 115 mètres). C’est une insulte à l’égalité, estime un membre de la Convention. Il faut impérativement la détruire jusqu’au niveau de la plateforme. Par chance un Strasbourgeois, ferronnier de son état, est ami de l’accusateur public et lui souffle que si, à une telle hauteur, on arborait un bonnet phrygien, ce serait au contraire un symbole de la Révolution Française. C’est la solution qui est adoptée, la flèche de la cathédrale est coiffée d’un énorme bonnet phrygien de tôle peinte en rouge. Quand la situation devient plus calme, en 1801 le bâtiment n’est plus temple de la Raison mais de nouveau cathédrale Notre-Dame et en 1802 son chapeau phrygien est enlevé.

 

1870. C’est la guerre. Les Prussiens attaquent Strasbourg, la cathédrale est bombardée, la toiture flambe sans que les voûtes cèdent, à treize reprises la flèche est touchée et subit de gros dégâts, tout le pourtour des bâtiments reçoit également des obus. L’Alsace devient allemande, et c’est donc aux Allemands d’effectuer les réparations, jusqu’à ce qu’en 1918 l’Alsace redevienne française. Protestants, Catholiques, Révolutionnaires, tous ont contribué à faire souffrir cette superbe cathédrale. Mais les ingénieurs aussi car ils ont canalisé le Rhin pour en régulariser le cours, ce qui a fait baisser le niveau de la nappe phréatique. Or la cathédrale, au Moyen-Âge, avait été construite sur un sol meuble, humide, et la technique mise en œuvre à l’époque, qui consistait à faire reposer la structure de l’édifice sur des pieux de bois solidement plantés en terre sous la nappe phréatique, a résisté à l’épreuve des siècles, mais le bois désormais hors de l’eau s’est mis à pourrir, la cathédrale s’est inclinée et le campanile menaçait de s’effondrer. Les travaux n’ont donc pas seulement consisté à réparer les dégâts de la guerre, mais aussi à injecter un énorme volume de béton pour faire reposer l’édifice sur un soubassement solide.

 

Tout ce temps, la cathédrale est restée catholique, mais les tiraillements entre Catholiques et Protestants n’ont jamais cessé, comme je le disais pour le dix-neuvième siècle dans mon article précédent au sujet du socle de la statue de Gutenberg. Reprenant Strasbourg en 1940, Hitler aurait eu l’intention de retirer à la cathédrale son statut d’édifice religieux pour mettre fin à cette rivalité. Après tout, c’est ce que venait de faire Atatürk avec Sainte-Sophie de Constantinople, église chrétienne devenue mosquée en 1452 et toujours revendiquée par les Chrétiens (orthodoxes), en la transformant en musée national. Occupé ailleurs avec la guerre, il n’a pas mené son projet à son terme. En 1944 ce sont des bombes américaines qui touchent et endommagent la cathédrale, avant que la ville soit libérée. Et les vitraux ont disparu. Ils n’ont pas été brisés par les bombes, ils ont été volés par les troupes des Nazis. L’armée américaine, poursuivant sa marche en Allemagne, les découvre à Heilbronn, dissimulés au fond d’une mine de sel.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Bon, j’ai été trop long sur mon historique de la cathédrale, il est temps de la regarder un peu. Et d’abord son flanc nord, certes plus modeste que la façade principale, à l’ouest, mais sa décoration est fine, légère, élégante. C’est ce côté notamment qui avait souffert du bombardement de 1944.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Les sculptures sont innombrables. Sachant que lors de la Révolution beaucoup n’ont pu être sauvées par le directeur du jardin botanique, soit parce que c’était trop risqué pour lui, soit parce que, jetées au sol de plusieurs dizaines de mètres de haut elles avaient atterri en miettes, on a peine à imaginer ce que cela pouvait être avant cette catastrophe. Ici, c’est le tympan du portail central, qui représente la Passion et la Résurrection du Christ.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Mais, depuis que le christianisme a pris la place du temple païen de Mars, tous les édifices successifs ont été voués à la Vierge Marie (sauf à l’époque de la Révolution). C’est pourquoi, au centre du portail central, on peut voir cette très belle statue de Notre-Dame, puisque tel est le nom de la cathédrale.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Sur les côtés du portail, de grandes statues représentent les prophètes. N’étant pas capable d’identifier chacun d’eux, j’ai effectué quelques recherches, mais les livres, les sites Internet, parlent de prophètes, sans détailler qui est le premier, le second…

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Si nous passons au portail latéral droit (sur le côté sud de la façade ouest), la représentation est très intéressante. Elle illustre la parabole des vierges folles et des vierges sages. Un petit rappel? Je me contenterai de citer l’évangile de saint Matthieu, chapitre 25: “Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, sortirent au-devant de l'époux. Or, cinq d'entre elles étaient folles, et cinq sages. Car les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent point d'huile avec elles, mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l'huile dans des vases. Mais comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. Or, au milieu de la nuit, il y eut un cri: Voici l'époux! sortez au-devant de lui. Alors toutes ces vierges se réveillèrent et préparèrent leurs lampes. Et les folles dirent aux sages: Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. Mais les sages répondirent: Non, de peur qu'il n'y en ait pas assez pour nous et pour vous. Allez plutôt vers ceux qui en vendent, et en achetez pour vous. Mais pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux vint, et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui aux noces, et la porte fut fermée. Mais plus tard viennent aussi les autres vierges, disant: Seigneur, Seigneur, ouvre-nous! Mais il leur répondit: En vérité, je vous le dis, je ne vous connais point. Veillez donc, parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure”.

 

Pour les Chrétiens, la morale est qu’il ne faut jamais rester en état de péché, parce que la mort, et la comparution devant le tribunal divin, peut survenir à tout moment et qu’il convient d’être toujours prêt à subir ce jugement. De ce côté-ci du portail, on voit le tentateur qui tient une pomme à la main, allusion à la pomme que le serpent a tendue à Ève, il est vêtu élégamment, il porte une couronne, il semble être le prince charmant, mais on aperçoit (assez mal sur ma photo, parce que la statue est bien près du mur) sur son dos des choses bizarres. Si l’on pouvait voir mieux, on se rendrait compte que ce sont des animaux symbolisant l’enfer, des serpents, des crapauds. Quant aux femmes, on en voit une qui rit, insouciante, la seconde porte le rouleau de la Loi mais ne s’en soucie guère, la troisième tient sa lampe à l’envers, puisqu’il ne s’y trouve plus d’huile.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Revenons au grand portail, pour en regarder quelques détails. Je ne parviens pas à identifier toutes les scènes, mais il me semble que le côté gauche illustre le Nouveau Testament, tandis que le côté droit se réfère à l’Ancien Testament. Sur ma première photo, il n’y a pas de doute, un homme crucifié la tête en bas, c’est saint Pierre.

 

Sur ma seconde photo, on voit trois scènes. À gauche, il semble que ce soit l’arche de Noé, et donc… l’Ancien Testament, pour me démentir. À droite, un homme qui écrit. Ce peut être l’un des quatre évangélistes, quoiqu’il soit privé de son emblème, l’aigle de saint Jean, le lion de saint Marc, etc. S’agirait-il alors de saint Jérôme, le traducteur de la Bible? Mais lui aussi, en général, est représenté avec un lion, ou un crâne. Saint Augustin, alors? Je ne sais. En revanche, cet homme que cruellement on est en train d’écorcher vif, c’est très probablement l’apôtre saint Barthélémy.

 

Sur ma troisième photo, prise de l’autre côté, on voit deux scènes. Pour les expliquer, je préfère citer le texte de la Bible. Ce sont d’abord les chapitres 1 et 2 du Livre de Jonas. “Jonas se leva […]. Descendu à Jaffa, il trouva un navire en partance pour Tarsis. Il paya son passage et s’embarqua pour s’y rendre, loin de la face du Seigneur. Mais le Seigneur lança sur la mer un vent violent, et il s’éleva une grande tempête, au point que le navire menaçait de se briser. […] Jonas était descendu dans la cale du navire, il s’était couché et dormait d’un sommeil mystérieux. […] Et les matelots se disaient entre eux: Tirons au sort pour savoir à qui nous devons ce malheur. Ils tirèrent au sort, et le sort tomba sur Jonas. Ils lui demandèrent: Dis-nous donc d’où nous vient ce malheur. Quel est ton métier? D’où viens-tu? Quel est ton pays? De quel peuple es-tu? Jonas leur répondit: Je suis Hébreu, moi, je crains le Seigneur, le Dieu du ciel, qui a fait la mer et la terre ferme. Ils lui demandèrent: Qu’est-ce que nous devons faire de toi, pour que la mer se calme autour de nous? Car la mer était de plus en plus furieuse. Il leur répondit: Prenez-moi, jetez-moi à la mer, pour que la mer se calme autour de vous. […] Ils prirent Jonas et le jetèrent à la mer. Alors la fureur de la mer tomba. […] Le Seigneur donna l’ordre à un grand poisson d’engloutir Jonas. Jonas demeura dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits. Depuis les entrailles du poisson, il pria le Seigneur son Dieu […]. Alors le Seigneur parla au poisson, et celui-ci rejeta Jonas sur la terre ferme”.

 

En-dessous, nous voyons un homme attaquer un lion à mains nues. On sait que Samson était doué d’une force surnaturelle, mais qui tenait à ses cheveux (que Dalila lui a coupés dans son sommeil). Ici, c’est le chapitre 14 du Livre des Juges. “Samson descendit avec son père et sa mère à Thimna. Lorsqu’ils arrivèrent aux vignes de Thimna, voici, un jeune lion rugissant vint à sa rencontre. L’esprit de l’Éternel saisit Samson et, sans avoir rien à la main, Samson déchira le lion comme on déchire un chevreau”.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Au-dessus du portail il y a la grande rosace. Et parce qu’une rosace est l’un des seuls éléments de l’architecture à voir de l’extérieur aussi bien que de l’intérieur, je suis amené à placer ces deux images l’une à la suite de l’autre. En effet, de l’extérieur c’est une dentelle de pierre extrêmement fine que vient barrer une flèche au-dessus du tympan. Mais on ne voit pas le vitrail, il faut pour cela être à l’intérieur, et qu’il fasse suffisamment jour dehors. Généralement, les vitraux des églises, et plus particulièrement ceux des rosaces des cathédrales, représentent des saints. Par exemple, la rosace de Notre-Dame de Paris est composée d’une multitude de petits cercles dont chacun est consacré à la représentation d’un saint personnage. À Strasbourg, on ne trouve rien de tel. La rosace représente, comme sujet principal, des épis de blé, pour démontrer la richesse des plaines appartenant à la ville et la richesse de son commerce. Cette rosace, comme les portails, est à dater de la fin du treizième siècle ou du début du quatorzième.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Mais revenons à l’extérieur. Juste au pied de la rosace, de part et d’autre, deux cavaliers se font face (on les distingue vaguement au bas de ma photo de la rosace). Ils sont, à gauche, Louis XIV et à droite –celui que montre ma photo ci-dessus– Rodolphe de Habsbourg (1218-1291), premier Habsbourg à régner sur l’Empire germanique. Dès le début du treizième siècle, Strasbourg était devenue ville libre ; aussi quand, en 1260, l’évêque élu veut s’arroger les pleins pouvoirs, la ville entre-t-elle en conflit. Un conflit armé qui voit, en 1262, la victoire de la population de Strasbourg aidée par Rodolphe de Habsbourg, sur l’armée de l’évêque. D’où la justification de ces deux souverains, Rodolphe qui a rendu à Strasbourg sa liberté, et Louis XIV qui l’a rattachée à la France. Il me revient à la mémoire un petit détail: c’est en l’honneur de ce Rodolphe, premier empereur de la dynastie Habsbourg, que François-Joseph d’Autriche et Sissi nommeront Rodolphe leur premier fils.

 

Je ne peux, je l’ai dit, montrer la profusion de sculptures qui recouvrent toutes les façades de l’édifice. Je terminerai donc ce petit tour avec une seconde Vierge, puisque c’est à elle que la cathédrale est dédiée.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Mais avant de pénétrer à l’intérieur, j’ajouterai cependant deux détails de la décoration. Une gargouille, car c’est l’un des éléments architecturaux inévitables sur tout bâtiment gothique.

 

Et aussi cette curieuse tête de griffon de fonte fixée sur le mur. J’ai lu quelque part que ce seraient (il y en a deux) des gargouilles. Je n’en crois rien, car d’une part il n’y a nulle part de gouttière y arrivant, et l’on imagine mal qu’une gouttière ait été creusée à l’intérieur même du mur et débouche dans un angle, d’autre part le bec est fermé, et ce n’est que sur chaque côté du bec que l’on voit de petites ouvertures, ce qui freinerait dangereusement l’écoulement de l’eau en cas de forte pluie. Je me demande plutôt si, dans ce bec, ne passait pas autrefois un anneau destiné à attacher les chevaux lorsque l’on entrait dans l’église, parce que ces têtes sont placées près du portail latéral, et assez bas.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Dans la cathédrale, on est immédiatement frappé par les dimensions imposantes de l’édifice. La nef fait 62,50 mètres de long sur 16,60 mètres de large (à titre de comparaison, à Chartres 44x16,40 et à Paris 60x12) et, au-delà du transept, la nef est prolongée par le chœur, non moins vaste et non moins splendide.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Là encore, les merveilles abondent. Je me limiterai à très peu d’exemples, comme les sculptures de cette chaire en ronde-bosse avec cette représentation du Christ en croix.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Ou encore au bout du bas-côté droit, dans la chapelle Sainte-Catherine l’autel du Sacré-Cœur avec son double retable en polyptyque, celui du haut peint, celui du registre inférieur en bas-relief dont je montre un détail.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Cet orgue, fixé sur le flanc nord (gauche) de la nef, a une longue histoire. En 1298, un terrible incendie ravage la cathédrale et s’étend à trois cent cinquante-cinq maisons avoisinantes. L’orgue est détruit, on va en construire un nouveau. Un certain Klaus Karlé va s’en charger, de 1324 à 1327. Il place, de part et d’autre, les deux automates que nous voyons, les “Rohraffes”, c’est-à-dire en français les “Singes des tuyaux”, à gauche le héraut de la ville, qui peut emboucher sa trompette, à droite le Bretzelmann, ou vendeur de bretzels, car lorsque les pèlerins arrivaient, épuisés, affamés, il y avait affluence de ces vendeurs pour leur proposer leur marchandise. Lui, il peut bouger le bras droit et la bouche. Des volets permettaient de fermer l’orgue durant le carême. En 1384, nouvel incendie, l’orgue est détruit, mais pas ses Rohraffes, heureusement. On en construit un nouveau, plus beau, plus grand, et on lui adjoint, au-dessous, ce Samson attaquant le lion, dont la gueule est mobile. Il y a eu des orgues postérieures, mais on a toujours gardé le buffet tel que nous le voyons. Puisque sur mon blog on ne peut en écouter le jeu, il n’est pas nécessaire que j’en donne les détails. Restons donc au buffet d’orgue de 1385.

 

Or voilà qu’un siècle plus tard, à la Pentecôte, en 1490 et les années suivantes, au moment où la procession entre dans la cathédrale avec les reliques des saints, suivie de toute la foule des fidèles, un plaisantin pénètre par une trappe dans le pendentif et fait bouger les automates en chantant à tue-tête des chansons plus que profanes, et continue durant la messe, faisant rire tout le monde, sauf l’évêque et les prêtres, furieux. Le coupable peut bien se faire rudement admonester du haut de la chaire, ce n’est probablement que lorsque la cathédrale devient luthérienne que ce satané Bretzelmann se taira à la Pentecôte. En fait, il semblerait bien que le farceur en question ait été un ouvrier de la cathédrale, dûment rétribué par l’Œuvre Notre-Dame.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Juste un petit détail en passant, parce que les bases de colonnes sont travaillées de façon esthétique, avec ces volutes qui ressemblent à des têtes d’animaux avec d’énormes yeux.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Et puis il y a, outre la grande rosace, de splendides vitraux. Je devrais être capable de me limiter à une ou deux photos, mais je ne peux pas. Notamment il me faut montrer certains détails, au dessin suggestif, aux couleurs magnifiques, comme cette Fuite en Égypte, cette Cène, cette Flagellation de Jésus. Une série de vitraux sont visiblement modernes, mais tout aussi surprenants, comme cette scène de l’Enfer.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Deux statues, parmi les nombreuses sculptures de la cathédrale. Pour la première, où l’on reconnaît sainte Catherine d’Alexandrie à la roue de son supplice, nous sommes revenus à la chapelle qui lui est consacrée.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Quant à la seconde, on reconnaît bien sûr Jeanne d’Arc. Par qui? Quand? Un petit écriteau est placé près de la statue en armure, je m’approche… “Ne pas toucher, Bitte nicht berühren”… eh bien me voilà joliment renseigné! Or il semblerait que le visage de cette statue ait quelque chose à voir avec la vraie Jeanne d’Arc. En effet, j’ai trouvé un article fort intéressant qui évoque l’aspect physique de Jeanne d’Arc. L’auteur affirme que personne ne doute de l’authenticité d’une statue de la sainte en orante agenouillée, exposée au Centre Johannique de Domrémy, copie fidèle d’une statue sculptée vers 1500, une époque où, dit-il, “on avait encore le souvenir visuel de la guerrière”. Souvenir visuel, je n’en suis pas sûr, car elle a été brûlée sur le bûcher en 1431, ce qui veut dire qu’un jeune de quinze ans l’ayant vue dans les derniers jours avant son exécution aurait été âgé de quatre-vingt-cinq ans lorsqu’a été réalisée la statue, et que le sculpteur aurait pu rencontrer ce témoin oculaire. Par ailleurs, constatant qu’elle n’est pas physiquement à son avantage, “plutôt boulotte, avec un visage rondouillard, le cou bref, et des mains démesurées”, ce qui correspond bien peu à l’image idéalisée que l’on se fait d’une sainte et d’une héroïne, il est renforcé dans son idée que la statue est ressemblante. Cet argument-là me convainc beaucoup plus, et l’on peut alors admettre que soixante-dix ans après sa mort le souvenir de son apparence pouvait fort bien s’être transmis oralement. Ce ne sont pas les traits précis d’un visage, que l’on peut décrire fidèlement à ses enfants ou à ses petits-enfants, mais une physionomie générale, un aspect, une impression d’ensemble. Mais il y a tout de même un hic, cette statue porte les cheveux longs, alors que, comme chacun sait, Jeanne d’Arc se coiffait comme un homme de l’époque, à savoir les cheveux coupés “à l’écuelle”, un centimètre au-dessus des oreilles.

 

Il évoque alors une autre hypothèse. Il pense que le modèle a pu être Jeanne des Armoises. Pour ceux de mes lecteurs qui ne se souviendraient pas de l’histoire de cette dame, la voici en quelques mots. Une certaine Claude du Lis, que certains supposent être la fille qu’Isabeau de Bavière, trompant son mari le roi Charles VI, aurait eue avec le duc d’Orléans, avait été donnée en nourrice à une famille de paysans de Domrémy. 1431, donc, Jeanne d’Arc meurt à Orléans. En 1436, cette jeune femme déclare être Jeanne d’Arc, prétendant avoir réussi à échapper au bûcher. Elle est crue. Elle épouse cette même année Robert des Armoises. Et voilà, Claude du Lis est devenue Jeanne des Armoises. Mais la Pucelle d’Orléans n’est plus pucelle… La supercherie fonctionne dans la durée. Au bout de quatre ans, en 1440, le roi Charles VII, qui avait armé Jeanne, accepte de la recevoir. Lors de l’entrevue, il lui demande –a-t-il eu un doute en la voyant?– de lui dire le secret que lui et elle étaient seuls à connaître. Évidemment, elle ne le peut. Le Parlement de Paris la contraint à avouer publiquement la tromperie, et devenue Claude des Armoises elle devra se retirer sur les terres de son époux. Cette histoire de morte qui est supposée avoir échappé à son sort me rappelle celle de la grande duchesse Anastasia Romanov.

 

ar conséquent, si cette Claude du Lis ressemblait assez à Jeanne d’Arc pour avoir été prise pour elle par des chevaliers qui avaient connu la vraie, si elle portait des cheveux longs, laissant penser que, ne se vêtant plus en homme pour guerroyer, elle les avait laissés repousser de 1431 à 1436, et si elle a vécu encore un bon nombre d’années avec son mari à Jaulny, en Lorraine (département actuel de Meurthe-et-Moselle), elle a fort bien pu laisser un “souvenir visuel” qui aurait servi à inspirer le sculpteur. Selon l’auteur de l’article, des artistes lorrains ont reproduit le visage de la statue en l’affinant et en lui coupant les cheveux à l’écuelle. Et il dit avoir trouvé une sculpture lui ressemblant beaucoup: cette statue en armure de la cathédrale de Strasbourg. Et voilà, à défaut d’en savoir plus sur cette statue en armure, j’ai eu plaisir à lire cet article, et à me remémorer l’histoire de cette imposture.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Et puis bien sûr, la cathédrale de Strasbourg c’est aussi sa célèbre horloge astronomique. Elle fait durer la visite, car quand on l’entend sonner on se précipite, mais le temps d’arriver on a manqué une partie du spectacle, alors on se sent obligé de rester une heure de plus en surveillant sa montre pour assister à tout le défilé des automates, aux quarts d’heure et à l’heure entière.

 

Il avait existé une première horloge avec des automates, construite entre 1352 et 1354, mais moins de deux siècles plus tard elle avait décidé de se croiser les bras. Il a fallu la remplacer. En 1547 puis en 1574 a été réalisée une horloge dotée d’un calendrier perpétuel mais pour les fêtes mobiles elle était limitée à une durée de cent ans. Elle montrait en outre le mouvement des planètes. Et cette horloge est tombée en panne vers la fin du dix-huitième siècle. Dans le buffet de cette seconde horloge, que nous pouvons donc voir aujourd’hui, un nouveau mécanisme a été créé de 1838 à 1843. Gros progrès par rapport à l’horloge précédente, au lieu d’avoir “appris” les dates des fêtes mobiles sur une durée forcément limitée, la nouvelle horloge est capable de les calculer, ce qui lui donne une durée de performance illimitée… si elle ne tombe pas en panne. Et c’est bien sûr aussi une horloge astronomique qui montre la position des planètes, le zodiaque et les phases de la lune, en plus d’indiquer la date, jour, mois, année.

La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013
La cathédrale de Strasbourg. Dimanche 8 septembre 2013

Je parlais des automates. C’est un vrai spectacle. Et s’il est nécessaire de voir plus qu’un quart d’heure, c’est parce que selon le moment la Mort est précédée d’un personnage à l’un des stades de la vie. Au quart d’heure le personnage est dans l’enfance, à la demi-heure en pleine jeunesse, aux trois-quarts dans la maturité, et à l’heure c’est un vieillard. Sur ma première photo ci-dessus on voit le char du soleil conduit par Phébus Apollon et ses chevaux, suivi du char de la lune mené par Diane et sa biche. Sur ma seconde photo, j’ai déclenché ma photo un tout petit peu trop tard, l’enfant disparaît, la Mort est en plein milieu. Il est inutile que je multiplie les photos, car le spectacle tient essentiellement à l’animation, tandis que l’ange frappe sur une cloche. Il faut donc absolument se rendre en personne à Strasbourg. Sans compter que la ville comporte mille autres points d’intérêt.

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Published by Thierry Jamard
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