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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 23:55

Dans mon précédent article, je disais que ce que l’on appelle le château de Prague (Hradčany) est en fait tout un quartier de Prague, et j’ai parlé de la cathédrale Saint-Guy, qui en fait partie. Aujourd’hui voyons quelques autres endroits intéressants de ce quartier.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

En approchant, sur la place devant les grilles nous voyons une statue de Tomáš Masaryk (1850-1937), le premier président de Tchécoslovaquie. Pour ce fils d’un valet de ferme et d’une cuisinière, qui commence dans la vie comme ouvrier, l’ascenseur social des études et de l’intelligence marche à fond. Il parle slovaque, comme son environnement, allemand, comme sa mère et comme à Vienne où il a travaillé un temps, français et anglais avec sa femme épousée en 1878, qui est une Américaine d’origine française, polonais et russe qui sont des langues slaves comme le slovaque et utiles sur le plan politique, latin et grec qu’il a appris pour la culture. Vous avez dit polyglotte? Mais avant d’avoir acquis toutes ces langues, et dès l’âge de quinze ans incroyablement précoce pour une telle fonction, il devient précepteur d’enfants dans diverses familles. L’un des pères de famille s’intéresse à lui et finance pour lui des études à Brno, puis l’emmène dans ses bagages quand il déménage pour Vienne avec sa famille. ~~Tomáš y achève ses études secondaires puis des études de philosophie, jusqu’au doctorat. À l’époque, il est le précepteur d’un autre élève, à qui il fait obtenir son diplôme de fin d’études. En guise de remerciement, il est invité à accompagner le jeune en Italie et en Allemagne. En 1882, nous le retrouvons à Prague, professeur de philosophie à l’université, dans la section d’enseignement en langue tchèque (il y a alors un autre département d’enseignement en allemand).

 

Masaryk est un philosophe, donc un penseur. Le voilà élu au parlement de l’Empire d’Autriche en 1891. Il voudrait que la constitution accorde plus d’autonomie à chacun des peuples de l’empire. Le racisme antisémite sévissant ici comme en France avec l’affaire Dreyfus à la même époque (procès commencé en 1894), il prend la défense d’un Juif, Leopold Hilsner, accusé d’avoir commis un crime rituel sur la personne d’une jeune fille catholique (procès commencé en 1899), et obtient que la peine de mort soit commuée en prison à vie. Sur son lit de mort en 1969, le frère de cette jeune fille se reconnaîtra coupable du meurtre. Lors de la Première Guerre Mondiale, accusé lui-même de trahison, pour éviter procès et condamnation il s’exile en Italie, puis à Genève, enfin à Londres où, ayant obtenu un poste au King’s College, il ne cesse de militer contre l’Autriche au bénéfice de l’indépendance tchèque. Lors d’un voyage à Paris, il rencontre un ancien élève de mon arrière-grand-père au lycée de Nantes (aujourd’hui lycée Clémenceau): le président du Conseil Aristide Briand. Russie, Japon, Canada, États-Unis où il rencontre le président Wilson, il parcourt le monde. Il parvient ainsi à proclamer l’indépendance de la Tchécoslovaquie en 1918. En 1920, il est élu premier président du pays indépendant. Faute de remplaçant, il est réélu contre son gré en 1928 et encore, malgré un AVC qui lui laisse des infirmités, en 1935. Il démissionne enfin en décembre de la même année, et s’éteint en 1937, âgé de quatre-vingt-sept ans. Telle est la brillante carrière de l’homme représenté ici devant ce qui était devenu son palais présidentiel.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Nous sommes donc sur la place, nous apercevons les clochers de la cathédrale, mais avant d’entrer un coup d’œil sur le côté droit nous fait découvrir le palais Schwarzenberg, avec son mur de façade curieusement décoré de sgraffites qui donnent l’impression qu’il est bosselé. Il date de 1545. Aujourd’hui, c’est une galerie nationale d’art, que nous n’avons pas visitée.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Approchons-nous. De part et d’autre de la grille, des gardes sont immobiles dans leur guérite, comme devant le palais royal ou le palais présidentiel de bien d’autres capitales, afin de donner au touriste “de base” le plaisir d’essayer de troubler l’impassibilité du pauvre militaire qui doit garder son sérieux, et se laisser prendre en photo avec à ses côtés des centaines de visiteurs. Au-dessus de la guérite des gardes, sur les énormes piliers qui portent les battants de la grille, sont représentés des combats de géants, copies de statues réalisées par Ignac Platzer au dix-huitième siècle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Les petits bonds, les mouvements de jambes des evzones grecs à Athènes, oui, c’est un spectacle à ne pas manquer. La relève de la garde à Prague n’est pas du tout spectaculaire. Ici, on est sérieux, on se relève, c’est tout. Je n’insisterai pas davantage sur ce spectacle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Nous voici dans la cour du château proprement dit. Un peu d’histoire, ou plutôt un début légendaire et une suite historique: à l’origine, un modeste laboureur du nom de Přemysl tape dans l’œil de la princesse Libuše, la fille du duc de Bohême Krok, ils se marient et sont ainsi à l’origine de la dynastie des Přemyslides. Nous avons à plusieurs reprises dans mes précédents articles, et notamment dans celui qui parle du Pont Charles, rencontré sainte Ludmila qui, en 874, a épousé le prince de Bohême Bořivoj Premier, descendant historique du légendaire laboureur. C’est vers 880 que ce prince juge appropriée cette butte au-dessus de la Vltava (Moldau) pour s’y établir en sécurité. En 883, il se convertit au christianisme, et fera de son pays une terre chrétienne. Parmi sa descendance, on trouve notamment saint Václav (saint Venceslas), puis Vratislav II qui sera le premier prince de Bohême à être officiellement couronné roi de Bohême (en 1085), Vladislav II qui, lui aussi, sera couronné roi de Bohême (en 1158), et qui fera en sorte que désormais la couronne de Bohême devienne héréditaire, et encore le célèbre Ottokar II (1230-1278). Venceslas III, né en 1289, se fiance bien précoce, le coquin, en 1298 avec la fille du roi de Hongrie, qu’il épouse bien vite quand elle perd son père, et il est ainsi couronné roi de Hongrie en 1301, mais son père à lui est encore en vie et reste roi de Bohême. Quand, ayant perdu toute autorité en Hongrie qui lui préfère un descendant de la lignée locale, il hérite de son père la couronne de Bohême et celle de Pologne, il abdique du trône de Hongrie. Puis diverses circonstances lui font perdre la Pologne. Il était à la tête de son armée pour essayer de sauver ce qu’il pouvait, quand il est assassiné en 1306. Il n’y a plus aucun descendant mâle dans cette lignée des Přemyslides. Fin de la dynastie. Toutefois la famille sera encore représentée par des femmes célèbres, comme sainte Agnès, ou comme Eliška (Élisabeth de Bohême), fille de Venceslas II, qui épouse Jean, fils de l’empereur Henri VII de Luxembourg, et qui sera la mère du grand empereur Charles IV que nous retrouvons partout à Prague.

 

C’est à partir de cette union d’Élisabeth Přemysl avec Jean de Luxembourg que la dynastie des Přemyslides se transmet à la nouvelle dynastie des Luxembourg qui va régner sur Prague et la Bohême à partir de 1310. C’est ce Charles IV qui va définitivement situer sur cette colline le siège du pouvoir de Bohême en y construisant le château royal. Plus tard, le roi de Bohême Georges Podiébrady va rejeter le catholicisme romain pour adopter les idées de Jean Hus. Son excommunication en 1466 et l’interdiction papale de lui obéir cause des révoltes des nobles. Lorsqu’il meurt en 1471, la succession échappe à sa dynastie.

 

Nous voici désormais dans la descendance du grand-duc Ladislas II Jagellon, premier roi de Pologne dont le petit-fils Casimir, roi de Pologne, Lituanie, Ukraine, etc., s’est allié à Georges Podiébrady. Quand meurt ce dernier, c’est le fils de Casimir, Ladislas, qui est élu roi de Bohême. Les Jagellon succèdent ainsi aux Luxembourg en 1471. En 1490 voilà Ladislas également roi de Hongrie quand meurt Matthias Corvin. Son fils Louis lui succède en 1516, mais mourra en 1526 à la bataille de Mohács.

 

Ce sont alors les Habsbourg qui accèdent au trône de Bohême. Louis Jagellon avait épousé en 1522 Marie de Habsbourg, petite-fille de l’empereur Maximilien Premier. Il a mal reçu l’ambassadeur ottoman de Soliman le Magnifique, Soliman envoie son armée, entre en Hongrie, défait l’armée de Bohême et Hongrie à Mohács, Louis sonne la retraite, tombe, meurt étouffé sous son cheval. Sa femme, Marie de Habsbourg, sera régente en 1526-1527. La sœur de Louis, Anne Jagellon, avait épousé la même année 1522 que son frère l’archiduc d’Autriche Ferdinand de Habsbourg, frère cadet de Charles Quint. Elle et Ferdinand deviennent donc, à la mort de Louis, reine et roi de Bohême et de Hongrie. Cette dynastie Habsbourg va régner sur la Bohême près de quatre cents ans, puisque ce n’est que lorsque Masaryk prononcera l’indépendance de la Tchécoslovaquie, en 1918, que cette dynastie ne sera plus au pouvoir à Prague. Parmi ces souverains, signalons celle qui est peut-être la plus célèbre, Marie-Thérèse (1717-1780), archiduchesse d’Autriche, reine de Hongrie et de Bohême qui, en outre, a épousé François-Étienne de Lorraine qui deviendra empereur du Saint-Empire, faisant d’elle l’impératrice; d’ailleurs, elle sera en grande partie l’inspiratrice de sa politique. Et c’est elle qui a donné au château de Prague sa physionomie actuelle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Nous étions entrés dans la cour du château en passant par l’entrée principale, mais on y accède aussi par ce côté-ci. C’est même l’accès pour qui arrive par les transports en commun.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

C’est ici, dans le Hall de Vladislav, qu’après la cérémonie de couronnement dans la cathédrale Saint-Guy les États de Bohême, les hauts responsables politiques, les hôtes étrangers rendaient hommage au nouveau souverain. La première fois, cela a eu lieu en 1509 pour le couronnement de Louis Jagellon, âgé de… trois ans! Trois des murs de ce hall datent de Charles IV. La remarquable voûte, qui tient sur ses seuls piliers sans soutien extérieur a heureusement résisté au terrible incendie de 1541.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Le Hall de la Diète a été réaménagé tel que nous le voyons aujourd’hui dans une ancienne aile du château, de 1559 à 1563. C’est là que se sont tenues depuis le Moyen-Âge les séances des plus hauts organes du royaume, à savoir la Diète et la Cour de Justice. À la Diète siégeaient le roi, trente membres de la haute aristocratie, trente de la petite noblesse, trente de la bourgeoisie. De la fin du quinzième siècle au début du dix-septième, elle avait le pouvoir de choisir le roi, elle fixait les impôts et le budget du royaume, elle levait les armées et tranchait les questions de citoyenneté et de religion. Mais après le soulèvement des États, une nouvelle constitution, en 1627, est venue limiter les pouvoirs de la Diète qui à partir de ce moment-là est devenue de plus en plus dépendante de Vienne.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

C’est dans le Hall de la Diète que sont montrés aux touristes ces joyaux de la Couronne, symboles du pouvoir des rois de Bohême. Inutile d’essayer de les voler, ce ne sont que des copies. Les originaux sont solidement protégés dans une chambre forte de la cathédrale dont la porte est munie de sept serrures s’ouvrant avec des clés différentes toutes détenues par des personnages différents. Ces sept détenteurs d’une clé chacun sont le président de la République, le premier ministre, l’archevêque de Prague, le président de la chambre des députés, le président du sénat, le doyen du chapitre métropolitain de la cathédrale Saint-Guy et le lord-maire de Prague. Tous ces beaux messieurs (y aurait-il des dames parmi eux?) doivent être au même endroit au même moment pour ouvrir la porte, ce qui exige que ce ne soit que pour des occasions exceptionnelles. Il n’y en a eu que neuf au cours du vingtième siècle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Derrière le chevet de la cathédrale, une cour. Au bout de cette cour, une église rouge. C’est la basilique Saint-Georges fondée par le prince de Bohême Vratislav Premier au début du dixième siècle, vers 925, ce qui en fait le plus vieil édifice du château, et la deuxième plus ancienne église de Prague. En 1142, le prince de Bohême Vladislav II fait face à une révolte des nobles qui assiègent Prague et incendient le Hradčany. Vladislav retrouve son trône grâce à l’intervention de l'empereur Conrad III de Hohenstaufen, mais il faut reconstruire la basilique, ainsi que le couvent qui lui est associé et que nous allons voir dans un instant. Ce sera fait en style roman, et les deux grands clochers blancs qui apparaissent en arrière-plan de mes deux premières photos datent de cette époque. Le plus épais de ces clochers, à droite (au sud) a été baptisé Adam, et le fluet de gauche (au nord), Ève. Une nouvelle reconstruction sera entreprise de 1657 à 1680. La façade baroque, elle, date des années 1718 à 1722. Au sommet des piliers de cette façade rouge on distingue deux statues, ce sont celles de Vratislav Premier, le fondateur, et de Mlada, la première abbesse du couvent Tous ces travaux au cours des siècles avaient fait perdre à l’édifice son caractère d’origine, et on s’est attaché, de 1897 à 1908, à supprimer les ajouts ultérieurs pour retrouver dans la mesure du possible la basilique du haut moyen-âge.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

En suivant la petite rue sur le flanc de la basilique, on peut apprécier ce beau portail renaissance, dont le tympan représente un saint Georges terrassant le dragon. La petite princesse apparaît juchée sur un rocher, mains jointes, au-dessus de la gueule du monstre.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Avant de pénétrer dans la basilique, jetons un coup d’œil rapide sur cette rotonde, juste à côté. Elle marque l’entrée d’un ouvroir pour jeunes filles nobles, construit dans les années 1750 sur décision de l’impératrice Marie-Thérèse. Sur ma photo, entre les deux colonnes, on distingue vaguement qu’il y a deux plaques superposées. J’aimerais bien savoir ce que représente la scène de celle que j’ai reproduite ici (seconde photo), mais je ne suis pas arrivé à déchiffrer le long texte de l’autre plaque, couvert de noms, que je comptais faire traduire du tchèque par Google. Et sur Internet, il semble qu’elle n’ait intéressé personne, je n’en ai pas trouvé trace.

 

Attenant à l’église, il y a un couvent, le plus vieux monastère de Bohême. La benjamine du prince Boleslav Premier, sœur du prince Boleslav II, nommée Mlada, est envoyée en mission à Rome entre 965 et 969 pour obtenir du pape la création d’un évêché à Prague, qui jusqu’alors dépendait du diocèse de Regensburg, et malgré la vive opposition de l’évêque, qui voyait lui échapper les revenus de cette partie de son administration. Pendant son long séjour à Rome Mlada entre dans la règle de saint Benoît sous le nom de Marie et non seulement obtient finalement du pape la création du diocèse de Prague avec un évêque dépendant directement de l’empereur, mais elle quitte Rome à l’hiver 972 après avoir été ordonnée abbesse avec l’autorisation de créer un monastère bénédictin. Ce sera le tout premier monastère de Bohême. C’est elle, comme je l’ai dit tout à l’heure, qui apparaît en statue sur la façade de la basilique.

 

Les religieuses admises ici sont issues de familles nobles, certaines d’entre elles appartenant à la famille des princes (plus tard rois de Bohême). Pendant plusieurs siècles, c’est un monastère prestigieux. De remarquables manuscrits enluminés y ont été créés. Après le terrible incendie de 1142 il est reconstruit conjointement à la basilique. Puis il va décroître peu à peu à partir de l’époque de Jan Hus jusqu’à ce que les réformes de l’empereur Joseph II sonnent le glas de son existence en 1782. Les bâtiments, à partir de ce moment, ont servi à divers usages; aujourd’hui c’est une galerie nationale d’art Renaissance et d’art baroque.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Il est temps d’entrer dans la basilique. Dès le bas de la nef restituée, comme je le disais tout à l’heure, dans son état du haut moyen-âge, on est impressionné par l’opposition avec la façade baroque, par la noblesse austère, par la sévérité sombre de cette grande église.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Cette basilique a été le lieu de sépulture des souverains de Bohême. Le premier à avoir régné sur ce pays en tant que tel a été Vratislav Premier (duc de Bohême de 915 à 921), il est ici dans cette châsse de bois du quatorzième siècle dont les flancs ont été peints au quinzième siècle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Cette tombe est celle d’un autre des Přemyslides, Boleslav II (967-999). C’est pendant son règne que sa sœur Mlada envoyée à Rome en 965 par son père obtiendra finalement la création de l’évêché de Prague.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Dans une chapelle gothique reconstruite au quatorzième siècle à la place de l’ancienne chapelle en roman tardif du treizième siècle, on trouve cette tombe sculptée par Petr Parleř en 1380, l’un des architectes de la cathédrale. On y reconnaît le gisant de sainte Ludmila, avec l’écharpe qui a servi à sa belle-sœur à la faire assassiner alors qu’elle s’agenouillait pour prier. Cette grand-mère de saint Venceslas est la patronne du royaume de Bohême.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Juste un regard sur cette belle statue dont je ne connais pas le personnage qu’elle représente, avant de continuer notre visite.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Notre visite, nous la poursuivons en descendant vers la crypte dont, malheureusement, les grilles sont fermées. On est contraint de la regarder de loin. Située sous le chœur, elle date du douzième siècle.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

On aperçoit de loin le retable de l’autel, un relief représentant une Vierge trônant avec l’Enfant Jésus.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

En passant l’appareil photo à travers la grille et grâce à l’écran orientable, il est possible de voir cette curieuse statue d’une femme décharnée, presque squelette. C’est Brigita, une statue en gothique tardif. La légende raconte qu’un sculpteur qui avait tué sa maîtresse allait être exécuté et qu’avant de mourir il avait voulu faire d’elle une statue, mais que désespéré il n’avait pu faire autrement que de la représenter morte et décomposée.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Après avoir quitté la basilique Saint-Georges, ou en tchèque Bazilika Sv. Jiří, nous nous rendons un peu plus loin dans le Hradčany. Ici, nous sommes au musée de l’armement.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Ce musée contient une belle collection d’armures de divers types. Sur mes photos, je montre d’abord une armure complètement couvrante de 1380-1420. On voit que celle de ma seconde photo porte une couronne, elle est datée 1450-1500. Toute décorée, toute ornée, celle de ma troisième photo est une armure de tournoi, et elle remonte à 1500-1510.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Hé oui, le corps humain a ses nécessités, et même si l’on a pris ses précautions avant l’engagement, le combat peut durer longtemps et les fermetures éclair n’existaient pas encore; il faut en outre reconnaître que même maintenant elles seraient difficilement adaptables à des costumes aussi rigides. Cette armure a donc astucieusement prévu un petit tuyau démontable, qui protège cet endroit sensible des coups de l’adversaire, tout en lui permettant de remplir son office aisément si nécessaire.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Au bout du Hradčany se trouve ce passage étroit entre de petites maisons basses qui semblent presque être des maisons de poupées. C’est la très célèbre Ruelle d’Or. Le roi de Bohême Rodolphe II (1552-1612) avait fait construire ces maisons le long de cette rue par la compagnie des archers du château, et elles étaient habitées par des gens du peuple, des personnes ordinaires. Dans les années qui ont précédé la Seconde Guerre Mondiale, y vivait une voyante. Au moment de la guerre, elle a prédit la défaite de l’Allemagne Nazie, et pour cela elle est morte entre les mains de la Gestapo qui l’interrogeait à sa manière. J’étais venu ici deux fois depuis que le Rideau de Fer avait disparu, et ces maisons regorgeaient de souvenirs exposés sur les façades et dans la ruelle. Une grande rénovation a eu lieu, et cela est beaucoup plus discret maintenant.

 

On a souvent expliqué le nom de cette ruelle en disant qu’elle était habitée, du temps de Rodolphe II, par des alchimistes travaillant à rechercher cette formule qui permettrait la transmutation de tous les métaux en or. En réalité, il paraît que jamais des alchimistes n’ont vécu ici, et que ce n’est nullement l’explication du nom. Mais alors, quelle est-elle, cette explication?

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Cette petite maison qui, porte le numéro 22 est aujourd’hui une boutique de livres touristiques, d’œuvres de Kafka et autres, mais elle est connue surtout parce que c’était la maison où Franz Kafka a habité en 1916 et 1917, et où il a écrit Un médecin de campagne.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Au fond de cette impasse de la Ruelle d’Or, cette maison porte le numéro 12. Il y est expliqué que dans les années 1950 y a habité Joseph Kazda, qui était un historien et collectionneur amateur de films, grand spécialiste du cinéma tchécoslovaque et du cinéma américain. Il avait monté une société de distribution de films, Komedia Film. Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, il a caché nombre de vieux films muets et de documentaires peu diffusés que les Nazis d’abord, les Communistes ensuite, voulaient faire disparaître, sauvant ainsi des éléments essentiels de l’histoire du cinéma tchécoslovaque. C’est en louant cette maison discrète et quelques autres de ce type qu’il a pu y dissimuler des montagnes de bobines de films entre 1948 et 1952. Chaque jour, est-il dit, Kazda organisait des projections à l’intention de passionnés, et sa femme préparait pour ces soirées des soupes délicieuses. Je le répète de confiance, puisque je ne les ai pas goûtées!

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013
Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Nous poursuivons la balade dans le château de Prague. En dehors de cette Ruelle d’Or populaire, tous les autres bâtiments sont à l’usage du monarque et de son aristocratie.

Le château de Prague (Hradčany). Mardi 17 septembre 2013

Et il y a également une orangerie, sous cette serre de verre et de métal. À l’origine, au début des années 1560 l’architecte Bonifác Wolmut avait construit une structure close par un mur de pierre, mais dont le toit était facilement démontable. C’est dans les années 1950 qu’une nouvelle orangerie de verre est venue s’y substituer, conservant toutefois à l’intérieur une partie des murs de la construction historique, mais la technique employée était déjà considérée comme obsolète avant la fin du siècle et à l’initiative d’Olga Havlová, la femme du président, l’orangerie actuelle a été construite de 1999 à 2001. Elle est l’œuvre d’une célèbre architecte tchèque, Eva Jiřičná, qui travaille surtout en Grande-Bretagne et à New-York, spécialiste du verre et de l’acier. Alors qu’elle était en stage à Londres, en 1968, les chars russes ont écrasé le Printemps de Prague: elle décide de ne pas rentrer en Tchécoslovaquie. Depuis la Révolution de Velours, dans les années 1990 elle peut enfin revenir à Prague, où elle est titulaire de la chaire d’architecture à l’École des Arts appliqués. Ici, tout en préservant le mur de Rodolphe II, un réseau de tubes d’acier se croisant en diagonale constitue une structure cylindrique de verre qui a permis, depuis cette année, de retrouver dans l’enceinte du château de Prague la culture des agrumes. Il est presque 19h30 quand nous parvenons en ce lieu, le panneau informe que la visite a lieu de 12h à 18h. Tant pis, nous ne verrons qu’à travers les vitres les oranges du Hradčany…

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Published by Thierry Jamard
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