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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 23:55

Postojna, cette petite ville de Slovénie, n’était nullement dans notre programme. Samedi matin, nous avons quitté l’aire d’autoroute où nous avons passé la nuit, et nous roulions tranquillement à 100 ou 110 kilomètres à l’heure quand retentit soudain une forte explosion, et le camping-car se met à zigzaguer violemment. Je me suis arcbouté sur le volant pour le maintenir tant bien que mal sur la chaussée, sans toucher le rail à gauche ni monter sur le bas-côté à droite, tout en le freinant précautionneusement pour ne pas augmenter la dérive, jusqu’à ce que je puisse me garer sur la bande d’arrêt d’urgence. Heureusement, l’autoroute était déserte, car j’étais allé de la voie de droite à celle de gauche et inversement. Gilet réfléchissant sur le dos, triangle de pré-signalisation à deux cents mètres, un autre plus près, le gros morceau de pneu éclaté ôté de la chaussée, j’appelle les secours. Impossible de changer la roue sur la bande d’arrêt d’urgence, on emmène le camping-car sur un plateau, et on nous dépose à Postojna où il y a une aire de stationnement payante pour camping-cars, car la ville est très touristique (je vais y revenir dans un instant).

 

Notre camping-car est si stupidement conçu que la roue de secours est logée dans un endroit si bas qu’il faut monter le véhicule sur cric pour l’extraire. Mais nous n’avons qu’un cric, et on ne peut à la fois démonter la roue et prendre la nouvelle roue. Il nous faudra attendre jusqu’à lundi pour que le dépanneur vienne nous rechercher, et emmène le camping-car, toujours sur son plateau, à Ljubljana, où un garage pourra nous fournir deux pneus adaptés, car il est préférable de chausser de neuf en même temps les deux roues d’un même train pour que leur degré d’usure soit le même. Samedi après-midi, nous avons pourvu à notre approvisionnement dans la petite ville, puis avons passé la soirée dans un bar pour profiter de la Wi-Fi et de la connexion électrique pour nos ordinateurs. Voilà pourquoi en ce dimanche, bloqués sur place, nous avons fait un petit tour non prévu dans Postojna.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Parce qu’elle est petite, parce qu’elle a su préserver son environnement du fait d’une activité touristique ancienne, Postojna comporte de très agréables aménagements verts. C’est le Park Postojnska Jama, soit Parc de la Grotte de Postojna. Et parce qu’elle n’est pas une agglomération moderne, la ville a pu conserver des équipements de son passé, comme ces roues de moulin.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Sur la grand-place, la Municipalité a posé une multitude de ces plaques donnant les grandes dates de Postojna, en une longue file qui ondule comme le corps d’un animal. Comme un protée, peut-être? Dans quelques instants, je vais expliquer pourquoi je dis cela. Ces plaques, c’est fort instructif. On voit, sur cette première plaque, que c’est en 1226 que l’on trouve la première mention de la ville. Sa création remonte donc, au moins, au début du treizième siècle. Il n’est pas dit si ce nom apparaît alors en latin (ce qui est probable), ou dans une langue “moderne”, mais ce n’est qu’en 1369 que le nom slovène de Postojna apparaît. Je saute à pieds joints par-dessus nombre d’étapes pour arriver à une date qui va changer la vie de la ville, c’est 1818, quand Luka Čeč découvre l’immense grotte et s’exclame “C’est un nouveau monde! C’est le paradis!” (notons toutefois que des graffiti du treizième siècle prouvent qu’on y avait déjà pénétré auparavant).

 

Et voilà, le tourisme à Postojna est lancé, puisque dès 1819 la grotte est ouverte à la visite. En 1857, est ouverte la ligne de chemin de fer de Vienne à Trieste (qui, à l’époque, est encore aux mains des Habsbourg), et lors du voyage inaugural l’empereur François-Joseph fait une halte à Postojna pour visiter la grotte. La grotte est immense, et en 1872 on y crée une ligne de chemin de fer intérieure, une première mondiale pour une visite spéléologique. Il faut dire que cette immense cavité souterraine comporte vingt-sept kilomètres de galeries. En 1909, Postojna obtient le statut de ville. En 1971, le dix millionième visiteur pénètre dans la grotte. Nous sommes alors dans la Yougoslavie du maréchal Tito. En 1972, le premier tronçon d’autoroute de Yougoslavie est ouvert entre Postojna et Vrhnika (plus au nord, en allant vers Ljubljana), sur une trentaine de kilomètres. Hé oui, un pneu peut y éclater, mais cette autoroute est en parfait état et semble construite de l’année dernière. En 1984, c’est le vingt millionième visiteur qui est comptabilisé. En 1996, un visiteur illustre s’y rend, le pape Jean-Paul II. En 2003, le trente millionième touriste. L’entrée, sans le train qui est en supplément, est à 22,90€ pour les adultes, 18,30 pour les étudiants, 13,70 pour les enfants. De quoi bien remplir les caisses de la société qui exploite les lieux. J’aurais volontiers jeté un coup d’œil, mais Natacha déteste les grottes, alors vu les tarifs nous décidons d’être avares et de zapper la visite.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Vu ce qui a rendu célèbre Postojna, on n’est pas étonné de voir que ce grand bâtiment appartient à l’Union Internationale de Spéléologie (plaque bilingue français et slovène). Cet animal, sur la façade, peut surprendre. C’est un amphibien extrêmement rare qui vit dans la grotte de Postojna, nommé protée anguillard (Proteus anguinus), proche de la salamandre, mais uniquement aquatique. Adapté à une existence dans l’obscurité totale et permanente, il est aveugle quoique ses yeux soient fonctionnellement normaux, et se guide exclusivement à l’odorat, au toucher et à l’ouïe. D’autre part, sa peau n’est pas pigmentée, elle est blanche, et par là rappelle la peau humaine, ce qui le fait nommer populairement poisson humain. Autre particularité, sa nourriture –petits crabes, insectes– est rare dans les grottes, aussi est-il capable de se nourrir de ses propres tissus lorsque ce qu’il a stocké dans son foie sous forme de glycogène et de lipides est épuisé. Compte tenu que l’espérance de vie de cet animal, extrêmement longue, est de près de soixante-dix ans, certains dépassant les cent ans, des protées observés en laboratoire sont parvenus à survivre dix ans sans manger. Il est arrivé que des crues des rivières souterraines expulsent des protées des fissures de roches où ils vivent, et en les voyant dans les cours d’eau à ciel ouvert les habitants croyaient que c’étaient des bébés de dragons, d’où la conviction que des dragons, des vrais, des grands, vivaient sous le sol.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Parce qu’à l’étranger je ne reçois pas Internet sur mon smartphone, je n’ai accès à mon traducteur que lorsque je me connecte avec l’ordinateur, en rentrant le soir. La conséquence de cela, c’est que stupidement je n’ai photographié ce combattant que sous cet angle, et que visiblement le texte se prolongeait sur les autres côtés, car ce que l’on peut lire sur ma photo, sur le socle, dit “Les combattants de la liberté tombés dans…” dans quoi? Dans la lutte? Dans la Yougoslavie? Dans Postojna? Considérant le style de la statue, il est clair qu’elle ne concerne pas les événements qui ont mis fin au régime communiste et ont provoqué l’éclatement de la Yougoslavie, mais bien plutôt les événements de la Seconde Guerre Mondiale.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Ce buste est celui de Miroslav Vilhar (1818-1871), un poète, dramaturge et politicien slovène. Avant d’aller poursuivre ses études à Ljubljana, il a été élève de l’école primaire de Postojna. Il a étudié le droit à Graz, et c’est dès cette époque qu’il a commencé à publier des poèmes en allemand. Revenu dans son village de Planina, sur le territoire de la municipalité de Postojna, il prend conscience des idées nationalistes qui commencent à se répandre et qui font que dans l’immense empire austro-hongrois les populations, peu à peu, sentent que les différences de langue correspondent à des différences culturelles. Vilhar alors apprend la langue slovène et se met à l’utiliser pour ses œuvres, poèmes qu’il met lui-même en musique pour en faire des chansons. Comme journaliste, il écrit dans la plupart des revues. Marié, il a neuf enfants dont les naissances s’étalent de 1845 à 1858. Pour leur scolarisation mais aussi pour prendre part à l’action politique, il déménage avec sa famille et s’installe à Ljubljana. En 1861 il est élu député. Comme journaliste il publie des articles politiques pro-slovènes, ce qui lui vaudra une condamnation à six semaines de prison. Par la suite, il consacrera son activité créatrice à l’écriture de pièces de théâtre.

Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013
Postojna (Slovénie). Dimanche 22 septembre 2013

Pour terminer cette très brève et partielle visite de Postojna, jetons un coup d’œil à l’église. Cerkev Sv. Štefana, cela signifie Église de St-Stéphane, ou St-Étienne. Elle est, comme celles que nous avons aperçues à Ljubljana, de style baroque.

 

Si un jour nous avons l’occasion de revenir en Slovénie, par exemple pour voir Ljubljana plus longuement et de jour, il nous faudra prévoir une pause à Postojna, à laquelle nous n’aurions pas pensé sans cette panne…

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Published by Thierry Jamard
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