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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 23:55

Il y a, dans le “château” de Prague (le Hradcany) deux églises principales, la grande cathédrale Saint-Guy, à laquelle j’ai consacré un article, et la basilique Saint-Georges que j'ai présenté dans l’article dédié au château. Mais il y a, hors du château, nombre d’églises très intéressantes à Prague. Nous ne les avons pas toutes visitées, mais en voici quelques-unes.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Commençons par Sainte-Marie-de-la-Victoire, dont la construction s’étale de 1611 à 1640. Ce sont les protestants, luthériens, qui la commencent en la dédiant à la Sainte-Trinité. Or voilà que les protestants tchèques se révoltent en 1618, et c’est le début de la Guerre de Trente Ans. En novembre 1620, la bataille de la Montagne Blanche, non loin de Prague, voit la victoire écrasante des catholiques qui exécutent sur la place de la Vieille-Ville vingt-sept chefs de l’insurrection et suppriment la liberté de culte au bénéfice du seul catholicisme romain. Dès lors les protestants quittent la Bohême pour les États protestants du Saint-Empire. Un Carme avait brandi un tableau qui avait été profané par les protestants, et on dit que pour cela les troupes catholiques ont redoublé d’ardeur et de courage, à la suite de quoi en 1624 cette église luthérienne a été donnée aux Carmes, qui en achèvent la construction et la dédient à la Vierge en souvenir de cette grande victoire. L’empereur Joseph II, archiduc d’Autriche, roi de Hongrie et de Bohême (de 1780 à 1790) entreprend de grandes réformes, inspirées de l’esprit des Lumières de ce dix-huitième siècle, et entre autres il soumet l’Église à l’État, autorise les diverses religions chrétiennes autres que le catholicisme, en 1781 il réduit fortement le nombre de séminaires et supprime les ordres contemplatifs ce qui entraîne la fermeture de cette église et sa transformation en gymnase. Ces fermetures, rien que pour Prague, ont touché soixante-dix églises, chapelles, monastères.

 

Mais ce qui rend cette église célèbre, c’est cette statue de cire du Petit Jésus de Prague, que la princesse de Lobkowicz a offerte aux religieux en 1628. On raconte qu’un moine espagnol aurait vu Jésus lui-même lui commandant une statue le représentant enfant, et qu’il aurait remis sa réalisation entre les mains de sainte Thérèse d’Avila, laquelle l’aurait confiée à son amie dame d’honneur de l’infante d’Espagne devenue impératrice du Saint-Empire par son mariage avec Maximilien II. Cette dame d’honneur était la mère de la princesse de Lobkowicz. 1631, retour des protestants, on lui brise les mains. 1637, les Carmes reviennent, remettent la statue en place, mais il faut qu’un généreux donateur, pourtant presque ruiné, prenne en charge la réparation des mains de Jésus, parce que le prieur avait estimé que ce serait trop cher… La politique suivant des mouvements de balancier, un tout petit peu moins d’un siècle après la fermeture par les réformes joséphistes, en 1878 l’église est rendue au culte, elle est restaurée, l’Enfant Jésus est remis en place, la dévotion reprend de plus belle. Balancier, le communisme abaisse le rideau de fer, on ne peut plus aller à Prague en pèlerinage, Jésus est à l’index. Balancier, Révolution de Velours, le rideau de fer tout rouillé tombe à terre, les pèlerinages reprennent.

 

Du fait de son origine espagnole, cette statue est l’objet d’un culte tout à fait particulier de la part des Espagnols et des Hispano-Américains. Il faut dire qu’on lui attribue de nombreux miracles. L’usage, lorsqu’un vœu est exaucé, est que le bénéficiaire de la grâce divine offre une robe à l’Enfant Jésus. C’est pourquoi, d’une photo à l’autre, on croit parfois ne pas le reconnaître, parce que sa garde-robe est bien garnie et qu’il change souvent de tenue. À côté de la photo prise actuellement, je publie une photo que j'avais prise lors d'un voyage en 1993 (à l'époque je faisais des diapositives, j'ai scanné celle-ci pour la publier ici afin que l'on puisse comparer les vêtements, d'où une qualité technique douteuse).

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Autre église, Saint-Nicolas. Il existe deux églises de ce nom à Prague, toutes deux œuvres baroques de l’architecte Dientzenhofer; celle-ci, qui remplace une église romane du douzième siècle vouée au même saint, est située place de la Vieille-Ville, comme on s’en rend compte en voyant la grande statue de Jan Hus. Cette proximité de l’église et de la représentation de ce théoricien condamné par l’Église Catholique n’a rien d’étonnant si l’on sait que dans cette église a été fondée l’Église Tchécoslovaque Hussite, et qu’elle appartient aujourd’hui encore à la communauté hussite. Sa construction est de 1732-1737.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

C’est à l’intérieur que le style baroque est le plus manifeste. Et pourtant, lors du joséphisme, lorsque cette église a été fermée en 1781, bien des ornements en ont été détruits. On l’a utilisée comme dépôt de blé, puis c’est devenu un entrepôt de meubles, et elle n’a été rouverte qu’en 1921. On remarque tout de suite que sa coupole est située au centre de la nef. Noter aussi l’orgue remarquable, riche de deux mille cinq cents tuyaux.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Typiques également du style baroque, volettent un peu partout de mignons angelots de stuc. La coupole, quant à elle, est revêtue de fresques représentant la vie de saint Nicolas. J’en raconte l’essentiel dans mon article sur la basilique de Bari, en Italie, dans les Pouilles, où se trouvent ses reliques (voir mon article La basilique Saint-Nicolas de Bari, daté d’octobre 2010). J’y évoque entre autres les marins sauvés d’une tempête après avoir prié le saint, thème de ma troisième photo ci-dessus.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Arrêtons-nous encore un instant devant ce décor de la chaire, avant de passer à une autre église.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Il est vraiment dommage que nous n’ayons pas pu visiter l’église Notre-Dame de Tyn, mais comme on le voit sur la grille qui en protège l’entrée un gros panneau interdit la photo à l’intérieur. Je n’aurais donc pas pu illustrer mon article. Et elle est tellement enclavée dans les constructions de la Cour du Tyn qu’il est impossible (à moins de disposer d’un objectif fish eye) d’en photographier la façade qui est sur le flanc gauche. Un document de 1135 mentionne ici une église et un hôpital, mais la construction actuelle date du quatorzième siècle. On pense qu’elle a pu commencer vers 1360. La façade ouest, donc opposée au chœur, date du début du quinzième siècle et la voûte de la nef est antérieure aux guerres hussites, qui ont stoppé les travaux. La construction a repris dans les années 1450. En 1679, la foudre met le feu au toit, et la voûte est reconstruite plus basse qu’auparavant. En 1819, c’est la tour nord que frappe la foudre, le feu fait fondre une cloche datant de 1585, la reconstruction ne s’achève qu’en 1835.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Tout autre, et très intéressante est Notre-Dame-sous-la-Chaîne. La grille en fer forgé nous montre un chevalier, la croix sur une fenêtre est un autre indice montrant à l’évidence que nous sommes ici chez les Chevaliers de Malte. Une grande basilique romane construite à partir de 1158 leur avait été offerte par Vladislav II, roi de Bohême de 1140 à 1172, mais abattue au quatorzième siècle vers 1370 elle a été remplacée par une église gothique. Cette église nouvelle n’était pas achevée au début du quinzième siècle au moment du mouvement hussite, la construction en a été stoppée et elle n’a jamais repris, il faudra attendre le dix-septième siècle pour que l’on réaménage ce qui existait en style baroque. Nous sommes dans le quartier de Malá Strana, sur la rive gauche de la Vltava, tout près du fleuve et du pont Charles; au douzième siècle il y avait là le pont Judith pour passer sur la rive droite, et pour protéger ce pont l’église a été fortifiée au treizième siècle; auprès du pont, fixée à une tour, une chaîne barrait la rivière et n’était ouverte que contre paiement d’une taxe de passage, et c’est pourquoi cette église dédiée à Notre-Dame est appelée “sous-la-Chaîne”.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Quand on pénètre dans la nef, cette église n’est sans doute pas la plus belle de Prague, ni la plus impressionnante, mais pour nous qui avons été à Naupacte en Grèce sur le golfe de Corinthe et qui savons que c’est là le nouveau nom de Lépante où en 1571 la ligue catholique a infligé une défaite cinglante à la flotte ottomane, mettant un arrêt à la progression du sultan sur les terres chrétiennes, la visite de cette église était un passage obligé, car les chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (qui n’étaient pas encore à Malte) ont pris une part décisive dans cette bataille. Et c’est leur participation qui est représentée sur ce tableau de Karel Škréta (1610-1674), au-dessus de l’autel. Pour l’anecdote (mais en fait c’est plus qu’une anecdote), c’est dans cette bataille que Miguel de Cervantès, qui servait sur un navire espagnol de la Ligue Catholique, a perdu un bras, et il n’est pas impossible que son épopée personnelle lui ait inspiré, des années plus tard, le personnage de Don Quichotte.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

On peut encore voir des éléments de l’église primitive, une arche romane, une arche gothique, d’énormes gonds de portail, qui font tache au milieu de ce baroque qui triomphe dans l’église actuelle et dans le quartier.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Dans la cour on trouve cette tombe. L’inscription en latin dit “À la mémoire des frères de l’Ordre militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte”. Il est dans nos projets, lorsque nous serons de retour en Grèce, de nous rendre à Rhodes, je parlerai donc alors plus longuement de cet ordre qui, finalement vaincu par les Ottomans, a dû quitter son installation de Rhodes et aller s’établir à Malte.

Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013
Quelques églises de Prague. Du 11 au 18 septembre 2013

Encore une église pour ma très restreinte sélection, Saints-Pierre-et-Paul. J’ai assez parlé d’églises connues, décrites, photographiées par tout le monde. En voici une qui est intéressante et peu connue. Nous n’avons pu y pénétrer, mais son style gothique et aussi son campanile détaché, ont retenu mon attention. C’est curieux, il semble que personne n’en parle, je n’ai rien trouvé sur elle en français ou en anglais, ni sur Internet ni dans mes guides. Sauf le Minos Guide, qui raconte la légende suivante : “Par une nuit profonde, un cordonnier légèrement éméché qui rentrait chez lui par la rue Na Poříčí vint à passer près de l'église Saint-Pierre. Passant dans une ruelle, il aperçut une colonne de feu. Il s'en approcha, car il avait reconnu l'homme ardent. Celui-ci le prit sous le bras sans ambages, et lui offrit de le raccompagner chez lui. Mais le cordonnier ivre prit bien vite congé, et, voulant le remercier de lui avoir évité une chute, lui dit: ‘Que le Seigneur soit avec toi!’ L'homme ardent, joyeux, lui annonça qu'il attendait ces paroles depuis plus de trois siècles de tourments, et disparut au même instant. Le cordonnier dégrisé comprit alors que, par son remerciement, il avait libéré l'homme ardent de sa malédiction”.

 

C’est Wikipédia en langue tchèque qui m’a enfin informé, ce qui m’a obligé à utiliser le traducteur Google puisque je ne parle pas un mot de tchèque. Dans la seconde moitié du douzième siècle a été construite une église paroissiale romane dont les deux tours sont encore debout aujourd’hui. Vers 1200, les chevaliers teutoniques ont adjoint un hôpital à l’église. Le roi Ottokar Premier de Bohême avait épousé Constance, fille du roi de Hongrie qui, devenue veuve, a acheté aux chevaliers teutoniques l’église, l’hôpital et les terres qui y étaient attachées pour créer un monastère cistercien. Après des inondations en 1280 on remplace le charnier de l’église par un cimetière. Puis on a entrepris de 1382 à 1395 une reconstruction de style gothique, amplifiant les dimensions de l’édifice. Le nouveau chœur a été achevé en 1406, mais le résultat n’étant pas jugé satisfaisant on a tout de suite détruit deux des trois nefs pour les reconstruire, le tout étant achevé en 1411.

 

Arrive la période hussite et tous ses troubles. Une nouvelle reconstruction est entreprise dans la seconde moitié du quinzième siècle et un siècle plus tard, en 1598 a été ajouté le clocher. Après la bataille de la Montagne Blanche, le dernier prêtre luthérien a été expulsé. En 1632, au cours de la guerre de Trente Ans, les Saxons rétablissent brièvement un pasteur protestant, avant que les catholiques ne reprennent la main. En 1648, quand Prague a été assiégée par les Suédois, l'église a été fort endommagée. En 1653, l'église a subi d'importants incendies. On la répare, et voilà qu’en 1666 la foudre incendie la tour et la détruit. En 1680 un gigantesque incendie se déclare, le toit de la nef et des tourelles, la chapelle du cimetière, l’ossuaire, le presbytère et le clocher sont en flammes, trois cloches fondent. Le conseil municipal de la Nouvelle Ville n'a pas d'argent pour réparer l’église et décide, en 1686, de faire appel aux Chevaliers de la Croix. Commence alors une longue rénovation, on construit un nouveau toit. Comble de malchance, en 1689 c’est le beffroi qui prend feu, à la suite de quoi il reçoit son actuel clocher baroque. En 1757, ce sont les Prussiens qui endommagent l'église, on va donc reconstruire le chœur en style baroque dans les années 1760-1761. Dans les années 1874-1879 les architectes veulent restituer les parties romanes et gothiques dans leur état originel, en supprimant les ajouts baroques. Le tout s’achève en 1885.

 

Lors de grands travaux menés en 1913-1914 on a entrepris une exploration archéologique et historique approfondie qui a révélé les fondations de la basilique romane, des éléments gothiques. Cela a également permis des ajouts néo-gothiques et néo-romans, mais uniquement là où il était prouvé que c’était ainsi dans le passé. Après 1948, avec le pouvoir communiste, l'église a été confisquée aux Chevaliers de la Croix, qui ne sont revenus qu’en 1989. Après les inondations de 2002, une partie de l'église s’est effondrée. Cela a été la dernière réfection à ce jour.

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Published by Thierry Jamard
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