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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 23:55
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Cap au sud, vers le quartier de Prague nommé Vyšehrad. C’est comme une ville forte retranchée derrière sa porte. Et l’atmosphère y est très différente de celle que l’on ressent dans le centre, elle est très provinciale. On voit sur mes photos que le pavé est luisant, le temps est maussade aujourd’hui, mais cela ne retire rien au charme du quartier.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Fixé sur l’angle d’un mur, je m’arrête devant ce buste de la reine Élisabeth de Bohême (1292-1330), dont sur la base le nom apparaît en tchèque, Eliška. Elle est la fille du roi de Bohême Wenceslas II. Son père meurt, son frère lui succède. Mais il est assassiné, et n’a pas de descendance. Élisabeth a une sœur aînée, Anne, et c’est sur elle, et sur son mari Henri de Goritz, duc de Carinthie, que tombe la succession au trône. Mais quelques années plus tard, en 1310, l’empereur Henri VII fait élire à la place, sur le trône de Bohême, son fils Jean, âgé de quatorze ans. Difficile à admettre pour la famille de Bohême, difficile également de lutter d’égal à égal avec l’empereur. Aussi est-il décidé qu’Élisabeth –âgée de dix-huit ans– épouserait Jean, le fils de l’empereur, et que le couple remplacerait Henri et Anne sur le trône de Bohême, qui ainsi n’échappe pas à la famille. Ils sont couronnés en 1311. Parmi les sept enfants du couple, le troisième, qui est l’aîné des fils, sera l’empereur Charles IV qu’ici à Prague nous connaissons bien.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Passons devant la statue de saint Wenceslas, ou Venceslas, ou en tchèque Václav. Je ne m’étendrai pas ici sur sa biographie, puisque, devant sa représentation sur le pont Charles, je l’ai longuement détaillée dans un précédent article. Mais il est essentiel aujourd’hui de saluer le saint patron du pays, que ce soit le royaume de Bohême ou la République Tchèque.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Un grand monument de Vyšehrad, c’est la collégiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul. Il y a eu en cet endroit plusieurs églises successives. D’abord, quand a été créé le chapitre indépendant, en 1070, sous le premier roi tchèque, Vratislav Premier. C’était une basilique à trois nefs de 53 mètres sur 17. L’empereur Charles IV décida, en 1369, de la reconstruire en style gothique, mais alors sa longueur passa à 110 mètres, ce qui en faisait le plus grand édifice de la Prague d’avant l’époque de Jan Hus. Dans mon article Promenades dans Prague, devant le monument élevé à sa mémoire j’ai raconté sa vie, sa doctrine, sa mort sur le bûcher. Il convient maintenant de voir ce qui s’est passé par la suite.

 

Prague, et même en général la Bohême, prennent Jan Hus, martyr de ses idées et de sa foi, pour leur emblème, et prennent parti contre le pape. Le pape veut alors les exterminer purement et simplement. C’est là que se situe la “défenestration de Prague”, dont parlent (ou parlaient de mon temps) les manuels scolaires: les Pragois envahissent l’hôtel de ville et passent les administrateurs catholiques par les fenêtres. C’est le premier acte d’une vraie guerre, qui va opposer les armées de plusieurs pays fidèles au pape à l’armée des rebelles hussites. Pour mettre fin à cette guerre, c’est le pape qui va accepter quelques concessions aux révoltés partisans des doctrines de Jan Hus. Si je parle de ces événements ici, c’est parce que le premier novembre 1420 les hussites ont détruit l’église. Elle a été reconstruite après la fin des guerres hussites, mais une nouvelle reconstruction, en style baroque, intervient entre 1723 et 1729. Et enfin, l’église actuelle a été reconstruite de 1885 à 1903.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Sur la façade ont été fixées ces deux plaques. En effet, en 2003 le pape Jean-Paul II a élevé l’église au rang de basilique papale mineure.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Nous avons pu visiter l’église, mais nous sommes restés jusqu’à ce que l’on ferme le portail, afin que je puisse le photographier. Il est en effet très original.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Quant à ce beau tympan néo-gothique en bas-relief, on y voit sur le registre supérieur le Christ en majesté entouré des douze apôtres, et sur le registre inférieur l’archange saint Michel sépare à sa droite les élus et à sa gauche les damnés.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

À l’intérieur l’église n’est pas particulièrement imposante par ses dimensions, mais elle est toute revêtue de fresques.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Et puis il y a les vitraux, qui sans être exceptionnels sont assez beaux. Sur mes photos, le premier représente saint Clément et saint Léon, le second saint Jean Népomucène et sainte Agnès, et le troisième Jésus au temple. Sur ce dernier sujet, je cite le chapitre 2 de saint Luc:

“Les parents de Jésus allaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Lorsqu'il eut 12 ans, ils y montèrent avec lui comme c'était la coutume pour cette fête. Puis, quand la fête fut terminée, ils repartirent, mais l'enfant Jésus resta à Jérusalem sans que sa mère et Joseph s'en aperçoivent. Croyant qu'il était avec leurs compagnons de voyage, ils firent une journée de chemin, tout en le cherchant parmi leurs parents et leurs connaissances. Mais ils ne le trouvèrent pas et ils retournèrent à Jérusalem pour le chercher. Au bout de trois jours, ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des maîtres; il les écoutait et les interrogeait. Tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. Quand ses parents le virent, ils furent frappés d'étonnement, et sa mère lui dit: «Mon enfant, pourquoi as-tu agi ainsi avec nous? Ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse.» Il leur dit: «Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père?» Mais ils ne comprirent pas ce qu'il leur disait”.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Une Pietà. En général, je n’aime pas tellement ce type de représentation. Je montre celle-ci parce qu’elle est, je trouve, particulièrement réaliste. Et cela me rappelle un souvenir d’enfance. Nous étions en vacances, et nous avons fait une étape en Catalogne, à Cadaqués je crois. C’était en 1955, j’avais tout juste onze ans. Pas de chambre d’hôtel. On nous indique une maison où l’on peut nous louer des chambres. J’ai dormi dans une pièce où une Pietà très réaliste, de taille humaine, vêtue de vrai velours noir, était éclairée en permanence par un petit lumignon. Cela m’a suffisamment impressionné pour que je m’en souvienne de nombreuses dizaines d’années plus tard. Même si l’on est très pieux, a-t-on vraiment besoin de ce genre de statue dans sa maison? Dans une chambre à coucher?

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

La chaire est toute sculptée d’anges et d’évêques en haut-relief. Là encore, je ne suis pas sûr que ce soit du grand art, mais c’est extrêmement décoratif.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Derrière sa vitre, cette Vierge de plâtre n’a vraiment rien d’exceptionnel. Si je la montre, c’est plutôt pour ce qu’elle représente. C’est expliqué par un texte en tchèque et –heureusement pour moi– en espagnol. C’est l’ambassadrice de la République orientale d’Uruguay en République Tchèque, Diana Espino de Papantonakis (le dernier nom est celui du mari, et ça sonne très grec) qui a demandé à Monseigneur Dominik Duka, archevêque de Prague, de placer sur cet autel cette statue qui représente la “Vierge des Trente-trois”, patronne de l’Uruguay, à l’occasion des deux cents ans du processus d’émancipation orientale. C’était en 2011.

 

Cela demande peut-être quelques mots d’explication. D’abord, le mot “oriental” revient deux fois au sujet de l’Uruguay, et cela peut paraître bizarre. En réalité, en 1816 les troupes portugaises du Brésil se sont emparées de l’Uruguay qui était donc passé de la domination espagnole à la domination portugaise au sein de la colonie du Brésil, et constituait la “province orientale” du Brésil. Ensuite la date. Là, j’ai quelques difficultés. Deux cents ans avant 2011, cela fait 1811, il n’est pas nécessaire d’être un génie en arithmétique pour le calculer. Or à ma connaissance le processus d’émancipation est un peu plus tardif. En 1824, le Brésil acquiert son indépendance, et l’Uruguay en fait encore partie. Juan Antonio Lavalleja avait combattu les Brésiliens de 1816 à 1820, et avec des compagnons (le groupe des “Trente-trois Orientaux”), il quitte son exil argentin pour aller débarquer en Uruguay et y planter le drapeau national. Dès 1825, avec l’aide des Uruguayens, les trente-trois parviennent à chasser les Brésiliens du petit secteur où ils ont débarqué, et ils fondent la ville de Florida. Là, devant une statue de la Vierge de Lujan del Pintado (cette statue originale est en bois), les Trente-trois lui présentent leurs drapeaux, et lui promettent “la liberté ou la mort”. Les hostilités continuent mais enfin, en 1828, l’Uruguay est reconnu comme un état indépendant. C’est en 1962 que la “Vierge des Trente-trois” est proclamée patronne de l’Uruguay; en 1988, le pape Jean-Paul II en visite en Uruguay a élevé la cathédrale de Florida au rang de basilique mineure. Cela explique ce que signifie cette statue de la Vierge, mais pas pourquoi sa copie est placée ici à Prague, ni pourquoi cela s’est fait en 2011.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Cette chapelle est très richement décorée. Je montre ici l’autel néogothique des saints patrons, daté 1910. On y voit entre autres Cyrille et Méthode, Venceslas, Ludmila, Guy, Jean Népomucène. Autant de saints dont j’ai eu l’occasion de parler dans l’un ou l’autre de mes articles précédents sur Prague.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Cette statue généreusement fleurie, je suppose qu’elle représente la Vierge, quoiqu’elle ne porte pas d’auréole et qu’elle soit dans une position très peu conventionnelle, toute songeuse et les mains croisées. En tous cas, même si ce n’est pas une œuvre impérissable, elle me plaît parce que je la trouve merveilleusement humaine et touchante.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Tout à l’heure, j’ai dit que l’église était intégralement peinte, et je n’en ai rien montré. Alors, avant de sortir, j’ajoute cette photo de la voûte.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Tout près de l’église se trouve le cimetière. Plusieurs célébrités y sont enterrées. Je n’ai pas l’intention, ici, de faire un catalogue de tombes, mais je m’arrête devant celle-ci. Neruda, comme Pablo, le poète chilien. Ce nom espagnol serait-il la clé pour comprendre la Vierge uruguayenne à Prague? Y aurait-il dans cette ville une importante colonie uruguayenne, dont par conséquent les noms pourraient avoir une consonance espagnole? Car si, en Uruguay comme en Argentine, une grande partie de la population a ses racines en Italie, c’est quand même l’Espagne qui a donné au pays ses premiers colons et la base de la population une fois les Indiens repoussés et soumis.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Devant ce labyrinthe peint au sol, l’inscription dit “Ce dessin est une copie du motif de la cathédrale de Chartres, son diamètre est de 14,8 m. Année 1997”. Oui, en effet, ce labyrinthe mystérieux existe bien au sol de la nef, dans la cathédrale de Chartres. Qui l’a reproduit ici, et pourquoi, cela n’est pas dit. Mais il est très clairement visible depuis les satellites, car je l’ai recherché sur Google Earth, et je l’ai en effet parfaitement vu. Si un lecteur souhaite le voir, qu’il demande la position 50°03’55,25” Nord, et 14°25’01,29” Est.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

En repartant, nous passons devant un bâtiment qui, à première vue, n’a pas grand-chose pour nous arrêter. Mais des reliefs, et des explications, retiennent notre attention. Avant de mettre le point final au présent article, encore deux mots au sujet deux messieurs ci-dessous représentés.

Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013
Vyšehrad (à Prague). Mercredi 18 septembre 2013

Le professeur Rudolf Jedlička (1869-1926) est un célèbre médecin et chirurgien tchèque, professeur d’université, directeur du sanatorium de Prague, qui a introduit en Bohême les techniques de la radiologie et de la radiographie. C’est grâce à lui qu’est né le premier institut tchèque pour enfants déficients physiques.

 

Sur ma seconde photo, František Bakule (1877-1957) est un professeur qui a toute sa vie œuvré par amour des enfants. Grand chercheur en pédagogie et réformateur, il a été le premier directeur de l’institut de Rudolf Jedlička, choisi dès avant l’ouverture pour participer à la création de l’école. Ainsi, il a pu adapter la pédagogie aux besoins des enfants handicapés, utilisant en précurseur l’ergothérapie, les arts et la musique. Mais ce n’est pas cela qui l’a le plus fait connaître: après avoir quitté l’institut Jedlička en 1919, il crée une chorale d’enfants, Bakulovi Zpěváčci, c’est-à-dire Chorale Bakule, connue du monde entier et qui va chanter au Carnegie Hall de New-York, en France, en Allemagne, etc.

 

Encore une fois, nous avons manqué de temps, parce que le quartier de Vyšehrad, on le voit, recèle bien des choses intéressantes…

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Published by Thierry Jamard
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