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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 23:55
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Ainsi donc, nous voici de retour à Athènes. Nous avons l’intention d’y passer l’hiver, aussi devons-nous rechercher un appartement à louer. En attendant d’avoir trouvé, nous nous réinstallons au camping d’Athènes, que nous connaissons bien, où nous avons nos habitudes, et dont la patronne, Éléni, est devenue une amie, tout comme son mari Panagiotis et leurs filles Angéliki et Eva.

 

En France, quand les villes sont divisées en arrondissements, chacun a un numéro. À Athènes, ils ont des noms. Ainsi, Athènes est à la fois l’ensemble de la ville et l’arrondissement du centre historique, un secteur très restreint autour de l’Acropole. Le camping, lui, est dans la municipalité de Péristéri, ce qui veut dire Colombe. Sans doute parce que les colombes y abondent, comme celle de ma photo, qui aime autant les olives tombées à terre autour de notre camping-car que le pain dur que je lui coupe en petits morceaux à la mesure de son gosier. En banlieue parisienne, nous aussi nous avons Colombes, mais au pluriel. En grec, comme en latin, le neutre pluriel (car ce nom d’oiseau est neutre) se forme par adjonction d’un A (péristéria). Pour satisfaire la curiosité de qui a fait du latin, j’ajoute que le S final de beaucoup de villes de France s’explique par le fait qu’en latin il y avait, bien sûr, des villes qui avaient un nom, comme Rome, Lyon, Autun (Roma, Lugdunum, Augustodunum), mais la plupart étaient nommées par leurs habitants (les Vénètes = Vannes, les Namnètes = Nantes, etc.), à l’accusatif pluriel en –OS ou en –ES.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Et puis nous avons trouvé dans le district de Néa Smyrni un petit appartement extrêmement agréable. D’abord, parce que la rue n’est pas bordée de platanes ou de marronniers, mais d’orangers. Au début de notre séjour, tous ces fruits étaient très décoratifs, mais le plus merveilleux a été fin mars, début avril, quand les orangers ont été en fleurs, embaumant toute la rue et les rues avoisinantes.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Situé au dernier étage d’un petit immeuble bâti sur une colline, et donnant sur une ruelle sur le côté, l’appartement est ceint sur trois côtés par un balcon d’où l’on a une vue merveilleuse sur le centre d’Athènes. On voit en effet la colline du Lycabette, et l’Acropole avec le Parthénon, toujours aussi admirable de jour que de nuit. Ces photos ont été prises depuis le balcon.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Le 25 mars, jour de la Fête Nationale grecque, nous étions aux premières loges pour voir passer les hélicoptères et les avions. Pas le défilé militaire –on ne peut pas tout avoir!– parce que nous étions trop loin. L’immeuble est sur une colline, on descend une rue et l’on arrive à l’arrêt du tram qui mène en plein centre-ville, place Syntagma (place de la Constitution), face au sénat, ex-palais royal.

 

Les propriétaires, Maria et Aggelos, sont des gens adorables. Sachant que nos familles sont au loin, ils nous ont invités, et pour Noël, et pour le Nouvel An, qu’ils fêtaient en famille. Nous avons ainsi pu faire la connaissance de leur fils, Odysséas, et de leur fille Christina, tout aussi sympathiques que leurs parents. De vrais amis, avec qui nous avons partagé bien des moments durant tout notre séjour.

 

Veuve et âgée, la maman de Maria a dû quitter son appartement où Maria a passé son enfance et son adolescence jusqu’à son mariage, et c’est cet appartement qui est loué. Il est donc meublé et décoré de façon confortable, et non pas à la va-vite et à l’économie pour des touristes de passage. Il est aussi, et pour les mêmes raisons, équipé d’un lave-linge et d’un lave-vaisselle, d’une vraie cuisinière, d’une salle de bain avec baignoire, bref c’est un séjour exceptionnel.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

En outre, c’est Athènes. Ce n’est pas le pôle nord. Comme on le voit sur ce panneau lumineux sur la place principale de Néa Smyrni, en ce 30 décembre 2013 à presque 23 heures, il fait encore 11°.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Néa Smyrni, il n’est pas besoin d’être un grand linguiste pour le deviner, cela veut dire la Nouvelle Smyrne. Smyrne, c’était une ville grecque d’Asie Mineure, sur la côte de la Mer Égée. Il faut un mot d’histoire pour comprendre ce qui s’est passé. L’Asie Mineure et les îles de la Mer Égée, comme la Grèce, avaient été conquises par les Ottomans. À partir de 1821, un soulèvement des Grecs a abouti à l’indépendance d’une partie du territoire grec continental puis, peu à peu, à d’autres territoires, la Thessalie, la Crète… Après les événements de la Première Guerre Mondiale, le traité de Sèvres a ôté à l’Empire Ottoman les derniers territoires historiquement grecs en Asie Mineure, dont Smyrne. En 1919 les troupes grecques en prennent possession. Mustapha Kemal, futur Atatürk, considère ce traité comme une trahison du sultan envers sa patrie et son peuple et, contre son avis, reprend la guerre. Un peu comme le général De Gaulle refusant les compromis du Maréchal Pétain avec le Troisième Reich nazi. De tout le secteur, les Grecs courent se réfugier à Smyrne. En 1922, ils sont plus de deux cent mille dans la ville au moment où, vaincues, les dernières troupes grecques se rembarquent. Pendant cinq jours, les soldats turcs de Mustapha Kemal pillent la ville, massacrent les Grecs et les Arméniens qui leur tombent sous la main. Le pillage et les exactions ne s’arrêtent que pour fuir devant le terrible incendie qui s’est déclaré. Panique. Nombreux sont les morts, asphyxiés ou coincés par le feu. Beaucoup se jettent à la mer, tentent de gagner l’un des navires des flottes occidentales. Ordre est donné de rester neutre, donc de ne pas secourir les Grecs ni les Arméniens. Il y a là des navires français, britanniques, américains, qui regardent sans rien faire les fuyards se noyer. Ils jouent de la musique, pour ne pas entendre leurs cris désespérés.

 

En 1923, c’est le Traité de Lausanne. Toute l’Asie Mineure sera turque. Mustapha Kemal y instaure une république, ne reconnaissant plus le pouvoir du sultan. Ce n’est plus l’Empire Ottoman, c’est la Turquie. Aux termes du traité, il y a échange de populations. Pour ne pas avoir à trier les gens selon leurs chromosomes (la science n’en est pas encore là à cette époque), on appelle Grecs les ex-ottomans orthodoxes, et Turcs les ex-citoyens grecs de confession musulmane. Tous les Grecs de Turquie doivent quitter le territoire turc, sauf ceux de Constantinople (future Istanbul), tous les Turcs de Grèce doivent quitter le territoire grec, sauf ceux de la province de Thrace (frontalière de la Turquie d’Europe). Trois cent quatre-vingt-cinq mille Turcs contre un million trois cent mille Grecs. Où aller? Beaucoup de ces Grecs se dirigent vers la capitale, et Athènes met à leur disposition un vaste terrain vague sur la route du port du Pirée. Les nouveaux arrivants, pleins de courage, se mettent à bâtir des maisons. Beaucoup d’entre eux, quand ils en ont les moyens, reproduisent à l’identique leur maison et leur jardin de Smyrne. C’est tout naturellement que le quartier prend alors le nom de Nouvelle Smyrne, Néa Smyrni. Et puis Smyrne, là-bas, en Anatolie turque, l’Ancienne Smyrne, donne un aspect turc à son nom, aujourd’hui c’est Izmir.

 

Sur mes photos ci-dessus, on voit une statue qui représente une allégorie de la ville de Smyrne, et au fond de la place ce grand bâtiment porte de nom de Foyer de Néa Smyrni. Il s’y trouve une bibliothèque et un musée –j’y reviendrai dans un article spécifique, plus tard, …une vingtaine d’articles plus tard–, une administration, des salles de réunion ou de spectacle.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

La mémoire de Smyrne, elle est aussi inscrite dans cette tour clocher. En effet, elle est la reproduction exacte de celle qui marquait le cœur du quartier grec de la Smyrne d’Anatolie, et qui a été détruite dans l’incendie de la ville.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Séparée de la tour clocher mais juste voisine, on trouve l’église de Néa Smyrni, une grande église élevée au rang de cathédrale depuis que le diocèse a été créé. L’intérieur est très classique pour une église orthodoxe. Notons cependant le remarquable travail du bois de l’iconostase, admirablement sculpté. Cette église est dédiée à Agia Foteini, Sainte-Photine, que l’on peut traduire par Sainte-Claire. Mais cette Claire-là n’est pas la sainte d’Assise, disciple de saint François. Selon l’Église orthodoxe, ce serait le nom de la Samaritaine, dont parle saint Jean au chapitre 4 de son évangile:

 

“Jésus, fatigué du voyage, était assis au bord du puits. C’était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit: Donne-moi à boire. Car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. La femme samaritaine lui dit: Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine? Les Juifs, en effet, n’ont pas de relations avec les Samaritains. Jésus lui répondit: Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire, tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive. […] Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es prophète. […] Je sais que le Messie doit venir (celui qu’on appelle Christ); quand il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit: Je le suis, moi qui te parle. Là-dessus arrivèrent ses disciples, qui furent étonnés de ce qu’il parlait avec une femme. Toutefois aucun ne dit Que demandes-tu? Ou De quoi parles-tu avec elle? Alors la femme, ayant laissé sa cruche, s’en alla dans la ville, et dit aux gens: Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait; ne serait-ce point le Christ?”

 

Ainsi convertie, la Samaritaine serait partie convertir d’autres Juifs ou des païens. Arrivée à Carthage (l’actuelle Tunis), elle y a subi le martyre. L’évangile ne donne pas le nom de cette femme, et le lien entre elle et la martyre de Carthage ne tient qu’à une tradition orale. Selon une autre tradition, orale elle aussi, cette Samaritaine aurait eu un fils, officier de l’armée romaine, chargé de poursuivre et de persécuter les chrétiens mais, secrètement converti, il aurait au contraire fait du prosélytisme, en convertissant beaucoup. Découvert, il aurait été martyrisé avec sa mère.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Je parlais des Grecs qui avaient dû quitter leur Smyrne natale, la Smyrne de leurs ancêtres, et qui s’étaient construit une maison ici, sur le sol grec, dans un quartier périphérique d’Athènes, à Néa Smyrni. 1922 ou 1923, aujourd’hui 2013, il y a quatre-vingt-dix ans de cela. Depuis, les promoteurs immobiliers sont passés. Lorsque des Grecs partaient pour l’étranger, les États-Unis, l’Australie, la France ou autre, ils vendaient leur maison, et les promoteurs se précipitaient pour l’acquérir. De même, les enfants grandis qui vivaient plus près du centre et qui ont mis en vente la maison de leurs parents décédés. Les promoteurs alors abattaient la construction, petite maison individuelle, pour bâtir un grand immeuble, infiniment plus rentable. C’était insuffisant, ils ont fait miroiter aux habitants un bénéfice énorme s’ils vendaient leur maison et son terrain, en échange de deux ou trois appartements dans l’immeuble qui allait être construit: un pour eux, en remplacement de leur maison, et l’autre, ou les deux autres, qu’ils pourraient louer afin de s’assurer un revenu supplémentaire. Nombreux sont ceux qui ont cédé au chant des sirènes. Et puis, comme les irréductibles Gaulois d’Astérix, il y a eu quelques irréductibles qui ont refusé toutes les offres, aussi alléchantes soient-elles. Ici ou là, on trouve encore quelques villas individuelles, avec un immeuble à droite, un immeuble à gauche, un immeuble derrière, et une ligne d’immeubles de l’autre côté de la rue.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Ici, dans la ville dont le centre, joli, sympathique, s’étend au pied de la colline de Sainte-Photine, on est orthodoxe et l’on regarde d’un mauvais œil le paganisme et son impudeur. La Municipalité de Néa Smyrni avait eu l’idée, sur ce socle de béton dans le bassin qui orne la place principale, de placer une statue d’Aphrodite vêtue, comme il convient à cette déesse, de sa peau pour tout vêtement. Beaucoup de gens, horrifiés de cette nudité qui offensait leurs pieux regards, ont exigé que la statue soit ôtée de ce lieu. Ne reste plus qu’un carré de béton… Tartufe s'était écrié:

"Couvrez ce sein que je ne saurais voir.

Par de pareils objets, les âmes sont blessées,

Et cela fait venir de coupables pensées."

Alors pensez! Ici, c'étaient deux seins, deux fesses, un ventre, et tout, et tout! Quelle horreur!

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

J’ai vécu près de soixante-dix ans sans m’être rendu compte d’un fait qui, aujourd’hui, me frappe. Avec mes parents d’abord, puis pour raisons professionnelles, j’ai souvent déménagé. Changeant de ville ou de quartier, on s’habitue en quelques semaines à un nouvel environnement, à de nouveaux visages. Retraité, me voilà embarqué avec Natacha à bord du camping-car, et depuis maintenant plusieurs années nous nous déplaçons de ville en ville. Il m’aura fallu cette expérience d’itinérance pour me rendre compte, en me fixant pour plusieurs mois à Néa Smyrni, combien il est important de rester quelque temps au même endroit. Ici, nous avons notre boucher, qui enveloppe la viande dans cet amusant papier (“Viandes et volailles grecques”, “Meilleure qualité, prix doux”), et qui, après m’avoir vendu paleron, basse-côte et autres morceaux qui m’avaient servi à préparer un bourguignon pour faire goûter une spécialité française à des amis grecs, m’a demandé si mon plat avait été apprécié. Nous avons notre boulangère, qui chaque jour m’accueille avec un grand sourire en lançant “Ti kanete;” (“Comment allez-vous?”) et n’attend pas que je demande mon pain, elle sait ce que j’achète habituellement. Au supermarché notre caissière habituelle, saisissant le paquet de lessive, ne le passe pas devant le scanner: “Vous n’avez pas vu? Cette même lessive, dans un autre package, vous offre un second paquet gratuit” et, se levant en abandonnant sa caisse, elle court nous chercher elle-même la lessive en promotion. Et ainsi de suite. Peut-être, après tout, suis-je le seul à ne pas avoir été conscient auparavant à quel point il est appauvrissant d’être un anonyme pour cent pour cent des personnes côtoyées pendant quatre ans.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Je disais que nous avions été invités par nos nouveaux amis pour le 25 décembre. Le 24 au soir, vers 21h, nous étions à la cuisine, sur le point de préparer notre réveillon à deux, quand nous entendons des chants dans la rue. Natacha va voir au balcon. Une procession! Nous laissons là nos préparations culinaires, nous saisissons de nos appareils photo et courons voir ce qui se passe. Alors que nous avons pris plusieurs photos et petits films en écoutant les chants, un homme nous met entre les mains un petit livret polycopié avec les paroles des cantiques. Et me voilà fredonnant les cantiques en grec. L’un d’eux est L’Enfant au tambour, que nous connaissons en français chanté par Nana Mouskouri. Du coup, nous voilà non plus à côté mais à l’intérieur de la procession, chantant à tue-tête. Me voilà Orthodoxe! Qui le croirait? Pendant trois heures, jusqu’à ce que nous revenions sur la place près d’Agia Foteini pour minuit, nous avons pris part à la procession à travers toutes les rues de Néa Smyrni. Pas de prêtres dans cette procession religieuse, ils attendaient près de l’église pour une brève oraison à minuit, rien que des laïcs. Que l’on se rappelle chez Alphonse Daudet, dans les Trois messes basses, Dom Balaguère supplicié par la tentation du démon Garrigou. Les prêtres de cette paroisse, se rappelant les paroles du Notre Père, “ne nous soumets pas à la tentation”, ont dû rester à humer les fumets du réveillon que cuisent leurs pieuses épouses.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Laissons là Néa Smyrni. Allons voir vers le centre d’Athènes. La presse française ne parle que de manifestations et de violences à Athènes. De queues devant les distributeurs de billets. De magasins sans rien à acheter. Légendes! Les magasins regorgent de marchandises de toutes sortes, s’il arrive que je fasse la queue devant un distributeur de billets c’est derrière une seule personne, les restaurants affichent complet. Certes la crise économique est bien là, il y a de plus en plus de pauvres dans la rue, d’autres qui ont encore un toit mais se serrent la ceinture, encore un peu au-dessus il y a ceux qui, peu raisonnables, tentent de maintenir leur niveau de vie en vendant leurs bijoux, il y a les jeunes couples qui reviennent vivre chez leurs parents et louent leur appartement. Mais pour qui, comme moi, reçoit chaque mois sa retraite payée par la France, la vie est tout à fait normale, les manifestations ne sont pas quotidiennes, loin de là, et s’il y a des violences, vitrines brisées, dégradations des façades, les excès sont malheureusement le fait de quelques individus incontrôlables, comme dans les manifestations à Paris ou ailleurs. Certes, il vaut mieux se tenir un peu à l’écart quand elles ont lieu sur la place Syntagma ou dans les environs immédiats. Partout ailleurs, on se sent parfaitement en sécurité. À quoi bon décourager les touristes? On les prive de vacances plaisantes, on prive la Grèce de son principal revenu, et par contrecoup on aggrave l’aide que les contribuables européens fournissent au pays.

 

Ici, passe rue Stadiou une manifestation pacifique. Sur le calicot, il est dit “NON aux licenciements”. Les manifestants, stoïques sous la pluie de ce dix octobre, se dirigent en bon ordre vers la place Syntagma.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Le sénat, je l’ai dit, occupe l’ancien palais royal. La princesse d’Oldenbourg (1818-1875) est devenue la reine Amalia de Grèce par son mariage avec le roi Othon Premier en 1836, le premier souverain de la Grèce libérée du joug ottoman. Elle s’est attachée à créer au flanc du palais royal un vaste jardin qui est aujourd’hui un agréable parc public, le Jardin National, aussi appelé Parc Amalia. Dans un enclos du parc on peut voir des animaux divers, dans un bassin des tortues, dans un autre des poissons, au gré de la promenade dans les allées on peut admirer de superbes arbres exotiques dotés de l’étiquette qui indique leur origine et leur nom en grec et en latin.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Mais dans ce pays il n’est pas possible de creuser un tunnel de métro, des fondations de maison, une tranchée pour passer une ligne téléphonique ou une canalisation d’eau sans tomber sur quelques objets vieux de deux ou trois millénaires, voire sur les ruines de thermes ou de maisons antiques. Dans certaines parties du jardin on a retrouvé des tombes de 1100 à 900 avant Jésus-Christ, d’autres des périodes classique, hellénistique, romaine. On a aussi mis au jour des fragments de l’aqueduc qui amenait l’eau à Athènes. C’était ici un quartier périphérique de la ville, situé au-delà des murs de Thémistocle. Dans cette partie nord-ouest du jardin, a été découverte une luxueuse demeure des quatrième et cinquième siècles après Jésus-Christ dont les murs avaient été peints de fresques et dont les sols étaient revêtus de mosaïques. Les fouilles avaient été menées de 1840 à 1850, et la reine Amalia les avait fait couvrir d’un toit pour offrir des banquets dans ce qu’elle appelait “le salon de jardin”.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

De la place Syntagma partent deux avenues (leoforos, en grec) qui longent le Jardin National, toutes deux nommées en l’honneur d’une reine (vasilissa, en grec), leoforos Vasilissis Sofias à l’ouest et leoforos Vasilissis Amalias au sud. Le long de la clôture du jardin, dans cette seconde avenue, on voit trois statues, des bustes représentant des hommes à l’aspect tout à fait antique. Ce sont les trois poètes tragiques grecs classiques, de gauche à droite Eschyle, Sophocle et Euripide.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Un regard sur le métro d’Athènes que, en fait, j’ai déjà montré par ailleurs. Mais mes deux premières photos ci-dessus montrent une station nouvellement ouverte sur la prolongation d’une ligne, c’est la station Anthoupoli. À noter deux choses, à la fois la propreté impeccable (pour répondre à ceux qui disent qu’à Athènes le métro est répugnant) alors que nous sommes en plein après-midi, et l’aménagement moderne et lumineux.

 

Sur la troisième photo, c’est la station Stathmos Larisis, Gare de Larissa. Qui m’amuse toujours avec ses sièges en forme d’hommes assis, et entre les rangées de sièges des représentations d’hommes en foule attendant debout le passage de la prochaine rame.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Dans nombre de stations de métro, au mur un écran donne le saint du jour et le bulletin météo du jour ainsi que les prévisions pour les jours suivants, et aussi des publicités. Publicité pour le métro et les autres transports en commun, ou surtout film de publicité pour le tourisme en Grèce. Jamais de produits industriels, voitures Toyota ou dentifrice Colgate. Et ces petits films touristiques mettent surtout l’accent sur le ciel bleu, sur le soleil et sur la mer. C’est vrai que le climat de la Grèce est plus clément que celui de bien des pays plus au nord ou plus continentaux, c’est vrai que la mer y est tempérée, mais enfin le pays recèle aussi tant et tant de merveilles autres que celles de la plage! Une petite allusion à Delphes, une autre au Parthénon, et hop, retour à la mer. Et puisque tout le monde sait que Santorin est une ville toute blanche perchée sur une falaise, je ne suis pas sûr que cela amènera plus de touristes. Mieux vaudrait montrer le lac Prespa ou le temple de Vassès, merveilleux et plus méconnus.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Dans le tram aussi, il y a un écran. Là les publicités s’adressent davantage aux Athéniens. Ici je ne pouvais m’abstenir de prendre une photo, puisqu’en cette fin d’année on donne, au Théâtre National, Philargyros (textuellement “celui qui aime l’argent”, autrement dit L’Avare de Molière).

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Nous sommes toujours à Athènes, près de la Bibliothèque d’Hadrien et du forum romain. Encore une fois, en creusant on a découvert de nouvelles ruines. Encore un bâtiment monumental de l’époque d’Hadrien (117-138 après Jésus-Christ). C’était, construit sur les restes d’édifices de la fin de l’époque hellénistique et du début de l’époque romaine, un immense bâtiment de forme basilicale, long semble-t-il de 85m et large de 40, qui abritait selon certains un autel commun à tous les dieux (ou panthéon, mot ici employé dans son sens étymologique) dont parle Pausanias, ou selon d’autres le lieu de rencontre des représentants des cités-états, mais dans l’un et l’autre cas bâtiment créé par l’empereur Hadrien.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Lorsque, du métro, on se dirige vers l’Acropole, on prend la rue de Denis l’Aréopagite avant de prendre l’allée sur la droite. Mais si l’on continue sur cette rue jusqu’au bout, on arrive au pied de la colline de Philopappos, que j’ai déjà eu l’occasion de décrire (mon article Fête nationale à Athènes, daté 23 mars 2011), avec la caverne qui a servi de prison à Socrate lors du procès qui a entraîné sa condamnation à mort par absorption de ciguë.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Au pied de cette colline, avant de monter vers cette prison de Socrate puis vers le monument qui se dresse au sommet, on est passé devant une belle petite chapelle byzantine, Agios Dimitrios Loubardiaris, avec sa croix penchée.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Poursuivons notre promenade au hasard dans Athènes. Nous trouvons ce buste du célèbre Nikos Kazantzakis, auteur, entre autres, d’Alexis Zorba d’où a été tiré le film Zorba le Grec.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Nul n’ignore l’histoire selon laquelle un soldat grec a couru de Marathon à Athènes, en 490 avant Jésus-Christ, pour annoncer la victoire des Grecs menés par Miltiade sur l’armée perse de Darius et que, épuisé, à peine la nouvelle donnée, il est tombé mort. Aujourd’hui, on court le marathon à Paris, à New-York, partout, mais on continue de le courir aussi de Marathon à Athènes, sur le vrai itinéraire. Ce panneau est placé au kilomètre 41 de la course.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Athènes dispose d’un très bel opéra, un établissement doté de plusieurs salles de concert ou de théâtre, le Mégaro Mousikis, où nous avons eu plusieurs fois plaisir à nous rendre pour divers spectacles ou concerts. Notamment, nous avons assisté à ce spectacle de danse de la Française Sylvie Guillem qu’annonce cette affiche. Ma seconde photo montre la grande salle de concert. L’acoustique est excellente, et le confort aussi. Le public athénien est mélomane, la salle est généralement pleine, plusieurs jours avant chaque concert il est inutile de chercher à acheter une place, les amateurs de musique ont déjà tout réservé. À tel point que se construit actuellement en dehors de la ville un nouveau complexe gigantesque avec un opéra encore plus grand.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Quittons à présent le centre d’Athènes pour prendre la Rue du Pirée. Cette façade de bâtiment, qui jouxte un autre bâtiment couronné de ces deux statues, a été peinte en bleu, à l’image du papier qui enveloppe une tablette de chocolat que l’on trouve partout en Grèce, de la marque Pavlidou Ygeias, qui existe depuis 1841 comme peint en grand, et qui, entre autres, a obtenu à Paris une médaille d’argent en 1878 et une médaille d’argent et une autre de bronze en 1889. Et c’est vrai qu’il n’est pas mauvais du tout.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

De l’appartement que nous avons loué à Néa Smyrni, j’ai dit qu’il suffisait de descendre de la colline pour trouver une station du tramway qui va au centre de la ville, place Syntagma. Mais il nous est souvent arrivé de le prendre dans l’autre direction pour nous rendre en un lieu fort sympathique, Palaio Faliro, le Vieux Phalère. Avant la construction d’un nouveau port d’Athènes au Pirée, au cinquième siècle avant Jésus-Christ, Phalère était le port d’Athènes. Aujourd’hui, il y a une très plaisante promenade qui longe la mer, et qui se termine par une marina et de petits restaurants de poisson que nous avons souvent fréquentés, bons et d’un prix très raisonnable. Sur la promenade, nous rencontrons d’abord cette grande statue équestre de Constantin XI Paléologue, le dernier empereur byzantin avant la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. On sait que pour les historiens, qui ont besoin de dates précises pour délimiter les époques, cette prise de Constantinople marque la fin du Moyen-Âge. Avant Constantinople, une grande partie de la Grèce était déjà tombée aux mains des Turcs, et ce dernier empereur marque la fin d’un monde.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Sans parler des pays où il est d’usage de briser la glace pour se baigner, comme dans le nord de la Russie, sous des cieux au climat doux on aime bien se plonger dans la mer sans que ce soit une performance particulière, tout simplement parce que l’on aime bien se baigner et que l’eau n’est pas froide. C’est le cas à Phalère, où j’ai pris ma photo le 12 janvier 2014. Ces gens que l’on voit sur la plage en train de sortir de l’eau n’ont pas sacrifié à je ne sais quelle tradition du premier janvier ou de Noël, non, seulement c’est dimanche, ils ont apporté leur pique-nique sur la plage et ont pris un bon bain avant de déjeuner. Un autre, à droite sur la photo, est en train de se doucher pour dessaler sa peau avant de se rhabiller.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

En regardant une carte du monde, la mer c’est l’Atlantique ou le Pacifique, tandis que la Méditerranée fait figure de mare aux canards. Il suffit de lire l’Odyssée d’Homère pour être convaincu que ce n’est pas une mer si calme que cela. Les naufrages y ont été fréquents, il peut s’y lever des vagues gigantesques. Sur mes photos ce n’est pas une tempête, mais il y a des vagues, du vent, et si l’on se promène trop près du bord on risque de se faire sérieusement saucer. Mais le spectacle vaut le coup d’œil.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Cette médaille de bronze sur cette stèle représente, dit le texte gravé, Phalère, fils d’Alcon, fondateur de Phalère. Ce héros légendaire est en effet l’éponyme de la ville. En grec Phaléros, est l’un des Argonautes compagnons de Jason pour la conquête de la Toison d’Or. Il a combattu les Centaures aux côtés de Thésée et de Pirithoos. Dans son enfance, il avait été attaqué par un serpent qui s’enroulait autour de lui, mais son père Alcon, dont les flèches ne rataient jamais leur but, tua le serpent sans le toucher.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Tout aussi lié à l’Antiquité, mais contemporain de notre époque, c’est le grand archéologue Manolis Andronicos (1919-1992). On lui doit, entre autres, les fouilles de Vergina et la découverte de la tombe du roi de Macédoine Philippe II, le père d’Alexandre le Grand. Voir à ce sujet mon article Vergina (Aigai) daté du 1er juillet 2012. Sur le socle, la plaque précise que le buste de bronze a été offert par le Rotary Club de Palaio Faliro.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Avant de quitter Phalère, cette affiche amusante. Le long de la promenade, un espace clos annonce “Parc pour chiens”. Il est demandé de mettre dans les bacs à ordures les restes de café, de nourriture, les mégots ainsi que les déjections de chiens (ta kakakia tôn skylôn). Mais j’aime bien le dessin qui représente un chien ramassant ses crottes.

 

Désolé, je ne peux m’empêcher de glisser ici un peu de phonétique parce que l’histoire du mot m’amuse. En grec, l’adjectif mauvais se dit kakos. Un adjectif utilisé au neutre pluriel désigne des choses: le grec “ta kaka” veut dire “les [choses] mauvaises”, les saletés. Les mères employaient donc ce mot, au neutre pluriel, avec leurs enfants pour désigner les excréments. Arrivent les Romains. Ils ont le snobisme d’employer des mots grecs, quand ils ne s’expriment pas du début à la fin en grec. Tout naturellement, ils ont adopté ce mot, et ont créé le verbe “cacare”, pour dire “faire ses besoins”. Phonétique: en début de mot latin, CA- devient CHE- en français (cf. caballus, cheval); entre deux voyelles, le -C- latin devient le son -Y- (qui peut être écrit avec Y ou I, cf. locare, loyer); ainsi, cacare devient cheier, et en français moderne chier. L’usage de ce verbe est plutôt vulgaire aujourd’hui, mais son origine ne l’est nullement, et remonte à un passé fort ancien venu jusqu’à nous à travers le langage de Romains qui, au contraire, se piquaient de culture et de distinction en empruntant le vocabulaire d’une langue respectée et admirée.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Poursuivons notre promenade. Là-bas bouchant l’horizon, c’est la colline d’Aegaléo. Tout à l’heure, j’ai parlé de la victoire grecque de Marathon sur les Perses, mettant fin à la Première Guerre Médique en 490 avant Jésus-Christ. Dix ans plus tard, en 480, Xerxès, le fils de Darius, revient. Il prend Athènes et la ravage, mais va être défait à la bataille navale de Salamine, une île proche de la côte dans le Golfe Saronique. Il est dit que c’est du haut de cette colline d’Aegaléo que Xerxès a observé le déroulement de la bataille, et qu’il a vu sa flotte anéantie par les Grecs.

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Partons dans une autre direction, vers le sud d’Athènes. Nous voici à l’aéroport international. Juste deux images. La première où l’on voit la statue d’une adolescente, copie d’un original qui se trouve au musée de Vravrona (Brauron), le sanctuaire d’Artémis non loin d’ici, pour montrer aux visiteurs débarquant de l’avion après avoir survolé une mer bleue que la Grèce, ce sont aussi des antiquités. La seconde photo montre la variété des destinations, Abou Dhabi, Francfort, Istanbul, Paris Charles-de-Gaulle, Vienne, Kiev, Dubaï, Varsovie, Stuttgart, ainsi que des destinations de Grèce, Cythère (île au bout du Péloponnèse), Santorin (célèbre Cyclade), Chania (côte nord-ouest de la Crête).

 

Ce passage à l’aéroport est triste, nous avons raccompagné ma sœur et mon beau-frère venus passer une semaine avec nous. Ils sont dans l’avion Air-France affiché pour Paris, décollage prévu à 15h00. Embarquement terminé, il est 14h56…

Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014
Athènes et Néa Smyrni. D’octobre 2013 à mai 2014

Pour terminer, je vais sortir d’Athènes par la route de Corinthe. Juste avant d’arriver à la mer et à toutes les industries, pétrole en particulier, qui gâchent le paysage et agressent l’odorat, sur la droite un panneau indique un sanctuaire d’Aphrodite (Aphrodite, vous savez, celle qui a dû quitter son socle de Néa Smyrni parce qu'on l'a priée d'aller se rhabiller).

 

Une rue, je me gare. De constructions, il ne reste pas grand-chose, juste quelques blocs de pierre épars et un petit bout de mur. Mais ce qui est intéressant, c’est le gros rocher au fond du champ, qui est tout creusé de petites niches. Aucune explication de spécialistes n’est affichée, sans doute s’agit-il des emplacements où l’on déposait son ex-voto. Certes ce site n’est pas exceptionnel, mais puisqu’il est sur la route il vaut bien de s’y arrêter cinq minutes. Et que ne ferait-on pas par dévotion à la grande Aphrodite?

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Published by Thierry Jamard
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