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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 23:55

Déjà lors de notre visite de 2011 (mon article Délos. Mercredi 17 août 2011) nous avions visité ce musée au pas de course. Aujourd’hui, n’ayant même pas eu le temps de voir, sur le site de l’île, la totalité de ce que nous avions manqué la dernière fois, loin de là, notre visite du musée avant que la sirène du bateau nous rappelle que nous devions courir pour sauter à bord a été encore plus brève et bâclée. C’est d’autant plus dommage que les fouilles ont fourni au musée une foule d’objets et d’œuvres d’art tous plus intéressants les uns que les autres, et que chacun réclame un temps fou pour comprendre ce que l’on voit parce que les commentaires du musée sont soit absents, soit regroupés sur des panneaux loin des objets, dont il faut noter la référence pour s’y reporter sur le panneau. Conclusion: une troisième visite de Délos serait absolument nécessaire, mais je crains bien que nous ne puissions la programmer. Voici donc un tout petit complément de ce que j’ai montré la dernière fois.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Ah non, ce n’est pas seulement un complément, parce que ces fameux lions de l’esplanade, qui remontent à la fin du septième siècle avant Jésus-Christ, réclament qu’on les montre à chaque fois. Leurs copies sur le site, les lions authentiques à l’abri au musée.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Ce beau kouros est du cinquième siècle avant Jésus-Christ, peut-être vers 460-450, avec sa musculature bien dessinée. Il provient d’un atelier de Naxos.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette Héra dignement assise sur un trône est, quant à elle, l’œuvre d’un atelier de Paros qui a subi l’influence des ateliers attiques. Elle date des alentours de 500 avant Jésus-Christ.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Ces peintures dont le mouvement est plein d’expression ne font malheureusement l’objet d’aucune explication de la part du musée. Où les a-t-on trouvés, de quand datent-ils, à quel style peut-on les rattacher, autant de questions auxquelles je n’ai pas de réponse. Ce n’est pas une raison pour que je les passe sous silence: les voici donc.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Il en va de même pour ces peintures murales non commentées, non expliquées. Mais je ne crois pas trop m’avancer en disant qu’elles ont probablement été trouvées dans des maisons du quartier du théâtre, ce qui les ferait dater du deuxième ou du premier siècle avant Jésus-Christ, ou disons plus globalement de l’époque hellénistique.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Nous n’avons pas vu, sur le site, le Temple des Athéniens; mais ici cette grande sculpture bénéficie d’un commentaire qui nous dit qu’il s’agit de l’acrotère central du fronton est du Temple des Athéniens, daté 425-417 avant Jésus-Christ. Elle représente Borée et Orithye. Borée, c’est un dieu de la génération des Titans, qui incarnent les forces de la nature. Lui, c’est le vent du nord. Il, règne sur la Thrace, que les Grecs considèrent comme une région particulièrement froide. On appelle Hyperboréens (“au-delà de Borée”) les peuples qui habitent des régions lointaines vers le nord. Par exemple, l’ambre était importé de chez les Hyperboréens, et il se pourrait que cette résine fossile leur ait été vendue par des habitants de ce qui constitue aujourd’hui la Pologne ou la Lituanie. Par ailleurs, de nos jours, le vent du nord qui souffle parfois en tempête sur la ville de Trieste en Italie s’appelle “la Bora”, mot dont l’origine est rattachée, à n’en pas douter, au dieu Borée. Orithye, elle, c’est la fille d’Érechthée, le premier roi d’Athènes. Un jour que cette charmante jeune fille dansait avec ses amies sur le bord de l’Ilissos, le fleuve d’Athènes, voilà Borée qui arrive et qui l’enlève. C’est le sujet de cette sculpture. De part et d’autre, à l’origine, le groupe représentait deux compagnes d’Orithye qui fuient, effrayées, et en-dessous il y a aussi un animal qui fuit, dont on voit l’arrière train sur ma photo. Borée, donc, s’est saisi d’Orithye, il l’a emmenée en Thrace dans son royaume, et le fruit de ce viol, de ce rapt car l’union a duré et l’histoire ne dit pas si la jeune femme s’est accommodée de son sort, a été la mise au monde de deux garçons, Calais et Zétès, et deux filles, Cléopâtre et Chion.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette nymphe à l’élégant déhanché et dont le sculpteur a bien rendu le léger tissu qui colle à son corps, provient de la Maison de l’Hermès. Dans cette maison, un rocher sourd du sol de l’un des côtés de l’atrium, et ce rocher est creusé de deux niches dont l’une comporte une faille d’où coule de l’eau (encore de nos jours). Cette statuette de nymphe, divinité des eaux douces, haute de quatre-vingt-douze centimètres, protégeait cette source. Hellénistique des alentours de 300 avant Jésus-Christ, elle semble bien être une copie d’œuvre originale de la fin du quatrième siècle.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette mosaïque de sol est de la fin du second siècle avant Jésus-Christ ou du début du premier; elle provient du complexe d’habitations situé au nord du sanctuaire d’Apollon, et plus précisément de la dite Maison des Bijoux. À gauche, un casque sur la tête et une chouette à la main, on n’a aucun mal à reconnaître Athéna. À droite, cet homme nu en chlamyde porte sur la tête, si l’on regarde bien, un pétase, c’est Hermès. Mais au centre, de cette divinité assise sur un trône il ne reste presque plus rien, ce qui rend impossible son identification. Et comme elle semble bien, par sa position, être le personnage principal de la scène, on ne peut dire quelle est la légende à laquelle elle se rapporte.

 

Avare d’informations sur chacune des statues ou chacun des objets présentés, le musée affiche au contraire des explications générales extrêmement intéressantes. Ici, il est dit que, considérant le bas coût de la main d’œuvre et au contraire le coût élevé du marbre, les sols de mosaïque utilisant des résidus de taille de pierre, construction ou sculpture, voire des fragments de céramiques brisées, sont les plus économiques malgré le très grand nombre d’heures de travail qu’ils nécessitent. Le mosaïste venait travailler sur place avec ses assistants, et il plaçait les tesselles sur un lit de mortier préparé à l’avance. Non seulement ces sols très décoratifs étaient meilleur marché, mais en outre ils étaient faciles à entretenir.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Un silène est un satyre âgé. En grec, πάππος (pappos) c’est le grand-père. Le personnage représenté par cette statue datée de la deuxième moitié du deuxième siècle avant Jésus-Christ est appelé un papposilène. Mais en fait, il représente plutôt un acteur grimé en papposilène, à l’aide d’une peau de mouton sous son himation. Il tient, jetée sur son épaule gauche, une outre (les silènes aiment le vin), et dans sa main droite on voit un tympanon, instrument de musique circulaire tendu de cordes comme une cithare.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Quoique brisé à l’endroit fatidique, ce Priape en forme de stèle hermaïque provenant du quartier du théâtre et datant de la fin du second siècle avant Jésus-Christ ou du début du premier était visiblement ithyphallique, ce qui est curieux car en le regardant au niveau de la poitrine on se rend compte qu’il est hermaphrodite. Une poitrine menue, des attributs masculins très prononcés, y compris la barbe, mais hermaphrodite quand même, ce qui renforce encore son caractère de divinité de la fertilité.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

C’est de la fin du deuxième siècle avant Jésus-Christ que date ce Dionysos nonchalamment vautré sur un magnifique trône, dans une position d’abandon qui aurait fait jaser sur sa mauvaise éducation dans les salons huppés du dix-neuvième siècle. Jusqu’au cinquième siècle, Dionysos était un dieu viril et barbu. Par la suite, il apparaît nu, avec un corps délicat, de longs cheveux tombant sur ses épaules. Rien d’un guerrier musclé, rien d’un athlète, rien non plus d’un dieu digne et imposant. C’est lui qui, à travers l’ivresse ou à travers la fiction du théâtre, permet aux humains de voir le monde tel qu’ils le créent, ce qui les rend semblables à des dieux le temps de l’ivresse ou le temps de la représentation. Il était particulièrement honoré à Délos et à Mykonos.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

En août 2011, j’avais montré une danseuse de terre cuite. Il y en avait deux, je montre aujourd’hui l’autre danseuse. Il s’agit de représentations d’Aphrodite. Comme beaucoup des objets provenant des habitations de Délos, ces statuettes pleines de grâce datent de la fin du second siècle avant Jésus-Christ ou du début du premier.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette Cybèle est dite, de façon plus vague, d’époque hellénistique. Sur son beau trône ouvragé, cette statuette a été sculptée dans un marbre blanc recouvert de peinture polychrome dont il ne reste que quelques traces. Bien droite contre son dossier, l’air sévère, le bras gauche levé, cette Cybèle n’a rien à voir avec le Dionysos avachi ou l’Aphrodite dansant que je montrais précédemment.

Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014
Délos, musée archéologique. Vendredi 18 avril 2014

Cette tête féminine porte un voile. Le visage est assez abîmé, mais je lui trouve cependant une touchante beauté expressive, et c’est pourquoi je terminerai avec elle ce bref passage au musée archéologique de l’île de Délos. Ni sur la plaque laconique dans le musée, ni dans aucun de mes livres, je n’ai trouvé de commentaires sur cette statue, mais je suis tombé, dans la Revue des Études Anciennes, numéro 3 du volume 99 de l’année 1997, sur un article de Jean Marcadé portant sur une autre sculpture. Il y dit:

 

“J’étais encore membre de l’École française [d’Athènes] quand le regretté N. M. Kontoléon, alors en charge des Cyclades, obtint le retour à Délos d’une grande tête féminine voilée, en marbre, provenant des premières fouilles de Th. Homolle. […] J’avais été frappé […] par les analogies existant entre cette tête voilée colossale et la tête voilée de l’effigie de taille réduite A4129”. En annexe de l’article, il publie notre sculpture portant le numéro d’inventaire A7493 de face et sous chacun de ses profils (que je reproduis ci-dessus), et aussi la statue A4129 que je reproduis ensuite et qui, elle, est le sujet de son article. Ces deux pages de photos appartiennent à l’EFA (École française d’Athènes) et Ph. Collet. Parce que, par la suite, notre auteur parle de ces statues par leur code, il convient de bien se rappeler que ma photo est la A7493, et que sa statue en pied avec laquelle il la compare est la A4128. Il continue:

 

“Même disposition du voile entraîné un peu plus vers la tempe gauche, même ordonnance de la coiffure aux fines mèches ondulées, même torsion sensible du cou vers la droite accompagnée d'une légère inclinaison du visage, même ovale régulier où le menton petit et charnu se détache sous la bouche petite, expression grave, sinon mélancolique, dans les deux cas. Dans les deux cas aussi, on pense à une tête divine plutôt qu'à un portrait, fût-il de reine. A7493 a été trouvé près du Temple des Athéniens et A4129 fait partie d'un lot dans lequel figurent essentiellement des divinités. Il est très concevable que, dans ce dernier ensemble, auprès d'Apollon, Artémis et autres patrons de l'île, ait été présente telle déesse matronale qui avait déjà une effigie majeure dans le grand sanctuaire. Certes, entre la date d'exécution de la statue A4129 et celle de la tête A7493, on peut supposer un certain écart chronologique: la facture et l'esprit de la sculpture paraissent quelque peu différents. Pour ne parler que des têtes, le rendu du visage, plus juvénile peut-être, mais surtout plus mièvre, de A4129, et le sfumato du regard embué ne surprennent pas dans la dernière partie du IIe siècle av. J.-C., tandis que A7493 garde, dans sa majesté et dans son expression teintée de pathétique, le souvenir d'une création proche encore des modèles du second classicisme: le friselis minutieusement détaillé des mèches fines, séparées au-dessus du front triangulaire par une médiane raie, qui couvrent le haut des oreilles, le bandeau d'étoffe qui les maintient, rappellent d'ailleurs les Praxitelia capita. Des nuances sont sensibles; il reste malgré tout entre les deux œuvres déliennes une indéniable parenté, que l'interprétation à deux échelles très différentes ne suffit pas à effacer”. Son sujet n’est pas la sculpture que je montre, il parle ensuite d’autre chose. Il y revient pourtant plus loin:

 

“Les premiers éditeurs pensaient avant tout aux monuments funéraires du IVe siècle à propos de cette figure féminine drapée à la tête couverte. En l'occurrence, je crois plutôt que ce sont les reliefs votifs ou politiques qui mériteraient d'être pris en considération, et les représentations qui attestent la continuité d'une typologie de divinités péplophores du premier au second classicisme. Pour Athéna, pour Artémis long vêtue, la chose est manifeste […]. Seulement, si l'on peut croire que le corps auquel appartenait la tête A7493 reflétait assez fidèlement une œuvre du second classicisme […], l'interprétation finale du dernier quart du IIe siècle avant J.-C. […] n'en donne plus qu'une laborieuse reprise provinciale, artisanale, fort éloignée d'un véritable style classicisant. À quelle personnalité divine avons-nous à faire? À l'origine, dans le cercle (supposé) d'Euphranor, il pouvait s'agir de Léto et, à l'époque de l'Indépendance détienne, c'est le nom de Léto qui viendrait spontanément à l'esprit pour la tête A7493 réputée avoir été trouvée près du Temple des Athéniens. Héra, traditionnellement honorée à l'écart, sur les pentes du Cynthe, est moins probable. Déméter serait une meilleure candidate en raison de l'expression du visage […, mais A4129] paraît trop juvénile et la position de ses bras exclut trop évidemment un sceptre pour qu'on retienne l'identification avec Déméter du moins dans la version finale.

 

Eh bien voilà. Lieu de découverte, datation, tentative d’identification, nous sommes renseignés de façon satisfaisante, de la part d’un spécialiste qui a pris part aux fouilles.

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Published by Thierry Jamard
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