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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 23:55

Dans mon précédent article, nous avons vu des icônes du musée byzantin d’Athènes, et j’ai réservé pour le présent article les “objets” de ce musée. Toutefois, j’y inclus deux peintures, parce qu’elles sont spéciales et me donnent l’impression d’être mieux à leur place ici. Tant et tant de choses… Comment faire un choix? Et quel ordre suivre? J’ai classé mes choix en trois grandes périodes: d’abord, l’antiquité tardive, le paléo-christianisme, puis le moyen-âge jusqu’à la fin de l’Empire byzantin et l’arrivée des Turcs (pour Constantinople, c’était 1453, mais les conquêtes ottomanes avaient commencé avant), et enfin l’époque moderne du quinzième siècle au vingtième. Dans chacune de ces périodes j’ai vaguement suivi un ordre chronologique, bouleversé par un classement par thèmes. Mais assez de préambule, visitons le musée.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Le musée byzantin d’Athènes est hébergé dans un beau bâtiment, la villa Ilissia, construite par l’architecte Stamatis Kléanthis pour la duchesse de Plaisance, Sophie de Marbois-Lebrun, qui voulait en faire sa résidence d’hiver. Les travaux se sont achevés en 1848, mais la duchesse est morte en 1854 et pour des raisons que je ne connais pas, sa villa est alors tombée entre les mains de l’État qui en a fait l’école des cadets. Cela n’a duré que trois ans, mais par la suite elle a été utilisée de diverses façons par l’armée. Ce n’est qu’en 1926 que la villa Ilissia a été consacrée au musée byzantin, et c’est l’architecte Aristote Zachos qui a été chargé de transformer et d’adapter les bâtiments à cet usage.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

C’est en accord avec le conservateur de l’époque, Georgios Sotiriou, que Zachos a aménagé au rez-de-chaussée trois reconstitutions d’églises, une paléochrétienne, une byzantine, une post-byzantine. Une longue rénovation entreprise en 2003 a modifié également la structure, et une seule de ces trois églises a été conservée, la basilique paléochrétienne, que montrent les photos ci-dessus.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

L’une des salles du rez-de-chaussée (précédemment l’une des reconstitutions d’églises) est consacrée aux expositions temporaires. En cette année 2013, on célèbre le deux centième anniversaire de la naissance du philosophe danois Søren Kierkegaard (1813-1855), ce théologien protestant précurseur de l’existentialisme. L’artiste Kalliopi Lemos, qui a étudié et qui vit à Londres, a réalisé ce bateau en bois de châtaignier poli de 3,47 mètres de long, avec douze figures de sel et résine, qui s’intitule, nous dit-on, Passages de substance. Kierkegaard, qui s’est violemment attaqué au protestantisme d’État en réclamant l’accomplissement religieux personnel, est à l’opposé de la religion orthodoxe qui s’est maintenue malgré la chute de Byzance pour qui la religion passe par l’intermédiaire de l’Église. Ces figures grimaçantes souffrent de la dure traversée de la vie.

 

Il me semblait bien avoir déjà vu cette sculpture. C’était dans la mosquée de la citadelle de Réthymnon, en Crète. Dans mon article consacré à cette ville daté du 14 au 16 juillet 2011, je ne parle que du Grand Œuf et des Déesses poilues, de cette même Kalliopi Lemos, parmi les sculptures d’elle qui étaient exposées là, mais en consultant mon dossier de photos du 16 juillet j’ai constaté que j’avais en effet vu ce bateau de châtaignier. Il était dit qu’il avait été réalisé de 2008 à 2011 et qu’il s’appelait Bateau d’Ulysse… Je suis allé sur le site de Kalliopi Lemos, et j’y ai reconnu cette sculpture; j’ai vu confirmation de la date de 2011, soit deux ans avant cet anniversaire de Kierkegaard, et qu’elle s’y intitule, encore aujourd’hui, Bateau d’Ulysse. Cette réutilisation et ce changement de nom sont très intéressants et instructifs, car on peut y voir une interprétation kierkegaardienne du voyage d’Ulysse, qui dure dix ans et le tient seul face à lui-même et face aux dieux.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Deux stèles funéraires taillées dans le calcaire, toutes deux datées troisième ou quatrième siècle. Dans ce musée byzantin nous envisageons l’aspect religieux, bien sûr, or le troisième siècle s’achève avec des persécutions contre les chrétiens, et le quatrième commence avec les terribles persécutions de Dioclétien. Puis vient la conversion de l’empereur Constantin et l’édit de Milan en 313 qui établit la liberté de culte; c’est aussi la création de Constantinople, Constantinou-Polis, “Ville de Constantin”, sur la vieille Byzance des Grecs. En 361-363 règne l’empereur Julien, dit l’Apostat parce qu’élevé dans le christianisme il rétablira le paganisme polythéiste dans l’Empire. C’est dans cette période de va-et-vient que se situent ces stèles.

 

La première représente une femme en position d’orante. On remarque qu’elle se trouve entre deux chacals assis à ses pieds. Or le chacal est la personnification du dieu égyptien Anubis, dieu des morts, dont on trouve la représentation sur maints sarcophages, sur maintes peintures murales funéraires, sur maints papyrus. Cette stèle, la suivante et quelques autres objets ci-dessous appartiennent à l’art copte. Les Coptes –ce nom, c’est le mot “Aigyptos”, “Égyptien” déformé par la langue arabe– ce sont ces populations chrétiennes d’Égypte dès avant la conquête arabe musulmane de 642 (vingt ans après l’Hégire du prophète Mahomet). Et même si cette stèle est païenne, elle est marquée par l’art copte. Je disais bien que le nom de Copte s’appliquait en Égypte longtemps avant la conquête de 642.

 

La seconde stèle représente deux personnages, peut-être un homme et une femme, un bras levé. Le musée dit qu’ils se donnent la main, mais il semble que le sculpteur qui a gravé la pierre ait volontairement fait se croiser leurs poignets. Par ailleurs, je note que si leurs visages sont bien de face dans le prolongement de leurs corps, leurs pieds sont tournés sur le côté selon le style égyptien traditionnel, ils sont donc censés se regarder ou aller l’un vers l’autre. À l’époque les chrétiens n’utilisent pas encore couramment la croix comme symbole de leur croyance, mais plutôt le chrisme; or ici ni croix, ni chrisme. C’est donc également une stèle païenne, très probablement.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette bague à l’anneau de fer et à la pierre de cornaline est du quatrième siècle. C’est encore un objet païen car la représentation en est le dieu Dionysos. Aujourd’hui une femme peut bien porter une bague représentant Dionysos ou Aphrodite, et être chrétienne ou athée, cela ne veut rien dire, c’est un bijou et rien d’autre, mais en cette époque où le christianisme veut étouffer l’ancienne religion polythéiste et où le paganisme revendique ses droits avec énergie, il n’est pas question de porter sur soi les signes apparents de la religion “d’en face”.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette petite plaque d’ivoire sculptée en très bas-relief témoigne, au cinquième ou même au sixième siècle, de la survivance des anciens cultes puisqu’elle représente la déesse Vénus. Il est dommage que le musée n’en dise pas plus à son sujet, notamment dans quel pays elle a été trouvée (mais elle est dans la salle des objets coptes), et dans quel contexte: tombe, temple, villa privée…

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Ici en revanche, cette statuette funéraire sculptée dans le calcaire dans un style un peu fruste, et que le musée ne date pas, porte au cou une petite croix. Il s’agit donc clairement d’une sépulture chrétienne, mais qui a conservé les usages antiques d’ensevelissement du défunt avec des objets qui lui sont offerts pour l’au-delà. Le mélange, dans l’art copte, des éléments hérités de l’art grec et de l’art égyptien sont intimement mêlés dans une même œuvre, comme la présence des chacals auprès d’une orante typiquement grecque, ou les pieds de profil pour des têtes de face sur des corps dessinés à la grecque, ou encore une Vénus, en Aphrodite grecque, dans un décor égyptien, mais dans cette figurine je ne reconnais ni le style grec, ni le style égyptien.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Curieuse, cette tête de Méduse sculptée sur une plaque de marbre, parce que la plaque est à double face et, de l’autre côté, elle représente une croix chrétienne. Trouvée à Léchaio, près de Corinthe, elle date du cinquième ou du sixième siècle. En l’absence de toute interprétation donnée par le musée, je me demande s’il s’agit d’une ancienne sculpture païenne dont on aurait retourné la plaque pour y sculpter le signe de la nouvelle religion.

 

Mais il y a des liens entre le mythe de Méduse et les christianisme. Prenons deux textes. Dans la Théogonie d’Hésiode, je lis: “Méduse était mortelle […]. Lorsque Persée lui eut tranché la tête, […] quittant une terre fertile en beaux fruits, [il] s'envola vers le séjour des Immortels, et il habite le palais de Zeus, de ce dieu prudent dont il porte le tonnerre et la foudre”. Difficile de ne pas faire le parallèle avec le diable et le Royaume de Dieu. Et l’Enfer de Dante: “Regarde, me dit-il, les féroces Érinyes! [...] Chacune d’elles se déchirait la poitrine avec les ongles, elles se frappaient des mains, et jetaient de si hauts cris, que de crainte je me serrai contre le Poète. Viens, Méduse! nous le ferons de pierre, criaient-elles toutes, regardant en bas”. Et de même, l’enfer est peuplé de ces démons, et du diable d’auprès de qui on ne revient pas si l’on est pris dans son regard. Il n’est donc pas impossible que, plutôt qu’une réutilisation d’une antique sculpture, il s’agisse de deux faces volontairement opposées, la face de Méduse qui représente le mal, le diable, le paganisme, et la face de la croix du Christ, qui représente le bien et l’espérance du paradis. N’ayant pas sous la main assez de documents pour mieux justifier cette thèse ou pour l’infirmer et me rendre compte que je divague, je préfère arrêter là.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

La peinture, la sculpture, représentent parfois Jésus comme un bébé joufflu dans les bras de Marie, mais il est fort rare de trouver le Christ adulte sous les traits d’un homme bien gras –gros et gras, le teint frais et la bouche vermeille, comme le Tartufe de Molière– que ce soit en sculpture ou en peinture. Or c’est le cas ici, sur ce médaillon d‘ivoire du sixième siècle. Certes, Jésus pouvait participer à des repas de noces, comme à Cana, mais nulle part dans les évangiles, et même bien sûr en dehors de sa retraite dans le désert, il n’est présenté comme un épicurien adepte de bonne chère. Ici, avec ses joues rondes, ses lèvres charnues, ses épaules dodues, ouvrant des yeux ronds sous sa toison bouclée, il n’a rien d’un ascète, ni du modeste pêcheur qu’il était sur le lac de Tibériade, ou de l’artisan travaillant dans l’atelier de son père charpentier.

 

Le musée dit qu’il s’agit d’une imitation de l’ivoire Barberini du musée du Louvre. Cet ivoire est de la première moitié du sixième siècle, et donc la date correspond. N’ayant pas vu, ou pas photographié cet objet, je ne l’ai pas dans ma collection de photos. En me reportant à une image trouvée sur Internet, je comprends qu’il est fait allusion à cette figure du Christ qui se trouve en haut du panneau central, entouré de deux anges eux-mêmes bien en chair. Jésus y est en effet un peu bouffi, les yeux réduits par la graisse des joues. Il y a certes beaucoup de points communs entre les deux représentations, mais je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’une imitation.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Laissons ces représentations humaines ou divines. Voyons la vie quotidienne. Ma photo montre un fragment de sol en mosaïque datant du cinquième siècle. Il provient de la basilique de l’Ilissos, à Athènes.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Après avoir baissé les yeux vers le sol, levons nos regards vers le plafond, avec ce support de plusieurs chandelles (polycandelon) du sixième siècle, qui porte une inscription votive. Il a été trouvé dans l’île d’Eubée, à Limni.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Clairement chrétienne est cette lampe en cuivre, avec son manche en forme de croix. Elle est datée entre le cinquième et le septième siècle.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

La vie quotidienne concerne aussi l’habillement. Les objets ci-dessus sont des boucles de ceinture en cuivre qui datent du sixième siècle.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Le musée donne une fourchette du quatrième au huitième siècle pour ce fragment de vêtement en laine et lin brodé de figures sacrées, de faune, de flore. Il est merveilleux que des matières tellement périssables se soient conservées en état suffisamment bon pour que l’on y voie encore ce qui y est représenté.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Des fragments de vêtements se sont conservés, mais les vêtements eux-mêmes ne sont plus reconnaissables. Le cuir de ces chaussures, en revanche, permet parfaitement de les imaginer aux pieds de personnes vivantes. À gauche, des chaussures d’enfant, à droite des chaussures d’adulte, décorées de dorures à la feuille d’or. La fourchette de dates est légèrement plus resserrée, du cinquième au huitième siècle.

 

La presse, de temps à autre, informe que des tombes ont été profanées dans l’un de nos cimetières. Tombes chrétiennes par des musulmans, tombes juives par des antisémites, quelle que soit la confession ou la philosophie des auteurs de ces actes, il y a un large consensus pour condamner de telles exactions. D’autres profanations sont commises par des pilleurs de tombes. Aujourd’hui on n’enterre plus comme dans l’antiquité avec toutes sortes d’objets de valeur, mais souvent on laisse une alliance en or ou un bijou, et des voleurs sans scrupules se servent sans respect aucun du défunt. L’indignation n’est pas seulement justifiée par l’indifférence des pilleurs à l’égard des proches et de leur chagrin, elle porte sur le manque de respect pour le défunt lui-même. J’ai alors du mal à comprendre pourquoi on trouve normal, quand la tombe n’est plus entretenue depuis longtemps, de l’ouvrir et de mettre les restes d’ossements dans un ossuaire commun. Et, quand on trouve dans un cercueil, eût-il plus de mille ans, un corps encore vêtu d’une chemise brodée et de souliers en cuir, on le dépouille sans vergogne pour exhiber ces vêtements dans un musée. J’avoue, pour être franc, que je prends un grand intérêt à voir cela ici, que je trouve émouvant d’imaginer ces parures sur des personnes qui ont vécu il y a tant de siècles, mais en même temps je m’interroge sur le droit que nous avons d’agir ainsi. Quel est le délai de prescription pour le respect de la mort?

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Les objets en terre étaient en général marqués d’un sceau pour en authentifier le contenu ou l’origine. Le sceau pouvait être en terre cuite, comme ci-dessus, et son empreinte était marquée dans la terre encore humide, avant cuisson. Ci-dessus, le sceau porte la marque d’une croix.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Aujourd’hui, des milliers, voire des millions de fidèles se rendent en pèlerinage aux Lieux Saints, ou à Lourdes, ou ailleurs, mais ces pèlerinages modernes n’ont rien de commun avec les foules jetées sur les routes de Compostelle, par exemple. Ils se font en avion ou en train, et un bon pourcentage de ceux qui se rendent à pied à Saint-Jacques de Compostelle le font en touristes plus qu’en croyants. Dans l’antiquité tardive, non seulement le paganisme avait encore beaucoup d’adeptes, mais en outre les chrétiens n’avaient pas, pour la plupart, les moyens de voyager ainsi, les chemins des pèlerinages n’étaient pas aménagés, il n’y avait pas les relais qui ont été créés un peu partout au moyen-âge. Néanmoins certains lieux étaient l’objet de pèlerinages et de dévotions. L’habitude était d’en rapporter un souvenir, comme encore aujourd’hui, mais un souvenir en relation avec le sanctuaire: à Lourdes, de bons commerçants vendent des fioles d’eau miraculeuse certifiées par l’Immaculée Conception. Au sanctuaire de saint-Menas, en Égypte, on vendait des ampoules en terre cuite, comme celle de ma photo (qui est du septième siècle), contenant de l’huile bénite. Ces objets étaient considérés comme des phylactères, c’est-à-dire qu’ils étaient censés tenir à distance les démons, ou les maladies, ou la malchance, le malheur. D’autres phylactères pouvaient être des amulettes, des croix pectorales, etc.

 

Ici, donc, il s’agit du pèlerinage de saint Menas. Ce soldat romain né en 285 du côté de Memphis s’est ensuite retiré du monde pour vivre en ermite. Très mauvaise période pour les chrétiens, ces années qui ont précédé l’édit de Milan: vers 309 il a été martyrisé. Thaumaturge, il avait beaucoup de fidèles parmi ses miraculés et leurs proches, aussi emporta-t-on son corps à dos de chameau en direction d’Alexandrie. Mais arrivés à une petite cinquantaine de kilomètres de leur but, les chameaux de la caravane ont refusé d’avancer. Ce ne pouvait qu’être un signe du Ciel, on a déchargé le corps et on l’a enterré sur place. L’endroit s’appelle aujourd’hui Abou Mena. Au quatrième siècle, mais surtout à partir du cinquième, un pèlerinage s’est développé vers la tombe de saint Menas. L’ampoule de ma photo le représente, debout entre deux chameaux (allusion à la caravane qui s'est arrêtée là), les bras écartés en position d’orant.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Il y a de la vaisselle en terre ou en céramique, il y a également, comme le montrent les photos ci-dessus, de la vaisselle en argent, ces cuillers, cette assiette du septième siècle. Ainsi marquée d’une croix, cette assiette pouvait certes appartenir à une pieuse personne, mais ce pouvait plutôt être une patène pour la célébration de la messe.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Passons à l’époque suivante, moyen-âge et empire byzantin. Avec cette pierre, nous sommes au douzième siècle. C’est un fragment d’iconostase en marbre, où est représenté un arbre de vie. Devant, deux sphinx piétinent un cerf sans le regarder.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Il n’est besoin d’aucune explication pour ce bas-relief d’une Nativité du treizième siècle sur une plaque de marbre provenant d’Athènes. Ce n’est toutefois pas encore la représentation traditionnelle de Marie, de la voir couchée, reposant juste après l’accouchement, avec près d’elle le petit Jésus tout enveloppé de bandelettes comme c’était l’usage à l’époque pour les nourrissons. À l’époque, mais pas seulement, car encore au dix-huitième siècle l’usage n’avait pas changé, puisque Jean-Jacques Rousseau s’insurge contre cet emprisonnement de l’enfant.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette représentation de la Vierge étendue après l'accouchement, au treizième siècle, n'est pas la représentation courante, disais-je. Et cela m'a rappelé une photo (ci-dessus) que j'avais prise sur la façade de Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, en avril 2009. Cette façade est du milieu du douzième siècle. Mais revenons au musée byzantin d'Athènes.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Indiquant le treizième siècle pour ce chapiteau de marbre blanc, le musée fait suivre cette date d’un point d’interrogation. Mais il note que le style de cet homme cornu et de la décoration est occidental. Ce chapiteau vient de l’île de Zante (Zakynthos).

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

J’aime beaucoup ce pectoral en os, daté treizième-quinzième siècle, représentant à gauche le Christ trônant, à droite la Vierge orante. C’est son anneau qui permet de comprendre qu’il s’agit d'un pectoral: on le portait pendu au cou, et il était sans doute considéré comme phylactère.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Le livre de ma première photo est un manuscrit enluminé des évangiles sur parchemin et il date du douzième siècle. Avec ma deuxième photo, je fais un gros plan sur une enluminure d’un autre livre manuscrit, également des évangiles mais plus tardif, quatorzième ou quinzième siècle. L’enluminure, qui représente l’évangéliste saint Marc, est peinte sur papier, et le papier est collé sur parchemin. Habituellement, pour reconnaître que c’est saint Marc, les artistes l’accompagnent du lion qui est son symbole, mais c’est ici inutile, parce que l’image est en face de son évangile.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Avant de passer à l’époque qui suit la conquête ottomane, encore une image concernant la vie matérielle. Cette paire de pinces en bronze est du treizième siècle et provient de la ville béotienne de Thèbes.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

…Et voilà des objets du quotidien que l’on date du quinzième ou du seizième siècle. Les Turcs sont arrivés en Europe dans la deuxième moitié du quatorzième siècle, et ils ont achevé l’anéantissement de l’Empire Byzantin avec la prise de Constantinople au milieu du quinzième siècle, en 1453. Ils vont encore, pendant plusieurs siècles, guerroyer dans les Balkans, et jusqu’en Hongrie actuelle, jusqu’aux portes de Vienne en Autriche, mais dans le domaine géographique couvert par le musée byzantin d’Athènes nous voilà bel et bien au sein de l’Empire Ottoman. Sauf pour la Crète et les îles Ioniennes.

 

D’abord un pichet en terre, peint et vernissé. Il a été trouvé en Crète, mais d’où provient-il? Difficile à dire, car la Crète reste encore hors du domaine ottoman. Elle appartient à Venise, et du fait de la situation de l’île sur le route des échanges commerciaux à travers la Méditerranée elle est à la croisée des transactions. Candia (future Héraklion) exporte essentiellement vers Venise et l’Occident en général non seulement les productions locales, mais aussi les productions qui transitent par son port en provenance d’Orient, et elle importe de Venise du mobilier, des bijoux, des céramiques de prix achetés par les riches bourgeois qui y habitent. De sorte que ce pichet, qui est de qualité, peut aussi bien être une production locale d’un talentueux artisan, qu’une production italienne importée par un Vénitien de Crète.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Là au contraire, toujours quinzième ou seizième siècle, nous sommes en domaine ottoman, dans l’île de Chypre, à Lapithos sur la côte nord, face à la Turquie, où il se trouve des ateliers de poterie. La vaisselle en terre est très répandue, notamment parce que beaucoup moins coûteuse que le métal parmi ces populations souvent pauvres. Néanmoins, pour les plus pauvres les objets ne portaient aucune décoration, à la différence de ce pot peint, incisé et vernissé, ou de cette assiette joliment décorée, puis vernissée. Les nouveaux usages vont arriver lentement, on se met à fumer au dix-septième siècle, et alors que jusqu’alors les intérieurs sont dépouillés on va importer du mobilier à partir du dix-huitième siècle.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Nous revenons aux Coptes, mais cette fois-ci au dix-septième siècle, avec cette belle icône sur bois représentant un archange.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette sorte de coffret est une production du dix-huitième siècle pour servir de couvre-évangile. Puis, en 1819, il a été converti en couvre-reliquaire. Il appartenait au monastère de la Dormition de la Vierge, à Kaminos, près de Delvino en Albanie. La Dormition, on l’a vu maintes fois, est le moment où la Vierge s’est endormie. En effet, considérant que celle qui a donné naissance à un Dieu est incorruptible et immortelle, le catholicisme a imaginé son Assomption au ciel, portée par les anges, l’orthodoxie la fait s’endormir et non pas mourir. Il arrive parfois cependant que l’on trouve des Dormitions dans la peinture catholique.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Ce ne sont que deux fragments du même type d’objet. Vu ce qu’il en reste, il est difficile de savoir ce qu’il recouvrait, mais on voit bien que ces bandes en argent représentent des épisodes de la vie et de la décollation de saint Jean Baptiste. Elles sont du dix-huitième siècle.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Repartons un peu en arrière dans le temps avec cette croix de procession seizième ou dix-septième siècle. Elle provient du monastère du Timios Prodromos de Serres, en Macédoine grecque. Timios, en grec, veut dire “honorable, respectable”, cet adjectif est utilisé ici pour exprimer la sainteté du Prodromos. Ce dernier mot désigne “Celui qui vient avant, Celui qui précède”. C’est la façon habituelle, chez les Orthodoxes, d’appeler saint Jean Baptiste. En effet, on lit dans l’évangile de saint Luc: “Ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. […] Il marchera devant Dieu […] afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé”. Selon ce texte, saint Jean Baptiste est venu préparer le terrain pour l’enseignement de Jésus.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

En dehors de sa datation au dix-huitième siècle, le musée ne nous dit strictement rien de cet objet, sinon “croix”… ce dont je me serais douté!

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cet objet de bois sculpté en creux est à l’évidence un sceau. Mais son usage est spécifique, parce qu’il servait à marquer le pain de la communion. Il est du dix-huitième ou du dix-neuvième siècle. Les Orthodoxes ne communient pas, comme les catholiques, en recevant une hostie de pain non levé et toute blanche, mais avec du pain au levain qui, avant cuisson, est marqué d’un signe religieux, une croix par exemple, ou comme ici l’aigle bicéphale qui est l’emblème de l’Église orthodoxe grecque. Cet oiseau, noir sur fond jaune, orne le drapeau qui flotte devant les églises de Grèce.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Quelques vêtements liturgiques, maintenant. Ici nous voyons un sticharion dix-huitième, dix-neuvième siècle, en coton brodé de soie représentant au centre une sainte, peut-être sainte Damienne, entourée de quarante saintes. Cette jeune fille aurait été la fille d’un gouverneur en Égypte au temps de Dioclétien. Torturée, emprisonnée, elle n’aurait jamais renié sa foi chrétienne, toujours refusant de sacrifier aux dieux païens et serait morte décapitée, tandis que ses compagnes suivaient son exemple. Quant au sticharion, il est le successeur byzantin du chiton que portaient usuellement les Grecs dans l’antiquité, et remplit dans les Églises d’Orient le même rôle que l’aube dans l’Église catholique, premier vêtement porté par le prêtre ou le diacre.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013
Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Autre vêtement liturgique, ce sakkos de soie rouge est du dix-septième siècle. Ce que l’on voit ici, avec la broderie d’une Vierge à l’Enfant entourée des prophètes, est le dos du vêtement. Sur le devant, il représente le Christ Vigne. Ici encore, le sakkos succède à un vêtement en usage dans l’antiquité, la chlamyde. La magnificence de sa matière, de ses broderies, parfois même de ses incrustations de pierres précieuses le réserve au patriarche et aux métropolites qui le revêtent pour les célébrations.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Ce sakkos est en velours noir brodé d’or. Beaucoup plus récent, il est du dix-neuvième siècle et provient de Bursa, au nord-ouest de la Turquie d’Asie. Cette ville est la Pruse de l’antiquité, que l’on appelait autrefois Brousse en français.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette représentation du Christ mort, une fois descendu de la croix et préparé pour l’ensevelissement, est conforme au chapitre 19 de l’évangile selon saint Jean: “Joseph d’Arimathie […] demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. […] Nicodème […] vint lui aussi, il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts”. Les personnages que l’on voit ici sont, outre le Christ bien sûr, Marie qui lui soutient la tête. Cette identification est sûre, parce que près d’elle sont inscrites la première et la dernière lettres des deux mots “Mêtêr Théou”, soit “Mère de Dieu”. Auprès d’elle, une autre femme est très certainement Marie-Madeleine. Quant aux deux hommes, ils peuvent être Joseph d’Arimathie et Nicodème, mais vu la jeunesse de celui qui est près de Marie-Madeleine je pencherais plutôt pour saint Jean.

 

Ce superbe tissu richement brodé est un épitaphios, voile liturgique utilisé dans les cérémonies orthodoxes du Vendredi Saint commémorant la mort du Christ. Du grec “épi”, qui veut dire “sur” et “taphos”, “tombe”, de même qu’une épitaphe est une [inscription] sur la tombe. Celui de ma photo date de 1751, et la brodeuse y a brodé son nom, Mariora.

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Ce tissu brodé a un tout autre usage, il sert à fermer la Porte Royale qui est l’ouverture centrale dans l’iconostase. Il date du dix-neuvième siècle et a été brodé par Kokona de Rologas. Il nous est dit qu’il représente l’hypapante. Ce mot requiert peut-être une explication, il désigne la “rencontre”, c’est-à-dire l’Enfant Jésus et le vieillard Siméon lors de la présentation au temple. Et c’est en effet ce que l’on voit sur ma photo, Siméon et Jésus. Dans le chapitre 2 de son évangile, saint Luc raconte que “quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi: Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur. Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petites colombes. Or il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. […] Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur. Sous l’action de l’Esprit, Siméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait, Siméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant: Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole”. Ce temps de la purification, quarante jours après la naissance, correspond au 2 février, la fête de la Chandeleur.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Les croyants, dans la religion chrétienne, n’ont pas modifié les usages du paganisme, en offrant aux saints des présents pour obtenir leur intercession, ces présents pouvant aussi être offerts après coup, en remerciement d’une intercession. Cette pratique n’a pas disparu. La nature du don est bien entendu en relation avec l’objet du vœu, et sa valeur dépend des moyens du fidèle, mais aussi de la valeur accordée à la réalisation du vœu. Ce petit cheval en argent a pu être donné pour obtenir la guérison d’un cheval.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Dans l’église, le croyant vient prier à titre privé, embrasser les icônes, ou prendre part à une célébration. Mais d’autres pratiques avaient lieu aussi, que l’Église a théoriquement tenté de décourager, les gestes pour se débarrasser des démons ou pour obtenir la santé physique ou psychologique, et puis qu’elle a parfois intégrés, comme l’exorcisme. Ces pratiques peuvent se prolonger hors du bâtiment de l’église, comme le port de talismans, ou l’usage de “charmes” pour tenir le mal à distance, pour obtenir une promotion ou une réussite, pour protéger sa santé, pour trouver l’amour et le mariage, etc. Le livre manuscrit de ma photo, qui date du dix-huitième siècle, comporte des exorcismes et autres pratiques magiques.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Cette représentation d’Éros, le dieu de l’amour, est une œuvre signée Defterevon Sifnios, 1825. Pour cet artiste, il s’agissait de montrer les effets destructeurs de la passion amoureuse, telle qu’elle sévit dans la société qui l’environne. Les yeux bandés, il joue de la trompette de tous côtés, au hasard, et les êtres qu’il attire sont dévorés par des monstres.

Musée byzantin d'Athènes, les objets. 11, 13 et 27 octobre 2013

Le musée montre aussi quelques bagues sceaux du dix-huitième ou du dix-neuvième siècle. Celle de gauche représente l’aigle bicéphale de l’Église grecque, et en-dessous on peut lire à l’envers (puisque c’est un sceau, dans la cire ce sera à l’endroit) la date de 1862. L’autre représente un lion, mais comme rien n’en dit l’origine il est difficile de justifier ce lion. Une supposition cependant: les îles Ioniennes sont restées vénitiennes jusqu’au dix-neuvième siècle, par conséquent si cette bague provient de l’une de ces îles avant leur indépendance, ou même si elle a appartenu à un Vénitien resté sur place après la naissance de la République des Sept Îles, ce lion est celui de saint Marc, protecteur de la Sérénissime et symbole de la ville.

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Published by Thierry Jamard
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