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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 23:55

J’ai eu l’occasion de parler dans mon blog de Στρατής Ελευθεριάδης (Stratis Eleftheriadis) alias Tériade (cf. mon article Tériade au Cateau-Cambrésis, daté du 23 août 2013). Or à présent, quelques mois plus tard, c’est à Athènes, au musée byzantin, qu’est présentée une exposition temporaire qui lui est consacrée. Bref rappel: ce Grec originaire de l’île de Lesbos s’est fait connaître à Paris, d’abord comme critique d’art, puis comme éditeur de livres d’art de très grande qualité, de l’entre-deux-guerres aux années 1970. Les peintres et graveurs les plus célèbres ont, pour ses publications, illustré leurs propres textes ou les textes d’auteurs non moins célèbres, soit contemporains tels que Reverdy, Lorca, Joyce, Camus, soit devenus classiques comme Shakespeare ou La Fontaine, antiques comme Théocrite (troisième siècle avant Jésus-Christ) ou Lucien (deuxième siècle de notre ère), ou plus anciens encore comme la Bible. Ce critique et éditeur d’art s’est aussi doublé d’un collectionneur.

 

Dans l’île natale de Tériade, dans sa banlieue natale, existe un grand et beau musée, fermé depuis 2010 pour restauration et rénovation de la présentation. Sa réouverture était prévue courant 2013, mais renseignements pris le musée n’est toujours pas ouvert en cette fin d’octobre, c’est reporté à la fin de l’année, et c’est pourquoi une partie des collections permanentes de là-bas peut sans difficulté constituer ici une exposition temporaire. Nous avons le projet de nous rendre à Lesbos en mai ou juin de l’année prochaine, espérons que la réouverture n’aura pas pris un nouveau retard, je publierai alors un nouvel article [Vu mon long retard à moi pour la publication du présent article, je suis bien triste de dire que, le 19 juin 2014, nous étions à Vareia devant le musée Tériade, toujours fermé pour travaux. Le panneau informant du cofinancement européen dit bien qu’il s’agit du programme 2007-2013…].

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Curieuse façon pour moi de commencer: par une photo que je ne sais pas commenter! Le musée se contente de dire que c’est la brochure guide du musée Tériade, une archive du musée-bibliothèque de Stratis Elefthériadis Tériade. Fort bien. Mais de quel musée? Probablement celui de l’île de Lesbos, car sous la photo le texte qui dit “Tériade dans son jardin” est d’abord en grec, puis en anglais, et enfin en français.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Pour commencer la série des “Grands Livres”, en 1941 Tériade s’adresse au peintre Georges Rouault, parce qu’il souhaite un livre sur le cirque, et que c’est un sujet familier pour Rouault depuis les années 1920. L’œuvre, publiée en 1943, s’intitule Divertissement. L’artiste va traiter le sujet comme, dit-il, “un manuscrit de peinture moderne”, avec un texte accompagné de peintures à la gouache, comme les manuscrits illustrés d’enluminures. Mais en même temps, les touches de couleur sont séparées par d’épais traits noirs qui rappellent les vitraux.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Tériade va ensuite traiter d’autres sujets (nous allons y revenir), mais il a poursuivi avec le thème du cirque en publiant Cirque, de Fernand Léger, en 1950. Ici encore, texte et images. La consigne pour le peintre était de représenter sa propre interprétation du monde du cirque. Ce sera un monde plein de vitalité et de joie.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Chagall et Matisse sont deux des collaborateurs favoris de Tériade. Aussi ne pouvons-nous être étonnés de trouver dans la série sur le cirque un ouvrage confié à Chagall. Ce livre sera publié en 1967. On y retrouve les thèmes habituels à cet artiste.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Tériade est grec, et il ne l’a jamais oublié. Il vit et travaille en France, un pays où les Lettres classiques sont à l’honneur (il ne s’agit pas d’aujourd’hui, hélas! Cela a bien changé), et qui a une tradition d’excellentes éditions d’œuvres antiques. Outre une édition de Daphnis et Chloé, de Longus (un auteur du troisième siècle de notre ère, ou peut-être de la fin du second siècle), qui a pour cadre l’île natale de Tériade, Lesbos, et Les Travaux et les jours, d’Hésiode, il demande à Henri Laurens d’illustrer les Idylles de Théocrite (vers 315-vers 250 avant Jésus-Christ), un recueil de poèmes qui se veulent de petits tableaux, comme le dit l’étymologie du mot. Laurens a voulu, pour ce livre, évoquer la céramique ancienne en adoptant la couleur de la terre cuite.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

C’est encore à Henri Laurens que Tériade fait appel pour la publication, en 1947, de Lucius ou l’âne, de Lucien de Samosate (vers 120-après 180), traduit par le célèbre helléniste Émile Chambry. C’est un bref roman, ou plutôt une nouvelle. Lucius (Loukios) est un homme curieux de sorcellerie; hébergé chez une sorcière qu’il voit se transformer en oiseau, il veut en faire autant, mais la petite servante de la sorcière se trompe d’onguent et le transforme en âne. Dans son corps d’âne, il conserve un esprit humain et des goûts humains, ne serait-ce que pour la nourriture. Il est volé, roué de coups, endure toutes sortes de mésaventures jusqu’à Veroia et Thessalonique en Macédoine avant d’avoir une aventure sexuelle avec une femme ce qui lui vaut d’être exhibé dans le cirque, puis de retrouver enfin sa forme humaine et de pouvoir rentrer chez lui à Patras. Quant à l’auteur, Lucien, il est né à Samosate, en Syrie, et mort à Alexandrie, en Égypte. C’était un écrivain satirique très prolifique. Je me rappelle avoir lu autrefois de ce roman quelques pages en grec… et d’avoir lu le reste en traduction française!

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Tériade croyait en “ses” artistes, il ne voulait pas interférer avec leur génie. En 1946 paraît un livre illustré par Matisse, qui avait eu le libre choix du texte à illustrer, et de la façon de l’illustrer. Et Matisse a choisi un texte fort peu connu, les lettres envoyées en 1669 à un aristocrate français par une religieuse d’un couvent portugais. Lui, c’était Noël Bouton, marquis de Chamilly (1636-1715), soldat du roi Louis XIV envoyé en 1663 défendre le Portugal contre les visées expansionnistes espagnoles. En février 1668, un traité reconnaît enfin l’indépendance du Portugal. Il va donc rentrer en France et, en 1677, se marier. Il sera fait maréchal de France en 1703.

 

Elle, c’est Marianna Alcaforado (1640-1723), une très belle jeune fille de l’aristocratie portugaise, cultivée, lisant et parlant le français, placée au couvent dans l’Alentejo (grande région dans le sud du Portugal) non par vocation, mais sur décision de ses parents parce qu’il est de bon ton dans les familles nobles de ce temps que l’une des filles soit religieuse. Un jour de 1667, alors qu’elle regardait par la fenêtre du monastère les manœuvres militaires, elle a été frappée d’une flèche de Cupidon en voyant notre Chamilly qui pourtant, à en croire Saint-Simon, cet expert en ragots et médisances, n’avait rien pour inspirer l’amour. La guerre finie, Chamilly lui dit devoir rentrer en France auprès de son frère malade, et comme il y avait un navire en partance il s’y est jeté, jurant qu’il la ferait venir auprès de lui. Alors elle a attendu, et dans l’attente elle a écrit à l’élu de son cœur cinq lettres brûlant d’amour, espoir d’abord, puis doute, enfin tristesse et amertume. Car on n’est jamais venu la chercher, et elle est restée toute sa vie dans son couvent. Elle est devenue l’écrivain du monastère, elle en est devenue l’abbesse, et c’est en gardant la blessure de l’abandon qu’elle est morte âgée de quatre-vingt-trois ans.

 

Au tout début de 1669, est publié le recueil de Lettres portugaises traduites en français, sans indication de nom d’auteur, mais bien vite la rumeur a couru que ces lettres avaient été reçues par le marquis de Chamilly et traduites par Guilleragues, un lettré réputé ami de Boileau, et la religieuse ignorait tout de cette publication, qui a connu immédiatement un immense succès. Tout cela était un peu oublié quand le choix de Matisse, ses quinze portraits de Marianna Alcaforado, ses belles illustrations des lettres et la superbe édition de Tériade ont remis ces Lettres sur le devant de la scène.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Ambroise Vollard (1866-1939) était un marchand d’art célèbre, mais aussi un éditeur d’art. De 1923 à 1937, Chagall avait travaillé pour lui sur des illustrations des Âmes mortes, de Gogol. L’ouvrage n’avait pas été publié quand, en 1939, meurt Vollard dans un accident de voiture. Tériade, alors, rachète les droits d’édition des livres inachevés de son confrère, dont ce Gogol par Chagall. Il en achève la préparation et le publie en 1948.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Nous ne sommes pas encore à la fin des publications de “Grands Livres”, mais nous en approchons quand Tériade initie sa collaboration avec Miró (1893-1983). Ce sera pour la publication d’Ubu roi, d’Alfred Jarry (1873-1907), en 1966. Toutefois, c’est dès 1948 que l’idée de cette publication avait été envisagée.

 

À l’origine, le peintre catalan Joan Miró découvre Ubu, ce roi tyrannique et grotesque créé par un Jarry anarchiste et subversif, qui excite dès les années 1920 son inspiration surréaliste. Jarry est un précurseur du Théâtre de l’Absurde. Puis voilà la Guerre Civile espagnole, et le général Franco prend le pouvoir. Raison de plus pour Miró de réagir. 1966, donc, pour Ubu roi. Mais Miró ne s’en tient pas là et il imagine une suite, ce seront Ubu aux Baléares en 1971 et l’Enfance d’Ubu en 1975.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Georges Duthuit (1891-1973) est le gendre de Matisse: il a épousé sa fille Marguerite. Et comme cette qualité ne constitue pas une profession, il a été (aussi) un grand critique d’art, un écrivain, et pour le musée du Louvre spécialiste d'art ancien et d'archéologie, de Byzance et d'art copte. Ses écrits portent, tout naturellement, sur l’art contemporain comme sur l’art des siècles passés. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il vit à New-York. Là, il écrit un beau livre poétique sur les Inuit, les hommes du Grand Nord. Quand, en 1945, il revient en France, Marguerite, qui voit des liens entre l’art des Inuit et celui de son père, lui demande d’illustrer l’ouvrage de son mari. Matisse s’emplit les yeux de la collection de masques de Duthuit, mais aussi de Levi-Strauss et quelques autres, et aussi de photos prises par des explorateurs, et se lance alors dans des portraits de “types d’Esquimaux”. Il va ainsi réaliser une splendide série de trente-et-une gravures. Comme pour les Lettres portugaises de Marianna Alcaforado, ce sont des dessins au trait, qui n’en sont que plus expressifs dans leur apparente simplicité. Tel est le livre Une fête en Cimmérie que publie Tériade en 1963.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Et revoilà Chagall. En 1952, Tériade publie les Fables de La Fontaine. En fait, c’est entre 1927 et 1930 que Chagall a gravé ses plaques de cuivre pour Ambroise Vollard et, comme on l’a vu précédemment, Tériade a récupéré les droits d’édition de ce que Vollard n’avait pas eu le temps de publier. Pour ses gravures en clair-obscur, l’artiste s’est efforcé de coller au texte.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Le poète Pierre Reverdy (1889-1960) écrit Le Chant des morts en une belle calligraphie, tandis que pour Tériade Picasso accepte de peindre, en un rouge vibrant, des formes abstraites pour accompagner le texte. Ce sera la seule illustration de livre qu’acceptera de faire Picasso de toute sa carrière. Publication en 1948.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

En 1955, Tériade édite encore un ouvrage de Reverdy manuscrit. Dans les années 1920, le peintre espagnol Juan Gris (1887-1927) avait entrepris d’accompagner ces textes de compositions cubistes, mais il n’avait réalisé que onze lithographies lorsqu’en 1927 une crise d’urémie l’emporte brusquement à l’âge de quarante ans. Lorsqu’après la Seconde Guerre Mondiale Tériade s’intéresse à cette œuvre, il ne peut envisager de remplacer Juan Gris pour achever le travail pour les neuf derniers poèmes. Le livre paraîtra donc ainsi, les onze premiers poèmes accompagnés des illustrations cubistes de Juan Gris et les neuf autres en texte nu.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Concernant Paris sans fin d’Alberto Giacometti, je me contenterai de montrer cette unique image. C’est trois ans après la mort de l’artiste que Tériade publie les cent cinquante lithographies entre lesquelles s’intercale le texte rédigé par Giacometti lui-même. Seize pages de texte étaient prévues, mais les textes remis à Tériade, d’abord lorsque Giacometti sort de clinique après une intervention chirurgicale, puis quelque temps avant sa mort, ne concernent que dix pages. Religieusement, Tériade respectera ce vide, et la composition comporte six pages blanches aux endroits où le texte prévu n’a pu être rédigé.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Avec Le Poème de l’angle droit, le grand architecte Le Corbusier décrit, dessins et textes, l’histoire de l’humanité par son habitat, de la caverne aux blocs de l’époque contemporaine, ses “unités d’habitation”. Cet unique livre d’artiste de Le Corbusier est une sorte de testament philosophique où est résumée toute sa pensée d’architecte. Il disait: “Il n'y a pas de sculpteurs seuls, de peintres seuls, d'architectes seuls. L'événement plastique s'accomplit dans une ‘Forme Une’ au service de la poésie”. C’est Tériade qui le publie en 1955.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

1930. Ambroise Vollard commande à Chagall un grand nombre de gravures, une centaine, pour illustrer la Bible de Genève de 1638. Voilà Chagall, ce Juif élevé dans la culture yiddish, parti pour la Palestine en 1931 (l’État d’Israël, on le sait, ne sera créé qu’à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale), et face à l’antisémitisme qui sévit en Europe il écrit: “Ici, on ressent que le judaïsme et le christianisme ne forment qu'une seule et même famille. C'était un tout et des démons sont venus qui ont tout détruit et divisé”. Les gravures vont donc être un message de paix et d’œcuménisme. D’ailleurs, comme on peut le constater sur les deux photos que je publie ci-dessus, il n’hésite pas à représenter des figures humaines, ce qu’interdit la loi mosaïque dans la tradition juive. Il va travailler à ces eaux-fortes jusqu’à la mort de Vollard, en 1939. Ce n’est qu’après son retour des États-Unis où il s’était exilé (conséquence des lois raciales, on lui avait ôté en 1941 la nationalité française qui lui avait été accordée en 1937) qu’en 1952 il se remet à ce travail, à la demande de Tériade qui a repris l’édition Vollard. En tout, ce seront cent cinq gravures placées en face des textes correspondants dans cette publication de 1956.

Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013
Tériade au musée byzantin d'Athènes. 27 octobre 2013

Depuis 1937, Tériade dirige une prestigieuse revue poétique et artistique, Verve, à laquelle vont participer les plus grands noms du monde de l’art. Pour le numéro 8 de Verve, en 1940, Matisse compose La Symphonie chromatique, pour la couverture. C’est un assemblage de collages de papiers de vingt-six couleurs différentes. En 1940 on diagnostique chez Matisse un cancer de l’intestin, il sera opéré, à la suite de quoi pendant longtemps il ne pourra que passer de son lit à son fauteuil et de son fauteuil à son lit; impossible de peindre, de se tenir devant un chevalet; Tériade, en cette année 1941, lui avait suggéré de poursuivre dans cette veine, et c’est alors qu’il va se remettre au découpage et au collage. D’autres peintres ont déjà pratiqué la technique du collage, en utilisant des coupures de journaux, ou de petits objets, mais ce n’est pas ce que fait Matisse. Lui utilise des papiers qu’il colore à la gouache, mais vierges de toute inscription. Il se limite à un jeu de couleurs. Ainsi est né le recueil Jazz, constitué de vingt planches. “J'ai rempli les pages séparant mes planches de couleurs par des choses sans importance –qu'on lira ou qu'on ne lira pas– mais qu'on verra et c'est tout ce que je désire”, dit-il. Ces “choses sans importance”, c’est le texte écrit de sa main, au pinceau et à l’encre de Chine. Choses très importantes, au contraire. Tériade publie Jazz en 1947.

 

Voilà donc un petit tour d’horizon de cette très belle exposition temporaire concernant Tériade.

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Published by Thierry Jamard
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