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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 23:55

Un tout petit article aujourd’hui, parce que le site archéologique dont je voudrais parler ne recèle que bien peu de pierres l’une sur l’autre. Néanmoins, je ne peux le passer sous silence. On se rappelle que deux dieux se disputaient pour être les patrons d’Athènes et de l’Attique, Poséidon qui avait proposé de donner le cheval aux Athéniens (qui ne s’appelaient pas encore Athéniens), et Athéna qui avait proposé de leur donner l’olivier. Ils ont choisi Athéna et l’olivier, d’où le nom d’Athènes et le nom d’Athénien. D’ailleurs, en grec, la ville et la déesse s’appellent toutes deux Athina, la seule différence étant la place de l’accent tonique, Αθήνα pour la ville et Αθηνά pour la déesse. Nous Français pour qui l’accent tonique est toujours sur la dernière syllabe devons bien faire attention quand nous essayons de parler grec, il arrive souvent que le sens de la phrase change pour un simple déplacement de l’accent!

 

Bref, laissons un peu la linguistique et revenons à nos moutons. Au cap Sounion, l’extrême pointe sud de la péninsule de l’Attique, surplombant la mer se dresse le splendide temple de Poséidon qui attire tous les touristes, désireux d’y admirer le célèbre coucher de soleil. Mais l’Attique appartient à Athéna, et elle aussi avait son sanctuaire au cap Sounion où elle était honorée sous le nom d'Athéna Sounias. D’ailleurs, il arrive de temps à autre que des dodécathéistes (fidèles qui croient aux douze dieux de l’Olympe) viennent y prier en groupe, parfois aussi de jeunes mariés viennent s’y consacrer à la déesse dans une vraie cérémonie. Voilà pourquoi, même si les ruines sont bien pauvres, je me devais de leur consacrer un article.

Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014

Pour nous rendre au cap Sounion, pour une fois nous prenons le chemin des écoliers parce que nous ne sommes pas pressés. Au lieu de l’autoroute qui relie Athènes à l’aéroport, puis la grand-route qui va à Lavrio et continue au-delà vers le cap, nous avons suivi la côte ouest de l’Attique, par la petite route qui longe la mer sur la falaise. Elle s’appelle la route Apollon, et vaut vraiment le coup d’œil.

Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014
Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014

Vers la fin du trajet, cette route Apollon offre un excellent point de vue sur le grand temple de Poséidon au sommet du cap. La mer, aujourd’hui, est calme, mais je pense qu’il doit être impressionnant de la voir battre le roc sous les pieds du temple dédié au dieu de la mer.

Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014

Voilà, nous sommes arrivés. C’est sur la colline de l’autre côté de la route d’accès au temple de Poséidon que se situe le sanctuaire d’Athéna. Elle avait une belle vue sur le temple de son rival.

Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014

Le site, peu lisible, n’attire guère les touristes, aussi peu de chose est-il fait à leur intention. C’est à l’entrée du sanctuaire de Poséidon qu’un texte indique son existence, et un bien petit panneau sur la route signale de quel côté il se trouve. Sur place, rien. Devant ces pierres blanches et roses, par exemple, il serait souhaitable de dire au (très rare) visiteur s’il s’agit de l’autel du temple. Le bref texte du sanctuaire de Poséidon dit en effet qu’il y avait un autel… Peut-être, quand ils viennent s’adresser à la déesse, les dodécathéistes le savent-ils, mais aujourd’hui il n’y avait personne à qui poser la question.

Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014
Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014

De même, devant cette base de colonne, je peux supposer que là se trouvait un temple: sur ma photo où l’on voit le temple de Poséidon au loin, on remarque ces bases de colonnes alignées sur deux rangs. Quant à cette pierre percée d’un grand trou rond…

Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014
Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014

Quels qu’ils aient été, il y avait sur cette colline deux bâtiments au moins qui ont laissé leurs traces. Ce sobnt les deux temples auxquels fait allusion le texte du sanctuaire de Poséidon. Il dit que le sanctuaire d’Athéna (je traduis): “a été construit près d’un autre antérieur, de forme vaguement circulaire, dédié à une divinité mâle. Deux temples ont été dédiés à Athéna, un petit temple dorique rectangulaire du début du sixième siècle avant Jésus-Christ qui a été détruit par les Perses [donc en 480 avant Jésus-Christ], et un temple ionique, plus grand et plus tardif avec un autel sur son flanc sud”. Et dans mon cher Guide Vert Michelin, Bibendum n’en dit pas un mot et l’ignore complètement.

 

Il m’a fallu bien des recherches pour en savoir un peu plus. Ma première photo ci-dessus représente les bases du temple ionique d’Athéna (16,40 mètres sur 11,60), sur deux côtés duquel courait un péribole, c’est-à-dire un mur d’enceinte. Le sanctuaire comportait aussi un petit temple, celui de ma seconde photo ci-dessus. Il est du sixième siècle et mesure 6,80 mètres sur 4,96. Il n’en reste que des murs bien bas, et le bloc de marbre gris d’Éleusis qui servait de base à la statue de culte. Ce ne sont pas les Athéniens qui l’ont construit, il a été dédié par les habitants de Sounion, et au milieu du cinquième siècle, une trentaine d’années après sa destruction par les Perses, l’autre temple a été construit à côté de ses ruines, d’une superficie à peu près double.

 

Dans l’enceinte du temple classique, les archéologues ont découvert un fossé à une quinzaine de mètres de profondeur, menant par quelques marches à une cave où avaient été entassées de vieilles offrandes votives faites à la déesse, depuis des épées de fer du neuvième siècle jusqu’à des statuettes du cinquième siècle, en passant par des poteries corinthiennes et rhodiennes des septième et sixième siècles. Lors de la construction de ce temple classique, toutes ces anciennes offrandes ont été enterrées ici et le sol a été nivelé.

 

Plus tard, au tournant de l’ère chrétienne, du temps de l’empereur Auguste, quand ce temple et quelques autres ont commencé à être désaffectés et endommagés, on les a démontés pour en transporter les éléments intéressants sur l’Acropole d’Athènes.

Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014

Il a existé aussi une enceinte elliptique faite de pierre locale rouge non taillée. Là était le sanctuaire de Phrontis, et on dit que sa tombe s’y trouvait. Mais qui était cette Phrontis dont on n’entend jamais parler? Eh bien on connaît la légende de Phrixos et Hellè (voir, par exemple, mon article du présent blog Musée numismatique d'Athènes. Mardi 29 octobre 2013) qui, pour échapper au sacrifice, ont enfourché un bélier à la toison d’or donné par le dieu Hermès. Hellè, en route, est tombée à la mer et s'est noyée, mais Phrixos est arrivé en Colchide chez le roi Aiétès qui l’a accueilli et lui a donné sa fille Chalciopè en mariage. La quête de la toison d’or du bélier sera le motif de l’expédition des Argonautes, tandis que Phrixos et Chalciopè mettent au monde plusieurs enfants, Argos, Mélas, Phrontis et Cytissoros. La voilà, notre Phrontis! Phrixos restera en Colchide, mais ses enfants rentreront à Orchomène (très bientôt, je vais publier un article intitulé Arachova, Chéronée, Orchomène. Lundi 24 mars 2014) et y récupéreront leurs droits. Orchomène est encore en Béotie, mais on n’est plus très loin de l’Attique. Je ne sais comment ni pourquoi on trouve sa tombe au cap Sounion.

Athéna au cap Sounion. Mercredi 19 mars 2014

Ce jeune homme se couronnant lui-même provient du temple d’Athéna. C’était le 8 mars 2011 au musée archéologique national d’Athènes que je l’avais photographié, mais comme je crois bien ne jamais l’avoir publié, c’est l’occasion, d’autant plus que je suis frustré parce que cette visite est, je m’en rends compte en rédigeant, bien pauvre… Mais nous sommes heureux d’avoir vu ces beaux paysages et de ne pas avoir manqué de rendre l’hommage de notre visite à la grande Athéna.

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Published by Thierry Jamard
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