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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 23:55

Quand on a la joie de recevoir pour quelques jours une sœur et un beau-frère dans l’appartement que nous avons loué à Néa Smyrni, Athènes, il convient de leur montrer quelques-unes des merveilles de cette ville. Cela m’a déjà donné l’occasion de visiter pour la quatrième fois le musée archéologique national, sujet de mon dernier article. Dans un article Athènes, musée Benaki, je rends compte de deux visites de ce musée les 31 mars et 2 avril 2011; mon article Le calendrier des ciments Héraklès rend compte d’une troisième visite le 10 novembre 2011; avec une visite qui n’a pas fait l’objet d’un article le 29 novembre 2013, c’est la cinquième fois que je visite ce musée Benaki. Je vais donc regrouper aujourd’hui ces deux dernières visites en essayant d’être aussi bref que possible.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Ce musée privé, nous l’avons vu dans nos visites antérieures, est le fruit de la collecte de tous les objets qui intéressaient les propriétaires, dont le goût était très éclectique: antiquités grecques et romaines, art byzantin, gravures, collection de costumes traditionnels régionaux, etc. Nous commençons ici avec une statue du dieu Pan, avec ses pieds de bouc et sa face affreuse qui a fait éclater de rire les dieux de l’Olympe. Il est posé près d’un mur, sans que j’aie trouvé de commentaires sur lui, indiquant sa provenance ou sa datation.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Au contraire, cet homme en “himation”, on nous dit que c’est une sculpture grecque provenant de Tarente, en Italie, qui –on le sait– était une ville de ce que l’on appelle la Grande Grèce. Elle date des environs de 500 avant Jésus-Christ, ce qui est facilement identifiable à ce sourire propre à l’art grec archaïque.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Les figurines représentant cet homme et cette femme coiffés d’un chapeau ô combien élégant et seyant (surtout pour le monsieur, à gauche, dont c’est le seul vêtement) sont, eux, très typiques de l’art béotien, entre le milieu du cinquième siècle et le milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Les siècles passent, nous voilà dans l’ère après Jésus-Christ. Ces plaques représentant des Néréides sont datées entre la fin du troisième siècle et le quatrième siècle de notre ère.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Nous avons déjà vu dans divers musées, dont le musée byzantin d’Athènes (voir mon article 11, 13 et 27 octobre 2013), de ces fiasques dans lesquelles les pèlerins byzantins rapportaient des huiles ou des eaux bénites. Celle de ma photo avait contenu de l’eau du sanctuaire de saint Menas, en Égypte. On y voit saint Menas en supplication, entre des chameaux. Elle date du cinquième ou du sixième siècle. Les pèlerins étant fort nombreux, ces flacons étaient produits en grande série.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Ce tissu liturgique, que l’on l’appelle un Aer, servait à recouvrir le ciboire contenant l’Eucharistie. Celui-ci, de la fin du treizième siècle, symbolise le repas des apôtres. Il est l’un des exemplaires les plus anciens et les mieux conservés des broderies byzantines en fil d’or.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Bien sûr, on reconnaît tout de suite saint Georges sur son cheval, même si l’on ne voit pas le dragon qu’il terrasse. C’est une belle icône en relief qui date du quinzième siècle.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Cette icône de la seconde moitié du quinzième siècle et qui représente saint Jean a été attribuée à Andreas Ritzos (1421-1492), un peintre crétois très influent. Après la conquête turque de Constantinople en 1453, la Crète est restée aux mains des Vénitiens jusqu’en 1669 et a vu fleurir l’école crétoise d’icônes qui a poursuivi la tradition byzantine éteinte à Constantinople, mais mêlée ici d’influences italiennes. L’aspect purement religieux de l’icône s’est alors un peu affaibli au profit d’une valeur artistique. Les peintres, groupés en corporations, exécutaient des commandes.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Cette icône est à considérer en deux parties. Au centre, elle représente saint Nicolas. En bas à droite du saint, on peut lire la signature de l’artiste: Χείρ Ἀγγέλου, c’est-à-dire Main d’Aggelos (c’est la même photo dont j’ai beaucoup agrandi l’emplacement de la signature, d’où la qualité déplorable de l’image. Désolé…). C’est un autre Crétois bien connu, Angelos Akotantos, actif au quinzième siècle (mort avant 1457), un célèbre peintre d’icônes établi à Candia, aujourd’hui Héraklion, capitale de l’île. Longtemps, on a cru qu’Angelos était un peintre du seizième siècle au style conservateur, et maintenant que l’on a découvert qu’il avait essentiellement travaillé dans la première moitié du quinzième siècle il fait figure de peintre innovant, initiateur d’un style nouveau qui introduit le mariage des styles oriental et occidental.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Autour du portrait du saint, ces huit vignettes qui représentent des scènes de la vie de saint Nicolas ne sont pas de la main d’Angelos. Et elles le seraient difficilement, car elles ont été ajoutées dans la seconde moitié du seizième siècle, plus d’un siècle après la mort de l’artiste. J’en montre une ici, c’est l’épisode où saint Nicolas dépose une bourse de pièces d’or dans la chambre où un pauvre homme, démuni de tout, a décidé pour se sortir de la misère de prostituer ses trois filles le lendemain. Le don des pièces d’or par le saint évêque de Myra va ainsi sauver de cette horrible déchéance ces trois pures jeunes filles.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Ce meuble en bois sculpté et doré est destiné à la liturgie du Vendredi Saint. C’est une sorte de baldaquin (le musée dit “un ciborium”) qui surmonte une représentation du cercueil du Christ. Les scènes peintes sur le devant se réfèrent à la Passion. Ici, je montre le jugement de Jésus. Le musée donne une date approximative, dix-huitième ou dix-neuvième siècle, et localise l’atelier qui a produit cette œuvre dans les îles Ioniennes. En fait, comme je l’ai dit la Crète a été prise par les Turcs en 1669 et jusqu’au premier tiers du dix-neuvième siècle la Grèce continentale ainsi que les îles de la mer Égée sont toujours sous domination ottomane. Seules les sept îles Ioniennes, de Corfou à Cythère, sont toujours restées hors de l’emprise d’un pouvoir musulman. Les Vénitiens n’admettaient certes pas aisément la religion orthodoxe et ont toujours catholicisé les Grecs, mais enfin il y avait dans ces îles plus de liberté pour l’expression artistique religieuse chrétienne.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Richard B. Harraden (1778-1862) est l’auteur de cette peinture à l’huile, Vue d’Athènes depuis la colline de Philopappos. Cette vue date des environs de 1820, c’est-à-dire juste avant que n’éclate la guerre d’indépendance grecque. La grande cité antique n’est plus qu’une petite bourgade.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

En 1852 en revanche, quand Eduard Hildebrandt (1818-1868) peint cette aquarelle, Vue d’Athènes, la révolution est passée, la Grèce est libérée, ou du moins le Péloponnèse et une partie de la Grèce continentale, mais l’urbanisation est encore très partielle.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Cette salle du musée protégée derrière une grande vitre est la pièce de réception du manoir de Georgios Voulgaris (1759-1812) située à Hydra, une île du golfe Saronique (entre Attique et Péloponnèse. Voir mon article Hydra, jeudi 5 avril 2012). Ce Georgios Voulgaris a été le gouverneur de l’île de 1802 à 1812. Il était lié d’amitié avec Gazi-Hassan, le kapudan-pacha (grand amiral de la flotte ottomane), lequel pour manifester son estime a fait confectionner par un atelier de Constantinople, en 1800, ces boiseries sculptées et peintes, et les a offertes à son ami. Après avoir fait, par mer, le voyage de Constantinople à Hydra, ces boiseries ont été posées dans cette salle et dans les autres pièces de l’étage noble et, heureusement, elles ont été conservées intactes jusqu’en 1912, témoignant du style rococo ottoman.

 

Dans la pièce, à gauche cette femme porte le costume traditionnel de Salamine (costume dix-neuvième siècle, mais Salamine est l’île de la victoire, en 480 avant Jésus-Christ, des Grecs sur les Perses de Xerxès, lors de la Seconde Guerre Médique). En face d’elle on voit une fillette en costume de Mégare, tandis que le panneau explicatif cache malencontreusement une autre petite fille en costume d’Attique. Et de même la femme de Salamine cache une autre femme, en costume de ville d’Athènes, mais sur ma photo on n’en voit que… la main derrière le dos de la femme en premier plan. Au milieu de la salle, trois femmes papotent. Celle du milieu, à vrai dire peu visible, comme celle qui est plus à gauche, porte le costume d’Hydra, et celle qui est plus à droite, elle, porte le costume de l’île voisine de Spetses. L’homme, lui, a emprunté les vêtements du capitaine Dimitrios Sorras, d’Hydra. Au mur est fixée l’épée de Georgios Voulgaris, au pommeau d’ivoire et au fourreau de cuir décoré de bronze.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

Deux sculptures qui évoquent des maquettes, je terminerai mon article par quatre autres. Le musée Benaki présente ces jours-ci une exposition temporaire intitulée Pink Wave Hunter (Chasseur de la Vague Rose) et consacrée à Andro Wekua. Cet artiste est né en 1977 et vit à Berlin. Il est originaire de Soukhoumi, la capitale de l’Abkhazie, une région de Géorgie qui était à l’époque une république de l’URSS. Il était encore enfant lorsqu’il a dû fuir sa ville natale, et aujourd’hui, à travers sa mémoire mais aussi ses rêves, il en reconstitue des monuments. C’est au moyen d’un assemblage de ses souvenirs d’enfance, d’images glanées sur le web, de photos fournies par ses amis ou par des visiteurs de la ville dernièrement, que Wekua crée des sculptures d’architecture qui lui sont personnelles, représentant des hôtels, des maisons, des cafés, des bâtiments administratifs.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

En 2012, Andro Wekua écrit: “Les bâtiments viennent d’images de Soukhoumi prises quand la ville était, comme elle est maintenant, quasiment vide. C’est comme une scène où quelque chose a pris place un jour et peut-être reprendra place, comme des décors de film où l’on construit des cités entières qui ne sont faites que de façades et, une fois que l’on a fini de filmer, la ville de façades reste en attendant d’être utilisée pour un film différent”.

Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014
Athènes, musée Benaki. 29 novembre 2013 et 30 janvier 2014

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Published by Thierry Jamard
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