Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 23:55

Lorsqu’en 2011 mon fils Raphaël et sa femme Vanessa nous ont fait la joie de venir nous voir en Grèce, nous avons fait, du 24 au 26 août, une petite virée en Eubée, cette grande île tout en longueur le long de la côte orientale de la Grèce continentale, mais à partir du pont qui, à peu près au milieu, la relie au continent, nous n’en avions vu que la moitié sud. Cette fois-ci, après avoir franchi le pont, nous avons exploré un peu la moitié nord.

Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014

Première étape, nous nous arrêtons à Néo-Prokopi, un village qui a accueilli une cinquantaine de familles de réfugiés grecs qui, en 1924 lors de l’échange de populations, avaient été chassés d’Ürgüp, en Cappadoce, ville que les Grecs appelaient Prokopi (en 1919, la ville comptait 7000 Grecs pour 12000 Turcs). Cette église recèle les restes de saint Jean le Russe.

 

Ce Jean est appelé le Russe parce qu’il était né dans l’Empire Russe, en Ukraine selon certaines sources, en Biélorussie selon d’autres. Pour certains, il était soldat dans l’armée russe lors de la guerre russo-turque de 1676-1681, pour d’autres il était né vers 1690 et c’est dans la guerre russo-turque menée par Pierre le Grand en 1711, qu’il a été pris par les Tatares qui l’ont vendu à un officier de cavalerie turc d’Ürgüp. Ce maître a voulu le convertir à l’Islam, mais Jean a refusé tout net, jurant qu’il serait un esclave tout dévoué à son maître, mais qu’il se laisserait tuer plutôt que de renoncer au christianisme, et il a exercé des fonctions de palefrenier avec dévouement et une grande conscience. L’officier de cavalerie et sa femme, voyant comment il s’occupait remarquablement des chevaux, ont accepté sa décision, et même, avec le temps, ont apprécié Jean et ont voulu améliorer sa condition, ce qu’il a refusé, pour offrir ses souffrances à Dieu. Son hagiographie raconte qu’un jour que le maître était parti en pèlerinage et que la femme avait invité des amis et préparé un pilaf, il en réclama une assiette pour son maître. Son maître, qui était absent… Chacun a pensé qu’il allait dévorer le pilaf, mais non, à son retour le maître a dit avoir reçu miraculeusement, à distance, cette assiette de riz. Plus tard, Jean mourut et quand les Turcs ont voulu l’incinérer, son corps ne s’est pas consumé, selon l’hagiographie. On comprend qu’un tel saint, les Grecs orthodoxes de Prokopi en Asie Mineure aient voulu l’emporter avec eux. Ils ont déposé la châsse dans l’église de leur Néo-Prokopi, et les pèlerins se sont pressés autour d’elle, faisant des dons, si bien que dès 1930 a pu être entreprise la construction d’une église dédiée à Saint Jean le Russe, achevée en 1951, où la châsse a été transférée. C’est cette église que nous voyons ici.

Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014
Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014
Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014

Ailleurs, nous nous arrêtons dans la campagne près de la chapelle Sainte-Anne. Une petite chapelle qui paraît toute simple au premier abord, et qui en fait est décorée de nombreuses peintures. Sur ma (sombre) photo, on peut distinguer dans la partie supérieure de l’iconostase toute une série de médaillons.

Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014

Voilà l’un de ces médaillons. Près du visage, je lis que c’est le prophète Ananias. En 597 avant Jésus-Christ, le roi Nabuchodonosor déporte les Juifs de Jérusalem à Babylone. En 593, Ananias prédit qu’au terme de deux ans les Juifs sortiront de leur l’esclavage, mais le prophète Jérémie reçoit de Dieu l’information que les Juifs resteront dans les chaînes et que, pour avoir menti au peuple, le faux prophète Ananias mourra dans l’année. Et Ananias est mort dans l’année, ce qui a confirmé qu’il était un faux prophète. Pour cette raison, je trouve curieux qu’il soit à l’honneur ici, car puisqu’il s’agit de l’Ancien Testament, la Bible des Orthodoxes est la même que celle des Catholiques. Dans le passé, la majorité des fidèles ne sachant pas lire, les fresques représentaient des passages de l’Ancien et du Nouveau Testaments, remplaçant le texte par l’image, mais il s’agissait de scènes, non de portraits. Quoi qu’il en soit, je trouve que ce joufflu enturbanné ne manque pas d’intérêt.

Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014

Dans cette même chapelle Sainte-Anne, il y a aussi des icônes, comme cette Présentation de Marie au temple. Ces tableaux sont loin d’être des chefs-d’œuvre, mais ils font preuve malgré tout d’une certaine inspiration, dans la composition, dans l’expression des personnages. Cette icône ne me déplaît pas.

Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014
Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014

À Limni, nouvelle étape. Ici, c’est le paysage qui nous retient, la côte découpée, le bleu intense de la mer, la plage. Et puis nous sommes frappés par la personnalité exprimée dans ce buste de femme. L’inscription nous dit que Léla Karagianni est née en 1898 à Limni, et qu’elle est tombée pour la gloire et la majesté de la Grèce, abattue par les Allemands le 8 septembre 1944.

Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014

Et puis à Loutra Aidipsou, nous découvrons une élégante station thermale (mais Loutra signifiant Bains, nous nous doutions que ce n’était pas une station de ski!). Découvrant que du port proche part un ferry vers le continent, nous décidons de nous promener un peu dans la ville en de revenir à Athènes par ce moyen, plutôt que de repartir sur les petites routes vers le pont.

Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014
Dans le nord de l’Eubée. Vendredi 21 mars 2014

L’attente du bateau nous permet non seulement de déambuler dans les rues de la ville, mais aussi de nous remplir les yeux d’un somptueux coucher de soleil. Le continent, on le voit, n’est pas loin de l’île.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche