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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 23:55
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Le “Foyer” de Néa Smyrni, en grec Εστία (Estia, grec ancien Hestia), est en réalité un centre culturel municipal qui comprend une bibliothèque et un musée, en relation avec l’origine de cet arrondissement d’Athènes qui s’est créé dans les années 1920 pour accueillir les Grecs expulsés de Smyrne, aujourd’hui Izmir, en Asie Mineure, lors du dramatique “échange de populations”, Grecs de Turquie, Turcs de Grèce. Nous nous préparons à partir visiter, ce printemps et cet été, un grand nombre d’îles grecques, mais auparavant nous tenons à compléter notre connaissance de cette ville où nous avons résidé.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

C’est d’abord la bibliothèque que nous avons explorée. On voit qu’elle est installée dans une grande salle et, puisque son but n’est pas de prêter des romans ou des livres de culture générale, mais de fournir des livres et documents permettant de se plonger dans le passé des Grecs d’Asie Mineure ainsi que dans les années de leur installation en Grèce au vingtième siècle, le fonds documentaire est très riche mais limité à ce seul sujet, en revanche ceux qui fréquentent cette bibliothèque y viennent pour travailler, d’où un nombre important de tables par rapport à la superficie occupée par les rayonnages.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Ici, je ne montrerai pas une ribambelle de dos de livres. Il est plus significatif, dans le cadre de mon blog, de consulter la collection de cartes postales. Celles-ci montrent la Smyrne d’avant le départ des Grecs. Une vue du mont Pagus, l’aqueduc qui enjambe la rivière Mélès, près de Smyrne, et puis “le travail des figues”, dit la carte postale. Je ne sais si cela signifie que les femmes trient, ou calibrent, ou pèsent, ou vendent les figues, mais c’est une intéressante image de la vie de la cité de Smyrne.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Très typique, parce que ce n’est pas ce que l’on peut voir de Lille à Perpignan ni de Brest à Strasbourg, ce sont ces animaux. Sur ces cartes, il est écrit “caravane de chameaux”, “campement de chameaux” et “bazar aux chameaux”. Le bât qu’ils portent dissimulant complètement leurs dos sur chacune de ces photos, je ne suis pas suffisamment connaisseur pour savoir si ce sont réellement des chameaux à deux bosses, ou plutôt des dromadaires à une seule bosse. Dans l’explication donnée par la bibliothèque, le texte grec dit καμιλός, et la traduction anglaise camel, par conséquent chameau, tout comme ce qui est imprimé sur la carte elle-même. Il est expliqué que ces caravanes d’animaux attachés les uns aux autres parcouraient de grandes distances en transportant des marchandises de prix pour ces commerçants orientaux. D’autre part, la carte parle en français de “bazar”, mais le mot grec imprimé en face, αγορά, se traduit généralement par “marché”.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Le port de Smyrne. Le même dans deux situations opposées. Nous le voyons d’abord serein, en pleine activité. La légende de la carte postale dit “Les quais et mouvement du port”. Les diverses communautés, turque, grecque, arménienne, juive, arabe, vivent en relative harmonie. Chacune a son quartier, mais ce ne sont pas des ghettos. Et le port, quant à lui, connaît des mouvements incessants, exporte aussi bien la production artisanale ou industrielle locale que les produits apportés de plus ou moins loin par les caravanes. La ville est riche et florissante. Et puis il y la Première Guerre Mondiale. L’Empire Ottoman est du mauvais côté, celui du perdant, et se voit amputé de grandes parties de son territoire, notamment au profit de la Grèce, qui investit Smyrne avec son armée et son administration. Il faut dire que les îles de l’Égée, tout comme les côtes de l’Asie Mineure, sont grecques depuis 2500 ans, 3000 ans, voire plus.

 

Le sultan s’est vu contraint de signer, mais l’un de ses officiers, Mustapha Kemal, refuse cette paix qu’il juge indigne (après tout, le général de Gaulle a fait de même en 1940) et passe à l’attaque de reconquête. Je n’entrerai pas ici dans le détail des opérations, c’est hors de mon sujet, mais ici à Smyrne, qui deviendra Izmir, les Turcs de Mustapha Kemal (qui, lorsqu’il aura détrôné le sultan et pris le pouvoir, se fera appeler Atatürk, “le Père des Turcs”) repoussent les Grecs, prennent Smyrne, et la seconde carte postale ci-dessus montre des “unités militaires turques sur le quai, derrière les biens abandonnés par les Grecs qui ont essayé de s’échapper, ou qui y sont arrivés”. Scène dramatique, en violent contraste avec la précédente.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

La conclusion de cela continue dans la tragédie. Ce sont des milliers de réfugiés, des milliers de morts, soit tués par des militaires, soit noyés en tentant de s’enfuir sur des barques, voire à la nage, et puis c’est l’immense incendie qui embrase la ville au matin du 14 septembre 1922. Cette grande cité commerçante que fut Smyrne ne sera plus qu’un amas de ruines et de cendres. Izmir sera reconstruite, j’espère que nous aurons l’occasion de nous y rendre un jour; je lui consacrerai alors un (ou plusieurs) article(s).

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Chrysostome Kalafatis (1867-1922), un Grec originaire du nord-ouest de l’Asie Mineure ottomane, non loin de la mer de Marmara. Il est de religion orthodoxe et devient prêtre. En 1902, le patriarche de Constantinople le nomme métropolite de Drama (Grèce continentale, Macédoine, nord-ouest de Kavala). Le métropolite orthodoxe est l’équivalent de l’évêque catholique. Les populations grecques doivent à son activisme social la construction d’écoles et d’hôpitaux. Il bâtit aussi des églises, ce que les Ottomans ont toujours toléré (en prohibant les cloches), mais il est trop philhellène au goût des autorités, qui le chassent de là en 1907. Alors le patriarche de Constantinople, en 1910, le nomme métropolite de Smyrne. Nouvelle action sociale en faveur des Grecs, nouvelle expulsion. Cette fois, il doit se rendre à Constantinople. Quand, en 1919, la Grèce a pris possession de Smyrne légalement, en vertu du traité de Sèvres, Chrysostome revient et reprend ses fonctions de métropolite. Nous venons de voir avec les cartes postales précédentes ce qui s’est passé à Smyrne en 1922. Quelques jours avant l’incendie, le gouverneur turc Nureddin Pacha lance la populace turque contre lui. Ce qui suit, je le prends dans une traduction donnée par Wikipédia d’un livre anglais qui cite des observateurs français: “La foule s'empara du métropolite Chrysostome et l'emmena […] un peu plus loin, devant la boutique d'un coiffeur italien du nom d'Ismaël. […Les Turcs] s'arrêtèrent et le Métropolite fut introduit dans le salon de coiffure. Ils commencèrent à le frapper à coups de poings et de bâtons et à lui cracher au visage. Ils le criblèrent de coups de couteaux. Ils lui coupèrent la barbe, ils l'énucléèrent, ils lui coupèrent le nez et les oreilles. Les soldats français furent écœurés par ce qu'ils virent et cherchèrent à intervenir mais leur commandant avait l'ordre de rester strictement neutre. Un revolver à la main, il interdit à ses hommes de porter secours au Métropolite. Chrysostome fut ensuite conduit dans une petite rue du district d'Iki Cheshmeli, où il succomba finalement à ses terribles blessures”. Voilà pourquoi l’Église orthodoxe l’a canonisé comme martyr, et en grec on parle de “l’ethno-martyr Chrysostome”.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Lorsque nous sommes revenus de France via Prague, j’ai publié un article Athènes et Néa Smyrni où je montrais la reproduction à Néa Smyrni, par les Grecs chassés de Smyrne, du célèbre campanile dû à l’architecte Latris en 1856, ce clocher qu’ils avaient connu dans leur ville natale et qu’ils chérissaient. C’est ce campanile que représente la carte postale de Smyrne, et à titre de comparaison je publie ensuite, de nouveau, ma photo de celui de Néa Smyrni.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Quand la Municipalité d’Athènes a mis à la disposition des réfugiés de Smyrne le terrain qui est devenu l’arrondissement de la Nouvelle Smyrne (Néa Smyrni), il a fallu que ces gens qui avaient une pratique religieuse orthodoxe puissent avoir leur lieu de prière. On a construit de toute urgence cette chapelle de bois, en attente de mieux.

 

La première photo ci-dessus, que j’ai reproduite à partir d’un livre de la bibliothèque, date de 1930. Mais ils voulaient leur église dédiée comme à Smyrne à Agia-Fotini (Sainte-Photine), que l’on peut traduire par Sainte-Claire, mais cette sainte Claire n’est pas celle d’Assise, elle n’a rien à voir avec elle, ce serait selon l’Église orthodoxe la Samaritaine que Jésus avait rencontrée près du puits de Jacob. La seconde photo est elle aussi tirée d’un livre. Elle représente, dans les années 1930, la nouvelle église Agia Fotini en construction à Néa Smyrni. Au premier plan, on distingue la chapelle provisoire qui continuera à remplir son office jusqu’à ce que la grande église soit achevée.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Terminant notre visite de la bibliothèque, nous prenons rendez-vous pour visiter le musée le lendemain. Là, nous trouvons des icônes en très grand nombre, et beaucoup d’entre elles sont d’une grande qualité. Ce sont celles qui ont pu être sauvées d’Asie Mineure après les événements de 1922. Traditionnellement, on représente sainte Anne, la mère de Marie, apprenant à lire à sa fille. Peut-être est-ce le sujet de cette icône, mais je trouve un air bien masculin à l’enfant, surtout en des temps où l’on avait l’habitude de laisser pousser les cheveux des filles, ce qui m’amène à me demander s’il ne s’agirait pas plutôt de Marie et de l’Enfant Jésus.

 

Ce musée est passionnant, mais il n’est pas spécifiquement destiné à la visite de touristes, aussi les informations y sont-elles très réduites, et même souvent totalement absentes. La dame qui nous accompagne est extrêmement sympathique, et ses connaissances sont immenses, elle peut dater chaque icône et signaler ses caractéristiques, son auteur, mais parce que je n’ai pas pu noter par écrit toutes ces informations j’avoue ne plus être capable, au moment de rédiger, de me remémorer tout cela, et c’est bien dommage.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Pour cette raison, je montre encore trois belles icônes, sans chercher à les commenter. J’en dirai seulement le sujet. Celui de la première est évident, sur la seconde la roue du supplice nous indique qu’il s’agit de sainte Catherine d’Alexandrie, quant à la troisième c’est parce qu’on me l’a dit, et non grâce à ma perspicacité, si je sais qu’elle représente la découverte du tombeau d’Alexandre le Grand.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Musicien, compositeur, musicologue, professeur, Constantin Psachos est né près de Constantinople, et il a un temps vécu à Smyrne. C’est à ce titre de Grec de l’Empire Ottoman qu’il a sa place dans ce musée, c’est aussi parce que sa première femme était une Grecque de Smyrne. Il est mort en 1949, et le musée donne sa naissance en 1869. Coup d’œil à Wikipédia: il y est dit que dans son autobiographie qu'il se déclare né en 1876, mais qu’il serait plus probablement né en 1866. Et s’il est vrai qu’en 1887 il a été chantre à Galata (quartier de Constantinople), il devait à l’époque avoir plus de 11 ans. 18 ou 21 ans (né en 1869 ou 1866) serait plus vraisemblable. Il étudie à Constantinople la théologie et la musique byzantine. C’est de 1892 à 1895 qu’il a chanté à Smyrne. On le retrouve à Athènes en 1904, envoyé par le patriarche de Constantinople et transporté sur un navire de guerre sur ordre du roi Georges 1er pour ouvrir et diriger une école de musique byzantine.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Ce buste, c’est celui de Dominikos Théotokopoulos, connu sous le nom du Greco, ce grand peintre crétois qui a travaillé en Italie puis surtout en Espagne.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Ce dessin au crayon sur papier est de Giannoulis Chalepas (1851-1938). Le musée se contente de donner le nom et les dates de l’artiste, mais n’indique aucun titre. Le sculpteur représenté regarde une statue sur une haute base, et au pied de cette base est inscrit un mot qui signifie “la Décadence”.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Autre dessin au crayon sur papier, celui-là porte un titre (inutile parce qu’évident), Nu féminin. Il est d’Athanase Apartis (1899-1972).

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Autre œuvre d’art du même Athanase Apartis, ce bronze d’un nu féminin. Le titre Accouchement attire l’attention sur le fait qu’un bébé apparaît entre les jambes de cette femme.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Celle-ci est une peinture à l’huile et s’intitule Maisons. L’auteur en est Kostas Plakotaris (1902-1969).

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

“Quelle lamentation a atteint les dix-sept enfants dans cette mauvaise barque”, dit la légende. Cela doit faire allusion à une histoire connue, ou à un événement. Je ne connais ni l’auteur du dessin, ni le contexte dans lequel il a été créé.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Ce dessin est placé auprès du précédent, dans un même cadre. De plus, je dois avouer que mon niveau de connaissance du grec moderne ne m’a pas permis d’être sûr de bien comprendre la légende, je préfère donc ne pas en donner une traduction qui risque d’être fausse. Toutefois, malgré les lacunes béantes de mes informations au sujet de ces deux dessins, je les publie parce que je les trouve excellents graphiquement.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Hier dans la bibliothèque, nous avons vu un portrait du métropolite de Smyrne, l’ethno-martyr Chrysostome. Aujourd’hui dans le musée, nous en voyons quelques reliques, comme son stylo en or, sa montre de gousset, et une décoration yougoslave reçue en 1920, alors qu’il était métropolite de Drama.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014
Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Le musée est aussi ethnographique en ceci qu’il montre des meubles et des éléments du décor privé et de la vie des Grecs à Smyrne ou plus généralement en Asie Mineure ottomane. Je n’en finirais pas de montrer le mobilier, les vêtements, les bibelots présentés.

Estia de Néa Smyrni : bibliothèque et musée. 2 et 3 avril 2014

Pour terminer, voici une création d’Ilias Lalaounis, qui prend son inspiration de l’une des pièces d’orfèvrerie les plus anciennes que l’on ait trouvée à ce jour en Europe. L’original, qui date d’environ 1800 avant Jésus-Christ, a été découvert en Crète, à Malia, et représente deux abeilles sur un rayon de miel.

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Published by Thierry Jamard
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