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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 23:55

Deux fois déjà au cours de ce long voyage nous nous sommes rendus à Delphes. Un lieu si merveilleux qu’il est difficile de résister à la tentation d’y revenir. Pour cette troisième visite, je ne vais pas répéter ce que j’ai déjà dit, ni montrer les mêmes photos. J’ai donc pris mes vues sous des angles différents, et je ne les commenterai que peu, ce qui me permet d’en montrer beaucoup. Par ailleurs, je consacre cet article au site, étant entendu que mon prochain article complétera ce que nous avons vu précédemment au musée.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

À l’extérieur du site, devant le musée, on peut admirer ces mosaïques. En 1959, alors que l’on creusait pour construire les fondations d’un bâtiment dans la ville moderne, à quelque distance du site antique, on est tombé par hasard sur les ruines d’une basilique paléochrétienne des cinquième et sixième siècles. Les mosaïques de sol, en bon état de conservation, ont été transférées là où nous les voyons aujourd’hui. Ont également été mis au jour des fragments de colonnes ainsi que des pierres antiques réutilisées pour la construction.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

À l’extérieur du site et du musée, on peut voir aussi divers éléments de moindre intérêt qui, eux, ne font l’objet d’aucune description ou explication.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Une restitution de l’agora romaine, que j’avais présentée dans mon article du 13 mars 2011, est proposée par D. Laroche, de l’EFA (École Française d’Athènes, cet établissement de recherche pour lequel travaillent pour un temps des doctorants ayant été très sévèrement sélectionnés et qui bénéficient d’une bourse. Fernand Robert qui, dans les années 1960, a dirigé mon mémoire de maîtrise, avait été, dans les années 1930, membre de l’EFA où il préparait sa thèse de doctorat sur la tholos d’Épidaure tout en faisant des recherches en Asie Mineure pour le compte de l’EFA). Quoique d’époque romaine, construite au quatrième siècle de notre ère, cette grande place n’a pas les fonctions d’un forum, c’est une agora à la grecque. Ce qu’il en reste aujourd’hui n’est que l’un de ses trois portiques, le portique nord. Derrière, il y avait cinq boutiques qui remplissaient le même office que celles de Lourdes, on y trouvait des offrandes, des ex-voto, des souvenirs à rapporter. Avant la création de cette agora, là était l’entrée principale du sanctuaire d’Apollon. Les consultants (les théopropes) entraient par là puis suivaient la Voie Sacrée, tout comme les processions.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

L’architecture mêlant brique et pierre trahit l’époque romaine de ce mur de l’agora. Au sixième siècle après Jésus-Christ, la ville a été christianisée, et cette pierre gravée d’une croix provient d’une église de ce siècle qui n’a pas (ou pas encore) été localisée.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Au-delà de l’entrée du sanctuaire, les villes construisaient leurs “trésors” en forme de petits temples pour y entasser leurs offrandes au dieu. Le plus célèbre, parce que ses pierres ont été retrouvées sur place et qu’il a pu être remonté, est sans conteste le trésor des Athéniens, qui date du sixième siècle avant Jésus-Christ, tout comme le premier temple d’Apollon. Dans mon blog en date du 13 mars 2011, comme un peu partout sur le web, j’en ai publié une photo de la façade. Je préfère donc ici le montrer de dos, puis un gros plan sur sa frise qui a hélas bien souffert des outrages du temps, des couronnes de lauriers gravées dans la pierre avec des textes dédicatoires, et enfin deux vues d’en-haut, avec son toit manquant. Sur la dernière photo, ce que l’on aperçoit en arrière-plan, tout au fond de la vallée, c’est le gymnase que je montrerai mieux tout à l’heure.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Le trésor de Sicyone, dorique, a été construit vers 500 avant Jésus-Christ. Il avait deux colonnes en façade, et reposait sur des fondations de type bastion, de plus de trois mètres de haut. Quand on a fouillé ces fondations, les archéologues se sont rendu compte qu’un édifice antérieur, des alentours de 580, avait la forme d’une tholos, c’est-à-dire circulaire, puis vers 560 était venu s’ajouter un bâtiment rectangulaire avec des colonnes sur son pourtour qui, nous explique-t-on, était peut-être destiné à recevoir le char de Clisthène, tyran de Sicyone, vainqueur de la première course pythique, en 582 avant Jésus-Christ.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Nous voici devant le trésor des Thébains, qui date de la fin du sixième siècle et du début du cinquième. En l’absence d’explications données sur le site, je ne m’aventurerai pas à commenter ces quelques pierres peu lisibles. Mais la vue sur la montagne, en arrière-plan, constitue un paysage grandiose.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Même chose pour le trésor des Béotiens, qui lui est contemporain. À noter que Thèbes est en Béotie, et par conséquent il y a un trésor pour la cité-État de Thèbes, et un autre pour les peuples de dialecte béotien en général. Et puis je note, sur une pierre, une écriture de droite à gauche. Non pas comme la langue arabe ou l’hébreu, mais avec l’alphabet grec retourné, les lettres étant gravées comme vues dans un miroir.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Sur la première de ces photos, nous voyons deux trésors dos à dos. Ce sont, à droite, le trésor de Mégare, qui fait l’objet ensuite de ma seconde photo et qui est de la même époque que les deux trésors précédents, Thébains et Béotiens, et à gauche le trésor de Siphnos. Comme la plupart de ces trésors, ce trésor des Mégariens est fort détruit, néanmoins ce mur donnant sur le chemin a subsisté sur une assez grande hauteur.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

C’est vers 525 avant Jésus-Christ que les Siphniens ont offert ce trésor à Apollon. Aussi bien Hérodote au cinquième siècle avant Jésus-Christ que Pausanias au second siècle de notre ère nous disent qu’il a été construit grâce au prélèvement d’un dixième (la dîme) des revenus de l’exploitation des mines d’or et d’argent de cette petite Cyclade que nous avons visitée il y a deux ans et demi (voir mon article du présent blog daté du 27 au 30 septembre 2011). Cette richesse avait permis de la construire, hormis pour ses fondations, en marbre blanc et transparent, sa frise qui tournait tout autour faisait trente mètres de long, et l’entablement de la façade était soutenu par deux grandes korè. Si l’on s’est reporté à mon blog de septembre 2011, on a pu constater que j’écris le nom de cette île Sifnos, alors qu’ici je l’orthographie Siphnos. C’est parce qu’ici je parle de l’île dans l’antiquité, et dans l’article précité je parle de l’île que nous visitons au vingt-et-unième siècle. En grec ancien, la lettre Φ (phi) était un P aspiré, les lèvres fermées s’ouvraient pour laisser passer un souffle. On a donc l’habitude de transcrire Siphnos, de même que Philippe, philosophie, phénomène, photographie, Aphrodite, etc. Puis, comme dans la plupart des langues, la prononciation s’est relâchée, et puisque les lèvres allaient s’ouvrir, on ne les a pas complètement fermées. Cela a donné un F “bilabial”, c’est-à-dire prononcé entre les deux lèvres, et non pas comme en français entre les incisives supérieures et la lèvre inférieure. Même s’il est légèrement différent, c’est un F quand même, et désormais on transcrit le Φ avec un F. Voilà donc l’explication de ma différence d’orthographe (orthographe avec PH!) qui n’est pas due à de l’inattention de ma part.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Des environs de 700 avant Jésus-Christ est ce trésor des Corinthiens, ce qui en fait le plus ancien des trésors. Le roi Crésus de Lydie n’avait rien de Corinthien, mais il fit déposer ici d’immenses richesses. Crésus, nous raconte Hérodote, craint les Perses, dont la puissance s’accroît. Je lui laisse la parole: “Il envoya des messagers en divers lieux, à Delphes, […] d'autres furent envoyés aux oracles d'Amphiaraos et de Trophonios […]. Ces consultations avaient pour seul but d'éprouver la science des oracles; il avait l’intention, s'il les trouvait véridiques, de les interroger de nouveau pour savoir s'il devait entreprendre de faire la guerre aux Perses. […] Ses Lydiens […] devaient compter les jours depuis leur départ de Sardes et, au centième, consulter les oracles et leur demander ce que faisait en ce moment le roi de Lydie, Crésus […]. Les réponses des autres oracles ne nous sont pas connues, mais à Delphes, dès que les Lydiens furent entrés dans le sanctuaire pour consulter le dieu et lui eurent posé la question prescrite, la Pythie prononça ces mots en vers hexamètres:

            Je sais le nombre des grains de sable et les mesures de la mer,

            Je comprends le muet, j'entends celui qui ne parle point.

            Une odeur est venue jusqu'à moi, l'odeur d'une tortue au cuir épais

            Cuisant dans le bronze, avec la chair d'un agneau;

            Le bronze s'étend sous elle, le bronze la recouvre.

[…] Lorsque Crésus entendit la réponse qui venait de Delphes, il l'accueillit par une prière et la reconnut exacte, et jugea que l'oracle de Delphes était le seul vrai puisqu'il avait découvert ce qu'il avait fait. En effet […] Crésus, au jour convenu, avait arrangé ceci: cherchant une action impossible à deviner comme à conjecturer, il avait découpé en morceaux une tortue et un agneau et les avait fait cuire lui-même dans un chaudron de bronze, sous un couvercle de bronze.

Voilà donc la réponse que Crésus reçut de Delphes. Sur celle que fit l'oracle d'Amphiaraos aux Lydiens quand ils eurent accompli devant le sanctuaire les cérémonies prescrites, je ne puis rien dire (car elle n'a pas été non plus rapportée), si ce n'est que Crésus reconnut aussi la véracité de cet oracle.

Ensuite, Crésus voulut par de grands sacrifices se concilier le dieu de Delphes. […] Le sacrifice achevé, il fit fondre une immense quantité d'or dont on fit des demi-briques de six palmes de long, trois de large, et hautes d'une palme, au nombre de cent dix-sept; quatre étaient d'or pur et pesaient chacune deux talents et demi, les autres, en or blanc, pesaient chacune deux talents. Il fit faire encore un lion d'or fin qui pesait dix talents. Dans l’incendie du temple de Delphes ce lion tomba de son piédestal formé par les demi-briques; il se trouve actuellement dans le Trésor des Corinthiens et pèse six talents et demi (trois talents et demi ont fondu).

[…] Crésus offrit encore quatre jarres d'argent qui sont dans le Trésor des Corinthiens, deux vases pour l'eau lustrale, l'un d'or, l'autre d'argent. Le vase d'or porte une inscription qui le déclare offrande des Lacédémoniens, ce qui est faux: il vient également de Crésus, et l'inscription est l'œuvre d'un Delphien, qui voulait plaire aux gens de Lacédémone (je ne dirai pas son nom, bien que je le sache); la statue du garçon par la main de qui l’eau coule est bien un don des Lacédémoniens, mais aucun des deux vases ne vient d'eux. En outre Crésus envoya beaucoup d'autres offrandes qui ne portent pas son nom et des lingots d'argent de forme ronde, ainsi qu'une statue de femme en or haute de trois coudées qui, disent les Delphiens, représente sa boulangère. Il offrit encore les colliers et les ceintures de sa femme.

Voilà les présents qu'il fit porter à Delphes. Pour Amphiaraos, quand il apprit ses vertus et ses épreuves, il lui consacra un bouclier tout en or et une lance en or massif, la hampe aussi bien que les pointes. On voyait encore les deux objets à Thèbes de mon temps, dans le temple d'Apollon Isménios.

Les Lydiens […] présentèrent les offrandes et consultèrent les oracles en ces termes: Crésus, roi des Lydiens et d'autres nations, persuadé qu'il n'est d'oracles au monde que les vôtres, vous a fait des présents dignes de vos réponses véridiques. Maintenant il vous demande s'il doit faire la guerre aux Perses, et s'il doit s'adjoindre des troupes alliées. Ils posèrent cette question et les deux oracles rendirent des réponses identiques: tous deux déclarèrent à Crésus que, s'il faisait la guerre aux Perses, il détruirait un grand empire.

Lorsque Crésus connut ces réponses, il en ressentit une joie extrême et, plein de l'espoir de renverser la puissance de Cyrus, il envoya de nouveau ses messagers à Pytho distribuer aux Delphiens, dont il avait demandé le nombre, deux statères d'or par homme. En remerciement les Delphiens accordèrent à Crésus et aux Lydiens, à perpétuité, le droit de consulter l'oracle en priorité, de ne payer aucune taxe, de siéger aux premiers rangs dans les Jeux et les spectacles et, pour qui d'entre eux le voudrait, de devenir citoyen de Delphes”.

 

Cet extrait d’Hérodote est bien long mais, outre qu’il explique pourquoi ce trésor des Corinthiens contient tant de richesses qui ne peuvent provenir de Corinthe, il est, je trouve, amusant et évoque comme bon oracle celui d’Amphiaraos (cf. mon récent article sur l’Amphiareio daté du 16 mars 2014). Il a en outre consulté celui de Trophonios (cf. mon précédent article sur Lébadée daté du 22 mars 2014). Ceux d’Asie Mineure et d’Égypte (Ammon) ne lui ont pas donné de réponses crédibles.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Je ne m’étendrai pas en commentaires sur le rocher de la Sibylle, roche tombée de la montagne et conservé là où il avait atterri. Je l’avais déjà montré et commenté. Mais j’ai trouvé intéressant d’en prendre une photo sous cet angle. Bof…

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Ces deux petites constructions semi-circulaires, avec deux autres qui ont disparu, marquaient les quatre angles d’un vaste espace appelé Halos, ce que l’on traduit généralement pas “Aire”. Ces bâtiments permettaient de s’asseoir pour converser, c’est ce type de structure que l’on appelle une exèdre. Je ne reviendrai pas sur l’histoire du site de Delphes, à l’origine dédié à Gaia, la déesse Terre, avec le serpent Python, dont on a la preuve encore à l’époque mycénienne, ni sur l’arrivée des dieux de l’Olympe et l’arrivée à Delphes au huitième siècle d’Apollon qui tue Python et s’installe avec son oracle, mais c’est là, sur l’Aire, que tous les huit ans se déroulait le rituel appelé Septérion au cours duquel un adolescent figurant le dieu détruisait Python. La Voie Sacrée passe là et en 1939, des fouilles sous ses dalles ont permis de découvrir une fosse et de mettre au jour des objets qui y avaient été enterrés et qui sont aujourd’hui au musée: dans mon article du 20 juin 2011, j’avais montré des photos de têtes de statues chryséléphantines d’Apollon, d’Artémis, de Léto, ainsi qu’un bras et une main. Il y avait aussi d’autres objets, tous plus ou moins détruits lors du terrible tremblement de terre de 548 avant Jésus-Christ et que l’on avait pieusement recueillis et placés dans cette fosse.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Au moment où j’ai appuyé sur le déclencheur, une touriste est apparue. J’ai attendu, mais le flot des touristes n’a pas cessé, et j’ai dû me contenter de cette image. Pour respecter le droit à l’image de cette jeune fille, j’ai dû flouter son visage avec Photoshop

 

Ceci, c’est l’emplacement du Pilier de Paul-Émile. En 168 avant Jésus-Christ, voilà plus d’un siècle et demi que le conquérant Alexandre le Grand est mort. Ses diadoques, c’est-à-dire ses généraux, se sont partagé son empire. Celui qui, en cette année 168, est roi de Macédoine, s’appelle Persée, et le consul romain Paul-Émile l’a vaincu à Pydna. Pour célébrer sa victoire, sa statue équestre a été placée sur un pilier d’environ douze mètres de haut dont nous ne voyons plus que la base aujourd’hui.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Deuxième Guerre Médique. En 380 avant Jésus-Christ, la victoire navale grecque à Salamine a porté un rude coup à la flotte perse de Xerxès. En 479, à Platées en Béotie près de Thèbes (mon article Ægosthènes, Platées, Éleuthères, daté 10 juin 2012) l’armée grecque composée des combattants de trente-et-une cités met en déroute l’armée perse comprenant aussi des guerriers thébains, la ville de Thèbes ayant fait alliance avec l’ennemi. Le butin pris sur les Perses à Salamine puis à Platées est richissime, les vainqueurs en prélèvent la dixième partie pour offrir à Apollon, dans son sanctuaire de Delphes, un présent somptueux. Sur la base de pierre que nous voyons sur ma photo ils ont dressé un trépied de bronze figurant trois serpents enlacés, sur les têtes desquels reposait un chaudron en or massif de trois mètres de diamètre. Le chaudron, les Phocidiens l’ont fondu pour en récupérer l’or à l’époque de de la Guerre Sacrée de 354-343. Quant au trépied en forme de serpents, nous l’avons vu à Istanbul, sur l’Hippodrome, où l’empereur Constantin l’avait fait transporter (mon article Istanbul 04: La ville romaine, octobre-décembre 2012, avec photos).

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Il est difficile, dans ces vestiges, de reconnaître un portique, et pourtant ici se trouvait le portique d’Attale Ier (269-197 avant Jésus-Christ), roi de Pergame. Le grand portique qu’il a offert était sur deux niveaux, bordés chacun de onze colonnes doriques. Mais au quatrième siècle de notre ère, ce portique a été transformé en citerne pour alimenter en eau des thermes situés à quelque distance. Et voilà ce qu’il en reste…

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Encore une simple base. Elle supportait depuis 330 avant Jésus-Christ une colonne de onze mètres de haut, décorée de feuilles d’acanthe sur le fût, au sommet de laquelle étaient sculptées trois danseuses surmontées d’un omphalos de pierre. Ces danseuses, inutile que je les décrive maintenant, elles vont figurer dans mon prochain article, car elles sont conservées au musée de Delphes et je les y ai vues et photographiées après cette visite du site.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Les archéologues ont dénommé Base en Fer à Cheval ce bâtiment où dix-huit bases de pierre, disposées en fer à cheval, supportaient au moins dix-huit statues du troisième siècle avant Jésus-Christ, sculptées dans du marbre blanc. Peut-être, nous dit-on, représentent-elles les membres d’une même famille. L’une de ces statues était celle que l’on appelle le Philosophe, qui est aujourd’hui au musée archéologique de Delphes et que je présenterai dans mon prochain article.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Là non plus, il ne reste pas grand-chose de la Leschè des Cnidiens. Cnide, célèbre pour son Aphrodite, œuvre de Praxitèle, premier grand nu féminin intégral dans la statuaire grecque, est une ville située tout au bout d’une longue presqu’île à l’extrême sud-ouest de l’Asie Mineure aujourd’hui turque. Et une leschè, c’est un espace de rassemblement et de discussion. Cette salle de la première moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ était rectangulaire et couvrait environ cent quatre-vingts mètres carrés. Ici, je cite le texte proposé par le site (fouillé par des Français, il propose tous ses commentaires en grec, en anglais et en français): “Elle était connue pour son décor de peintures murales par Polygnote. Les thèmes représentés étaient la prise de Troie à droite de l'entrée et la descente d'Ulysse aux enfers à gauche”. Quant à Polygnote (470-440 avant Jésus-Christ), il est originaire de Thasos, cette île tout au nord de la mer Égée, mais a essentiellement travaillé à Athènes avant d’aller effectuer des commandes ici ou là, comme pour cette leschè.

 

Pausanias: “Les Delphiens donnent à cet édifice le nom de Leschè, parce que c'était là qu'on se réunissait anciennement, soit pour parler de choses sérieuses, soit pour faire des contes. [...] En entrant dans cet édifice, toutes les peintures que vous voyez à droite représentent la ville de Troie prise, et le départ des Grecs; on prépare tout ce qui est nécessaire pour le retour de Ménélas; son vaisseau est peint avec son équipage mêlé d'hommes et d'enfants; le pilote Phrontis, tenant des avirons, est au milieu du vaisseau [...]. Briséis est debout, Diomède est au-dessus d'elle, et Iphis est devant eux; tous trois ont l'air de regarder la figure d'Hélène, cette dernière est elle-même assise près d'Eurybates qui était, à ce que je crois, le héraut d'Ulysse; il n'avait pas encore de barbe. Vous voyez ensuite deux servantes d'Hélène, Électre et Panthalis, cette dernière est debout auprès d'elle, et Électre attache la chaussure de sa maîtresse. [...] L'autre portion de tableau, qui est à main gauche, présente la descente d'Ulysse aux enfers pour y consulter l'âme de Tirésias sur les moyens de rentrer sain et sauf dans sa maison. Voici ce que contient ce tableau: On y voit de l'eau qui paraît être celle d'un fleuve. Il est évident que c'est l'Achéron, il est rempli de roseaux, on y remarque des poissons peu apparents, et qui ressemblent plutôt à des ombres qu'à des poissons véritables. Sur ce fleuve est une barque et un nautonier qui tient les rames. [...] Ce qu'il y a de plus remarquable sur la rive de l'Achéron, c'est, au-dessous de la barque de Caron, un fils étranglé par son père envers qui il s'était mal conduit. Les anciens avaient le plus grand respect pour les auteurs de leurs jours [...]. Dans le tableau de Polygnote, auprès de l'homme qui avait maltraité son père, et qui subit pour cela des tourments dans les enfers, vous en voyez un autre qui est puni pour avoir pillé les temples des dieux. La femme qui le châtia connaît bien tous les poisons, et surtout ceux qui peuvent servir à tourmenter les hommes. On avait encore alors un respect singulier pour les dieux, comme le montre la conduite des Athéniens qui, lorsqu'ils eurent pris à Syracuse le temple de Zeus Olympien, ne touchèrent à aucune des offrandes et les laissèrent à la garde du prêtre syracusain”.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Au pied du Mur Polygonal, un ouvrage aux pierres assemblées avec une précision remarquable construit au sixième siècle avant Jésus-Christ pour soutenir la terrasse artificielle sur laquelle s’élève le temple d’Apollon, nous voici devant la base du Sphinx des Naxiens. Dans mon article daté 20 juin 2011, j’avais montré cette gigantesque statue de sphinx au musée de Delphes. À l’origine, elle était située ici, au sommet d’une colonne de douze mètres de haut selon ce que je lis sur le site, ou de neuf mètres quatre-vingt-dix selon l’information dont je disposais en 2011 et dont je ne me rappelle pas l’origine. Bref, disons “au sommet d’une très haute colonne”, pour être sûr de ne pas dire de bêtises!

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Une stoa, je l’ai dit maintes fois, est une allée couverte, un portique. Longue de trente mètres, avec son toit de bois soutenu en façade par sept colonnes monolithes (c’est-à-dire d’une seule pièce de pierre, non pas en tambours superposés) en marbre, et à l’arrière par le Mur Polygonal du temple d’Apollon, elle a été construite entre 510 et 470 avant Jésus-Christ pour y abriter les trophées des victoires navales des Athéniens. Y ont donc été placées les prises de guerre sur les Perses, notamment celles de Marathon en 490 et de Salamine en 480. Sur ma photo, on voit clairement le rôle de soutènement du Mur Polygonal, avec les colonnes du temple d’Apollon au haut de l’image.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Sur cette base, il est écrit “Le peuple de Rhodes à Apollon Pythien”. “Le peuple”, Platon ou un autre auteur d’Athènes, écrivant en dialecte attique, dirait ὁ δῆμος (ho dêmos), mais ici on lit ὁ δᾶμος (ho dâmos), en dialecte dorien. Après la conquête d’Alexandre et l’unification de la Grèce, avec son centre culturel à Alexandrie d’Égypte, si ç’avait été une cité dorienne ou éolienne plutôt qu’ionienne ou attique qui avait unifié la langue (la koïnè), nous parlerions aujourd’hui de damocratie, de damagogie, de damographie plutôt que de démocratie, de démagogie et de démographie

 

Il y a très longtemps que j’ai été frappé de cette terrible maladie philologique qui n’a pas faibli avec les années, mais rassurez-vous, la crise est passée, je laisse (pour un temps!) la philologie de côté et je reviens à mes moutons. Ce présent des Rhodiens au dieu de Delphes, c’était une sculpture en bronze représentant Hélios et son quadrige, au sommet d’une colonne de pierre reposant sur la base que montre ma photo. Ouranos et Gaia (le Ciel et la Terre) ont donné naissance aux Titans, dont Hypérion, et aux Titanides, dont Théia. Hypérion et Théia ont trois enfants, Éos (l’Aurore), Hélios (le Soleil) et Séléné (la Lune). La tête cerclée de rayons de feu, Hélios que l’on représente comme un très bel homme jeune, s’élance du Pays des Indiens, à l’est, avec son quadrige (un char attelé de quatre chevaux), et il parcourt toute la voûte du ciel durant la journée pour arriver, à l’ouest, à l’Océan. Là, ses chevaux se baignent pour se reposer de leur course rapide, et lui-même se repose dans un palais d’or. Puis sous la terre il retourne au Pays des Indiens pour reprendre sa course dans le ciel à la suite du char de sa sœur Éos. Hélios a eu plusieurs femmes, parmi lesquelles le mythe donne soit Rhodè, soit Rhodos, éponyme de l’île de Rhodes. C’est pourquoi ce dieu est particulièrement honoré à Rhodes. D’ailleurs, l’une des sept merveilles du monde, le Colosse de Rhodes qui mesurait plus de trente mètres et avait été réalisé en 292 avant Jésus-Christ était un Hélios en bronze.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Sur cette “Aire”, il y a encore bien d’autres ruines mais celles dont je viens de parler sont, je pense, les principales. Ci-dessus, je montre quelques colonnes renversées qui ont appartenu à un bâtiment que je n’ai pas su identifier sur le plan.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Venons-en au temple d’Apollon. J’en ai précédemment montré des photos dans mon article du 13 mars 2013, mais ici on peut voir comment il s’insère dans ce site grandiose. Sur la seconde photo, je montre le temple avec son autel en premier plan. Sur la troisième c’est l’autel qui a été construit au cinquième siècle avant Jésus-Christ, et sur la quatrième on voit l’inscription de dédicace qui dit que ce sont les habitants de l’île de Chios qui l’ont offert à l’oracle de Delphes.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Montant au-dessus du niveau du temple d’Apollon, nous arrivons au théâtre que j’avais également montré en 2011, mais le voici sous de nouveaux angles. Il s’y déroulait des concours de musique et des concours de théâtre. Tel que nous le voyons, il a l’ampleur de sa dernière réfection au premier siècle de notre ère. Ses trente-cinq rangées de gradins pouvaient accueillir jusqu’à cinq mille spectateurs.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Et tout en haut, le stade. Je l’avais peu montré en 2011, en voici d’autres vues. La montagne est en pente abrupte, aussi pour réaliser le stade la paroi a-t-elle été coupée au cinquième siècle avant Jésus-Christ, permettant de tracer une piste plane. On a ainsi pu, le cinquième jour des Pythia, les fêtes d’Apollon Pythien, organiser des compétitions sportives, et les spectateurs s’asseyaient sur le sol. Ce n’est qu’à l’époque de l’empereur Hadrien (117-138 après Jésus-Christ), amoureux de la Grèce, que des gradins ont été aménagés. En même temps, une entrée a été construite, avec les trois arches que montrent ma seconde et ma troisième photos.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Dans mon article Olympie, les jeux et autres, daté 20 au 22 avril 2011, j’explique que la longueur du stade grec est variable selon le lieu. En effet, ce qui définit la longueur du stade –le stade étant en soi une mesure de distance–, c’est une longueur de six cents pieds. Le problème, c’est que le pied n’a pas la même longueur dans toutes les cités grecques (comme en France, avant l’adoption du système métrique à la Révolution, une livre n’avait pas le même poids partout). Ici à Delphes, il fait 29,725 centimètres, ce qui donne un stade de 178,35 mètres, alors qu’à Olympie le stade est de 192,27 mètres et à Némée de 177 mètres. Pour la course du dolichos, il fallait parcourir vingt-quatre stades. Dans l’antiquité, on mesurait le temps avec des clepsydres, ou avec des cadrans solaires, cela ne permettait en aucun cas de chronométrer des performances sportives, par conséquent on ne pouvait enregistrer de records nationaux ou internationaux, on ne pouvait pas non plus s’autoévaluer lors de l’entraînement. On ne pouvait que se mesurer aux autres concurrents, sur la même piste et simultanément. Voilà pourquoi, après tout, il n’était pas si gênant que tous les stades n’aient pas la même longueur. Le dolichos faisant à Olympie presque quatre cents mètres de plus qu’à Némée, il fallait seulement avoir un peu plus de souffle.

 

Sur ma première et ma troisième photos ci-dessus, on voit les lignes de départ et d’arrivée. Ma dernière photo permet de voir que ces lignes sont constituées de pierres calcaires, avec des rainures rectangulaires. Il semble qu’en largeur il ait été possible de donner le départ à dix-sept ou dix-huit coureurs. La dernière compétition était une course en armes où les concurrents avec le casque sur la tête, les cnémides sur les jambes, le bouclier à la main, s’élançaient pour deux à quatre longueurs de stade.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Partout, à Delphes, on trouve des inscriptions. Le sanctuaire d’Apollon est un livre. Sur le mur de soutènement de la terrasse du temple, figurent de très nombreux actes d’affranchissement d’esclaves. J’ai pris ma photo ci-dessus au stade. Sur le côté droit de mon blog, j’ai mis un lien vers un site remarquable concernant l’épigraphie. Il est fait par un professeur de lettres classiques qui est spécialiste d’épigraphie grecque et a réalisé la transcription et l’interprétation d’un nombre incalculable d’inscriptions. Son site est extrêmement pédagogique, clair, progressif et en même temps ludique. Je suis donc impardonnable de ne pas être capable de traduire cette inscription…

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

Nous avons été si longs sur le site en haut de la route puis au musée que nous n’avons pas eu le temps de nous rendre à la partie du site qui est au fond de la vallée, de l’autre côté de la route. J’en avais précédemment montré des images que j’avais commentées, alors aujourd’hui je me suis amusé à en prendre quelques photos de loin sous des angles inhabituels. Ma première photo montre les ruines du gymnase vues d’en haut, et la seconde photo fait apparaître, au bout du gymnase, la célèbre tholos. Les deux autres photos cadrent sur la tholos, d’abord presque cachée par un entremêlement de branchages fleuris en rose, et ensuite au milieu de la verdure qui, bien pauvre dans la partie supérieure du site, ici s’en donne à cœur joie pour se développer.

Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014
Le site de Delphes. Dimanche 23 mars 2014

La visite du sanctuaire d’Apollon ne serait pas complète si nous ne faisions pas une courte halte devant la fontaine Castalie. La source Castalie jaillit de la roche plus haut dans la falaise, et coulait là où vivait le dragon Python, le fils de Gaia, avant qu’Apollon ne le tue et prenne sa place au sanctuaire. Entre 600 et 590 avant Jésus-Christ, a été construite sur le bord de la route qui arrive au sanctuaire la fontaine Castalie destinée à recueillir les eaux de la source. Avant de pénétrer dans le sanctuaire, aussi bien les prêtres que les pèlerins devaient se purifier dans son eau. C’étaient des têtes de lions en bronze qui crachaient l’eau. Puis, au premier siècle avant Jésus-Christ, une nouvelle fontaine très semblable à la première a été aménagée. Quelques marches, que l’on peut encore voir aujourd’hui (deuxième photo ci-dessus) permettaient de descendre dans le bassin de la fontaine. Je publie une image qui essaie de restituer la fontaine telle qu’elle était dans l’antiquité. Cette image, qui est proposée sur un panneau du site, n’est pas signée.

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Published by Thierry Jamard
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