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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 23:55

Ces jours-ci, nous explorons le nord-est de l’Attique, face à la moitié sud de la longue île d’Eubée. Aujourd’hui ce sera, entre Marathon et l’Amphiareio, près de la mer, la ville antique de Rhamnonte (en grec moderne, Ramnous. En grec ancien, le R était toujours aspiré, ce qui explique que nous écrivions avec un H l’île de Rhodes, une cirrhose, une rhinite, etc., mais en grec moderne cette aspiration s’est perdue).

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Nous abordons le site archéologique par cette allée. Le panneau bilingue traduit bizarrement le grec en anglais. Τάφος (taphos), en grec, c’est une tombe (cf. une épitaphe), et donc l’adjectif ταφικός (taphikos) définit quelque chose qui est en relation avec les tombes. Le panneau dit Tαφική οδός (taphiki odos), soit Voie des Tombes. Traduction anglaise, Sacred Road, c’est-à-dire Voie Sacrée. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Les fouilles du site de Rhamnonte ont commencé en 1813, se sont poursuivies dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, et ont été reprises en 1975.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Ces constructions circulaires justifient le nom grec de l’allée, car ce sont des tombes familiales du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Nous poursuivons notre route sur la même allée, ce qui nous fait passer entre ces deux petites constructions. Ce sont encore des tombes. Les noms de leurs allocataires sont connus, à gauche c’est Euphranor, et à droite c’est Diophantidès.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Nous arrivons dans la partie la plus importante des ruines que nous pourrons visiter, c’est le secteur des temples. Il y a, on le voit, deux temples, tous deux doriques. Le plus petit des deux, à gauche sur la première photo, à droite sur la seconde, en premier plan sur la troisième, est dédié à la déesse Thémis et remonte au cinquième siècle avant Jésus-Christ, tandis que le plus grand temple, qui est également du cinquième siècle avant Jésus-Christ mais dans un sanctuaire créé au sixième siècle, est dédié à la déesse Némésis.

 

Ces temples sont restés debout nombre de siècles, jusqu’à ce que le christianisme s’implante suffisamment solidement. En Afghanistan les Talibans ont dynamité des Bouddhas, en Syrie Daesh a détruit Palmyre, et avant eux les chrétiens des premiers temps ont détruit les temples de Rhamnonte. L’intégrisme prétend ainsi toujours s’attaquer à l’idolâtrie…

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Le temple de Thémis. Cette déesse, fille d’Ouranos et de Gaia (le Ciel et la Terre), qui est donc sœur des Titans, préside à la Justice et aux Lois éternelles. C’est ainsi que, s’unissant à son neveu Zeus (qui est fils de Cronos, lui-même étant un Titan frère de Thémis), elle a donné naissance aux trois Moires qui filent, dévident et coupent le fil de la vie, et aux Heures, qui personnifient les Saisons. C’est elle aussi qui a créé les oracles, et à ce titre elle a enseigné la divination à Apollon, ayant occupé Delphes avant lui. Elle fait partie des douze dieux qui ont leur résidence sur l’Olympe.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

À présent, le temple de Némésis, ainsi que son autel que l’on voit au premier plan de la troisième photo, et sur la quatrième photo. Mais qui est cette déesse? Une déesse, oui, parce qu’elle a une généalogie, elle est fille de Zeus et de Nyx (la Nuit), cette Nuit qui lui donne de nombreux frères et sœurs, comme Éris (la Discorde), qui a demandé à Pâris de donner la pomme à la plus belle des trois déesse Héra, Athéna ou Aphrodite, ce qui est à l’origine de la Guerre de Troie; ou comme Géras (la Vieillesse), ou encore Hypnos (le Sommeil). On le voit, ces dieux et déesses des générations premières sont aussi, et même surtout, des abstractions, des symboles, des métaphores. Comme les autres, Némésis est une abstraction, elle représente la vengeance divine pour tout ce qui est démesure.

 

Pour un Grec de l’antiquité, il reçoit à la naissance sa part de destin (moïra=part), filé par la première des Moires, Atropos. Cette part, selon la richesse de chaque homme, sa position sociale, etc., comporte son lot de bonheur et son lot de malheur, dévidés par la seconde Moire, Clotho, en attendant qu’un jour la troisième des sœurs, Lachésis, coupe le fil. Dans les limites fixées au départ, chacun peut chercher à améliorer son sort, mais dans ces limites seulement. Tout dépassement, en bonheur comme en malheur, qui sort de la mesure est considéré comme une offense à la juste mesure. Cette “démesure”, Hybris, contraire à la philosophie de la vie pour un Grec, est immédiatement punissable par la Vengeance Divine, c’est-à-dire par Némésis. En fait, Némésis est une divinité garde-fou qui punit impitoyablement quiconque franchit les limites de la mesure qui lui est imposée à la naissance, quiconque se rend coupable d’hybris.

 

Lors de la Première Guerre Médique, en 490 avant Jésus-Christ, les Perses avaient apporté à Marathon un énorme bloc de marbre de Paros, si l’on en croit Pausanias, pour y sculpter à Athènes le trophée de la victoire qu’ils étaient absolument sûrs de remporter. Jamais ils n’auraient dû entreprendre une telle expédition qui n’était pas dans le destin de leur royaume, ils se sont rendus coupables d’hybris, de démesure. Cette victoire envisagée, c’était sans compter sur le remarquable général Miltiade qui, n’en doutons pas, a été inspiré par Némésis contre les Perses, et finalement le bloc de marbre aurait servi à Agorakritos, un élève de Phidias, pour sculpter la statue de la déesse Némésis placée dans son temple, statue dont la tête est aujourd’hui, paraît-il, au British Museum, à Londres.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Sur l’une des pierres du temple de Némésis, on peut remarquer ces empreintes de pieds gravées. Personne (mais à l’entrée je n’ai vu qu’une seule personne!) n’a pu me dire si elles sont le fait d’un stupide touriste sans aucun respect pour les vestiges archéologiques (et de plus sans aucun talent de dessinateur), ou si elles datent de l’antiquité, porteuses d’une signification particulière.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Ce mur massif était destiné à supporter la terrasse sur laquelle est construit le temple de Némésis. En effet, le terrain est en pente, et le remblai devait s’appuyer contre ce mur de soutènement, qui a continué à jouer son rôle jusqu’à nos jours.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Ce que l’on a retrouvé de Némésis, je l’ai dit, est à Londres; la statue de Thémis est, paraît-il, au musée archéologique national d’Athènes mais, vérifiant toutes les photos que j’ai prises dans ce musée, je ne l’y ai pas trouvée. Cela signifie-t-il que, le musée étant tellement vaste, je ne suis pas passé devant elle au cours de nos nombreuses visites, ou que, puisque par manque de place, certains objets ne sont présentés que par roulement, passant le plus clair de leur temps dans les réserves hors de la vue des visiteurs, je n’ai pas eu la chance de tomber le bon jour, cela je ne saurais le dire, mais je suis bien triste de visiter aujourd’hui ce site, de savoir que la statue de culte de l’un des temples a été à un moment donné à quelques mètres de moi, et que je ne l’aie pas gravée sur la carte mémoire de mon appareil photo. En (petit) dédommagement, je montre ci-dessus une statue en marbre datant des alentours de 460 avant Jésus-Christ et trouvée à Rhamnonte, représentant une divinité mal identifiée portant un péplos serré à la taille par une ceinture, et une longue cape plissée.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

De l’acropole de Ramnous, il ne reste pas grand-chose, quelques pierres au sol, dont un très petit nombre évoque une forme particulière. La majorité d’entre elles ne sont que des pierres neutres d’édifices détruits.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Grosse frustration, la descente vers les ruines de la ville basse est fermée au public. Définitivement, paraît-il. Je suis réduit à prendre à travers la grille des photos de la route qui va vers la cité et vers la mer. Là encore, il y a des tombes, comme celle que l’on aperçoit sur la droite de ma seconde photo ci-dessus.

Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014
Rhamnonte (Ramnous). Samedi 22 mars 2014

Alors à défaut de visiter la ville antique de Rhamnonte, je vais prendre quelques photos dans la nature d’aujourd’hui, le vignoble, un cep de vigne, et quelques-unes de ces plantes brillantes qui poussent ici.

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Published by Thierry Jamard
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