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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 23:55
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014

Nous voici dans la ville dont le nom honore le dieu Héphaïstos que Zeus, son père, avait saisi par le pied et avait lancé du haut de l’Olympe, et qui s’était écrasé au sol dans l’île de Limnos, là où les habitants l’ont soigné, lui ont construit un sanctuaire et ont établi son culte. Et une ville s’est peu à peu développée ici depuis un millier d’années avant Jésus-Christ. Mais en 1555, Belon écrit à son sujet: “Quant à la ville d’Ephestia, maintenant dite Cochyno, elle est pour l’heure présente en tout et par tout déshabitée et ruinée”.

 

Mais d’abord (et j’en suis désolé), il faut en passer par quelques mots sur la transcription de ce nom. En grec, on écrit Ηφαιστεία. Dans l’antiquité, sur la voyelle du début, on mettait un “esprit rude”, équivalent d’une aspiration. Même ne se prononçant plus, on notait cet esprit rude jusqu’à la réforme de l’orthographe du grec démotique en 1982. Ensuite, il y a ce problème de la lettre Η (êta), qui se prononçait Ê et qui aujourd’hui se prononce I. La première syllabe est donc transcrite Hé-, Hi-, É-, I-. Quatre orthographes différentes selon les textes, les guides, les panneaux.

 

Deuxième syllabe: le φ (phi) était en fait un P aspiré, c’est pourquoi on le transcrit généralement par PH (cf. philosophie, pharmacie, etc.), mais souvent les noms grecs modernes sont transcrits avec un F (cf. Soufli, la ville de la soie, en Thrace); quant à la diphtongue AI (on écrit généralement le nom du dieu Héphaïstos avec un tréma pour bien marquer la prononciation diphtonguée), elle se prononce aujourd’hui È, comme en français. Là encore, quatre transcriptions possibles: -phai-, -phè-, -fai-, -fè-.

 

Et la fin du mot: pas de problème avec le A final, mais avant il y a le EI, diphtongue en grec ancien, mais aujourd’hui prononcé comme un simple I. Donc transcription -teia ou -tia.

 

Et comme chaque éditeur ou imprimeur ne fait pas le choix du “tout moderne” ou celui du “tout ancien”, les variations d’orthographe en français sont infinies. Héphaisteia et Ifestia sont, à mon avis, les deux seules admissibles. Mais on trouve assez souvent Hifaistia ou Héfestia; on a vu tout à l’heure que Belon écrivait Éphestia. Essayez donc de mettre dans Google l’une ou l’autre de toutes les combinaisons orthographiques possibles, et vous verrez l’infinie variété des choix effectués par les auteurs des articles. Pour Limnos, île vivante, j’ai choisi la transcription moderne, mais pour ce que les habitants actuels appellent Ifestia, qui est une ville morte, une ville du passé, j’opte pour la graphie correspondant à la prononciation du passé, Héphaisteia.

Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014

Le site antique d’Héphaisteia est situé dans un petit “désert”, où s’est construite cette maison dont je ne sais pas trop qui elle abrite, des gardiens du site, des ouvriers, ou peut-être des paysans qui élèvent un maigre bétail. Mais ce qui est clair, c’est que ceux qui ont construit ce bâtiment ont ramassé quelques fragments de ruines antiques qu’ils ont inclus dans les murs. Certains disent que la ville est morte lorsqu’au troisième siècle la population convertie au christianisme a déserté cette cité dominée par des sanctuaires païens et est allée s’installer un peu plus loin, à Kotsinas, au sud-ouest. Le Guide Vert Michelin, lui, situe l’extinction de la ville au onzième siècle, tandis que les deux livres grecs que j’utilise disent l’un le dixième siècle, l’autre le douzième siècle. Je suppose qu’il faut considérer d’une part un simple déplacement du centre urbain à l’époque paléochrétienne, et une décrue progressive du dixième au douzième siècle jusqu’à l’extinction finale. Mais il semble bien que la ville, malgré son déplacement, ait été la plus importante de l’île depuis le sixième siècle avant Jésus-Christ et jusqu’au dixième ou onzième siècle après Jésus-Christ. Un autre élément est à prendre en compte, qui est bien entendu progressif, c’est le comblement du port par les alluvions, qui en ont peu à peu réduit l’espace utilisable, jusqu’à le rendre complètement impraticable.

 

Il me faut aussi préciser un changement très important. Les Pélasges avaient été remplacés par des Grecs, comme je l’ai expliqué dans mes articles précédents, quand en 511 avant Jésus-Christ les Perses ont débarqué et ont détruit Héphaisteia de fond en comble. Un peu plus tard, au cours du deuxième quart du cinquième siècle, des colons d’Athènes sont arrivés et ont trouvé la totalité de l’île complètement déserte. Ils se sont installés et ont créé une clérouquie, c’est-à-dire une colonie militaire où les terres sont attribuées par lots suite à un tirage au sort. On vit désormais typiquement à l’athénienne, les formes politiques de gouvernement sont calquées sur celles d’Athènes, la vie est organisée de la même façon que dans la mère patrie, et notamment les tombes que les archéologues ont mises au jour témoignent des rites funéraires athéniens.

Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014

Longtemps, nous nous sommes promenés dans les ruines du site. En dehors du théâtre par lequel je terminerai parce qu’il est ce que l’on peut voir de plus significatif, les vestiges sont peu parlants. Néanmoins, ne serait-ce que pour la vue, cela vaut la peine d’y faire un tour. Sans compter que l’accès au site est gratuit (mais attention, comme presque tous les sites archéologiques de Grèce, il ferme dès 15h).

Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014

En arrivant, les colons athéniens ont donc trouvé des sanctuaires rasés. Ils vont les remettre en état, et helléniser les divinités qui y étaient l’objet d’un culte. Le principal sanctuaire avait été dédié à la Grande Déesse, qui était une Déesse Mère venue d’Asie Mineure, honorée principalement dans des sociétés de type matriarcal, et entre autres à Tekkeköy, sur la côte de la Mer Noire (juste à l’est de la grosse “bosse” que fait la côte), dont certains font une cité des Amazones. Dans la foulée, considérant cette même Grande Déesse, mais aussi à proximité d’Héphaisteia les traces d’une forteresse marine de l’âge du bronze qui rappelle par bien des détails une forteresse de Tekkeköy, on peut se demander s’il n’y avait pas en ces lieux un établissement d’Amazones, une société de type matriarcal, qu’évoquerait l’épisode légendaire de l’assassinat de tous les hommes de l’île, que j’ai raconté dans mon article sur Myrina.

Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014

Dans l’espace entouré de cordes de ma première photo ci-dessus, le petit panonceau que l’on aperçoit mais qui est illisible à l’écran informe qu’il s’agit d’un sanctuaire. Un seul mot, ΙΕΡΟ (hiéro) en grec, SANCTUARY en anglais. De qui? D’Héphaïstos, de la Grande Déesse, d’une autre divinité? On ne nous le dit pas. Pourtant, si les archéologues ont identifié un sanctuaire plutôt que le mégaron d’une maison, c’est bien parce qu’ils ont déterré des offrandes, voire une statue de culte. Ils gardent leur science pour eux, les égoïstes. Sur la deuxième photo, pas plus de précisions, c’est un autel. Point final.

 

Et l’on recommence avec les deux photos suivantes, qui représentent, alignés l’un derrière l’autre, un sanctuaire et son autel. Et regardons bien, sur la troisième photo, le bâtiment qui apparaît sur la droite, entre le sanctuaire et quelques colonnettes, parce que c’est à lui que je viens maintenant.

Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014

Le voilà de face, ce bâtiment que je signalais. Ici, les archéologues n’ont rien indiqué. Nous venons de voir deux sanctuaires proches l’un de l’autre: est-ce un troisième sanctuaire dédié à une troisième divinité? Comme pour les autres, ses murs sont bordés de banquettes, en revanche ici je ne vois pas d’autel à proximité. Il est d’autant plus dommage de ne pas savoir de quoi de quoi il s’agit que, dans toutes ces ruines, c’est l’un des bâtiments les mieux conservés.

Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014

Et de la même façon, je n’identifierai pas ces bâtiments. À première vue, on pourrait penser qu’il s’agit d’habitations, mais certaines pièces sont si exigües que cela me donne des doutes. Des hommes travaillent sur le site, ce ne sont pas des archéologues parce qu’ils manient la pelle d’une façon qui pourrait briser le vase en céramique ou laisser échapper la pièce de monnaie, ce sont donc des travaux d’aménagement et l’on peut espérer que lorsque tout sera terminé des panonceaux viendront, sur chaque bâtiment, en dire tout ce que l’on aura pu en tirer.

Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014

Et maintenant, nous terminerons avec le théâtre d’époque hellénistique, qui est en bien meilleur état, il est directement “lisible”. Il faut préciser cependant qu’il a été copieusement restauré. C’est en 2010 qu’après de longs travaux il a pu s’ouvrir à une représentation d’Œdipe Roi, la grandiose tragédie de Sophocle.

Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014
Héphaisteia, théâtre et site à Limnos. Les 27 et 29 mai 2014

Ces quelques vues permettent de mieux se rendre compte de l’état du théâtre après sa restauration. Évidemment, s’il s’y produit une représentation lors de votre passage à Limnos, c’est une occasion à ne pas manquer, à condition de ne pas commettre l’erreur dont souffrent, pendant deux heures, les touristes inexpérimentés: cette erreur consiste à oublier d’apporter un coussin ou un oreiller, n’importe quel accessoire qui rendra la pierre moins dure aux postérieurs sensibles…

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Published by Thierry Jamard
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