Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 23:55

Après avoir rendu compte de notre visite du site d’Akrotiri qui date du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, j’ai rendu compte de notre visite au musée préhistorique de Santorin qui montre les objets trouvés sur le site. À présent, après avoir parcouru les ruines de l’Ancienne Théra, il convient de parler de ce que l’on y a trouvé, et qui est montré au musée classique de Santorin.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Quel n’est pas mon étonnement de trouver, dans ce musée classique, un mortier de pierre qui relève normalement du musée préhistorique, puisqu’il provient d’Akrotiri et date du dix-septième siècle avant Jésus-Christ. D’ailleurs il y a aussi quelques grandes urnes de même provenance, et même des figurines protocycladiques en marbre remontant au troisième millénaire avant Jésus-Christ. Pourquoi ici?

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Ce cheval, ces deux figurines, le musée en dit seulement qu’elles se trouvaient dans un sanctuaire d’Aphrodite, elles sont dans une vitrine où il est seulement dit que sont rassemblés des objets provenant du cimetière de l’Ancienne Théra. Il est d’ailleurs frappant de constater l’abîme qui sépare le musée préhistorique, de présentation moderne, aérée, claire, avec des explications complètes et détaillées, des personnels aimables, prêts à répondre aux questions qui leur sont posées, qui vous accompagnent spontanément à travers les salles pour vous montrer l’objet dont il est question, et ce musée classique où nous sommes, poussiéreux, aux objets entassés, aux explications pauvres, sous la surveillance d’un personnel que l’on a l’impression de déranger.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Ce kouros archaïque provient d’une tombe de l’Ancienne Théra et date de la seconde moitié du septième siècle avant Jésus-Christ. Il est certes en mauvais état, mais je le publie parce qu’il donne une idée de la silhouette des sculptures de l’époque à Santorin.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Provenant également d’une tombe du même cimetière et datant de la même époque, ce kouros a lui aussi perdu son visage, mais il est intéressant par sa coiffure.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Il ne nous est pas dit d’où provient cette statue brisée à la taille, mais elle est de cette même seconde moitié du septième siècle avant Jésus-Christ, cela est très évident, et elle représente probablement une korè.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Présentant dans une vitrine nombre d’objets divers, l’information donnée concerne la date, seconde moitié du septième siècle avant Jésus-Christ, la matière, de la terre cuite, et l’origine, le cimetière de l’Ancienne Théra. Rien de plus. Mais il est clair que cette figurine représentait une pleureuse.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

“Statuettes de terre cuite, cimetière de l’Ancienne Théra, sixième siècle avant Jésus-Christ”, est-il dit laconiquement pour cette vitrine. Nous voilà donc un siècle plus tard que pour les objets précédents. La femme de ma première photo est allongée sur un lit de table, pour le repas funéraire. Cet oiseau à tête humaine est une sirène puisque, comme je l’ai déjà écrit ailleurs, la sirène à queue de poisson est apparue au Moyen-Âge, dans l’Antiquité c’était comme nous le voyons ici un oiseau à visage de femme. Je ne saurais dire ce que fait cet homme nu bedonnant accroupi de ma troisième photo, mais il serait plus correct qu’il aille se rhabiller! Il n’y a rien à ajouter sur le bouquetin et la grenouille de mes quatrième et cinquième photos, car ce qu’ils représentent est clair.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Ce grand lion de marbre est des alentours de 600 avant Jésus-Christ, soit le tout début du sixième siècle. Il provient de l’agora de l’Ancienne Théra.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Ces deux fragments d’assiettes du sixième siècle avant Jésus-Christ témoignent du commerce de l’époque parce que la première est d’origine corinthienne, tandis que la seconde provient d’un atelier de Rhodes. Pour la première, il est précisé qu’elle a été trouvée dans le cimetière de l’Ancienne Théra, tandis que rien n’est dit sur le lieu de découverte de la seconde.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Cette intéressante triple tasse avec cette tête zoomorphe fait l’objet de l’étonnant texte suivant concernant l’ensemble d’une vitrine: “Trouvailles du cimetière de l’ancienne Oia. Kamari. Sixième siècle avant Jésus-Christ”. Or Oia est à l’extrême pointe nord de l’île de Santorin, tandis que Kamari est sur la côte sud-est. Il n’est pas dit que les objets de la vitrine proviennent les uns d’Oia et les autres de Kamari. Cela signifie-t-il que trouvés dans le cimetière d’Oia, ils ont été confectionnés dans un atelier de Kamari?

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Nous sommes ici en présence de coupes à figures noires du troisième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ, qui proviennent du cimetière de l’Ancienne Théra. Que représentent-elles? Le musée laisse le visiteur imaginer seul. je suppose que ces grands yeux de la première coupe sont destinés à écarter le mauvais sort (?), que sur la seconde cet homme qui combat un sanglier est sans aucun doute Héraklès en train de maîtriser le sanglier d’Érymanthe qu’il doit ramener vivant à Eurysthée, et que les hommes affrontés de la troisième ne semblent pas combattre comme des guerriers, mais plutôt comme des athlètes dans un concours de lutte sous l’œil de leurs entraîneurs.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

L’intérieur de cette coupe est décoré d’une bande représentant six navires de types différents et qui, outre leur aspect esthétique, nous renseignent sur les bateaux de cette époque, à savoir le troisième quart du sixième siècle avant Jésus-Christ. Ma photo ne laisse que difficilement deviner que les flancs extérieurs de la coupe représentent des scènes de guerre, des chars d’un côté, des hoplites de l’autre.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Nous sommes toujours dans le cimetière de l’Ancienne Théra, mais cette fois-ci ce vase n’est plus à figures noires (représentations noires sur un fond rouge), mais il est à figures rouges (représentations rouges sur un fond noir), parce que le temps a passé, nous sommes au milieu du cinquième siècle avant Jésus-Christ.

 

La technique de la céramique à figure noire suppose six étapes:

– on garde à part la barbotine, c’est-à-dire l’eau qui a servi à purifier l’argile, et qui s’est saturée d’argile

– le potier façonne le vase, la coupe, l’assiette, etc.

– le peintre utilise la barbotine pour réaliser ses peintures sur l’argile fraîche

– lors d’une première cuisson à 800°, la céramique devient intégralement rouge

– la seconde cuisson se fait à 900° à l’abri de l’air. Sous l’action du monoxyde de carbone, l’oxyde ferrique est réduit en oxyde ferreux et la céramique devient intégralement noire mais les parties peintes à la barbotine se vitrifient

– enfin, au contact de l’air lors d’une troisième cuisson l’oxyde ferreux devient oxyde ferrique rouge, mais les parties vitrifiées, imperméables à l’air, restent noires.

 

Les parties qui se sont vitrifiées sont pratiquement en à-plat, sans nuances ni détails. Quand, au cinquième siècle, à Athènes, est imaginée la technique inverse, à savoir le passage du fond à la barbotine et le dessin réalisé sur les parties qui vont apparaître en rouge, le progrès esthétique va être énorme, car désormais l’artiste a la possibilité de faire apparaître tous les détails dans son dessin, le drapé des tissus, les traits du visage, etc. Si, sur les coupes ci-dessus présentées, on compare par exemple les corps des deux athlètes affrontés aux femmes de cette coupe attique à figures rouges, on se rend compte immédiatement des avantages de cette nouvelle technique sur le plan artistique.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Un beau relief, sur ce fragment de pierre tombale du cimetière de l’Ancienne Théra. La tombe date du dernier quart du cinquième siècle avant Jésus-Christ.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Nous faisons un grand saut dans le temps, jusqu’au premier siècle avant Jésus-Christ (mais le musée, après avoir donné cette date, ajoute un point d’interrogation entre parenthèses), pour cette tête de jeune homme qui provient du gymnase des Ptolémée, de l’Ancienne Théra.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Ici, le musée se dispense de donner une date, ce qui lui permet d’éviter tout point d’interrogation. Je ne suis pas spécialiste, mais je la verrais assez bien contemporaine de la tête de jeune homme de ma photo précédente. On nous dit que cette tête féminine représente probablement Aphrodite. Elle provient du portique royal de l’Ancienne Théra. De sa polychromie d’origine, elle a gardé beaucoup plus que des traces.

Le musée classique de Santorin. 10 avril 2014

Et enfin, encore plus tardive, cette tête de statue provenant du théâtre de l’Ancienne Théra date du premier siècle après Jésus-Christ. Il est dit qu’elle représente probablement Agrippine. Mais il y a deux Agrippine, Agrippine l’Aînée (née en 14 avant Jésus-Christ, morte en 33 après), petite-fille d’Auguste et mère de Caligula; et Agrippine la Jeune (née en 15 après Jésus-Christ et assassinée en 59), elle aussi petite-fille d’Auguste et mère de Néron, qui sera son assassin. Comme la sculpture n’est pas située au sein de ce premier siècle, toutes deux ont pu, dans la première moitié de ce siècle, avoir l’âge que porte la statue. Par le passé, les portraits étaient des types, ils ne ressemblaient pas forcément à l’original, mais à cette époque les portraits sont beaucoup plus fidèles aux modèles, même s’ils s’efforcent généralement de gommer les défauts physiques les plus marquants. J’ai compulsé mes archives pour comparer cette statue avec celles que j’avais photographiées à Rome ou ailleurs de ces deux Agrippine, et cela ne m’a apporté aucune conviction. Peut-être plutôt Agrippine la Jeune, mais je me garderai bien de rien affirmer. Et, qui qu’elle soit, cette femme est bien belle.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche