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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 23:55

Dans mon article Santorin, daté du 19 au 21 septembre 2011, j’avais déjà montré quelques objets des collections de ce musée, mais parlant dans un même article de la géologie et de la géographie physique de l’île, de son histoire, de ses paysages, de son tourisme, de ses deux musées, je ne m’étais étendu sur aucun de ces sujets. Il convenait donc aujourd’hui de refaire une visite de ce musée, et d’en rendre compte ici.

 

Préhistorique, cela veut dire antérieur à l’histoire, c’est évident. Mais dans la conscience, le mot évoque une époque où l’humanité était dans les langes, où les hommes chassaient le mammouth, traînaient les femmes par les cheveux et dessinaient sur les parois des cavernes. Or ce que l’on appelle l’histoire, ce sont les événements et les faits de société consignés par écrit. Tout ce qui est antérieur aux relations écrites, voire aux écrits déchiffrés, est donc préhistorique. Quand, au dix-septième siècle avant Jésus-Christ, l’explosion du volcan de Santorin a enseveli sous ses cendres une civilisation extrêmement avancée et raffinée, cette civilisation n’a laissé que des écrits de linéaire A non déchiffré à ce jour: c’est donc de la préhistoire, et tout ce qui provient du site d’Akrotiri (voir mon article Le site d’Akrotiri à Santorin. Mardi 8 avril 2014) relève de ce musée où nous sommes.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

La situation de Santorin sur une faille a provoqué bien des catastrophes sismiques, et pas seulement celle qui a définitivement mis fin à la civilisation d’Akrotiri. À chaque fois, la ville se reconstruisait sur les ruines de celle qui l’avait précédée. C’est ainsi que les archéologues ont pu trouver ces deux statuettes de marbre.

 

Celle de gauche est datée du cycladique I / II, vers 2800-2700 avant Jésus-Christ, et elle est dite de type Plastiras. Ne connaissant rien aux différents types de statuettes cycladiques, j’indique ici ce que je lis sur la notice à l’intention de qui verra les différences de style…

 

Celle de droite, dite de style Spedos, est plus récente, ou du moins située dans une fourchette beaucoup plus large du cycladique II, soit 2700-2300.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Même si le sol d’Athènes, par exemple, regorge de vestiges antiques, même si à chaque coup de pioche pour construire quelque chose de nouveau, on risque de tombes sur un fragment de mur antique, sur une canalisation, sur une poterie, sur une monnaie, les marques des dix-neuvième au vingt-et-unième siècles y sont de loin les plus nombreuses. Cela explique pourquoi les archéologues, à Akrotiri, ont trouvé relativement peu de vestiges antérieurs à la première catastrophe du dix-septième siècle avant Jésus-Christ, presque tout datant de ce dix-septième siècle, entre le premier tremblement de terre et l’explosion qui a mis une fin définitive à la vie de la cité. Je n’aurai donc pas à le répéter pour chaque objet, à partir d’ici tout ce que je vais décrire dans le présent article date du dix-septième siècle.

 

On sait que les Mycéniens, à partir du seizième siècle, aussi bien à Mycènes et à Tirynthe qu’à Thèbes ou en Crète, ont utilisé le linéaire B, une écriture syllabique déchiffrée dans les années 1950, et révélant que ces signes étaient du grec. En revanche, le linéaire A, celui de ces tablettes d’Akrotiri que montrent mes photos, n’est toujours pas déchiffré.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Ces sceaux proviennent d’Akrotiri. Les deux premiers, en haut, sont en pierre, celui du bas est en terre cuite. À droite, le musée l’a reproduit en plâtre, afin que l’on distingue mieux ce qu’il représente, le bras du cocher, les rênes, le train arrière du cheval et sa queue. Il est clair qu’il ne s’agit nullement de l’empreinte du sceau, puisqu’il est dans les deux cas en relief convexe.

 

Le fabricant d’une jarre pouvait la marquer de son sceau avant de la cuire, mais ici la plupart étaient frappés sur un petit morceau de terre cuite attaché par une ficelle à l’objet ou au récipient. C’était peut-être pour en marquer le propriétaire, ou plus probablement pour indiquer la nature ou l’origine du produit qui y était enfermé: l’équivalent de l’étiquette sur nos boîtes de conserve.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Ceci, c’est une collection de poids de plomb de différentes formes, de différents types. La grande quantité de poids trouvés à Akrotiri, de quelques grammes jusqu’à quinze kilos, prouve d’une part que le commerce était très actif dans la cité, mais aussi et surtout que les habitants avaient adopté le système de poids de la Crète voisine avec des multiples d’une même unité.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Qui dit poids dit aussi instrument pour les utiliser. Il a été retrouvé non pas une balance complète, mais des plateaux de bronze qui, vu leur position à côté de poids, ne peuvent être que les plateaux d'une balance. Il n’est pas fait allusion au reste de la balance. Je me demande si le pied et le fléau n’étaient pas faits de bois, et si les plateaux n’étaient pas suspendus par des ficelles, tous matériaux périssables qui ont disparu alors que les plateaux, seuls éléments métalliques avec les poids, ont subsisté. Simple supposition…

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Autre instrument technique, la scie. Ci-dessus, une lame de scie en bronze. Pour que l’on voie mieux la finesse des dents, j’en ai fait une photo en gros plan. Pour couper les arbres on utilise une hache, qui est un outil moins sophistiqué, pour faire les planches utilisées dans la confection de meubles j’imaginais des scies avec des dents plus grossières, et celle que nous voyons dans ce musée permet de réaliser de vrais travaux d’ébénisterie.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Ce que nous voyons ici est une paire de chenets. Parce que leur dos est creusé de petites encoches à distance régulière, le musée a supposé qu’ils étaient destinés à recevoir des brochettes. On voit que, même s’ils étaient utilisés pour la cuisine, leur face en forme d’animal ne négligeait pas l’esthétique. Par ailleurs, ils sont lourds et, pour en faciliter le transport, ils sont munis de poignées.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Comment appeler cet objet de bronze? Une cuillère? Une louche? De toutes façons, il n’est pas destiné à la table, ni à la cuisine, c’est un brûle-encens. Là encore, aucune explication supplémentaire n’est donnée, laissant au visiteur le soin d’imaginer ce qu’il veut. Or on imagine un brûle-parfum posé sur un support, non pas porté à la main au bout d’un manche, et uniquement porté par ce manche parce que, dépourvu de pieds, ce foyer métallique brûlerait le meuble sur lequel il serait posé. Ce qui m’amène à imaginer que, peut-être, cet encens était destiné à brûler lors de cérémonies religieuses au cours desquelles il était porté dans des processions.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Revenons à la cuisine avec cette poêle, ou cette sauteuse de bronze. En grec, le musée dit seulement ταψί, c’est-à-dire un plat, sans autre précision, tandis que dans la traduction anglaise il dit baking pan, et donc plat à four. Et moi, en regardant bien cet ustensile de cuisine, je ne saurais dire s’il est plus destiné au four ou au feu ouvert. Sans doute est-il polyvalent.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Quelques poteries, à présent. La plupart de celles qui ont été trouvées à Akrotiri étaient intactes, et là où elles étaient lorsque les cendres du volcan sont venues les recouvrir. On peut ainsi assez aisément comprendre quel était l’usage de chacune d’entre elles, utilitaire ou rituel. Toutefois, certains ustensiles pouvaient avoir ce double usage, selon les circonstances. Les deux premières poteries que je présente ici sont rituelles. Le rite le plus fréquent nécessitait en effet un récipient pour liquides, puisqu’il consistait en libations.

 

La troisième des poteries que je présente, avec son double corps décoré de dauphins mais sa seule bouche est une passoire, paraît-il. Dans ces conditions, le filtre doit être amovible, parce que sinon je ne vois pas bien quelle peut être son efficacité. Je n’ai pas pu, derrière la vitre, me pencher au-dessus de la bouche pour voir comment est l’intérieur.

 

Une notice intéressante explique que les ustensiles destinés à un usage domestique répondent à trois besoins différents: la préparation, le service et le stockage. Concernant le stockage, nous avons vu tout à l’heure qu’un sceau pouvait indiquer le contenu d’un récipient, mais dans mon article sur Le site d’Akrotiri évoqué plus haut nous avons vu une jarre décorée de plantes aquatiques, et j’avais alors expliqué que cela signifiait sans doute qu’elle avait contenu une réserve d’eau douce.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Les mesures de poids et de volume, communs avec ceux de Crète, sont déjà une preuve de l’intensité des échanges avec la grande île, mais en outre on a trouvé à Akrotiri un bon nombre d’objets importés, comme cette grande jarre peinte originaire de Cnossos ou de l’est de la Crète, ou encore ce vase de pierre typiquement minoen. Environ 15% de la vaisselle d’Akrotiri provient de Crète, la production locale représentant la presque totalité des 85% restants, seuls quelques rares éléments provenant du Dodécanèse, de Grèce continentale, d’Asie mineure, de Syrie, d’autres Cyclades, de Chypre. Les productions locales utilisaient des matériaux de moindre qualité, ce qui donnait des poteries plus épaisses et moins brillantes que celles qui étaient importées de Crète, elles étaient donc moins prisées même lorsque les artisans locaux s’efforçaient de copier les modèles crétois. Le musée dit que c’est bien là une marque de la mentalité de parvenus qui règne à Akrotiri.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Je n’ai pas pu déposer auprès de cette petite aiguière un quelconque objet dont la taille est connue pour en donner l’échelle, mais cet objet de bronze est un vase miniature.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Il est dit que ce calice de marbre blanc a été trouvé à Akrotiri, mais il n’est pas dit d’où il provient. La forme en calice est traditionnelle en Crète pour les libations, et je sais que cette forme a été adoptée à Akrotiri, aussi est-il sans doute difficile de dire si le vase est originaire de Crète, ou s’il n’est qu’une copie du style en usage chez les voisins crétois. Seule, peut-être, pourrait donner une indication l’analyse du marbre pour savoir où se trouve la carrière dont il a été extrait.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014
Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Malgré les apparences, nous n’avons pas quitté le domaine des récipients, parce que mes deux photos ci-dessus représentent des rhytons destinés à un usage rituel pour des libations. Ni sur le taureau de ma première photo, ni sur la tête de lionne de ma seconde photo, je ne vois l’ouverture par laquelle on remplissait le rhyton; quant à l’ouverture par laquelle le liquide (le vin) s’écoulait, je vois bien un tout petit trou dans la gueule de la lionne, mais absolument rien dans le taureau. Pourtant l’étiquette du musée ne laisse aucun doute sur la nature de ces deux intéressants objets. Je suis tout particulièrement séduit par la tête de la lionne.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Le musée présente aussi quelques objets en faïence élaborés à Akrotiri, comme cette fleur dont on ne dit pas si elle était uniquement décorative, ou si elle avait un usage que je serais bien en peine de déterminer.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

Et puis il y a ces fameuses fresques, si merveilleuses. L’explosion du volcan date de la fin du dix-septième siècle, mais au milieu du siècle il y avait déjà eu un tremblement de terre destructeur, et la ville s’était reconstruite. Certains murs étaient restés debout, ce qui fait que les archéologues ont parfois trouvé, sur des murs anciens, des fresques du début du dix-septième siècle. C’est le cas de ce fragment qui représente de l’osier. Ainsi on a la preuve que deux, voire trois générations d’artistes ont perfectionné leur technique de la fresque monumentale pour orner les demeures. C’est aussi la preuve que les habitants d’Akrotiri avaient, dès le début de ce siècle ou même un peu avant, le goût de cet habillage des murs de leurs demeures.

Le musée préhistorique de Santorin. 10 avril 2014

En revanche, cette fresque date de la dernière période d’Akrotiri. Cet homme aux traits africains face à un palmier, et avec une grosse boucle d’oreille en or, est représenté au tiers de la taille humaine, ce qui en est le seul exemple à Akrotiri, mais correspond au standard crétois.

 

Il y a quelques autres superbes fresques exposées dans le musée, mais entre les fragments épars qui en ont été récupérés, des dessinateurs ont très largement suppléé aux vides, ce qui en fait des œuvres dont la part supposée est plus importante que la part originale. Je préfère ne pas les publier ici, quoiqu’elles soient de toute beauté, et tellement significatives d’une civilisation qui, la technicité mise à part, n’a rien à envier à la nôtre quoiqu’elle la précède de trois mille sept cents ans.

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Published by Thierry Jamard
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