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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 23:55

Poliochni est une ville contemporaine de la Guerre de Troie. Elle existait bien avant, elle a dû être abandonnée vers cette époque. Lorsque, en 1923, le directeur de l’École italienne d’Archéologie d’Athènes, Della Seta, a commencé à effectuer des recherches à Limnos, il espérait y trouver des traces d’une civilisation grecque préhistorique et des “Tyrrhéniens” de l’époque archaïque, sans savoir au juste ce qu’il pourrait découvrir. Et ce sont ses étudiants qui, procédant à des fouilles à l’été 1930, sont tombés sur le site de Poliochni. Les fouilles y ont ensuite été poursuivies jusqu’en 1936. Deux autres campagnes de fouilles, en 1951-1953 et en 1956 ont eu lieu, après le nettoyage du site des mines qui avaient été enterrées par les troupes allemandes d’occupation. Quant, tout heureux et excité en croyant que l’on a découvert un objet antique, on veut l’épousseter et qu’en réalité c’est une mine qui vous saute au nez, on est déchiqueté avant d’avoir eu le temps de s’en apercevoir.

 

Lors de fouilles en été 2009, il a été découvert des traces de présence humaine datant de douze mille ans avant Jésus-Christ, mais on n’en sait pas encore davantage sur ce premier habitat, parce que les fouilles sont en cours, et n’ont pas encore été publiées. Ce qui est clair, en revanche, c’est qu’au quatrième millénaire avant Jésus-Christ, les habitants du lieu commerçaient avec les autres populations de l’Égée, avec la Crète, avec la Carie en Asie Mineure, avec les Phéniciens. Rapidement, la ville de Poliochni a pris de l’ampleur, s’est développée et a monté de puissants murs pour protéger les nombreuses maisons qui s’étaient construites. Son âge d’or s’est situé au début de l’âge du bronze, c’est-à-dire de la fin du quatrième millénaire à la fin du troisième. Le déclin a alors commencé et s’est poursuivi tout au long du second millénaire jusqu’à sa complète chute dans les derniers siècles de ce second millénaire.

 

Les tablettes mycéniennes, on le sait, étaient rédigées en grec, mais dans un alphabet appelé linéaire B qui était syllabique: les consonnes n’étaient jamais seules, il existait trois signes différents pour écrire BA, BE et BO. Par ailleurs, les sons R et L étant très proches (cf. le portugais, qui pour dire blanc ou merci, c’est-à-dire [je suis votre] obligé, dit branco et obrigado), seules était transcrites des syllabes en R. Alors quand, sur certaines tablettes mycéniennes du palais de Pylos, on découvre des esclaves RA-MI-NI-JA, on comprend LEMNIA, lemniennes. En ce treizième siècle avant Jésus-Christ, ces tablettes témoignent de la condition sociale des Lemniens, l’île n’existe plus en tant que communauté indépendante et libre.

 

À l’époque de la Guerre de Troie, le volcan de Limnos était encore actif, mais une série de tremblements de terre très violents l’a fait s’effondrer, ne laissant qu’un énorme cratère. Parallèlement à ces événements, la ville de Poliochni a été complètement désertée. Du moins provisoirement, car nous retrouvons la ville habitée à l’époque classique, mais c’était alors Héphaisteia (mon prochain article) qui était une cité importante.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

La ville était très étendue, en haut de la falaise qui surplombe la mer. Dans le bâtiment destiné à l’information des visiteurs, une maquette permet de se rendre compte de la disposition des lieux. Mes deux photos montrent la même maquette, vue dans l’une et l’autre directions.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Nous sommes au bord de la falaise, et voilà le superbe décor qui s’offre à la vue. Les gens, à cette époque, étaient tout à fait sensibles à la beauté des paysages, mais bâtir une ville au haut d’une falaise n’était pas un choix fait pour des raisons esthétiques. Cela constituait en effet une sécurité en cas de tentative d’attaque venue de la mer.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Nous sommes descendus pour voir le port de la ville, mais il n’en reste pas le moindre vestige antique. La route non plus n’a rien d’ancien. Mais les jolies fleurettes qui poussent sur les côtés n’ont peut-être pas changé.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Remontons vers le site préhistorique. Ici, les archéologues ont, devant nombre d’endroits, indiqué ce dont il s’agissait, ce qui va me permettre de le dire à la suite de mes photos. La ville s’étant développée sur plusieurs millénaires, il serait souhaitable que je puisse aussi dire à quelle période appartient tel bâtiment que nous voyons. Or cela n’est dit nulle part sur le site. Pire, Della Seta avait trouvé simple d’attribuer un code de couleurs à chaque strate des fouilles, et le professeur Luigi Bernabò-Brea, qui a mené les fouilles dans les années 1950, a conservé ce code de couleurs pour chacune des périodes de la ville. Les nombreux et intéressants panneaux explicatifs situés dans le bâtiment près de la maquette se réfèrent à ces codes de couleurs, et sur le site les panonceaux indiquant l’usage de chaque bâtiment sont eux-mêmes de la couleur adéquate, encore faut-il être initié à ces codes. Au moment où je rédige le présent article, j’ai trouvé l’information qu’à la fin du tome I d’un ouvrage de ce Bernabò-Brea, intitulé Poliochni, città preistorica nell’ isola di Lemno, cette correspondance était indiquée. Les droits d’auteur courant soixante-dix ans après leur mort, et Bernabò-Brea étant mort en 1999, il est hors de question de trouver ce livre sur Internet. Je l’ai cherché en bibliothèque, je ne l’ai pas trouvé. Dans les catalogues des libraires, en France, il n’est pas référencé. J’ai donc adressé à la secrétaire de l’École archéologique italienne d’Athènes un courriel dans lequel j’explique ce que je fais, comment je travaille et, en joignant le lien de quelques-uns de mes articles du présent blog, je lui demandais s’il serait possible qu’elle scanne pour moi cette seule page, ce qui respecte les droits d’auteur sur tout ce qui est recherche, description, réflexion, rédaction, bref tout ce qui est création. Je précise que j’ai rédigé ma lettre en langue italienne. Pas de réponse. Est-ce elle qui n’a pas jugé bon de me répondre? A-t-elle transmis mon courriel à un bibliothécaire? À un archéologue? Je ne sais. Ce que je sais, c’est que la Scuola Archeologica Italiana di Atene ne se soucie pas de l’intérêt que porte un Français aux recherches de ses archéologues, ni de la publicité qu’il peut lui faire à travers son blog.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Il était pour moi hors de question de lire tant et tant de panneaux intéressants que j’ai pris en photo pour les étudier calmement sur mon écran d’ordinateur, mais sans comprendre à quelles périodes ils se réfèrent. Or sur le site de Myrina un tableau donne ces correspondances. De même, sur le site de Poliochni un tableau donne ces correspondances, mais pas les mêmes! (mes deux photos ci-dessus). Il me semble fort improbable que des archéologues travaillant sur deux sites contemporains l’un de l’autre usent de codes différents, mais en l’absence de l’information que j’aurais pu trouver dans le livre de Bernabò-Brea je ne sais qui croire. Dans ce qui suit, je me référerai au second tableau, puisqu’il est sur le site dont je parle, mais sans certitude, hélas…

 

On nous dit, par exemple, que l’on a retrouvé en tout sept sceaux sur le site. Trois de la période bleue, un de la période verte, deux de la période rouge et un, en ivoire, de la période jaune. Cela permet de comprendre qu’aucun des sceaux retrouvés ne se situe hors du troisième millénaire si la période bleue commence en 3000 (tableau de Myrina), mais selon le tableau de Poliochni la période bleue commencerait en 3200. Très intéressant aussi, les armes étaient des haches et des marteaux de pierre lors des périodes bleue et verte, et sont remplacées par des poignards, têtes de lances, haches de guerre, en bronze à partir de la période rouge. Néanmoins, on retrouve quelques armes de pierre à la période jaune, ce qui a fait supposer qu’il s’agissait plutôt de marques de pouvoir que d’armes d’usage. Jusqu’à présent, on n’a pas localisé de cimetière, ce qui ne permet pas de bien distinguer les hiérarchies sociales; cependant, les armes nombreuses ici ou là, les vases de pierre importés des Cyclades, les objets de bronze et d’or témoignent d’un peuple de guerriers et de l’existence de riches individus.

 

Pas de cimetière, disais-je. Même les tombes isolées sont extrêmement peu nombreuses. Elles se résument à trois inhumations dans de simples fosses, en dehors de l’agglomération, à la charnière de la période noire et de la période bleue (3200 avant Jésus-Christ); et puis, dans l’agglomération, deux enfants dans des urnes placées horizontalement sous le sol de maisons, et deux crémations dans des poteries également sous le sol de maisons, ces quatre inhumations datant de la période jaune (2400-2100), et enfin à la période brune (2100-1700) deux adultes emmurés dans une maison avec de pauvres offrandes. Ces seules neuf sépultures, c’est bien peu pour avoir une idée de la population.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Ici, nous longeons le mur d’enceinte de la ville. Ces murs datent de la fin de la période bleue (qui s’étend de 3200 à 2700 avant Jésus-Christ). Dans un premier temps, à la période noire (avant 3200), les premiers habitants sédentaires vivaient dans des huttes circulaires ou ovales, dont la structure était construite en pierre sèche. C’est au début de la période bleue que sont construites des maisons à abside. Contemporain de la construction de ces murs d’enceinte, apparaît le plan rectangulaire allongé.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Cette rue est la rue principale. En un endroit, le sol en était jonché de fragments de poteries. Parce que l’on ne peut imaginer, en ce lieu, une activité de potier, les archéologues supposent que dans cette rue très passante des marchands avaient installé leurs étals sur le trottoir et que tout a été jeté à bas par le puissant séisme qui a mis fin à la période jaune (2100 avant Jésus-Christ).

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Parce qu’en marchant dans les rues qui datent de plus de quatre mille ans les touristes les abîmeraient (même si bien peu nombreux sont les visiteurs du site, du moins en ce mois de mai), on peut le parcourir tout entier en suivant un chemin de bois.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Les visiteurs intéressés et peu pressés sont encore moins nombreux. Les rues et allées latérales leur sont ouvertes. En les empruntant, nous avons pu ainsi aller voir de près divers bâtiments.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Ici, le panonceau nous dit qu’il s’agissait d’une place publique. Il est jaune, elle date donc de cette même période que la rue principale que nous avons vue. Mais on y a trouvé des pots de céramique datant de la période brune (2100-1700 avant Jésus-Christ), et des bols de la période violette (1700-1400), ce qui veut dire que la vie avait repris dans ce secteur. Mais après la fin de cette période violette, le site a été abandonné pour une raison inconnue, car il n’y a pas trace de grand incendie comme il y en a eu au milieu de la période bleue, au milieu et à la fin de la période rouge, pas de séisme majeur non plus comme il y en a eu lors de la période verte ou à la fin de la période jaune, ni d’inondation comme à la fin de la période bleue. Plus aucun objet, plus aucune construction avant qu’apparaisse un cimetière byzantin des douzième et treizième siècles de notre ère.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Ce puits, cette petite canalisation datent, si j’ai bien compris, de la période jaune (2400-2100). Il me faudrait mieux comprendre le plan de la ville pour savoir s’ils se situent à l’intérieur de la cour d’une propriété, ou dans l’espace public. Apparemment, ce serait plutôt l’espace public, mais je serais imprudent si je l’affirmais.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Il est extrêmement important, ici, de noter la date de cette structure. Elle est de la période bleue, soit 3200-2700 avant Jésus-Christ. En effet, cette salle toute en longueur de cinquante mètres carrés, avec son entrée sur l’un des petits côtés et des banquettes sur deux niveaux tout le long des grands côtés, semble bien être un bouleutérion. On traduit généralement le mot par “sénat”, c’est en réalité une salle de délibérations. Elle pouvait contenir une cinquantaine de participants et représente la plus ancienne structure démocratique en Europe. La plus ancienne d’Europe… c’est ce que j’écrivais déjà au sujet d’une salle du palais de Malia, en Crète, selon les découvertes et les interprétations du très compétent Henri Van Effenterre. Pas question de mettre en doute les assertions de ce grand archéologue. Pourtant, le palais de Malia date du tout début du deuxième millénaire, tandis que la salle que nous voyons à Poliochni est de mille ans antérieure. Mais Van Effenterre écrivait en 1963, à une époque où les fouilles de Poliochni étaient loin d’être terminées, et leur interprétation commençait à peine. Si je parle ici de démocratie, il ne faut cependant pas imaginer que, comme au temps de Périclès, tous les citoyens étaient appelés à prendre part aux délibérations. Ni même, très probablement, qu’il s’agissait d’une démocratie représentative, où des députés élus siégeaient au nom de leurs électeurs. Les membres du conseil étaient sans aucun doute membres d’une oligarchie aristocratique, mais même ainsi on voit que ce n’est pas un roi qui prend ses décisions de façon autocratique. Rien non plus ne permet de dire si ces membres étaient les chefs de chacune des grandes familles, ou s’ils étaient élus parmi des représentants de ces familles.

 

Il est à noter enfin que cette période bleue à laquelle remonte cette salle de délibérations est antérieure au niveau 1 de la ville de Troie, sur la côte d’Asie Mineure qui fait face.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

La salle de ma photo était un grenier de la période bleue (3200-2700 avant Jésus-Christ), donc contemporain du bouleutérion. Outre cette salle, des morceaux de faucille en silex et des pierres de meules sont la preuve que l’on cultivait des céréales. Ailleurs, on a trouvé des hameçons en os et d’autres en métal, qui nous indiquent que l’on pêchait, et des pointes de flèches signifient peut-être que l’on chassait. La capacité de ce grenier, deux cent soixante mètres cubes, représente, selon le calcul des archéologues, deux cents tonnes de céréales. Ils n’en restent pas là, et calculent que, vu le rendement moyen de la terre à cet endroit et avec les méthodes agricoles de l’époque, la surface cultivée devait être d’environ mille trois cent cinquante hectares.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Tous ces morceaux de céramique, par terre, sont totalement en désordre, et ne constituaient donc pas un revêtement de sol. Nul doute, alors, que se déroulait en ce lieu une activité de potier.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

En comparant avec ce que l’on voit ici, on se rend compte que cela n’a rien à voir. En effet, sur cette photo, il est clair que le sol était revêtu de terre cuite.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Dans ces salles, il y avait “à l’évidence” une forge. Où se trouve cette évidence? Le panneau explicatif qui donne l’information ne le précise pas. Au moins comprend-on que nous sommes devant un bâtiment de l’âge du bronze. D’ailleurs, on distingue vaguement le petit panonceau, qui est jaune (2400-2100 avant Jésus-Christ).

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Ce mégaron de sept mètres cinquante sur deux mètres soixante-dix a été reconstruit plusieurs fois aux périodes verte et jaune (entre 2700 et 2100; nous le voyons ici dans son état de la dernière période). Peut-être était-ce un bâtiment public, ce que laisserait penser sa situation isolée donnant sur une place publique. Tout à l’heure, je parlais de deux squelettes retrouvés emmurés dans un bâtiment. C’était ici, dans ce mégaron, et ma seconde photo ci-dessus, publiée sur un panneau dans le bâtiment du site, les montre lors de leur découverte au cours des fouilles. Ce sont deux adultes, l’un avec les bras étendus, l’autre avec le péroné fracturé par une grosse pierre. Ils gisaient sous une couche de pierres d’un mètre d’épaisseur. C’est l’effondrement du bâtiment qui les a tués et ensevelis. Si l’on regarde l’image des codes de couleurs de Poliochni, on constate que c’est un tremblement de terre qui a mis fin à la période jaune, et c’est dans cette catastrophe que sont morts ces deux adultes.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Le petit panonceau jaune placé sur le mur, tout à droite de ma première photo ci-dessus, nous informe que cette pièce est un mégaron. Et, près de ce panonceau, de l’autre côté du mur, on aperçoit comme une forme en plexiglas. C’est, comme le montrent les photos suivantes, la protection de poteries laissées sur place, et par conséquent c’est ce mégaron qui apparaît sur la gauche de la seconde photo. Et en effet, accotées à son flanc, quatre petites pièces servaient de réserve. J’ai évoqué tout à l’heure les céréales, la pêche, peut-être la chasse. On a pu identifier aussi que les habitants de Poliochni élevaient surtout des moutons et des chèvres, et très peu de bœufs et de porcs. Ils mangeaient aussi du lièvre. Chassé? Élevé? Et puis ils se nourrissaient beaucoup de mollusques, calamars, crabes, oursins, toutes sortes de coquillages. On a identifié la présence de chiens, de renards, de tortues, mais on ne sait si ces animaux servaient de nourriture. En outre, les os et les coquilles de tous ces animaux pouvaient être utilisés pour fabriquer des aiguilles, des petits couteaux, des poinçons, des spatules, etc., ainsi que des éléments de parure.

 

Pour revenir à notre mégaron, qui mesure environ trente-cinq mètres carrés et date de la période jaune (2400-2100 avant Jésus-Christ), il convient d’ajouter que de l’autre côté de la cour, en face du mégaron, il y avait des dépendances, dont on a supposé que ce pouvaient être des étables pour les animaux. Outre les grandes jarres que je montre, on a retrouvé aussi un foyer, un pot tripode pour cuisiner, plusieurs poteries domestiques, et une grande quantité de poids de tension laissant penser qu’il y avait un métier à tisser. Et puis, très notable, il y avait un sceau en ivoire du type du nord de la Syrie. Tous ces éléments sont la preuve que cette maison était celle d’un important personnage.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Encore un mégaron. Avec ses deux piliers au milieu pour soutenir le toit (on nous dit qu’il y en a deux, mais je n’en vois qu’un…), il couvre une surface de presque cinquante mètres carrés. Il remonte à la période rouge, soit 2600-2400 avant Jésus-Christ.

Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014
Poliochni, de l'âge du bronze aux Byzantins. Dimanche 25 mai 2014

Le mégaron, c’est la pièce à vivre, c’est la salle principale de la demeure ou du bâtiment public. Ces visites m’amènent, pour finir, à parler de deux autres éléments de la vie quotidienne, d’une part le four de ma première photo, dont le panonceau jaune signifie qu’il faut le situer dans la deuxième moitié du troisième millénaire avant Jésus-Christ, et puis un mortier pour lequel aucune datation n’est proposée au visiteur.

 

Quoique l’échelle de datation ne soit pas claire, puisque les panneaux explicatifs, à Myrina et à Poliochni, sont contradictoires et que l’École Archéologique Italienne d’Athènes n’a pas daigné répondre à ma question, cette visite de Poliochni est d’un grand intérêt, car on y voit une ville dont les parties les plus anciennes ont cinq mille ans. Lors de la Guerre de Troie, les Achéens étaient en relations avec Limnos, probablement sur son site de Poliochni; or Hérodote situe cette guerre dans la première moitié du treizième siècle, Thucydide dans la seconde moitié du même siècle, tandis que pour Diodore de Sicile ou pour Démocrite, elle a eu lieu au douzième siècle. Or le panneau de datation de Poliochni fait déserter le site à l’issue de la période violette, vers 1400 avant Jésus-Christ, soit au tout début du quatorzième siècle, ce qui veut dire que la ville de Limnos avec laquelle commerçaient les Grecs pendant la Guerre de Troie n’est pas Poliochni, et qu’il faut chercher un autre site non encore mis au jour. Ou bien que cette Guerre de Troie n’a rien de réel et qu’Homère, en composant son épopée au huitième siècle, en a situé certains épisodes dans une ville qui n’existait plus à l’époque des faits décrits. Le tableau de Myrina, lui, fait s’achever la période violette en 1200, ce qui rend à Poliochni son rôle lors de la Guerre de Troie. Ce doute est une raison de plus de me faire désirer ardemment savoir quelle est la vraie datation du site.

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Published by Thierry Jamard
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