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28 mars 2017 2 28 /03 /mars /2017 23:55
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Selon certaines sources, Sappho serait née à Mytilène, selon d’autres à Eresos. Mais puisqu’aujourd’hui nous sommes à Mytilène et que je présente cette capitale de l’île de Lesbos, eh bien parlons de Sappho. Sur la première photo, cette statue la représente avec sa lyre. Le tableau de ma deuxième photo, que j’avais prise le 2 novembre 2011 à la Galerie Nationale d’Athènes, est de Georgios Margaritis qui, nous dit-on, l’a réalisé avant 1843. Il représente Sapho priant Aphrodite.

 

Quoiqu’aucune allusion sexuelle ne figure dans les textes d’elle dont nous disposons, son nom est lié à l’homosexualité féminine depuis que, près de six siècles après sa mort, Ovide a cru bon d’interpréter ainsi ses vers chantant la beauté physique des jeunes filles de son entourage. C’est ainsi qu’en 1073 le pape Grégoire VII (celui de la querelle des investitures avec l’empereur Henri IV), voulant régénérer les mœurs, a fait brûler toutes les éditions des œuvres de Sappho, avec les autres poètes lyriques. À la fin du dix-neuvième siècle, à Oxyrhynque en Égypte, deux jeunes Anglais ont fouillé des monticules de détritus, et y ont découvert des foules de papyrus antiques. Parmi eux, de nombreux fragments de Sappho mais rien que des fragments. En effet, considérés sans aucun intérêt, ces papyrus avaient servi à toutes sortes d’usages qui n’avaient rien de littéraire, par exemple comme bandelettes pour des momies de crocodiles…

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Puisque je n’ai pas encore abordé les images de la ville en elle-même, voici deux pièces de monnaie que j’avais photographiées en octobre 2011 au musée numismatique d’Athènes. Celui de gauche est de Mytilène, pour celui de droite la légende le dit plus largement de Lesbos.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Lorsqu’au cours de nos visites dans telle ou telle ville je vois quelque chose qui concerne un autre endroit dont la visite est prévue à plus ou moins long terme, je garde ma photo bien au chaud dans un dossier à part pour pouvoir la ressortir au moment venu. C’est ce qui s’est passé pour ce tableau de Margaritis et pour ces pièces de monnaie. C’est également ce qui s’est passé pour la photo ci-dessus qui représente une Artémis provenant de Mytilène, mais que j’ai photographiée le 27 octobre 2012 e Turquie, au musée archéologique d’Istanbul. Cette copie d’un original du quatrième siècle avant Jésus-Christ a été sculptée dans le marbre à l’époque romaine.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Cette fois-ci, entrons plus directement dans le sujet, puisque je publie ici Paysage à Mytilène. Mais… ce tableau aussi est une “vieille” photo. Je l’ai prise à la Galerie Municipale d’Athènes, le 3 novembre 2011, le lendemain de notre visite à la Galerie Nationale. Le peintre en est Spyros Papaloukas (1892-1957).

 

Longus est un écrivain grec qui décrit Mytilène de façon flatteuse, mais je citerai plus précisément ses paroles un peu plus bas, au sujet de l'endroit auquel il fait allusion.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Quant à Choiseul-Gouffier, qui sera ambassadeur de France à Constantinople, il insère dans son Voyage pittoresque de la Grèce publié en 1782 la gravure ci-dessus, “Vue de la ville de Métélin et de son port septentrional”, Métélin étant le nom francisé de la ville, couramment en usage chez nous jusqu’au vingtième siècle.

 

Un mot de l’histoire de la ville. Après avoir brillé pendant le haut moyen-âge, Mytilène a été la cible de nombreux raids arabes et slaves à partir du huitième siècle. En même temps, l’iconoclasme sévissait, la première phase de 726 à 787, et la deuxième phase de 815 à 843. Ces périodes de crise ont eu pour conséquence une grave récession économique et une dramatique décrue de la population. Il va falloir attendre le neuvième siècle pour voir une vraie renaissance de Mytilène, et la construction de nombreuses églises. Néanmoins, la réputation de la ville était entachée par le fait que le pouvoir de Constantinople faisait de l’île, et plus particulièrement de Mytilène, le lieu d’exil des personnalités officielles de l’Empire. En outre, les raids d’attaque et de pillage n’ont pas cessé, le pire d’entre eux ayant été, en 1091, celui qu’a mené le Seldjouk Tzachas. Lorsqu’en 1204 la Quatrième Croisade dévoyée chasse l’empereur byzantin de Constantinople et instaure un Empire Latin, Lesbos échoit à Gênes. En 1355 Francesco Premier Gattelusi aide Jean V Paléologue à chasser l’usurpateur Jean VI Cantacuzène et pour prix de son aide il épouse Marie, sœur de l’empereur, et reçoit Lesbos. Puis il étend son autorité à Thasos, Limnos, Samothrace, Imbros, ainsi qu’à Ainos en Thrace, et à Phocée (d’où, autrefois, des colons grecs avaient fondé Marseille, que l’on a coutume d’appeler “la cité phocéenne”) en Asie Mineure. En 1384, un catastrophique séisme tue François Gattelusi dans son château, mais Mytilène continue à briller. En 1442, les Ottomans assiègent Mytilène sans parvenir à la prendre. Une nouvelle tentative en 1462, au contraire, assujettira Lesbos à l’Empire Ottoman installé à Constantinople depuis 1453. Pour prix de cette conquête, la population est décimée, nombre de transferts forcés à Constantinople sont opérés, bref, le tissu social est détruit. En 1464, le Vénitien Orsato Giustiniani tente de reconquérir Mytilène, sans succès. Il en va de même de la tentative de l’amiral français Philippe de Clèves qui, en 1501, assiège Mytilène. Soixante-dix ans plus tard, le 7 octobre 1571 la bataille de Lépante inflige une sévère défaite à la flotte ottomane et, en représailles, le métropolite de Mytilène est exécuté par les Turcs.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Lorsque le ferry arrive dans le port, cette grande église s’impose à la première vue que l’on a de Mytilène. Elle est dédiée à Saint Théraponte (Agios Therapôn). Elle porte le nom d’un évêque de Chypre mort en martyr. Je n’ai pas trouvé grand-chose à son sujet, à part que certains sites le situent au quatrième siècle et d’autres au septième…

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Nous sommes arrivés à Lesbos, au port de Mytilène, le soir. Or Mytilène est une ville de près de trente mille habitants, et il n’existe pas de camping à proximité. Nous avons un peu patrouillé dans cette ville que nous ne connaissons pas sans toutefois essayer d’accéder au plein centre et à ses ruelles étroites impraticables avec un camping-car, n’avons trouvé aucun parking où nous installer pour la nuit, et en fin de compte sommes allés demander à la marina de nous accueillir, car nous y avons vu de nombreuses places de parking libres, et aussi des connexions électriques destinées en principe aux yachts mais auxquelles nous pourrions nous connecter. Bien évidemment, nous ne sollicitions pas d’hébergement gratuit, nous étions prêts à payer le prix de notre nuit. Mais on nous en a refusé l’accès. Nous sommes repartis, mais nous n’entonnerons pas, oh non, à la suite de Brassens,

“Elle est à toi, cette chanson,

Toi le Lesbien qui, sans façons,

M’accueillis dans ta marina

Quand de parking je n’avais pas…

Ce n’était rien

Qu’un petit coin

Mais c’était un bon réconfort

Et dans mon âme il brûle encore

Comme un grand soleil égéen”.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Puisque, pour aller présenter notre requête auprès des responsables, nous avions laissé le camping-car à l’extérieur, nous sommes repartis à pied, ce qui nous a permis de voir cet arbre pétrifié que les propriétaires de la marina ont dû laisser en place, mais qu’ils ont protégé sous une cage de verre. Je l’ai photographié, mais je sais qu’il y a à Lesbos toute une forêt pétrifiée, que nous comptons bien aller voir. Et nous l’avons en effet vue plus tard, elle sera l’objet de mon vingt-quatrième article sur Lesbos.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Je consacrerai un article spécifique au kastro (château) de Mytilène, puis un autre aux deux musées archéologiques de la ville, mais aujourd’hui je voudrais seulement montrer le visage de Mytilène. Dans le port, je me suis arrêté devant ce bateau, qui porte le nom d’Amphitrite, déesse de la mer, femme du dieu Poséidon. Nous sommes en Grèce, rien d’original donc, même si les bateaux sont très fréquemment voués à saint Nicolas, protecteur des marins, ou à la Panagia, la Vierge Marie. Mais sur le flanc, cette inscription est intéressante:

ΠΑΝΕΠΙΣΤΗΜΙΟ ΑΙΓΑΙΟΥ = Université de l’Égée. Ce bateau appartient donc à l’université de cette région. Et ensuite:

ΤΜΗΜΑ ΕΠΙΣΤΗΜΗΣ ΤΗΣ ΘΑΛΑΣΣΑΣ = département de science de la mer. Il existe donc officiellement une discipline de science de la mer au niveau universitaire, c’est-à-dire autre chose qu’un lycée professionnel formant des marins pêcheurs.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Mytilène a gardé, dans son centre ancien, ses ruelles étroites, même si elles n’ont pas été interdites à la circulation automobile, comme on peut le voir. Néanmoins, comme les voitures ne peuvent pas rouler bien vite, elles ne sont pas trop dangereuses, et parce qu’il y a, hors de ce centre, des rues modernes et larges, peu nombreux sont ceux qui sont obligés de passer par le vieux centre, ce qui fait que le charme n’en est pas rompu. Si Napoléon III n’avait pas gardé le souvenir des barricades de 1848 et en conséquence demandé au préfet de la Seine Haussmann de tracer à travers Paris de larges avenues plus difficiles à barrer contre la cavalerie et l’artillerie, c’est peut-être le paysage que nous aurions aujourd’hui chez nous.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

En nous promenant dans ce centre ancien, nous passons auprès d’innombrables églises, comme l’église Saint-Georges (Agios Geôrgios) de mes deux photos ci-dessus, qui semble assez vieille. Mais comme nous n’avons pu y pénétrer et que je ne dispose d’aucune information à son sujet, je ne m’étendrai pas davantage.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

En revanche, tout près de cette église Saint-Georges nous trouvons l’église des Saints Apôtres (Agiôn Apostolôn) qui paraît très ancienne quand on la voit de l’extérieur du côté de l’abside, mais sur le linteau de l'entrée principale est gravée la date de construction, 1815, et il est certain que, vue de ce côté, l’église ne paraît plus aussi ancienne. On nous dit en outre que deux textes, l’un de 1728, l’autre de 1732, se réfèrent à l’église des Saints Apôtres au même emplacement que celle que nous voyons aujourd’hui. De plus, certaines icônes remontent au moins au dix-septième siècle. Comme on le voit, la datation est assez vague. Quoi qu’il en soit, nous avons pu visiter cette église, mais à vrai dire je n’ai guère plus d’informations à son sujet qu’au sujet de la précédente Au moins je peux en montrer des images.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Si l’intérieur de l’église est typique de toutes les églises orthodoxes que nous avons vues jusqu’à présent, elle n’en est pas moins intéressante. Il paraît que l’un des chapiteaux de colonne est récupéré d’une église paléochrétienne, mais je suis bien incapable de dire lequel… et donc de le montrer ici. Il y a des fresques intéressantes, comme celles que je montre ci-dessus. On peut situer la fresque de ma seconde photo ci-dessus en la reconnaissant dans le coin supérieur droit de ma photo de la nef. Le balcon en mezzanine construit au-dessus du narthex (n’ayant pas pu y accéder, je ne le montre pas) était l’espace réservé aux femmes: lors de l’aménagement de cette église au début du dix-neuvième siècle, deux mille quatre cents ans s’étaient écoulés depuis que Sappho avait vécu une vie de femme émancipée. Oh que le sexisme a donc la vie dure!

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Ces scènes qui décorent l’iconostase semblent dater du premier quart du dix-neuvième siècle. Il est rare qu’elles soient aussi nombreuses, et la sculpture de cette iconostase est remarquable.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

On aurait immédiatement reconnu ici Adam et Ève, même si leurs noms, ΑΔΑΜ ΚΑΙ ΕΥΑ n’avaient pas été sculptés auprès de la taille d’Adam. Je les trouve très amusants, sans oublier le lion sur la gauche de ma photo.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Sur ma photo de la nef, on a repéré cette icône exposée à l’adoration des fidèles, mais aussi à leur édification, car elle représente les saints de Lesbos. J’en compte vingt-neuf. Certes, l’île est grande, il n’empêche: cela représente une belle densité de saints au kilomètre carré. Il est vrai aussi que les patriarches de l’Église Orthodoxe canonisent un peu plus facilement que le Vatican. Désolé pour le reflet sur la vitre, j’avais oublié mon filtre polarisant.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Cette icône habillée d’argent est très belle, mais je ne sais pas qui est le saint qu’elle représente. Il est d’autant moins difficile d’identifier les personnages situés à gauche et à droite de sa tête que des inscriptions donnent leurs initiales. C’est le Christ à gauche, c’est la Vierge à droite. Le couvre-chef des métropolites orthodoxes n’est pas la mitre des évêques catholiques et ressemble à celui de cette icône, et dans ces conditions je me demande s’il ne s’agirait pas de saint Nicolas, surtout lorsque je lis que dans cette église il y a une icône de saint Nicolas datant de 1637, et je n’en ai pas vu d’autre qui puisse être aussi ancienne.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Et puis ces trois tableaux. Le troisième, qui représente une Vierge Hodegetria (c’est-à-dire qui montre son fils comme étant “la route”, “la voie”), n’est guère originale, ni pour le sujet extrêmement fréquent dans la peinture orthodoxe, ni pour l’expression. C’est elle que l’on voit, dans la nef, à côté de la collection des saints de Lesbos. Pas de grande originalité non plus pour la Nativité de ma photo précédente, même si sa composition est plus intéressante, avec l’étoile qui ne brille pas bêtement au-dessus de la crèche, mais lance de loin un rayon vers l’Enfant Jésus, et aussi avec le berger qui vient rendre hommage au nouveau-né, et l’on voit la tête de la brebis venir flairer Jésus.

 

Mais le tableau que je préfère, et de loin –c’est pourquoi j’en parle en dernier lieu, même si la chronologie, conception, naissance, enfance, m’a fait placer mes photos dans l’ordre inverse)–, c’est celui de l’Annonciation. Il est d’ailleurs curieux de constater combien ce sujet de l’Annonciation inspire la créativité des artistes beaucoup plus que la Nativité. Le cadre est celui de la ville, avec ses grands édifices, Marie reçoit l’annonce avec recueillement, l’archange Gabriel est léger, ses ailes sont transparentes, il est immatériel comme doit l’être un ange. Là-haut dans le ciel il y a Dieu le Père, il le faut bien, le sujet l’exige, mais il n’apparaît pas perché sur un nuage avec des vêtements de couleurs criardes, comme cela arrive souvent, et la colombe du Saint-Esprit, elle aussi exigée par le sujet, ne volette pas sur un rayon lumineux lancé par Dieu, elle est gracieusement dessinée et plane dans le ciel.. Bref, j’aime bien ce tableau.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Un jour, au cours d’une promenade dans Mytilène, nous passons devant les ruines d’un grand bâtiment. Nous tournons un peu autour, perplexes, jusqu’à ce que nous tombions sur une plaque: Yeni Camii; en turc, cela signifie Nouvelle Mosquée. Et cette base de tour que l’on voit sur ma seconde photo est donc un minaret décapité.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Pour des raisons de sécurité, on ne peut pas pénétrer dans la mosquée, dont les ruines ne sont pas consolidées, mais on peut s’approcher suffisamment pour prendre des photos de l’intérieur par les fenêtres. C’était un grand et beau bâtiment, construit en 1825. Son ampleur était justifiée par la nombreuse population turque musulmane de la ville, qui avait été conquise par les Ottomans en 1462, neuf ans après Constantinople. Mais en 1912, après les Guerres Balkaniques, Lesbos est rendue à la Grèce indépendante, puis il y a eu le traité de Genève au terme duquel les Grecs qui y résidaient encore devaient quitter la Turquie, et les Turcs devaient quitter la Grèce. Ayant perdu ses fidèles, la mosquée a été inutilisée, n’a nullement été entretenue, d’où son état de décrépitude. Il paraît que des volontaires, il y a deux ou trois ans, se sont chargés de nettoyer l’essentiel, et que la Municipalité envisage de solliciter l’aide de l’Union Européenne pour une restauration. L’Union Européenne… alors que le pays envisage le Grexit!

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Éloignons-nous un peu du centre de Mytilène, en direction du nord. Et en cet endroit, nous avons plusieurs raisons de nous arrêter, et tout d’abord pour le point de vue. Mais aussi, nous allons le voir, pour une petite église et pour des vestiges antiques.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

En cet endroit, se dresse cette statue dont le socle dit, en employant le nom de Mikrasiatissa qui signifie “d’Asie Mineure”: “À la mère d’Asie Mineure, Lesbos qui l’honore. Octobre 1984”. C’est un hommage à tous ces Grecs d’Asie Mineure qui ont été victimes de l’échange de populations de 1922, et dont beaucoup se sont établis à Lesbos. Du courage, évidemment il en a fallu aux hommes comme aux femmes, aux gens mariés comme aux célibataires, aux adultes comme aux enfants, mais la femme est le symbole de la famille, en tant que mère, en tant que chargée de l’éducation. Et il est vrai que, d’après ce que j’ai pu conclure de ce qui m’a été raconté ici ou là, c’est bien souvent la mère de famille qui a le plus énergiquement œuvré à l’intégration de tous dans ce milieu nouveau, car ces Grecs n’avaient, pour la plupart, jamais mis les pieds de leur vie sur le sol grec européen, de la même façon que bien des Pieds Noirs étaient nés en Algérie et n’avaient jamais vu le sol de France avant d’être obligés de quitter le pays dans la précipitation au moment de l’indépendance en 1962.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Là, face à la mer, on trouve cette petite église dédiée à saint Paul, et sur son mur est incrustée une mosaïque représentant le saint patron. Pour en comprendre la raison, il faut se reporter aux Actes des Apôtres: “Nous fîmes voile vers Assos, où nous devions reprendre Paul; il l'avait ainsi ordonné, préférant pour son propre compte suivre la voie de terre. Il nous rejoignit effectivement à Assos; nous le prîmes à bord et arrivâmes à Mytilène. Nous en repartîmes et, le lendemain, nous parvînmes à la hauteur de Chios”.

 

Cela se passait en l’an 52. Étant donné les conditions de navigation de l’époque, il était impératif de relâcher de nuit dans cette mer où abondent les îlots, les écueils, les bas-fonds, sans compter que, selon les calculs des spécialistes, c’était une nuit de nouvelle lune, complètement obscure. La dernière phrase laisserait entendre (du moins telle qu’elle a été traduite) que saint Paul et les disciples sont repartis le soir et sont arrivés le lendemain à Chios. Il faut donc plutôt comprendre qu’ils ont passé la nuit à Mytilène et ont fait voile le lendemain vers Chios. Mais je suis tombé sur un site Internet à la fois intéressant et surprenant. Alors que les météorologues, avec tous les moyens techniques déployés, se trompent bien souvent dans leurs prévisions même à court terme, l’auteur qui n’a bien évidemment pu disposer d’aucun relevé de l’époque dit que le vent devait souffler fort du nord-ouest, et que par conséquent le bateau avait trouvé à Mytilène un havre le protégeant bien de ce vent.

 

Quoi qu’il en soit, saint Paul ne s’arrête guère à Lesbos. La soirée et la nuit tout au plus. Or l’île tout entière est païenne, car l’archéologie n’a mis au jour aucune trace d’église ou de lieu de culte chrétien du premier siècle. On sait d’autre part qu’encore au deuxième siècle avait lieu chaque année à Mytilène une cérémonie terrible au cours de laquelle un homme devait être sacrifié à Dionysos. Mais saint Paul se presse, car il veut arriver dans le pays où a vécu Jésus pour la fête de la Pentecôte. L’évangélisation de l’île se fera cependant plus tard avec une grande intensité, puisque les fouilles ont révélé pour l’ensemble de Lesbos les restes de pas moins de cinquante-sept églises paléochrétiennes, et que dès le cinquième siècle est attestée dans un concile la présence d’un évêque de Lesbos.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Sur cette grande esplanade entre la mer et la ville, là où a été construite l’église, on peut voir des ruines d’époque romaine. Là se trouvait le port antique, où saint Paul a débarqué et d’où il s’est rembarqué le lendemain. Tel est le pourquoi en cet endroit d’une église qui lui est consacrée.

 

Je disais que nous étions dans un faubourg nord de Mytilène. En fait, il y avait deux ports à Mytilène dans l’antiquité, le port nord ici, et un port sud qui est celui des ferries aujourd’hui. Entre les deux, il y avait un bras de mer d’une trentaine de mètres de large, l’Euripe, qui faisait que la partie ouest de la ville d’aujourd’hui était une île, la ville antique n’étant construite que sur cette île, reliée au continent par deux ponts de marbre. À ce sujet, nous disposons du témoignage de Longus que j'ai évoqué tout à l'heure, l’écrivain grec auteur de Daphnis et Chloé, natif de Lesbos, qui a probablement vécu au second siècle après Jésus-Christ (mais on ne sait strictement rien de lui). Lorsque j’étais étudiant, dès qu’un petit boulot me procurait quelques fonds, j’investissais tout dans des textes latins ou grecs de la collection Guillaume Budé, ce qui fait que je dispose aujourd’hui de plus de cinquante de ces livres de grec et d’encore un peu plus de cinquante textes latins. Je me saisis donc de mon Longus. Dès le premier chapitre, il décrit Mytilène (parce que je traduis moi-même, je commence par le texte grec):

 

“Πόλις ἐστὶ τῆς Λέσβου Μιτυλήνη, μεγάλη καὶ καλή· διείληπται γὰρ εὐρίποις ὑπεισρεούσης τῆς θαλάσσης, καὶ κεκόσμηται γεφύραις ξεστοῦ καὶ λευκοῦ λίθου. Νομίσαις οὐ πόλιν ὁρᾶν ἀλλὰ νῆσον”, ce qui veut dire:

 

“Mytilène est une ville de Lesbos, grande et belle; elle est divisée par des canaux d’une mer calme et ornée de ponts de pierre polie et blanche. On ne croirait pas voir une ville, mais une île”.

 

C’est également la preuve qu’à l’époque –floue– où a vécu Longus, la ville avait déjà commencé à s’étendre hors de l’île, puisqu’elle est “divisée”. Plus tard, de grands travaux feront combler cet Euripe. Mais revenons à notre port nord.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Outre les vestiges de ce grand bâtiment, ou de cette place publique, il y a aussi d’autres ruines datant de l’antiquité. Malheureusement, à part un unique panneau disant que nous sommes sur le port antique, il n’est donné aucune explication supplémentaire. Je ne sais donc pas vraiment ce que nous voyons…

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Laissons ce quartier nord de Mytilène pour nous rendre dans la proche banlieue sud, à Vareia (prononcer Varya). Lorsque nous étions à Volos, nous sommes montés vers la ville haute, à Anakasia, pour voir une maison décorée par Théophilos, ce peintre naïf originaire de Vareia (voir mon article Volos. Du 14 au 22 juin 2012). Il est si génial que nous avons absolument voulu voir son musée. Et en effet, nous l’avons visité, ce musée, et il vaut vraiment la peine. Mais la photo y est interdite. Le jeune homme, fort aimable et fort sympathique, nous a expliqué que, malheureusement, il était chargé de faire respecter scrupuleusement cette interdiction.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Alors à défaut de montrer ici quelques-unes de ses œuvres, je me contenterai de cette fresque en son honneur sur un mur de Mytilène. Sur la droite il est écrit “Demeure de Théophilos, 2012”. Si –ce que j’ignore– il a réellement vécu dans cette maison, la date de 2012 est évidemment celle de réalisation de la fresque, puisque Théophilos est mort en 1934.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014
Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

J’ai aussi parlé à plusieurs reprises de Stratès Élefthériadès, dit Tériade, cet éditeur d’art génial lui aussi natif de Vareia, et découvreur de Théophilos (voir, entre autres, mon article Tériade au Cateau-Cambrésis. Vendredi 23 août 2013). Il a son musée à Vareia, juste derrière le musée Théophilos. Nous savons que ce musée a fait l’objet de grands travaux dont la fin était prévue pour 2013. Nous sommes à la mi-2014, mais deux précautions valent mieux qu’une, avant de nous y rendre nous avons consulté le site du musée et celui du ministère grec de la culture, tous deux maintiennent la date de 2013.

Lesbos 02 : Regard sur Mytilène. Juin et juillet 2014

Las! On n’a pas pris le temps de mettre à jour les sites Internet, trop occupé à achever les travaux. Le petit panneau de droite signale que le musée restera fermé pour travaux de restauration, tandis que le grand panneau que je montre à gauche dit bien que les deux programmes successifs totalisant deux millions d’Euros, à savoir le premier d’un million quatre cent mille Euros, le second de six cent mille Euros, étaient prévus pour 2007-2013. Je ne sais dans quelle proportion ont été engagés les fonds européens (en général, c’est soixante-quinze ou quatre-vingts pour cent du total), mais en principe ils ne sont versés que si le pays bénéficiaire a engagé les frais et payé sa part. Que s’est-il passé? Eh bien, nous ne visiterons pas le musée Tériade de Vareia…

 

Dans mon futur quinzième article sur Lesbos, montrant quelques sites archéologiques de l’est de l’île, je parlerai d’un grand aqueduc d’époque romaine. En effet, dès l’antiquité, Lesbos était une grande ville, et ses besoins en eau étaient très importants. Mais les archéologues et les historiens n’ont pu déterminer s’il était encore en service à l’époque byzantine. Ce que l’on sait, c’est que bien plus tard, au dix-huitième siècle, le kapudan Pacha (amiral) Cezayirli Hasan Pacha en construit un nouveau, partant des sources Krategos et Kaziani, et comportant des tours à eau. Car la population, désormais nombreuse, avait besoin de plus en plus d’eau, et l’on a identifié à Mytilène quatre bains publics (hammams), ainsi que plusieurs bains privés. Ces hammams étaient construits dans le droit fil de l’héritage romain via l’Empire byzantin qui l’avait perpétué, avec une salle froide pour le vestiaire, une salle tiède et une salle chaude. L’eau était chauffée dans de grands chaudrons de cuivre, et la vapeur produite était conduite dans les murs et sous les sols par des tuyaux de terre cuite: les sols étant brûlants, il était impératif de disposer de sandales à semelle de bois. Selon le Coran, il est nécessaire de se laver le corps pour se laver des péchés, ce qui suppose de fréquents passages au hammam. Et le hammam a également sa place dans la vie sociale, on s’y rencontre, on y discute. Le hammam faisait également partie des rituels de certaines fêtes, la circoncision, le mariage, la naissance d’un enfant, le départ au service militaire, etc. Les femmes n’étaient pas exclues de cette pratique et, quand les établissements de bains ne disposaient pas de doubles installations, il y avait des jours réservés aux hommes et d’autres aux femmes dans les mêmes locaux.

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Published by Thierry Jamard
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