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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 23:55
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Nous voici tout à l’ouest de Lesbos. Dans mon précédent article, nous étions au monastère d’Agios Rafaïl, près de Thermi, tout à l’est de l’île, juste à l’opposé. Je ne suis donc pas une logique géographique, mais puisque j’ai commencé à parler d’un monastère, restons sur le sujet. Nous voici au monastère d’Ypsilou.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

L’adjectif grec Ypsilos signifie “élevé”. Si, perché à six cent trente-quatre mètres d’altitude sur les restes du volcan éteint Ordymnos, ce monastère n’est quand même pas sur l’Everest ni même le Mont Blanc, il n’en est pas moins situé en l’un des points les plus élevés de l’ouest de Lesbos (le mont le plus haut, le Lepetymnos, dresse ses 968 mètres tout au nord de l’île). Les paysages de la route qui y mène sont impressionnants, la vue est magnifique dans toutes les directions.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Le monastère d’Ypsilou est un monastère d’hommes et il est dédié à saint Jean l’Évangéliste. Comme on le voit, sa situation en fait une forteresse, et c’est bien le rôle qu’il a dû avoir pour résister, ou pour essayer de résister, aux raids de pillage. De plus la population, en cas d’alerte, y trouvait refuge.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

C’est un monastère byzantin dont l’origine remonte avant 800, mais dont les plus anciens bâtiments sont de 1101. Puis il a probablement été abandonné à la fin de l’époque byzantine et a subi les ravages du temps en plus de ceux des pilleurs. C’est du moins ce que j’ai lu sous la plume d’un archéologue, mais des sites informatiques sur le sérieux desquels je ne dispose pas d’informations parlent d’une réhabilitation dès l’époque byzantine et de l’action des Turcs qui auraient exterminé la population des moines et l’auraient détruit. Ce qui semble confirmé, c’est une renaissance post-byzantine, suivie d’une destruction par le feu.

 

Précédemment, je parlais de sa situation qui en fait une forteresse. Et comme on le voit sur ces photos, les bâtiments eux-mêmes en font une sorte de château fort, avec plusieurs portes successives et des murs hauts et puissants dont les fenêtres sur l’extérieur sont peu nombreuses, de petites dimensions, et haut situées. En outre, on constate qu’il est doté d’une forte tour carrée comme dans un “kastro”.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

À l’intérieur du monastère, l’atmosphère se détend. Autour de la cour, les bâtiments s’ornent d’arcades, les portes et les fenêtres se multiplient, les moines entretiennent des massifs d’hortensias. La tour, qui est dans le plan de la façade extérieure, est ici un peu en retrait.

 

J’ai pris en gros plan une photo d’une décoration en brique dans un mur, qui représente la lettre B répétée dans chacun des quatre bras d’une croix. J’ai longuement discuté de la signification de ce sigle dans mon article de ce blog intitulé Le château de Mytilène. Jeudi 5 juin 2014 (mon troisième article sur Lesbos). Je n’y reviendrai pas et me contenterai de dire comment, à la fin, je l’ai interprété: “Croix du Roi des Rois, soutiens le roi (soutiens notre roi)”. Mais puisque c’est un sigle byzantin, cela prouve que ces bâtiments sont antérieurs à l’Empire Latin de 1204. Tout n’a donc pas été détruit au cours des âges.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

On se rappelle que si l’Empire Ottoman a été, dans une certaine mesure, tolérant à l’égard des différentes religions des peuples qu’il recouvrait, l’usage de cloches était en revanche strictement interdit, seule la voix du muezzin pouvant être entendue. Pour appeler les moines à la prière, comme pour les appeler au réfectoire, les monastères faisaient usage d’une planche de bois suspendue à des chaînes qui, lorsqu’elle était frappée, résonnait suffisamment fort pour être entendue dans tout le monastère. On l’appelait le talanton: le verbe grec talantevo signifie “balancer”.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Nous voici dans le catholicon, c’est-à-dire l’église principale du monastère. Il date de 1832. Sans doute, il ne s’y trouve pas d’œuvres d’art inoubliables, mais le haut de l’iconostase est d’assez bon goût.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Le monastère est doté d’un petit musée qu’il vaut la peine de visiter. Ci-dessus, le musée appelle ces constructions Αρτοφόριο, ce qui très exactement signifie “Porte-pain”, mais qui est traduit en anglais “Placement Holy Bread”. Puisque c’est là que le prêtre place le pain consacré, c’est ce que nous appelons tabernacle (le même mot de tabernacle existe en anglais, je viens de vérifier dans mon Robert et Collins), du latin qui signifie “petite tente”. Celui de ma première photo ci-dessus est de 1835, celui de ma seconde photo est de 1911.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Il y a également une bibliothèque qui comporte un bon nombre de livres anciens, mais puisqu’on n’en voit que le dos derrière la glace d’une vitrine, ce n’est pas cela le plus intéressant.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014
Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Ce qui est beaucoup plus intéressant, c’est cette collection de cinquante-neuf manuscrits dont certains sont particulièrement précieux. Je choisis ci-dessus deux de mes photos:

 

La première photo fait un gros plan sur un rouleau de parchemin qui date du dixième ou du onzième siècle. Outre la date, la seule description dit ΧΕΙΡΟΓΡΑΦΑ ΕΙΛΗΤΑΡΙΑ, c’est-à-dire “rouleau manuscrit”. C’est bien vague. J’aurais aimé savoir de quoi parle le texte. Est-ce un évangile? Une lettre? Un décret? La règle du monastère?

 

En dehors de sa date, 1446, et du fait qu’il est manuscrit, il n’en est pas dit plus au sujet du livre de mon autre photo. C’est bien dommage.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Ce tableau est extrêmement étonnant. Non certes par son sujet, qui est relativement fréquent, mais parce qu’il a été réalisé en 1922 par le docteur Housni Vey dont il est précisé que ce médecin était un Turc musulman. Je sais bien que l’Islam ne méconnaît nullement l’enseignement de Jésus, nommé Issa, ni sa crucifixion, le considérant comme le dernier des grands prophètes avant Mahomet. Mais dans ce monastère orthodoxe, donc chrétien, Jésus est Dieu. Pas Issa. Or, en regardant de près, on voit près de la tête du Christ les lettres IC XC (Jésus Christ), et au-dessus de la tête de Marie les lettres ΜΗ ΘΟΥ (Mêtêr Théou, Mère de Dieu). C’est en 1923 que les Turcs de Lesbos ont dû quitter Lesbos redevenue grecque pour rejoindre la Turquie, mais ce médecin était connu de toute la population des environs, tout un chacun le savait musulman, on ne peut le soupçonner d’avoir hypocritement joué les chrétiens pour pouvoir rester (la séparation entre “Grecs” et “Turcs” se faisait en réalité sur le critère de la religion). Mais, bien vu de la population et contraint par décision politique prise au loin de quitter les lieux où il était né et où il avait vécu, où il avait des amis et des patients, je suppose (mais c’est simple supposition de ma part) qu’il a voulu laisser ce tableau en cadeau aux habitants du lieu et aux moines du monastère.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Le musée présente aussi de belles pièces de broderie. Cette Annonciation du quinzième siècle dont on nous dit qu’elle a été brodée main (ce qui est évident, vu la date) orne une bande de tissu décrite comme ΕΠΙΜΑΝΙΚΑ, un mot que mon dictionnaire ignore superbement et que Google traduit par “menottes”… En fait, je pense qu’il s’agit de ce que les catholiques appelaient un manipule, que le prêtre passait sur son avant-bras gauche mais dont l’usage a été supprimé par le concile Vatican II.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Cette très belle étole de 1527 a appartenu, nous dit-on, à saint Ignace. Le musée le dit, en grec comme en anglais, “propriétaire” du monastère de Leimonos. Je ne dispose d’aucune documentation complémentaire, mais cela m’étonne. Je suppose qu’il convient de comprendre qu’il en était titulaire, c’est-à-dire higoumène. C’est lui, en tous cas, qui a créé en 1526 ce monastère objet de mon prochain article.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

J’ajoute encore une pièce de broderie faite main, cette Vierge à l’Enfant qui ornait une ceinture du dix-septième siècle.

Lesbos 06 : Le monastère d’Ypsilou. Jeudi 12 juin 2014

Et je terminerai avec ce plateau d’argent repoussé et doré qui est daté de 1690 et a appartenu au patriarche œcuménique Parthénios. Il va de soi qu’à l’époque, le patriarche en question est celui de Constantinople. L’église orthodoxe autocéphale de Grèce ne date que de 1833. Et d’ailleurs, encore aujourd’hui, les territoires qui ont rejoint la Grèce indépendante en 1912 et dont Lesbos fait partie sont restés sous la dépendance du patriarcat de Constantinople qui réside à Istanbul, même si à titre transitoire (un titre transitoire qui dure, qui dure…), les métropolites (évêques) de ces territoires participent aux synodes avec leurs collègues de l’église grecque autocéphale.

 

Concernant ce Parthénios, une petite recherche sur Internet m’en a fait trouver plusieurs de ce nom; je pense qu’il doit s’agir de Parthénios IV qui a été cinq fois élu patriarche, de 1657 à 1662, de 1665 à 1667, de mars à septembre 1671, de janvier 1675 à juillet 1676, et enfin un an de mars 1684 à mars 1685. Je n’ai pas trouvé de Parthénios ensuite, et les trois précédents avaient été patriarches dans les années 1640 et 1650. Comme on n’accédait pas à cette fonction dans sa prime jeunesse, je pense qu’ils n’auraient pas pu être propriétaires de ce plateau créé en 1690.

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Published by Thierry Jamard
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