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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 23:55
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Thermi, Pyrrha, Mesa, Moria, j’ai sélectionné quatre sites antiques dans l’est de l’île de Lesbos. Ils vont de l’époque préhistorique à l’époque romaine.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Et cela commence très mal, parce que lorsque nous sommes passés par Thermi,  à chaque fois ou bien nous avions eu des activités à Mytilène, ou bien nous nous rendions à Mytilène en venant de Methymna et nous avions fait mille haltes en route, bref le site, qui ouvre de 8h à 15h était toujours fermé.

 

Dans l’Histoire de l’humanité, publiée par l’UNESCO, je lis: “L'analogie presque complète entre les vases en argile du site préhistorique de Thermi sur l'île de Lesbos et ceux de l'âge du bronze ancien de Bulgarie du Sud-Est ainsi qu'une partie considérable des vases de Troie 1 permet d'arriver à la conclusion que sur le territoire de Bulgarie du sud-est, d'Anatolie du Nord-Ouest et sur certaines îles de la mer Égée s'est développée une même culture”. Nous sommes donc ici dans une cité du bronze ancien. Les premières constructions remonteraient aux alentours de 3000 avant Jésus-Christ, tandis que le peuplement systématique érigé en ville daterait du quinzième siècle avant Jésus-Christ.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Les seules images que je puisse en montrer, je les ai prises de l’autre côté de la clôture, puisque je ne pouvais pas pénétrer. Par ailleurs, je n’ai pas aperçu de panneaux explicatifs, mais je suppose que pour qui peut accéder au site il doit y avoir des dépliants ou quelque chose qui permet de comprendre et de se repérer.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Une preuve, en tous cas, que les archéologues estiment important et significatif le site de Thermi, une somme de près de deux millions et demi d’Euros lui a été consacrée, dont quatre-vingt-cinq pour cent financée par l’Union Européenne, soit deux millions cent quinze mille huit cent soixante-neuf Euros pour “la mise en valeur de l’habitat préhistorique de Thermi, de Lesbos”.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Pour Pyrrha, j’en montre encore moins, mais la raison en est autre. On sait qu’en de nombreux points de Grèce l’époque mycénienne s’est achevée de façon violente, avec des incendies de palais. En Crète, dans le Péloponnèse, à Thèbes, un peu partout. Ces actes sont attribués à l’arrivée des Doriens, des Grecs eux aussi, parlant un autre dialecte. A suivi une période qui n’était sans doute pas aussi obscure qu’on a bien voulu le dire, mais qui ne nous a laissé que très peu de traces. Quand ces Doriens ont déferlé sur le continent, soit du côté Européen, soit en Asie Mineure, des Éoliens (ces Grecs parlant aussi un dialecte différent) les ont fuis et sont venus coloniser Lesbos (c’est en éolien que s’exprime la poétesse Sappho). Ils ont construit des villes, Mytilène, Methymna, Eresos, et aussi Pyrrha. Mais si les trois premières ont persisté jusqu’à nos jours, la pauvre Pyrrha a été engloutie sous les flots à l’époque hellénistique.

 

Et c’est pour cela que nous sommes venus jusqu’ici, parce que l’on raconte que les marins, parfois, aperçoivent sous la mer des vestiges de la ville antique. Mais nous n’avons pas trouvé de bateau qui accepte de nous emmener faire un tour, les deux pêcheurs auxquels j’ai posé la question m’ont dit que, oui, ils ont entendu des collègues en parler, mais qu’eux-mêmes n’avaient jamais rien vu et ne sauraient donc pas dans quelle direction m’emmener… Et de la plage, on ne voit évidemment rien. Ah si, sur ma deuxième photo ci-dessus il y a une barre noire sous la mer et direction de l’anse de la baie. Alors j’ai appuyé sur le déclencheur, mais sans y croire vraiment.

 

Avant de quitter cette ville, encore un mot, mais à propos de son orthographe. En grec ancien, tous dialectes confondus, le R est toujours aspiré. C’est pourquoi en français on l’accompagne d’un H (un rhumatisme, un rhinocéros, un rhododendron, Pyrrhus). Cette aspiration s’est perdue avec le temps et en grec moderne elle ne se prononce plus. Aussi, les Grecs d’aujourd’hui transcrivent-ils en français ou en anglais Pyrra, et les guides ou les sites Internet leur emboîtent le pas. Je ne suis pas d’accord. La ville ayant disparu alors que c’était encore l’ancienne prononciation qui était en usage, il n’y a aucune raison de moderniser le nom. Je m’entête, j’écris Pyrrha avec un H. Na!!!

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Puisque ni à Thermi (par ma faute), ni à Pyrrha (mais je n’y peux rien) je n’ai rien vu, j’en viens maintenant au site de Mesa que nous avons pu longuement visiter. Ce site dépendait de Pyrrha, dont il est proche, et en constituait le sanctuaire. On sait par exemple par une inscription datée entre 200 et 167 avant Jésus-Christ qu'au sanctuaire de Mesa s’était établi le siège de l’Union des Villes Lesbiennes “pour l’augmentation et l’union des Lesbiens”.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Cette union de tous les Lesbiens est à la fois religieuse, politique, militaire et judiciaire. De même, pour régler un différend de prééminence entre Mytilène et Eresos, des juges de la ville grecque de Milet en Asie Mineure sont venus siéger à Mesa. La pièce de monnaie ci-dessus est un statère de Lesbos, l’île tout entière, et non d’une ville en particulier (je l’avais photographiée le 28 octobre 2011 au musée numismatique d’Athènes).

 

Parce que j’ai eu un peu de mal à trouver le site, que nous y sommes arrivés trop tard, et que nous avons dû revenir une autre fois, j’en ai relevé les coordonnées GPS que je donne à toutes fins utiles pour qui souhaiterait s’y rendre:

N 39° 11’ 46” / E 26° 18’ 16”

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

D’abord, le nom de ce site (puisque j’ai la manie de toujours discuter de l’orthographe et de la prononciation), quelques remarques qui vont surtout intéresser ceux qui ont étudié le grec ancien, ou qui parlent le grec moderne. Ci-dessus, scanné au bâtiment d’accueil du site sur un document édité par l’Éphorat des antiquités préhistoriques et classiques, on lit d’abord στο Μέσσον (sto Messon), où sto est du grec moderne et signifie “à”, et où Messon est placé entre guillemets parce que c’est la reproduction d’un mot gravé dans la pierre, tiré de cette inscription qui nous dit que là était le siège de cette union de villes, dont je viens de parler. Et donc, en grec ancien, le mot était un neutre singulier (ce qu’indique la finale –on), et s’orthographiait avec deux S. En-dessous, j’ai scanné une portion de la carte routière de Lesbos (carte Nakas Roads n°212). Je ne tiens pas compte de la transcription anglaise aberrante qui, à quelques millimètres d’intervalle, transcrit le génitif pluriel (complément de nom) Mesôn par “Mesa Temple” et “Messon Monument”, je note seulement qu’en grec moderne le mot est passé du singulier au pluriel (sujet en –a et complément de nom en –ôn) et a perdu l’un de ses S. L’explication de cela tient au fait que le nom de ce sanctuaire antique signifie “au milieu”, parce qu’il occupe une position grossièrement au centre de l’île, et que nous sommes dans une île de parler éolien où le mot prend deux S, comme d’ailleurs l’orthographie Homère. Quoique la conquête d’Alexandre ait déplacé le centre culturel des cités grecques à Alexandrie d’Égypte et que la langue pratiquée officiellement soit ce que l’on appelle la koïnè, la “langue commune” qui est plutôt héritière du dialecte ionien, on voit que localement l’inscription est encore empreinte d’éolisme plus d’un siècle après la mort d’Alexandre, mais aujourd’hui on est passé à l’orthographe de la koïnè. Quant au jeu singulier / pluriel, cet échange est fréquent, dans un sens ou dans l’autre; ainsi, nous écrivons Athènes et Thèbes avec un S, parce que ces noms de villes étaient au pluriel dans l’antiquité, mais aujourd’hui Αθήνα et Θήβα sont au singulier.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Sur ce vaste site, on remarque d’abord le temple. À l’époque archaïque, les célébrations avaient lieu sur l’autel, en plein air dans le téménos (espace sacré). On y célébrait le culte d’une triade lesbienne composée, selon le poète Alcée (né vers 630 avant Jésus-Christ), de Zeus Antiaos (Zeus Suppliant), de la déesse éolienne “de toutes les choses nées” (assimilée à Héra), et de Dionysos. Ce même Alcée décrit “un grand téménos bien visible qui appartient à tous” (εὔδειλον τέμενος μέγα ξυνόν). En grec, kallistos est le superlatif de l’adjectif kalos, qui signifie beau, et par conséquent le festival des kallisteia qui était célébré ici était en l’honneur de la très grande beauté. Il devait comporter quelque chose qui s’apparentait à un concours de Miss Lesbos! Il faut savoir que parmi les qualités suprêmes des femmes dans toutes les sociétés grecques antiques il y avait la beauté d’abord (incarnée par Aphrodite), puis la raison (incarnée par Athéna), et les qualités d’une maîtresse de maison. À partir de l’époque de Sappho, si l’on en croit une tradition hellénistique, donc bien plus tardive, les jeunes filles de Lesbos se réunissaient dans le téménos pour danser et chanter en l’honneur de la déesse Héra, accompagnées de la lyre de Sappho.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Plus tard, dans la seconde moitié du quatrième siècle (c’est l’époque de Philippe de Macédoine et de son fils Alexandre le Grand né le 21 juillet 356 –il m’est impossible d’oublier cette date, c’est jour pour jour exactement 2300 ans avant moi!–), on construit ce temple dont les colonnes étaient coiffées de chapiteaux ioniques. La gravure ci-dessus, extraite de l’ouvrage édité en 1890 par l’Allemand Koldewey qui a fouillé le site, est une reconstitution de ce qu’il suppose avoir été le temple de Mesa. Je me permets de la reproduire sans problèmes, car il est mort en 1925, ses œuvres sont donc dans le domaine public depuis 1995.

 

Ce temple n’a pas été retrouvé dans cet état. J’ai lu que l’on avait replacé les tambours de colonnes qui avaient été retrouvés là où il y avait eu des colonnes, mais rien ne dit que tel tambour était à telle place. L’intention était de donner au visiteur une idée de la taille du monument. Avec la même intention, des pierres trouvées sur le site ont été posées à l’emplacement des pilastres.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Le site a survécu dans l’antiquité tardive puis à l’époque byzantine. On peut y voir même les restes de l’église post-byzantine des Taxiarques dont une bonne part des murs est encore debout.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Cette église a été construite sur l’ancienne église paléochrétienne dont elle avait conservé cette niche. Et l’on voit que dans l’esprit du public cette ruine n’a rien perdu de son caractère sacré, puisque certains y ont déposé des icônes dont une, celle de droite qui représente une tête de Christ, est même apparemment en argent.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Les fouilles ont permis de mettre au jour toutes ces colonnes, tous ces éléments architecturaux qui n’ont pas pu être remis en place. Par ailleurs, il y a cette grande fosse. Je sais que l’on a découvert sur le site des sépultures paléochrétiennes, ce qui ne saurait surprendre puisque toujours dans la tradition chrétienne on enterrait les morts près des lieux de culte. Eh bien précisément cette fosse contenait des sépultures.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Pour se déplacer commodément sur le site, le visiteur dispose d’allées de bois tout autour des ruines et entre les ruines, sans qu’il soit interdit de quitter ces allées pour se rendre au cœur des monuments. C’est très bien fait. Alors quand on voit l’allée de ma photo… elle n’est certes pas aménagée pour les touristes. C’est, nous informe un panneau, un fragment de route ottomane. Puisque l’on sait que les routes ottomanes n’étaient pas mauvaises du tout, il est clair que celle-ci a beaucoup souffert des outrages du temps. Notamment, tout le site était extrêmement marécageux, et l’une des premières nécessités pour les archéologues a été de prévoir un drainage très efficace.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Quand on pénètre sur le site, on trouve à droite l’édicule des gardiens, où l’on achète son ticket d’entrée. Il est à noter que nous avons eu affaire à une dame d’une extrême gentillesse, qui nous a prêté des documents que j’ai pu photographier (avec son autorisation, bien sûr, d’ailleurs c’était sous ses yeux) et d’où j’ai pu tirer un certain nombre des informations que je livre ici. Et sur la gauche, un espace couvert mais semi-ouvert sert d’abri à des éléments architecturaux récupérés sur le site et dont la pierre, de la liparite, est très fragile. Cela permet de voir de près les décorations sculptées.

 

La première des pierres que je montre ici est, nous dit-on,, une partie de l’abaque d’un chapiteau ionique du temple du quatrième siècle. Selon le Petit Larousse Illustré, l’abaque est une “tablette supportant le corps d’un chapiteau”. Sur l’autre photo, c’est une partie de chapiteau ionique. On voit que ces pierres sont toutes noires comme si elles avaient subi un incendie.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Il n’en est rien. Le temple n’a pas brûlé. Au troisième ou au quatrième siècle de notre ère, il a été détruit, ses éléments architecturaux ont été volontairement brisés, on a sur le sol, tout autour, créé des fours rudimentaires pour calciner les morceaux de pierre. Les Talibans ont fracassé les Bouddhas, les premiers chrétiens avant eux ont jeté à bas les temples païens et leurs statues. Sur le plan que j’ai photographié, j’ai compté sept de ces fours, il y en a peut-être plus. Ci-dessus, je montre l’un d’entre eux. Et puis je profite de cette photo pour signaler que l’on y aperçoit la très commode allée de bois qui facilite le déplacement des visiteurs et dont j’ai parlé il y a un instant.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Les explications concernant les divers éléments architecturaux exposés sont très précises, très complètes, mais aussi très techniques. Je me contenterai de montrer quelques-uns de ces éléments, sans aller plus loin dans les explications puisque dans le cadre de ce blog je ne peux montrer d’où ils sont censés provenir. La deuxième photo montre en gros plan les deux plaques qui sont présentées entre les colonnettes. L’une était décorée d’un cercle, l’autre d’une couronne de laurier. Cela est daté du début de l’époque chrétienne (et pour cela sans doute ce n’est pas calciné).

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Et encore, pour finir, ces trois éléments élégamment sculptés. Là, il est dit que ces éléments datent de la seconde moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Ils appartenaient donc au temple antique, et ont échappé au feu. Ils sont certes brisés, mais sans doute au milieu des gravats ont-ils pu ne pas être remarqués par les bourreaux du temple.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Cette gravure tirée du Voyage pittoresque de la Grèce, tome II que Choiseul-Gouffier a publié en 1809 est titrée “Vue d’un aqueduc près Mytilène”. Nous avons donc quitté Mesa, et nous voilà à Moria, pour admirer les grands restes majestueux d’un aqueduc d’époque romaine.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Les Romains ont conquis les lieux. Ils ont l’habitude des bains publics, ce qui consomme beaucoup d’eau. Les Lesbiens les ont vus faire et y ont aussi pris goût. Et comme la population ne cesse d’augmenter à Mytilène en plein développement, il a fallu faire quelque chose pour l’approvisionnement en eau de la ville. De quand date la construction du réseau de canalisations qui va chercher l’eau des sources sur le mont Olympe (dont j’ai parlé dans mon récent article Lesbos 13: Lisvori, Agiasos, Perama), mes lectures à ce propos disent des choses fort différentes. Je lis par exemple que c’est entre la fin du deuxième siècle de notre ère et le début du troisième. Ailleurs, que ce serait à l’époque de l’empereur Hadrien qui aimait beaucoup la Grèce, qui admirait sa culture, qui y a fait de fréquents séjours, mais il a régné au début du second siècle (117-138). Et puis il y a, de plus en plus prisée, une troisième version qui fait remonter la construction plus haut, vers la fin du premier siècle avant Jésus-Christ. Voilà l’histoire: l’empereur Auguste devait se rendre en Orient en l’an 23, mais il relève d’une grave maladie dont tout le monde croyait qu’elle allait l’emporter. Il charge alors Agrippa, un brillant général qui est son ami et à qui il va faire épouser Julia, sa fille unique, à l’hiver 22/21, d’aller le représenter en Orient. Agrippa s’installe alors à Mytilène, qu’il quittera pour se marier à Rome, où il représentera Auguste, parti cette fois lui-même en Orient. Entre 17 et 13 avant Jésus-Christ, il parcourt la Grèce avec sa femme Julia, et fait de fréquents séjours prolongés à Mytilène. Comme Agrippa est non seulement un général mais un ingénieur qui a construit à Rome le premier établissement de bains, il est tout à fait plausible qu’il soit à l’origine de ce grand projet d’adduction d’eau à Mytilène. Pour ce qui concerne la suite, les archéologues s’interrogent également, on ne sait combien de temps ce réseau a fonctionné, s’il était en usage à l’époque byzantine ou s’il était déjà abandonné.

 

Notre aqueduc, ici, franchit une vallée sur une longueur de cent soixante-dix mètres, avec au centre une hauteur d’environ vingt-sept mètres. À mesure que l’aqueduc se rapproche des versants de la vallée, bien entendu la hauteur des piles qui soutiennent ses dix-sept arches diminue. Son architecture n’est pas classique, elle est sophistiquée avec des arches superposées. Les plus basses sont construites en pierres de marbre, tandis que le niveau supérieur, plus tardif, est fait de brique, ce que l’on distingue bien sur la seconde de mes photos ci-dessus.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014
Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Parce que cet aqueduc est l’un des monuments les plus importants de l’époque romaine à Lesbos, il est récemment apparu nécessaire (enfin!!!) de ne pas le laisser continuer à se dégrader, et un chantier de restauration a été entrepris. À noter que sur cette dernière photo, on voit encore bien mieux que tout à l’heure le dernier étage de briques qui, à la fois plus élevé et plus fragile, a presque complètement disparu.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Ici, c’est dans une publication universitaire que je puise cette carte, que j’ai redessinée, entrant, je crois, dans le cadre des “courtes citations justifiées par le caractère […] scientifique ou d'information” qui ne violent pas les droits d’auteur.

 

Les canalisations, dont les chercheurs ont trouvé des fragments ici ou là, leur permettant d’en reconstituer le trajet, partaient donc du mont Olympe au nord d’Agiasos, et quand elles arrivaient à l’aqueduc de Moria il ne restait plus que cinq kilomètres avant d’arriver à Mytilène. La longueur totale du réseau dépassait les vingt-six kilomètres.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Les pierres dépassant de la surface des piliers n’avaient pas été coupées après avoir servi de support aux échafaudages de la construction. On le voit clairement sur cette photo. Mais peut-être est-ce à dessein et non par négligence, pour faciliter l’éventuel entretien, qu’elles ont été laissées.

Lesbos 15 : Archéologie dans l’est de l’île. Juin et juillet 2014

Cette pierre percée en son centre et dont les bords sont usés de profonds sillons verticaux est –nous en avons vu de nombreux exemples au cours de notre voyage– la margelle d’un puits, dont les cordes descendues et remontées des milliers de fois avec un pesant seau d’eau ont entaillé la pierre sur tout le pourtour. Là-haut sur l’aqueduc, l’eau passait à proximité, mais la population vivant à la campagne dans cette vallée n’y avait pas accès. N’habitant pas dans la grande ville où l’on pouvait se procurer de l’eau aux fontaines, elle puisant dans des puits. Précisons quand même qu’en ville, les propriétaires de terrains où l’on pouvait creuser un puits continuaient à utiliser l’eau de la nappe phréatique, pour ne pas avoir à se rendre jusqu’à la fontaine publique.

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Published by Thierry Jamard
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