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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 23:55
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

Dans les premiers temps de la chrétienté à Lesbos, comme dans beaucoup d’autres endroits, on a détruit les temples païens ou on les a reconvertis en églises chrétiennes comme cela a été le cas du Parthénon, sur l’Acropole d’Athènes. Même si cette seconde hypothèse entraînait la destruction des espaces intérieurs des temples, c’était un moindre mal car au moins sauvegardait-on la structure du monument. Ailleurs, les pierres des monuments détruits étaient éparpillées pour être réutilisées dans des constructions laïques ou religieuses. Si, à Lesbos, on ne trouve plus de temples antiques s’élevant à plus de quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol, en revanche il reste des ruines substantielles d’une église paléochrétienne à Chalinados, tandis qu’à Ypsilometopo la petite église paléochrétienne est encore debout, entière.

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

Nous nous rendons donc d’abord à Ypsilometopo, dans ce paysage sauvage de rocs et d’arbres, mais dont les ruines de cette grande maison témoignent que les lieux ont été habités par le passé, et peut-être même que la terre y a été cultivée.

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

On le voit, la solide construction de ses murs de pierre a permis à cette petite église de résister à travers les siècles, entière et intacte.

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

Au contraire, la cour de son parvis a davantage souffert. Le sol en est relativement bien conservé, mais pour combien de temps encore, quand on voit que personne n’empêche la végétation de se développer entre ses dalles, ce qui ne manquera pas avec le temps de les soulever ou de les briser? Les colonnes qui l’entouraient sont, quant à elles, cassées mais n’ont pas été transportées pour être réutilisées. Leurs chapiteaux, eux, ne sont ni en place, ni tombés au sol, je crains qu’ils ne soient partis orner d’autres bâtiments. De même, le mur du côté de l’entrée a perdu beaucoup de ses pierres.

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

À l’intérieur, l’iconostase, sans portes, ne subsiste que jusqu’à mi-hauteur, et dans un triste état de délabrement. Dans le sanctuaire, cette pierre posée sur trois fragments de colonnes ne peut pas porter le nom d’autel, mais les fidèles continuent de venir y déposer des icônes, dont une petite en argent, et même un bouquet de fleurs. Oh, il n’y a pas foule, pendant tout le temps où nous sommes restés ici nous n’avons pas vu âme qui vive, et sur le chemin qui y mène nous n’avons croisé ni voiture, ni cycliste, ni piéton.

 

La toiture, elle, est en bon état parce qu’elle a visiblement été refaite avec des poutres de qualité passable, mais qui au moins permettent de poser des tuiles qui protègent l’intérieur. En outre, les traces blanchâtres que l’on y voit signifient qu’elles servent de perchoir à des oiseaux. À la colombe du Saint-Esprit?

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

Les autorités ne prennent pas grand soin de ce qui a pu être sauvé. Derrière un pan de ce qui reste de l’iconostase, sont entassés des débris de pierres sculptées dont je ne sais d’où elles proviennent. Peut-être certaines d’entre elles appartenaient-elles à l’iconostase, on voit aussi un pilier, une pierre est creuse, peut-être y avait-il un bénitier. Heureusement, quelques rares éléments sont insérés dans les murs, ce qui les protège. Mais ils sont extrêmement disparates, ce qui m’amène à supposer qu’il s’agit de matériaux de récupération. On y sculpte une croix pour leur ôter leur scandaleux côté païen en les christianisant, et hop! ils deviennent des pierres de construction. Si ce n’est pas le cas, je ne m’explique pas leur juxtaposition, ni leur apparence d’objets brisés et partiels.

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

Changement de décor. C’est un peu par hasard que nous sommes tombés sur cette église dont nous avions lu l’existence mais dont l’itinéraire n’est guère fléché. Puis soudain, sur le côté d’une petite route qui mène du bourg d’Agia Paraskevi (mes futurs articles Lesbos 19 et 26) à la chapelle d’Agios Charalambos où aura lieu la célébration du “Tavros” (mon futur article Lesbos 27) perdue dans la forêt, nous apercevons des colonnes qui dressent leur silhouette dans le soleil déclinant. Nous nous arrêtons, nous nous approchons, et découvrons cette plaque plus utile apparemment comme cible pour les chasseurs que pour le touriste puisqu’elle n’est visible que si l’on s’approche de la clôture. Par rapport à la traduction anglaise, elle ajoute en grec “paléo”: Παλαί χριστιανική βασιλική Χαλινάδου (palai christianiki vasiliki chalinadou), c’est-à-dire basilique paléochrétienne de Chalinados. Puisqu’elle est un peu difficile à localiser, voici ses coordonnées GPS:

N 39° 13’ 38” / E 26° 18’ 49”

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

À la différence de celle d’Ypsilometopo, cette église n’a pas été maintenue dans un état minimum. Certes, elle est perdue dans la nature, mais l’autre aussi. Mais le fait qu’elle soit totalement abandonnée loin de tout l’a peut-être sauvée de la totale destruction pour récupérer ses matériaux car ses colonnes sont encore presque toutes entières avec leurs chapiteaux au sommet. Le toit, lui, s’est effondré depuis longtemps, la plupart des murs aussi. Et leurs pierres, elles, ne gisent plus au sol. Je me demande si ce ne sont pas les paysans des environs qui ont trouvé bien utiles les pierres pour construire leurs maisons, tandis que les colonnes, les piliers, les chapiteaux étaient bien lourds à charger sur leurs charrettes et à transporter, et leurs formes plus difficiles à intégrer dans un mur sans avoir à les retailler.

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

Avant de quitter les lieux, j’ajoute ces quelques gros plans sur des détails, un fragment de pierre sculptée, quelques piliers, un chapiteau sculpté de façon rudimentaire. Et finalement, je trouve plus de charme à ces quelques ruines délaissées qu’à la précédente chapelle paléochrétienne…

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

Dans mon précédent article, je disais que les pierres du soubassement du sanctuaire païen d’Arisvi avaient servi à la construction du pont de Kremasti. Nous nous sommes donc rendus à Kremasti pour en voir le pont, qui enjambe la Kakara, qualifiée de “torrent” (rapid stream) par le panneau explicatif sur le site là où je ne vois guère plus qu’une flaque d’eau boueuse. Ce que je dis sans y mettre la moindre nuance péjorative, car je trouve joli ce paysage d’un ruisseau perdu dans la verdure et les fleurs. Et sa couleur est due à la terre dont il est chargé, et non pas à une quelconque pollution.

Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014
Lesbos 17 : paléochrétienne et ottomane. Juin 2014

Il a longtemps été dit que ce pont haut de huit mètres cinquante était l’œuvre des Génois, au quatorzième siècle, mais son étude architecturale et les recherches historiques démentent cette légende, il date en fait du seizième siècle et est l’œuvre des Ottomans. Et à ce pont aussi est attribuée la légende qui veut que ce qui était construit le jour s’effondrait la nuit, mais que le pont ne pouvait tenir que si l’ingénieur qui le construisait y emmurait vivante sa femme. Ce qu’il a fait, bien sûr. Je dis “attribuée aussi”, parce que la légende est la même, à quelques détails près, pour les ponts de divers endroits (voir par exemple mon article Nikopolis et Arta. Jeudi 13 janvier 2011).

 

Ce pont a été très fréquenté, parce qu’il supportait une importante route reliant l’est de l’île à ses secteurs nord et ouest. Et malgré cet usage intensif, son arche fine mais soigneusement montée, ses jambes solidement insérées dans les berges de la rivière, ses pierres bien cimentées au moyen du mortier traditionnel appelé kourasani qui est extrêmement résistant, tout cela lui a permis de rester debout jusqu’à nos jours. “Ne laissez que l’empreinte de vos pas, ne prenez que des photos”, dit le panneau. Bien sûr!

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Published by Thierry Jamard
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