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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 23:55
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Dans mon premier article sur Lesbos, je disais que cette île était le berceau des poètes lyriques et, à la suite du nom de Sappho, j’ai cité celui d’Arion. Ce célèbre poète lyrique, remarquable joueur de cithare, était originaire de Methymna. Il était allé vivre à Corinthe, y avait connu le tyran Périandre, puis était allé s’enrichir en jouant de la cithare et en chantant ses dithyrambes dans le sud grec de l’Italie. Il revenait de Tarente à Corinthe sur un navire corinthien quand les marins voulurent s’emparer de ses biens et, ne voulant pas qu’il parle de leur forfait, lui donnèrent l’ordre de se jeter à la mer. Il les pria alors de l’autoriser à chanter une dernière fois, revêtu de son costume d’apparat. Pour la suite, je laisse la parole à Hérodote:

 

“Ravis à l'idée d'entendre le meilleur chanteur qui fût au monde, les hommes quittèrent la poupe et se groupèrent au milieu du navire. Arion, en grand costume, prit sa cithare et, debout sur le tillac, chanta d'un bout à l'autre l'hymne orthien; puis, en le terminant, il se jeta dans la mer tel qu'il était, avec toutes ses parures. Les marins conti­nuèrent leur route vers Corinthe, mais, dit-on, un dauphin prit Arion sur son dos et le porta jusqu'au cap Ténare. Le poète, arrivé à terre, se rendit à Corinthe, toujours dans la même tenue, et là, il raconta son aventure. Périandre, qui n'en crut rien, le fit étroite­ment garder et fit guetter l'arrivée du navire. Quand les matelots furent arrivés, il les appela devant lui et leur demanda s'ils apportaient quelques nouvelles d'Arion; les hommes prétendirent qu'il était en Italie, qu'il se portait fort bien et qu'ils l'avaient laissé à Tarente où il remportait beaucoup de succès. Soudain, Arion se montra devant eux, tel qu'il était lorsqu'il avait sauté dans les flots; frappés de stupeur, les matelots ne purent nier leur crime. Voilà ce que disent les Corinthiens et les Lesbiens” (traduction Andrée Barguet).

 

Dans mon article Lesbos 16, où j’ai montré quelques ruines antiques de cette ville, j’ai déjà dit que ce nom est celui d’une fille légendaire de Makarée, et l’épouse du héros thessalien Lesbos. Je commencerai par fixer le paysage avec quelques photos.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Nous arrivons. Soudain, au détour d’un virage, apparaît un gros bourg surmonté de son château. Mais nous allons voir que cette ville, qui est la seconde de l’île après Mytilène,depuis l’antiquité, et qui l’est encore, est en fait plus importante qu’elle ne le semble de loin.

 

Et puis il faut que je m’explique au sujet de ce nom double, Methymna et Molyvos. Dans l’antiquité, les auteurs ne parlent que de Methymna. En français, il fut un temps où l’on francisait la terminaison, en parlant de Méthymne, sans oublier, alors, l’accent sur le É. Au quatorzième siècle, la famille génoise des Gattelusi prend possession de l’île et rebaptise la ville en Molyvos. Diverses interprétations en proposent une étymologie, dont celle qui m’a été rapportée par le plus grand nombre de personnes est qu’il s’agirait d’une déformation de l’italien Monte [degli] Ulivi (mais ce nom apparaît dès le début de l’occupation, alors comment des Italiens auraient-ils à ce point déformé le nom? Car les Grecs, eux, auraient tout naturellement gardé le nom de Methymna), ou même du français (mais pourquoi le français dans une île grecque occupée par des Italiens?) Mont [des] Olives. D’autant plus que toute l’île est couverte de onze millions d’oliviers et que par conséquent cette appellation ne décrit absolument pas en propre cette colline. Et puis cette déformation ne répond à aucune logique phonétique. Je préfère dire que l’on ne sait pas d’où est venu ce nom de Molyvos donné par les Génois. Les Ottomans ont conservé le nom de Molyvos, mais quand en 1912 Lesbos est redevenue une île de la Grèce indépendante, les autorités ont décidé de revenir au nom grec traditionnel de Methymna. Cependant, comme chacun sait, l’habitude… ah, l’habitude! Beaucoup de gens continuent à appeler leur ville Molyvos. Je n’ai pas fait de statistiques, c’est évident, mais je dirais que la moitié du temps c’est l’une des appellations, et l’autre pour l’autre moitié des locuteurs. Alors pour que vous prononciez bien le nom que vous aurez choisi de donner à cette ville, c’est Μήθυμνα ou Μόλυβος (je l’écris en grec pour montrer que l’accent tonique est dans les deux cas sur la première syllabe, et pour montrer aussi que la première syllabe de Methymna comporte un êta qui, aujourd’hui, se prononce I: Mithymna).

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

La vue que l’on en a eue en arrivant est très incomplète. Quand les touristes viennent ici, c’est la plupart du temps pour la plage. Eh bien à la sortie sud de la ville il y a une grande plage. Mais c’est aussi la zone industrielle, dominée par une haute cheminée. En s’approchant, on voit (ma troisième photo) sur le bâtiment de droite l’inscription en grec “B. Tryphon & compagnie, huile et savons”, et sur le bâtiment de gauche l’inscription en anglais dit “Presse à olives. Restaurant bar”. Devant, un panneau ardoise avec le menu. Ce qui permet de ne pas s’éloigner de la plage à l’heure du déjeuner.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

À l’autre extrémité de la ville, le décor est tout à fait différent. C’est là que se trouve le petit port, à la fois pour les pêcheurs et pour les plaisanciers. Ici, pas de gros ferries. Comme on peut s’y attendre dans une ville qui attire les touristes, le long du port les restaurants fleurissent comme des champignons dans un sous-bois humide en automne.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Tout à l’heure, j’ai supposé que l’on arrivait à Methymna par l’est, mais quand on vient directement de Mytilène, où se trouvent à la fois le port des ferries et l’aéroport, on aborde plutôt la ville par le sud, et après avoir contourné Petra on découvre, du haut de la falaise, la rade de Methymna. Il y a d’ailleurs un parking très prisé des automobilistes qui s’arrêtent pour admirer le paysage, aussi intéressant le jour que la nuit.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

C’est sur ce parking que je me suis arrêté un soir en revenant d’excursion, pour saisir le coucher de soleil sur la mer. Le jour, avec la brume de chaleur, on ne voit que la mer. La nuit, en l’absence de toute lumière à l’horizon, on ne voit sous l’éclairage de la lune que la mer encore. C’est seulement quand le soleil vient de se coucher que l’on aperçoit une montagne. J’ai posé la question à un habitant:

– Hier soir, j’ai vu là-bas une montagne, savez-vous ce que c’est?

– Ah bon, une montagne? Je ne sais pas, je n’ai jamais rien vu et j’habite ici depuis soixante ans. Vous avez sans doute mal vu, c’était peut-être une voile de bateau.

Peut-être ai-je des hallucinations, mais alors mon appareil photo a lui aussi des hallucinations. J’ai déplié ma carte Michelin de la Grèce (carte n°737) au sept cent millième. Puisque ce sommet est en face du soleil couchant, j’ai placé ma règle droit vers l’ouest et, à 35,7 centimètres, je suis tombé sur le massif du Pélion, en Grèce continentale Cela représente donc, en faisant la multiplication, tout juste 250 kilomètres. Cette haute montagne culmine, selon Wikipédia, à 1651 mètres; selon un gros bouquin en grec que j’avais acheté là-bas quand nous avons visité la région de Volos, le Pélion culmine à 1551 mètres. C’est, dans un cas comme dans l’autre, suffisant pour émerger de la mer à cette distance malgré la courbure de la terre.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Après avoir regardé la ville de l’extérieur, pénétrons-y. La ville s’organise tout au long d’une rue principale qui la traverse de part en part, jusqu’au port, en montant sur la falaise et redescendant au port. Et puis il y a une autre rue qui lui est grossièrement parallèle, encore plus haut sur la falaise, et qui est beaucoup plus agréable, d’une part parce qu’elle est fermée à la circulation automobile, et d’autre part parce qu’elle est beaucoup plus typique et traditionnelle. Et puis c’est là aussi que l’on trouve les petits commerces locaux, le boucher, le boulanger. Et aussi, en montant un peu plus par une rue perpendiculaire, la bibliothèque municipale où nous avons passé pas mal de temps, d’autant plus que le bibliothécaire est un homme très sympathique avec qui nous avons beaucoup parlé.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Je ne peux manquer de montrer cette fontaine ottomane, comme les Turcs en ont construit dans toutes les villes qu’ils ont occupées. Cela fait partie de la physionomie des villes de Grèce.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Cette maison aux beaux murs épais en pierre est certes très passablement entretenue, mais on voit qu’en son temps elle avait de l’élégance. Et devant elle, que voit-on? Un fragment de colonne antique. Il a sans doute été apporté là pour servir de petit banc devant la maison, à moins qu’il ait été destiné à entrer dans la construction et soit resté là parce que l’on n’en a pas trouvé l’emploi. Mais il est caractéristique des emprunts, sans vergogne, aux monuments antiques.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Ici, les propriétaires louent des chambres aux touristes. Mais ce sont des littéraires, pour sûr, car le nom qu’ils ont donné à leur pension est celui d’un livre de Stratis Myrivilis, Η δασκάλα με τα χρυσά μάτια (L’Institutrice aux yeux d’or), dont ils ont traduit le titre en anglais pour que les touristes étrangers le comprennent. Mais tout le monde, hors de Grèce, connaît-il ce grand écrivain?

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Sur le port, il y a une toute petite chapelle. À l’intérieur, cette sculpture moderne représentant un nageur qui porte un navire sur son dos. L’œuvre est signée Felice Vaccaro, et datée 19 août 1988. Nous étions un soir dans cette chapelle en train de regarder cette sculpture, quand de la porte une dame parlant anglais nous demande: “Pour entrer, doit-on se déchausser?”, alors que nous-mêmes étions, bien entendu, chaussés. Je pense que, pour des Grecs (qui, à près de quatre-vingt-dix-neuf pour cent se déclarent orthodoxes), voir leur chapelle prise pour une mosquée (alors qu’avec son iconostase, avec toutes ses icônes, avec même sa forme et son absence de minaret il ne peut y avoir aucune confusion), cela n’aurait pas été très plaisant, la mosquée étant le symbole de l’occupation turque qu’ils ont subie de 1462 à 1912.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Il est bien confortablement installé, ce chat. On voit bien que nous sommes chez lui, et pas lui chez nous. Le moment est venu de donner quelques explications sur notre résidence à Methymna. À plusieurs reprises j’ai eu l’occasion de dire dans mon blog que la loi grecque interdit, partout sur le territoire national, le camping sauvage. Point de salut, donc, hors des campings ou des résidences privées. J’ai dit aussi que parfois, en l’absence de campings, la police autorisait (non, elle ne peut contredire la loi, elle “ferme les yeux”) si l’on s’installe à tel endroit qu’elle indique, et pour un temps limité. Ici ou là, nous avons bénéficié de cette tolérance. Et dans cette île de Lesbos, nous avons séjourné sur le port de Panagiouda (mon article Lesbos 14). Mais dans cette ville du nord de l’île, nous avons l’intention de rester longtemps, trop longtemps pour être tolérés, parce qu’il y a beaucoup à voir dans les environs. En outre, pour un séjour prolongé, il est bien agréable de disposer d’une connexion électrique sur le 220 volts, d’utiliser les sanitaires du camping, de disposer sur place des moyens d’effectuer le plein d’eau propre et de vidanger les eaux usées. Nos documents indiquent qu’il y a un camping à Methymna, le seul de toute l’île. Armés de notre GPS, nous nous y rendons.

 

Hélas, il est fermé. Retour en ville, nous nous garons sur un grand parking et nous informons. Oui, le camping est définitivement fermé aux visiteurs. Il n’ouvre que pour les groupes, sur demande préalable à la mairie, et de toutes façons seules sont autorisées les tentes. N’étant pas une colonie de vacances ni des scouts, n’étant que deux, c’est sans espoir. Nous regagnons notre camping-car en ruminant l’idée que nous nous déplacerons en élisant chaque jour un nouvel emplacement, dans l’espoir de ne pas avoir d’ennuis. Nous allons remonter en voiture quand, juste en face, nous voyons un panneau, location de chambres et de studios, et un numéro de téléphone est indiqué. Nous appelons. Oui, il y a un studio libre, et c’est 20 Euros par nuit. Moins cher que la plupart des campings, et le parking gratuit est juste en face. Idéal. Et c’est ainsi que nous avons séjourné assez longuement à Methymna, à deux pas du centre et pour un prix raisonnable.

 

Mais je ne veux pas me limiter à cette petite histoire. Je souhaite nommer Georgios Koukoulas, un type hyper sympathique. Je l’ai juste évoqué dans mon article Lesbos 11: Anemotia. C’est lui qui nous a emmenés visiter ces lieux dans sa voiture. Amicalement, gratuitement. Il loue plusieurs chambres et studios, et il n’est pas étonnant que la plupart de ses visiteurs reviennent chaque année. Avec un tel maître, il n’est pas étonnant que les animaux soient eux aussi sympathiques. Il y a un chien et une chatte qui s’entendent merveilleusement, et le chaton que ma photo ci-dessus montre vautré sur le lit est tout aussi adorable. Du fait de l’inflation et des problèmes économiques, je ne peux garantir que les prix soient les mêmes, mais de toutes façons je suis sûr que louer un agréable studio, bien situé et bien équipé à une personne aussi chaleureuse dans une petite ville accueillante et jolie, ce ne peut être qu’une bonne affaire et une garantie de vacances réussies. Publicité gratuite, et d’autant plus gratuite qu’il l’ignore totalement et qu’il ne lit pas le français.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Reprenons nos visites de Methymna, avec le château. En d’autres endroits, comme à Mytilène ou, dans l’île de Limnos, à Myrina, il accueillait la population à l’abri de ses murailles. Ici au contraire, l’espace est insuffisant, et son plan en trapèze n’excède pas soixante-dix mètres dans sa plus grande largeur. En conséquence de quoi la ville s’est développée à ses pieds sur les pentes, en construisant des terrasses niveau après niveau, il veille sur elle de là-haut, et en cas de besoin tout le monde peut aller se réfugier à l’intérieur, mais on n’y vit pas habituellement.

 

Dans mon article Lesbos 10 au sujet d’Eresos, j’ai cité un (long) passage de la Correspondance d’Orient 1830-1831, de Joseph-François Michaud qui a fait un bref passage à Molyvos (c’est ce nom qu’avait Methymna à l’époque, comme je l’ai expliqué plus haut). Voici comment il décrit la ville et le château:

“Nous avons poussé une de nos courses jusqu’à Molivo, sur la rive occidentale de l’île. Ce bourg, assez bien peuplé, occupe la place de l’ancienne Métymne; Il est bâti au bord de la mer, sur le penchant d’une colline. Le voyageur Olivier avait vu à Molivo un jeune musicien dont les improvisations lui avaient rappelé la patrie d’Arion [cf. le début du présent article]; nous n’y avons rien trouvé de semblable; les Grecs de ce pays ne se font remarquer que par un chant monotone; ils n’ont que de grossiers instruments qui ne sauraient produire une véritable harmonie; leurs chansons sont dépourvues d’inspiration et de verve. Rien, en un mot, ne peut rappeler chez les modernes le souvenir d’Arion et de Terpandre; et, sur ces rives qui furent autrefois si harmonieuses, je crois qu’il n’y a guère que le rossignol qui ait conservé ses chants et qui n’ait pas dégénéré. Nous n’avons pu découvrir des traces de l’ancienne Méthymne; point de ruines, si ce n’est les murailles d’un château génois; la ville a deux couvents de filles, qui servent de maisons de correction pour les femmes de mauvaise vie; les habitants de Molivo sont très hospitaliers”.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Il y avait là-haut sur cette colline d’anciennes fortifications qui dataient des premières constructions défensives des Byzantins au sixième siècle, elles-mêmes réutilisant partiellement des fondations de l’antiquité. Ma photo ci-dessus permet de voir quelques-unes de ces pierres antiques dans la base d’un mur (juste à la gauche de la boîte d’incendie). Selon certaines sources, ce serait dans la seconde moitié du treizième siècle, pour tenter de se protéger des attaques franques (les Francs, c’est-à-dire les catholiques occidentaux, avaient pris Constantinople et y avaient remplacé l’Empire byzantin par un Empire latin en 1204) ainsi que des risques d’attaques ottomanes (les Turcs étaient déjà solidement installés en Anatolie depuis le onzième siècle et manifestaient des velléités d’expansion, d’ailleurs ils n’allaient pas tarder à créer un Empire ottoman) que l’on aurait bâti, sur ces fortification anciennes, le premier château.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Cela ne l’a pas empêché d’être pris par les Catalans, puis de tomber en 1355 entre les mains de ce Francesco Gattelusi que nous avons déjà rencontré à Mytilène (mon article Lesbos 02). En ce quatorzième siècle, il va être renforcé, ou peut-être reconstruit si, comme le pensent certains, il a été détruit, mais après leur arrivée dans l’île en 1462 les Ottomans vont encore y travailler. C’est dans cet état de la seconde moitié du quinzième siècle que nous le voyons aujourd’hui, hormis sa décrépitude due à une longue période sans entretien, car en raison des graves dégâts causés au château par le terrible tremblement de terre du 25 février 1867 qui a fait deux morts et a en outre détruit 50 des 700 maisons de Methymna, il a été définitivement abandonné. La restauration des bâtiments date de 2007-2008.

 

Nous allons voir les portes d’accès au château, mais il faut, en observant de près la seconde des quatre photos ci-dessus, remarquer d’abord comme une raie noire verticale sur la muraille, près de la tour. Cette raie, si on la voyait de face, serait une étroite petite porte de secours facile à défendre puisque d’éventuels ennemis ne pourraient tenter de la franchir qu’un par un, et qu’elle se trouve sous des créneaux d’où l’on peut gracieusement jeter de l’huile bouillante sur la tête des arrivants.

 

Pour mieux protéger le château, dix tours ont été construites sur le mur d’enceinte, les plus anciennes polygonales (celle de ma première photo, byzantine, est trapézoïdale, quatorze mètres de côté, treize mètres de haut), les autres rondes. Du fait que le périmètre est restreint, ces dix tours se trouvent proches les unes des autres.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Comme ailleurs, à Methymna le château était construit pour la défense contre des armées tentant d’escalader de hauts remparts. Grâce aux toutes nouvelles techniques de l’artillerie, Mehmet II et ses Ottomans ont réussi à prendre Constantinople. Constatant que leurs ennemis se sont équipés eux aussi de canons et de poudre, les Turcs renforcent Molyvos dans la première moitié du seizième siècle avec des emplacements pour canons et des ouvertures adaptées à leurs gueules, ce qui n’est pas du tout la même chose que les meurtrières pour les flèches des arbalètes. Le seizième siècle, cela semble un peu tard quand on sait que Lesbos a été prise au quinzième siècle, mais dans un premier temps on a considéré que l’insularité de Lesbos rendrait plus difficile à une armée l’arrivée avec une lourde artillerie offensive, de sorte que l’artillerie défensive des Ottomans pouvait attendre un petit peu.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Lorsque le visiteur arrive, il franchit cette première porte. Elle date des Ottomans, qui ont construit dans la première moitié du dix-septième siècle cette première enceinte entourant les deux enceintes précédemment édifiées par les Byzantins et les Génois. Elle a conservé, sous sa décoration de brique, la plaque de marbre gravée d’un texte turc en caractères arabes.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Après avoir franchi une seconde porte, on arrive à celle-ci, la troisième. Dernière vers l’intérieur, cela signifie qu’elle est chronologiquement la première construite. Elle date du quatorzième siècle et constitue l’entrée principale. La longueur du passage permet de voir l’épaisseur de la muraille, alors qu’à cette époque on privilégiait la hauteur, pour la rendre infranchissable, plutôt que l’épaisseur, qui la rend moins vulnérable aux boulets de canon. De part et d’autre, des mâchicoulis permettaient d’accueillir l’assaillant avec la traditionnelle huile bouillante, l’île ne manque pas d’oliviers pour la produire. Quel gâchis, offrir toute cette délicieuse huile d’olive aux ennemis! J’ai ajouté une photo de la porte en bois épais garnie de lames de fer.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Nous avons pénétré dans le château, dans le kastro selon le mot grec hérité du temps des Génois. Nous sommes ici entre la muraille intérieure et la muraille intermédiaire.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Ce bâtiment, modernisé avec son éclairage de tubes fluorescents, son chauffage électrique et ses innombrables panneaux a été transformé en espace d’information du public. On y trouve des cartes montrant tous les lieux fortifiés de l’île, des explications sur l’histoire de la ville de Methymna / Molyvos et sur l’histoire de son château, des précisions sur l’architecture et les méthodes de guerre, etc. Une mine de renseignements. On pense que ce bâtiment était la prison, à moins que ce n’ait été la poudrière.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Dans le coin nord-est se situe la citadelle, entre deux grosses tours qui incluent partiellement les ruines de l’acropole antique. Le dallage, lui, est ottoman. Des créneaux surplombent la dernière porte d’entrée du château, ce qui veut dire que cette citadelle était considérée comme le tout dernier refuge en cas d’attaque, puisque lorsque l’on y est confiné on tente de défendre le tout dernier accès.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Datant de la première époque byzantine, il reste une citerne enterrée dont le toit était en voûte. On en voit ici un mur encore revêtu partiellement de son plâtre hydrofuge. Car ici comme ailleurs, sur la hauteur, on ne pouvait compter sur aucune source ni sur aucun puits, et si l’on avait à soutenir un siège les ressources en eau étaient nécessaires.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Dans cette partie du château on trouve les ruines de deux bâtiments ottomans compartimentés en plusieurs pièces. Il s’agit de l’emplacement des casernements de la garnison et, plus largement, des logements des quelques résidents permanents du château.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Encore deux vues des fortifications. Sur la première photo, entre l’arrangement des pierres du premier plan, les pierres de taille de forme bien régulière du second plan, et la maçonnerie de la tour en arrière-plan, on remarque que les époques de construction sont différentes.

 

Prise à travers une brèche dans le mur, ma seconde photo montre la hauteur vertigineuse que l’ennemi aurait dû franchir en arrivant par voie de mer sous le feu des défenseurs du kastro.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Comme partout, les bâtisseurs ont récupéré des pierres de constructions antérieures et les ont insérées dans la maçonnerie. Ici on voit un fragment de marbre sculpté qui, sans nul doute, appartenait à l’acropole antique.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Lors des restaurations de 2007-2008 et des aménagements du château, cette vaste cour intérieure a été mise à profit pour créer un espace destiné à accueillir des événements culturels, avec du mobilier démontable. Nous avons vu quelques photos de représentations qui ont eu lieu ici, mais durant notre séjour à Methymna il ne nous a pas été donné de voir un spectacle de nos yeux. Et à présent nous allons quitter le château.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

En fréquentant la bibliothèque municipale, nous avons appris qu’en cette soirée du quatorze juin allait être donné un spectacle de marionnettes à 22 heures. Nous nous y rendons en suivant cette ruelle sombre.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Quoique le public soit plus nombreux que le nombre de sièges prévu, c’est un spectacle bien modeste, comme on peut en juger par cette installation rudimentaire vue de l’arrière, bien petite.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Néanmoins, le décor a beau être réduit en dimensions, il témoigne de créativité, et les marionnettistes ont un réel talent pour faire vivre les poupées et raconter une histoire. Et puisqu’ils ne sont absolument pas cachés à la vue du public il est intéressant aussi de les voir opérer.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Il aurait été beaucoup plus intéressant que je montre des vues du spectacle, mais nous avons beau être en plein air, l’espace est réduit, nous sommes serrés, et mon appareil étant un réflex le mouvement du miroir à chaque déclenchement fait un clic-clac qui pourrait être désagréable pour mes voisins, aussi me suis-je montré discret pour ne pas risquer de les incommoder. Voici quand même une image des marionnettes en action.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Après le spectacle, les artistes ne jouent pas les grandes stars (malgré leurs indéniables qualités), et nous avons pu leur adresser quelques mots. Ici sur ma photo, l’un des marionnettistes explique à cette petite fille, visiblement passionnée, comment il manipule les ficelles. La maman semble plus indifférente aux explications…

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Avant de quitter Methymna, je voudrais dire quelques mots de ce monsieur que je montre sur ma photo. Un jour que, dans une boutique, nous admirions, sur des cartes postales, des reproductions de tableaux d’un peintre naïf, on nous a dit qu’il était de Methymna, et nous avons pu le rencontrer. Il exerce des fonctions de garde au kastro de Methymna, et il nous a invités à aller le voir dans son atelier, chez lui. Ce que nous avons fait avec joie. Il s’appelle Stélios Kouniaris.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Comme le montre cette affiche rédigée en grec et en français, il a eu les honneurs d’une exposition intitulée Fenêtre naïve sur Lesbos, au bistrot Paris-Athènes, dans la capitale. Cette affiche dit:

“Aujourd’hui gardien du château de Mytilène [ce qui est faux, puisque c’est de celui de Methymna], Stélios Kouniaris est né à Lesbos et s’est mis à peindre dès son enfance. Les paysages et les personnages qu’il nous donne à voir dans ses tableaux ont su conserver le regard attentif de l’enfant qui jouait sur les collines, accompagnant les bergers, rêvant aux voyages en regardant la mer. De l’infiniment petit d’une herbe frôlée par une chèvre à l’infiniment grand d’un nuage coursé par le vent, ces petites scènes naïves chantent avec une poésie méditative et bucolique les instants solaires, humbles et quotidiens d’une île pleine de vie”.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Les murs de l’atelier de Stélios Kouniaris sont couverts de sa prolifique production. Théophilos de Mytilène a eu la chance, lui, d’être propulsé sur le devant de la scène par son compatriote Tériade qui était devenu éditeur d’art à Paris. Et puis Tériade est mort, avant que Kouniaris commence sa carrière. Il est obligé de poursuivre ses activités de garde du kastro, et ses œuvres sont plus souvent vendues pour être reproduites en gravures ou en cartes postales que pour être encadrées en original. Et c’est injuste parce qu’il a, je trouve, un grand talent. Mais n’étant pas éditeur d’art, n’étant pas en relation avec les conservateurs du musée du Louvre, du musée d’Orsay ou du Centre Pompidou, je ne peux malheureusement rien pour lui.

Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014
Lesbos 18 : Methymna (Molyvos). Juin et juillet 2014

Mais il ne sert à rien de parler des œuvres d’un peintre si l’on ne peut pas en montrer. Et sur ma photo précédente où elles apparaissent en tout petit constellant deux murs de son atelier, on ne peut pas vraiment apprécier ses qualités. Voilà donc, ci-dessus, deux exemples de son travail. Je précise que je ne viole pas ses droits d’auteur, sa propriété intellectuelle, parce qu’il m’a formellement autorisé à photographier les œuvres que je voulais et à les reproduire sur mon blog. Ce que je fais avec joie.

 

J’aurais encore beaucoup à dire sur cette petite ville de Methymna si sympathique, que nous aimons beaucoup, mais j’ai déjà suffisamment abusé de mes lecteurs.

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Published by Thierry Jamard
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