Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 23:55
Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Comme le montre ma carte ci-dessus, nous sommes dans les terres, à l’ouest de Lesbos. Chidira (ou Chydira, ou Khydira, pour prononcer la consonne initiale comme le son de l’allemand ich et avec un Y pour respecter l’orthographe du grec) et Vatousa (souvent transcrit avec deux S pour ne pas prononcer le sigma grec comme un Z) sont deux petites villes qui ont chacune leur attrait.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Nous voici d’abord à Chydira, parce que Georgios Iakovidis est un peintre dont les qualités m’avaient impressionné lors de notre visite de la Pinacothèque Nationale, à Athènes (cf. mon article La Pinacothèque Nationale d’Athènes. Mercredi 02 novembre 2011). Or, ici à Chydira, nous sommes dans son village natal. Nous ne pouvons manquer de visiter le Musée digital qui lui est consacré, mais commençons par un petit coup d’œil au village où il a vécu, et à son église.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014
Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Pour un village de taille modeste –car si Chydira est très loin de n’être qu’un hameau, on ne peut pourtant pas parler de ville, même petite–, l’église, étonnamment, est très grande et très richement ornée, tant dans son architecture que dans sa décoration.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

La chaire, par exemple, est couverte de dorures et d’icônes. Je ne sais pourquoi, dans les églises orthodoxes de Grèce, la chaire est toujours aussi haut perchée. Plus haut que les fidèles, oui, pour que le prêtre soit vu et mieux entendu, mais si haut, si haut…

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Ce grand Christ vêtu comme un empereur byzantin a été offert à l’église, selon l’inscription en bas à droite, par un certain Pandelis Boudouris en 1934 (ou peut-être 1939, le dernier chiffre n’est pas très bien formé).

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Natacha s’est un peu plus que moi attardée dans l’église, et pendant ce temps-là je suis allé faire un tour dans le village. Interrogeant une villageoise dans la rue, j’ai ainsi appris où était la maison de Iakovidis et je m’y suis rendu. La dame qui y vit aujourd’hui m’a fort aimablement proposé d’y jeter un coup d’œil.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014
Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Quand j’ai raconté cela à Natacha, elle a été jalouse d’avoir manqué cette visite, nous y sommes retournés et, toujours aussi gentiment, la dame nous a proposé une seconde visite. Il paraît que les gens se rendent parfois au musée, mais quasiment jamais personne ne s’intéresse à la maison. Bien évidemment, plus de quatre-vingts ans après sa mort, et surtout un siècle et demi après qu’il a quitté cette maison, le mobilier et l’agencement ne sont plus les mêmes, mais il est toujours émouvant de se trouver dans les lieux où un grand homme a passé son enfance.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Notre visite de l’église, puis celle de la maison, nous les avons effectuées après celle du musée, mais je voulais, dans le cadre de cet article, d’abord planter le décor, puis en venir au cœur du sujet. Ce musée, comme le dit l’affiche, est ψηφιακός, ce qui veut dire numérique. Les œuvres de Iakovidis sont un peu partout dans des musées ou des collections privées, et quand on s’est avisé d’implanter un musée dans sa ville natale il n’y avait plus rien à y mettre. Et il faut reconnaître que pour les amateurs il est plus facile de se rendre à la Galerie Nationale d’Athènes qu’à Chydira, dans l’île de Lesbos, à l’opposé de Mytilène où arrive l’avion ou le ferry. Alors ici nous lirons sur des panneaux tous les détails de sa biographie, et nous verrons un certain nombre de tableaux classés par genre et commentés par des panneaux détaillés, mais ces tableaux apparaîtront en reproduction sur des écrans.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Comme on peut le constater, même si les tableaux sont numériques, ils sont fort bien présentés, car les écrans sont montés dans les cadres pour donner l’impression de la réalité. Cependant il faut bien reconnaître que la visite de ce musée n’est qu’un complément, très intéressant, mais un complément quand même, qui ne dispense pas de la visite à Athènes ou dans les autres musées qui présentent des œuvres de Iakovidis de par le monde.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Quelques mots de l’homme. On a donc vu qu’il était né ici à Chydira en 1853. C’était le 11 janvier. Il ne va pas y vivre bien longtemps.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Dès 1865, il part vivre dans la famille de son oncle à Smyrne pour étudier à l’école évangélique. Nous le voyons ici en compagnie de sa mère, avant son départ pour Smyrne. Il est donc âgé de douze ans.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

On ne nous dit pas en quelle année a été prise cette photo, mais c’était alors qu’il était élève à l’école évangélique de Smyrne, qu’il a quittée en novembre 1870, à dix-sept ans, pour Athènes et son école des beaux-arts. Il a une moustache naissante, il a laissé pousser ses cheveux, avec sa cravate et son costume ce n’est plus le petit garçon de Chydira. Je ne vais pas donner tous les détails de sa vie, disons seulement qu’en obtenant son diplôme en 1876, il se voit attribuer le grand prix, et part alors compléter sa formation à Munich, à l’Académie Bavaroise des Arts. En 1878, il participe à l’exposition universelle de Paris. Résidant toujours à Munich, dans les années suivantes il expose à Dresde et à Paris, reçoit des médailles.

 

L’étude des tableaux qu’il a peints lors de sa formation, à Athènes et à Munich, montre qu’il a d’abord couvert toute la palette sociale, jeunes paysannes, enfants au travail, petits bourgeois, etc., de façon réaliste, sans idéalisation ni mise en scène artificielle. Mais à Munich sous la conduite de Gabriel von Max, un maître en scènes historiques, il va se mettre à puiser dans la mythologie grecque de l’antiquité, avec idéalisation et romantisme.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

En 1884, Iakovidis va faire un petit tour à Lesbos et à Athènes. Sur la photo ci-dessus, on le voit avec sa famille. La légende de cette photo ne précise pas où il est, mais vu qu’il est âgé de trente-et-un ans, je pense qu’il est derrière à gauche, avec sa grande barbe noire et avec son chapeau européen, car quoique la photo soit mauvaise il semble que le garçon derrière à droite soit plus jeune, et il porte le couvre-chef turc, comme le père de famille. Ils sont pourtant bien grecs mais c’est la mode du pays.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Iakovidis va se fiancer avec Aglaia Chatzilouka en 1886, et c’est à cette époque qu’elle a été photographiée ci-dessus à gauche. Le mariage a lieu en 1888, et la photo de droite représente Aglaia aux alentours de 1890, vêtue du costume national.

 

Et on continue, avec l’Exposition Universelle de Paris en 1889 (l’année de la Tour Eiffel), Brême, Trieste, Berlin où il est invité chez le prince Leopold. Dans son atelier de Munich, il reçoit la visite des princes Georges et Nicolas de Grèce en 1892. Il est récompensé d’une médaille d’or à Munich en 1893, il participe à l’exposition pour le renouveau des Jeux Olympiques à Athènes en 1896 et à l’exposition internationale de Vienne en 1897. L’année 1899 est marquée par deux événements, l’un bien triste, c’est la mort d’Aglaé, l’autre heureux, il est appelé à diriger la Galerie Nationale d’Athènes, et donc à quitter Munich.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Dans toute cette biographie, extrêmement riche et très détaillée sur quatre grands panneaux, je n’ai pas vu apparaître de fonctions à l’école polytechnique, mais la légende de la photo ci-dessus, qui n’indique pas de date, le dit “à l’école polytechnique avec ses étudiants”. La photo qui précède est datée 1905, celle qui suit 1910, et les costumes évoquent le début du siècle. Il est alors intéressant de constater qu’il est entouré de trois étudiants et de quatre étudiantes, à une époque où en France l’école primaire était ouverte à tous, les lycées de filles n’étaient guère fréquentés, et les études supérieures n’étaient suivies que par une poignée de jeunes filles.

 

En 1900, il présente cinq œuvres à l’Exposition Internationale, dont le Concert des enfants (que j’avais montré lors de notre visite de la Galerie Nationale à Athènes, et auquel je vais revenir), qui lui vaut une médaille d’or. Il est le premier directeur de la Galerie Nationale dans ses nouveaux locaux. Quand, en 1904, meurt Nikiphoros Lytras, qui avait été son professeur dans les années 1870, il prend le relais en enseignant la peinture à l’huile à l’école des beaux-arts d’Athènes. En 1910, c’est lui qui dessine la nouvelle pièce d’une drachme et la même année il est nommé directeur de l’école des beaux-arts. En 1911, c’est au tour de la nouvelle pièce de deux drachmes. Il participe à l’Exposition Universelle de Rome.

 

Et les expositions se multiplient, et les distinctions pleuvent. Il me faut résumer. En 1918, il participe à l’exposition franco-grecque. Un décret le remplace à la tête de la Galerie Nationale, mais un conseil artistique y est créé, dont il est nommé président. Il reçoit le prix national des arts et lettres. En 1920, il établit un plan de réorganisation de l’école des beaux-arts, qui sera mis en œuvre en 1925. En 1926 est créée une Académie à Athènes, il en est fait membre honoraire. Prenant sa retraite en 1930, il reçoit le titre de directeur honoraire de l’école des beaux-arts d’Athènes. Il meurt le 13 décembre 1932.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Puisque ce ne sont que des œuvres virtuelles, je vais me limiter à quatre d’entre elles. Ci-dessus, nous voyons un tableau de 1876, Jeune fille à la quenouille et au fuseau. Comme nous venons de le voir, c’est l’époque où il peint des types sociaux avec réalisme.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014
Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Le Concert des enfants, 1900. Je me suis amusé à aller rechercher dans mes archives la photo que j’avais prise de ce tableau le 2 novembre 2011 à la Galerie Nationale d’Athènes (première photo ci-dessus), pour comparer l’effet avec la reproduction numérique présentée à Chydira (ma seconde photo). Et il est vrai que la différence de qualité est minime de photo à photo. Sur place, bien sûr, à Chydira il manque le relief, la substance, et puis aussi l’émotion que produit la vue d’un tableau qu’a touché la main du maître.

 

Le Concert des enfants est sans doute le tableau le plus célèbre de Iakovidis. Le musée explique que la peinture des enfants a été un thème favori du dix-neuvième siècle, avec souvent la présence d’un grand-père ou d’une grand-mère, célébrant les valeurs familiales. Au moment où j’écris, j’essaie de rassembler mes souvenirs de la peinture française et internationale au musée d’Orsay à Paris, et je ne revois pas tant que cela la prédilection pour la représentation d’enfants, ni pour la famille. En revanche, oui, à Athènes j’ai en mémoire plusieurs tableaux représentant des grands-mères avec leurs petits-enfants, des mères aussi. Et je suis d’accord avec le commentaire quand il met l’accent sur la différenciation des caractères de chaque enfant, sur la qualité du jeu de lumière pour donner vie à la scène, sur l’obtention de la représentation d’une scène pleine de réalisme vivant.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

La Femme et le fils de l’artiste, 1895. L’art du portrait, Iakovidis l’a pratiqué tout au long de sa carrière, à l’époque de ses études comme ensuite, dans son atelier de Munich ou après son retour à Athènes. Il est considéré comme l’un des meilleurs portraitistes de son temps, dit le musée. Il est vrai que ses portraits ne se limitent pas à reproduire les traits physiques des personnages, ou la matière de leurs vêtements, mais il parvient à exprimer leur personnalité. Et pas seulement, comme le suggère le musée, par le jeu de la lumière sur les visages mais, je crois, par une fine analyse psychologique de son sujet.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

C’est en 1927 que Iakovidis a peint cette toile, intitulée Printemps. Classant l’œuvre de Iakovidis par thèmes, le musée a choisi ce tableau pour illustrer la catégorie “Images symbolistes”. Je dirais plutôt “Allégories”. Ensuite, je lis des commentaires sur la lumière propre à la Grèce que peignent les artistes, mais aussi sur la tendance à la représentation idéale et symbolique, sur l’utilisation de modèles historiques ou mythologiques pour exprimer les idéaux de la race (!). Attentif aux tendances de la vie artistique et intellectuelle grecque, Iakovidis a montré, dans ses premières participations à des expositions en Grèce, des créations faisant appel à la mythologie, à l’histoire ou au folklore grecs.

 

Et sur ces belles paroles qui n’analysent pas le tableau que nous voyons, nous allons quitter cet intéressant et instructif musée, ainsi que la sympathique localité de Chydira.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Nous voici donc dans un autre bourg de l’ouest, à Vatousa. Ce sera un passage rapide, parce que nous n’y avons rien visité. Il y a une grande église, elle était fermée. Il y a un musée des arts et traditions populaires, il était fermé. Rien d’étonnant à cela, nous avons passé la journée à Sigri, et arrivons seulement ici dans la soirée. Il est près de vingt heures.

 

Ci-dessus, dans ce grand mur, selon l’inscription cette fontaine est dédiée à l’archimandrite Grégoire (Grigorios) Gogos. Je rappelle qu’un archimandrite est un supérieur de monastère dans l’Église orthodoxe.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014
Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Conséquence de l’heure tardive de notre passage, je n’ai rien d’autre à montrer que l’église vue de l’extérieur, et son clocher. Mais son architecture élaborée laisse penser que nous manquons quelque chose en ne pouvant pas y pénétrer.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Comme on le voit sur cette photo, sur la façade il y a une tribune à l’étage, avec accès par l’intérieur puisque nul escalier n’apparaît sur la façade. Je suppose que dans les grandes occasions, lorsqu’il y a trop de monde pour que l’église puisse contenir la foule, le prêtre –ou le métropolite– peut s’adresser aux fidèles depuis cet endroit.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

En regardant attentivement ma photo de la façade, on a pu remarquer, tout en haut à gauche de la tribune, cette curieuse maquette d’un bâtiment que je n’identifie pas. C’est bien un monument en réduction et non un tabernacle, puisqu’il est doté d’un escalier.

Lesbos 20 : Chydira et Vatousa. Les 12 et 13 juin 2014

Il est un autre détail, avec lequel je vais clore ce rapide passage à Vatousa et qui, sur ma photo de cette façade, apparaît, mais est invisible une fois l’image réduite aux dimensions de cette page de blog. C’est ce beau visage de femme qui décore le heurtoir de la porte située juste à côté de la tribune.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche