Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 23:55
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Parce que nous avons vu ces affiches qui annoncent “AGIA PARASKEVI – La grande fête du ‘Tavros’ de saint Charalambos – dimanche 6 juillet”, nous voici de nouveau à Agia Paraskevi pour cette espèce de fête kermesse qui, en fait de la journée du 6 juillet, s’étale depuis le 4 et jusqu’au 7, selon le calendrier imprimé au-dessous.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

En grec, ταύρος (tavros), c’est le taureau. Mais ces journées comportent aussi une grande partie équestre, comme en témoigne la photo ci-dessus, que j’ai reproduite lors de notre visite du musée de l’industrie de l’olive dans cette même ville. La légende dit: “La fête du taureau (dans les années 1940). © Archives de la Municipalité d’Agia Paraskevi”.

 

Alors voyons le calendrier annoncé par l’affiche:

– vendredi 4, le taureau sera promené en ville

– samedi 5, défilé des chevaux, sacrifice du taureau et fête de nuit

– dimanche 6, messe de saint Charalambos, défilé de chevaux et compétitions équestres, fête de nuit

– lundi 7, divertissement avec musique et danse dans les bars du village

 

Nous avions prévu de quitter Lesbos un peu plus tôt, mais nous avons prolongé notre séjour pour voir cela. Néanmoins, quoique notre “résidence” du moment ne soit pas très éloignée (studio loué à Methymna), nous n’assisterons pas à tout, nous verrons le défilé du taureau le premier jour, le défilé de chevaux et le sacrifice le second jour, et les courses de chevaux du troisième jour. Nous n’irons pas danser le lundi.

 

PREMIER JOUR, 4 JUILLET

 

Tous ceux qui ne sont pas obligés de travailler viennent en ville. Il fait beau, on vient en avance. Lesbos est un pays méditerranéen, ce qui signifie que l’on aime discuter.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Les vélos et cyclomoteurs peuvent à la rigueur passer, mais la circulation et le stationnement des voitures ont été interdits pour laisser toute la place au défilé. Et donc la chaussée est déserte, la population consomme aux terrasses des cafés.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

De même qu’à Komi et Pigi (mon article Lesbos 23), la fête populaire du taureau est liée à la religion, et la présentation du taureau dans les rues a quelque chose d’une procession religieuse. En tête il y a donc la bannière de saint Charalambos, en l’honneur de qui ont lieu toutes les cérémonies de ces quelques jours.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Et voilà, le taureau est amené, collier de fleurs, panneau avec les noms de ceux qui l’ont offert. Quand on est généreux, il faut que cela se sache! La procession démarre. Sur une porte vitrée, j’ai vu cette affiche qui énumère les donateurs pour la célébration de la fête du Tavros, et le montant des dons. La liste commence par six noms, et une accolade: conjointement, ils ont offert l’animal, plus 3000€. Suivent 28 noms, chacun ayant contribué d’un montant variant entre 20 et 1000 Euros, la plupart ayant donné cent Euros. Pour l’un des donateurs, il est précisé qu’il est de Thessalonique, pour un autre qu’il le fait au nom du Dreem Café, et l’un des contributeurs, à hauteur de 500€, s’affiche “Pêcheurs grecs” et un autre, à hauteur de 100€, est l’association des laiteries grecques (du moins si est correcte mon interprétation de deux abréviations, qui m’a demandé concentration et longue réflexion!!!): El/kos Gal/kos Synétairismos.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Le taureau suit la musique. Le pauvre, même si toute la fête est autour de lui, il n’a aucun plaisir à être ainsi promené, avec son collier de fleurs et ses sabots peints en argent, comme du vernis à ongles. Et tout cela pour être sacrifié demain.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Nous avons vu en Sicile, à Palerme, des gens voulant toucher la châsse contenant les ossements de Santa Rosalia lors de la procession en ville, et portant de tout petits bébés pour les mettre, eux aussi, en contact avec la châsse des reliques de la sainte (cf. mon article Guttuso et santa Rosalia. Jeudi 15 juillet 2010). Je ne peux m’empêcher d’y repenser quand je vois que les parents hissent leurs enfants, pour quelques secondes, sur le dos du taureau, et que même des adultes ont des gestes qui semblent liés à une croyance, comme cette femme sur la première de ces photos, qui tend la main non pour caresser cette pauvre bête dont on pourrait supposer qu’elle a pitié, mais seulement pour en toucher le poil. Je n’ai pas osé, voyant cela, aller interviewer les gens pour savoir s’ils pensaient que saint Charalambos allait exaucer leurs vœux, ou je ne sais quoi d’autre ils attendaient de leurs gestes. Peut-être après tout n’y voient-ils qu’une coutume dont l’origine s’est perdue dans la nuit des temps, comme on peut, sans aucune croyance derrière cette tradition, faire des crêpes à la Chandeleur ou tirer les Rois le 6 janvier. D’ailleurs, depuis quelques années, les boulangers et les supermarchés vendent des galettes avec des fèves depuis la fin novembre jusqu’au mois de février, ce qui veut bien dire qu’il n’y a plus aucun lien entre cette galette et l’Épiphanie et la visite des Mages à Jésus.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Une fois finie la procession, l’orchestre qui l’a précédée va continuer à jouer, mais maintenant sur cette estrade, pour les gens qui passent par là, au bout de la rue principale. Je regarde les informations stockées avec les photos. La procession a eu lieu entre 12h et 13h. Ces deux photos-ci, les musiciens commençant à jouer assis, je les ai prises toutes les deux à 13h02, à 24 secondes d’intervalle.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Il est 13h06. Maintenant, le taureau va retourner se reposer pour son dernier jour de vie. On l’embarque dans une bétaillère. Je regarde le nom du propriétaire du camion, peint sur la portière: Antoine Tsakiris. Puis je me reporte la liste des donateurs: je ne l’y trouve pas. Sa contribution à lui, c’est le travail du transport, c’est le gazole du camion.

 

DEUXIÈME JOUR, 5 JUILLET

 

Deux temps, deux lieux. La première partie de la journée se déroule en ville, à Agia Paraskevi. C’est un défilé, plus ou moins ordonné, de chevaux avec leurs cavaliers.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

En voilà quelques exemples. La jeunesse de cette fillette de ma première photo, et surtout de ce petit garçon sur son poney sur la seconde photo et de cette petite fille sur la troisième, suivie d’une jeune fille qui est très nettement leur aînée, témoignent de l’hétérogénéité des participants.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Comme il se doit, la partie religieuse ne peut qu'être présente. Pendant tout le temps de la présentation, cette cavalière portera l’icône de saint Charalambos.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

La plupart des cavaliers font se cabrer leurs chevaux, comme celui-ci pour la photo. Ce n’est pas du tout ce que les cavaliers, ceux du Cadre Noir de Saumur par exemple, appellent “courbette”, c’est un exercice qui ne recherche aucun style, et plus les chevaux donnent l’impression d’être fous, plus leurs cavaliers sont satisfaits. Il paraît –mais cela je n’ai pas pu le vérifier– que certains cavaliers, pour que leurs chevaux soient agressifs et se cabrent en donnant l’impression de ne pas être contrôlables (et ce n’est pas toujours une impression) leur font avaler une bouteille d’alcool fort, whisky, ouzo ou autre. S’amuser à enivrer un animal, à supposer que ce soit plus qu’une simple rumeur, quelle absurdité!

 

Je cesserai là la présentation de mes photos de cette première partie, parce qu’elles sont un peu répétitives. Déplaçons-nous, rendons-nous dans la montagne, à une grosse douzaine de kilomètres à l’est du côté de Nees Kydonies, par une petite route non revêtue. Là se déroule la seconde partie de la journée, la plus longue et la plus importante. Comme l’endroit est un peu difficile à trouver, pour qui désirerait s’y rendre j’en ai relevé les coordonnées géographiques pour le GPS:

N 39° 13’ 04” / E 26° 24’ 00”

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Voilà, nous sommes arrivés. C’est près de cette fontaine du Centaure, que sa plaque date de 2010, que va avoir lieu la cérémonie centrale, celle qui justifie le titre de “Tavros”, car ce n’est pas ce défilé dans la rue principale d’Agia Paraskevi qui le justifie.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Dans mon précédent article, Lesbos 26, j’ai parlé de l’Australienne Betty Roland et de son livre Lesbos, The Pagan Island, publié en 1963. Elle écrit au sujet de l’endroit où nous sommes et de l’église de mes photos, qui est consacrée à saint Charalambos:

 

“L’église elle-même, guère plus qu’une chapelle, est coincée entre deux hautes roches tout au sommet de la montagne, au-dessus d’une pinède et d’une agréable pente herbue. Là, le jour de la Pentecôte, les gens de l’île se réunissent par centaines pour rendre hommage à son saint patron et célébrer l’antique rite des chevaux et des taureaux […]”. Les chevaux arrivent: “Les cavaliers s’arrêtent pour avaler un verre de vin, puis ils le jettent à terre et montent les marches taillées à même la roche jusqu’à ce qu’ils atteignent l’église. Là un prêtre les attendait, barbu, dans sa robe noire, un acolyte près de lui et il bénit tout à la fois cheval et cavalier. Une main levée, une prière grecque retentissante, le signe de la Croix sur le front de l’homme et de l’animal, ensuite une poignée de pièces de monnaie lancées dans le plateau tenu par l’acolyte, et la paire a redescendu les marches de l’autre côté de l’église […]”.

 

Mes photos montrent une pente avec deux ou trois petites marches seulement sur le côté gauche de la façade, et les marches d’un escalier sur la même façade, mais du côté droit de la porte. Je pense donc qu’elle veut dire que les chevaux ont gravi les marches du côté droit (même si, du moins en 2014, elles ne sont plus taillées dans le roc), et qu’ils sont redescendus par le côté gauche.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

En effet, l’autre côté de l’église, cela ne peut pas être la façade arrière, car il est déjà difficile à un cheval d’y accéder, mais en outre il n’y a plus de chemin ni d’escalier pour descendre, comme on le voit sur cette photo.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Il y a deux côtés, donc, avec chacun un accès à une pièce séparée. Sur la façade du devant, cette salle est une sorte de narthex, un accès à l’église elle-même. Quand Betty Roland dit qu’elle n’est guère plus qu’une chapelle, on constate qu’elle n’exagère pas. Quant à l’iconostase, ce n’est guère plus qu’une simple cloison de bois. Certes il y a quand même quelques icônes, elles font partie du culte, mais seule celle de saint Charalambos est de grande taille et ornée de rideaux.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Le toit de l’édicule accolé est plat, et à partir de la roche on en est suffisamment près pour pouvoir y grimper, ce qui donne une vue sur le clocher. Sur le fronton, il est bien sûr impossible de lire ce qui est inscrit dans ce carré dans le ciment, mais sur ma photo originale on peut voir, avec le nom des donateurs, la date de 1937. Par ailleurs, l’extrémité du petit bâtiment est troglodyte, il est en partie taillé dans la montagne. Dans cet espace qui constitue une petite chapelle annexe, l’ambiance est encore plus dépouillée, encore plus austère.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Et quand Betty Roland dit que l’église est coincée entre deux roches, cette partie troglodyte attenante à l’église en est la preuve. Mais comme le montre cette photo, la végétation parvient à se nicher dans la moindre anfractuosité et je ne doute pas que lorsque cet arbre grandira, c’est la roche qui éclatera et le tronc qui grossira.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

De nouveau je vais laisser la parole à Betty Roland pour les événements suivants (en cette année 1963, il y avait deux taureaux, non un seul comme aujourd’hui):

 

“Les gens se sont mis en procession et ont suivi [les taureaux] en montant les marches vers l’église. Là le prêtre les attendait, maintenant habillé de ses plus riches vêtements, préparés pour l’apogée de la journée. Les yeux calmes, sans inquiétude, les taureaux se tenaient tranquillement pendant qu’on les bénissait au son de voix qui chantaient et du tintement de minuscules cloches tandis que les encensoirs qui se balançaient répandaient des nuages d’encens. Ensuite, tandis que l’obscurité tombait sur la montagne, on les reconduisit à la pinède où on les sacrifia en présence des spectateurs silencieux”.

 

Si je n’ai pas montré des images de toutes ces cérémonies religieuses et bénédictions, c’est parce que, volontairement, nous sommes arrivés plus tard. Le sacrifice du taureau selon les rites antiques, c’est trop sanglant, trop cruel, ni Natacha ni moi ne souhaitions y assister. Néanmoins, parce que nous sommes arrivés au début du travail des bouchers, j’ai pris quelques photos de la suite.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Une fois l’animal vidé, il est découpé en grands quartiers sur place, puis les bouchers, dans la cuisine construite dans la nature, découpent la viande telle qu’elle sera ensuite traitée par les cuisiniers.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Car dans cet endroit perdu dans la pinède de la montagne, il y a à la fois une église et une cuisine! Et rien de plus. Déjà, avant que le taureau soit sacrifié comme on le faisait deux mille ans plus tôt sur l’autel de Zeus ou sur celui d’Artémis, on se préparait à en cuire les viandes qui devaient être mangées par les fidèles. Quand, à l’époque romaine, le christianisme a commencé à se répandre et que l’empereur divinisé à craint que le culte d’un dieu unique ne nuise à son pouvoir politique, les chrétiens ont été pourchassés et c’était souvent lorsqu’ils refusaient de manger des viandes d’animaux sacrifiés à un dieu païen qu’ils étaient démasqués. Nous voyons ici d’immenses bassines où ont été gardés les oignons épluchés, et sur des fourneaux au feu de bois les marmites mijotent le repas de la fête du “Tavros”.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Comme les chrétiens des premiers siècles, nous ne souhaitons pas prendre part au dîner dans la montagne. Si j’étais né à la campagne, je trouverais normal de manger la chair d’un animal que j’ai vu vivant quelques heures auparavant, et je suis conscient qu’il est un peu hypocrite de ma part de ne pas être végétarien, pour la seule raison que je n’ai pas vu vivantes les viandes que je mange, mais c’est ainsi. Ce pauvre taureau que l’on a mené par les rues tout orné de son collier de fleurs, je viens d’en voir la tête coupée, gisant dans son sang sur la dalle de ciment, alors ciao! La photo ci-dessus, prise lors de notre arrivée sur les lieux quand la foule n’était pas encore là, montre un abri pour l’une des tables autour desquelles s’assiéront les convives. Nous, nous redescendons en ville.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Tout le monde n’est pas monté dans la montagne, loin de là. Il y a des cavaliers qui, en ville, continuent de faire se cabrer leurs chevaux, ou d’autres qui rentrent chez eux, comme celui de ma photo, qui tente de calmer son cheval fou. Ivre? Drogué?

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Et parmi tous ces gens qui ne sont pas montés, il y en a beaucoup qui ne considèrent pas pour autant que la fête est terminée. Les terrasses des tavernes accueillent nombre de convives, on entend de la musique, des rires, des conversations. La fête bat son plein et va durer tard dans la nuit.

 

TROISIÈME JOUR, 6 JUILLET

 

Pour la troisième journée de cette grande fête, nous sommes à Agia Paraskevi, dans le camp militaire ouvert pour l’occasion. Il va y avoir des compétitions équestres.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Évidemment, on ne peut manquer au rituel. La fête va commencer avec l’arrivée de la bannière et du drapeau, qui honorent et introduisent l’icône de saint Charalambos portée, comme hier matin, par la même cavalière. Le saint patron de la ville et de la fête est arrivé, on peut commencer.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Avouons-le tout de suite: je n’ai pas bien compris, ou pas compris du tout, ce que les candidats étaient censés faire. Pas de course, certains se contentaient d’avancer, comme cet enfant (que nous avons vu en ville, j’ai publié plus haut sa photo), ou comme cet homme qui avançait calmement au pas, et laisse son cheval se mettre en travers du chemin, sans paraître s’en formaliser. Près de moi, il y avait deux jeunes filles d’Agia Paraskevi, qui viennent voir ces compétitions chaque année, m’ont-elles dit quand je me suis permis de m’adresser à elles, mais elles n’ont pas su m’expliquer ce qu’il s’agissait de faire. Elles pensent que les cavaliers doivent montrer “ce qu’ils savent faire avec leurs chevaux”. Explication très vague!

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Pour d’autres, ils font se cabrer leur cheval face à la foule, au risque qu’un spectateur ne reçoive un sabot en plein visage; un cheval est venu frapper de son sabot le muret sur lequel j’étais assis, et je n’ai eu que le temps de me jeter en arrière quand je l’ai vu se dresser face à moi, inutile de dire que je n’ai pas eu le temps de prendre la photo! Ainsi, certains chevaux se cabrent sur commande de leur cavalier, qui est même parfois obligé d’insister sans obtenir grand-chose, et d’autres chevaux ont un comportement fou et débridé, laissant penser que ce que plusieurs personnes nous ont dit au sujet de l’alcool et de la drogue administrés aux animaux est sans doute une triste réalité.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Et encore d’autres candidats. Cet homme, sur ma première photo ci-dessus, ne me donne nullement l’impression de réaliser des exploits remarquables, son cheval avance à allure raisonnable, ne fait rien d’extraordinaire, et pourtant nous allons le voir, à la fin, recevant une coupe. Tout au contraire, le cavalier de la deuxième photo, sur son cheval au grand trot, se déplace à toute allure, mais… sa tenue à cheval n’est pas de la plus grande élégance.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Au bout de la piste, était dressée une tribune d’honneur, où siégeaient les personnalités. Je n’ai pas voulu importuner mes (charmantes) voisines en leur demandant de me dire qui est qui, de peur qu’elles se demandent ce que leur veut ce vieux cochon de Français. Mais à défaut de renseignement, je vois que, bien sûr, le prêtre de la paroisse est là. D’une part, c’est une personnalité importante dans cette Grèce orthodoxe, et d’autre part il s’agit de la célébration du saint local, l’absence d’un membre du clergé serait surprenante.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Au premier rang de cette tribune, c’est la table du jury. Le président du jury tient le micro pour annoncer les résultats. Je remarque près de lui la table sur laquelle ont été placées les coupes qui vont être remises, et… un rafraîchissement pour ces dignitaires. Oh, oh! Est-ce de l’ouzo? Du raki? Non, non, c’est très raisonnablement une bouteille de Fanta à l’orange. À consommer sans modération (enfin si, avec un peu de modération, c’est riche en sucre. Mais cela n’empêche pas de conduire).

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Le jury a délibéré, il a nommé les vainqueurs, à présent chacun d’eux est appelé pour recevoir son prix. Le cheval est gratifié d’un collier de feuillage, c’est le laurier des vainqueurs antiques, les cavaliers reçoivent leurs coupes. Lors d’un concours hippique, le vainqueur s’avançant cigarette à la bouche comme sur ma première photo ferait scandale, mais en Grèce, on fume tellement que cela ne choque personne. Tout à l’heure, j’ai parlé de ce cavalier qui, à mes yeux, ne faisait rien de très remarquable, eh bien le voici, son cheval a reçu son collier, lui tient sa coupe dans la main gauche et, cette coupe lui ayant été remise par le pope du village, il lui baise respectueusement la main. Et nous voyons ensuite parmi les lauréats un petit garçon et une jeune fille. Comme je ne sais pas quels ont été leurs mérites, je ne vais pas montrer toutes mes photos des nombreux candidats récompensés.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014
Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Et voilà, tout est terminé. La caserne va être rendue à l’armée, et chacun rentre chez soi, les uns à cheval, les autres à pied. Je regarde dans les “propriétés” de ma dernière photo: elle a été prise à 20h43. Hé oui, la journée est finie. Je pense que, ce soir encore, les tavernes fermeront tard, mais nous, nous regagnons à pied le centre-ville pour récupérer notre petite voiture de location. Nous allons rentrer dans notre studio de Methymna.

Lesbos 27 : Le “Tavros” d’Agia Paraskevi. Les 4, 5 et 6 juillet 2014

Ce soir en rentrant, je remarque en travers de la route, à la sortie d’Agia Paraskevi, ce grand calicot. Je m’arrête pour le prendre en photo, parce qu’il est le symbole de tout ce que nous venons de voir lors de ces trois journées. Il est 21h14.

 

Le calicot dit: «La Corporation agricole d’Agia Paraskevi de Lesbos, “la Proodos” [=le Progrès], vous souhaite la bienvenue à la grande fête du “Tavros” en l’honneur de saint Charalambos».

 

Après cette fête, nous sommes encore restés quelques jours à Lesbos. C’est ensuite que nous sommes allés à l’église du Taxiarque de Troulloti (le 7 juillet), que nous avons visité le kastro de Methymna (le 8), que nous avons visité l’usine d’ouzo de Plomari (le 11), que nous avons vu l’aqueduc de Moria (le 12), entre autres, qui ont fait l’objet d’articles préalablement publiés. Mais c’était sur cette curieuse célébration pagano-chrétienne qui m’a fait une si forte impression, que je voulais terminer la série de mes articles sur Lesbos. Maintenant, je vais passer aux articles sur l’île de Chios.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche