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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 23:55
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Quittons Chios Chora vers le sud, longeons la piste de l’aéroport sur notre gauche, et après environ cinq ou six kilomètres nous voici à Kambos. Ah, toujours ces problèmes de transcription en français! Tantôt le kappa initial est reproduit par un K, tantôt par un C. Et comme le groupe de consonnes MP se prononce MB, on trouve ce nom écrit Kampos, Campos, Kambos, Cambos. Je fais le choix qui respecte au plus près la prononciation grecque, et pas son orthographe. Je ne prétends pas que ce soit le meilleur.

 

De cette agglomération très rurale banlieue de Chora, je ne montrerai pas grand-chose. Ces murs de pierre, ces grands portails témoignent d’une opulence certaine. Cette opulence s’explique par l’activité de culture d’agrumes, qui a surtout connu son apogée dans le passé. Si je consacre un article entier à cette petite localité, c’est pour en montrer deux lieux particuliers, les jardins de l’hôtel Argentiko (parce que NT se prononce ND, on trouve aussi les transcriptions Argendiko, Argendico) et la propriété de l’entreprise Citrus, avec son musée.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Mais, en guise d’introduction, cette gravure intitulée Jardin de l'île de Scio, tirée du livre de Choiseul-Gouffier, Voyage pittoresque de la Grèce, publié en 1782. Et il écrit: “Presque tous les habitants de Scio ont des maisons de campagne, avec de grands jardins assez mal tenus, mais où la nature dédommage des torts de l'art. Une roue garnie de pots de terre, et assez semblable à une roue d’épuisement, monte à quelques pieds d’élévation l'eau d'un ruisseau, ou d’une fontaine, pour la distribuer ensuite dans toute l'étendue du jardin, et arroser les orangers, citronniers et grenadiers qui le remplissent. Sous ces arbres sont en abondance des légumes de toutes espèces, et surtout une grande quantité de melons et de concombres. Cette machine est la même que celle dont on se sert en Égypte, pour élever les eaux du Nil, et les répandre sur les terres voisines de son lit”.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Revenons à 2014 et commençons par l’hôtel Argentiko. Discret, caché derrière ses hauts murs, c’est un paradis bien protégé pour riches clients. Euh… Si l’évangile dit “il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu”, il doit être difficile qu’un paradis s’adresse à des riches… Pour nous, ayant eu de longues conversations amicales avec une personne de Citrus, en face, lui ayant dit quelles recherches nous effectuions, moi mon blog, Natacha ses projets d’exposition, elle a eu l’extrême gentillesse de téléphoner à l’hôtel pour nous en faire ouvrir les portes, le temps d’une petite visite photographique.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

L’hôtel comporte bien des portes, mais elles sont hermétiquement closes et il faut montrer patte blanche pour en obtenir l’ouverture. Ayant donc été admis quoique n’étant pas clients, la jeune réceptionniste nous a manifesté un vrai sens de l’accueil, chaleureux, sympathique, nous a autorisés à nous balader seuls, sans surveillance, dans tout le domaine, nous recommandant seulement de nous montrer discrets lorsque nous rencontrerions des clients, car avec nos appareils photos nous pouvons inquiéter ceux qui fuient les paparazzi et importuner ceux qui recherchent le calme. Ce qui est bien normal. Même sans ces recommandations, nous nous serions bien gardés de nous montrer indiscrets, et nous sommes reconnaissants d’avoir été aussi bien accueillis.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Dès l’entrée, on constate le souci du détail. Ces plaques de marbre fixées dans le mur ont visiblement été récupérées abandonnées dans le sol, ou sur des chantiers car on a vu le peu de respect que bien des Grecs jusqu’à une époque très récente, dans le troisième quart du vingtième siècle, accordaient aux pierres des monuments, qu’ils soient antiques, byzantins, génois ou ottomans.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Le luxe, le soin du détail ne s’appliquent pas qu’à l’architecture. La végétation, les fleurs sont foisonnantes. Le carrelage du sol, la grille en fer forgé, tout est de bon goût.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

On a la délicatesse de ne pas se méfier de nous, de ne pas nous suivre ou nous accompagner, de nous laisser circuler librement. Cela, c’est très agréable. Mais n’étant pas clients de l’hôtel, je suis incapable de dire la destination de chaque bâtiment. Ce grand et beau bâtiment, par exemple, au bout de cette allée, comporte-t-il des chambres? Ou la salle de restaurant? Ou autre chose?

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Ici, en revanche, pas de doute, car une plaque sur le mur signale que dans ce bâtiment se trouve la salle de conférence. Il est évident que pour les entreprises qui veulent organiser des réunions, loger les membres participants dans ce genre d’hôtel est preuve de leur standing.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Et ce beau bassin de marbre, qu’est-ce? Pas une piscine, je suppose, parce qu’en ce mois de juillet elle ne serait pas vide et sèche. Et puis il ne s’y trouve pas d’escalier, et j’imagine mal que l’on doive se hisser à la force des bras. Mais une pièce d’eau décorative a rarement des bords aussi hauts, et de plus si personne n’y accède je ne vois pas l’utilité de cette couverture translucide, sauf peut-être pour éviter que le bassin se remplisse de feuilles mortes en automne.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Ce petit bâtiment aux murs peints dans le style de Pyrgi (cette ville très originale, je lui consacrerai un article complet un peu plus tard) semble bien abriter quelques chambres ou quelques studios pour des clients.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Poursuivant notre promenade dans cette belle propriété, nous croisons ces deux personnages à l’ait fort sérieux et qui portent des couvre-chefs qui me rendent jaloux! Plus sérieusement, cet article est plein de mon ignorance: dans l’Empire Ottoman, les hommes portaient le turban, d’autant plus volumineux et sophistiqué que leur rang était élevé. Puis le turban a été remplacé par le fez, avant que dans le premier tiers du vingtième siècle Mustapha Kemal fasse adopter (non sans peine) le chapeau occidental. Et aujourd’hui, la plupart des hommes vont tête nue, comme en France, ou avec les mêmes couvre-chefs qu’ici, casquette, bob, etc. On voit de temps à autre, notamment dans les cimetières, des sculptures d’hommes portant cet étrange haut chapeau plus large au sommet qu’au niveau du front, mais je ne sais pas qui le porte. Ce n’est pas celui des janissaires, ni des derviches, ni des oulémas, ni des pachas, ni des vizirs ou du grand vizir… je ne sais plus dans quelle direction chercher… et pourtant je me rappelle avoir vu plusieurs gravures où un groupe de dignitaires est ainsi coiffé en présence du sultan, par exemple pour une audience d’un ambassadeur étranger.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Tout à l’heure, je citais Choiseul-Gouffier, qui comparait le système permettant de tirer l’eau du puits à celui qu’utilisent les Égyptiens. Très juste rapprochement, car sauf erreur, c’est chez les Égyptiens soumis à l’Empire Ottoman que les peuples d’autres lieux de l’Empire ont découvert ce système, qu’ils ont ensuite adapté. Le mouvement rotatif horizontal entraîné par des animaux (voire par des esclaves) est transformé en mouvement rotatif vertical au moyen d’un renvoi d’angle par engrenage: sur ma photo, on distingue sur la grande roue les taquets faisant office de dents de pignon. Sur cette roue, des pots de terre cuite sont entraînés au fond du puits et en remontent pleins d’eau.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Mais nous sommes venus ici parce qu’il s’y trouve une plantation d’agrumes qui ont constitué, surtout à partir du dix-neuvième siècle, l’une des principales richesses de l’île, avec le mastic. Dirigeons-nous vers le verger.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Et voilà, c’est ici. Les fruits ne sont pas mûrs, ils ne le seront qu’à l’automne, mais on voit comme ils sont sains, on voit combien de soin est apporté à l’entretien du verger d’agrumes. Une exploitation modèle. Et maintenant, retournons à la réception pour remercier cette jeune femme qui nous a reçus, et prendre congé.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

De l’autre côté de la rue, un peu plus loin, nous voilà devant l’entrée de l’entreprise Citrus. Au-dessus de la grille, dans le demi-cercle de fer, on peut lire la date de 1742. L’entreprise a donc deux cent soixante-douze ans cette année.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Ces arbres, dans la propriété, doivent produire des agrumes, même si, lorsqu’ils ne portent pas de fruits, je ne suis pas capable de dire si ce sont des orangers, des citronniers, des mandariniers… Mais derrière, je sais que ce sont les cuisines qui occupent ce bâtiment. En effet, Citrus exporte des fruits, mais aujourd’hui une grande partie de la production est transformée ici, dans ces cuisines. Citrus produit des confitures d’agrumes, mais aussi de toutes autres sortes de fruits. Sans oublier que la définition du fruit, c’est ce qui, dans la plante, se développe à partir de son pistil et produit les graines ou le noyau permettant sa reproduction. L’orange est un fruit, mais la tomate aussi. L’abricot est un fruit, mais l’aubergine aussi. Et Citrus fabrique de rares et délicieuses confitures d’aubergine. Et bien d’autres produits encore, classiques ou originaux. Quelques exemples, rien que pour les confitures?

écorces de mandarine

orange, châtaigne et cannelle

orange chocolat

bergamote

amande et clou de girofle

pastèque et pêche

figue et noix de muscade

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Et il y a mille autres choses. Par exemple cette soumada, boisson aux amandes de ma photo ci-dessus, dont j’ai parlé dans mon article précédent, Arrivée à Chios, parce qu’une charmante dame nous en a offert peu après notre débarquement, en nous trouvant perdus dans les ruelles de la ville. Et d’autres produits dont je ne sais pas comment traduire le nom. Πίτα φρούτου (pita froutou), par exemple, une sorte de gâteau sec aux fruits dont il existe mille parfums, ou encore γλυκά κουταλιού (glyka koutaliou), mot à mot douceurs de cuillère, qui sont des pâtes consistantes en bocal. Il y a les υποβρύχια (hypovrychia), les “sous-marins” qui sont des régals mais qui provoquent l’ire de Lawrence Durrell: “cette stupidité inventée par les cafés pour séduire leurs plus jeunes clients. […[ Cela consiste en une cuillère de confiture de mastic [ou de bien d’autres parfums, mais peut-être pas à l’époque de Durrell, 1978] plongée dans un verre d’eau très froide […] et vous voyez une expression tout à fait grecque antique sur le visage des enfants quand ils sucent sur la cuillère la confiture blanche. Il est clair qu’ils sont à Disneyland, à bord du grand sous-marin qui constitue l’une des merveilles de la culture américaine”. Quoi qu’en pense Durrell, les adultes étrangers peuvent, eux aussi, apprécier, sans se croire dans le monde de Disney! Les prix sont, en outre, très raisonnables compte tenu de la qualité, rien que des produits naturels, pas d’additifs, et il y avait tant de choses tentantes que nous sommes repartis lourdement chargés.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Les panneaux explicatifs placés ici ou là sur le site sont très intéressants, parce qu’ils ne parlent pas exclusivement de ce que nous voyons, mais ils décrivent ce que l’on trouve généralement dans les exploitations du même type à Chios, même si Citrus est la plus grande et la plus ancienne. Par exemple, il est expliqué qu’il y a toujours une citerne alimentée par des tuyaux souterrains directement à partir du puits, auprès duquel pour cette raison elle est généralement placée. Presque toujours, des poissons rouges y nagent, et elle est le plus souvent couverte de nénuphars. Et, contre la citerne, ou très près, il y a habituellement un kiosque avec des sièges où l’on peut venir se reposer dans une atmosphère rafraîchie par la proximité de l’eau.

 

À partir de la citerne, un canal principal en pierre amène l’eau au verger, puis des canaux de terre, munis de “portes” en bois permettant de réguler l’irrigation, conduisent l’eau en direction des arbres.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

À l’hôtel Argentiko, nous avons vu le système d’approvisionnement en eau à partir du puits. Ce système d’autrefois a été maintenu en l’état, mais je ne suis pas sûr qu’il soit encore utilisé, même s’il est opérationnel pour des démonstrations. Ici chez Citrus, au contraire, le système que nous voyons est réellement utilisé pour l’irrigation. Et il est entraîné par un moteur électrique, ce qui est plus moderne et plus efficace. Je reproduis ci-dessus le schéma qui est présenté sur le panneau explicatif. La roue entraîne une courroie sur laquelle sont fixés de très nombreux godets, ils descendent ainsi vers l’eau et remontent pleins. Passant au-dessus, ils se retrouvent à l’envers, ce qui leur fait déverser leur contenu. Ma troisième photo (qui anticipe sur ma présentation du musée, où je l’ai prise) montre des godets de ce système de puisage, à gauche en terre cuite, l’ancien modèle, et à droite un modèle métallique, désormais en usage.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Si l’exploitation en ce lieu par Citrus est ancienne, la société a créé ses cuisines, que nous avons vues tout à l’heure, en 2008. Ce beau bâtiment de pierre de mes photos était le lieu de stockage de la récolte de fruits, avant que ce stockage soit transféré dans les mêmes locaux que les cuisines, et aujourd’hui il a été transformé en musée, un musée qui raconte l’histoire de Kambos. Ce musée est géré par la société Citrus Memories, qui affiche son nom en anglais. Dans le texte grec, ces deux mots sont écrits tels quels, en caractères latins. Le but de création de ce complexe était de faire comprendre au public ce qu’est Citrus, ce qui caractérise cette partie de l’île, les familles qui y vivaient et leur habitat, le travail dans le verger, la culture et la commercialisation des agrumes.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Puisque je viens de montrer le bâtiment dans lequel Citrus Memories a créé son musée et que, d’autre part, avec ces godets j’ai déjà mis un pied à l’intérieur, voyons cela d’un peu plus près. Le musée montre des gravures, comme les deux de mes photos.

 

Pour la première, il est dit (en italien) “Viero 1785, Donna do Scio”. Teodoro Viero (1740-1819) est un graveur italien, miniaturiste et éditeur qui travaillait à Venise. Mais pour la gravure que l’on nous montre, la description signifie “Femme de Chios”. Seul problème, ce que Viero a lui-même inscrit comme titre, et que l’on peut lire sur la gravure, c’est “Donzella dell’isola di Scio”, ce qui veut dire “Jeune fille de l’île de Chios”. Et la différence n’est pas négligeable, parce que l’usage réservait des vêtements différents pour les jeunes filles célibataires et pour les femmes mariées.

 

Quant à ma seconde photo, elle représente en couleurs la même scène que j’ai montrée en monochrome dans mon précédent article. Je l’avais copiée dans le livre de Choiseul-Gouffier que j’ai téléchargé en version numérique sur le site Gallica de la Bibliothèque Nationale. Or dans ce musée je la retrouve avec une notice où aucune date n’est indiquée, mais le musée donne le nom du dessinateur, J.-B. Hilair, et celui du graveur, J.-L. Delignon. Cette notice est bilingue en grec et en anglais, et dans les deux cas le titre est donné en français, “Femmes de l’île de Scio”, suivi entre parenthèses de la traduction en grec et en anglais. Ce Hilair est donc le dessinateur qui a accompagné Choiseul-Gouffier dans son voyage en Grèce. Ne connaissant pas cet artiste, je suis allé chercher secours sur le site de la BNF. Jean-Baptiste Hilair (1753-1822) est originaire de Moselle, il est référencé pour soixante-cinq œuvres comme dessinateur, illustrateur et peintre et, quand je regarde les titres de ses travaux, je ne suis donc pas étonné de le voir à Tinos, à Samos, à Limnos, à Naxos, en Carie, face à des bédouins dans le désert, mais aussi rue de Vaugirard et sur les Champs-Élysées. Et les Femmes de l’île de Scio sont datées de 1782: telle est, en effet, la date de publication du livre de Choiseul-Gouffier. Il faut donc supposer que Hilair a fait graver son dessin en monochrome pour le livre, et en couleurs pour diffuser la gravure à part.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Concernant l’histoire de la production de Kambos, le musée montre des photos. Celles que j’ai choisies ci-dessus montrent les malheurs survenus. La première représente une maison de Kambos après le grand séisme de 1881 au cours duquel ont péri trois mille cinq cents personnes. Henry Houssaye a informé la France dans la Revue des Deux Mondes:

 

“Le dimanche 3 avril 1881, la population de Chio se reposait des travaux de la semaine. […] Soudain, à deux heures moins quelques minutes, un craquement formidable retentit, une terrible secousse remua l’île. Le sol s’ébranla, remué en tous sens par des commotions horizontales, des soubresauts verticaux, des mouvements giratoires. Maisons, mosquées, églises s’écroulèrent en un instant, ensevelissant sous leurs décombres des milliers de personnes. Dans les rues étroites de Chio, une pluie de pierres, des pans de murailles entiers, se détachant tout à coup, écrasaient les habitants qui abandonnaient leurs demeures restées debout. Les Chiotes, fous d’épouvante, fuyaient hors de la ville. Dans le Kambos, de nouveaux dangers les attendaient. Les murs des villas et des jardins s’écroulaient sur les fugitifs; la terre se fendait sous leurs pas et les précipitait dans d’horribles gouffres. On cite des groupes de cinquante, de cent personnes qui furent ainsi engloutis. […] Les trépidations se succédaient à des intervalles plus ou moins rapprochés, et à chaque nouvelle commotion, les murs ébranlés par la précédente s’écroulaient. De nombreux sauveteurs furent ainsi réunis aux victimes qu’ils avaient voulu sauver. On entendait des cris de détresse sortir des fondations des maisons en ruines, on voyait des mains se raidir au milieu d’amas de pierres. […] Où transporter les blessés? L’hôpital était détruit; d’ailleurs, ils n’y eussent pas été en sûreté. Pas d’ambulances, pas de bandes, de charpie, de médicaments! À peine deux ou trois médecins, dont l’un, M. Stliepowitch, fit dix amputations par heure. […] Le lendemain, à la pointe du jour, on revint aux ruines, bien que les trépidations eussent repris. L’équipage de l’aviso français le Bouvet, arrivé la nuit même dans la rade, était descendu à terre. Officiers, matelots, chirurgiens rivalisèrent de courage et de zèle avec les Chiotes de bonne volonté pour délivrer et secourir les blessés. Mais ce ne fut que le mardi 5, surlendemain de la catastrophe, qu’on put organiser méthodiquement le sauvetage. De Smyrne, de Mytilène, de Syra, des îles grecques, où l’on avait été prévenu par le télégraphe, arrivèrent des bâtiments pour évacuer les blessés, des navires chargés de vivres, de charpie, de médicaments, de toiles et de planches pour élever tentes et baraquements. Le Voltigeur, de la marine de guerre française, la frégate américaine Galena, la canonnière anglaise Bittern, l’aviso autrichien Taurus, mouillèrent devant Chio et envoyèrent à terre des compagnies de débarquement, qui se joignirent aux marins du Bouvet”.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

La deuxième photo représente une catastrophe qui, heureusement, n’a pas tué, amputé, blessé tant de gens mais qui a été un désastre économique. Le gel de l’hiver 1850 a été effroyable, et a détruit la quasi-totalité des arbres fruitiers de Kambos. On ne dispose pas de relevés de températures pour l’île, mais en janvier 1850 il a été relevé -10° à Athènes. Cette situation a été à l’origine de nombre de départs sous d’autres cieux, bien souvent à l’étranger. Mais aussi elle a été l’occasion d’acclimater à Kambos des mandariniers venus de Chine, et déjà adoptés depuis une dizaine d’années en Italie, qui résistent mieux au froid et au gel.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Je viens de parler de cette espèce de mandariniers venus de Chine. Ce qui est expliqué sous cette carte, en grec et en anglais, c’est que les agrumes, globalement, sont originaires “de l’Asie du sud-est”, est-il dit. En fait, quand je regarde la carte, je vois que l’aire représentée fait face à la péninsule arabique. Pour qui n’a pas bien en tête la carte de l’Asie, disons que sur la côte ce sont l’Iran et, au sud-est, le Pakistan puis l’extrémité nord-ouest de l’Inde, et plus loin de la côte, entre l’Iran et le Pakistan, c’est l’Afghanistan. Les conquérants arabes ont été les premiers en contact avec ces régions, et ont importé en Méditerranée des plants d’agrumes. Ils les ont d’abord acclimatés au climat du Maghreb, avant d’en étendre la culture en Espagne, dont ils s’étaient rendus maîtres. Aujourd’hui encore, on en rencontre des plantations dans tout le sud du pays, Séville, Cordoue, Grenade, Malaga, etc.; mais n’oublions pas que les Arabes ont occupé la Sicile avant que les Normands, les d’Hauteville, n’en prennent possession, sans pour autant les en expulser ou les maltraiter. C’est ainsi que les agrumes se sont développés en Sicile. Et lorsqu’au quinzième siècle les Génois se sont installés à Chios, ils y ont importé de Sicile la bigarade (orange amère). S’y ajouteront bientôt les bigarades douces, les oranges classiques, les citrons, les mandarines. Et puis on sait qu’un certain Vital Rodier, en religion frère Clément d’un monastère proche d’Oran, en Algérie, s’est associé à un botaniste pour imaginer de greffer un mandarinier sur un tronc d’orange douce, donnant naissance, en 1892, à un fruit nouveau appelé, du nom de son créateur, la clémentine. En cette époque charnière entre le dix-neuvième et le vingtième siècles, il n’était plus besoin de conquêtes pour que des échanges aient lieu, et la clémentine est entrée, un peu plus tard, dans les cultures de Kambos.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Et voilà, on cultive donc toutes sortes d’agrumes. Reste à les commercialiser. Le musée expose cette photo, où l’on voit un navire à quai, où l’on va charger des centaines de caisses. Ce sont des caisses d’agrumes de Kambos, car cette production va partir pour le monde entier.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Sur une cloison de bois, sont fixées d’innombrables plaques métalliques qui étaient destinées à identifier les caisses de fruits. Il me faut d’abord, bien évidemment, montrer le modèle de plaque qui portait la marque. On y lit CITRUS, en caractères latins, et en-dessous, en caractères grecs, αρωμαμνήμης (aromamnimis), “mémoire du goût”, ce qui aujourd’hui est exprimé seulement en anglais “Citrus Memories”, même dans les textes en grec, comme nous l’avons vu tout à l’heure.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Cette photo ne montre qu’une petite partie de cette collection de plaques. Elles donnent des indications de qualité, de poids, de numéro de lot, et puis aussi de destination. J’ai fait bien plus de photos que ce que je vais en montrer ici, mais je vais quand même en sélectionner un bon nombre…

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Un exemple de plaque donnant des instructions. “Loin de la chaleur”. Hé oui, si l’on place cette caisse de fruits près d’une machine, par exemple, on risque de retrouver les fruits cuits à l’arrivée! Et maintenant, ma grande série de destinations:

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Bon, en voilà huit, il faut que je m’arrête. Mais c’était pour montrer que Citrus avait des clients bien loin de son île, et de la Grèce. Je commence par Marseille, parce que je suis français, mais à part cela je devrais plutôt commencer par l’Empire Ottoman, auquel appartenait Chios. C’est Alexandrie, en Égypte. Sur les bords de la Mer Noire, il y a Odessa, en Ukraine, et Constantza, en Roumanie qui, avant d’être rebaptisée Constantiana par l’empereur Constantin, était cette Tomis où Ovide a été exilé, qu’il détestait, et où il a écrit les Tristes pour essayer d’être rappelé à Rome, sans succès, puisqu’il y est mort au bout de neuf ans. Sur la Mer Noire, nous sommes encore dans une relative proximité, mais les navires emportaient aussi les fruits de Citrus plus loin en Méditerranée, comme en témoigne la plaque Iberia pour l’Espagne, ou Trieste, tout là-haut au fond de la mer Adriatique, aujourd’hui en Italie mais autrefois possession de l’Empire d’Autriche-Hongrie.

 

Jusqu’à présent, il n’y avait que des ports. Seule “Iberia” ne précisait pas la ville, mais on pouvait supposer qu’il s’agissait d’une destination nautique. Et puis voilà qu’apparaît Varsovie, en Pologne, qui est à 340 kilomètres du port de Gdansk que l’on ne peut atteindre que par le détroit de Gibraltar, l’océan Atlantique, la Manche, la Mer du Nord, et puis la Mer Baltique après être passé entre le Danemark et la Suède, à moins que l’on ne choisisse le trajet terrestre à partir de Constantinople par la route, ou à partir de la fin du dix-neuvième siècle par le train (juste pour avoir une idée approximative, je consulte le site viamichelin.fr qui me donne, pour Istanbul-Varsovie, 1900 kilomètres par la route la plus directe).

 

La dernière destination, en rassemblant mes souvenirs de passionné de cartes géographiques, je me rappelle avoir vu un territoire nommé Basoko dans le Congo Kinshasa, mais pas Basoiko, comme je le lis sur la plaque. Google, Google, au secours! Mais Google ne connaît pas plus que moi de Basoiko. J’en conclus que ces caisses devaient être expédiées à Basoko, au Congo, contrée lointaine dont on a déformé le nom par ignorance. À moins que ce ne soit le nom d’une entreprise d’import-export (Google connaît une société immobilière de ce nom en Guipúzcoa, au Pays Basque espagnol).

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Informant sur la commercialisation, le musée présente une maquette de l’unité d’emballage Citrus à destination de l’exportation. On voit que des bovins sont hébergés au rez-de-chaussée, tandis que les fruits sont stockés au premier étage (ma première photo ci-dessus). Il y a des fruits encore “nus”, mais ils seront enveloppés individuellement dans un papier fin, ce sont tous ceux qui apparaissent blancs sur les étagères, et sur la table de droite, où on vient de les emballer. Quant à la deuxième photo, elle représente une autre maquette, celle de l’établissement. On reconnaît très bien le grand portail qui donne sur la rue, et le bâtiment principal.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Les ventes, tant dans l’Empire Ottoman qu’à l’étranger, sont relayées par la diaspora de Chios. Dès les premières années de l’occupation ottomane de l’île, l’émigration a commencé, pour diverses raisons qui n’étaient pas toujours liées à la politique. Rome a eu la préférence des étudiants, qui ne sont pas toujours revenus s’installer dans l’île. Des marchands ont plutôt élu domicile à Constantinople, à Smyrne, à Londres, à Trieste, les deux premières destinations, au sein de l’Empire, signifiant qu’il n’y avait là aucune raison politique. Le panneau du musée cite les diverses familles représentées par leur blason (seconde photo ci-dessus), information que je ne relaie pas parce que je pense que citer des noms inconnus ne présente pas grand intérêt. La première de ces deux photos situe, sur une carte d’Europe, où se sont établis les “blasons”. Leur nombre est bien supérieur au nombre de blasons de la seconde photo, parce que certains d’entre eux se retrouvent en plusieurs villes d’Europe, soit que des membres d’une même famille aient pris des directions différentes, soit –le plus souvent– que les descendants d’une même ligne changent leur résidence. Après tout, si je voulais marquer mes résidences successives au cours de ma vie, je figurerais à Paris et dans six autres villes d’Île-de-France, en Alsace, dans le Berry, au Chili et dernièrement en Grèce, tous ces lieux étant des résidences principales officielles pour un nombre d’années plus ou moins important!!!

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Tout à l’heure, montrant la maquette de l’atelier de conditionnement des fruits pour l’exportation, j’ai signalé que chaque orange, chaque mandarine, était enveloppée individuellement. Cela se trouve encore de temps à autre, même hors des boutiques de luxe, mais ce n’est plus la généralité. Le musée conserve aussi une riche collection de ces papiers. Ci-dessus, un papier de la compagnie Cardasilari (avec un S en grec, transcrit avec deus S en caractères latins), et la grande feuille rectangulaire de ma seconde photo, une chromolithographie, recouvrait l’intérieur du couvercle d’une caisse d’agrumes. Sur cette feuille, on note d’une part le choix du nom d’Aspasie, femme hyper célèbre du cinquième siècle avant Jésus-Christ, compagne du brillant politicien Périclès qui n’a pu l’épouser parce qu’un citoyen athénien ne pouvait épouser qu’une Athénienne pur jus, or elle venait de Milet, et interlocutrice assidue du grand philosophe Socrate. Dans le triangle du coin inférieur droit, que l’on ne s’y trompe pas: le signe PCF ne se réfère nullement au Parti Communiste Français, mais à l’entreprise P. Cardasilari Fils! On aura remarqué au passage que sur le papier enveloppe de fruit l’initiale du prénom est I (Ioannis, Jean) alors que sur l’affiche du couvercle elle est P. Il ne s’agit donc pas de la même génération.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

On le voit, pour séduire le client, on imprime sur ces papiers de charmantes demoiselles. Chose curieuse, sur le papier rédigé en caractères latins et en français (“exportation oranges, citrons, mandarines”), le nom est transcrit Anastassachis. Or j’ai vu le nom en grec, c’est Αναστασάκις (Anastasakis). Passons sur le simple S en grec qui se trouve redoublé dans la transcription, c’est fréquent. Mais la dernière syllabe commence par un K (kappa), or la transcription CH correspond à la lettre grecque X (khi) dont la prononciation est différente: un peu comme le CH de l’allemand Ich. Fantaisiste. Ici une date est indiquée, fin du dix-neuvième siècle.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Ce papier-là, je le trouve très drôle. Cet homme à cheval n’est pas un Grec. Si l’entreprise Niadis & Georgiacodis rédige son nom en français (puisque le pays est “Grèce”, en français), le reste du papier est écrit en caractères cyrilliques. De part et d’autre du cheval, rien d’étonnant: à droite, “Qualité supérieure” et à gauche ”Mandarine de Chios”. Mais, au-dessus de la tête de ce digne cavalier, je lis “Tsar libérateur”. L’île a été libérée à la veille de la Première Guerre Mondiale, au terme des guerres balkaniques, et ce n’est pas le tsar de Russie qui a libéré Chios. Plus tard, dès 1917, il n’y a plus eu de tsar en Union Soviétique. Ce papier est donc antérieur. Cela me rappelle une lecture de Théophile Gautier. Dans Constantinople, il raconte le voyage qu’il a effectué en 1852. Il dit que les Grecs de Constantinople sont convaincus que l'année suivante, quatre centième anniversaire de la prise de Constantinople par les Turcs, le tsar de la Russie orthodoxe va libérer les Grecs, ses frères en religion et que Constantinople va redevenir grecque. C'était raté. En 1953 aussi, Istanbul est toujours turque et il n'y a plus de tsar pour la libérer. En 2053, peut-être?

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Le premier de ces deux papiers est une double référence nationale. Cette déesse casquée avec en arrière-plan le Parthénon, c’est Athéna, la déesse protectrice de la cité qui symbolise la civilisation grecque ancienne. Et puis le nom qui évoque le célèbre monastère de Néa Moni (ce nom signifiant “Nouveau Monastère”), c’est une référence à l’île de Chios. Le second papier, de grande taille, devait envelopper de gros fruits. Parmi les agrumes, on ne cultivait guère ici de pamplemousses (selon une affiche du musée, c’est en raison de la sensibilité de ce fruit, mais aussi parce que les Grecs n’en apprécient pas le goût), en revanche on produit des bergamotes, qui sont des fruits nettement plus gros que les oranges.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Et pour terminer avec cette série de papiers, ces deux-là –le premier destiné à envelopper des fruits, le second pour garnir le dos du couvercle d’une caisse– ne sont pas imprimés au nom de la compagnie qui les produit ou qui les commercialise (en l’occurrence, c’était Citrus), mais font la publicité de l’Association Agricole de Crédit de Campos (Kambos). Après tout, lorsqu’en France j’achetais ma baguette de pain quotidienne, la boulangère me la glissait dans un sachet de papier qui portait la publicité d’une agence immobilière. C’est un peu la même chose.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

La production, à présent. Le musée montre des outils, des machines, mais dans le cadre de ce blog cela ne présente peut-être pas un très grand intérêt de voir un sarcloir ou un moteur posé sur un socle. Ni non plus le manuel d’utilisation d’un moteur Petter, illisible une fois réduit à la dimension de l’écran. Je me limite donc à ces deux appareils, dont le premier, qui se fixe sur le dos d’un homme (on voit bien pendre les deux bandoulières jaunes avec leur mousqueton), vaporise l’herbe. Je lis, sur le corps de l’appareil, “Métallurgie Frères Prapopoulos, Patras”.

 

Ma seconde photo montre un appareil à sulfurer qui, lui, se porte à l’épaule. L’affichette explicative n’en dit pas davantage, et je ne lis dessus aucune indication du fabricant. Je sais que le soufre est nécessaire à la croissance végétale, mais je me pose la question de son innocuité lorsqu’il est inhalé, parce qu’il me semble impossible, et utilisant cet appareil à l’épaule, d’éviter de respirer, au moindre souffle de vent, le liquide dont on asperge le sol.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Le néophyte que je suis n’imaginait pas que les types de paniers utilisés n’étaient pas les mêmes selon les circonstances. Le modèle ci-dessus est destiné à transporter les fruits entre le verger et l’unité de stockage. L’intérieur de ceux qui sont sur la charrette est nu, mais le panier qui est présenté dans le musée est garni intérieurement d’un tissu, pour ne pas risquer d’abîmer les fruits, nous dit-on.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Très différente est la forme de ce panier. Il est destiné au commerce local, et celui chez qui il est livré plein doit obligatoirement le retourner une fois vidé. Il en est d’autres, presque identiques mais comportant des marques bleues, qui sont destinés à l’exportation. Quoique le musée ne le précise pas, je suppose que ceux-là ne reviennent pas.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Et enfin, le musée s’intéresse à l’aspect humain. Pour la première partie, il y a des images. Ci-dessus, on voit d’abord, dans ce cadre ovale, Théodore et Marcelle Brouzi (ou plutôt Theodoros et Markella) lors de leur mariage, en 1943, à Alexandrie (en Égypte).

 

La seconde photo a été prise en 1944 dans les rues d’Alexandrie, et ce sont Marcelle Brouzi et Hélène Martaki. Si j’ai bien compris, la famille Brouzi a été propriétaire du domaine Citrus à Kambos.

 

D’autre part, le musée a recomposé le cadre de vie des gérants du domaine. C’est ainsi que l’on peut voir, sur ma troisième photo, la chambre à coucher. Est-elle absolument authentique, ou reconstituée avec des meubles et des accessoires d’époque? Je l’ignore, mais je pencherais volontiers pour la seconde hypothèse…

 

Je disais que “pour la première partie, il y a des images”. Car il y a une seconde partie, qui concerne l’histoire du domaine. On l’a vu au début, au-dessus du portail figure la date de 1742. À l’époque, on cultivait déjà des agrumes à Kambos depuis plusieurs siècles, mais cette date est celle de la création du domaine et de la construction de la maison par un certain Καράλι (Karali). Mais cette maison d’origine sera détruite en 1881 par le tremblement de terre. À cette époque, c’est une certaine Theano Lykiardopoulos que l’on trouve sur ces terres, et c’est elle qui va reconstruire le bâtiment que l’on voit aujourd’hui, n’ayant pu intégrer dans la nouvelle construction que bien peu d’éléments architecturaux récupérés après le désastre.

 

Les années passent, Chios est rattachée à la Grèce, la Première Guerre Mondiale, la Seconde Guerre Mondiale. Nous arrivons à l’époque de la Guerre Civile Grecque. En 1948, la propriété Lykiardopoulos accueille les partisans. En mars, elle est assiégée par les gendarmes, la fusillade dure de six heures à dix heures du matin, mais au bout de quatre heures de combats acharnés et cinq morts du côté des retranchés et un du côté des policiers, les partisans sont défaits, huit d’entre eux sont arrêtés, ainsi que le gérant de l'exploitation, Kostas Xydas. Ce dernier a été jugé par la Cour Martiale d’Athènes qui l’a condamné à mort, et il a été exécuté le 20 août 1948.

 

En 1975, le gérant est Ulysse Xydas. Il rachète à son compte la propriété Lykiardopoulos et, en 1982, il crée là la pension Perivoli qui va accueillir, est-il dit, politiciens, artistes, familles, jeunes mariés, journalistes. Et la suite, c’est ce que nous connaissons aujourd’hui.

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

Nous nous sommes un peu promenés dans le domaine, nous avons vu les vaches, les moutons, les poules, ici ou là des tonnelles avec des bancs, etc. Je ne vais quand même pas montrer des vaches! Mais en passant dans cette allée agréablement protégée des chauds rayons du soleil, nous sommes tombés sur une exposition de photos. Le sujet est donc totalement différent du sujet des agrumes qui nous a occupés à l’hôtel Argentiko puis chez Citrus, mais puisqu’elle est située dans une allée du domaine Citrus, eh bien elle me servira de conclusion au présent article. L’affiche dit “20/07 jusqu’au 20/08/2014, exposition photographique. En photographiant ce qui n’est pas montré. Coup d’œil photographique de membres et d’élèves de la F.L.Ch.”, sigle que je ne connais pas, mais je suppose qu’il veut dire Φωτογραφική Λέσχη Χίου (Club Photo de Chios).

Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014
Kambos, dans l’île de Chios. Mardi 29 juillet 2014

J’ai choisi quatre photos que j’aime bien parmi toutes celles qui bordent cette allée. Je me contente de les montrer, car pour chacune d’entre elles il n’est donné que le nom de l’auteur. Pas de titre, aucune autre indication. Mais après tout, est-ce que le titre qu’on leur donne aide à apprécier la Joconde de Léonard de Vinci ou la Vénus de Milo? Voici donc les noms des auteurs:

– Ces deux mains sur un tronc sont de Pandelis Moromalos

– Ce sphinx est de Despina Armenaki

– Cette chaise est d’Irini (Irène) Pitta

– Ce sol fendu est de Katerina Manoliadi

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Published by Thierry Jamard
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