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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 23:55

Nous voilà dans un musée tellement riche que je n’en finis pas de sélectionner mes photos, sans parvenir à en éliminer un nombre suffisant. Alors tant pis, j’en garde… 18 pour cent. Et ça fait un gros paquet.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Commençons par quelques constructions ou éléments d’architecture. Ci-dessus, dans la cour du musée, une tombe macédonienne du deuxième siècle avant Jésus-Christ. Alexandre le Grand (356-323) a libéré l’Ionie, avec Chios, des Perses, et tout à la fin du troisième siècle, en 201, l’île est prise par Philippe V, roi de Macédoine. Le terme “macédonienne” signifie donc “postérieure à la conquête”, et “de type macédonien”. Celle-ci a été trouvée dans l’actuelle ville de Chios, capitale de l’île.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Dans mon précédent article, Villages de Chios avec des sites antiques, j’ai dit quelques mots du site archéologique de Kato Fanon et du sanctuaire d’Apollon Fanéos. Ce chapiteau de colonne en provient. Il est de type ionique avec des “yeux” insérés dans les volutes, taillé dans une pierre calcaire, et date du dernier quart du quatrième siècle avant Jésus-Christ.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Pour cet autre chapiteau de colonne, nous remontons dans le temps, à la première moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ; il a été trouvé dans la ville de Chios. Ses ornements sur quatre niveaux, très élaborés, sont tout à fait originaux.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Cet autre élément architectural est un fragment de frise datant de l’antiquité tardive. Le buste du guerrier qui y est représenté en bas-relief est encadré par deux boucliers. Sa provenance n'est pas précisée.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Ici… aucune indication. Il est assez évident qu’il s’agit d’urnes funéraires, mais comme pour la frise précédente on ne nous dit ni le lieu d’où elles proviennent, ni la date de l’incinération du défunt.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Après ces urnes funéraires, ne changeons pas de sujet, voici deux stèles funéraires. Sur la première, le nom du défunt est gravé, il s’appelle Τειμησίπολις (Timisipolis, disent les Grecs d’aujourd’hui, mais puisque ce Grec est mort au premier siècle avant Jésus-Christ, il convient de l’appeler Teimêsipolis). Concernant le lieu, c’est vague: “île de Chios”… Ce monsieur tient une grappe de raisin qu’un coq picore.

 

Quant au second marbre, qui vient de Pyrgi et remonte au deuxième siècle avant Jésus-Christ, ce bas-relief représente un repas funéraire. En haut à l’arrière-plan, on voit à gauche un serpent et à l’autre bout à droite une tête de cheval, qui sont considérés comme des symboles chtoniens. On voit aussi une paire de cnémides et un casque, qui indiquent que le mort était un soldat.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Passons maintenant à des pierres gravées. Il y a d’abord les pierres portant des inscriptions. Dans l’antiquité on pouvait écrire sur papyrus, comme les Égyptiens, et plus tard sur parchemin (mot qui vient du latin pergamena, “pergamienne”) quand la bibliothèque de Pergame n’a plus été autorisée à importer le papyrus égyptien, parce que la bibliothèque d’Alexandrie voulait rester la première au monde. On écrivait sur des tablettes revêtues de cire. Les Mycéniens écrivaient dans l’argile fraîche, que l’on pouvait effacer d’un frottement du pouce, et dont les textes ont été sauvés par l’incendie des palais, qui a cuit l’argile. Mais quand un texte devait être préservé sur un support durable, on le gravait dans la pierre.

 

C’est le cas du texte ci-dessus, une “lettre” d’Alexandre le Grand adressée en 332 avant Jésus-Christ à la population de Chios. Il ordonne que soit rétabli dans l’île un régime démocratique, avec retour des exilés, et il définit par ailleurs les droits et obligations des citoyens à l’égard du roi. Cette pierre a été trouvée en plein cœur de l’île, à Ververato (sur Google Earth, je repère l’emplacement de la place centrale: 38°20’03”N / 26°05’09” mais je n’ai pas exactement pu localiser le lieudit Flamouni et l’église Agios Georgios où elle a été déterrée). Intéressant de constater qu’il était roi, que l’on devait se soumettre à ses décisions, mais que parallèlement à cela il exigeait dans chacune des provinces qu’il conquérait l’établissement d’un gouvernement local autonome et démocratique.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

C’est dans le kastro (château) de Chios qu’a été trouvée cette pierre, dont on ne nous explique pas pourquoi elle est découpée en arc de cercle du côté droit. Elle est d’assez peu postérieure à la précédente lettre d’Alexandre, mais date probablement d’après sa mort, puisqu’elle est des alentours de 320 avant Jésus-Christ. Il s’agit d’un décret du peuple de Chios pour conférer des honneurs à des juges venus de l’île de Naxos et de l’île d’Andros, qui avaient été invités à venir trancher des différends entre des citoyens de Chios.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Ce décret du peuple de Chios trouvé à Palaiokastro, dans la ville de Chios, est du milieu du troisième siècle avant Jésus-Christ. Il y est question d’Apollophane, fils d’Apollodore, agent du roi Ptolémée. En ce milieu de siècle, ce peut être la fin du règne de Ptolémée II (283-246) ou le début du règne de Ptolémée III (246-222). Le décret honore Apollophane pour son comportement à l’égard du peuple de Chios et pour la manière positive et juste dont il a exécuté les ordres de Ptolémée. À la mort d’Alexandre en 323, l’immense empire qu’il a conquis est partagé entre ses diadoques (ses généraux qui deviennent ses successeurs), l’Égypte échoit en partage aux Lagides, c’est-à-dire la famille des Ptolémée (le premier Ptolémée était fil de Lagos), et Chios semble avoir été incluse dans le lot de Lysimaque, qui règne sur le tour de la Mer Noire et sur une grande part ouest de l’Asie Mineure. Mais ensuite les sources historiques et archéologiques sont presque muettes sur ce qu’il advient de Chios lors des luttes et des guerres entre les diadoques et leurs descendants. Ce décret est par conséquent une indication très importante, car on sait que Ptolémée III, victorieux de Séleucos II, roi de Syrie, va annexer en 241 quelques territoires du sud de l’Asie Mineure et des îles de la Mer Égée. Ce Ptolémée qui envoie à Chios un représentant porteur de ses ordres, serait donc Ptolémée III, et on peut ainsi en conclure que Chios était tombée dans le giron de l’Égypte.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Nous franchissons les siècles pour nous retrouver au milieu du premier siècle de notre ère. Cette pierre, mise au jour dans la ville de Chios, est gravée d’un décret décernant les honneurs à une certaine Claudia Métrodora pour la remercier des nombreux services rendus à Chios, sa patrie. Son nom, Κλαυδία Μητροδώρα, est écrit en caractères grecs, le nom de Métrodora lui-même, dont l’étymologie signifie “Don de la Mère”, est grec, mais le prénom est latin. À cette époque, Chios est intégrée dans l’Empire Romain, et l’empereur se nomme Claude (Claudius, 41-54 après Jésus-Christ). En Grèce, la plupart du temps on continue à donner aux enfants des noms grecs, mais dans certaines familles, par snobisme, ou par ambition, ou par “modernisme”, ou du fait d’un mariage mixte, etc., on donne parfois des noms latins. L’autre nom est celui du père ou celui de l’époux, accordé au féminin. On trouve ce nom de Métrodoros chez Hérodote (IV, 138) pour un Ionien de Proconnèse (île de la mer de Marmara) à la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ. Près de six siècles ont passé, bien des mouvements au sein du monde grec ont eu lieu, mais Chios est une île ionienne comme l’île de Proconnèse.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Cette inscription est encore plus tardive, elle est du troisième siècle après Jésus-Christ. Elle aussi provient de la ville de Chios, dans le kastro. Il faut s’accrocher pour comprendre la généalogie d’Épaphrodeitos et d’Apollonia, le couple pour qui a été gravée cette inscription funéraire. Épaphrodeitos, le mari, est fils de Théodotos. Apollonia, sa femme, est fille d’Eschine, et mère d’un Eschine lui aussi, comme son grand-père. Mais il semblerait que ce fils ne soit pas le fils d’Épaphrodeitos, et qu’il soit issu d’un premier mariage d’Apollonia avec Antiochos. Toujours est-il que c’est Épaphrodeitos qui, de son vivant, et conjointement avec son beau-fils Eschine, a fait ériger le monument sur lequel était fixée cette inscription. Il est écrit également que le réemploi de ce monument est interdit. On sait, en effet, qu’il était d’usage courant de récupérer des sarcophages, des monuments funéraires, des stèles pour d’autres défunts: c’est plus économique, et leurs occupants ne sont plus en mesure de protester. Aussi dans beaucoup de cités y a-t-il eu des lois punissant ce réemploi s’il était expressément interdit par les héritiers. D’où cette précision gravée.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Mais les gravures sur pierre ne concernent pas exclusivement des textes. Il y a également des dessins. Nous avons vu beaucoup de musées en Grèce, nous avons vu beaucoup de textes gravés, mais des dessins gravés nous n’en avons presque jamais vu. Et ici il y en a un bon nombre, c’est fascinant. Sur ce fragment de frise de marbre d’un monument funéraire qui vient de Palaiokastro dans la ville de Chios et qui date de 420 avant Jésus-Christ, sont représentés des oiseaux aquatiques, et c’est plein de vie. Celui de gauche plonge son bec dans l’eau, les deux autres s’ébrouent en battant des ailes. La gravure est encore assez visible, mais puisque le musée en propose une reproduction, je la présente aussi. Ce n’en est que plus clair.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Car la gravure suivante, pour laquelle je n’ai pas de “traduction” dessinée par le musée, est bien peu lisible, malheureusement. J’en montre aussi un détail de son côté gauche, cette danseuse en gros plan est un peu plus visible. Cette pierre est peut-être un morceau de stèle funéraire, peut-être un morceau d’autel. La datation indique cinquième ou quatrième siècle avant Jésus-Christ, donc la même chose que les oiseaux de tout à l’heure, seulement moins précis…

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Ici le dessin est légèrement plus visible, et de plus je dispose d’une reproduction dessinée par le musée. Ce fragment d’entablement en marbre provient des alentours de Saint Pantéléimon, dans la capitale de l’île, et représente la proue d’une trière. Nous sommes un siècle après la gravure précédente, quatrième ou troisième siècle avant Jésus-Christ.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

C’est peut-être de la forteresse de Chios que provient cette pierre, on ne sait pas trop. Et on ne sait pas non plus si c’est un morceau de stèle funéraire ou un morceau d’autel. Mais ce qui semble être sûr c’est qu’elle est du troisième siècle avant Jésus-Christ. Et l’on voit qu’elle est gravée sur trois côtés: au centre, au-dessus d’une femme assise jouant de la cithare et accompagnée d’une enfant ou d’une esclave lui apportant un coffret, on lit les quatre lettres ΜΠΡΟ (mpro), et pour une raison que j’ignore le musée complète [La]mpro[n] (Λάμπρον) pour l’inscription, et nous dit que c’est παράσταση της Λάμπτου, ce qui veut dire “une représentation de Lampros”, ce nom étant féminin (puisqu’en grec on met toujours un article avant le nom, il est écrit “la Lampros”, au féminin). L’adjectif lampros, en grec ancien, signifie brillant, clair, limpide, et son féminin est lampra. En outre, le musée choisit de mettre l’accent tonique sur la première syllabe, alors que cet adjectif grec est accentué sur la syllabe finale (λαμπρός, λαμπρά).

 

Sur les deux faces qui encadrent cette joueuse de cithare, qu’elle s’appelle Lampros ou autrement, sont représentées deux sirènes, l’une jouant de la double flûte et l’autre de la lyre. On se rappelle, bien sûr, que les sirènes de l’antiquité ont une tête et un buste de femme et que le bas de leur corps est celui d’un oiseau. Et elles volent, puisqu’Ulysse est sur son bateau quand elles viennent chanter leur chant merveilleux. Quand le mot apparaît dans la langue française, en 1265, il désigne une femme à queue de poisson, venue de la mythologie scandinave.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Les plus anciens objets livrés par des fouilles archéologiques à Chios remontent au début de la période néolithique, entre 6000 et 5000 avant Jésus-Christ. À l’extrême nord-ouest de l’île se trouve près du village d’Agios Galas une caverne qui a d’abord servi d’habitat puis est devenue un lieu de culte après la période archaïque. Dans mon précédent article, Villages de Chios avec des sites antiques, j’ai parlé un petit peu d’Emporeios (Emborios), or on a retrouvé là des traces d’un habitat du début et du milieu de l’âge du bronze, ainsi que de l’époque mycénienne. Et encore plus à l’extrême sud de l’île qu’Emporeios, à Dotia, on a découvert une chambre funéraire taillée dans le roc qui date de la fin du néolithique. Je vais donc montrer quelques poteries en suivant l’ordre chronologique.

 

Ci-dessus, nous sommes à Emporeios, à la fin du néolithique, et nous voyons d’abord un pithos décoré de chevrons incisés. Ses flancs portent de petites excroissances percées, qui étaient destinées à fixer le couvercle. Ensuite, c’est une cruche à double bec avec des décorations en excroissance en forme de cornes. Puis vient un pot monté sur trois pieds et muni d’un couvercle pour des cuissons à l’étouffée. Et enfin, c’est une coupe à deux anses en forme d’étoile. Comme on le voit, cette époque très reculée invente des formes élaborées qui allient l’esthétique au fonctionnel.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

À Dotia, on n’a pas trouvé qu’une chambre funéraire néolithique, car cette pyxide avec couvercle en provient, et elle est un peu plus jeune, elle date du début de l’âge du bronze. C’est une jolie petite boîte à bijoux à la décoration gravée.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Nous sommes toujours à l’âge du bronze, mais un peu plus tard, à l’époque mycénienne, pour ce bol décoré de 1375-1300 avant Jésus-Christ.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Et du mycénien encore, de 1300-1225, pour ces trois accessoires en terre décorée, une jarre ventrue avec le bec au sommet, déporté par rapport à l’anse, puis une autre jarre, en cône inversé, également avec bec déporté, et enfin une fiasque avec verseuse centrale, au milieu de la poignée. Il y a donc quelques différences, mais tout cela est très proche, et provient peut-être du même atelier.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Dans la fourchette 900-850 avant Jésus-Christ, il n’y a pas encore de textes grecs, on peut donc dire que c’est la fin de l’époque préhistorique. De cette époque, le musée nous montre cette amphore décorée et ce qu’il appelle une petite amphore, et qui pour moi serait plutôt un pot à anses, non décoré.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Nous voici arrivés aux temps historiques, à l’époque archaïque, 640-620 avant Jésus-Christ, avec cette hydrie peinte qui a été découverte dans la ville de Chios.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Ces poteries sont malheureusement cassées, mais il reste encore des parties significatives des corps d’animaux qui y sont représentés. J’en montre ici trois, mais le musée en expose beaucoup d’autres, et dit globalement, pour l’ensemble, qu’ils viennent de la ville de Chios ou du sanctuaire du port d’Emporeios. Je ne peux donc préciser duquel de ces deux endroits proviennent ces trois fragments, mais ils sont datés 630-600 avant Jésus-Christ. Ces chèvres –ou peut-être plutôt ces bouquetins– et ce chien sont merveilleusement dessinés, saisis sur le vif.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Ce fragment, que les archéologues ont daté 600-580 avant Jésus-Christ et qui provient de la ville de Chios est un morceau de lékanè (λέκανη), c’est-à-dire une coupe large et peu profonde, à deux anses. On notera que, pour accentuer le dynamisme, de ligne en ligne les animaux alternent la direction de leur déplacement, les sphinx vers la gauche, les lions vers la droite, les oiseaux vers la gauche.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

C’est dans la ville de Chios pour l’un, à Emporeios pour l’autre, qu’ont été trouvés ces deux fragments de coupes à boire de 580-540 avant Jésus-Christ. Le dessin y est si semblable que tous deux proviennent certainement du même atelier qui devait les produire en série. Ils représentent des komastes, c’est-à-dire des fêtards. Ce mot de “fêtards” est d’ailleurs un peu impropre, parce qu’il est vaguement péjoratif, valeur qu’il n’a pas en grec.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Ces élégantes danseuses en relief ornaient un pithos, sorte de grande jarre où l’on conservait l’huile, ou le blé, etc. Ce fragment, trouvé à Palaikastro dans la ville de Chios, est daté 575-560 avant Jésus-Christ.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Et encore un dernier fragment de poterie, avec celui-ci qui est décoré en relief de palmettes et d’un triton tenant une pieuvre. Il vient de la ville de Chios et date de 550-525 avant Jésus-Christ.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Ces pots, ces vases, ces coupes, c’est fini pour aujourd’hui dans ce musée, mais nous n’allons pas quitter la terre cuite, avec un certain nombre de sculptures. Et de même que précédemment, je vais suivre l’ordre chronologique, mais ici nous commençons là où nous avons terminé avec ce fragment représentant un triton. Car ce buste de femme est daté du milieu du cinquième siècle. Il vient du sanctuaire d’Athéna à Emporeios. Cette sorte de tunique qu’elle porte est un peplos.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Époque classique, nous dit-on pour ce visage féminin enveloppé d’un voile, c’est-à-dire le cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il s’agit d’une décoration moulée qui décorait un article de vaisselle (eh bien, nous y sommes quand même revenus, à la vaisselle!). Ce fragment a été déterré dans la ville de Chios.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Poursuivant notre avancée dans le temps, nous arrivons au début du quatrième siècle (qui est encore l’époque classique), et nous sommes de retour au sanctuaire d’Athéna à Emporeios. Cette statuette représente une danseuse qui s’accompagne du son du tympanon qu’elle tient dans sa main gauche et fait résonner en le frappant de la main droite.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Nous arrivons maintenant à l’époque hellénistique, l’âge d’or du modelage. Dans tous les musées de Grèce que nous avons visités, j’ai fait une riche collecte de photos de terres cuites. La production a été tellement abondante qu’elle a permis aux archéologues de définir, pour chaque cité, pour chaque atelier, quel était leur style, mais même –avec la collaboration de chimistes– quelle était la composition de la terre utilisée, laquelle influence la couleur finale de l’objet. Chios rejoint, pour les productions abondantes et de qualité ,des cités d’Asie Mineure réputées pour leurs terres cuites, comme Smyrne, Pergame, Myrina, Cnide. Les sujets le plus souvent traités sont Aphrodite, les éphèbes nus, les Victoires, des danseuses. Aux quatrième et troisième siècles, ce seront Tanagra, en Béotie, et Alexandrie, en Égypte, qui abriteront les plus célèbres ateliers. Alexandrie importait sa terre, mais à partir du deuxième siècle avant Jésus-Christ, les ateliers cesseront ces importations et utiliseront la boue du Nil, et leur production tendra vers la copie, en terre cuite de dimensions réduites, de grandes statues de marbre. Et si je dis cela ici, c’est parce que Chios s’est visiblement inspirée, à la fin de l’époque hellénistique, des œuvres d’Alexandrie. Puis vient l’époque romaine, et les statuettes perdent toutes leurs qualités, les corps sont schématiques, les détails sont négligés.

 

Ci-dessus, cette belle tête d’homme âgé barbu est de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ. On y voit les rides, et surtout un air las et usé.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Ce jeune homme est daté un peu grossièrement quatrième, troisième siècle. On note qu’il est vêtu d’une chlamyde, et qu’il porte sur la tête un bonnet rond, qui est une καυσία (kavsia) macédonienne. Ce n’est pas étonnant, puisqu’à cette époque Chios a été conquise par Alexandre le Grand et qu’après sa mort elle est tombée sous la domination de l’un de ses diadoques macédoniens.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Le couvre-chef que porte cette tête de femme d’époque hellénistique n’est ni discret ni pratique! Le musée dit: “Tête de figurine féminine avec une kalyptra en forme de tour”. C’est curieux, parce que la kalyptra (καλύπτρα) est une sorte de voile que les femmes portaient sur la tête, et le mot apparaît déjà dans l’Iliade et dans l’Odyssée. Si cette femme portait un voile roulé en forme de gros chignon, je pense que le mot serait impropre, mais je le comprendrais; en revanche, cette tour faite d’une matière rigide… le mot ne lui convient absolument pas. Et pourquoi cette femme porte-t-elle ce genre de monument? Chaque ville a sa Tychè, la divinité de sa destinée, qui est généralement représentée avec les murailles de la ville sur la tête. Cette construction sur la tête de cette figurine est bien cassée, on ne voit pas trop ce que c’est, mais je me demande si cette femme n’est pas la Tychè de Chios.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Et voilà, nous sommes arrivés au premier siècle avant Jésus-Christ. Arbitrairement, les historiens définissent la période hellénistique entre la mort d’Alexandre le Grand en 323 avant Jésus-Christ, et le suicide de Cléopâtre VII en 30 avant Jésus-Christ. En ce premier siècle, nous sommes donc à la toute fin de l’époque hellénistique ou au tout début de l’époque romaine. Ces masques de théâtre sont expressifs, certes, mais très caricaturaux. Ce sont donc certainement des masques de comédie.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

En grec ancien, le δοῦλος, au féminin la δούλη (doulos, doulè), désigne l’esclave. L’adjectif ἱερός (hiéros) signifie sacré. Et donc un ou une hiérodule est un / une esclave sacré(e) au service d’un dieu ou d’une déesse dans son temple. Tout particulièrement, les femmes qui doivent se livrer à la prostitution sacrée dans les temples d’Aphrodite sont la plupart du temps des hiérodules. Si je raconte tout cela, c’est parce que les trois statuettes ci-dessus représentent des hiérodules. On nous dit que les deux premières sont du premier siècle avant Jésus-Christ, et que la troisième est de la fin de l’époque hellénistique… ce qui revient à peu près au même! Et il est dommage que les responsables de la muséographie, archéologues ou conservateurs, qui ont rédigé les notes explicatives se limitent à dire que la dernière a les mains sur la poitrine sans dire quelle peut être la signification de ce geste, et que les deux premières portent au milieu de la poitrine un petit écusson tenu par des ficelles entrecroisées sans dire quels en sont le but et l’utilité, car tout cela on le voit, il est inutile de le préciser, mais ce que le visiteur souhaite, c’est comprendre ce qu’il voit.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Et puisque c’est surtout dans les temples d’Aphrodite que l’on voit des hiérodules, eh bien voici maintenant la déesse. La première est dite de type cnidien (de la ville de Cnide, sur une longue presqu’île à l’extrême sud-ouest de l’Asie Mineure aujourd’hui turque) et date du premier siècle avant Jésus-Christ, tandis que la seconde, de type Genitrix, est soit contemporaine, soit un peu plus tardive, puisque l’on trouve la datation premier siècle avant Jésus-Christ ou premier siècle après.

 

On a remarqué que l’Aphrodite de type cnidien est nue tandis que la seconde est vêtue, quoique dévoilant un sein et portant une tunique d’un tissu très fin plaqué au corps. C’est l’occasion de raconter une anecdote que, peut-être, tout le monde ne connaît pas. Cos, l’une des îles du Dodécanèse que nous visiterons prochainement, avait commandé une statue d’Aphrodite au grand sculpteur Praxitèle, qui a vécu au quatrième siècle avant Jésus-Christ. Lui, réfléchissant à son projet de statue alors qu’il était sur la plage, voit sortir de l’eau, nue, sa maîtresse Phrynè dont la beauté était proverbiale. C’est le cas de le dire, son corps était sculptural, et voilà: Praxitèle tenait son modèle. Quoique leur relation ait été intime, elle a peut-être mis sa main sur son sexe dans un geste de pudeur. À l’époque, les grandes statues de marbre représentant des femmes, déesses ou mortelles, étaient habillées. En voyant cette Aphrodite, les habitants de Cos ont été indignés, ils se sont voilé la face, ils ont poussé les hauts cris, ils ont refusé la statue. Praxitèle alors, pour remplir son contrat, a sculpté une autre Aphrodite, plus pudiquement vêtue. Les habitants de Cnide, au contraire, moins prudes, séduits par la beauté de l’œuvre, l’ont acquise pour leur compte et l’ont placée dans leur temple d’Aphrodite. Par la suite, la nudité des statues s’est répandue, et Cnide a reçu des offres d’achat de leur Aphrodite pour des prix très élevés, mais pas question de s’en défaire, ils l’ont jalousement gardée. Dans les siècles qui ont suivi, l’Aphrodite de type cnidien, nue avec une main sur le sexe, a été amplement copiée et réinterprétée, en marbre de grande taille, en petite terre cuite comme ici, en bronze, mais jamais aucun sculpteur n’est parvenu à surpasser l’œuvre originale du quatrième siècle par Praxitèle. Et il est certain que, comme je le disais tout à l’heure, ces statuettes n’ont pas la finesse des terres cuites plus anciennes.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Ces jeunes hommes, le premier avec un fin collier de barbe, le second avec de très longs favoris, sont tous deux situés dans cette fourchette du premier siècle avant Jésus-Christ au premier siècle après.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Je viens de montrer deux messieurs, il ne serait pas galant de ma part de ne pas montrer deux dames. Et de ne pas les montrer ensuite, non pas pour donner priorité aux hommes, mais pour garder leur charme pour “la bonne bouche”. Elles sont, elles aussi, datées de la fourchette premier siècle avant Jésus-Christ / premier siècle après.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Et pour en finir avec les statuettes de terre cuite, un groupe grotesque, ce nain chevauchant un sanglier. Il est à situer dans la même fourchette que les terres cuites précédentes. C’est amusant, mais il n’y a aucune finesse dans la réalisation.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014

Nous commençons les “divers” par des ornements, par l’élégance, loin dans le passé. Ces colliers remontent à 1375-1170 avant Jésus-Christ pour la première série réalisée en pâte de verre, et à 1450-1100 pour le collier en sardoine taillée en amande.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
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Une tout autre époque pour un sujet tout autre. Nous sommes dans la seconde moitié du deuxième siècle avant Jésus-Christ. C’est néanmoins loin dans le passé, et pourtant ce crâne humain témoigne qu’à cette époque les chirurgiens étaient capables de pratiquer des trépanations du crâne. Bien sûr dans l’antiquité les Grecs ne connaissaient ni l’ordinateur ni le smartphone, ils ne regardaient pas le 20 heures à la télévision et ne se déplaçaient pas en 4x4 polluant, mais ils avaient atteint un remarquable degré de civilisation, issu d’une réflexion philosophique sur l’Homme, sur les causes et les conséquences, etc.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
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L’huile, le vin, le fromage, le poisson salé, les céréales –entre autres– étaient transportés dans des amphores, et certains de ces produits étaient exportés très loin. Et comme, hélas, beaucoup de bateaux ont coulé, on a retrouvé un très grand nombre de ces amphores au fond de la mer, ainsi que beaucoup d’autres qui étaient restées stockées dans des entrepôts ou dans des demeures particulières. Les amphores à fond en pointe, qui ont apparu en Palestine dès le quatorzième siècle avant Jésus-Christ, avaient une forme commode pour le transport des liquides, en particulier le vin que l’on embarquait dans les cales de navires, parce que cette forme permettait de les bloquer, et en outre la prise de cette base était plus aisée pour renverser l’amphore quand on voulait en verser le contenu. C’est surtout quand le commerce du vin a pris une énorme importance en Grèce, à partir du sixième siècle avant Jésus-Christ, que cette forme a connu la plus vaste diffusion. Évoquant les pièces de monnaie de Chios, Tournefort écrit, en 1717: “On y représentait aussi des cruches pointues par le bas et à deux anses vers le col; cette figure était propre pour en faire séparer la lie qui se précipitait toute à la pointe après qu'on les avait enterrées; ensuite on en pompait le vin”.

 

Chaque région vinicole, Thasos, Lesbos, Cos, Rhodes, Cnide, et aussi Chios, avait sa forme d’amphore reconnaissable, mais en outre un sceau venait généralement estampiller, à partir du cinquième siècle, une poignée de l’amphore, garantissant son origine, sa juste contenance, son contenu. Vers 430 avant Jésus-Christ, la capacité de l’amphore de Chios est passée de 20 à 23 litres. Des ateliers de fabrication d’amphores ont été repérés dans l’île, l’un dans la ville de Chios créé dans la première moitié du cinquième siècle; l’autre qui a été actif à l’époque hellénistique puis à l’époque romaine, était à Limnia (Λημνιά), au nord-ouest de l’île, là où la côte s’est incurvée et regarde vers le sud-ouest.

 

Du quatrième au premier siècle, la forme s’affine, moins ventrue, et il se forme un angle entre le corps et le cou, qui a tendance à s’allonger. Ma première photo ci-dessus montre une amphore ventrue, et donc plus ancienne, datée 500-480 avant Jésus-Christ. La forme plus fine de celle de ma seconde photo, avec des épaules qui font un angle, se révèle plus tardive, comme je l’expliquais il y a un instant: elle est datée 425-400, soit une soixantaine d’années plus jeune que la précédente. Quant à la série de quatre amphores de ma troisième photo, leur col nettement allongé par rapport à la seconde signifie que l’on est encore plus tard, car elles datent du quatrième siècle. “Quatrième siècle”, c’est un peu vague, mais puisque cela nous situe entre 399 et 300, c’est quand même postérieur. De plus, du fait de la très nette évolution de la longueur du col, je suppose qu’il ne s’agit pas du début du siècle.

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Il y a également des pièces de monnaie dans ce musée. Je n’en montre que peu, puisque lors de nos deux visites au musée numismatique d’Athènes j’ai eu l’occasion d’en présenter beaucoup. Toutes les quatre sont en argent. Sur la ligne du haut, il s’agit deux fois du profil de Ptolémée Ier Sôter, qui a créé la dynastie des Lagides et a régné sur l’Égypte de 323 (la mort d’Alexandre le Grand) à sa propre mort en 283. Et, sur la ligne du bas, à gauche cet aigle figure également sur une pièce de ce Ptolémée Ier.

 

En bas à droite, quand j’ai vu cette pièce, j’ai trouvé que ce profil ressemblait tellement aux deux du haut que j’ai pensé que c’était le même homme. Il m’a fallu relire à plusieurs reprises la légende, non, ce n’est pas lui, et de plus c’est une femme: c’est Bérénice II (267-221), qui a épousé Ptolémée III Évergète. Comme, depuis Ptolémée II Philadelphe (“qui aime sa sœur”), les rois, puis pharaons d’Égypte Lagides ont épousé leur sœur pour suivre la tradition des pharaons égyptiens qui, étant des dieux, ne pouvaient mêler leur sang à celui d’une simple femme, je me suis dit que cette ressemblance tenait à leur fraternité. Pas du tout, ils n’ont pas de sang en commun. Essayons d’être clair: Ptolémée Ier est un général d’Alexandre, avec Bérénice Ière il engendre (entre autres) Ptolémée II et Arsinoé. Plus tard, Ptolémée II épousera Arsinoé (les “Philadelphes”), et d’eux naîtra Ptolémée III.

 

Cette Bérénice Ière qui a épousé Ptolémée Ier avait eu, d’un premier mariage avec un certain Philippe, un fils nommé Magas. Puis Magas, marié à Apama, une Séleucide descendante d’un autre général d’Alexandre, donne naissance à notre Bérénice II de la pièce de monnaie.

 

En résumé, Bérénice II est le petite-fille de Bérénice Ière, Ptolémée II et Ptolémée III sont le fils et le petit-fils de Bérénice Ière. C’est là leur seul lien de parenté. Par conséquent, puisqu’il n’y a aucun sang commun entre Ptolémée Ier et Bérénice Ière, il n’y a aucune raison pour que Bérénice II ressemble à Ptolémée Ier. Oh là là, c’est bien embrouillé et bien difficile. Alors passons!!!

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Moins embrouillé, un article domestique. De façon très laconique, le musée décrit l’objet comme “crochets de bronze pour suspendre”. Pas de datation. C’est vrai, dans les cuisines, aujourd’hui comme par le passé, quand les louches, grandes cuillères et autres accessoires sont percés d’un trou dans leur manche ou sont garnis d’un anneau, il est commode de les suspendre au mur pour les avoir instantanément sous la main quand on en a besoin, et tel était peut-être l’usage de ce triple crochet.

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Pour cette couronne à feuilles d’olivier en or, on nous donne une datation, époque hellénistique ou début de l’époque romaine. Il était fréquent que dans les familles de l’aristocratie les convives des banquets se parent de couronnes, et la richesse de la couronne était souvent utilisée comme marque de la richesse ou du rang de celui qui la portait.

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Cette mini-figurine en ivoire représentant un cheval et son cavalier (enfin... une jambe et un bras du cavalier) a été trouvée dans le port du sanctuaire d’Emporeios. Elle date du milieu du septième siècle avant Jésus-Christ et elle est d’une finesse remarquable.

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Trouvé dans le temple d’Apollon Fanéos à Kato Fanon (voir mon précédent article intitulé Villages de Chios avec des sites antiques), ce cheval en bronze du milieu du sixième siècle avant notre ère avait été fixé sur un chaudron comme décoration, peut-être aussi comme poignée.

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Autre objet, ce petit sceau d’ivoire en forme de lion couché, datant de la fin du huitième siècle avant Jésus-Christ et provenant du port du sanctuaire à Emporeios. Ce que l’on voit sur ma photo, c’est le dessus du sceau, et puisqu’il est posé sur une étagère on ne peut évidemment pas voir le dessous mais, selon le musée, la face qui laisse son empreinte représente un sphinx ailé et le schéma d’un arbre.

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Ceci est un chaudron miniature, on ne peut l’utiliser pour cuisiner. Il est en bronze et date du milieu du sixième siècle avant Jésus-Christ. J’aimerais bien savoir quel était son usage, mais le musée n’en dit rien, peut-être parce que les archéologues n’en savent pas plus que moi: jouet d’enfant? Bibelot décoratif? Objet votif offert à un dieu par un cuisinier? Évocation de l’activité d’un défunt déposée dans sa tombe?

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Provenant du sanctuaire d’Apollon à Kato Fanon et datant de la seconde moitié du sixième siècle avant Jésus-Christ, ce guerrier portant casque et cuirasse est fait d’argent doré. Cette silhouette longue, filiforme, n’est pas sans rappeler certaines sculptures étrusques… ou des œuvres de Giacometti.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
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Et puis il y a, bien sûr aussi, de grandes statues de marbre. Chios compte parmi les plus célèbres lieux de création pour la sculpture ionienne, et c’est également là que l’on trouve les premiers exemples de la korè (jeune fille) de style ionien. En voici un exemple ci-dessus, avec cette korè de 580-570 avant Jésus-Christ, dont les tresses tombent sur les mains posées sur sa poitrine. De face comme de dos, nous voyons avec quel soin ces tresses sont resserrées de distance en distance pour leur donner l’apparence de colliers de perles, et aussi avec quelle finesse l’artiste les a reproduites. Cette korè est vêtue d’un chiton ionien près du corps, orné de traits ondulants gravés dans le marbre. Ni visage, ni bras, et pourtant on ne peut cesser d’admirer cette korè!

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
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Grosso modo de la même époque que la korè, puisque datée du sixième siècle avant Jésus-Christ, cette statuette votive en marbre de Cybèle, sur ma première photo ci-dessus, est très, très loin d’être aussi fine, aussi belle. Avant de se répandre partout en Grèce, le culte de Cybèle dont l’origine est phrygienne, en Asie Mineure, est d’abord passé par les îles de l’Égée, et quand on voit l’abondance des traces archéologiques laissées à Chios par cette déesse, on comprend qu’elle a bénéficié ici d’un culte tout particulier, ce que confirment les inscriptions et les sources historiques.

 

À l’époque hellénistique, nous trouvons des statues de Cybèle trônant entre deux lions, comme celle de ma seconde photo, qui date de la fin du premier siècle avant Jésus-Christ.

 

Quant à ma troisième photo, qui date de l’époque romaine, elle représente un marbre votif de Cybèle entre Attis et un corybante et comme toujours accompagnée d’un lion, culte qui se prolongera jusque dans l’antiquité tardive. C’est parce qu’elle a été abandonnée à sa naissance et élevée par un lion, que cet animal est toujours avec elle. D’autre part, bête sauvage, il connaît les secrets de la nature, et il l’y a initiée. Souvent appelée Mère des dieux, ou Grande Mère, les Grecs l’ont assimilée à leur Rhéa, fille de Gaia et d’Ouranos (la Terre et le Ciel), épouse de Cronos et mère des grands dieux, Hestia, Déméter, Héra, Hadès, Poséidon, Zeus. Attis, quand les Romains ont adopté la déesse Cybèle, ils en ont fait son amant que par jalousie elle rend fou, et qui dans sa folie se châtre lui-même; mais nous sommes à Chios, une île grecque peuplée d’Ioniens, et même à l’époque romaine cette légende n’a pas cours ici, Attis est le compagnon de Cybèle, son parèdre, et non pas son amant châtré. Le corybante, lui, est un membre de la troupe qui accompagne Cybèle; vêtus d’une armure, coiffés d’un casque, les corybantes effectuent des danses en accompagnant la déesse.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
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Nous arrivons à la fin du cinquième siècle avant Jésus-Christ avec ce marbre qui représentait un couple sur un char. Le musée en propose une recomposition (ma seconde photo). Moi, en regardant bien, je ne vois guère qu’une femme dont le vêtement flotte au vent, sans doute en raison de la vitesse de l’attelage. Sur la gauche, cette partie cassée en creux peut bien être la croupe d’un cheval qui cache les jambes de la femme. Et s’il y a un cheval, s’il y a vitesse, je veux bien que l’on reconstitue un char. Mais dire que c’est un couple, alors que rien ne laisse deviner qu’il puisse y avoir quelqu’un à côté de cette femme? Voir quatre chevaux alors que rien n’indique que c’est un quadrige plutôt qu’un bige? Cette reconstitution est intéressante, elle est séduisante, mais elle prouve la grande imagination du dessinateur, à moins que les réserves du musée ne possèdent d’autres fragments du même marbre et n’en disent rien au visiteur.

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Ce relief votif est du quatrième siècle avant Jésus-Christ. On y voit Artémis tenant une torche, avec près d’elle un chien. Artémis, la déesse chasseresse, est habituellement plutôt munie d’un arc et d’un carquois plein de flèches, mais elle a parfois été assimilée à Hécate, déesse des enchantements, qui portait une torche à la main (ou dans chaque main), et c’est probablement là l’explication de cet attribut.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
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Parlons maintenant de Dionysos. Nous voyons d’abord une statue de lui qui date du deuxième siècle avant Jésus-Christ, mais qui est une copie d’une statue dont l’original, dit le musée, est une œuvre de Praxitèle remontant au début du troisième siècle. Praxitèle, au début du troisième siècle? Mais il était mort avant la fin du quatrième siècle, peut-être en 330… Il est tout à fait vrai que le style de cette statue rappelle de près celui de Praxitèle, il est donc très probable qu’il s’agit d’une copie d’un original de Praxitèle, mais original du quatrième siècle!

 

Et comme cette statue est malheureusement acéphale, j’en profite pour ajouter deux têtes qui, paraît-il, représentent Dionysos, et pour leur datation on nous donne 1er-3ème siècle après Jésus-Christ. S’agit-il pour les deux d’une fourchette très large couvrant trois siècles, ou faut-il considérer le premier siècle pour l’une et le troisième siècle pour l’autre (et dans ce cas, laquelle est la plus ancienne), je l’ignore. Mais elles sont de toutes façons très largement postérieures à la grande statue.

 

En provenance de Thrace, Dionysos est entré dans la mythologie grecque dès l’époque mycénienne, et son culte est resté très populaire à Chios depuis son introduction jusqu’à l’antiquité tardive et l’implantation du christianisme. On se rappelle comment, après avoir tué le Minotaure en Crète, Thésée a emmené sur son navire Ariane, la fille du roi Minos, qui lui avait donné le moyen de retrouver son chemin dans le Labyrinthe, à la condition qu’il accepterait de l’épouser. Mais lors d’une escale de nuit à Naxos, il l’avait laissée dormir sur la plage et avait vite repris le large, et elle, se réveillant et voyant sa voile au large était désespérée. Une légende la fait mourir de désespoir (d’où les vers célèbres que Racine met dans la bouche de sa sœur Phèdre: “Ariane, ma sœur, de quel amour blessée / Vous mourûtes au bord où vous fûtes laissée”), mais une autre légende fait passer par là Dionysos qui, ému par ses larmes et séduit par sa beauté, décide de l’épouser, la rend immortelle et l’installe sur l’Olympe. Et ils conçoivent un fils, Œnopion (en grec Οἰνοπίων), qui sera le premier colon de Chios et enseignera aux habitants la culture de la vigne et la vinification du vin rouge, techniques qu’il possède à fond, étant le fils du dieu du vin. Le vin de Chios jouissant dans l’antiquité d’une grande renommée et ses exportations étant l’une des richesses de l’île, cela explique en partie le culte de Dionysos. Les pièces de monnaie frappées par Chios ont la plupart du temps été en relation avec Dionysos ou avec la vigne (grappe de raisin).

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Ce digne monsieur est Sérapis, du deuxième siècle de notre ère, un dieu qui est venu d’Égypte, où… il n’existait pas! En effet, il est le fruit d’une erreur d’interprétation. Je m’explique: On connaît le dieu égyptien Osiris qui règne sur le monde des morts. Quand il vient dans le monde des vivants, c’est sous la forme du taureau Apis. Les Égyptiens, alors, l’appelaient parfois Apis, mais parfois aussi sous une forme condensant ses deux natures, Oser-Apis. Ne pas connaître les langues étrangères peut parfois jouer de mauvais tours, et c’est ce qui est arrivé aux prêtres grecs. Car en grec, l’usage de l’article avant les noms propres est obligatoire. On ne dit pas Socrate, Platon, Hippocrate ou Archimède, ni Cybèle ou Artémis, mais le Socrate, le Platon, l’Hippocrate, l’Archimède, la Cybèle et l’Artémis. Or l’article masculin singulier, “le”, c’était Ὁ (HO) et les prêtres grecs, en entendant prier Oser-Apis, ont interprété cela en ho Sérapis, “le Sérapis”. Ainsi est né le dieu gréco-égyptien Sérapis…

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Ce visage souriant est du deuxième siècle après Jésus-Christ. C’est peu visible sur ma photo, mais sa chevelure est ceinte d’une couronne, ce qui révèle qu’il s’agit d’une tête de jeune satyre. Et comme on sait que les satyres font partie de la suite de Dionysos, vu la célébrité de ce dieu à Chios, on ne s’étonnera pas de voir ici une tête de satyre.

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Encore un siècle a passé, nous voilà au troisième siècle après Jésus-Christ avec cette tête d’Héraklès barbu. Héraklès est très souvent représenté, en statue ou en bas-relief, mais il faut en arriver à cette époque pour lui voir cette expression de visage.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
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Cette dame est Sabina, la femme de l’empereur romain Hadrien qui a régné de 117 à 138 après Jésus-Christ. Elle l’a épousé en l’an 100, mais ce portrait d’elle n’est pas antérieur à l’an 128. Par ailleurs, elle meurt un peu avant son mari, à la fin de 136 ou au tout début de 137, ce qui fait que le portrait ne peut être postérieur à 136. On voit que sa chevelure est coiffée en longues tresses enroulées autour de sa tête. Je lui trouve un air triste, ce qui n’est guère étonnant quand on sait que mariée à quinze ou dix-sept ans tout au plus (on ignore sa date de naissance précise), elle n’a pas été heureuse dans son couple, Hadrien lui préférant ouvertement son favori Antinoüs, et d’ailleurs ils n’ont pas eu d’enfant.

 

Ce portrait est très probablement ressemblant. À l’origine, l’art du portrait ne représentait pas réellement les traits des personnes, les artistes exprimaient des types. Les premiers sans doute, les Étrusques ont cherché à reproduire les traits des personnages. Les Grecs, eux, ont commencé à reproduire les traits des modèles à l’époque des successeurs d’Alexandre le Grand, c’est-à-dire à l’époque hellénistique. Chez les Romains, à l’époque classique encore, c’étaient essentiellement les masques mortuaires moulés en cire qui représentaient les personnes, mais puisque c’étaient des moulages il ne s’agissait pas d’œuvres d’art. C’est avec les empereurs romains qu’est né réellement l’art du portrait, avec aussi les impératrices et les membres de la famille régnante. Très vite, les puissants, les riches, les personnages célèbres ont également voulu leur portrait. Concernant les empereurs, bien sûr il y avait leur portrait sur les pièces de monnaie, on en a vu beaucoup, mais leurs bustes étaient sculptés à Rome, puis des copies en étaient réalisées pour être envoyées partout dans l’Empire. De nos jours c'est bien la même chose, la photo du président de la République est accroché au mur de toutes les mairies de France ainsi que dans les ambassades de France de tous les pays du monde.

 

Et parce que tout le monde, dans toutes les provinces de l’Empire, pouvait constater le style de l’empereur ou de l’impératrice, cela répandait leur mode. Hadrien se laisse pousser la barbe? Les Romains, qui étaient toujours glabres, se la laissent pousser aussi. Et le style de coiffure de Sabina va être copié un peu partout.

Le musée archéologique de Chios. Les 24 et 25 juillet 2014
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Ce long article, avec une foule de photos, je le terminerai avec ce buste de femme du troisième siècle après Jésus-Christ. On n’est pas sûr de l’identifier, mais on suppose qu’il s’agit d’Herennia Etruscilla, qui est la femme de l’empereur romain Dèce. Parce qu’en 249, alors qu’il est général, ses troupes le proclament empereur et que l’empereur légitime Philippe l’Arabe marche sur lui, l’affrontement a lieu et Dèce est vainqueur. Le portrait de sa femme impératrice ne peut donc être antérieur à 249. Puis, c’est en combattant les Goths en Dobrogée (région à cheval aujourd’hui sur l’Ukraine, la Bulgarie et la Roumanie) qu’à la mi-251 Dèce est tué les armes à la main, l'empereur est désormais Trébonien Galle. Ce qui fait que ce portrait de sa femme –si c’est bien elle– n’est pas postérieur à 251.

 

La coiffure très élaborée de cette femme est intéressante, avec ses tresses ramenées vers le sommet du crâne et retombant derrière la tête avec une élégante régularité. Encore un modèle de mode qui s’est répandu dans l’Empire grâce aux bustes impériaux envoyés dans les provinces. Mais vu la brièveté de ce règne, le nombre de sculptures réalisées et diffusées a nécessairement été restreint.

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Published by Thierry Jamard
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