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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 23:55

Outre sa capitale, l’île de Chios comporte plusieurs agglomérations –villages ou gros bourgs– intéressantes. Je réserverai des articles particuliers à deux d’entre eux, Mesta et Pyrgi, et un article en regroupant deux autres qui comportent des vestiges de l’antiquité, Emporeios et Kato Fanon, sans compter les articles consacrés aux monastères de Néa Moni et d’Agios Minas. Lors de notre séjour, cinq autres villages m’ont paru intéressants, Armolia, Olympoi, Vessa, Avgonyma et Anavatos, et c’est d’eux qu’il va s’agir ici.

 

Nous quittons Chora vers le sud, par la route principale qui va vers Pyrgi, et nous passons par Armolia, qui sera notre première étape.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

ARMOLIA (Αρμόλια). Nous en verrons d’autres dans cette île, de ces villages aux ruelles étroites que franchissent des arches de pierre et que protège du soleil une végétation bienvenue. Mais dans celui-ci, il semble bien que les touristes ne s’arrêtent guère, il a conservé cent pour cent de son authenticité.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Certes, il est presque vingt heures quand j’ai pris cette photo de la grand-place du village, mais la foule ne s’y presse pas. On a presque l’impression d’un village fantôme. Toutefois, le sol est maintenu en excellent état, il y a des câbles électriques, et sur un toit à gauche on voit un moderne panneau solaire et le réservoir d’eau qu’il doit chauffer. Et puis, sur la maison à droite le crépi est intact et badigeonné de frais. C’est donc une petite ville bien vivante, mais… endormie. Peut-être, dans cent ans, un prince charmant viendra-t-il réveiller la belle endormie?

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Mais il est vrai aussi que certaines parties du village ne sont plus très habitables par qui souhaite le grand confort car les pièces ne ferment plus très bien! Puisque nous n’avons rencontré personne, je n’ai pas pu poser la question, mais ces ruines semblent bien anciennes, aussi je me demande si elles ne datent pas du grand tremblement de terre de 1881.

 

Poursuivons notre route. Elle contourne Pyrgi, où nous nous sommes rendus plusieurs fois mais qui est hors sujet aujourd’hui, elle fait un large demi-tour vers l’ouest et, alors qu’elle amorce sa remontée vers le nord, nous voilà à Olympoi.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

OLYMPOI (Ολύμποι), dont le nom est parfois transcrit Olymbi, puisque le groupe de consonnes MP se prononce B ou MB, et que l’ancienne diphtongue OI (qui se prononçait oille dans l’antiquité) se prononce maintenant comme un simple I. Nous sommes ici en plein après-midi, et le village n’est pas du tout désert, mais j’ai essayé de vite déclencher quand il n’y avait personne dans la rue. Encore ces voûtes au-dessus des rues, qui ont le double avantage d’augmenter la surface construite dans ces villages qui devaient s’enfermer dans leurs murs pour se protéger des incursions des pirates, et de réserver un peu d’ombre au passant en été, et une couverture contre les pluies de l’hiver.

 

Et cette décoration des murs, extrêmement originale, est propre à quelques villages du sud de Chios, et surtout à Pyrgi, dont elle est la caractéristique. J’y reviendrai donc en détail dans l’article que je consacrerai à ce village. Typiques de l’île en général, les rues de ce village n’ont rien qui lui soit propre. Il ressemble à bien d’autres villages de Chios, ce qui ne signifie nullement qu’il n’ait pas de charme mais ne justifie pas que je multiplie, à son sujet exclusif, les photos. En revanche, nous nous sommes arrêtés dans deux petites églises très discrètes.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Des églises si discrètes, même, que nulle part je n’en ai lu le nom. J’ai cherché à les identifier ensuite parmi les images que donne Google en posant ma question en français, en anglais, en grec... en vain. Il semble que personne n’en ait publié les photos. Celle-ci porte sur son fronton une petite plaque de marbre que l’on aperçoit sur ma photo. Cette plaque porte la date de 1747.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Cette minuscule église à une seule nef sous voûte est maintenue en parfait état, et il est très évident qu’elle sert encore régulièrement au culte. Son iconostase et superbe et surprend dans une église aussi petite, finement ouvragée et sculptée, toute dorée, et les grandes icônes qui la décorent sont également magnifiques. Sur celle de ma troisième photo ci-dessus, je lis Ὁ Μέγας Ἀρχιερεύς, “Le Grand Prêtre”, en grec ancien (en grec moderne, ce serait Ο Μεγάλος Αρχιερέας). Mais je ne vois pas bien quel grand prêtre serait représenté de cette manière, trônant en empereur byzantin couronné, et je suppose que c’est le Christ en majesté qui est ainsi qualifié de grand prêtre.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Avant de sortir de cette petite église, je m’arrête un instant devant ce Calvaire. Ses qualités artistiques n’ont sans doute rien d’exceptionnel, mais les attitudes des Saintes Femmes au pied de la Croix sont très expressives et pleines de sincérité.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

La seconde église où nous avons pénétré est à deux pas de la première, le nom n’en est pas plus indiqué, et je n’en ai pas trouvé plus de traces dans les images proposées par Google. Mais à en juger par son abside de pierre elle ne doit pas être récente. Jetons aussi un coup d’œil sur son environnement qui semble de même époque, un puits communal ou banal à gauche, un mur de maison fortifiée à droite.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Celle-ci n’est à l’évidence plus en usage, et pourtant elle semble avoir été belle, mais heureusement la présence d’une échelle, de fers de soutien, de quelques autres accessoires laisse présager une remise en état. Son architecture, ce qu’il reste de sa décoration, les couleurs employées, tout est original et personnel.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Cette chapelle latérale, par exemple, n’évoque pour moi rien de connu, que ce soit dans les églises orthodoxes ou dans les églises catholiques. Oui, je compare aussi avec les églises catholiques, parce que l’île ayant été occupée par les Génois, à cette époque-là il y avait de nombreux catholiques et il est fort possible que cette église date de cette époque, même si l’on y voit une iconostase, qui a bien pu être ajoutée après le départ des Génois et la conquête par les Ottomans.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Je ne suis pas assez connaisseur pour être capable de dater ces fresques très endommagées. Celles de ma première photo ont été piquées pour y faire tenir un revêtement de plâtre. Seraient-elles alors antérieures à la conquête ottomane, les occupants musulmans ayant désiré faire disparaître sous le plâtre les visages humains, dont la représentation est interdite par leur religion? Dans l’état où elles sont, il est difficile de dire quels sont les saints représentés par ces fresques, sauf pour celle de ma seconde photo, dont le nom est peint: c’est saint Dimitri.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Par une route directe plein nord à partir de Pyrgi, ou en continuant après Olympoi en franchissant Mesta (mon prochain article) et en suivant les échancrures de la côte, on parvient à une zone de forêt ravagée par un incendie, qui dresse ses troncs noirs sur un sol désolé. Je sais que Chios a été ravagée par des incendies de forêt en 1981 et en 1987, mais il semble bien que ce soit, ici, un nouvel incendie plus récent car je suppose que la végétation aurait eu le temps de redémarrer. J’ai relevé la position géographique du point d’où j’ai pris ma photo:

N 38° 17’ 43” / E 26° 00’ 20”

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

VESSA (Βέσσα). De ce même point, je me retourne, et je découvre Vessa jusqu’à laquelle, heureusement, l’incendie ne s’est pas propagé. Mais sur le premier plan de ma photo, à faible distance du bourg, on voit des tiges calcinées. Ce petit village médiéval est lové au creux d’un vallon, bien caché, pour augmenter ses chances d’échapper à la rapacité des pirates.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Et toujours cette même architecture urbaine de l’île, avec d’étroites ruelles où le soleil ne peut pénétrer que lorsqu’il est au zénith, et des passages couverts, soit supportant des habitations, soit seulement pour la communication ou pour se protéger des ardeurs du soleil et des pluies hivernales.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

En bordure de village et juchée sur sa colline au haut de ses escaliers, l’église Agios Dimitrios en impose quoiqu’en réalité elle ne soit pas immense. Mais sa situation, les hauts murs de soutènement en pierre, les cyprès qui allongent sa silhouette, tout concourt à lui donner des airs importants.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Sur les murs des maisons, sur les fils à linge, sur les montants des tonnelles, un peu partout on voit des grappes de tomates suspendues à sécher au soleil. Nous sommes en Grèce, personne ne songerait à en chiper quelques-unes au passage. Sur ma première photo, tout est pimpant, bien entretenu, une table et des chaises sont prévues pour passer d’agréables moments le soir à la fraîche, même l’arrosoir est assorti à la porte et à la tonnelle. Mais d’autres bâtiments sont abandonnés, et l’on voit sur ma deuxième photo une porte qui a été, dans le passé, de ce même bleu traditionnel, sous une arche en plein cintre, et puis cette maison a été abandonnée, il n’y a plus ni serrure ni pêne sur la porte, et bientôt, hélas, la ruine va survenir.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

La ruine, totale, définitive, c’est ce qui est arrivé à ce grand bâtiment. Ces hauts murs, cette salle voûtée à l’étage, cela évoque un château, un kastro, car même pour un village bien caché dans un creux de la nature, il était plus prudent de prévoir sa défense. Les maisons mêmes de la périphérie du bourg étaient fortifiées du côté du mur extérieur pour servir de remparts. Mais il fallait aussi prévoir un kastro, un bâtiment fortifié qui permette d’affronter un siège.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Continuant sur la route vers le nord, peu après avoir passé le village de Lithi, le paysage m’incite à freiner et à me garer quelques instants sur le bac-côté. Je me trouve à

N 38° 21’ 30” / E 25° 59’ 46”

 

Cette péninsule que surplombe la route, c’est Trachili (Τραχήλι), avec une tour génoise de surveillance. À l’est, côté terre, il y a des collines, on ne voit pas grand-chose, mais de cette position on peut voir la mer tous azimuts, nord, ouest et sud, afin de se prémunir contre toute surprise. Si, du haut de la tour, on aperçoit une voile qui pourrait être ennemie, on a le temps de se préparer à l’attaque, et si rien ne vient le paysage est si splendide que les guetteurs peuvent s’en mettre plein les yeux (quoique d’où je suis ce soit encore plus beau).

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Nous poursuivons notre route et juste après, à moins de trois kilomètres, nous apercevons un autre promontoire, sur lequel on distingue, avec un peu de difficulté il est vrai, une autre tour génoise. Décidément, la côte avait besoin d’être bien protégée. C’est le cap Pari (Πάρι), au-dessus de la baie d’Elinda (Ελίντα).

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

AVGONYMA (Αυγώνυμα). “Messieurs les visiteurs sont priés de laisser leur voiture hors du village en raison d’un espace de stationnement limité”, dit le panneau sur le grand parking à l’entrée. Parking vide, dans l’après-midi, en plein mois de juillet. Et il est vrai que si l’on pénètre dans le village, on ne trouvera que des rues étroites où il est sinon impossible de circuler, du moins exclu de laisser sa voiture.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Que c’est triste de voir, ici encore, de belles maisons de pierre totalement abandonnées et dans un état de ruine avancée. Dans ce village comme ailleurs, je n’ai aucune explication, résultat du séisme de 1881 ou d’un autre séisme, fait de guerre du temps des guerres balkaniques ou dans les années 1820 lors du grand soulèvement, départ des propriétaires pour la ville ou pour l’étranger et, quand la ruine a commencé, récupération de pierres pour construire d’autres maisons?

Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Quoi qu’il en soit, ce village aux ruelles étroites et aux constructions à l’architecture traditionnelle de l’île vaut une petite visite. C’est typique et pittoresque. Je ne dis pas qu’il faille s’y promener pendant des heures, je ne dis pas qu’il s’y trouve musées, églises et châteaux justifiant une visite approfondie, mais c’est un village qui a gardé cent pour cent de son authenticité.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

J’ai bien aimé ce village, et puis en regardant mes photos aujourd’hui je ne vois pas grand-chose à en montrer dans mon blog. Ce sont des maisons traditionnelles, des portes peintes, des escaliers, des ruelles pavées… Alors je me contenterai de montrer ici ces deux maisons aux portes colorées, et nous continuerons notre route.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

ANAVATOS (Ανάβατος). La route par laquelle nous sommes arrivés à Avgonyma pique vers le sud. À la sortie du village, nous la quittons en prenant sur la gauche une petite route secondaire. Il faut parcourir à peine plus de trois kilomètres pour parvenir à Anavatos, mais déjà, d’un peu loin, on voit le vieux village accroché au sommet de son roc de granit à une altitude de quatre cent soixante mètres, et la vue est spectaculaire. En approchant, on se rend compte que les fenêtres ne sont plus que des trous béants et que bien des maisons sont éventrées.

 

Oui, Anavatos est un village abandonné. On ne sait pas trop de quand il date, certains le disent byzantin, mais nulle source génoise ne le mentionne, comme s’il n’existait pas encore. Ce qui est sûr, c’est qu’il a cessé de vivre en 1822. Dans mon premier article sur Chios, j’évoquais l’effroyable répression des Turcs contre les habitants de l’île lors du soulèvement général des Grecs contre l’occupant ottoman. La population du village a alors été anéantie, et plus personne n’est venu s’y installer. Il est désormais considéré comme un monument national. Sa visite est émouvante, qu’on le regarde comme le cadre d’un massacre horrible ou comme un village fantôme.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Dès l’arrivée à l’entrée du village, on est averti: la visite est dangereuse, des pierres peuvent se détacher, le site n’est pas sécurisé. Pour illustrer cette mise en garde, ci-dessus un bâtiment dont une fenêtre est en train de perdre son linteau, et j’ajoute un gros plan de ce lourd linteau de pierre, évidemment mortel pour qui se trouverait en-dessous s’il se détachait complètement. Nous serons prudents, mais nous ne pouvons manquer de visiter ce village martyr. Précision inutile, d’ailleurs, il est évident que nous l’avons visité, car le bâtiment de mes photos ci-dessus est déjà assez haut dans Anavatos.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Revenons donc au bas du village, là où commence le chemin bétonné. Tout a beau être à l’évidence abandonné, la décrépitude des bâtiments a beau être complète, il se dégage de ce village une impression que la vie vient de s’y arrêter. Difficile d’expliquer pourquoi et comment on ne ressent pas la même chose que dans certains villages que nous avons vus dans d’autres îles, désertés par leurs habitants les uns après les autres parce que les enfants et petits-enfants ont migré vers la ville, se refusant à poursuivre les activités de pêcheurs ou de pauvres agriculteurs de leurs ancêtres. J’ai connu, à la fin des années 1960, sur la commune de Saint-Victor-la-Rivière, dans le Puy-de-Dôme, entre Murol et Besse-en-Chandesse, un hameau appelé Maisse, où vivait un solitaire dont on disait qu’il attendait avec son fusil quiconque approcherait. Avec mon frère, un jour, nous avons pris le risque. Ce brave homme n’avait rien d’agressif, et souffrait d’être ainsi fui de tout le monde. Et puis un jour, au début des années 1970, j’ai entendu dire que les gendarmes, ne voyant autour de sa maison aucune trace de pas dans la neige tombée plusieurs jours auparavant et pas de fumée sortant de sa cheminée par un froid rigoureux, étaient entrés et l’avaient trouvé mort, assis à sa table devant sa soupe gelée. L’année suivante, j’ai revu le hameau complètement désert et, malgré ma tristesse en pensant à cet homme, je n’ai pas ressenti cette impression que cause Anavatos victime de la sauvagerie des soldats fanatiques. Et d’ailleurs j’ignore si aujourd’hui Maisse a trouvé une nouvelle vie avec des résidences secondaires ou le retour d’éleveurs (je n’y suis plus retourné depuis 40 ans mais sur une vue satellite de Google Earth les maisons ont leur toit, et je crois distinguer des voitures…), mais on ne peut concevoir qu’Anavatos reprenne vie, même si un hôtel s’est installé sous ses murs, même si des travaux de consolidation sont entrepris ici ou là.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Lors du massacre de 1822, la population qui a réussi à s’échapper vers une île voisine ne représente qu’un très faible pourcentage. À ma connaissance il n’existe pas de statistiques village par village, mais je suppose que ceux qui ont eu la chance de se sauver devaient être près des côtes au moment de l’attaque, car les quarante-cinq mille soldats ottomans déployés dans l’île auraient, je pense, intercepté des fuyards parcourant des dizaines de kilomètres à pied en direction d’un port. Très probablement la colline d’Anavatos a été encerclée et prise d’assaut. Comme dans toute l’île, on sait que les hommes et les garçons adolescents ont été tués systématiquement. Tous les bébés de moins de deux ans, que l’on ne pouvait prendre en charge, ont également été tués sur place. Les petits garçons et les filles depuis l’enfance jusqu’à quarante ans, susceptibles d’être vendus comme esclaves, ont été capturés, emmenés et mis sur le marché. Plus âgées, les femmes étaient considérées comme invendables et ont, elles aussi, été exterminées. Mais ce qui n’est pas dit et que j’ignore, c’est si les bâtiments ont été dynamités ou si c’est le séisme de 1881 qui en a abattu les murs qui, dans ce village désormais désert, n’ont jamais été relevés. C’est ainsi que l’on voit, comme sur ma seconde photo ci-dessus, une cuisine d’architecture extrêmement ancienne, peut-être byzantine, avec des placards aménagés directement dans l’épaisseur du mur et son four voûté en pierre.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

Il y avait à Anavatos un château, un kastro destiné à la défendre. Sans doute avait-il été autrefois de nature à la protéger d’éventuels raids de pirates qui auraient tenté d’escalader le roc sur lequel elle était bâtie, mais en cette première moitié du dix-neuvième siècle, face à l’artillerie d’un ennemi nombreux et bien équipé, face à ses fusils dont la portée et la précision étaient améliorées, cette population rurale peu ou mal armée ne pouvait plus compter sur un ancien kastro pour assurer sa sécurité.

Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014
Quelques villages de Chios. Juillet 2014

En regardant mes photos, je me rends compte que l’on ne voit que des murs écroulés. Et Anavatos, ce n’est pas cela. Ce village a une âme et le fantôme de son passé. Je ne sais si un grand photographe serait capable de l’exprimer à travers son objectif, mais je préfère limiter le choix des images que je publie puisqu’elles ne représentent pas ce que j’ai ressenti sur place. Je terminerai donc avec ces photos de l’église du Taxiarque (le Grand Archange). On le voit, elle est l’objet d’une restauration. Que l’on fasse en sorte que sa visite soit sans danger pour le touriste, c’est bien, c’est nécessaire. Mais j’espère que l’on ne va pas la remettre dans l’état qui devait être le sien à la veille du massacre, car alors Anavatos deviendrait un village comme un autre. Des artistes ou de riches amateurs de vieilles pierres viendraient d’Athènes ou de Thessalonique restaurer, rénover et habiter des maisons d’Anavatos, et alors adieu la mémoire historique, adieu le souvenir ému de ces victimes de la guerre.

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Published by Thierry Jamard
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