Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 août 2017 4 10 /08 /août /2017 23:55
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Aujourd’hui, nous visitons le grand sanctuaire d’Héra, c’est-à-dire l’Héraion (Ηραίο, Iréo). C’est d’abord Choiseul Gouffier dans son Voyage pittoresque de la Grèce, publié en 1782, qui nous dit le pourquoi de ce culte tout spécial ici et y ajoute un bref historique du grand temple (selon l’exécrable habitude de son temps et jusqu’au vingtième siècle, il juge bon de “traduire” le nom des dieux grecs en leurs correspondants romains, comme si un auteur juif parlait du Jéhovah des chrétiens, ou un auteur musulman de leur Allah, et c’est ainsi qu’il appelle Héra Junon):

 

“Junon était née à Samos sur les bords du fleuve Imbrasus, et à l'ombre d'un de ces arbres nommés Agnus-castus. On montra longtemps cet arbuste précieux dans le temple de la déesse, l’un des premiers monuments de la Grèce […]. Les Perses mirent depuis le feu dans le temple de Junon, après l’avoir dépouillé des richesses que la piété des peuples y avait accumulées; mais on lui en éleva bientôt un autre plus magnifique encore que le premier, et qui fut depuis pillé par Verrès […]. Il ne reste plus aujourd'hui qu’une seule colonne à demi détruite, et dont les Turcs ont dérangé les tambours à coups de canon”.

 

Nous verrons tout à l’heure ce temple, ou plutôt l’unique colonne qui en reste, parce qu’il se trouve à l’opposé de l’entrée. Or l’entrée des visiteurs aujourd’hui se fait par la même entrée qui était celle des pèlerins de l’antiquité. Pour l’instant, je vais laisser Hérodote (IV, 87-89) évoquer un grand architecte natif de Samos, Mandroclès, ainsi qu’un tableau antique consacré dans ce temple, et que nous ne verrons pas parce qu’il a disparu depuis longtemps:

 

“L’endroit où Darius fit jeter un pont sur le Bosphore se trouve, selon mes conjectures, à mi-chemin entre Byzance et le temple qui s’élève à l’entrée du Pont-Euxin [la Mer Noire]. Darius fut très satisfait de ce pont de bateaux et récompensa richement son architecte, Mandroclès de Samos. Mandroclès préleva sur ces présents de quoi faire exécuter un tableau qui représentait le pont jeté sur le Bosphore, avec le roi Darius siégeant au premier plan et son armée en train de franchir le détroit; il consacra le tableau à Samos dans le temple d’Héra […]. Après avoir récompensé Mandroclès, Darius franchit le pont et passa en Europe”.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

La Voie Sacrée partait de la capitale, Samos, qui s’appelle aujourd’hui Pythagorio, et menait en six kilomètres jusqu’au sanctuaire, et à l’intérieur du sanctuaire. Il en reste quelques segments en ville dans des propriétés privées, du côté de la zone des sports, dans le secteur de l’aérodrome, mais elle a été bien dégagée dans l’Héraion. Ses belles dalles rectangulaires ont été posées aux alentours de 200 après Jésus-Christ, alors que précédemment elle n’était qu’un chemin de terre.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Le Gouvernement local de Samos a signé en 1910 un contrat de fouilles avec la Direction des Musées de Berlin pour les recherches et le dégagement du site. Ces travaux ont été menés jusqu’à ce que la Première Guerre Mondiale les interrompe en 1914, mais nombre d’objets très intéressants ont été mis au jour, et… embarqués vers l’Allemagne vite fait, bien fait. De 1925 à 1939, l’Institut Archéologique Allemand reprend les fouilles. Et la guerre interrompt de nouveau les travaux. Ils reprendront en 1951.

 

Puisque ce sont des chercheurs allemands qui ont travaillé ici, ils se sont certes sentis obligés de mettre les informations en langue grecque, mais avec traduction en langue allemande. D’anglais, point. De français, n’y pensons même pas. Heureusement que je comprends ce qui est écrit en grec, parce que mon allemand se résume à ja, nein, danke, auf Wiedersehen, ce qui essentiel pour la politesse, mais n’est guère utile pour comprendre ce que je vois. La majorité des Français ayant étudié, au collège et au lycée, l’anglais et l’espagnol, cela risque d’être dur. Mais, chers lecteurs, après m’avoir lu vous comprendrez tout!!!

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Ce groupe de statues est en réalité un moulage de statues antiques. Nous verrons les originaux (560-550 avant Jésus-Christ) au musée archéologique, et bien évidemment je les montrerai dans mon blog. C’était une grande famille de Samos qui a dédié sa représentation à la déesse épouse de Zeus, dans son sanctuaire. Les dédicataires ont eu la bonne idée de faire graver leurs noms sur chacune des statues du groupe. C’est ainsi que l’on voit sur la gauche, assise dans un fauteuil, Phileia qui est la mère de famille. À l’autre bout, étendu (je dirais même vautré), c’est le père. La pierre est partiellement cassée là où est inscrit son nom, de sorte que l’on n’en lit que la fin, […]archès. Entre eux, leurs quatre enfants. De gauche à droite, c’était un jeune garçon et une korè, dont les statues manquent. Et comme leurs noms étaient inscrits sur eux, on ne les connaît pas (la mère, son nom est gravé verticalement sur le fauteuil, le long de sa jambe gauche; le père… j’ai dit son nom de confiance, parce que je ne l’ai pas trouvé!). Puis nous avons deux jeunes filles (korè), Philippè et Ornithè, dont les noms sont gravés verticalement sur le côté droit de leur robe au niveau du genou. Et puis sur le côté du vêtement de la mère, le sculpteur a signé son œuvre, il s’appelait Généléos (je devrais peut-être orthographier Guénéléos, parce que le G se prononce dur, en phonétique je dirais qu’il est occlusif et non pas chuintant). Je disais que nous ne voyons que des copies, les originaux étant au musée de Vathy, mais ce n’est pas tout à fait vrai, parce que les Allemands qui ont effectué les fouilles ont transporté au musée de Pergame à Berlin la statue d’Ornithè, le musée de Samos n’en ayant gardé qu’un moulage… Quoiqu’ayant passé bien des heures dans ce musée de Pergame en juillet 2013, je ne l’y ai pas vue, et j’en suis bien triste.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Nous sommes encore assez loin du temple d’Héra, mais déjà nous passons devant son grand autel datant du sixième siècle avant Jésus-Christ. Comme dans tous les sanctuaires grecs, l’autel est extérieur au temple, à ciel ouvert, et constitue le cœur des activités cultuelles. Cet autel est gigantesque, avec ses 36,50 mètres sur 16,50. Sa partie supérieure était recouverte d’ophite verte, qui est une pierre résistant au feu lors des sacrifices, mais au premier siècle de notre ère cet autel a été reconstruit en marbre. Ma troisième photo montre un angle qui a été reconstitué à l’intention des visiteurs. À ce sujet, une précision sur les traditions des fouilles. On dit, en caricaturant un peu, que les Allemands respectent les lieux tels qu’ils les trouvent, époussetant soigneusement la poussière autour d’un petit morceau de pierre, le laissant religieusement en place, tandis que les archéologues américains trouvent un bout de pierre et reconstruisent tout un monument à partir de ce fragment, complétant en béton ce qui ne peut l’être avec la pierre. Entre ces deux extrêmes, les Français sont censés remettre les tambours de colonnes les uns sur les autres, sans toutefois trop bouger les pierres. C’est sûr, cela est exagéré, et cet angle d’autel en est la preuve; mais dans l’ensemble, il y a quand même un peu de vrai dans la philosophie générale des différentes écoles archéologiques.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Entre la Voie Sacrée et le grand autel, nous trouvons ce petit monument votif circulaire, daté avec un point d’interrogation sixième ou cinquième siècle avant Jésus-Christ. En 84/85 après Jésus-Christ a été ajoutée une inscription posée par un certain Onesimos qui se dit “serviteur d’Héra” et “serviteur d’Auguste” (Auguste étant le titre des empereurs depuis qu’Octave se l’était attribué; à cette date, il s’agit de Domitien, empereur de 81 à 96; manque de chance pour cet Onesimos, son empereur subira après sa mort la damnatio memoriæ, c’est-à-dire la “condamnation de la mémoire”, qui implique que tous ses portraits, ses effigies même sur les pièces de monnaie, ses statues doivent être détruits, et que là où son nom apparaît il doit être buriné. Cela évoque furieusement Orwell et son 1984 où l’histoire est réécrite et où les personnages éliminés ne doivent jamais avoir existé).

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Sur ma première des deux photos ci-dessus, entre deux bâtiments, le panonceau que je reproduis en gros plan sur ma seconde photo pour qu’il soit bien lisible, dit en grec Ναός Αφροδίτης, ce qui signifie Temple d’Aphrodite; et en-dessous, en allemand Hermes Aphrodite Tempel, et même avec mon niveau d’allemand que j’ai décrit tout à l’heure je vois que c’est un temple d’Hermès et d’Aphrodite. Une ligne en grec, une ligne en allemand, et elles ne disent pas la même chose. Je n’ai pas la berlue, en grec Aphrodite est seule, en allemand elle s’associe à Hermès, non? À l’entrée du site, il y a un plan du sanctuaire, sur lequel tous les bâtiments de ce secteur, ceux de la première photo comme ceux de la troisième, sont désignés comme “temple”, sans autre précision. Et il est sûr que si l’on n’y a pas retrouvé de statue de culte ni d’objets votifs significatifs, il est bien difficile de savoir quels dieux y ont été honorés.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Ces photos montrent l’exèdre des Cicéron. “Des Cicéron”, au pluriel, parce qu’il y a le plus célèbre, le politicien et avocat Marcus Tullius Cicero assassiné en 43 avant Jésus-Christ, et son jeune frère Quintus Tullius Cicero, lui aussi exécuté en 43, qui avait été plusieurs années gouverneur de la province d’Asie à laquelle était rattachée l’île de Samos, où sa direction honnête et généreuse avait été grandement appréciée.

 

Quant à Marcus, l’avocat, en 70 il avait plaidé contre Verrès qui, proquesteur en Cilicie (sud de l’actuelle Turquie d’Asie) en 80 et 79 avant Jésus-Christ, avait écumé les temples et demeures de toute la région, bien au-delà de la Cilicie, y compris Samos (“...qui fut depuis pillé par Verrès”, disait tout à l'heure Choiseul Gouffier), pour y voler toutes les œuvres d’art qui lui plaisaient, et plus tard, en Sicile, il avait poursuivi ses vols. C’est le sujet des célèbres Verrines, ou procès Contre Verrès, de Cicéron. J’en ai le texte, je vais m’atteler à traduire ce qui nous concerne ici:

 

“Après son arrivée en Asie, quels repas, quels banquets, quels chevaux, quels cadeaux vais-je rappeler? Mais ce  n’est absolument pas, concernant Verrès, d’accusations ordinaires que je vais m’occuper. Je veux dire qu’à Chios, il s’est emparé, de force, de très belles statues [Cicéron évoque encore des vols crapuleux à Erythres, à Halicarnasse, à Ténédos]. Mais ce pillage du  temple tellement antique et tellement fameux de Junon samienne, qu’il a été désolant pour les gens de Samos! qu’il a été cruel pour ceux de toute l’Asie! qu’il a été manifeste pour tout un chacun! a-t-il été ignoré d’aucun d’entre vous? Quand des représentants s’étaient rendus de Samos en Asie auprès de C. Néron à propos de ce pillage, ils ont rapporté pour réponse que des plaintes de ce type qui concernaient un représentant du peuple romain, ce n’était pas auprès du gouverneur, mais à Rome qu’il fallait les porter. À ce sujet, vous avez entendu Charidème de Chios déposer son témoignage au début du procès: alors qu’il était commandant d’une trirème et qu’il accompagnait Verrès comme il quittait l’Asie, il s’était rendu avec lui à Samos sur l’ordre de Dolabella; il savait à l’époque que le temple de Junon et la ville de Samos avaient été pillés; par la suite, accusé par les Samiens, il avait publiquement présenté sa défense auprès des habitants de Chios, ses concitoyens, et il avait été absous, parce qu’il avait démontré que ce dont parlaient les Samiens concernait Verrès, et non pas lui. Quels tableaux, quelles statues cet individu a-t-il emportés de là-bas? Moi-même, récemment, je les ai reconnus chez lui, dans sa maison, quand j’y suis allé pour y mettre les scellés. Ces statues, Verrès, où sont-elles maintenant? Je veux parler de celles que nous avons vues récemment chez toi près de toutes les colonnes, et même entre toutes les colonnes, et enfin installées  dans le parc, en plein air. [...] Tu n’as laissé chez toi aucune statue, à part deux, qui sont au milieu de ta maison, qui elles-mêmes ont été soustraites à Samos. Tu n’as pas pensé que je citerais à ce propos le témoignage de ceux qui te sont le plus proches et qui fréquentaient souvent ta maison, à qui je demanderais s’ils savaient s’il y avait eu des statues qui n’y étaient plus?”

 

– Première remarque: À la différence de Choiseul-Gouffier, Cicéron est fondé à appeler Héra du nom de Junon, parce que dans sa croyance c’était réellement la même déesse, ayant un nom grec et un nom latin.

– Deuxième remarque: Ce C. Néron n’est évidemment pas l’empereur cruel et fou qui a régné de 54 à 68 après Jésus-Christ, mais un gouverneur (préteur) de la province d’Asie, qui a donc exercé quelques années plus tôt les mêmes fonctions que Quintus Cicero.

 

Samos était tombée dans le giron de Rome vers l’an 80 avant Jésus-Christ, et les deux frères avaient agi de toutes leurs forces pour que la République accorde à l’île une large autonomie et au sanctuaire des privilèges, tel que celui d’être à jamais un lieu d’asile (d’ailleurs, cela a favorisé la construction de nombreuses maisons dans l’enceinte du sanctuaire, non seulement pour des criminels ou des fugitifs, mais aussi pour des riches souhaitant échapper au fisc!). C’est donc en reconnaissance et en hommage à Marcus et à Quintus que les Samiens ont érigé cette exèdre, à savoir un bâtiment semi-circulaire le long de la façade interne duquel sont disposés des bancs, destinés à accueillir des personnes désirant discuter. Cette exèdre était ornée de six statues de membres de la famille Cicéron ainsi que de la statue d’un dieu, mais on ne sait pas lequel.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Avant le grand temple consacré à Héra que nous allons voir plus loin, il y a eu un premier temple à elle dédié au huitième siècle avant Jésus-Christ, un étroit bâtiment mesurant cent pieds de long (en grec, Εκατόμπεδος, Hékatompédos) soit environ trente-trois mètres, où était placée la statue de culte. Ce premier temple, fait de brique, avec une charpente de bois et un toit de chaume, est emporté par une crue de l’Imbrasos, la rivière voisine. Entre 675 et 625 avant Jésus-Christ, on reconstruit à sa place et sur ses fondations un nouveau temple de la même longueur, auquel on conservera donc le même nom “Cent Pieds“, Hékatompédos. Ce sont les ruines que nous voyons sur ma photo ci-dessus.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

C’est au deuxième siècle de notre ère qu’a été construit ce temple que l’on dit corinthien parce que tel est le style des chapiteaux de ses colonnes. Je ne sais si les archéologues ont réussi à identifier la divinité à laquelle il était consacré, mais le panonceau, tout comme le panneau explicatif, ne parlent que de “temple corinthien”, sans autre mention.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

C’est également au cours des second et troisième siècles de notre ère que s’est développé au sein du sanctuaire un habitat romain. Pour ces gens il était nécessaire d’offrir les commodités de thermes. Les photos ci-dessus montrent les petits bains romains construits dans le sanctuaire.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Avec ces bains, nous avons vu que le sanctuaire, tout en conservant son culte, s’était largement sécularisé. Des maisons d’un ou deux étages s’étaient édifiées autour de petites cours à péristyle, avec des mosaïques, et dotées de l’adduction d’eau et de canalisations d’évacuation. Et puis en 262 après Jésus-Christ un terrible tremblement de terre a presque tout jeté à bas, et des raids de tribus germaniques se sont chargés de piller tout ce qui pouvait l’être. En outre, durant le quatrième siècle, on s’est appliqué à démonter ce qui restait pour vendre les matériaux de construction en Asie Mineure.

 

Mais des populations sont revenues vivre dans ce secteur par la suite, et ont été christianisées. Nous voilà maintenant au tournant du cinquième et du sixième siècles, et l’on va utiliser ce qui reste d’édifices anciens, civils ou religieux, pour reconstruire quelques bâtiments, dont une église: déjà vers le milieu du quatrième siècle le culte d’Héra est délaissé, l’ancienne religion ne protège plus l’asile des réfugiés dans le sanctuaire, et quelques décennies plus tard la communauté chrétienne va être dirigée par un évêque en résidence à Samos. Cette niche que nous voyons au milieu de ces pierres éparses est l’abside d’une basilique paléochrétienne à trois nefs.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

En dehors de cette abside qui révèle l’usage de ce bâtiment, les autres ruines de cette basilique sont moins parlantes. Elles ont néanmoins permis aux archéologues qui ont fouillé le site de voir la forme et les dimensions de l’édifice.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

En outre, certaines pierres de cette basilique portent des inscriptions. Si j’étais un minimum doué en épigraphie j’essaierais de lire et de traduire ce que je vois ici. Je laisse ce soin à ceux de mes lecteurs plus doués que moi, et en particulier l’auteur du remarquable site d’épigraphie que je signale dans la colonne de droite du présent écran, une dame d’une culture époustouflante.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Nous voilà en vue de la colonne unique du grand temple d’Héra. Mais devant, ce que nous voyons, ce sont les restes, dit le panonceau, du temple diptère (à deux ailes) de Polycrate. Comme il est dans l’usage des Romains et des Égyptiens de diviniser leurs dirigeants, mais non dans l’usage des Grecs, je n’ai aucune connaissance d’une quelconque divinisation du tyran Polycrate. Par ailleurs, sur le plan du sanctuaire qui comporte trente-cinq références de monuments et de lieux, nulle part ne figure ledit “temple de Polycrate”. Mais on sait qu’un séisme a gravement endommagé le temple, et que durant sa tyrannie (de 538 à 522 avant Jésus-Christ), Polycrate a fait reconstruire ce temple d’Héra pour en faire le plus grand temple du monde, non pas exactement sur les fondations du précédent, mais partiellement seulement, en le décalant d’une quarantaine de mètres vers l’ouest, et puisque –la colonne le prouve– nous sommes dans l’axe du temple, il ne fait aucun doute que cette dénomination un peu ambiguë donnée par les archéologues signifie “temple de la déesse Héra construit à l’époque de Polycrate”.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Ces ruines sont celles d’un petit temple d’époque romaine, construit peut-être à l’époque d’Auguste, c’est-à-dire entre 27 avant Jésus-Christ et 14 après, parce qu’au culte d’Héra était joint celui de l’impératrice Livie. Y a été transférée la statue de culte d’Héra, la grand temple ayant été abandonné. Il n’a d’ailleurs probablement jamais été achevé après la mort de Polycrate en 522. D’après le site Odysseus du ministère grec de la culture, on n’a retrouvé aucune tuile lors des fouilles, ce qui voudrait dire que la toiture n’a jamais été posée. Les difficultés économiques qui ont suivi la mort du tyran y sont sans doute pour quelque chose.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014
Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Puisque ce temple d’époque romaine m’a amené à donner des détails sur le grand temple, le moment est venu d’y arriver, enfin, à ce grand temple. C’est en 570-560 avant Jésus-Christ que l’architecte Rhoïkos et l’artiste Théodoros sont chargés de son édification. C’est déjà un grand temple à double rangée de colonnes, mais il n’est pas achevé depuis une dizaine d’années que le voilà à terre à cause du séisme dont j’ai parlé tout à l’heure. Le temple reconstruit par Polycrate va être encore plus gigantesque, 108,63 mètres de long sur 55,16 mètres de large. Lorsqu’au siècle suivant, en 460, Hérodote va passer par Samos, il écrira: “…un temple, le plus grand de tous ceux que nous connaissons; le premier architecte en fut Rhoïkos fils de Philéas, un Samien”. Cette fois-ci, il y a trois rangées de colonnes sur l’un des côtés, ce qui constitue une véritable forêt de cent cinquante-cinq colonnes au total. En outre, ces colonnes sont de quatre tailles et styles différents. Quant à l’unique colonne qui en reste, elle n’a conservé que la moitié de sa hauteur vertigineuse.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

Tout au bout du sanctuaire, en arrivant près de la mer, il y a un petit musée qui donne des explications sur le site, sur l’histoire des fouilles –dont la photo ci-dessus–, et qui montre plans et maquettes du site. Cela, c’est sans doute l’œuvre des archéologues grecs et non allemands, parce que les textes sont en grec et en anglais. Outre bien des détails de ce que je dis tout au long du présent article, j’y ai lu aussi qu’en 440 avant Jésus-Christ, pour régler un différend entre Samos et Milet, Périclès arrive avec quarante navires, châtie Samos, y place une garnison. Samos alors appelle les Perses de Sardes au secours, la garnison athénienne est prise et livrée aux Perses. Furieuse (cela se comprend), Athènes envoie cette fois-ci deux cents navires, prend Samos, fait payer une énorme indemnité de guerre, se saisit de la flotte samienne. Quelques décennies plus tard, en 387, Samos se range du côté des Perses. Athènes reprend l’île en 365 et exile une grande partie de la population. Témoins de cette époque, des pierres du quatrième siècle ont été retrouvées sur le site portant une inscription en grec, dialecte athénien: ὅρος τέμενος Ἀθηνᾶς Ἀθηνῶν μεδεόσης, ce qui signifie “territoire limite d’Athéna, protectrice des Athéniens”. En 324, Alexandre le Grand, qui a vaincu Athènes, promulgue un décret imposant que les exilés soient autorisés à revenir. Ce décret prendra effet en 322, peu après sa mort survenue en juin 323. Ce retour provoque un regain d’activité, tant dans la construction que dans l’économie.

Samos 06 : Héraion. Samedi 30 août 2014

C’est près de ce petit musée que se trouvent les pierres récupérées sur le site qui n’ont pas été attribuées à un monument particulier. Alors devant tous ces matériaux désormais inutiles, qui témoignent des destructions subies au cours des âges par ce sanctuaire de la déesse, le moment est venu, avant de poser le point final, de rendre à Héra un dernier hommage. C’est un hymne homérique, dont le texte a été établi et traduit par Jean Humbert, qui a été autrefois mon professeur à la Sorbonne. D’abord le texte grec, puis sa traduction:

 

Ἥρην ἀείδω χρυσόθρονον, ἣν τέκε Ῥείη,

ἀθανάτην βασίλειαν, ὑπείροχον εἶδος ἔχουσαν,

Ζηνὸς ἐριγδούποιο κασιγνήτην ἄλοχόν τε,

κυδρήν, ἣν πάντες μάκαρες κατὰ μακρὸν Ὄλυμπον

ἁζόμενοι τίουσιν ὁμῶς Διὶ τερπικεραύνῳ.

 

“Je chante la fille de Rhéa, Héra au trône d’or, la reine immortelle à la beauté sans égale, épouse et sœur à la fois de Zeus Tonnant, la déesse glorieuse que, dans le vaste Olympe, tous les bienheureux révèrent et honorent à l’égal de Zeus qui aime la foudre”.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche