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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 23:30
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Il y a deux musées archéologiques dans l’île de Samos, l’un dans la capitale antique, Pythagorio, l’autre dans la capitale moderne, Vathy. À Pythagorio, il y a de très beaux objets, très intéressants, mais mon compte-rendu va être rapide comme l’éclair, parce que la photo y est interdite. Je crois qu’ici ce n’est pas une complète stupidité, parce que les archéologues n’ont pas encore analysé et décrit les trouvailles des fouilles, et il est normal de ne pas donner à d’autres, au vu de photos, la possibilité de leur couper l’herbe sous le pied. Souhaitons seulement qu’ils ne soient pas trop longs à réaliser leurs publications. En attendant, on ne peut prendre de photos que des ruines qui sont à l’extérieur, au pied du musée, encloses derrière un grillage (mes photos ci-dessus). On n’a donc accès à rien du tout, et en outre puisque le public n’est pas admis à pénétrer il n’y a aucun panonceau explicatif à son intention.

 

Ainsi, je vois cette rangée de colonnes, mais je ne sais ce qu’elles soutenaient. Peut-être un péristyle dans une cour de maison? On voit au sol un disque de pierre percé d’un carré en son centre, ce pouvait être une meule, mais je n’en suis pas sûr. On voit une pièce pavée avec une porte donnant sur une rue, et j’aurais aimé savoir s’il s’agit d’une habitation à pièce unique, ce qui m’étonnerait, ou plutôt d'une boutique ou d'un atelier d’artisan. Je reste un peu sur ma faim…

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Rien de tel au musée archéologique de Vathy. D’abord, il n’y a pas de ruines antiques à voir à l’extérieur. Et à l’intérieur la photo est libre (sans flash ni trépied, cela va de soi, et c’est bien normal). Mais il y a tant, et tant, et tant à voir… tellement d’objets merveilleux… une seule visite ne peut suffire. Nous y sommes retournés, et à chaque fois nous y sommes restés jusqu’à la fermeture. Et maintenant, je dois choisir ce que je vais présenter dans mon blog. J’ai procédé à une sélection très sévère, une sélection drastique. Et il me reste plus de cent photos à montrer. Je n’arrive plus à en supprimer, c’est trop triste d’éliminer ce que j’aime. Alors je scinde mes photos en deux articles. De façon arbitraire, je réserve pour le prochain article tout ce qui est représentation anthropomorphe, humains et dieux sculptés. Ici, aujourd’hui, ce sera tout le reste, poteries, objets utilitaires, animaux, etc.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Nous commençons par ces poteries. Elles ne sont pas d’hier, elles remontent au troisième millénaire avant Jésus-Christ. Pour être préhistorique, cette civilisation n’en avait pas moins le souci de formes élégantes, et de jolies décorations.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Tout aussi anciens –troisième millénaire–, ces objets sont en bronze. Ce sont des outils, une hache, des clous. Si le manche de la hache était en bois, si les clous étaient enfoncés dans un meuble ou un coffre en bois, seul le métal est parvenu jusqu’à nous. Tout cela se trouvait dans un habitat préhistorique.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Un grand bond dans le temps. Nous sommes désormais dans la fourchette du neuvième au septième siècle avant Jésus-Christ. Ce petit objet est une cloche de cheval en bronze importée du Moyen-Orient. Elle est originaire d’Urartu, un royaume situé tout à l’est de l’actuelle Turquie d’Asie, autour du lac de Van.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Ce cerf de bronze est situé dans la même fourchette de dates, c’est lui aussi un objet importé, mais lui vient de la région du Caucase, donc plus au nord, entre Russie et Géorgie actuelles.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Ces objets de bronze viennent eux aussi du Moyen-Orient. Le premier, daté du huitième siècle, est assyrien, c’est une pièce du harnais d’un cheval.  Quant au second (photos deux et trois, le même de profil et de face), qui a été fabriqué entre le neuvième et le septième siècles avant Jésus-Christ, ce monstre fabuleux à corps de bouquetin ailé avec une tête humaine provient de Syrie du nord; mais les mots (en anglais) “North Syrian” sont écrits entre guillemets: cela exprime-t-il un doute de la part des archéologues? Ou bien est-ce parce que cette indication est vague et ne correspond pas à un peuple précis à cette époque? Je penche pour cette seconde explication.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Nord syrienne également, et également entre guillemets, cette œillère de cheval représente (il n’est pas inutile de le dire, parce que je trouve que ce n’est pas très évident) un héros en train de vaincre un lion. Le chien, le héros, je les vois, mais les animaux brandis dans les mains de l’homme sont moins nets. Le musée ne donne pas de datation pour cette œillère, mais elle se trouve dans cette partie du musée où sont présentés des objets de l’époque géométrique. Il est intéressant de noter à quel point le goût artistique fait décorer une bride, une œillère, chaque détail du harnachement. Il faut quand même préciser que n’avaient des chevaux et ne se déplaçaient à cheval que les chefs civils ou militaires, et que l’énorme majorité de la population n’avait pas les moyens de s’offrir le luxe d’objets artistiques. Les moyens, mais peut-être aussi l’initiation à l’art, car il ne fait aucun doute que le manque d’instruction et d’initiation a privé le monde, à travers les âges et à travers les pays, de génies qui n’ont jamais eu la possibilité de s’épanouir, mais qui étaient bien là, au fond des êtres.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Pour ces deux objets provenant de Syrie (sans guillemets!), le musée dit en anglais “face piece of a horse”, ce que je crois devoir comprendre comme un ornement de chanfrein de cheval, ce que confirme la forme triangulaire. On y voit la représentation de quatre déesses nues.

 

Celui de la première photo, où les déesses sont surmontées d’un soleil ailé, remonte au neuvième siècle avant Jésus-Christ. Il s’y trouve une inscription en langue araméenne, qui dit que cet ornement a été offert en cadeau au chef syrien Hazael.

 

Celui de ma seconde photo, lui, est peut-être un peu postérieur, parce que le musée le date plus vaguement dans la fourchette neuvième, huitième siècle avant Jésus-Christ. Il me semble, sans que j’en sois sûr, que les déesses sont surmontées de lions couchés. Mais la plaque est couverte de vert de gris et un peu abîmée, tandis que la première est en excellent état et n’est pas oxydée: je me suis approché autant que je l’ai pu, en pensant que ce n’était peut-être pas du bronze, mais il semble bien que c’en soit et le musée ne dit rien à ce sujet.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Nous voici dans la mythologie égyptienne, dans la large fourchette du neuvième siècle au sixième siècle avant Jésus-Christ. Ces dieux zoomorphes sont bien connus, il y a d’abord le dieu taureau Apis, et ensuite la déesse chatte Bastet. Nombre d’objets égyptiens ont été retrouvés dans le sanctuaire d’Héra, surtout datant du septième ou du sixième siècle, témoignant ainsi des relations étroites entre Samos et l’Égypte (dans mon article du présent blog Samos 01 : promenades dans l’île, on voit l’amitié qui lie le tyran de Samos Polycrate avec le pharaon d‘Égypte Amasis), mais aussi de la fascination des Grecs –et en tous cas de ceux de Samos– pour la grande et vieille culture égyptienne.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Le musée possède une immense collection de griffons mis au jour dans l’Héraion. Les premiers apparaissent à la fin du huitième siècle avant Jésus-Christ, et sont martelés dans des feuilles de bronze. C’est ceux-là que l’on a trouvés en majorité à Samos, et qui avaient été produits sur place. Ils ont une apparence plus animale, plus naturelle (quoique le griffon soit un animal fantastique!) que les griffons de la période suivante, début du septième siècle, moulés dans le bronze et plus stylisés, beaucoup plus rares à Samos. La forme de l’animal est complexe, aussi n’est-il pas possible de la marteler sur une unique feuille métallique; on la crée sur plusieurs feuilles séparées que l’on assemble ensuite. C’étaient des décorations de chaudrons sur lesquels ils étaient fixés. À Delphes ou à Olympie, les griffons, les lions, les autres animaux, étaient fixés sur des chaudrons importés du Proche-Orient, aussi suppose-t-on que les chaudrons sur lesquels étaient fixés les griffons de bronze martelé fabriqués à Samos étaient de même importés du Proche-Orient.

 

On a donc trouvé ces griffons en bon état, tandis que les chaudrons d’où ils proviennent ont disparu. Deux explications à cela: d’une part, la feuille de bronze utilisée pour le griffon était beaucoup plus épaisse, donc plus durable, que celle du chaudron. Le panneau rédigé par les archéologues le dit, c’est peut-être ainsi, mais à vrai dire je ne suis guère convaincu, car entre un griffon qui donne presque l’apparence du neuf et un chaudron qui ne laisse absolument aucune trace au sol, la distorsion est trop grande. Et d’autre part, les griffons avaient un effet apotropaïque, c’est-à-dire qu’ils avaient la vertu d’éloigner le mal (maladie, malheur), et on peut ainsi supposer que si l’on décidait de fondre le chaudron, on en détachait le griffon, que l’on gardait à part. Ah, voilà une explication qui me convient mieux (et me convainc mieux).

 

Lorsque les griffons ont été moulés, ils ont été produits en grand nombre à l’identique. Cette abondance ne se trouve qu’à Samos et, dans une certaine mesure, à Olympie. Les archéologues se demandent si ce n’est pas en lien avec la personnalité de la divinité. À Olympie on honorait Zeus, et à Samos c’est sa sœur et épouse Héra: là est peut-être l’explication. Mais pourquoi le griffon? Là les chercheurs ne savent pas. Tous ceux que je montre ici (il y en a d’autres en nombre incalculable, et en outre le panneau, dans le musée, dit que n’est exposée qu’une partie de la collection) sont de la fin du huitième siècle avant Jésus-Christ ou du début du septième.

 

Ces animaux fabuleux sont très rarement représentés complets, on n’en trouve généralement que le buste, et ces avant-corps étaient fixés par six sur le rebord du chaudron, comme le montre ma dernière photo ci-dessus. À noter toutefois que ce dessus de chaudron semble tout neuf, les six griffons ne sont pas tous du même modèle, par conséquent il est clair que cette présentation n’est faite que pour donner au visiteur une idée de ce à quoi pouvaient ressembler les chaudrons votifs. Le modèle du griffon est arrivé en Grèce provenant de l’art hittite tardif. Certains atteignent quatre-vingts centimètres de haut et si on les imagine sur le bord supérieur d’un chaudron, le chaudron lui-même étant posé sur un trépied de bronze ou de fer, l’ensemble pouvait atteindre trois mètres de haut. Or c’étaient des objets votifs offerts à la déesse: un don encombrant et imposant! Au cours des décennies, toutefois, après avoir crû, la taille des griffons a tendance à diminuer, certains détails changent et se simplifient, puis vers 600 ou 575 avant Jésus-Christ, ils sont passés de mode, ils ont perdu leur signification cultuelle, c’est fini on n’en produit plus. Les objets votifs seront désormais des sculptures dans le style archaïque.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

C’est à Samos qu’ont été réalisées ces petites figurines de terre cuite datées du huitième siècle avant Jésus-Christ, soit l’époque géométrique. Aucun doute, celle de ma première photo est une tête de cheval de bonne facture. Celle de ma seconde photo, quand je l’ai vue et photographiée dans le musée, j’ai pensé que c’était une tête de cochon, ce n’est pas un museau, c’est un groin. Et puis maintenant, devant l’ordinateur, au moment de mettre mon commentaire, je n’en suis plus si sûr. Mais qu’importe? C’est comme cochon qu’il m’a plu, que je l’ai trouvé amusant, eh bien je le présente comme tel. Et puis entêté comme je suis, “tête de cochon” comme je suis, c’est un peu mon portrait, non?

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Ces lourds objets de bronze sont dangereux, car ce sont des têtes de massue… Cette arme de ma première photo ci-dessus est datée du huitième ou du septième siècle avant Jésus-Christ, et nous retrouvons, comme tout à l’heure, la mention d’origine “North Syria”, Syrie du nord, entre guillemets. Mais en outre les guillemets sont suivis d’un point d’interrogation. “North Syria” également pour la massue de ma seconde photo, que le musée place entre le neuvième et le septième siècle avant Jésus-Christ. Et l’on retrouve cette même datation pour les deux dernières têtes de massue, l’une iranienne et l’autre assyrienne. Toutes ces formes sont différentes, issues du cerveau humain qui s'ingénie à imaginer ce qui est le plus efficace pour briser le crâne du voisin.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Beaucoup plus pacifiques que ces massues diverses, ces deux jolis petits objets sont d’importation égyptienne, fabriqués entre le huitième et le sixième siècle avant Jésus-Christ. Cet hippopotame est en albâtre, tandis que le faucon, qui représente le dieu Horus, a été réalisé en faïence.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Ce peigne en ivoire et ces deux lions sont présentés dans une même vitrine en compagnie de beaucoup d’autres objets (mais je ne peux quand même pas tout montrer!), et pour l’ensemble le musée se contente d’un petit commentaire global: “Héraion de Samos. Figurines et reliefs en ivoire (ateliers grecs, égyptiens et syriens). 8ème-6ème siècle avant Jésus-Christ”. Alors non seulement ces trois objets que je présente entrent dans la large fourchette de deux siècles, ou même plutôt de trois siècles, 8, 7 et 6, mais en outre on sait seulement qu’ils viennent de l’un des trois pays cités, mais rien ne dit que c’est le même pays pour les trois; on ne sait qu’une chose, c’est qu’ils ont été trouvés dans le sanctuaire d’Héra.

 

Cela dit, le peigne est cassé, mais quelle finesse dans la réalisation, et quel art dans la gravure! Le lion de ma seconde photo montre les dents, il voudrait bien m’effrayer, mais je le trouve si désopilant que j’ai plutôt envie d’éclater de rire. Désolé, cher lion… Quant au lion de ma troisième photo, lui je le prends en gros plan parce que je trouve remarquable son expression, le réalisme du mouvement du fauve qui bondit, la finesse du détail dans la crinière, dans les crocs, dans les griffes.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Trouvées au fond d’un puits dans le sanctuaire d’Héra à Samos, ces poteries sont datées entre sept cent trente et six cent soixante-dix avant Jésus-Christ. Nous sommes donc à la transition de l’époque géométrique à l’époque archaïque. J’aime beaucoup la petite tête d’homme qui décore la première poterie. Si la seconde fait partie de ma sélection, c’est en raison de sa forme très proche de celle d’une bouteille d’aujourd’hui; dans les musées, on voit pour contenir les liquides des aiguières, et pour les stocker des jarres ou des amphores, mais je n’ai pas souvenir d’avoir vu ailleurs une bouteille de cette sorte. Et puis j’ai mis cette troisième photo pour sa décoration avec des oiseaux stylisés.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Nous sommes toujours à l’Héraion, et ces poteries sont également géométriques ou archaïques, mais la fourchette, qui recouvre partiellement la précédente, est un tout petit peu plus récente: entre sept cent dix et six cent trente avant Jésus-Christ. Pour la première de ces deux photos, mon choix s’est porté sur cette poterie annulaire en raison de son originalité. Il est vraiment incroyable de voir la variété de formes créées. Et que dire de l’originalité de la marmite de ma seconde photo? Au premier moment, j’ai cru qu’il s’agissait de six plats superposés, avec chacun sa paire d’anses, mais pas du tout: en m’approchant, j’ai pu constater que tous les étages sont solidaires, sauf le dernier, tout en haut, mais s’il est indépendant c’est plutôt parce qu’il est cassé. Ou si je me trompe, s’il s’agit réellement de récipients superposés, ils s’emboîtent si parfaitement que même en m’approchant et en regardant avec attention je n’ai pu discerner la ligne de jonction.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

En bas-relief dans la pierre ou modelés en terre cuite, les bucranes sont fréquents dans l’art grec, mais ici c’est un vrai crâne de bœuf qui est montré. Il aurait plutôt sa place dans un muséum d’histoire naturelle que dans un musée archéologique s’il n’était destiné qu’à montrer comment est fait un bœuf sous sa peau et ses muscles, mais s’il est présenté ici c’est parce qu’il a appartenu à un animal sacrifié à Héra sur son autel. Généralement, après le sacrifice, les viandes de l’animal étaient cuites et consommées par les fidèles, et le reste était incinéré sur l’autel. Dans mon précédent article, montrant cet autel de la déesse, je disais qu’il avait été recouvert d’ophite verte, qui est une pierre résistant au feu lors des sacrifices.

 

Concernant la consommation des viandes des victimes, je voudrais ajouter une précision. Malgré les différences cultuelles entre la religion grecque et la religion romaine, elles ont ce point en commun, et il subsistera à travers les siècles, Homère l’évoque, et il se poursuivra jusqu’à ce que le christianisme fasse disparaître les pratiques païennes. Et c’est là que je voulais en venir: Dans bien des endroits d’Italie ou de Grèce, dans les siècles où l’Empire Romain interdisait le christianisme, c’est-à-dire jusqu’à l’édit de Milan promulgué par l’empereur Constantin en l’an 313, quand des chrétiens convertis en secret étaient soupçonnés, il leur était demandé soit de sacrifier à l’un des dieux du panthéon païen, soit le plus souvent de manger des viandes de ces animaux sacrifiés. Ceux qui refusaient étaient ainsi démasqués, torturés et mis à mort. Quand, visitant des églises, je m’arrête devant des fresques représentant des martyrs, si je publie la photo dans mon blog j’ai bien souvent l’occasion d’évoquer cette pratique de la consommation rituelle des viandes des animaux sacrifiés.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Ces deux ferrailles ne sont sans doute pas d’un intérêt capital, mais elles me servent d’introduction à un retour aux objets domestiques, puisqu’elles semblent être –du moins celle de ma première photo– des fragments de canalisations. D’habitude, les canalisations antiques sont en terre cuite, ici nous en voyons en fer.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Ces deux objets me plaisent tout particulièrement, parce qu’ils évoquent la vie quotidienne. Le premier, je n’imaginais pas qu’il pût exister dans l’antiquité, c’est une râpe à fromage en bronze. Les Grecs ne cuisinaient pas les pâtes et ils n’avaient pas de parmesan (!), mais nous avons ici la preuve qu’ils râpaient du fromage pour agrémenter certains plats. Ce qui est curieux, c’est que le panonceau qui nous dit ce que c’est est le même que pour le crâne de bovin que j’ai montré il y a un instant et pour la louche de ma seconde photo ci-dessus, et pour ces objets et quelques autres il porte le titre (seulement en grec) λατρεία και θυσίες, ce qui veut dire “culte et sacrifices”. Pour le crâne de bovin c’est justifié, pour la louche de bronze aussi, car elle porte, paraît-il (mais ce n’est pas visible de l’extérieur de la vitrine), l’inscription “Héra”. Mais une râpe à fromage sans aucune dédicace, je trouve étonnant que ce soit une offrande à la déesse. Il est vrai que cette société grecque était plutôt sexiste, reléguant les femmes au gynécée pour les travaux ménagers. Les femmes… mais pour les déesses, pour l’épouse du roi des dieux, y avait-il un gynécée sur l’Olympe, où Héra râpait le fromage et où Athéna tournait la sauce pendant qu’Aphrodite se faisait les ongles tandis que dans la pièce voisine Zeus buvait l'ambroisie en regardant de là-haut les compétitions des jeux olympiques?

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Cet curieux plat creux avec un trou au milieu est une coupe à libations du septième siècle avant Jésus-Christ, nous dit le musée. Mais on ne nous explique pas comment on l’utilisait, je veux dire que si on la remplissait tout simplement en y versant directement le vin ou autre liquide qui sera offert à la divinité, et si on se contente de l’incliner pour pratiquer la libation, alors à quoi sert le trou au milieu? Ou bien, le rebord de la coupe étant plus haut que la bosse où se trouve le trou, la tenait-on bien horizontale pendant qu’on la remplissait, ce qui permettait au liquide de s’écouler quand son niveau atteignait le trou? Je l’ignore.

 

Pour ma deuxième photo, qui fait aussi partie d’une collection “culte et sacrifices”, la légende dit que c’est un κέρνος (kernos), probablement pour des libations, et qu’il date du huitième ou du septième siècle avant Jésus-Christ. Un “kernos”… j’avoue ne pas connaître ce mot. Vite, au secours mon Bailly! Précisons pour qui n’a pas étudié le grec ancien que le gros dictionnaire d’Anatole Bailly, communément appelé “le Bailly”, est la bible de tous les hellénistes, un dictionnaire extrêmement complet, qui donne les références des auteurs ayant utilisé le vocabulaire. Or il ne donne de référence, pour ce mot, que chez Athénée (Banquet des sophistes, 476e), un auteur du début du troisième siècle de notre ère, et définit le kernos comme “un vase de terre avec des compartiments  (κοτυλίσκοι, cotylisques) où les Corybantes apportaient les fruits pour le sacrifice”. La seconde partie de la phrase, “où les Corybantes…” fait partie du contexte et ne nous concerne pas ici. C’est donc ce récipient de terre que nous voyons ici, en forme de couronne, où les petits vases qui y sont fixés constituent les cotylisques contenant diverses offrandes.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Ce petit lingot de bronze du sixième siècle avant Jésus-Christ est une offrande votive. Il y est gravé “hémiekton”, ce qui est une mesure de liquides (ou de grains), qui équivaut à 4,32 litres. Curieux, un poids pour liquides, et non un contenant. Mais il a été gravé il y a deux mille six cents ans, on ne peut donc le mettre en cause. Deux explications: s’il s’agit de peser toujours le même liquide, à un volume donné correspond toujours le même poids. Par exemple, avec un poids d’un kg, on peut toujours mesurer un litre d’eau. Mais ce poids est bien petit, je n’ai évidemment pas pu le prendre en main, mais le liquide en question doit être de très faible densité si 4,32 litres ne pèsent que le poids de ce petit lingot de bronze. La seconde explication est que cette offrande votive est symbolique, et le donateur veut dire qu’il offre le volume gravé, et non le poids réel, d’une substance telle que du vin, du miel, etc.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Encore une offrande votive, cette corne à boire du septième siècle avant Jésus-Christ, en forme de tête de taureau. Un nom, Charilaos, est gravé sur l’intérieur du rebord, c’est probablement celui de l’artisan qui l’a réalisée. Sur le corps de la corne, est gravée la dédicace à la déesse: “Je suis sacrée. Diagoras m’a dédiée à Héra. Salutations, le prêtre”.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Cet ornement de bronze importé d’Étrurie date du septième siècle. Mais je suis perplexe: Tout à fait conscient de mes profondes lacunes en zoologie, je suis toujours prêt à croire ceux qui identifient des animaux. Toutefois, quand il s’agit d’un lion, ou d’une vache, jusqu’à présent je me croyais capable de les reconnaître. Or ici le musée dit que c’est une “tête de lion dévorant un taureau”. Ces grandes oreilles dressées, cette bouche qui ressemble plus à celle d’un poisson qu’à une gueule de carnassier, cette totale absence de crinière… un lion? À la rigueur, la tête cornue qui va être engloutie, c’est peut-être celle d’un taureau, mais l’animal qui l’avale, je ne lui trouve aucune ressemblance avec un félin. Alors comme les archéologues qui rédigent les notices ne sont peut-être pas également diplômés de zoologie, je me permets de les contester… Destouches me dirait surement que “la critique est aisée, mais l’art est difficile”, car il est vrai que je réfute l’identification à un lion, mais que je suis bien incapable de proposer mieux!

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Cet ivoire finement sculpté représente Persée tuant Méduse. Il lui coupe la tête sans la regarder. C’est une œuvre du septième siècle avant Jésus-Christ provenant d’un atelier laconien (sud du Péloponnèse).

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

C’est dans le sanctuaire d’Héra qu’a été trouvé ce cheval taillé dans le bois. Il a été daté du septième ou du sixième siècle avant Jésus-Christ. On peut penser qu’il s’agit, là encore, d’une offrande votive. Même s’il n’est que partiel, il est cependant remarquable qu’un objet de bois ait résisté au cours des siècles pour nous parvenir avec des détails encore bien visibles, comme la crinière, le mors, la selle.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

J’ai trouvé extrêmement intéressante cette plaque de bronze martelée et gravée. Elle date du septième siècle avant Jésus-Christ et constituait (mais le musée fait suivre cette indication d’un point d’interrogation) un ornement pour le poitrail d’un cheval. Elle n’est plus en très bon état, et même sur les gros plans que j’en ai faits il est un peu difficile de voir ce qu’elle représente. C’est pourquoi, très intelligemment, le musée en a fait une représentation dessinée.

 

Ce que l’on y voit, c’est le combat d’Héraklès et de Géryon, le dixième des douze travaux. Géryon a trois corps (on voit surtout les trois têtes, au-dessus du médaillon central) et il est accompagné de son chien à deux têtes, Orthros (sous le médaillon central), et l’homme debout juste à la gauche est Héraklès, reconnaissable à la peau du lion de Némée dont il est revêtu et dont une patte griffue pend devant ses jambes.

 

L’histoire? Géryon possède d’immenses troupeaux de bœufs, dont Héraklès doit s’emparer. Les bœufs sont gardés par le berger Eurytion, qu’Héraklès tue d’un coup de massue. On voit Eurytion à terre, mort, sur la dernière de mes photos ci-dessus. C’est aussi avec sa massue qu’il tue le chien Orthros au moment où il se ruait sur lui, et le voilà parti avec le troupeau. Mais Ménoetès, le berger des troupeaux d’Hadès, dieu des Enfers, a tout vu, et court prévenir Géryon, lequel s’élance à la poursuite d’Héraklès. En le voyant arriver, Héraklès lui décoche ses flèches, et le tue lui aussi. Telles sont les scènes représentées sur cette plaque de bronze.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Nous avons vu plus haut toute une série de griffons qui avaient décoré le haut de chaudrons. Et j’ai dit qu’à partir de 600 ou 575 avant Jésus-Christ ces griffons avaient complètement disparu. Ci-dessus, nous voyons des décorations de chaudrons, tête de taureau, tête de cheval. Le musée les date du septième ou du sixième siècle avant Jésus-Christ, ils sont donc en développement croissant à l’époque où les griffons sont en voie de disparition, ou ils leur sont juste postérieurs et les remplacent.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Parce que ce qui a retenu mon attention ici c’est surtout le dessin, je préfère le montrer en gros plan, mais il est peint sur une kotyle, c’est-à-dire une petite coupe à boire en terre cuite. Remontant au septième siècle avant Jésus-Christ, elle est protocorinthienne. Et ce que nous voyons, c’est la déesse Athéna brandissant sa lance de la main droite et tendant son bouclier de la main gauche.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Nous retrouvons ici des offrandes votives. Elles sont réalisées en tôle de bronze découpée en gravée. Le dauphin de la première de ces photos est du sixième siècle avant Jésus-Christ, tandis que le coq de la seconde photo est un peu plus ancien, septième siècle.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Et encore quelques représentations d’animaux. Tant le bélier couché de la première de ces photos que le cheval en tôle de bronze de la seconde photo, sont du sixième siècle avant Jésus-Christ. L’ours de la troisième photo ne leur est absolument pas contemporain, car il est hellénistique. Mais je le publie quand même ici avec les autres animaux, parce que j’aime bien cette statuette.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Je trouve qu’il est toujours intéressant de comparer les techniques du passé avec celles d’aujourd’hui lorsqu’elles sont compatibles (je ne rapprocherai pas une automobile d’un quadrige, ni une tablette d’argile d'un ordinateur), par exemple un mors antique et un mors utilisé par les cavaliers qui se promènent dans le bois de Boulogne. Ma photo montre un mors de cheval, peut-être iranien, qui remonte loin avant Jésus-Christ, entre le neuvième et le septième siècle.

Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014
Samos 07 : objets divers à l’archéologique. 23, 29 et 30 août 2014

Il est temps de terminer. Encore ces deux fragments. Le musée parle de poterie d’époque romaine (en grec, il dit même céramique), mais je les ai photographiés parce que je leur trouve des airs de verre, une certaine transparence. Il y a tant, dans ce musée et dans les autres, de superbes poteries, que je ne publierais pas ici un fragment très peu décoré. Mais si vraiment ce n’est pas du verre, la couleur et l’impression de transparence sont réellement impressionnantes et justifient que je les montre. En réalité, ils sont présentés dans une vitrine au milieu de nombreux fragments de terre cuite, et je pense que, par négligence, ils n’ont pas fait l’objet d’une note à part et que c’est bien du verre.

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Published by Thierry Jamard
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